[BOUQUINS] Adam Sternbergh – Population : 48

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A. Sternbergh - Population : 48

Titre : Population : 48
Auteur : Adam Sternbergh
Éditeur : Super 8
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
432 pages

De quoi ça cause ?

Caesura (Blind Town pour ses habitants) est un trou perdu sans aucune existence officielle au fin fond du Texas. Les résidents doivent se plier à 3 règles simples: aucun contact avec l’extérieur, aucune visite et aucun retour en arrière possible en cas de départ.

Tous les résidents font partie d’un programme ultra confidentiel. Tous ont eu une partie de leur mémoire effacée, celle qui justifie leur présence à Caesura. Criminels ayant balancé leurs boss ou témoins à protéger, nul ne le sait et c’est très bien ainsi.

La ville est placée sous l’autorité du shérif Calvin Cooper et de ses deux adjoints. Leur mission consiste essentiellement à régler des querelles de voisinage ou des bagarres d’ivrognes. Jusqu’au jour où un habitant est abattu d’une balle en pleine tête.

Quelques mois plus tôt, un autre s’était tiré une balle dans la tête. Une situation complexe pour Cooper étant donné qu’aucune arme, hormis la sienne, n’est autorisée à entrer à Caesura…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Super 8 et que je n’ai jamais été déçu, et même souvent très agréablement surpris, par cette maison d’édition.

Au cas où j’aurais encore des doutes, la couv’ et le pitch ont enfoncé le clou de la curiosité jusqu’à un point de non-retour.

Super 8 et NetGalley ayant donné une suite favorable à ma demande, il ne me restait qu’à embarquer pour Caesura, un bled paumé dans le trou du cul du Texas, population : 48 habitants…

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Super 8 et Net Galley pour leur confiance renouvelée, me permettant ainsi de découvrir un roman que je guettais depuis l’annonce de sa sortie.

Je ne saurai dire combien de thrillers j’ai lu, mais ça doit se compter en centaines, je ne m’en lasse pas et à aucun moment je ne me suis senti blasé ; certes je peux avoir envie de passer à autre chose de temps en temps, mais mon genre de cœur reviendra toujours au premier plan de mes lectures. Si je ne m’en lasse pas, c’est parce que de temps en temps je croise la route d’un bouquin qui arrive encore à me surprendre en s’aventurant sur des terrains encore inexplorés. Population : 48 fait incontestablement partie de ces romans.

Le titre déjà pourrait faire penser au cultissime Pop. 1280 de Jim Thompson (1275 Âmes dans sa première traduction, Pottsville, 1280 Habitants pour la dernière version en date), l’exergue citant justement une phrase de ce roman tendrait à nous conforter dans notre impression. Et pourtant il n’en est rien, sinon un choix délibéré (et bienvenu en l’occurrence) de la traduction française du roman, dont le titre original est The Blinds, en référence au petit nom donné à Caesura.

Et c’est justement Caesura qui distingue ce roman de ses pairs. Imaginez un petit bled paumé au cœur du désert, protégé par une clôture de 4 mètres, n’ayant aucune existence officielle et n’apparaissant sur aucune carte. Un bled dont tous les résidents ont volontairement demandé à ce qu’une partie (la part la plus obscure) de leur passé soit définitivement effacée de leur mémoire. Une nouvelle identité pour un nouveau départ au sein d’une communauté restreinte.

En soi c’est déjà un terreau plutôt fertile pour un auteur un tantinet doué, ajoutez-y une enquête de police et quelques grains de sables imprévus qui viendront mettre en péril le fragile équilibre de la ville, vous obtiendrez un thriller en huis clos totalement addictif. Un véritable page-turner que vous ne pourrez plus lâcher une fois happé par son implacable mécanique.

Vous l’aurez compris, Adam Sternbergh et bien plus qu’un tantinet doué ; c’est en véritable virtuose qu’il mène son intrigue et ses personnages.

Concernant l’enquête de police susmentionnée, l’auteur nous livre rapidement le nom du tueur, il faudra être un peu plus patient pour découvrir le pourquoi du comment de son geste. En fait ladite enquête n’est que la partie émergée de l’iceberg, l’essentiel se déroule à l’insu du plein gré des habitants de Caesura (mes fameux grains de sable).

L’enquête en question est menée par des enquêteurs qui ne sont pas de véritables flics. À commencer par le shérif Cooper qui arbore fièrement une étoile fantoche, tire comme un pied amputé du gros orteil et tend à avoir deux mains gauches amputées des pouces quand il s’agit de jouer des poings !

Quant à mes grains de sable, ils seront de deux types. À commencer par de nouveaux arrivants dont certains ont un comportement pour le moins étrange. Et, cerise sur le gâteau, des enquêteurs externes viendront piétiner les plates-bandes du shérif Cooper.

On a beau savoir que les habitants de Caesura ne sont certainement pas des enfants de chœur,on ne peut s’empêcher de les trouver sympathiques et de s’attacher à leur quotidien. Du coup on aurait plutôt tendance à prendre en grippe ceux qui viennent menacer l’équilibre de cette petite communauté, d’autant qu’il semble falloir y réfléchir à deux fois avant d’être tenté de leur donner le Bon Dieu sans confession…

Bien que l’intrigue soit résolument moderne, la situation même de Caesura tend à lui donner une ambiance western (une sensation renforcée par la couv’), il ne manque que ces buissons en boule portés par le vent pour s’imaginer au XIXème siècle au cœur du Far West. Ne serait-ce pas le son d’un harmonica que j’entends ?

Si l’intrigue ne prête pas particulièrement à rire, tirant même parfois franchement sur le glauque, la plume de l’auteur ne se départ jamais d’une certaine légèreté, n’hésitant pas, çà et là, à apporter quelques touches d’humour histoire de faire baisser la pression.

Une fois de plus Super 8 réussit à me bluffer avec un bouquin qui ne ressemble à nul autre.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Müller – Erectus

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X. Müller - Erectus

Titre : Erectus
Auteur : Xavier Müller
Éditeur : XO Editions
Parution : 2018
Origine : France
433 pages

De quoi ça cause ?

En Afrique du Sud, Cathy Crabbe, une virologue identifie un virus qui défie toutes les lois de la nature, ses « victimes » régressent en effet de plusieurs millions d’années.

Son alerte est tournée en ridicule par la communauté scientifique. Stephen Gordon, un haut responsable de l’OMS décide malgré tout de prendre cette possible menace au sérieux.

Il envoie son adjoint, Lucas Carvalho, sur le terrain en lui recommandant de convaincre Anna Meunier, une paléontologue controversée pour avoir émis l’hypothèse d’une possible régression des espèces, de rejoindre l’équipe de recherche.

Sur place, ils découvrent plusieurs espèces animales touchées par le virus, mais aussi des végétaux ayant subi le même type de régression. Une course contre la montre s’engage alors pour circonscrire le virus avant une éventuelle transmission humaine ; ils ne le savent pas encore, mais il est déjà trop tard…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la couv’ qui a d’abord attiré mon attention, le résumé n’a fait que confirmer l’évidence.

XO Editions et la plateforme Net Galley ayant accepté ma sollicitation, j’ai le plaisir de découvrir ce roman en avant-première (parution le 8 novembre).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement XO Editions et Net Galley pour leur confiance renouvelée à l’occasion de la sortie de ce roman.

Pendant longtemps on a pensé que l’évolution des espèces ne pouvait qu’obéir à la loi de Dollo qui stipule qu’une spécialisation des espèces s’accompagne d’une diminution des mutations qui pourraient les faire évoluer, rendant improbable le retour des caractéristiques ou organes perdus par une espèce au cours de l’évolution. Le phénomène de régression (le terme scientifique exact est réversion) a été admis et démontré que récemment…

C’est sur cette base que Xavier Müller a construit son thriller fantastique Erectus, avec comme élément déclencheur un virus qui provoque des régressions radicales en un temps record, mais est en plus capable d’évoluer afin de contaminer aussi bien la flore que la faune et même l’humain.

L’auteur réussit un joli tour de force en rendant (presque) crédible la propagation de ce virus pour le moins improbable ! Les différentes phases de l’épidémie, puis de la pandémie, et ses conséquences sont décrites avec un réalisme bluffant. Il en va de même pour les différentes réactions possibles face à cette menace sanitaire inédite (même si le constat n’a pas de quoi redonner foi en l’humanité du genre humain).

Un risque sanitaire majeur qui sera géré à la fois par l’OMS et par l’ONU, les deux organismes n’ayant pas forcément les mêmes priorités, et encore moins le même genre de préoccupations. Face aux conséquences économiques (voire politiques) et sanitaires de la pandémie, est-ce que la morale et l’éthique ont encore le droit de cité ? Jusqu’où peut-on aller au nom de la protection des populations ?

J’aimerai croire que les réponses apportées dans le roman ne sont que pure fiction, mais je ne me fais guère d’illusion sur la question.

Je reste volontairement dans le vague afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte. C’est un peu frustrant de rédiger des chroniques en se contraignant à en dire le moins possible (alors qu’il y aurait tant à dire et redire), mais c’est toujours mieux que de spoiler à tout va au risque de vous ruiner votre lecture.

Une intrigue qui vous fera voyager en Afrique du Sud, aux États unis, en Suisse et en France, mais le rythme de croisière imposé ne laissera guère de place à la farniente. Petit plus personnel, il y a même une partie de l’intrigue qui se déroule au large de la Nouvelle-Calédonie.

Forcément au cours de cette ballade aux quatre coins du monde vous allez croiser beaucoup de personnages amenés à jouer un rôle plus ou moins important dans la suite des événements. Si l’intrigue est portée par le trio composé d’Anna Meunier, Stephen Gordon et Lucas Carvalho, les autres personnages ne sont pas pour autant condamnés à faire de la simple figuration.

Un bouquin commencé vendredi après-midi, mis en stand-by le temps du weekend (c’est paradoxal, mais alors que c’est le moment où je suis sensé avoir le plus de temps libre, c’est aussi celui pendant lequel je lis le moins) et dévoré dans la journée de lundi.

Cette lecture fut pour moi une belle découverte, un récit maîtrisé de bout en bout et construit avec beaucoup d’intelligence. Je ne connaissais pas Xavier Müller, nul doute qu’à compter de ce jour je vais m’intéresser de plus prés à ce qu’il fait…

MON VERDICT

[BOUQUINS] René Manzor – Apocryphe

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R. Manzor - Apocryphe

Titre : Apocryphe
Auteur : René Manzor
Éditeur : Éditions de l’Épée
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Sept ans plus tôt, David a vu mourir son père, crucifié sur le Golgotha par les autorités romaines avec la bénédiction du Sanhédrin juif.

Aujourd’hui il vit caché dans le désert de Qumrân chez sa mère, Mariamne et son oncle, Shimon alors que la colère gronde de plus en plus fort à Jérusalem et un peu partout en Palestine face à l’occupation romaine et son lot de persécutions. Mais le peuple juif est divisé, les zélotes sont partisans d’une lutte armée alors que les nazôréens espèrent toujours trouver une issue pacifique.

David a soif de vengeance, de rébellion et de liberté…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant toute autre considération, par curiosité. Le pari de René Manzor était plutôt osé, j’étais curieux de savoir comment il s’en sortirait… et s’il saurait me convaincre.

Les éditions Calmann-Lévy, via la plateforme Net Galley, ayant répondu favorablement à ma sollicitation, il ne me restait plus qu’à succomber à la tentation.

Ma chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et NetGalley qui, en acceptant ma demande, me donnent leur bénédiction pour la rédaction de la présente chronique.

Si vous cherchez dans le dico (le Larousse en l’occurrence) le mot apocryphe, vous trouverez les définitions suivantes :

Se dit d’un texte qui n’est pas authentique.
Se dit de tout écrit qui, se présentant comme un livre inspiré de Dieu, ne fait pas partie du canon biblique juif ou chrétien.

Alors le roman de René Manzor est-il vraiment apocryphe ? Si je me réfère à la première définition, la réponse est non ; en effet ce texte est un authentique thriller. En référence à la seconde définition je serai tenté de répondre à la normande ni oui, ni oui, mais aussi oui et non ; l’inspiration divine du roman est très lointaine et surtout très libre, de fait il ne peut absolument pas prétendre faire partie du canon biblique (nul doute même qu’il devrait hérisser le poil des grenouilles et crapauds de bénitier). Il n’en reste pas moins que Apocryphe est un roman divinement agréable à lire et diaboliquement addictif.

En combinant des personnages historiques (Pilate, Caïphe ou encore Caligula), des personnages bibliques (Barabbas ou Joseph d’Arimathie par exemple) et des personnages issus de son imaginaire, René Manzor s’invite (s’immisce même) dans l’Histoire et la revisite sans pour autant en modifier fondamentalement le cours. Un pari sacrément osé, pour ne pas dire complètement fou.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore je revendique haut et fort mon athéisme et suis totalement hermétique (pour rester poli) à tout ce qui se rapporte à la religion ; c’est donc curieux, mais pas franchement convaincu que je me suis lancé dans la lecture de ce bouquin semblable à nul autre. Et le miracle s’est produit ! Saint René m’a donné la foi en son évangile apocryphe…

Je n’ai pas eu besoin de réciter une palanquée de pater noster et une tripotée d’ave maria avant d’être touché par la grâce, le charme a opéré dès les premières pages et ne m’a plus lâché avant que je ne referme ce bouquin.

J’ai beaucoup aimé le trio composé de David (et l’impétuosité de son jeune âge), le fils de Jésus (Yeshua) et Marie Madeleine (Marimane de Magdala), Longinus (qui incarne plutôt la force tranquille, du moins aussi longtemps qu’on ne le pousse pas à bout), un ancien légionnaire converti qui a juré de protéger le jeune garçon et Farah, une jeune esclave affranchie par la force des choses qui ne manque ni de ressources ni de répartie.

René Manzor apporte le même soin à tous ses personnages, qu’ils soient historiques, bibliques ou fictifs ; il saura vous les rendre sympathiques ou a contrario totalement antipathiques (avec une mention spéciale à Ponce Pilate qui est juste exécrable de la première à la dernière page) selon les besoins de son intrigue.

Et quelle intrigue ! L’auteur nous plonge dans un véritable péplum biblique sur fond de chasse à l’homme, un thriller truffé d’action et de batailles épiques (celle du fort Garizim est un morceau d’anthologie). On sent que René Manzor est aussi scénariste et réalisateur, son écriture est très visuelle, en lisant le roman on a l’impression de voir la scène se jouer sous nos yeux.

Mais l’auteur ne se contente pas d’enchaîner les bastons, ses personnages seront amenés à se poser des questions, voire même à douter, si leurs réflexions s’intègrent alors parfaitement à l’intrigue, elles sont pour beaucoup tout aussi valables de nos jours.

Ce roman est un sacré tour de force qui doit beaucoup au formidable talent de conteur de son auteur qui, au fil des pages, parvient à nous divertir avec brio, mais aussi avec beaucoup d’intelligence. Un roman totalement maîtrisé qui force le respect.

Je craignais quelques envolées mystiques, ce qui eut pour moi été rédhibitoire, il n’y en a que peu et, là encore, elles sont parfaitement intégrées à l’intrigue, à aucun moment René Manzor ne tombe dans le piège du prosélytisme.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Tim Willocks – La Mort Selon Turner

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T. Willocks - La mort selon Turner

Titre : La Mort Selon Turner
Auteur : Tim Willocks
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Angleterre
384 pages

De quoi ça cause ?

Au terme d’une soirée trop arrosée, Dirk Le Roux, un jeune et riche Afrikaner percute violemment une jeune SDF des townships. Ses amis et lui reprennent la route, la laissant agoniser sur le bas côté jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Margot Le Roux, la mère de Dirk, une puissante femme d’affaires de Cap-Nord, est convaincue que l’affaire peut être étouffée en graissant les bonnes pattes.

Sauf que l’adjudant Turner, en charge de l’enquête, ne voit pas les choses sous cet angle-là. Un crime a été commis, justice doit être rendue, qu’importent les origines et classes sociales de la victime et du coupable.

En se rendant au Cap-Nord, Turner sait qu’il sera seul contre tous, mais il faut bien plus que ça pour le dissuader de mener son combat jusqu’au bout…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait quelque temps que j’ai envie de découvrir l’univers de Tim Willocks. J’aurai pu piocher dans mon Stock à Lire Numérique un de ses récents romans historiques, j’ai préféré rester dans ma zone de confort avec un thriller pur et dur.

Parce que Sonatine, via la plateforme Net Galley, a accepté de répondre favorablement à ma sollicitation, me permettant ainsi de découvrir ce titre en avant-première (parution le 11 octobre).

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avais beau savoir que Tim Willocks n’en était pas à son coup d’essai en matière de thriller, je ne m’attendais pas à me prendre un tel uppercut dans la tronche en attaquant ce bouquin.

D’entrée de jeu l’auteur annonce la couleur, le prologue commence en effet quelques heures avant le dénouement de l’histoire ; Turner est déjà au cœur de l’action et on devine aisément que son séjour à Cap Nord n’a pas dû être de tout repos…

Vous l’aurez compris ce bouquin vous emmène visiter l’Afrique du Sud, mais oubliez les décors de cartes postales pour touristes en goguette. Ici vous découvrirez l’envers du décor, le côté obscur de l’Afrique du Sud en quelque sorte.

À commencer par la région dans laquelle se déroule l’intrigue, des terres arides aux portes du Kalahari. Une région qui doit une prospérité inespérée à l’exploitation minière de Margot Le Roux et de fait elle règne sur les lieux en maîtresse absolue, les autorités sont à sa botte.

On découvre aussi un pays en proie à une criminalité galopante où la corruption est une activité aussi courante que lucrative. Tout se paye quand on y met le prix, si ce n’est avec du cash, il suffit de trouver ce qui fera vibrer la bonne corde sensible.

Heureusement tout le monde ne se complaît pas dans cette fange nauséabonde et malsaine. Turner est un modèle d’intégrité qui, à défaut de croire en la police, croit encore en la loi et entend bien la faire respecter à tout prix. Adepte du tai-chi, il est la zénitude incarnée, mais ne vous avisez pas à venir piétiner ses plates-bandes, il peut se transformer en une véritable machine de guerre quand la situation l’impose.

Vous l’aurez compris pas d’entente possible entre Margot, prête à tout pour soustraire son fils à la justice, et Turner, bien déterminé à le ramener au Cap afin qu’il y soit jugé. Aucun des deux ne courbera l’échine devant l’autre, la confrontation est inévitable et elle s’annonce explosive.

Une intrigue menée à un train d’enfer qui saura vous prendre d’emblée aux tripes et ne vous lâchera pas avant le clap de fin ; et autant vous prévenir de suite, entre-temps vous n’aurez guère l’occasion de reprendre votre souffle.

Forcément c’est violent (souvent) et trash (parfois), mais ce n’est jamais gratuit. L’action est mise au service de l’intrigue et souvent analysée par les personnages qui n’agissent parfois plus par nécessité que de gaieté de cœur. Vous aurez notamment le droit à une inoubliable leçon de survie au cœur du désert… à éviter le ventre plein !

Évidemment on ne peut qu’éprouver un profond respect pour le personnage de Turner, mais l’auteur apporte le même soin à l’ensemble de ses personnages. Même les méchants ne sont pas des brutes épaisses décérébrées, ils ont leur raison d’agir de la sorte (amour d’une mère pour son fils, amour d’un homme pour sa femme, loyauté, amitié, appât du gain…) ; on n’est pas obligé d’adhérer, mais ça leur confère malgré tout une certaine humanité.

Et puis il y a les autres, ceux qui se retrouvent le cul entre deux chaises, mais ne peuvent guère réagir soit parce que trop impliqués par ailleurs (Winston), ou par peur de se dresser contre la Reine-Mère Margot (Iminathi) ou encore parce qu’ils ignorent tout de ce qui est train de se tramer à l’insu de leur plein gré (Dirk).

Un thriller noir à souhait, mais quelle claque ! Un magistral coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité, et bien sûr Five Jack !

Si vous voulez un thriller qui dépote grave, La Mort Selon Turner est fait pour vous. En refermant le roman, je sais d’ores et déjà que je ne suis pas près d’oublier cette rencontre avec Turner.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jonathan Skariton – Séance Infernale

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L. Skariton - Séance Infernale
Titre : Séance Infernale
Auteur : Jonathan Skariton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Grande-Bretagne (2017)
384 pages

De quoi ça cause ?

Alex Whitman n’a pas son pareil pour dénicher des objets en lien avec le cinéma, même ceux réputés introuvables ; il faut dire que ses méthodes ne sont pas toujours très orthodoxes, en effet il ne recule devant (presque) rien pour arriver à ses fins.

Sa mission du moment : retrouver le film Séance Infernale, réalisé par Augustin Sekuler, un inventeur français, des années avant que les travaux des frères Lumière et de Thomas Edison n’aboutissent.

Son enquête le conduira à Édimbourg (Ecosse) sur les traces de Sekuler et de son film, mais il encore loin de se douter que ses recherches seront plus périlleuses que ce à quoi il pouvait s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, c’est un thriller et ça met le cinéma à l’honneur… ça fait trois bonnes raisons de se laisser tenter.

Parce que le billet enthousiaste de Stelphique est venu rajouter une couche sur un degré de curiosité déjà élevé.

Sonatine ayant accepté, via la plateforme Net Galley, de donner une suite favorable à ma sollicitation, je ne vois aucune raison de différer plus avant cette lecture.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Vous l’aurez certainement remarqué j’ai un faible pour les thrillers et, même si c’est moins évident, pour le cinéma ; difficile, pour ne pas dire impossible de résister à un roman qui combine ces deux éléments et saupoudre le tout d’une bonne dose d’énigmes à résoudre.

Je ne sais pas si je peux me prétendre cinéphile, mais il est vrai que je suis un passionné de cinéma depuis de nombreuses années, même si mes goûts personnels me portent plus vers le cinéma contemporain, je connais quand même mes classiques (la preuve, je connais quasiment tous les films cités dans ce roman).

J’avais déjà lu que l’attribution de l’invention du cinéma aux Frères Lumière et à Thomas Edison était sujette à caution, mais je dois reconnaître que j’ai été bluffé par le travail de recherche effectué par l’auteur. Si le personnage d’Augustin Sekuler est fictif, il s’inspire d’un inventeur français bien réel, Louis Aimé Augustin Le Prince, qui aurait été un précurseur en matière de cinéma. Et qui, comme Augustin Sekuler, disparaîtra mystérieusement en 1890 au cours d’un voyage en train reliant Dijon à Paris. La comparaison s’arrête à ça, tout le reste n’est que fiction.

Je rassure ceux et celles que l’idée de courir après un vieux film rebuterait, il y a bien plus que ça dans ce roman. Un tueur en série particulièrement retors, voilà qui devrait vous motiver davantage.

Il faut savoir que si Alex Whitman se donne corps et âme dans son travail, c’est pour essayer de surmonter un drame personnel survenu une dizaine d’années plus tôt : la disparition de sa fille alors qu’il la conduisait au parc de Meadows à Édimbourg. Disparition suivie, quelque temps plus tard, par son divorce.

D’enfant il est aussi question dans la vie d’Augustin Sekuler, sa fille Zoe ayant elle aussi mystérieusement disparu. De nos jours aussi à Édimbourg une menace plane sur les enfants, suite à la découverte du corps calciné d’une fillette, l’inspecteur Georgina McBride est persuadée qu’un tueur en série sévit depuis plusieurs années en toute impunité… même si sa hiérarchie ne semble pas partager son point de vue.

Vous l’aurez compris sans qu’il me soit utile de le préciser : celui qui a enlevé (et certainement tué) la fille de Whitman dix ans plus tôt et le tueur en série qui sévit encore aujourd’hui sont très certainement une seule et même personne.

Mais alors quel rapport avec ce fichu film oublié de tous ? Et bien, ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! Je ne suis pas là pour vous raconter le bouquin, mais pour vous donner envie de le lire.

L’enquête, avec ses multiples ramifications, est tout simplement captivante. Impossible de lâcher le morceau une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et faites-moi confiance, l’auteur sait y faire pour que vous appâter.

Les chapitres sont courts, l’écriture va à l’essentiel, tout est fait pour assurer un rythme de croisière soutenu. Et qui, bien entendu, ira crescendo au fil des pages !

J’ai beaucoup aimé les personnages de Whitman et McBride, mais il serait franchement injuste de ne pas citer le troisième larron : Charlie, le collègue et ami de Whitman. Pour être tout à fait franc, tous les personnages sont impeccablement travaillés et crédibles.

Une intrigue qui fait aussi la part belle à la ville d’Édimbourg, au point que l’on pourrait quasiment la considérer comme un personnage à part entière. Je n’y ai jamais mis les pieds, mais en refermant ce bouquin j’ai eu envie d’aller la visiter, de découvrir tous ces coins et recoins à côté desquels un visiteur non avisé passerait sans les voir.

Si la plupart des notes vers lesquels pointent les appels de note vous renseignent sur tel ou tel aspect de l’histoire, d’autres sont nettement plus surprenantes. L’auteur vous invite à revêtir votre tenue d’enquêteur et à les décrypter (sans vous en donner la clé).

Petite anecdote en passant :

Je clique sur le premier appel de note [1] et je vois un truc comme ça s’afficher :

1. N’importe quel âge : -… .. . -. / –.- ..- . / .-.. .- –. . / .. — .–. — .-. – . / .–. . ..- / .- / — — .. -. … / -.. . – .-. . / ..- -. / ..-. .-. — — .- –. .

Je me suis dit que mon fichier devait être corrompu. Renseignement pris (merci Stelphique), c’est « normal » et je dois m’attendre à d’autres surprises.

Donc c’est qu’il y a un truc à décoder et du coup la clé saute aux yeux : du morse !

Facile ! Sauf que les autres notes cryptées sont nettement plus coriaces… J’ai renoncé à y comprendre quelque chose ; ce qui ne nuit en rien à la lecture et à la compréhension du bouquin, ça ajoute même une sympathique touche d’interactivité.

J’ai envoyé un mail à l’auteur afin d’avoir des explications (à supposer qu’explications il y ait), on verra bien s’il me répondra ou non.

Pour un premier roman Jonathan Skariton nous propose un mélange des genres (Indiana Jones & Sherlock Holmes affrontent le Da Vinci Code) audacieux, mais totalement maîtrisé.

MON VERDICT


La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Le bouquin comporte de nombreux appels de notes numérotés vers lesdites notes (57 au total), dommage que l’appel et la note ne soient pas liés (un clic sur l’appel affiche directement la note correspondante). C’est quand même vachement plus pratique que de devoir naviguer d’une section à l’autre du bouquin…

Plutôt inhabituel de la part de Sonatine qui tend à nous proposer des versions epub quasiment irréprochables.

J’ai fait les liens manuellement sous Sigil, pas de difficulté particulière, si ce n’est qu’il faut répéter l’opération 57 fois…

[BOUQUINS] Marc S. Masse – Cross

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M. S. Masse - Cross

Titre : Cross
Auteur : Marc S. Masse
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Eric Milan est un ex-flic qui s’est installé à son compte comme détective privé, outre des affaires pas franchement folichonnes, il peine à boucler les fins de mois. Quand un client lui propose un 300 000 € pour identifier et éliminer l’homme qui est responsable de la mort de son fils, Milan ne rechigne pas longtemps avant d’accepter.

Mais pour se faire, Milan devra participer au Grand Cross, une course extrême réservée aux sportifs accomplis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et l’occasion de découvrir Marc S. Masse, un nouveau venu dans leur catalogue.

Parce que Nathalie et Net Galley me permettent de découvrir ce roman en avant-première (parution le 8 octobre).

Ma chronique

Je remercie Flamant Noir, tout particulièrement Nathalie, et Net Galley qui m’offrent l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première.

Je suis un grand consommateur de thrillers et romans policiers, mais il me semble que c’est la première fois que j’en lis un qui se déroule au cœur d’une épreuve sportive. Et quelle épreuve !

Le Grand Cross c’est huit étapes de course à pied sur tous types de terrain et qu’importent les conditions météo. Chaque jour les concurrents devront courir sur plus de 50 kms avant une dernière étape de 84 kms !

Le roman se divise en deux parties, la première représentant plus de 85% du bouquin. Et c’est plutôt une bonne chose, car dans cette première partie Marc S. Masse fait preuve d’une remarquable maîtrise.

La grande force de ce Cross réside dans le personnage d’Eric Milan. Milan c’est un peu Monsieur Tout-le-Monde quand on fait sa connaissance, un quadra qui se laisse un peu aller, un gars enlisé dans un boulot qui ne lui plait pas vraiment et avec des fins de mois difficiles. Si Milan accepte la mission qui lui est confiée, ce n’est ni par idéal ni par grandeur d’âme, non, c’est pour le fric et uniquement le fric.

Dans cette première partie on le voit se surpasser au fil des étapes, on en viendrait presque à souffrir avec lui tant l’auteur réussit à nous plonger dans la peau de son personnage. D’autant que la course va rapidement lui réserver d’autres surprises qui n’ont rien à voir avec le sport.

A ce niveau je dois avouer que j’ai rapidement compris qui tirait les ficelles et surtout quelles étaient ses motivations. C’est une phrase de Milan qui m’a mis sur la voie. Malgré l’absence de surprise à ce niveau (la suite m’a en effet donné raison sur toute la ligne) j’ai pris énormément de plaisir à parcourir les kilomètres et surmonter les difficultés avec Eric Milan.

Puis vient la seconde partie avec un retournement de situation aussi incompréhensible qu’invraisemblable. J’en suis venu à douter de la santé mentale de l’auteur sur ce coup puis à la réflexion un début d’explication m’est apparu sans toutefois que je parvienne à le cadrer dans le déroulé de l’intrigue.

Et effectivement tout s’explique (une fois de plus j’avais vu juste), ça peut paraître un peu simpliste pour amener la fin, mais personnellement j’ai trouvé que ça collait plutôt bien.

Cross est le septième roman de Marc S. Masse, mais c’est son premier titre inscrit au catalogue de Flamant Noir. Si le bouquin n’est pas exempt de défauts, je trouve tout de même qu’il tire bien son épingle du jeu ; suffisamment en tout cas pour me donner envie de suivre l’auteur à l’avenir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cai Jun – La Rivière De L’Oubli

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Cai Jun - La Rivière de l'Oubli

Titre : La Rivière De L’Oubli
Auteur : Cai Jun
Éditeur : XO
Parution : 2018
Origine : Chine (2013)
484 pages

De quoi ça cause ?

1995. Liu Man, une élève de terminale du lycée de Nanming est empoisonnée. Son professeur, Shen Ming, jeune homme brillant à qui tout semble réussir, est soupçonné et interrogé par la police avant d’être relâché. Mais le mal est fait, il perd son travail, sa fiancée le quitte… Quelques jours plus tard, c’est au tour de Shen Ming d’être assassiné.

2005. Si Wang, un enfant timide, mais brillant vivant seul avec sa mère, rencontre Gu Qiusha, l’ex-fiancée de Shen Ming. Sous le charme de l’enfant, la jeune femme convainc la mère de Si Wang de la laisser l’adopter afin de lui offrir une vie meilleure et lui ouvrir les portes d’un avenir à la hauteur de son intelligence.

Si le corps de Si Wang est bien celui d’un enfant, son âme est en fait la réincarnation de Shen Ming, et il compte bien punir ceux qui lui ont fait du tort et éliminer son assassin. Sauf que Shen Ming ne sait pas qui l’a tué, il n’a en effet jamais vu son assassin…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions XO ont intégré la plateforme Net Galley, La Rivière De L’Oubli étant leur premier titre proposé j’ai décidé de tenter ma chance.

Parce que je suis franchement inculte en matière de littérature chinoise contemporaine ; Cai Jun étant présenté comme « le Stephen King chinois« , ça me semblait une bonne entrée en matière…

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et la plateforme Net Galley qui m’ont offert l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 13 septembre).

Dépaysement assuré avec la lecture de ce roman qui vous plongera au coeur de la Chine, un voyage entre modernisme et traditions, entre le matérialisme de l’idéologie communiste et la spiritualité bouddhiste. Un voyage dans l’espace, mais aussi dans le temps puisque l’intrigue s’étale de 1995 à 2014 avec quelques flashbacks antérieurs.

Comme vous vous en doutez certainement, en Chine on ne croise pas beaucoup de M. Dupont ou Mme Smith, les patronymes sont légèrement plus exotiques pour les non initiés. Il m’a fallu quelque temps pour réussir à mémoriser avec précision qui était qui (et les acteurs ne manquent pas), l’auteur ouvre son roman par une liste des personnages principaux, une aide de lecture précieuse au cours des premiers chapitres.

Dans le même ordre d’idée, je suis complètement passé à côté des références à des artistes (poètes, auteurs, chanteurs…) chinois ou taïwanais. L’immersion culturelle et folklorique est totale (et parfois un peu déconcertante), mais je vous rassure de suite, mes grosses lacunes sinophiles ne m’ont nullement empêché d’apprécier pleinement la lecture de ce roman.

Si en France Cai Jun est un total inconnu (c’est son premier roman traduit en français) il est un auteur de renom en Chine avec à son actif une douzaine de romans qui explosent les ventes au point de lui valoir le surnom de « Stephen King chinois« . Grand fan du King je ne pouvais pas passer à côté d’une telle découverte, mais il va falloir être à la hauteur du Maître pour espérer me séduire…

L’auteur nous propose un thriller de bonne facture très ancré dans la réalité, à vrai dire le seul apport fantastique est la réincarnation de l’âme de Shen Ming, en soi c’est un des fondamentaux du bouddhisme (entre autres religions), mais l’auteur en fait un élément central dans la construction de son intrigue.

Une intrigue et une enquête qui vous réserveront quelques surprises (en plus des inévitables morts brutales) avec en toile de fond la sempiternelle question qui viendra vous chatouiller les oreilles comme une ritournelle : « Mais qui a tué Shen Ming ?« … Il vous faudra être patient pour connaître enfin le fin mot de l’histoire et nul doute que la révélation finale devrait vous prendre de court.

Quelques bémols de pure forme histoire d’être totalement objectif. Je ne sais pas si c’est lié à la différence culturelle entre notre vision occidentale de la société et la vision chinoise, ou si c’est un bémol directement imputable au style de l’auteur, mais il m’a semblé que certains échanges manquaient de naturel.

Certaines répétitions, d’un chapitre à l’autre, ne s’imposaient pas. Je n’irai pas jusqu’à dire que ça m’a dérangé, mais j’ai parfois eu l’impression de lire un roman-feuilleton publié périodiquement ; un bon roman feuilleton certes, mais quand même. Ça donne l’impression de tirer artificiellement le récit en longueur au détriment du rythme.

Il n’en reste pas moins que ce roman a été une belle découverte ; si l’éditeur a l’intention de proposer d’autres romans de l’auteur en français je répondrai présent avec plaisir. Quitte à me répéter, à découvrir ne serait-ce que pour l’immersion totale dans la Chine contemporaine (et accessoirement une intrigue de qualité).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alexandra Coin & Erik Kwapinski – Kiaï

AU MENU DU JOUR

A. Coin & E. Kwapinski - Kiaï

Titre : Kiaï
Auteur : Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2018
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

En riposte aux attentats islamistes, des groupes intégristes chrétiens multiplient les actions terroristes de plus en plus violentes sur le sol français.

Quand l’un de ces groupuscules menace Peter Wolff, son ami depuis qu’il s’est exilé dans les profondeurs de l’Aude, Fabrice, ancien légionnaire au passé trouble, décide de lui venir en aide. Il pourra compter sur l’aide de ses fidèles compagnons d’armes, Taisho et Zoé pour l’épauler face à cette nouvelle menace.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’Alexandra m’avait bluffé avec son premier roman, Entraves.

Parce qu’Alexandra et Erik ont remis le couvert avec La Voie Du Talion et, pour leur première incursion dans le thriller, ont été une fois de plus bluffants par leur maîtrise des ficelles du genre.

Dans ces conditions, comment résister à la tentation de découvrir Kiaï, leur nouveau bébé ?

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier Alexandra et Eric, ainsi que les éditions Lucien Souny, pour leur confiance (renouvelée pour les auteurs, nouvelle pour l’éditeur) en me faisant parvenir leur roman.

Pour la petite histoire, Kiaï fait suite (sans vraiment être une suite) à La Voie Du Talion ; même si cela ne s’impose pas pour comprendre le présent roman, je ne peux que vous recommander chaudement la lecture du précédent avant de vous lancer dans celui-ci.

Après ses mésaventures dans les Alpes, Fabrice s’est réfugié dans l’Aude afin de profiter pleinement d’un nouveau départ bien mérité. C’est là qu’il fera la connaissance de Peter Wolff, un ancien prêtre qui s’est reconverti dans l’écriture de thrillers ; au fil du temps les deux hommes seront liés par une amitié sincère et solide. Aussi, quand son ami, qui a des idées bien arrêtées et n’a pas la langue dans sa poche, s’attire les foudres d’un groupuscule d’intégristes chrétiens, Fabrice se fait un devoir de lui venir en aide.

Si vous me lisez depuis déjà quelque temps, vous savez sans doute que les grenouilles de bénitier et moi ne sommes pas forcément faits pour nous entendre. En effet face à ces spécimens je me sens plus inspiré par l’envie de m’en faire une fricassée à la persillade plutôt que de leur offrir un bassin où elles pourront s’ébattre à leur guise.

Je vous rassure (ou pas) mon mépris ne s’arrête pas à la seule religion catholique, je serai plutôt du genre à foutre toutes les religions dans le même sac et le balancer à la flotte, après l’avoir lesté, le plus loin possible du rivage !

Je vous laisse imaginer tout le bien que je peux penser de ces mêmes grenouilles de bénitier (ou de couscoussier) quand elles se déclinent en versions intégristes. L’intégrisme chrétien en réponse à l’intégrisme islamiste… très peu pour moi, si la connerie se combattait par la connerie ça se saurait (quoiqu’à écouter certains de nos politiques on pourrait avoir des doutes sur la question).

Ce n’est pas un hasard si les auteurs ont situé leur intrigue dans l’Aude, au coeur du pays cathare. Les cathares ayant eu à subir les affres de l’Inquisition avec son lot de tortures et autres persécutions diverses et variées, sous l’égide du fort mal nommé pape Innocent III (Salopard III eut été plus adapté au personnage, mais j’admets volontiers que c’est moins vendeur).

Les instruments de torture décrits et utilisés dans le roman par les adeptes du CLOU ont bel et bien existés et faisaient partie de l’arsenal de conversion à la foi chrétienne cher à ces agents de l’Inquisition. Si vous n’avez pas la possibilité de visiter le Musée de l’Inquisition de Carcassonne, vous trouverez sans mal maintes références à ces engins sur le Net.

Outre Fabrice, déjà croisé dans La Voie Du Talion, cette suite qui n’en est pas une est aussi l’occasion de retrouver Taisho et Zoé qui ne se feront pas prier pour venir prêter main-forte à leur ami ; pour notre plus grand plaisir.

Je ne vous surprendrai guère en vous disant que je me suis régalé avec le personnage de Peter Wolff. Sans forcément adhérer à l’intégralité de son discours, c’est un caractère entier qui ne pouvait que me plaire. Et puis il a un côté ours mal léché (un peu comme Fabrice) qui facilite grandement l’identification au bonhomme.

Je ne dirai rien des autres personnages qui croiseront votre chemin au fil des pages, non par manque d’inspiration, mais plutôt pour laisser entier et intact le plaisir de la découverte.

De nouveau je ne peux que m’incliner devant la maîtrise d’Alexandra et Erik, non seulement leur intrigue tient parfaitement la route et n’a pas à rougir face à des auteurs confirmés du genre, mais elle est hautement addictive ! Une fois embarqué dans l’histoire, il vous sera difficile de lâcher le bouquin.

Une intrigue qui fait la part belle à l’action et jouera avec vos nerfs. L’absence de dimension psychologique (par rapport à La Voie Du Talion, je m’entends) ne nuit en rien à l’ambiance qui se dégage du roman. Les auteurs ont osé passer à autre chose, se penchant davantage sur les faits de société, et force est de reconnaître que le résultat est des plus efficaces.

Mention spéciale pour le twist final qui remet radicalement les choses en perspective et offre une genèse du diptyque aussi inattendue que surprenante. Chapeau bas pour ce tour de passe-passe qui m’a laissé sur le cul.

Je ne voudrais pas mettre la pression à Alexandra et Erik, mais après deux romans de cet acabit on est en droit d’attendre beaucoup de votre prochain opus. Dans tous les cas, vous pouvez compter sur moi pour être fidèle au poste.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Rebecca Fleet – L’Echange

AU MENU DU JOUR

R. FLeet - L'Echange

Titre : L’Echange
Auteur : Rebecca Fleet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : Angleterre
336 pages

De quoi ça cause ?

Caroline et Francis s’offrent une semaine de vacances via un site d’échange de maison. Une semaine pour se retrouver après que le couple ait traversé des moments difficiles.

À peine entrée dans leur maison de vacances, Caroline ressent une impression de malaise qu’elle ne peut s’expliquer ; elle comprend peu à peu que de petits détails semés çà et là dans cette maison la renvoient au souvenir de la période la plus sombre de leur vie de couple, à ce moment d’égarement qu’elle voudrait oublier faute de pouvoir l’effacer de sa vie.

Et pendant ce temps-là, leur hôte prend ses aises chez Caroline et Francis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire et que je ne désespère pas de remonter, lentement mais surement, mon retard leur catalogue… Vu le rythme de croissance de mon Stock à Lire Numérique, c’est loin d’être gagné !

Un roman que j’avais sollicité via NetGalley début juin, demande restée lettre morte auprès des éditions Robert Laffont (pas de refus, à ce jour ma demande est toujours en instance). Du coup j’ai décidé de me fier à l’adage « on est jamais mieux servi que par soi-même » pour me faire une opinion sur ce bouquin.

Ma chronique

Pour son premier roman, Rebecca Fleet se frotte au thriller psychologique ; un genre qui a le vent en poupe depuis quelques années et est décliné sous toutes les formes possibles et imaginable. Sans révolutionner le genre, la jeune britannique parvient à tirer son épingle du jeu, non seulement L’Echange s’avérera rapidement très addictif, mais surtout le roman vous réservera un retournement de situation des plus inattendus.

L’intrigue se construit autour d’une succession répétée d’un triplet de chapitres, il y a les Ailleurs vous feront vivre l’intrigue présente (2015) vue par les yeux de Caroline, suivront les Ici qui vous renverront en 2013, le plus souvent via Caroline, mais parfois par l’intermédiaire de Francis et enfin des chapitres sans nom qui vous placeront dans la peau de l’hôte qui prend possession de la résidence de Caroline et Francis.

2013. Francis n’est plus que l’ombre de lui-même, accro aux médocs il ne s’intéresse à rien ni personne. Caroline est à bout à force de prendre sur elle, tant et si bien qu’elle voit en Carl, un collègue du bureau, une échappatoire au naufrage de sa vie privée. De fil en aiguille leur complicité se transforme en amitié combinée à un jeu de séduction qui repousse toujours plus loin les limites.

Ah que voilà un triangle amoureux on ne peut plus classique… trop classique même, me direz-vous ! C’est aussi ce que je me suis dit pendant longtemps, sans pour autant que cela ne vienne contrarier mon envie d’en savoir toujours plus sur le déroulé de l’intrigue, jusqu’à ce qu’une phrase de l’auteure vienne balayer toutes nos certitudes et recadre complètement l’intrigue. Dès lors plus moyen de lâcher le bouquin tant on veut comprendre les enjeux de cette nouvelle mise en perspective !

La force d’un thriller psychologique repose sur la profondeur de ses personnages, une faille à ce niveau et la pièce montée attendue se transforme en une vulgaire pâtisserie industrielle à deux balles… Rebecca Fleet évite avec brio cet écueil. Et pourtant il serait facile de faire de Caroline une blanche colombe et de Francis la vilaine corneille galeuse (me demandez pas si une corneille peut choper la gale, je n’en ai pas la moindre idée). Sans aller jusqu’à victimiser Francis (faut pas pousser non plus), vous aurez parfois envie de coller des claques à Caroline, voire mettre de lui foutre un grand coup de boule histoire de la recadrer (et je ne parle pas des coups de boules que Carl finira par lui mettre… finesse quand tu nous tiens !).

Pour un premier roman, l’auteure frappe fort et bien et une fois de plus La Bête Noire nous permet de découvrir une pépite.

Le seul truc dommage avec ce bouquin c’est qu’on aurait envie de s’épancher sur le sujet (les thématiques ne manquent pas), mais on se contraint à la modération pour éviter d’en dire trop. Et ce n’est pas une excuse pour la légèreté de cette chronique, je ne vous permets pas ! Non, mais.

MON VERDICT

[BOUQUINS] François-Xavier Dillard – Réveille-Toi !

AU MENU DU JOUR

F.X. Dillard - Réveille-Toi !
Titre : Réveille-Toi !
Auteur : François-Xavier Dillard
Éditeur : Belfond
Parution : 2018
Origine : France
368 pages

De quoi ça cause ?

Compte tenu de la complexité de l’intrigue, je préfère vous donner la quatrième de couv’ plutôt que de me risquer à une présentation personnalisée :

« Basile Caplain est un greffé du coeur qui vit reclus, sans travail ni perspective. Sa seule obsession : dormir le moins possible, car ses nuits sont peuplées de cauchemars. Son unique ami, Ali, le gérant d’une station-service, est passionné par les faits divers. Un soir, ce dernier lui parle du meurtre barbare d’une jeune femme. Or, ce crime atroce, c’est exactement le rêve que Basile a fait deux jours plus tôt…

Paul est un paraplégique de dix-huit ans, génie de l’informatique, qui développe pour la police scientifique un programme baptisé Nostradamus – un algorithme révolutionnaire devant permettre de réaliser des portraits-robots hyperréalistes des criminels présumés.

Alors que des meurtres sauvages sont perpétrés à Paris, la police judiciaire met sur le coup son meilleur atout : le Dr Nicolas Flair, psychiatre mentaliste, qui a déjà résolu de nombreuses affaires.

Lorsque les chemins de ces trois protagonistes se croiseront, l’Inconscient, la Science et la Psychiatrie vont devoir collaborer pour essayer d’arrêter le pire des monstres… »

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Cela faisait déjà quelque temps que je me promettais de découvrir l’univers littéraire de François-Xavier Dillard. Ses romans étant indépendants et ne faisant appel à aucun personnage récurrent, pourquoi ne pas commencer par son petit dernier ?

Cerise sur le gâteau, je trouve la couv’ très bien foutue.

Ma chronique

En refermant ce bouquin je me suis maudis d’avoir autant attendu avant de me résoudre à découvrir l’univers littéraire de François-Xavier Dillard ; le gars envoie du lourd et il le fait bien. On est clairement dans le thriller haut de gamme (malgré quelques imperfections vite oubliées).

Si la quatrième de couverture est particulièrement prometteuse (juste ce qu’il faut pour attiser la curiosité du lecteur), elle ne fait pourtant qu’effleurer la densité de l’intrigue et la variété de ses acteurs. Il faut certes un peu de temps pour bien situer le rôle de chacun des personnages et leurs relations (bon j’vous rassure, ce n’est pas non plus Le Trône De Fer), mais une fois que vous l’aurez assimilé la suite de la lecture sera d’une grande fluidité. Il faut dire que l’auteur sait y faire pour rendre son intrigue particulièrement addictive.

N’allez surtout pas imaginer que Réveille-Toi ! n’est qu’une énième histoire de serial-killer, non seulement l’intrigue se démarque clairement de la « concurrence », mais elle est surtout multidirectionnelle (on comprend rapidement que deux aspects de l’histoire ne sont pas l’oeuvre d’une seule et même personne) et multidimensionnelle.

S’il est vrai que la police bénéficie aujourd’hui d’outils (et d’algorithmes) particulièrement évolués pour lier différentes scènes de crimes et éventuellement les rattacher à un criminel ; on est toutefois bien loin de la puissance de traitement du logiciel Nostradamus mis à l’épreuve dans ce roman. Un outil qui a de quoi faire baver d’envie bien des enquêteurs !

Nostradamus n’est pas le seul élément fantastique/anticipation de l’intrigue, mais ils s’intègrent parfaitement au récit, tant et si bien que l’on les accepte comme des acquits.

François-Xavier Dillard apporte beaucoup de soin à ses personnages, outre le trio (déjà atypique) cité en quatrième de couverture, il y a bien d’autres acteurs majeurs dans cette intrigue ; je citerai en vrac : Clara, membre de la police scientifique qui travaille avec Paul, Dubois et Michaud, les flics de terrain, Axelle, une victime séquestrée par un pervers et pourquoi pas Ram, le chien de Paul (désolé, j’adore les bassets hound)…

C’est volontairement que je ne m’attarderai pas sur l’intrigue à proprement parler, plutôt que de prendre le risque d’en dire trop par excès d’enthousiasme, je préfère laisser entier le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs. Je me permets toutefois de vous rappeler qu’il s’agit d’un thriller, ne vous étonnez donc pas si certaines scènes sont violentes et / ou gore ; sachez simplement que François-Xavier Dillard ne fait pas dans la surenchère gratuite, la violence est mise au service de son intrigue.

J’ai signalé au début de cette chronique que le roman n’était pas exempt de défauts, même si globalement ils ne gâchent pas le plaisir de la lecture. J’ai en effet trouvé certains aspects de l’intrigue prévisibles(notamment l’identité du tueur en série qui s’est imposée comme une évidence), par la suite, par effet boule de neige, on découvre (ou à tout le moins on suppose) d’autres éléments avant qu’ils ne nous soient révélés.

Il n’en reste pas moins que j’ai passé un excellent moment en compagnie de ce bouquin, une découverte qui me donne envie d’aller plus loin dans l’univers de François-Xavier Dillard.

MON VERDICT

La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Certains chapitres renvoient à des flashbacks, l’apparence de la première page est alors du genre : le n° de chapitre, la date de l’action et enfin le texte. Je suppose en tout cas que c’est comme ça qu’ils se présentent dans la version papier du roman.

Pourquoi, dans la version numérique, la diviser en deux pages ? La première contenant uniquement le n° du chapitre, la suivante la date de l’action et le texte. Il est parfaitement possible (et facile), en alternant les classes, de tout faire tenir sur une seule page ; la preuve en image :

Ca m’a pris moins de 10 minutes et je suis loin d’être un professionnel du numérique !