[BOUQUINS] Denis Zott – Maudite !

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D. Zott - Maudite !

Titre : Maudite !
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2018
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Marseille, le soir du classico OM-PSG. Un incendie ravage un appartement au dixième étage d’un immeuble qui fait face au Vélodrome. Quand les pompiers arrivent, ils sauvent des flammes une gamine, Luce, 16 ans, enceinte jusqu’aux yeux et pissant le sang.

Luce est agrippée à un sac rouge auquel elle semble tenir autant qu’à la prunelle de ses yeux. Dans le sac, la came de son mec, Tony, un supporter de l’OM de la pire engeance, interdit de stade, qui vient de la tabasser pour un penalty raté. Au passage c’est elle qui a foutu le feu à l’appart.

La came disparue va attiser bien des convoitises et foutre le feu à la cité phocéenne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà un moment qu’il titille ma curiosité, pourquoi ? Au départ c’est la couv’ qui avait attiré mon attention ; ensuite l’auteur, Denis Zott, est très actif sur FB, surtout quand il s’agit d’assurer la promotion de son bouquin. Faut croire qu’il est plutôt convaincant !

Ma chronique

Après un mois de Coupe du Monde et sans avoir regardé un seul match ni une seule émission consacrée à la chose, je frôlais l’overdose footbalistique. Ras le foot ! Rien à foot ! Respiiire, zeeen, voilà c’est fini.

Apaisé, je me saisis de Maudite !, le roman de Denis Zott, rien de tel qu’un bon thriller pour se changer les idées. Aaargh… Rhâââ !!! (cri d’effroi mêlé d’un long râle apoplectique). Le bouquin en question s’ouvre sur un match de foot, et un match de l’OM en plus… Nooon !!! Il a fallu que je prenne sur moi pour ne pas renvoyer cette lecture aux calendes grecques (et accessoirement sauter à pieds joints sur la liseuse). Et grand bien m’en a pris, car ce fut un moment hautement jouissif.

Vous êtes-vous déjà posé cette question : est-il possible d’adorer un bouquin tout en détestant quasiment tous ses personnages ? Vous avez 4 heures… Pour ma part c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de Maudite !. Un sacré concentré de têtes à claques (et plus si affinités).

Commençons par Luce puisqu’elle est le personnage central de l’histoire. Compliquée la fille… Parfois on se prend d’empathie pour elle et quelques pages plus tard elle fait une connerie énooorme qui nous donne envie de la baffer.

Au moins avec son mec, Tony, c’est plus facile : un connard fini ! C’est simple le gars n’a rien qui plaide en sa faveur ; je n’avais qu’une envie : le voir crever… et de préférence de mort lente et douloureuse. Mais c’est qu’il est coriace ce sale cafard. Ai-je obtenu satisfaction ? Vous le saurez en lisant le bouquin, pas de raison qu’il n’y ait que moi à m’arracher les cheveux et me ronger les sangs dans l’attente de l’éventuel instant T.

Et puis il y a Canari, un flic de la BAC, tellement ripoux, amoral et pervers qu’il en deviendrait presque sympathique… presque ! Ça reste une sacrée enflure.

J’arrête là, mais vous croiserez plein d’autres personnages tout aussi sympathiques. Pour tout vous dire le seul que j’ai vraiment apprécié est Costa. Et pourtant ce n’est pas vraiment un ange (même si Luce l’appelle « mon ange »), un caïd du milieu, assassin et trafiquant de drogue… le gendre idéal ! Bon allez on va aussi donner un bon point à Yasmina, l’infirmière qui s’occupera de Luce, même si elle ne brille pas franchement par son intelligence.

Âmes sensibles s’abstenir… Ça défouraille grave et ça envoie du lourd de la première à la dernière page. Pas le temps de souffler, le rythme imposé est digne d’une Kalachnikov entre les mains d’un Spetsnaz. C’est violent, c’est glauque, mais surtout c’est écrit dans un style très visuel. On en prend plein les mirettes et même plein la gueule. À ce niveau ce n’est pas une claque ni un coup de poing, même pas un uppercut, plutôt une rafale d’uppercuts qui nous arrive dans la tronche.

Difficile de lâcher ce bouquin une fois qu’il vous a pris dans ses mailles, et ça va très vite ! À peine les premières pages tournées que l’on est déjà accro.

Je ne connais pas Marseille, mais je peux vous assurer que même si la ville est mise en avant dans ce bouquin, ce n’est pas franchement la version Guide du Routard qui est de mise. Même le 9-3 ressemble à un petit coin de paradis à côté de la cité phocéenne de Denis Zott (j’ai bien conscience que le trait est volontairement forcé, c’est aussi ce qui fait le charme du roman). Suivez le guide… mais préparez à un parcours du combattant plutôt qu’à un parcours de santé.

En conclusion j’ai adoré, non seulement je ne peux pas faire autrement que de lui attribuer la note maximale, mais impossible de ne pas lui accorder un coup double (coup de coeur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Alexandra Coin & Erik Kwapinski – La Voie Du Talion

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A. Coin & E. Kwapinski - La voie du talion
Titre : La Voie Du Talion
Auteur : Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditeur : Aconitum / Autoédition en 2018
Parution : 2016
Origine : France
195 pages

De quoi ça cause ?

Fabrice, ancien légionnaire revenu d’Afghanistan avec un sévère stress post-traumatique, s’est coupé du monde en se retirant dans un chalet perdu au fin fond des Alpes. Un soir d’hiver, alors qu’une tempête s’annonce, il porte secours à Zoé, une jeune femme qui s’est foulé la cheville et a perdu son chemin.

Bloqués par la tempête, ils vont devoir cohabiter. Pas facile pour Fabrice qui n’est pas vraiment un adepte du contact humain et, qui plus est, est rongé d’inquiétude par la soudaine disparition de Céline, son épouse…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais été bluffé par Entraves, le précédent roman d’Alexandra Coin.

Curieux de découvrir ce roman écrit à quatre mains (Erik Kwapinski, le coauteur, est aussi le compagnon d’Alexandra dans la vie), et première incursion dans le monde du thriller, un genre cher à mon coeur de rocker lecteur.

Ma chronique

Tout d’abord je tiens à remercier Alexandra et Erik qui m’ont gentiment proposé de découvrir leur bébé : La Voie Du Talion. Une offre que je ne pouvais refuser, j’espère me montrer digne de leur confiance.

Court (moins de 200 pages), mais intense, voilà qui qualifierait parfaitement ce roman avec lequel les auteurs font une entrée réussie dans le monde du thriller, et plus spécifiquement du thriller psychologique.

Au début j’ai eu un peu de mal à voir où les auteurs voulaient nous emmener, de même les allers-retours chronologiques m’ont un peu déconcerté, mais j’ai fait mienne la devise de la ville de Paris : « Fluctuat nec mergitur » (Il tangue, mais ne sombre pas) ; j’ai tenu bon la barre et j’ai gardé le cap. Et j’ai eu sacrément raison ! Faute de quoi je serai passé à côté d’une belle découverte.

Force est de reconnaître que les auteurs maîtrisent leur sujet. La description du SSPT (syndrome de stress post-traumatique) de Fabrice et ses conséquences (sur lui-même, mais aussi sur son entourage) sont d’un réalisme aussi bluffant que glaçant. Comme quoi, même une force de la nature surentraînée, ne fait pas le poids quand il y a un faux-contact là-haut…

Déjà avec Entraves j’avais un peu tiqué sur les possibilités de manipulations mentales par le biais de l’hypnose, comme il en est de nouveau question ici (un problème avec les psychiatres Alexandra ?), j’ai creusé la question. Si effectivement, de l’avis d’hypnothérapeutes connus et reconnus, cela semble impossible (ou du moins difficilement réalisable) sur un sujet psychiquement stable, il en va tout autrement quand le sujet présente déjà une réelle fragilité psychique (c’était déjà le cas d’Emma dans Entraves, victime d’un mari pervers narcissique ; Fabrice, avec son lourd SSPT associé à une consommation abusive d’alcool, offre lui aussi un terrain propice à d’éventuels manipulateurs).

Fabrice, un légionnaire qui a été quasiment sur tous les fronts, mais qui s’effondre littéralement suite à un drame personnel survenu en Afghanistan ; un drame dont il se sent responsable. De retour à la vie civile (apte ont décrété les psys de l’armée), il n’est plus que l’ombre de lui-même, incapable de mener une vie « normale », son exil montagnard est pour lui la seule issue possible. Jusqu’à ce qu’un nouveau drame ne vienne tout foutre en l’air…

Il serait facile de blâmer Céline, son épouse, qui ne reconnaît plus son homme et surtout est incapable de comprendre ce qu’il traverse. Se sentant délaissée, elle se laisse facilement griser par la compagnie de Cassandre, sa nouvelle amie qui l’incite à repousser toujours plus loin ses limites.

Ah Cassandre, l’archétype de la femme fatale, mais au-delà des apparences on devine tout de suite une personne nocive capable de corrompre tous ceux qui auront le malheur de s’acoquiner avec elle. Et on est encore loin d’avoir tout vu quant à ses capacités à nuire !

Et puis il y a Zoé, jeune psychiatre qui débarque, pas vraiment par hasard, dans la vie de Fabrice alors qu’il est au plus bas.

Enfin, et non des moindres, nous avons Taisho, ancien légionnaire reconverti dans la sécurité. Adepte du zen, il est la force tranquille, un puits de sagesse qui peut se montrer implacable au moment de frapper son adversaire.

Un roman lu d’une traite, il faut dire que dès que l’intrigue se met en branle il devient impossible de le lâcher.

Pour une première incursion dans le monde du thriller c’est une totale réussite. J’aurai plaisir à retrouver certains des personnages croisés ici (non, je ne vous dirai pas lesquels) dans leur nouveau roman Kiaï.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Philippe Raxhon – La Source S

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P. Raxhon - La source S

Titre : La Source S
Auteur : Philippe Raxhon
Éditeur : Librinova
Parution : 2018
Origine : Belgique
398 pages

De quoi ça cause ?

Le Professeur François Lapierre, historien de renom et maître de conférence à la Sorbonne, reçoit un mail pour le moins mystérieux de Laura Zante, une jeune historienne sicilienne qui souhaite partager avec lui une étonnante découverte.

Laura montre alors à François une lettre jusque là inédite de Sénèque à Lucilius, une lettre dont le contenu remet en cause les fondamentaux de la chrétienté et de fait tout ce qui en découle.

François et Laura travaillent alors de concert sur ce mystérieux document afin d’en percer tous les secrets avant de prendre une diffusion quant au partage ou non de cette découverte explosive.

D’autres ont déjà eu vent de ladite découverte, tous veulent mettre la main sur le document, pas forcément pour les mêmes raisons. Et certains sont prêts à tout pour arriver à leurs fins…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant de croiser son chemin au fil de mes errances dans le catalogue Net Galley je n’avais entendu parler ni du bouquin ni de son auteur, il n’en reste pas moins que la quatrième de couv’ a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma chronique

Je remercie Philippe Raxhon, les éditions Librinova et Net Galley d’avoir accepté ma sollicitation et de m’avoir fait parvenir ce SP. Une fois n’est pas coutume, c’est un titre que je ne connaissais pas du tout que j’ai demandé à lire ; comme quoi parfois la curiosité l’emporte…

Vous l’aurez compris nous sommes bel et bien en présence d’un thriller ésotérique, un genre dans lequel Dan Brown fait référence. Ceci dit je n’entends pas comparer le travail de Philippe Raxhon, dont c’est la première incursion dans le roman, à celui de Dan Brown, auteur confirmé et reconnu.

Avant d’aller plus loin, je tiens à préciser que l’auteur joue à 100% la carte de la fiction, même si la plupart des démonstrations et faits historiques sont avérés. Sachez d’ores et déjà que la fameuse lettre de Sénèque, qui sert de base au présent roman, n’a jamais existée.

Il n’en reste pas moins que quand on suit les échanges entre François et Laura quant à la naissance et à la propagation de la foi chrétienne, on peut honnêtement se poser des questions (et ce n’est pas uniquement l’athée anticlérical que je suis qui vous parle). Incontestablement c’est pour moi LE point fort du roman, j’aime qu’on me pousse à remettre en question des faits que l’on considère comme des acquis…

Je reconnais volontiers que pour étayer leur théorie (et celle de Sénèque), François et Laura aient besoin de creuser certains points historiques. Si j’ai été happé par certains échanges, j’avoue que d’autres ont manqué de me faire piquer du nez. Ce n’est en rien la faute de Philippe Raxhon, historien de son état et qui plus est jouissant d’une réelle notoriété ; c’est purement personnel, un simple manque de curiosité vis-à-vis de certains épisodes qui me laissent de marbre… mea culpa.

J’ai bien aimé les personnages de François et Laura, et c’est avec un réel intérêt que j’ai suivi leur parcours et leur quête de la vérité. Même si, force est de le reconnaître, je n’ai pas jugé utile de m’appesantir sur leurs états d’âme personnels ; c’est la vie mon p’it loup, ne pleure pas mon p’tit loup…

Au nom de la fiction, je pardonne volontiers quelques écarts juste un peu trop énormes (notamment la phase finale du récit) ; ça n’en reste pas moins une lecture qui m’aura tenu en alerte du début à la fin (j’ai pris la liberté de lire en diagonale les digressions historiques qui ne me m’inspiraient pas plus que ça).

Pensez à prendre une serviette de table avant d’entamer la lecture de ce bouquin, non pour essuyer vos larmes, mais plutôt pour éponger la bave. François et Laura sont de bons vivants qui aiment la bonne chère et notamment les plaisirs de la table ! Nombre de leurs repas m’ont fait saliver.

Pour un premier essai dans le monde de la fiction, Philippe Raxhon n’a pas à rougir du résultat (malgré quelques faiblesses à perfectionner), j’espère qu’il poursuivra l’aventure, avec les mêmes personnages ou avec d’autres. Nul doute que dans son milieu les sources d’inspiration ne manquent pas…

MON VERDICT

La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Vous le savez peut être déjà je suis du genre maniaco-obsessionnel en matière de typographie et de code HTML quand j’ouvre un epub. Librinova aidant les auteurs autoédités à toucher un public plus large, je ferai abstraction des quelques broutilles repérées çà et là dans ma notation.

Pour information (que j’espère constructive), je citerai notamment :

– L’insertion inutile d’une ligne vide en fin de chapitre,
– L’absence d’espace après les points de suspension (plusieurs occurrences rencontrées),
– Les dialogues marqués par un tiret simple (-) au lieu d’un tiret cadratin (—),
– Des paragraphes ne correspondant pas à des dialogues commençant par un tiret cadratin,
– Les tirets simples utilisés en guise de parenthèses au lieu de demi-cadratin (–) parfois sans espace entre le tiret et le texte…

Attention par contre aux fautes, notamment de conjugaison, certaines tournures de phrases (rares fort heureusement) piquent les yeux : nous pouvons nous y déployez au lieu de nous pouvons nous y déployer par exemple.

[BOUQUINS] Mo Malo – Qaanaaq

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Titre : Qaanaaq
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Parution : 2018
Origine : France
496 pages

De quoi ça cause ?

Qaanaaq Adriensen, flic à la criminelle de Copenhague, est détaché à Nuuk, capitale du Groenland, afin d’enquêter sur un triple homicide commis sur le camp de base d’une grosse exploitation pétrolière.

Les scènes de crimes font penser à une attaque d’ours polaire, mais plusieurs éléments ne collent pas avec cette version officielle. Qaanaaq décide de tout reprendre à zéro, aidé par Appu, un flic inuit de la brigade de Nuuk…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

En premier lieu pour la couv’ (sublime), à peine l’ai-je entrevu que j’ai eu envie d’en savoir davantage sur ce bouquin. Et comme le ramage semblait se rapporter au plumage, il a de fait intégré mon Stock à Lire Numérique.

La campagne marketing lancée sur la page FB de l’auteur (un écrivain français connu qui publie son premier thriller sous couvert d’un pseudo), à grand renfort de photographies, a fait le reste.

Ma chronique

Vous le savez sans doute, je suis un grand fan du polar nordique, autant dire qu’un polar nordique made in France avait tout pour attiser ma curiosité. En effet si l’intrigue de Qaanaaq se déroule bien au Groenland son mystérieux auteur est bel et bien français.

Je ne sais pas qui se cache derrière le pseudo Mo Malo, mais une chose est certaine, il n’a pas à rougir de sa première incursion dans le monde du thriller. Qaanaaq est une totale réussite à plus d’un titre.

À commencer par Qaanaaq, son personnage principal. Pour info ça se prononce Hraanaak (avec un « Hr » qui formerait un r guttural et aspiré, un peu à l’image de la jota espagnole) et non Kaanaak comme on serait amené à le croire. Fin de la digression phonétique, revenons à notre Qaanaaq.

Qaanaaq est un enfant du Groenland, adopté par des parents danois, il n’a jamais mis les pieds sur les terres qui l’ont vu naître. De fait il n’en maîtrise ni la langue ni les traditions… Rendez-vous en terre inconnue. Un flic loin de l’archétype made in Hollywood, exit le Magnum 44, ses armes à lui tiennent davantage de la PNL (programmation neurolinguistique) et de la psychologie.

Un flic danois qui débarque donc au Groenland dans un contexte un peu particulier. Des élections législatives approchent et devraient déboucher sur un référendum sur la question de l’indépendance du Groenland. Idéal pour exacerber les rancoeurs xénophobes des nationalistes les plus radicaux ! Pas franchement le bienvenu le danois…

Le contexte propre au Groenland est un autre point fort du roman. L’aspect politique cohabite en effet avec des approches économiques et écologiques ; via l’exploitation des ressources du pays, notamment le pétrole… une manne qui ne laisse pas les multinationales indifférentes, mais à quel prix pour le Groenland ? Un pays où traditions et modernisme cohabitent, pas toujours en parfaite harmonie, parfois même en dépit du bon sens.

Dépaysement assuré en compagnie de Mo Malo et Qaanaaq ! Avant d’embarquer, pensez à sortir couvert, ça caille dans le coin ! Un froid qui peut vous tendre des pièges mortels, surtout si vous sortez des sentiers battus et vous aventurez au coeur de l’inlandsis. Pour info le Groenland c’est plus de 20 millions de km² (presque 4 fois la France) pour moins de 56 000 habitants (contre 67 millions en France).

Un bon thriller c’est aussi et surtout une bonne intrigue. Là encore Qaanaaq tient parfaitement la route avec une intrigue complexe à souhait (mais jamais brouillonne) qui vous réservera quelques surprises au fur et à mesure que son ampleur et ses enjeux vous seront révélés (au compte-goutte).

Les personnages secondaires ne sont pas laissés pour compte, l’auteur nous mitonne une galerie toute en nuances de gris. Comme Qaanaaq vous serez amenés à juger tel ou tel personnage suspect, avant de devoir réviser votre jugement.

J’ai tout particulièrement le personnage d’Appu (Apputiku Kalakek), un flic inuit qui accompagnera Qaanaaq au cours de son enquête et l’initiera sommairement aux us et coutumes inuits.

L’écriture et la construction du récit sont bien pensés et parfaitement adaptés au thriller. Décidément Qaanaaq est une sacrée révélation !

C’est à regret que j’ai quitté le Groenland et Qaanaaq, avec toutefois l’espoir de les retrouver à en croire les remerciements de l’auteur. Inutile de vous préciser que je répondrai présent…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Hunter

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R. Braverman - Hunter

Titre : Hunter
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2018
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Hunter, condamné à mort pour les meurtres de cinq hommes et l’enlèvement de cinq femmes qui n’ont jamais été retrouvées, s’évade et retourne à Pilgrim’s Rest, là où ces crimes ont été commis douze ans plus tôt. Plus que jamais déterminé à prouver son innocence et à démasquer le(s) vrai(s) coupable(s).

Il n’est pas seul sur le chemin de Pilgrim’s Rest, Freeman, le père d’une victime disparue, le suit de près. Une fois qu’il lui aura mis la main dessus, il compte bien lui faire avouer où est sa fille et venger les victimes.

Sauf qu’à Pilgrim’s Rest rien ne se déroulera comme prévu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Roy Braverman est le nouveau pseudo de Ian Manook (Patrick Manoukian de son vrai nom), le sieur Manook m’ayant emballé avec sa trilogie mongole autour de Yeruldelgger, il me tardait de rejoindre le sieur Braverman et le mystérieux Hunter dans les Appalaches pour découvrir cette nouvelle série.

Ma chronique

Exit Ian Manook, exit Yeruldegger, exit les steppes mongoles et exit Albin Michel. Welcome Roy Braverman, welcome Hunter, welcome USA et welcome Hugo. Dans le genre nouveau départ, on peut difficilement faire plus radical.

Honnêtement si je n’avais pas su que Manook et Braverman étaient une seule et même personne jamais je n’aurai pu le deviner en lisant ce roman (sans sa préface dans laquelle l’auteur explique son choix). Le genre, le style, la construction, tout est tellement éloigné de ce que j’ai découvert avec la trilogie Yeruldelgger. On frôle la parfaite schizophrénie littéraire ! Et c’est un compliment, il faut un sacré talent pour réussir un pareil grand écart sans se vautrer.

Hunter est un concentré d’action et de testostérone, mais aussi et surtout un divertissement assumé (voire même revendiqué) par l’auteur. Ça castagne, ça flingue, ça étripe, ça baise aussi, et le tout dans la bonne humeur serais-je tenté de dire vu l’humour (parfois noir) omniprésent quasiment du début à la fin… Même dans les situations les plus désespérées ! Tout simplement jubilatoire !!!

J’ai ressenti le même plaisir quasiment jouissif qu’en suivant les folles aventures du Bourbon Kid, l’aspect fantastique en moins. Tous les excès sont permis et quand ça pourrait casser par manque de crédibilité, finalement ça passe au nom du second degré. J’ai pris un pied monstre à lire ce bouquin, la totale éclate !

Si je devais définir ce roman en un mot (autre que « jubilatoire » ou « jouissif »), je dirais « visuel ». Non seulement parce qu’on en prend plein les mirettes, mais surtout parce qu’au fil de la lecture on visualise littéralement l’intrigue en surimpression. C’est simple en refermant ce bouquin j’ai eu l’impression de sortir d’une séance de ciné… et d’y avoir vu un sacré bon film.

Des chapitres courts, une écriture au cordeau et un rythme imposé boosté à l’adrénaline, tout est fait pour que le lecteur n’ait pas une minute de répit. Ajoutez à cela une galerie de personnages mitonnée aux petits oignons (mais dont je ne vous parlerai pas) et vous avez entre les mains tous les ingrédients qui font un foutrement bon roman.

J’ai eu un mal de chien à lâcher le bouquin tant j’avais envie d’en savoir davantage, chapitre après chapitre.

Pilgrim’s Rest (le repos du pèlerin en français) ferait un joli nom pour une sympathique auberge, ou une paisible bourgade, mais que nenni ; l’origine du nom est nettement moins charmante :

« Vous savez d’où vient le nom Pilgrim’s Rest ? Rien à voir avec le repos d’une bande de pèlerins de passage. Une troupe de culs bénis chassés de France par des culs encore plus bénis qu’eux ont voulu évangéliser au passage les natifs du coin. Ils les ont tellement convaincus de leur supériorité chrétienne que leurs bons élèves les ont tués et ont bouffé leur cœur et leur foie pour s’approprier leur force d’âme. C’est vous dire où vous mettez les pieds ! »

Concrètement c’est un bled paumé au fin fond des Appalaches qui ne tient debout que par la bonne grâce de sa vingtaine d’habitants, des gars du cru, du redneck en puissance… Vous en voulez encore ? OK, placez le tout au coeur d’hiver avec la neige qui tombe dru et vous aurez une bonne idée du cadre.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Roy Braverman ouvre le bal en beauté avec ce premier opus de sa nouvelle série. Inutile de préciser que je suis partant pour la suite, plutôt deux fois qu’une !

PS : j’ai pris un sacré coup de jeune en redécouvrant la musique des CCR (Creedence Clearwater Revival).

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Jacques Expert – Sauvez-Moi !

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J. Expert - Sauvez-moi !

Titre : Sauvez-Moi !
Auteur : Jacques Expert
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

1960. Nicolas Thomas est arrêté pour avoir sauvagement assassiné quatre jeunes femmes. Pour Sophie Ponchartrain qui a récemment intégré la brigade criminelle au 36, cette affaire est l’occasion rêvée de prouver enfin ce qu’elle vaut et lancer véritablement sa carrière. Contre toute attente, elle obtient les « aveux » de Nicolas qui sera condamné à la peine de mort avant que sa peine ne soit commuée en prison à perpétuité.

1990. Thomas Nicolas est libéré après 30 années de détention bien qu’il ait toujours clamé son innocence. Dans les jours qui suivent de nouveaux meurtres sont commis suivant le même opératoire que celui utilisé en 1960. Pour Sophie Ponchartrain, devenue divisionnaire, il ne fait aucun doute que Nicolas Thomas est coupable, sauf qu’il demeure introuvable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques Expert, un auteur que j’apprécie tout particulièrement et qui a un don narratif tout particulier ; on lit ses romans comme on écoutait Pierre Bellemarre (paix à son âme) nous détailler les plus improbables faits-divers avec un réalisme aussi glaçant que captivant.

Parce que c’est Sonatine, une maison d’édition que je suis depuis des années et qui m’a réservé quelques belles surprises. C’est donc avec plaisir que j’ai reçu ce SP fourni par l’intermédiaire du site Net Galley.

Ma chronique

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour l’envoi de ce SP, votre confiance m’honore et me va droit au coeur.

Un adage populaire prétend que « la justice est aveugle« , personnellement je serai tenté de tempérer en ajoutant « il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » et c’est justement la toile de fond du dernier roman de Jacques Expert. Si comme moi vous n’avez qu’une foi modérée en la justice des hommes, ce n’est pas ce roman qui vous amènera à réviser votre jugement.

Fort de son expérience de grand reporter, notamment en matière d’affaires criminelles, Jacques Expert décortique les rouages de la machine (qui a dit machination ?) judiciaire au travers d’une intrigue qui vous happera dès les premières pages pour ne plus vous lâcher avant le clap de fin.

Il est malheureusement vrai que quand une « grande » affaire criminelle vient défrayer la chronique, les enquêteurs subissent de multiples pressions exigeant des résultats rapides. Que ce soient les médias, la population ou le parquet, ça fuse de toute part : trouvez-nous un coupable pour apaiser la vindicte populaire ! Vous aurez sans doute relevé la subtile nuance entre UN coupable et LE coupable…

Comme à l’accoutumée la plume, le style et l’expertise de Jacques Expert font mouche. L’auteur nous plonge en totale immersion au coeur de l’enquête de police, c’est criant de réalisme à en devenir glaçant par moment. Mais c’est justement ce que l’on aime chez cet auteur, il met ses connaissances du milieu au service de ses intrigues ; et avec lui rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, on joue plutôt sur les nuances de gris.

Pour ma part j’ai tout de suite pris en grippe le personnage de Sophie Ponchartrain, je n’ai rien contre les gens ambitieux, mais je veux croire que l’on peut gravir les marches en conservant un minimum de sens éthique et moral. Des valeurs complètement absentes chez Ponchartrain, les « aveux » soutirés à Nicolas Thomas en sont la preuve formelle.

Et 30 ans plus tard, rien n’a changé, sa conviction fait foi, quitte à en devenir obsessionnelle. Si elle pense que untel est coupable alors untel doit payer, quels que soient les moyens mis en oeuvre pour parvenir à ses fins. Il faut dire que son équipe n’est pas vraiment contrariante, tous déifient leur patronne et sont prêts à la suivre aveuglément.

Alors coupable ou innocent ? Concernant Nicolas Thomas je n’ai jamais eu le moindre doute. Pour Guillaume Chambaraud je reconnais m’être plus d’une fois posé la question, même si mes soupçons s’orientaient plutôt vers une troisième piste, écartée par les enquêteurs. Ai-je eu tort ou raison ? À vous de le découvrir en lisant Sauvez-Moi !.

Jacques Expert ne se contente pas de soigner son intrigue, il prend aussi le temps de façonner ses personnages. À ce titre j’ai particulièrement apprécié Rachel Bachelard, l’assistante de Ponchartrain, prête à tout pour que sa patronne la remarque enfin. À tout ? Même à vendre son âme au diable ? Ça reste à voir…

Bien que posant clairement la question de l’erreur judiciaire, le roman de Jacques Expert ne se revendique pas comme un livre à charge contre le système judiciaire, on peut heureusement supposer que de telles situations restent exceptionnelles. Mais elles existent, pratiquer l’omerta autour du sujet n’est en rien constructif, en parler, même autour d’une fiction, peut au contraire nous amener à réfléchir à la question.

Un roman lu quasiment d’une traite, impossible de s’en séparer avant de connaître le fin mot de l’histoire. Mais bon, il faut bien composer avec les obligations du quotidien et se faire une raison, mais à chaque fois que je le refermais je n’avais qu’une hâte : y revenir au plus vite !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Hervé Commère – Sauf

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H. Commère - Sauf

Titre : Sauf
Auteur : Hervé Commère
Éditeur : Fleuve Editions
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Mat a six ans quand ses parents décèdent dans l’incendie qui a totalement ravagé leur manoir en Bretagne. C’est son oncle et tante qui l’élèveront avec amour.

A 48 ans Mat est brocanteur dans la région parisienne, il vit en couple avec Anna. Un matin, un album photo fait voler en éclat ses certitudes et son quotidien. L’album en question contient des photos de lui enfant, de ses parents et du manoir. Comment a-t-il pu échapper aux flammes alors qu’il ne restait quasiment rien du manoir ? Qui est la femme qui l’a déposé dans sa boutique ? Et dans quel but ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Hervé Commère et que ses deux précédents romans, Imagine Le Reste et Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, m’avaient littéralement bluffé. Il me tardait donc de découvrir son dernier « bébé »…

Ma chronique

Je n’ai découvert Hervé Commère que récemment (je n’ai lu que ses deux derniers romans), mais j’ai été à chaque fois bluffé autant par ses intrigues que par son style. Deux bouquins radicalement différents et deux totales réussites ! Autant dire que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans la lecture de son dernier roman, Sauf.

D’entrée de jeu l’auteur impose sa griffe en nous proposant un bouquin (et une intrigue) qui ne ressemble à aucun autre. Et d’entrée de jeu on se demande où cela va nous mener… Une question qui ne cessera de revenir vous tarauder au fil des pages et des découvertes qui attendent Mat. J’ai rapidement renoncé à essayer de comprendre, préférant me laisser guider par le maître de cérémonie, il tient bon la barre et il assure un max ! De toute façon c’était ça ou devenir dingue.

On va donc suivre Mat au fil de son enquête sur ce mystérieux album photo qui le renvoie à un passé qu’il a partiellement oublié (occulté ?), pour trouver les réponses à ses questions il devra justement remonter le fil de son passé. Un personnage auquel on s’identifie facilement et que l’on prend rapidement en sympathie ; il faut dire que c’est l’archétype de l’individu ordinaire confronté à un enchaînement de situations extraordinaires.

Mat pourra compter sur l’aide quelques alliés indéfectibles dans sa quête de la vérité. A commencer par Anna, sa compagne et accessoirement Laurie, la fille de cette dernière. Non seulement elles ne manquent pas de ressources, mais leur joie de vivre communicative saura rebooster Mat dans les moments de doutes.

Gary et Mylène, ses deux employés à la brocante, viendront aussi en renfort et se révéleront plein de surprises et de précieux alliés. Sans oublier l’oncle et la tante de Mat, parents de substitution, qui pourraient bien apporter quelques réponses aux multiples questions qu’il sera amené à se poser.

Une sympathique galerie de personnages au service d’une intrigue au mécanisme réglé comme une horloge suisse. Hervé Commère maîtrise le moindre rouage de sa mécanique, il sait où il veut aller (et c’est bien le seul) et nous y amène avec brio.

Un roman relativement court (moins de 300 pages), mais d’une rare intensité, que ce soit au niveau de l’action (on ne s’ennuie pas une seconde) ou des émotions (parfaitement dosées et équilibrées). Les chapitres sont courts, se terminant presque systématiquement par une révélation qui nous incite à remettre le tout en perspective. Un phrasé simple et efficace qui va droit au but. Rien n’est laissé de côté, tout est fait pour nous plonger au coeur de l’intrigue et nous maintenir en haleine jusqu’au clap de fin.

Une fois de plus Hervé Commère réussit à nous bluffer avec un roman unique en son genre, une fois de plus il nous confirme son incroyable talent de conteur. A l’occasion de ma chronique de Ce Qu’Il Nous Faut C’Est Un Mort, j’avais qualifié le roman d’Hervé Commère de « vivant », j’ai eu exactement le même ressenti à la lecture de Sauf, l’impression de vivre l’intrigue en compagnie de Mat, partager ses questionnements et ses émotions. On parle souvent de magie de l’écriture, avec cet auteur l’expression est plus que jamais appropriée.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Cara Hunter – Sous Nos Yeux

AU MENU DU JOUR

C. Hunter - Sous nos yeux

Titre : Sous Nos Yeux
Auteur : Cara Hunter
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : Angleterre
331 pages

De quoi ça cause ?

La petite Daisy Mason, 8 ans, disparaît alors que ses parents donnaient une grande fête à la maison.

Rapidement l’inspecteur Adam Fowley et son équipe, en charge de l’enquête, vont mettre à mal la version des parents Sharon et Barry. Et le frère ainé, Leo, quel lourd secret semble peser sur ses frêles épaules ?

Alors que la police pointe du doigt les incohérences de certains témoignages, les réseaux sociaux se déchaînent contre les parents. Et la petite Daisy demeure introuvable… Adam Fowley sait que le temps leur est compté s’ils veulent la retrouver vivante.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions Bragelonne, par l’intermédiaire du site Net Galley, ont eu la gentillesse de me faire parvenir un service de presse (SP) du roman afin que je le critique sur le site et sur mon blog.

Parce que ça fait un moment que j’accumule les thrillers de Bragelonne sans jamais trouver le temps de les lire. Il va falloir y remédier s’ils sont tous de cette trempe !

Ma chronique

Je remercie les éditions Bragelonne et le site NetGalley de m’avoir donné l’opportunité de découvrir ce roman via un SP. J’espère être à la hauteur de leur confiance tout en préservant mon libre arbitre en rédigeant une chronique totalement impartiale.

En matière de polar / thriller on peut faire plus original qu’une histoire de disparition d’enfant, certes, mais à en l’adage c’est bien « dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe« . Il suffit d’y apporter sa touche personnelle pour donner à un nouveau goût à une saveur d’apparence classique. Et c’est justement ce que fait Cara Hunter à l’occasion de son premier roman.

La première originalité vient de la multiplication des styles narratifs. On passe d’un récit à la première personne quand on suit Adam Foley, à une narration à la troisième personne quand ce sont d’autres personnages qui sont mis en avant. Le tout entrecoupé d’extraits de divers médias (presse, radio, Facebook, Twitter…) et de flashbacks présentés dans un ordre antéchronologique (de plus récent au plus ancien). Sur le papier ça peut sembler un peu bordélique, mais je vous assure qu’à la lecture ça passe comme une lettre à la poste.

Pour rester dans l’originalité, l’auteure présente son récit sans le moindre chapitrage, en un bloc unique. Les différents blocs sont séparés par un couillard (non seulement ce mot existe, mais j’ajouterai qu’il n’a aucune connotation sexuelle déplacée) de trois astérisques (***). Là encore c’est un choix qui n’a en rien perturbé ma lecture, sauf quand je passais du PC à la liseuse et inversement, il me fallait un peu de temps pour retrouver la bonne page.

Rassurez-vous ce roman ne se distingue pas uniquement par son « architecture » atypique, son intrigue devrait vous tenir en alerte et jouer avec vos nerfs. Cara Hunter sait y faire pour brouiller les pistes, de nombreux rebondissements viendront remettre en perspective certaines vérités que vous teniez pour acquises et soulever de nouveaux questionnements. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux avant de découvrir le fin mot de l’histoire, mais est-ce vraiment le mot de la fin ? L’épilogue répondra à cette question… Et nul doute que ladite réponse laissera plus d’un lecteur sur le cul (moi le premier).

Une construction atypique, mais loin d’être bancale, une intrigue menée de main de maître, on flirte avec le sans fautes. Encore faut-il que les personnages soient à la hauteur. Et ils le sont !

A commencer par Adam Fowley, l’inspecteur en charge de l’enquête. Une enquête qui a pour lui une saveur toute particulière. En effet, il y a tout juste un an, le couple Fowley perdait leur fils unique. Autant dire qu’il se sent impliqué jusqu’au plus profond de son être et qu’il fera tout pour faire éclater la vérité.

Heureusement Fowley pourra compter sur le soutien sans faille de son équipe, l’auteure semble avoir mis un point d’honneur tout particulier à mettre en avant le côté humain de ses personnages tout autant que leur qualité de flic de terrain.

Et du côté obscur nous trouvons la famille Mason. Il ne faut gratter longtemps sous l’apparente respectabilité pour découvrir des zones d’ombre, et plus on gratte plus la crasse remonte à la surface. Difficile d’éprouver une once de sympathie pour Barry et Sharon Mason. Difficile aussi de cerner le personnage de Leo, le frère aîné. Il semble y avoir tellement de secrets de cette famille que tous feront, à un moment ou à un autre, figure de suspect, voire de coupable idéal. Pour tout vous dire (ou presque), même Daisy, du haut de ses 8 ans, n’est pas forcément une blanche colombe…

Je terminerai par les anonymes qui derrière leur compte Facebook ou Twitter commentent et jugent (souvent sans avancer le moindre argumentaire). Une façon intelligente de pointer du doigt les risques de dérives liés l’utilisation des réseaux sociaux…

Une belle découverte et une sacrée réussite pour un premier roman. C’est avec plaisir que je retrouverai Cara Hunter pour d’autres enquêtes d’Adam Fowley (un second roman est d’ores et déjà disponible en VO, nul doute que Bragelonne devrait nous proposer une traduction dans les mois à venir).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Le Manuscrit Inachevé

AU MENU DU JOUR

F. Thilliez - Le Manuscrit inachevé

Titre : Le Manuscrit Inachevé
Auteur : Franck Thilliez
Éditeur : Fleuve
Parution : 2018
Origine : France
528 pages

De quoi ça cause ?

Caleb Traskman, écrivain à succès, est décédé avant d’avoir pu écrire la fin de son dernier roman au titre prédestiné, Le Manuscrit Inachevé. Encouragé par la maison d’édition de Traskman, c’est à son fils que reviendra la lourde tâche d’achever ce roman posthume…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Franck Thilliez, même si je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur ses personnages récurrents Sharko et Hennebelle, je suis, depuis quelques années déjà, fidèle à ses one-shot. Et à ce jour je n’ai jamais été déçu par ses romans.

Ma chronique

Si vous êtes cinéphile et particulièrement friand de films d’horreur vous connaissez certainement les films de type found footage (littéralement « enregistrement trouvé« , concrètement un (faux) film dans le (vrai) film), un genre qui a été popularisé par Le Projet Blair Witch et largement repris depuis (je citerai par exemple les films REC, Cloverfield ou encore la série des Paranormal Activity...). Avec ce roman Franck Thilliez nous propose une sorte de found book, le roman de l’auteur étant celui de Caleb Traskman finalisé par son fils…

Et pour couronner le tout, l’héroïne du roman du Caleb Traskman (qui est aussi celui de Franck Thilliez) est elle-même auteure de thriller. Vous aurez donc entre les mains le roman (bien réel) d’un romancier (FT), qui est en fait le roman (fictif) d’un autre romancier (CT) ayant pour héroïne une romancière (Léane / Enaël). Et si je vous disais que le personnage central du dernier roman de notre chère romancière est elle même romancière… Vous me suivez toujours ? Rassurez-vous j’embrouille volontairement les choses, en fait il suffit de lire ce bouquin comme vous lirez n’importe quel autre thriller et la magie devrait opérer.

J’aurai pu vous parler de l’intrigue du roman de Caleb Traskman, mais je ne le ferai point, je préfère rester dans le flou et vous laisser découvrir les multiples facettes de ce Manuscrit Inachevé. Si le roman de Caleb Traskman est effectivement inachevé à l’origine, celui de Franck Thilliez est parfaitement abouti (et quelle fin ! Fallait oser… Un vrai coup de maître !). Sachez simplement que c’est le parfait exemple de livre gigogne, tout s’emboîte avec un naturel presque troublant, il suffit juste de savoir où et comment disposer les différentes pièces du puzzle.

L’auteur (Franck Thilliez, rendons à César…) vous livre une intrigue que je qualifierai sans la moindre hésitation de machiavélique. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux à essayer de démêler l’écheveau de son embrouille, et quand vous penserez enfin approcher de LA vérité, un nouveau rebondissement viendra exploser votre belle théorie. Franck Thilliez s’impose ici comme le seul et unique maître du jeu, il vous baladera au fil des chapitres tandis qu’il déplacera ses pions au gré d’une stratégie dont il est le seul à connaître les tenants et les aboutissants. Un jeu du chat et de la souris à sens unique, dans lequel le chat (l’auteur) prend un malin plaisir à faire tourner ses pauvres souris (nous lecteurs) en bourrique.

Une intrigue maîtrisée se doit d’être sublimée par des personnages forts, faute de quoi toute la mécanique pourrait s’enrayer au pire moment et transformer un top en flop ; Franck Thilliez nous comble aussi de ce point de vue, un sans-faute que j’vous dis ! Etant volontairement resté dans le vague concernant l’intrigue, je ferai de même pour les personnages, ce roman doit se déguster l’esprit vierge de toute pensée parasite pour en apprécier pleinement toutes les saveurs.

Un roman parsemé de clins d’oeil à Stephen King (essentiellement en référence à son inoubliable et glaçant Misery), mais aussi à Sir Arthur Conan Doyle, les personnages récurrents des aventures de Sherlock Holmes devenant les pièces maîtresses d’une mise en scène aussi implacable que morbide. Mais il sera aussi question de mémoire (l’amnésie et son contraire l’hypermnésie), de logique, d’équations, de parties d’échecs… le tout sur fond d’enlèvement et de meurtre. Du grand art et un Franck Thilliez qui s’impose, pour ceux qui en doutaient encore, comme un incontournable du thriller francophone (et plus si affinités).

Je n’ai pas encore eu l’occasion de me frotter à sa série Sharko & Hennebelle, mais concernant ses romans one-shot je dois avouer que je suis impressionné par leur variété et leur originalité. Pas un qui ne ressemble aux autres, mais avec celui-ci je pense qu’il culmine dans l’expression de son talent.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Didier Fossey – Artifices

AU MENU DU JOUR

D. Fossey - Artifices

Titre : Artifices
Série : Boris Le Guenn – Tome 4
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
390 pages

De quoi ça cause ?

Boris Le Guenn est appelé sur une scène de crime plutôt atypique, un homme, attaché à un arbre, a été tué à l’explosif. Une technique expéditive qui suggère une forte haine envers la victime, mais aussi une bonne connaissance des engins explosifs.

Quand une seconde victime est découverte, elle aussi exécutée à l’aide d’engins explosifs savamment mis en scène, Boris Le Guenn décide de se faire épauler par une experte en explosifs.

Parallèlement Boris est harcelé par un mystérieux inconnu qui semble au courant de ses moindres faits et gestes…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

D’abord parce que c’est la quatrième enquête de Boris Le Guenn, j’ai beaucoup aimé les précédentes et j’attendais avec impatience ce nouvel opus.

Ensuite parce que c’est Flamant Noir et que Nathalie, l’éditrice, m’a proposé de découvrir ce roman en avant-première.

Ma chronique

Avant tout je tiens à remercier chaleureusement les éditions Flamant Noir, et tout particulièrement Nathalie, pour leur confiance renouvelée et surtout pour me donner l’occasion de découvrir ce nouvel opus des enquêtes de Boris Le Guenn en avant-première.

Un opus fort attendu compte tenu de la fin du précédent, Burn-Out, il me tardait de savoir qui était l’auteur du coup fil anonyme reçu par Boris. Qui plus est Boris va devoir composer avec une équipe quasiment neuve (seul Antoine est resté au côté de son patron), mais aussi avec une nouvelle hiérarchie (avec notamment un boss arrivé à son poste grâce à ses diplômes et non au mérite). Cerise sur le gâteau, la vie personnelle de Boris est elle aussi en pleine tempête ; Soizic (l’épouse de Boris) veut faire un break pour se donner le temps de réfléchir à leur situation, sans surprise les enfants (et le chien) suivent leur mère…

Peut-être vous demandez-vous si ce roman peut se lire individuellement ou s’il est impératif de prendre la série dans l’ordre ; je vous répondrai qu’il peut se lire en one-shot, mais qu’il serait dommage de passer à côté des précédents. Non seulement il est fait référence à des événements qui se sont produits dans le précédent tome, mais il est surtout fortement rattaché à Ad-Unum, le second roman de la série. Enfin, il serait dommage de passer à côté d’excellents polars, écrits avec la touche inimitable propre aux flics écrivains.

Didier Fossey ne fait dans la simplicité, genre « on prend les mêmes et on recommence« , aucun de ses romans ne ressemble aux autres, tout en restant proche du quotidien de ses personnages, l’auteur aborde des thématiques différentes, pas forcément inhérentes au métier de policier soit dit en passant. C’est aussi ça la touche Fossey, des intrigues fortement ancrées dans le réel avec des acteurs empreints d’humanité (et parfois d’inhumanité).

Dans cet opus il sera notamment question de pédophilie (certainement l’une des pires situations à laquelle puisse être confronté un policier, sans parler des horreurs subies par les victimes), de vengeance, de prise en charge psychiatrique des criminels, mais aussi de la difficulté de concilier vie privée et vie professionnelle quand on est flic de terrain.

D’entrée de jeu, en guise de prologue, l’auteur nous renvoie en 2013 en nous plaçant dans la peau de celui que l’on devine être à l’origine de l’appel anonyme reçu par Boris. Au fil des chapitres nous croiserons son chemin, et partagerons son parcours d’août 2013 à avril 2015 (date de la présente intrigue). Vous comprendrez aisément que je ne m’attarderai pas sur l’individu bien qu’il y aurait beaucoup à dire le concernant, je vous laisse découvrir tout ça par vous même.

On enchaîne ensuite avec le premier chapitre qui nous permet de faire un point rapide sur la situation professionnelle et privée de Boris (piqûre de rappel, au cas où). Le chapitre suivant nous plonge au coeur de l’action, on y croise notre vengeresse qui exécute sa première victime.

L’on devine sans peine ce qui motive cette soif de vengeance, là encore nous aurons le droit à quelques flashbacks qui nous permettront de réaliser à quel point les « victimes » étaient de sinistres pourritures. Difficile d’éprouver la moindre pitié pour ce genre de salopards, sans aller jusqu’à cautionner les actes de la vengeresse, j’ai beaucoup de mal à la blâmer…

Si j’ai retrouvé Boris avec beaucoup de plaisir, j’avoue que certains membres de son ancienne équipe m’ont manqué. Heureusement les nouveaux venus, notamment son adjointe, Nathalie, sont pleins de ressources. Et puis ça donne à l’auteur une bonne raison de poursuivre son chemin avec Boris Le Guenn, au moins jusqu’à ce que le groupe se soude et fonctionne en totale cohésion…

S’agissant d’auteurs que je connais et apprécie, je ne prête guère d’attention à la couverture des bouquins, force m’est pourtant de reconnaître que celle-ci est impeccable. Idéale pour attirer un public plus large à la découverte de l’univers de Boris Le Guenn (et pourquoi pas de l’éditeur Flamant Noir).

Vous l’aurez compris j’ai été sous le charme du début à la fin. Lu le temps d’un weekend (et encore, j’ai quasiment dû me contraindre à aller me coucher samedi soir). Le Flamant inscrit une nouvelle perle à son catalogue déjà bien garni.

Je terminerai cette chronique en citant un passage qui m’a fait sourire, une private joke de l’auteur, clin d’oeil à Sébastien Teissier, ami de Didier Fossey (cf les remerciements) et écrivain lui aussi (je ne désespère d’ailleurs pas de lire la suite de X, même si je sais que le délai n’est pas de son fait) et résident à Singapour :

« C’était un homme seul, pas d’enfants, pas de femme. Quand il est parti en maison de retraite, la maison a été vendue pour payer les frais. C’est un écrivain qui l’a acheté, un gars qui écrit des polars. Monsieur Teissier qu’il s’appelle, mais il ne vient pas souvent. Il habite en chine, à Singapour qu’on m’a dit. »

MON VERDICT
Coup double