[BOUQUINS] Roy Braverman – Hunter

AU MENU DU JOUR

R. Braverman - Hunter

Titre : Hunter
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2018
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Hunter, condamné à mort pour les meurtres de cinq hommes et l’enlèvement de cinq femmes qui n’ont jamais été retrouvées, s’évade et retourne à Pilgrim’s Rest, là où ces crimes ont été commis douze ans plus tôt. Plus que jamais déterminé à prouver son innocence et à démasquer le(s) vrai(s) coupable(s).

Il n’est pas seul sur le chemin de Pilgrim’s Rest, Freeman, le père d’une victime disparue, le suit de près. Une fois qu’il lui aura mis la main dessus, il compte bien lui faire avouer où est sa fille et venger les victimes.

Sauf qu’à Pilgrim’s Rest rien ne se déroulera comme prévu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Roy Braverman est le nouveau pseudo de Ian Manook (Patrick Manoukian de son vrai nom), le sieur Manook m’ayant emballé avec sa trilogie mongole autour de Yeruldelgger, il me tardait de rejoindre le sieur Braverman et le mystérieux Hunter dans les Appalaches pour découvrir cette nouvelle série.

Ma chronique

Exit Ian Manook, exit Yeruldegger, exit les steppes mongoles et exit Albin Michel. Welcome Roy Braverman, welcome Hunter, welcome USA et welcome Hugo. Dans le genre nouveau départ, on peut difficilement faire plus radical.

Honnêtement si je n’avais pas su que Manook et Braverman étaient une seule et même personne jamais je n’aurai pu le deviner en lisant ce roman (sans sa préface dans laquelle l’auteur explique son choix). Le genre, le style, la construction, tout est tellement éloigné de ce que j’ai découvert avec la trilogie Yeruldelgger. On frôle la parfaite schizophrénie littéraire ! Et c’est un compliment, il faut un sacré talent pour réussir un pareil grand écart sans se vautrer.

Hunter est un concentré d’action et de testostérone, mais aussi et surtout un divertissement assumé (voire même revendiqué) par l’auteur. Ça castagne, ça flingue, ça étripe, ça baise aussi, et le tout dans la bonne humeur serais-je tenté de dire vu l’humour (parfois noir) omniprésent quasiment du début à la fin… Même dans les situations les plus désespérées ! Tout simplement jubilatoire !!!

J’ai ressenti le même plaisir quasiment jouissif qu’en suivant les folles aventures du Bourbon Kid, l’aspect fantastique en moins. Tous les excès sont permis et quand ça pourrait casser par manque de crédibilité, finalement ça passe au nom du second degré. J’ai pris un pied monstre à lire ce bouquin, la totale éclate !

Si je devais définir ce roman en un mot (autre que « jubilatoire » ou « jouissif »), je dirais « visuel ». Non seulement parce qu’on en prend plein les mirettes, mais surtout parce qu’au fil de la lecture on visualise littéralement l’intrigue en surimpression. C’est simple en refermant ce bouquin j’ai eu l’impression de sortir d’une séance de ciné… et d’y avoir vu un sacré bon film.

Des chapitres courts, une écriture au cordeau et un rythme imposé boosté à l’adrénaline, tout est fait pour que le lecteur n’ait pas une minute de répit. Ajoutez à cela une galerie de personnages mitonnée aux petits oignons (mais dont je ne vous parlerai pas) et vous avez entre les mains tous les ingrédients qui font un foutrement bon roman.

J’ai eu un mal de chien à lâcher le bouquin tant j’avais envie d’en savoir davantage, chapitre après chapitre.

Pilgrim’s Rest (le repos du pèlerin en français) ferait un joli nom pour une sympathique auberge, ou une paisible bourgade, mais que nenni ; l’origine du nom est nettement moins charmante :

« Vous savez d’où vient le nom Pilgrim’s Rest ? Rien à voir avec le repos d’une bande de pèlerins de passage. Une troupe de culs bénis chassés de France par des culs encore plus bénis qu’eux ont voulu évangéliser au passage les natifs du coin. Ils les ont tellement convaincus de leur supériorité chrétienne que leurs bons élèves les ont tués et ont bouffé leur cœur et leur foie pour s’approprier leur force d’âme. C’est vous dire où vous mettez les pieds ! »

Concrètement c’est un bled paumé au fin fond des Appalaches qui ne tient debout que par la bonne grâce de sa vingtaine d’habitants, des gars du cru, du redneck en puissance… Vous en voulez encore ? OK, placez le tout au coeur d’hiver avec la neige qui tombe dru et vous aurez une bonne idée du cadre.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Roy Braverman ouvre le bal en beauté avec ce premier opus de sa nouvelle série. Inutile de préciser que je suis partant pour la suite, plutôt deux fois qu’une !

PS : j’ai pris un sacré coup de jeune en redécouvrant la musique des CCR (Creedence Clearwater Revival).

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jacques Expert – Sauvez-Moi !

AU MENU DU JOUR

J. Expert - Sauvez-moi !

Titre : Sauvez-Moi !
Auteur : Jacques Expert
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

1960. Nicolas Thomas est arrêté pour avoir sauvagement assassiné quatre jeunes femmes. Pour Sophie Ponchartrain qui a récemment intégré la brigade criminelle au 36, cette affaire est l’occasion rêvée de prouver enfin ce qu’elle vaut et lancer véritablement sa carrière. Contre toute attente, elle obtient les « aveux » de Nicolas qui sera condamné à la peine de mort avant que sa peine ne soit commuée en prison à perpétuité.

1990. Thomas Nicolas est libéré après 30 années de détention bien qu’il ait toujours clamé son innocence. Dans les jours qui suivent de nouveaux meurtres sont commis suivant le même opératoire que celui utilisé en 1960. Pour Sophie Ponchartrain, devenue divisionnaire, il ne fait aucun doute que Nicolas Thomas est coupable, sauf qu’il demeure introuvable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques Expert, un auteur que j’apprécie tout particulièrement et qui a un don narratif tout particulier ; on lit ses romans comme on écoutait Pierre Bellemarre (paix à son âme) nous détailler les plus improbables faits-divers avec un réalisme aussi glaçant que captivant.

Parce que c’est Sonatine, une maison d’édition que je suis depuis des années et qui m’a réservé quelques belles surprises. C’est donc avec plaisir que j’ai reçu ce SP fourni par l’intermédiaire du site Net Galley.

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour l’envoi de ce SP, votre confiance m’honore et me va droit au coeur.

Un adage populaire prétend que « la justice est aveugle« , personnellement je serai tenté de tempérer en ajoutant « il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » et c’est justement la toile de fond du dernier roman de Jacques Expert. Si comme moi vous n’avez qu’une foi modérée en la justice des hommes, ce n’est pas ce roman qui vous amènera à réviser votre jugement.

Fort de son expérience de grand reporter, notamment en matière d’affaires criminelles, Jacques Expert décortique les rouages de la machine (qui a dit machination ?) judiciaire au travers d’une intrigue qui vous happera dès les premières pages pour ne plus vous lâcher avant le clap de fin.

Il est malheureusement vrai que quand une « grande » affaire criminelle vient défrayer la chronique, les enquêteurs subissent de multiples pressions exigeant des résultats rapides. Que ce soient les médias, la population ou le parquet, ça fuse de toute part : trouvez-nous un coupable pour apaiser la vindicte populaire ! Vous aurez sans doute relevé la subtile nuance entre UN coupable et LE coupable…

Comme à l’accoutumée la plume, le style et l’expertise de Jacques Expert font mouche. L’auteur nous plonge en totale immersion au coeur de l’enquête de police, c’est criant de réalisme à en devenir glaçant par moment. Mais c’est justement ce que l’on aime chez cet auteur, il met ses connaissances du milieu au service de ses intrigues ; et avec lui rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, on joue plutôt sur les nuances de gris.

Pour ma part j’ai tout de suite pris en grippe le personnage de Sophie Ponchartrain, je n’ai rien contre les gens ambitieux, mais je veux croire que l’on peut gravir les marches en conservant un minimum de sens éthique et moral. Des valeurs complètement absentes chez Ponchartrain, les « aveux » soutirés à Nicolas Thomas en sont la preuve formelle.

Et 30 ans plus tard, rien n’a changé, sa conviction fait foi, quitte à en devenir obsessionnelle. Si elle pense que untel est coupable alors untel doit payer, quels que soient les moyens mis en oeuvre pour parvenir à ses fins. Il faut dire que son équipe n’est pas vraiment contrariante, tous déifient leur patronne et sont prêts à la suivre aveuglément.

Alors coupable ou innocent ? Concernant Nicolas Thomas je n’ai jamais eu le moindre doute. Pour Guillaume Chambaraud je reconnais m’être plus d’une fois posé la question, même si mes soupçons s’orientaient plutôt vers une troisième piste, écartée par les enquêteurs. Ai-je eu tort ou raison ? À vous de le découvrir en lisant Sauvez-Moi !.

Jacques Expert ne se contente pas de soigner son intrigue, il prend aussi le temps de façonner ses personnages. À ce titre j’ai particulièrement apprécié Rachel Bachelard, l’assistante de Ponchartrain, prête à tout pour que sa patronne la remarque enfin. À tout ? Même à vendre son âme au diable ? Ça reste à voir…

Bien que posant clairement la question de l’erreur judiciaire, le roman de Jacques Expert ne se revendique pas comme un livre à charge contre le système judiciaire, on peut heureusement supposer que de telles situations restent exceptionnelles. Mais elles existent, pratiquer l’omerta autour du sujet n’est en rien constructif, en parler, même autour d’une fiction, peut au contraire nous amener à réfléchir à la question.

Un roman lu quasiment d’une traite, impossible de s’en séparer avant de connaître le fin mot de l’histoire. Mais bon, il faut bien composer avec les obligations du quotidien et se faire une raison, mais à chaque fois que je le refermais je n’avais qu’une hâte : y revenir au plus vite !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Hervé Commère – Sauf

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H. Commère - Sauf

Titre : Sauf
Auteur : Hervé Commère
Éditeur : Fleuve Editions
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Mat a six ans quand ses parents décèdent dans l’incendie qui a totalement ravagé leur manoir en Bretagne. C’est son oncle et tante qui l’élèveront avec amour.

A 48 ans Mat est brocanteur dans la région parisienne, il vit en couple avec Anna. Un matin, un album photo fait voler en éclat ses certitudes et son quotidien. L’album en question contient des photos de lui enfant, de ses parents et du manoir. Comment a-t-il pu échapper aux flammes alors qu’il ne restait quasiment rien du manoir ? Qui est la femme qui l’a déposé dans sa boutique ? Et dans quel but ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Hervé Commère et que ses deux précédents romans, Imagine Le Reste et Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, m’avaient littéralement bluffé. Il me tardait donc de découvrir son dernier « bébé »…

Ma chronique

Je n’ai découvert Hervé Commère que récemment (je n’ai lu que ses deux derniers romans), mais j’ai été à chaque fois bluffé autant par ses intrigues que par son style. Deux bouquins radicalement différents et deux totales réussites ! Autant dire que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans la lecture de son dernier roman, Sauf.

D’entrée de jeu l’auteur impose sa griffe en nous proposant un bouquin (et une intrigue) qui ne ressemble à aucun autre. Et d’entrée de jeu on se demande où cela va nous mener… Une question qui ne cessera de revenir vous tarauder au fil des pages et des découvertes qui attendent Mat. J’ai rapidement renoncé à essayer de comprendre, préférant me laisser guider par le maître de cérémonie, il tient bon la barre et il assure un max ! De toute façon c’était ça ou devenir dingue.

On va donc suivre Mat au fil de son enquête sur ce mystérieux album photo qui le renvoie à un passé qu’il a partiellement oublié (occulté ?), pour trouver les réponses à ses questions il devra justement remonter le fil de son passé. Un personnage auquel on s’identifie facilement et que l’on prend rapidement en sympathie ; il faut dire que c’est l’archétype de l’individu ordinaire confronté à un enchaînement de situations extraordinaires.

Mat pourra compter sur l’aide quelques alliés indéfectibles dans sa quête de la vérité. A commencer par Anna, sa compagne et accessoirement Laurie, la fille de cette dernière. Non seulement elles ne manquent pas de ressources, mais leur joie de vivre communicative saura rebooster Mat dans les moments de doutes.

Gary et Mylène, ses deux employés à la brocante, viendront aussi en renfort et se révéleront plein de surprises et de précieux alliés. Sans oublier l’oncle et la tante de Mat, parents de substitution, qui pourraient bien apporter quelques réponses aux multiples questions qu’il sera amené à se poser.

Une sympathique galerie de personnages au service d’une intrigue au mécanisme réglé comme une horloge suisse. Hervé Commère maîtrise le moindre rouage de sa mécanique, il sait où il veut aller (et c’est bien le seul) et nous y amène avec brio.

Un roman relativement court (moins de 300 pages), mais d’une rare intensité, que ce soit au niveau de l’action (on ne s’ennuie pas une seconde) ou des émotions (parfaitement dosées et équilibrées). Les chapitres sont courts, se terminant presque systématiquement par une révélation qui nous incite à remettre le tout en perspective. Un phrasé simple et efficace qui va droit au but. Rien n’est laissé de côté, tout est fait pour nous plonger au coeur de l’intrigue et nous maintenir en haleine jusqu’au clap de fin.

Une fois de plus Hervé Commère réussit à nous bluffer avec un roman unique en son genre, une fois de plus il nous confirme son incroyable talent de conteur. A l’occasion de ma chronique de Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, j’avais qualifié le roman d’Hervé Commère de « vivant », j’ai eu exactement le même ressenti à la lecture de Sauf, l’impression de vivre l’intrigue en compagnie de Mat, partager ses questionnements et ses émotions. On parle souvent de magie de l’écriture, avec cet auteur l’expression est plus que jamais appropriée.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Cara Hunter – Sous Nos Yeux

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C. Hunter - Sous nos yeux

Titre : Sous Nos Yeux
Auteur : Cara Hunter
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : Angleterre
331 pages

De quoi ça cause ?

La petite Daisy Mason, 8 ans, disparaît alors que ses parents donnaient une grande fête à la maison.

Rapidement l’inspecteur Adam Fowley et son équipe, en charge de l’enquête, vont mettre à mal la version des parents Sharon et Barry. Et le frère ainé, Leo, quel lourd secret semble peser sur ses frêles épaules ?

Alors que la police pointe du doigt les incohérences de certains témoignages, les réseaux sociaux se déchaînent contre les parents. Et la petite Daisy demeure introuvable… Adam Fowley sait que le temps leur est compté s’ils veulent la retrouver vivante.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions Bragelonne, par l’intermédiaire du site Net Galley, ont eu la gentillesse de me faire parvenir un service de presse (SP) du roman afin que je le critique sur le site et sur mon blog.

Parce que ça fait un moment que j’accumule les thrillers de Bragelonne sans jamais trouver le temps de les lire. Il va falloir y remédier s’ils sont tous de cette trempe !

Ma chronique

Je remercie les éditions Bragelonne et le site NetGalley de m’avoir donné l’opportunité de découvrir ce roman via un SP. J’espère être à la hauteur de leur confiance tout en préservant mon libre arbitre en rédigeant une chronique totalement impartiale.

En matière de polar / thriller on peut faire plus original qu’une histoire de disparition d’enfant, certes, mais à en l’adage c’est bien « dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe« . Il suffit d’y apporter sa touche personnelle pour donner à un nouveau goût à une saveur d’apparence classique. Et c’est justement ce que fait Cara Hunter à l’occasion de son premier roman.

La première originalité vient de la multiplication des styles narratifs. On passe d’un récit à la première personne quand on suit Adam Foley, à une narration à la troisième personne quand ce sont d’autres personnages qui sont mis en avant. Le tout entrecoupé d’extraits de divers médias (presse, radio, Facebook, Twitter…) et de flashbacks présentés dans un ordre antéchronologique (de plus récent au plus ancien). Sur le papier ça peut sembler un peu bordélique, mais je vous assure qu’à la lecture ça passe comme une lettre à la poste.

Pour rester dans l’originalité, l’auteure présente son récit sans le moindre chapitrage, en un bloc unique. Les différents blocs sont séparés par un couillard (non seulement ce mot existe, mais j’ajouterai qu’il n’a aucune connotation sexuelle déplacée) de trois astérisques (***). Là encore c’est un choix qui n’a en rien perturbé ma lecture, sauf quand je passais du PC à la liseuse et inversement, il me fallait un peu de temps pour retrouver la bonne page.

Rassurez-vous ce roman ne se distingue pas uniquement par son « architecture » atypique, son intrigue devrait vous tenir en alerte et jouer avec vos nerfs. Cara Hunter sait y faire pour brouiller les pistes, de nombreux rebondissements viendront remettre en perspective certaines vérités que vous teniez pour acquises et soulever de nouveaux questionnements. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux avant de découvrir le fin mot de l’histoire, mais est-ce vraiment le mot de la fin ? L’épilogue répondra à cette question… Et nul doute que ladite réponse laissera plus d’un lecteur sur le cul (moi le premier).

Une construction atypique, mais loin d’être bancale, une intrigue menée de main de maître, on flirte avec le sans fautes. Encore faut-il que les personnages soient à la hauteur. Et ils le sont !

A commencer par Adam Fowley, l’inspecteur en charge de l’enquête. Une enquête qui a pour lui une saveur toute particulière. En effet, il y a tout juste un an, le couple Fowley perdait leur fils unique. Autant dire qu’il se sent impliqué jusqu’au plus profond de son être et qu’il fera tout pour faire éclater la vérité.

Heureusement Fowley pourra compter sur le soutien sans faille de son équipe, l’auteure semble avoir mis un point d’honneur tout particulier à mettre en avant le côté humain de ses personnages tout autant que leur qualité de flic de terrain.

Et du côté obscur nous trouvons la famille Mason. Il ne faut gratter longtemps sous l’apparente respectabilité pour découvrir des zones d’ombre, et plus on gratte plus la crasse remonte à la surface. Difficile d’éprouver une once de sympathie pour Barry et Sharon Mason. Difficile aussi de cerner le personnage de Leo, le frère aîné. Il semble y avoir tellement de secrets de cette famille que tous feront, à un moment ou à un autre, figure de suspect, voire de coupable idéal. Pour tout vous dire (ou presque), même Daisy, du haut de ses 8 ans, n’est pas forcément une blanche colombe…

Je terminerai par les anonymes qui derrière leur compte Facebook ou Twitter commentent et jugent (souvent sans avancer le moindre argumentaire). Une façon intelligente de pointer du doigt les risques de dérives liés l’utilisation des réseaux sociaux…

Une belle découverte et une sacrée réussite pour un premier roman. C’est avec plaisir que je retrouverai Cara Hunter pour d’autres enquêtes d’Adam Fowley (un second roman est d’ores et déjà disponible en VO, nul doute que Bragelonne devrait nous proposer une traduction dans les mois à venir).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Le Manuscrit Inachevé

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F. Thilliez - Le Manuscrit inachevé

Titre : Le Manuscrit Inachevé
Auteur : Franck Thilliez
Éditeur : Fleuve
Parution : 2018
Origine : France
528 pages

De quoi ça cause ?

Caleb Traskman, écrivain à succès, est décédé avant d’avoir pu écrire la fin de son dernier roman au titre prédestiné, Le Manuscrit Inachevé. Encouragé par la maison d’édition de Traskman, c’est à son fils que reviendra la lourde tâche d’achever ce roman posthume…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Franck Thilliez, même si je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur ses personnages récurrents Sharko et Hennebelle, je suis, depuis quelques années déjà, fidèle à ses one-shot. Et à ce jour je n’ai jamais été déçu par ses romans.

Ma chronique

Si vous êtes cinéphile et particulièrement friand de films d’horreur vous connaissez certainement les films de type found footage (littéralement « enregistrement trouvé« , concrètement un (faux) film dans le (vrai) film), un genre qui a été popularisé par Le Projet Blair Witch et largement repris depuis (je citerai par exemple les films REC, Cloverfield ou encore la série des Paranormal Activity...). Avec ce roman Franck Thilliez nous propose une sorte de found book, le roman de l’auteur étant celui de Caleb Traskman finalisé par son fils…

Et pour couronner le tout, l’héroïne du roman du Caleb Traskman (qui est aussi celui de Franck Thilliez) est elle-même auteure de thriller. Vous aurez donc entre les mains le roman (bien réel) d’un romancier (FT), qui est en fait le roman (fictif) d’un autre romancier (CT) ayant pour héroïne une romancière (Léane / Enaël). Et si je vous disais que le personnage central du dernier roman de notre chère romancière est elle même romancière… Vous me suivez toujours ? Rassurez-vous j’embrouille volontairement les choses, en fait il suffit de lire ce bouquin comme vous lirez n’importe quel autre thriller et la magie devrait opérer.

J’aurai pu vous parler de l’intrigue du roman de Caleb Traskman, mais je ne le ferai point, je préfère rester dans le flou et vous laisser découvrir les multiples facettes de ce Manuscrit Inachevé. Si le roman de Caleb Traskman est effectivement inachevé à l’origine, celui de Franck Thilliez est parfaitement abouti (et quelle fin ! Fallait oser… Un vrai coup de maître !). Sachez simplement que c’est le parfait exemple de livre gigogne, tout s’emboîte avec un naturel presque troublant, il suffit juste de savoir où et comment disposer les différentes pièces du puzzle.

L’auteur (Franck Thilliez, rendons à César…) vous livre une intrigue que je qualifierai sans la moindre hésitation de machiavélique. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux à essayer de démêler l’écheveau de son embrouille, et quand vous penserez enfin approcher de LA vérité, un nouveau rebondissement viendra exploser votre belle théorie. Franck Thilliez s’impose ici comme le seul et unique maître du jeu, il vous baladera au fil des chapitres tandis qu’il déplacera ses pions au gré d’une stratégie dont il est le seul à connaître les tenants et les aboutissants. Un jeu du chat et de la souris à sens unique, dans lequel le chat (l’auteur) prend un malin plaisir à faire tourner ses pauvres souris (nous lecteurs) en bourrique.

Une intrigue maîtrisée se doit d’être sublimée par des personnages forts, faute de quoi toute la mécanique pourrait s’enrayer au pire moment et transformer un top en flop ; Franck Thilliez nous comble aussi de ce point de vue, un sans-faute que j’vous dis ! Etant volontairement resté dans le vague concernant l’intrigue, je ferai de même pour les personnages, ce roman doit se déguster l’esprit vierge de toute pensée parasite pour en apprécier pleinement toutes les saveurs.

Un roman parsemé de clins d’oeil à Stephen King (essentiellement en référence à son inoubliable et glaçant Misery), mais aussi à Sir Arthur Conan Doyle, les personnages récurrents des aventures de Sherlock Holmes devenant les pièces maîtresses d’une mise en scène aussi implacable que morbide. Mais il sera aussi question de mémoire (l’amnésie et son contraire l’hypermnésie), de logique, d’équations, de parties d’échecs… le tout sur fond d’enlèvement et de meurtre. Du grand art et un Franck Thilliez qui s’impose, pour ceux qui en doutaient encore, comme un incontournable du thriller francophone (et plus si affinités).

Je n’ai pas encore eu l’occasion de me frotter à sa série Sharko & Hennebelle, mais concernant ses romans one-shot je dois avouer que je suis impressionné par leur variété et leur originalité. Pas un qui ne ressemble aux autres, mais avec celui-ci je pense qu’il culmine dans l’expression de son talent.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Didier Fossey – Artifices

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D. Fossey - Artifices

Titre : Artifices
Série : Boris Le Guenn – Tome 4
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
390 pages

De quoi ça cause ?

Boris Le Guenn est appelé sur une scène de crime plutôt atypique, un homme, attaché à un arbre, a été tué à l’explosif. Une technique expéditive qui suggère une forte haine envers la victime, mais aussi une bonne connaissance des engins explosifs.

Quand une seconde victime est découverte, elle aussi exécutée à l’aide d’engins explosifs savamment mis en scène, Boris Le Guenn décide de se faire épauler par une experte en explosifs.

Parallèlement Boris est harcelé par un mystérieux inconnu qui semble au courant de ses moindres faits et gestes…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

D’abord parce que c’est la quatrième enquête de Boris Le Guenn, j’ai beaucoup aimé les précédentes et j’attendais avec impatience ce nouvel opus.

Ensuite parce que c’est Flamant Noir et que Nathalie, l’éditrice, m’a proposé de découvrir ce roman en avant-première.

Ma chronique

Avant tout je tiens à remercier chaleureusement les éditions Flamant Noir, et tout particulièrement Nathalie, pour leur confiance renouvelée et surtout pour me donner l’occasion de découvrir ce nouvel opus des enquêtes de Boris Le Guenn en avant-première.

Un opus fort attendu compte tenu de la fin du précédent, Burn-Out, il me tardait de savoir qui était l’auteur du coup fil anonyme reçu par Boris. Qui plus est Boris va devoir composer avec une équipe quasiment neuve (seul Antoine est resté au côté de son patron), mais aussi avec une nouvelle hiérarchie (avec notamment un boss arrivé à son poste grâce à ses diplômes et non au mérite). Cerise sur le gâteau, la vie personnelle de Boris est elle aussi en pleine tempête ; Soizic (l’épouse de Boris) veut faire un break pour se donner le temps de réfléchir à leur situation, sans surprise les enfants (et le chien) suivent leur mère…

Peut-être vous demandez-vous si ce roman peut se lire individuellement ou s’il est impératif de prendre la série dans l’ordre ; je vous répondrai qu’il peut se lire en one-shot, mais qu’il serait dommage de passer à côté des précédents. Non seulement il est fait référence à des événements qui se sont produits dans le précédent tome, mais il est surtout fortement rattaché à Ad-Unum, le second roman de la série. Enfin, il serait dommage de passer à côté d’excellents polars, écrits avec la touche inimitable propre aux flics écrivains.

Didier Fossey ne fait dans la simplicité, genre « on prend les mêmes et on recommence« , aucun de ses romans ne ressemble aux autres, tout en restant proche du quotidien de ses personnages, l’auteur aborde des thématiques différentes, pas forcément inhérentes au métier de policier soit dit en passant. C’est aussi ça la touche Fossey, des intrigues fortement ancrées dans le réel avec des acteurs empreints d’humanité (et parfois d’inhumanité).

Dans cet opus il sera notamment question de pédophilie (certainement l’une des pires situations à laquelle puisse être confronté un policier, sans parler des horreurs subies par les victimes), de vengeance, de prise en charge psychiatrique des criminels, mais aussi de la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle quand on est flic de terrain.

D’entrée de jeu, en guise de prologue, l’auteur nous renvoie en 2013 en nous plaçant dans la peau de celui que l’on devine être à l’origine de l’appel anonyme reçu par Boris. Au fil des chapitres nous croiserons son chemin, et partagerons son parcours d’août 2013 à avril 2015 (date de la présente intrigue). Vous comprendrez aisément que je ne m’attarderai pas sur l’individu bien qu’il y aurait beaucoup à dire le concernant, je vous laisse découvrir tout ça par vous même.

On enchaîne ensuite avec le premier chapitre qui nous permet de faire un point rapide sur la situation professionnelle et privée de Boris (piqûre de rappel, au cas où). Le chapitre suivant nous plonge au coeur de l’action, on y croise notre vengeresse qui exécute sa première victime.

L’on devine sans peine ce qui motive cette soif de vengeance, là encore nous aurons le droit à quelques flashbacks qui nous permettront de réaliser à quel point les « victimes » étaient de sinistres pourritures. Difficile d’éprouver la moindre pitié pour ce genre de salopards, sans aller jusqu’à cautionner les actes de la vengeresse, j’ai beaucoup de mal à la blâmer…

Si j’ai retrouvé Boris avec beaucoup de plaisir, j’avoue que certains membres de son ancienne équipe m’ont manqué. Heureusement les nouveaux venus, notamment son adjointe, Nathalie, sont pleins de ressources. Et puis ça donne à l’auteur une bonne raison de poursuivre son chemin avec Boris Le Guenn, au moins jusqu’à ce que le groupe se soude et fonctionne en totale cohésion…

S’agissant d’auteurs que je connais et apprécie, je ne prête guère d’attention à la couverture des bouquins, force m’est pourtant de reconnaître que celle-ci est impeccable. Idéale pour attirer un public plus large à la découverte de l’univers de Boris Le Guenn (et pourquoi pas de l’éditeur Flamant Noir).

Vous l’aurez compris j’ai été sous le charme du début à la fin. Lu le temps d’un weekend (et encore, j’ai quasiment dû me contraindre à aller me coucher samedi soir). Le Flamant inscrit une nouvelle perle à son catalogue déjà bien garni.

Je terminerai cette chronique en citant un passage qui m’a fait sourire, une private joke de l’auteur, clin d’oeil à Sébastien Teissier, ami de Didier Fossey (cf les remerciements) et écrivain lui aussi (je ne désespère d’ailleurs pas de lire la suite de X, même si je sais que le délai n’est pas de son fait) et résident à Singapour :

« C’était un homme seul, pas d’enfants, pas de femme. Quand il est parti en maison de retraite, la maison a été vendue pour payer les frais. C’est un écrivain qui l’a acheté, un gars qui écrit des polars. Monsieur Teissier qu’il s’appelle, mais il ne vient pas souvent. Il habite en chine, à Singapour qu’on m’a dit. »

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – La Terre Des Morts

AU MENU DU JOUR

JC Grangé - Le Terre des Morts

Titre : La Terre Des Morts
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

Quand le commandant Corso hérite de l’enquête sur la mort d’une strip-teaseuse, il est loin d’imaginer à quel point l’affaire est complexe. D’autant qu’un second corps est retrouvé, une autre strip-teaseuse, tuée selon le même mode opératoire aussi sordide que sophistiqué. Et toujours pas l’ombre d’un indice, et encore moins d’un suspect…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jean-Christophe Grangé, je lui suis fidèle depuis toujours et compte bien le rester. Même si ces romans ne sont pas tous au top, je n’en ai refermé aucun totalement déçu.

Ces derniers temps JCG semble avoir retrouvé la niaque, je suis donc confiant…

Ma chronique

Le chiffre 13 porterait-il bonheur à Jean-Christophe Grangé ? Une chose est certaine, son dernier roman, le treizième, vous l’aurez compris, est une totale réussite. L’auteur nous offre un thriller d’une redoutable efficacité, bourré de revirements de situation totalement inattendus, et hautement addictif.

Si vous êtes un habitué de l’auteur, vous aurez sans doute remarqué qu’il est particulièrement à l’aise avec des personnages complexes et torturés. Stéphane Corso ne fait pas exception à la règle, certes un flic brillant, mais souvent borderline, un chef respecté par son équipe (et quelle équipe !), mais pas franchement sociable, ni empathique, mais aussi un père aimant en plein divorce pour le moins tumultueux qui doit se battre pour pouvoir garder son fils.

En face de lui, son suspect, Philippe Sobieski, assassin et pervers sexuel devenu peintre de renom à sa sortie de prison. Si le gars semble cumuler tous les vices possibles et imaginables, il est aussi redoutablement intelligent. Coupable ou innocent ? Pour Corso ça ne fait aucun doute, coupable !

Si le récit est à la troisième personne, on suit l’affaire à travers le personnage de Corso, son point de vue, ses doutes, ses questionnements. Et du coup nous aussi, lecteurs, nous mettons à douter et à se poser des questions. Doutes et questions qui ne nous lâcheront pas avant le clap de fin. Et quelle fin !

Une intrigue qui va nous entrainer dans les travers les plus sombres de l’âme humaine et de la sexualité la plus crasse. SM, bondage, shibari (l’art de nouer les cordes au Japon), gonzo porn… C’est cru, brut de décoffrage, trash et violent, âmes sensibles s’abstenir !

Même si le contexte peut sembler dérangeant, n’allez surtout pas croire que JCG joue la carte de la surenchère dans la violence et le trash, ce n’est là qu’une infime facette de l’intrigue. C’est surtout la confrontation entre Corso et Sobieski qui fait la force de ce roman.

Les chapitres sont cours, l’écriture incisive, tout est fait pour nous plonger au coeur de l’intrigue et surtout nous rendre accro. Et ça fonctionne ! Impossible de lâcher le bouquin une fois qu’il vous aura pris dans ses mailles.

Autre marque de fabrique de JCG : le gros travail de documentation préalable que ‘on devine à la lecture du roman. J’aime bien fouiner de mon côté sur Internet, non pour vérifier les sources de l’auteur, mais pour avoir une idée plus précise de l’objet de ma convoitise. En l’occurrence je ne comprenais pas pourquoi je faisais systématiquement chou blanc, quelle que soit la source sollicitée, lors de mes recherches sur un des éléments clé de l’intrigue… maintenant je sais !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jack Heath – Mange Tes Morts

AU MENU DU JOUR

J. Heath - Mange tes morts

Titre : Mange Tes Morts
Auteur : Jack Heath
Éditeur : Super 8
Parution : 2018
Origine : Australie (2017)
400 pages

De quoi ça cause ?

Timothy Blake est consultant pour le FBI, son sens de l’observation et son esprit de déduction en font un allié précieux pour résoudre une enquête. Et pourtant le Bureau ne se résigne à faire appel à lui qu’en tout dernier recours. Il faut dire que Timothy a aussi un goût immodéré pour la viande humaine, en cas de succès, son paiement se fait en nature…

Quand un adolescent de 14 ans est kidnappé avec demande de rançon à payer dans un délai très court, Timothy Blake est appelé en renfort. Mais dans cette enquête rien ne va se dérouler comme prévu ; Timothy serait-il tombé sur plus malin que lui ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Super 8 et que cet éditeur a le don de me surprendre presque à tous les coups… à défaut de surprise, la déception n’a jamais été au rendez-vous.

Parce que le titre, la couv’ et le pitch m’ont paru particulièrement appétissants, si j’ose dire (ah bin oui, j’ai osé) !

Ma chronique

Vous pensez avoir tout lu et tout vu en matière de thriller ? Nul doute qu’avec Mange Tes Morts Jack Heath saura surprendre même les plus blasés (et les plus exigeants) d’entre vous. Il faut dire que son héros est un mix entre Sherlock Holmes et Hannibal Lecter, un enquêteur brillant, mais aussi un cannibale perpétuellement affamé…

Premier challenge de taille pour l’auteur, nous faire aimer un personnage que l’on ne voudrait surtout pas avoir comme voisin (le gars t’invite à bouffer, tu ne sais pas si tu es un hôte ou le plat principal). Un challenge réussi sans faillir, d’abord la vie de ce brave Timothy n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, puis il ne se nourrit quasiment que de viande morte (pas faisandée, fraîchement exécutée au pénitencier du coin), s’il déroge à cette règle c’est que sa victime (son repas donc) n’était pas franchement un enfant de choeur.

Non seulement on sent que l’auteur aime vraiment son personnage, mais il réussit à nous faire partager son engouement et son empathie pour Thimothy Blake ; du coup on lui passe ses « petits » travers…

Rien qu’avec ça vous serez certainement d’accord avec moi pour reconnaître que Mange Tes Morts ne détonne pas au sein du catalogue de Super 8. Un thriller pur jus (aucun élément fantastique dans l’intrigue), mais totalement atypique.

Pour rester dans l’originalité, les titres de chapitres sont de courtes énigmes façon Fort Boyard (sans la voix chevrotante du vieux décrépi du fort). Si vous ne trouvez pas la réponse, ou si vous n’avez pas envie de vous creuser les méninges, toutes les réponses figurent à la fin du roman (certaines sont assez simples, d’autres nettement plus coriaces).

Le récit est à la première personne, histoire de nous plonger en totale immersion dans les méandres de l’esprit de Timothy et de suivre son raisonnement au fil de l’enquête. Une enquête qui ne manquera pas de rebondissements et de surprises (bonnes, parfois ou mauvaises, souvent) pour Timothy (et par prolongement pour nous, lecteurs).

Si l’intrigue est portée par Timothy, il pourra compter sur l’aide de l’agent Reese Thistle, chargée initialement de le chaperonner afin qu’il reste dans les clous, mais finira par s’impliquer à fond dans l’enquête à ses côtés. D’autres rencontres, plus ou moins sympathiques, viendront pimenter l’enquête.

La plume de Jack Heath sera tour à tour incisive ou plus légère, les touches d’humour viennent, çà et là, faire retomber la tension sans pour autant nuire au rythme. L’auteur ne sombre pas dans la surenchère, comme un chef cuisinier, il sait maintenir l’équilibre des saveurs et des ingrédients qu’il déploie.

Si l’intrigue se déroule exclusivement au Texas, l’auteur est quant à lui Australien.

Difficile d’imaginer que Jack Heath s’était, avant d’écrire ce roman, cantonné dans la littérature jeunesse et young adult. Je ne vous conseille pas de laisser traîner ce bouquin à portée de lecteurs non avertis, sinon la prochaine fois que vous lui servirez un steak, il (ou elle) pourrait bien faire un malaise à table ou s’enfuir en hurlant…

La quatrième de couv’ précise, non sans humour, que « Ce thriller survolté et sans tabou ne vous laissera aucun répit. Accessoirement, il se pourrait qu’il vous incite à devenir végétarien« . Pour le premier point, je confirme ; quant au second c’était pour ma part un pari perdu d’avance, je suis un carnivore assumé et compte bien le rester !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Guillaume Musso – La Jeune Fille Et La Nuit

AU MENU DU JOUR

G. Musso - La jeune fille et la nuit

Titre : La Jeune Fille Et La Nuit
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2018
Origine : France
440 pages

De quoi ça cause ?

Si Thomas Degalais, écrivain à succès résidant à Manhattan, revient sur la Côte d’Azur pour les 50 ans de Saint Ex, l’établissement scolaire élitiste où il a suivi sa scolarité, ce n’est pas par nostalgie. La destruction annoncée de l’ancien gymnase, au profit d’un complexe plus moderne, pourrait bien faire remonter un terrible secret lié à la disparition, 25 ans plus tôt, de Vinca Rockwell, une étudiante charismatique, et d’Alexis Clément, un jeune prof de philo.

Un secret qui pourrait bien les conduire, lui et Maxime, son fidèle ami qui vise un poste de député, directement un prison. D’autant que quelqu’un semble être au courant de leur secret et réclame vengeance…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Guillaume Musso et que j’assume à 200% le fait d’aimer cet auteur. Et j’emmerde ses détracteurs systématiques (avec une pensée particulière pour ceux qui dénigrent sans jamais avoir ouvert un bouquin de l’auteur), oui, je sais, c’est gratuit comme remarque…

Ma chronique

Avec ce nouveau roman Guillaume Musso quitte son éditeur historique (XO Edirions) au profit de Calmann-Lévy, officiellement c’est une volonté de plus grande liberté éditoriale qui est évoquée, officieusement il s’agirait d’une affaire de gros sous plus qu’autre chose… Comme dirait l’autre : « cela ne nous regarde pas« .

En refermant ce bouquin, je me dis que finalement Guillaume Musso n’a pas vraiment changé son fusil d’épaule par rapport à ses précédents romans. Il nous propose un polar grand public (bin oui, on ne va pas demander à Musso de nous pondre du Chatttam, du Thilliez ou du Grangé), plutôt bien ficelé, avec juste ce qu’il faut de rebondissements (pas forcément totalement imprévisibles) et surtout un page-turner efficace et addictif.

Point de renouveau avec ce roman, d’un autre côté pourquoi l’auteur sortirait-il de sa zone de confort ? Ce qu’il fait, il le fait bien et le public répond présent systématiquement. N’empêche que je garde espoir, qu’au détour d’un prochain roman, Guillaume Musso parvienne à me surprendre.

Je ne qualifierai pas l’intrigue de bateau, mais il est vrai qu’elle est relativement linéaire, ce qui ne l’empêche de nous réserver quelques surprises. Par contre, contrairement à ces précédents romans, celui-ci se déroule intégralement en France. Hormis cette particularité géographique, la mécanique est bien rodée…

Le récit, à la première personne, est porté par Thomas, navigant entre ses souvenirs et le présent il va essayer de résoudre deux énigmes : identifier leur adversaire avant qu’il ne s’en prenne à lui et découvrir la vérité sur la disparition de Vinca Rockwell. Lui et Maxime sont en effet bien placé pour savoir que la thèse officielle, qui affirme que l’étudiante et le jeune prof de philo étaient amants et ont pris la fuite ensemble, ne tient pas la route.

Il est loin de se douter qu’en remuant ainsi le passé, de nombreux autres secrets, pas toujours agréables à entendre, vont refaire surface.

Comme d’hab Guillaume Musso mise beaucoup sur l’empathie du lecteur à l’encontre de ses personnages. Ce n’était pas forcément gagné d’avance avec Thomas, mais on finit par tout lui pardonner et espérer qu’il sortira indemne de ce merdier.

Les autres personnages ne sont pas laissés sur le bas-côté, il y a bien entendu Maxime, l’ami de toujours, étoile montante de la vie politique locale sous l’étiquette LREM, mais aussi Fanny, une autre amie devenue cardiologue, et Stéphane un journaliste fouille-merde militant de la France Insoumise (vous comprendrez sans doute que j’ai eu beaucoup de mal à trouver le gusse sympathique… d’ailleurs je n’y suis pas arrivé).

Et bien entendu il y a Vinca, absente, mais omniprésente, un peu à l’image de Sean Lorentz dans son précédent roman, Un Appartement A Paris.

Un page-turner efficace bouclé en deux jours (il faut dire que je suis en congés, ça aide), pas de quoi faire virer de bord les détracteurs de Guillaume Musso, mais qui saura séduire les lecteurs déjà acquis à sa cause.

Comme tous les ans, j’attends maintenant la sortie du dernier Marc Lévy, Une Fille Comme Elle, dans quelques jours afin de désigner le vainqueur du classico littéraire 2018.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Coupable

AU MENU DU JOUR

JOB - Coupable

Titre : Coupable
Série : Lise Lartéguy – Tome 2
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Quand Pierre Boifeuras, le chef de la PJ, mais aussi le parrain et protecteur de Lise Lartéguy, est sauvagement assassiné, la jeune femme Este dévastée. D’autant que certains indices lui laissent penser qu’elle pourrait être impliquée dans ce crime ; sauf qu’elle n’a que de très vagues souvenirs de la nuit précédente. Une nuit au cours de laquelle elle a laissé libre cours à la Bête qui sommeille en elle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé Brutale, la première enquête de Lise Lartéguy. Il me tardait de retrouver cette fliquette borderline et d’en apprendre davantage sur elle.

Parce que c’est La Bête Noire et que je commence à avoir un sacré retard dans l’exploration de leur catalogue.

Ma chronique

J’ai découvert le personnage de Lise Lartéguy l’année dernière avec le précédent roman de Jacques-Olivier Bosco (aka JOB), Brutale ; une entrée sur la scène littéraire policière plutôt fracassante, mais j’ai été séduit par cette nana hors norme. J’avoue que j’ai un faible pour les flics borderline, et Lise Lartéguy ne se contente pas de flirter avec la ligne jaune, elle la piétine allègrement !

Afin de laisser libre cours à ses bouffées de violence en épargnant, autant que possible, les innocents, Lise Lartèguy s’efforce d’appliquer La Méthode que lui a inculquée son père ; sur le principe c’est on ne peut plus simple :

« Le bien, on n’y touche pas. Le mal, on peut. Le mal, on le combat.
Les gens comme nous sont des gens bien. Tu souffres, tu as besoin de faire le mal, de transmettre ta souffrance.
Le mal doit combattre le mal. »

Sauf que cette chère Lise aimerait bien faire taire la Bête qui est en elle, plus facile à dire qu’à faire, surtout quand son passé refait surface.

Le bouquin alterne justement entre l’intrigue actuelle et les flashbacks qui permettent de découvrir aussi bien le passé de Lise que celui de son père et de son parrain. On comprend mieux (sans pour autant tout pardonner) les excès de Lise, et du coup le personnage gagne en profondeur (profondeur qui faisait parfois défaut dans Brutale) et notre empathie pour elle ne peut que se renforcer au fil des pages.

JOB apporte beaucoup de soins à ses personnages… même s’il n’hésite pas à les malmener. Outre une (encore plus) forte sympathie pour Lise, j’avoue aussi avoir eu un faible pour le personnage de Linda malgré ses travers.
L’intrigue policière est elle aussi soignée et rondement menée ; à ce titre j’ai été scié en découvrant la vérité sur la mort de Boisfeuras. Encore un petit bémol (je n’irai pas jusqu’à employer le mot défaut) de Brutale corrigé dans ce second opus, à croire que les enquêtes de Lise Lartéguy sont comme le bon vin et se bonifient avec le temps.

Il faut dire qu’en plus de son enquête, Lise va devoir faire face à l’acharnement du substitut du procureur Martignon qui semble très près de découvrir son terrible secret et ainsi briser sa carrière. Celui-ci trouvera d’ailleurs un allié inattendu en la personne d’Eric Boisfeuras, le fils de Pierre.

Enfin la plume incisive et percutante de l’auteur, associée à des chapitres courts, assure une lecture d’une grande fluidité. Difficile de lâcher ce bouquin une fois qu’il vous aura pris dans ses mailles.

Faut-il avoir lu Brutale avant de se lancer dans Coupable ? Je serai tenté de répondre oui même si cela n’est pas franchement impératif, ne serait-ce que pour suivre l’évolution de Lise Lartéguy et garder intacte l’intrigue du précédent roman.

En refermant le roman, j’ai eu un petit pincement au cœur à l’idée de ne peut-être plus croiser la route de Lise Lartéguy ; j’espère me tromper sur ce point, seul JOB serait en mesure d’apporter une réponse claire à ce questionnement.

MON VERDICT
Coup double