[BOUQUINS] Margaret Atwood – La Servante Écarlate

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M. Atwood - La Servante écarlate

Titre : La Servante Écarlate
Auteur : Margaret Atwood
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 1987 (réédition 2017)
Origine : Canada (1985)
544 pages

De quoi ça cause ?

Les États-Unis sont devenus la République de Gilead, une dictature théocratique où les femmes sont divisées en castes selon leur rang social et le rôle qui leur a été attribué. Mais Gilead se meurt de son infertilité, les Épouses ne peuvent plus procréer, c’est aux Servantes d’assurer une descendance à leur Commandant.

Defred est une de ces Servantes, reconnaissables à leur tunique rouge. Elle nous raconte son quotidien et partage ses souvenirs de la vie d’avant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quelle question ! Parce que c’est un roman devenu culte qui revient souvent (pour ne pas dire toujours) et en bonne position dans les listes des livres qu’il faut AB-SO-LU-MENT avoir lus avant de sucer les pissenlits par la racine.

Ça fait des années que je me dis qu’il faut que je m’y mette, finalement c’est la série télé The Handmaid’s Tale qui aura été l’élément déclencheur. Je voulais impérativement avoir lu le bouquin avant de me laisser tenter par la série.

Ma Chronique

Il m’aura fallu plus de 30 ans pour enfin me décider à lire ce roman, et pourtant je n’avais aucun a priori à son encontre, ni même une quelconque réticence ; au contraire, ça fait des années que je me dis qu’il faut absolument que je le lise.

Finalement c’est la série TV The Handmaid’s Tale et la sortie récente de la « suite » du présent bouquin, Les Testaments, qui m’auront poussé à franchir, ENFIN, le pas.

Avec ce roman Margaret Atwood nous propose une vision dystopique de notre avenir, un monde particulièrement glauque et désespérant, surtout pour la gent féminine. Une société complètement déshumanisée régie par un pouvoir théocratique qui a définitivement banni tout ce qui touche à culture. Un monde formaté où les sentiments n’ont plus droit de cité.

La narratrice, Defred (qui se comprend comme « de Fred », donc appartenant – pour un temps – à Fred, son Commandant), partage son morne quotidien avec le lecteur, mais aussi ses souvenirs du monde d’avant (le monde tel que nous le connaissons, la technologie du XXIe siècle en moins). Le fait qu’elle ait connu ce « monde d’avant » rend la description du quotidien à Gilead encore plus abrupt, encore plus insupportable.

Defred, comme les autres Servantes, joue un rôle essentiel (mais néanmoins ingrat et infamant) pour la survie de Gilead ;  donner un enfant à son Commandant. Une fois par mois elle passe à la casserole en respectant scrupuleusement un cérémoniel de copulation particulièrement dégradant. Le mot copulation est le seul qui me vienne à l’esprit pour désigner un acte mécanique dénué de tout sentiment (faire l’amour est donc inapproprié) et de tout plaisir (tout comme baiser). Les Servantes sont ainsi réduites à de vulgaires matrices potentielles.

Si le récit est glaçant, le ton de la narratrice, à la fois résigné et détaché, nous empêche de nous prendre totalement d’empathie pour le personnage. Je n’aurai pas la prétention de dire que dans la même situation j’aurai fait mieux (c’est typiquement le genre de réaction qui me hérisse le poil), mais j’aurais aimé éprouver un réel sentiment de révolte dans le récit. Point de révolte, juste, parfois, une profonde injustice parfois, avant de retomber dans la résignation.

Dans la même veine, nous n’avons qu’une vague idée de l’existence d’une résistance via le réseau Mayday, mais pas des masses d’infos quant à la nature de ses opérations sinon des exfiltrations en cas de danger immédiat. Voilà qui est un tantinet frustrant, surtout quand la quatrième de couverture annonce : « En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté ».

Malgré ce petit bémol, il n’en reste pas moins que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce bouquin, je ne regrette pas de m’être enfin décidé. Sa place d’œuvre majeure dans le genre dystopique, aux côtés de classiques immortels tels que 1984 (George Orwell, 1949), Le Meilleur Des Mondes (Aldous Huxley, 1932) ou encore Fahrenheit 451 (Ray Bradbury, 1953) n’est en rien usurpée.

C’est le premier roman de Margaret Atwood que je lis, au vu de la qualité de l’écriture (et de la traduction) je sais d’ores et déjà que ce ne sera pas le dernier. À commencer par Les Testaments, je vais faire en sorte de ne pas attendre 30 ans avant de me lancer dans l’aventure (déjà d’un point de vue purement biologique je ne suis pas du tout certain d’avoir 30 ans devant moi).

Si le bouquin est sorti en 1985, il reste terriblement d’actualité, peut-être même plus encore que lors de sa parution initiale. Un cri d’alarme qui nous invite à ne jamais accepter l’inacceptable, à rester vigilant face aux concessions qu’on nous demande de faire. À force de courber l’échine, on finit pour nous la mettre bien profond et à sec !

Je terminerai donc cette chronique en faisant mienne la devise de la résistance : Nolite te salopardes exterminorum. Ne laisse pas les salopards te tyranniser. Un cri du cœur que chacun de nous devrait garder présent à l’esprit… juste au cas où.

Y a-t-il des questions ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Neal Shusterman – Le Glas

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N. Shusterman - Le Glas

Titre : Le Glas
Série : La Faucheuse – Tome 3
Auteur : Neal Shusterman
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : USA
720 pages

De quoi ça cause ?

Maître Goddard est enfin arrivé à ses fins, plus rien ni personne ne peut faire obstacle à sa soif de pouvoir et à l’expansion de son Nouvel Ordre.

Des Faucheurs de la Vieille Garde refusent encore de lui prêter allégeance mais ils sont de moins en moins nombreux, et surtout il leur manque une figure de proue pour les fédérer.

A l’inverse les Tonistes se sont réunis derrière un mystérieux prophète qui se fait appeler Le Glas ; et si c’était lui la réponse à la menace que représente Maître Goddard. D’autant que Le Glas est le seul humain avec qui le Thunderhead accepte de communiquer.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il s’agit de l’ultime opus de la trilogie La Faucheuse et qu’il me tarde de connaître le fin mot de l’histoire… surtout après le final explosif du tome précédent.

Ma Chronique

Et dire que j’ai bien failli ne jamais lire cette trilogie, je serai passé à côté de quelque chose qui mérite vraiment le détour ; comme quoi il ne faut pas toujours se fier aux étiquettes. Dans le cas présent c’est l’étiquette young adult qui me rebutait, je fais un blocage sur la littérature jeunesse. Heureusement qu’un Book Club est passé par là pour me convaincre de surmonter mes a priori.

Afin d’éviter tout spoiler je vais volontairement faire court et rester, autant que faire se peut dans le vague.

Au commencement était le Verbe… Ah non, merde ! Ça c’est une autre histoire…

Dés le début du récit l’intrigue part dans plusieurs directions. Les Tonistes se rassemblent autour de leur nouveau prophète, Le Glas (The Toll en anglais… ça devrait vous donner un indice quant à son identité). Une mission de récupération des reliques d’Endura est conduite par Maître Possuelo, Faucheur de la région d’Amazonie. Maître Faraday et sa complice Munira savent désormais où se situe l’angle mort du Thunderhead et espèrent trouver l’ultime recours prévu par les Maîtres Fondateurs.

Les choses se mettent en place lentement mais sûrement avant de s’assembler. Neal Shusterman donne le ton d’entrée de jeu en installant une ambiance aussi sombre que tendue. Et ça va aller crescendo au fil des coups de sang de Maître Goddard, plus imprévisible et plus incontrôlable que jamais.

Une intrigue menée de main de maître qui nous réserve bien des surprises et quelques brusques poussées d’adrénaline. On voulait du lourd pour clore cette trilogie en beauté, l’auteur va au-delà de nos espérances !

Bien entendu on retrouve avec plaisir un bon nombre de personnages déjà croisés dans les deux précédents tomes. Si vous vous inquiétez du devenir de Citra et Rowan, je dirai simplement que l’illustration de Kevin Tong en couverture répond à la question même si les apparences peuvent parfois être trompeuses…

Neal Shusterman introduit aussi de nouveaux venus, dont certains, tels le/la capitaine de navire Jerico Soberanis et l’ex agent Nimbus Loriana Barchok, seront appelés à jouer un rôle majeur dans le déroulé de l’intrigue.

Le roman le plus dense et le plus intense de la trilogie, il fallait bien ça pour conclure en apothéose une trilogie qui flirte avec l’excellence.

Une adaptation pour le cinéma est en chantier mais pour le moment on sait que c’est Universal qui a les droits, ni date de sortie, ni casting… Pas pour tout de suite donc, mais je suis curieux de voir ce que ça pourrait donner.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dominique Forma – Coups De Vieux

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D. Forma - Coups De Vieux

Titre : Coups De Vieux
Auteur : Dominique Forma
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

André Milke et Clovis Martinez ont tous les deux la soixantaine bien tassée et de fortes personnalités, mais c’est bien tout ce qu’ils partagent. Le premier est un ancien gros bras de la Gauche prolétarienne alors que le second est un ex membre de l’OAS qui a activement combattu pour l’Algérie Française. Entre le gaucho et le facho ce n’est pas vraiment le grand amour.

Au cours d’une balade nocturne (en tenue d’Adam) sur les plages naturistes du Cap d’Agde, André tombe sur le corps sans vie de Emma Paretto, la fiancée de son ami Luc Dallier. Quand il réalise que l’enquête de police s’enlise et qu’il ferait un parfait suspect, contre toute attente c’est à Clovis qu’il demande de l’aide…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu et très souvent agréablement surpris.

L’idée de voir enquêter ces deux vieux réacs que tout semble opposer a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire de ce roman policier est qu’il ne ressemble à nul autre, ne serait-ce que pour cette originalité il a toute légitimité à figurer au répertoire de La Bête Noire. Il faut bien reconnaître toutefois que si vous cherchez un thriller qui vous mette les nerfs à rude épreuve le bouquin de Dominique Forma n’est pas vraiment le choix idéal.

Si dans l’ensemble l’intrigue tient plutôt bien la route, et pourrait même vous réserver quelques surprises, il ne faut s’attendre à de brusques montée d’adrénaline. A l’image de l’improbable duo qui porte le bouquin, on est davantage en mode diesel qu’en turbo… Il faut dire que André et Clovis doivent composer avec les petits tracas liés à leur âge (réflexes élimés, arthrose…) ; dans de telles conditions, il vaut mieux ménager la mécanique afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Clairement le roman est porté par ce duo atypique d’enquêteurs presque septuagénaires, si l’esprit est encore vif, il en va autrement pour le corps… comme ils pourront s’en rendre compte à plusieurs reprises au cours de leur enquête.

C’est surtout leur antagonisme quasi permanent qui donne toute sa saveur au récit. Deux vieux réacs aux idéologies radicalement opposées. Mais cela ne les empêche toutefois pas de s’apprécier… avec modération ! Même s’ils préféreraient sans doute mourir dans les plus atroces souffrances que de reconnaître un semblant d’affection l’un pour l’autre.

Une enquête que les amènera à côtoyer des individus plus ou moins fréquentables et à se perdre dans les méandres d’un complexe montage immobilier et financier permettant de blanchir l’argent sale d’un caïd du milieu… mais là encore ces questions ne sont abordées qu’en surface.

La touche de charme est apportée par le personnage d’Alexe, la jeune et très délurée voisine de Clovis qui affiche ouvertement une sexualité libérée et sans tabous, profitant de l’été pour s’envoyer en l’air dans les dunes.

Dominique Forma semble s’être beaucoup amusé à écrire ce roman et parvient à nous communiquer cette bonne humeur, grâce notamment à un style épuré et direct. On en arrive à apprécier la compagnie de ces deux vieux grincheux qui passent leur temps à se chamailler (à l’image des deux vieux du Muppets Show… une comparaison qui ne parlera sans doute qu’aux vieux de la vieille).

Une lecture sympathique qui ne se prend pas au sérieux mais qui assure pleinement par son côté divertissant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Roi

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S. Dazieri - Tu tueras le Roi
Titre : Tu Tueras Le Roi
Série : Dante & Colomba – Tome 3
Auteur : Sandrone Dazieri
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Italie (2018)
640 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait quinze mois que Dante Torre a été enlevé. Quinze mois que Colomba Caselli vit coupée du monde dans la région des Marches.

Un soir, en pleine tempête de neige, Colomba découvre Tommy, un adolescent autiste, dans la remise de son jardin ; visiblement très agité et couvert de sang. En le raccompagnant chez lui elle apprend que ses parents ont été assassinés, pour la police Tommy serait le coupable idéal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’ultime opus de la trilogie consacrée à Dante Torre et Colomba Caselli. Le second tome laissait beaucoup de questions en suspens, il me tardait de découvrir les réponses. Et accessoirement la vérité sur Dante Torre.

Ma Chronique

Comme bon nombre d’amateurs de thrillers, je suis fidèle à la collection La Bête Noire, lancée par Robert Laffont en 2015. Et c’est justement le premier opus de cette trilogie, Tu Tueras Le Père, qui inaugurait cette nouvelle collection. Un lancement prometteur avec ce roman coup de cœur et coup de poing !

Quatre ans plus tard, il est temps de baisser le rideau sur les aventures mouvementées de Dante Torre et Colomba Caselli. Concernant La Bête Noire, je suis absolument convaincu qu’elle continuera de nous étonner avec des romans top niveau… et ce pendant encore de longues années !

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il est absolument indispensable d’avoir lu les deux précédents opus pour comprendre et apprécier pleinement ce dernier tome. Celui-ci commence quasiment là où s’arrêtait le précédent, même si dans les faits quinze mois se sont écoulés entre l’enlèvement de Dante et le début du présent roman.

Un roman que j’attendais avec impatience, mais dans lequel j’ai eu un peu de mal à rentrer, peut-être était-ce lié à l’absence de Dante ou au sentiment de renoncement (bien compréhensible, je le reconnais volontiers) qui assommait Colomba dans les premiers chapitres ; sans doute un peu des deux. Il manquait une roue au binôme (et quelle roue !) et la seconde était à plat… pas facile d’avancer dans ces conditions.

Je vous rassure tout de suite les choses évoluent rapidement, il ne faudra que quelques chapitres avant que Colomba ne s’implique à fond dans le mystère qui entoure Tommy et le meurtre de ses parents. Une enquête qui s’avérera rapidement captivante et pleine de rebondissements.

Et dès la seconde partie du roman, Dante fait un retour en fanfare ; il lui faudra quand même quelque temps de convalescence avant de retrouver toute sa verve et sa redoutable logique aussi personnelle qu’implacable. Les choses sérieuses peuvent commencer (même si elles n’avaient pas attendu Dante pour se mettre en branle).

Sandrone Dazieri confirme qu’il maîtrise son intrigue sur le bout des doigts, il a un incroyable talent pour brouiller les pistes sans jamais embrouiller le lecteur. On finit, comme Dante et Colomba, par douter de tout et tout le monde. À qui peut-on faire confiance ? De qui doit-on se méfier ? Qui est ce mystérieux Roi qui leur donnera bien du fil à retordre et sème la mort sur son chemin ?

Histoire de finir en beauté, l’auteur nous assène un véritable coup de massue avec un revirement totalement inattendu et pas du tout tiré par les cheveux. Du grand art pour un auteur qui peut d’ores et déjà inscrire son nom en lettre d’or dans le grand livre de la littérature policière (et pas qu’au niveau national ou européen, soyons fou et voyons grand, il le mérite amplement !).

Un ultime opus qui vient clore avec beauté et brio la trilogie Dante & Colomba. Une sacrée belle découverte et un énorme coup de cœur pour l’ensemble de la trilogie. Cerise sur le gâteau, ce chapitre final m’a laissé littéralement KO debout en fin de lecture.

Il reste des questions sans réponse, mais ce n’est en rien une négligence de l’auteur, il s’agit bel et bien d’un choix délibéré. Choix qui ne nuit nullement à l’intrigue.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Le Bûcher De Moorea

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P. Guirao - Le bûcher de Moorea
Titre : Le Bûcher De Moorea
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

À Moorea, Lilith, photographe de presse, et Maema, journaliste, sont amies et travaillent toutes deux pour le quotidien La Dépêche de Tahiti. Elles sont envoyées sur une scène de crime particulièrement sordide, plusieurs corps ont été incinérés après avoir été démembrés dans un macabre simulacre de bûcher funéraire.

Pourquoi une telle mise en scène ? Mise en scène ou authentique crime rituel ? L’enquête s’annonce particulièrement complexe, les deux amies ne comptent pas être tenues à l’écart par la gendarmerie en charge de l’affaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection La Bête Noire des éditions Robert Laffont.

Pour le cadre, un thriller se déroulant en Polynésie Française, voilà qui n’est pas ordinaire.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation pour ce titre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie Française ne peuvent aucunement être considérées comme des territoires voisins. D’une part c’est une assertion géographiquement erronée, même si ces deux territoires sont baignés par le Pacifique Sud, il y a plus de 4600 kms entre Nouméa et Papeete (à titre de comparaison, la distance séparant Paris à Moscou, à vol d’oiseau, est de 2500 kms). D’autre part c’est culturellement parlant tout aussi faux, comme son nom l’indique la Polynésie est de tradition polynésienne alors que la Nouvelle-Calédonie est de tradition mélanésienne. Administrativement la Polynésie Française a le statut de collectivité d’outre-mer (COM)depuis 2003 (anciennement territoire d’outre-mer, TOM) ; la Nouvelle-Calédonie, anciennement TOM, est devenue collectivité sui generis (ou COM à statut particulier) en 1999.

Avec ce roman je découvre une forme littéraire que je ne connaissais pas, le roman noir azur, un roman noir fortement imprégné de vie tropicale ; Patrice Guirao en parle mieux que moi :

Le roman « noir azur » est une alternative. Il ne suffit donc pas que le roman noir s’inscrive dans un cadre insulaire tropical pour qu’il devienne « noir azur ». Il faut qu’il s’imprègne de l’essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l’océan et les silences des lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l’immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse, comme la puissance et la violence contenues.

Extrait du Petit manifeste élargi du polar « noir azur » joint au présent roman.

Calédonien d’adoption depuis bientôt 40 ans et grand amateur de polars / thrillers / romans noirs, il m’est impossible de ne point succomber à la tentation face à une telle promesse.

L’auteur vivant en Polynésie Française depuis de nombreuses années doit avoir une bonne connaissance des us et coutumes du peuple polynésien, et plus particulièrement des traditions tahitiennes. D’ailleurs la présence d’un glossaire expliquant les nombreux termes tahitiens est une bonne initiative même si on en saisit globalement le sens dans le contexte.

Direction Moorea donc pour y suivre Lilith et Maema qui vont prêter main-forte à la gendarmerie afin de résoudre un crime particulièrement sordide. Une enquête qui leur réservera bien des surprises, et pas toujours des plus agréables.

Parallèlement l’auteur nous invite à suivre Nael, un tueur en série qui sévit en Métropole, choisissant ses victimes au hasard et variant les modes opératoires, la police n’a pas encore fait le lien entre ces nombreuses scènes de crimes. Habitué à ne rien laisser au hasard (à part le choix de ses victimes), il va pourtant être sérieusement ébranlé par une découverte faite sur les lieux de son dernier forfait. Il va rapidement comprendre que pour trouver les réponses à ses questions, il va devoir se rendre en Polynésie Française.

Et puis il y a Gaspard. Un personnage que rencontrera Nael un peu par hasard, et le moins que l’on puisse dire c’est que cette rencontre sera pour le moins déconcertante (pour lui, et pour nous). Je serai tenté de dire qu’il y a deux approches possibles face à ce brave Gaspard. La première étant « simplement » d’accepter qu’il soit ce qu’il affirme être et de fait la touche de fantastique qu’il apporte au roman. La seconde option étant de considérer Gaspard comme la créature qu’il est et rien de plus, les « dialogues » de Nael devenant des monologues avec sa propre conscience. Personnellement j’ai opté pour le premier choix, d’autant que j’ai trouvé Gaspard fort sympathique et plein d’à-propos.

Vous l’aurez compris, l’intrigue est fortement teintée de noir ; ce qui n’empêche pas la touche azur d’être omniprésente et particulièrement bien traitée. Certains lecteurs pourraient trouver que certains détails de ces scènes de vie tahitienne sont à la limite du cliché facile ; pour ma part j’estime qu’elles sont le reflet d’une réelle douceur de vivre tropicale. Douceur qui ne fait malheureusement pas obstacle à la misère, à la délinquance et au crime. Comme le chantait fort justement le grand Charles (mais non, pas de Gaulle ! Aznavour) : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil« .

Malgré la noirceur de son intrigue, l’auteur conserve un ton résolument frais et optimiste, les quelques touches d’humour sont bienvenues et sonnent juste. Ce roman este une belle découverte malgré un élément du final que j’ai trouvé un peu tiré par les cheveux. La collection La Bête Noire ajoute une nouvelle corde à son arc avec ce titre.

Il semblerait que Patrice Guirao ait décidé de faire de Lilith un personnage récurrent de ses prochains romans, un second opus est annoncé pour janvier 2020 ; le court extrait offert à la fin du roman a de quoi nous faire baver d’impatience. Il me tarde de retourner à Moorea pour y retrouver Lilith et ses amis… et pourquoi pas Gaspard ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc Levy – Ghost In Love

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M. Levy - Ghost in love
Titre : Ghost In Love
Auteur : Marc Levy
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
360 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la quatrième de couv’

Que feriez-vous si un fantôme débarquait dans votre vie et vous demandait de l’aider à réaliser son vœu le plus cher ?
Seriez-vous prêt à partir avec lui en avion à l’autre bout du monde ? Au risque de passer pour un fou ?
Et si ce fantôme était celui de votre père ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Marc Levy et ce malgré une pointe d’appréhension due à une impression de déjà-vu. Fidèle de la première heure, je n’allais pas me laisser décourager par un léger doute.

Ma Chronique

En découvrant la quatrième de couv’ du dernier Marc Levy, deux remarques me sont venues quasiment au même moment. La première, plutôt positive, étant que l’auteur revenait à ses premières amours avec son histoire de fantôme. La seconde, conséquence directe de la première, me faisant craindre une impression de déjà-vu / déjà-lu.

Difficile en effet de ne pas penser au premier roman de l’auteur, Et Si C’Etait Vrai (2000), comédie romantique assumée teintée de fantastique (même si en l’occurrence Lauren n’était pas vraiment un fantôme) ; mais aussi, pour la relation au père décédé, au roman Toutes Ces Choses Qu’On Ne S’Est Pas Dites (2008).

Si similitudes il y a, ce vingtième roman de Marc Levy n’en possède pas moins une identité qui lui est propre. Le déjà-vu est resté cantonné au stade d’impression, sans jamais se confirmer dans les faits. Pour tout vous dire, les lecteurs les plus assidus reconnaîtront de nombreuses références au premier roman de l’auteur ; c’est voulu, parfaitement intégré à l’intrigue et totalement assumé.

L’auteur nous propose une comédie romantique décomplexée, légère et pleine d’émotions (mais sans aucune mièvrerie). Les chapitres sont courts, l’auteur va a l’essentiel sans se perdre en digressions stylistiques inutiles, une réussite qui doit beaucoup aux dialogues qui font immanquablement mouche. Bonne humeur et sourires sont assurés quasiment du début à la fin du roman.

Ce n’est pas ce roman qui fera taire les détracteurs de Marc Levy, intellos autoproclamés ne jurant que par cette prétendue grande littérature tout aussi autoproclamée. Et j’ai envie de dire que c’est très bien ainsi, qu’ils ressassent leur bile et crachent leur venin (avec un peu de chance, certains s’étoufferont même avec)… Pendant ce temps là Marc Levy continue d’être un des auteurs les plus populaires en France (mais pas que…), pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Même confrontés à une situation hautement improbable (pour ne pas dire complètement absurde, pour les esprits les plus cartésiens), les personnages sonnent vrai, aussi bien en tant qu’individu que dans les relations qui se tissent entre eux ; on a une réelle envie de croire à cette histoire.

On a tous, ou presque (bienheureux et bienheureuses ceux et celles qui n’ont pas encore connu cette épreuve), perdu un être cher, partit trop tôt ou trop vite ; je suis convaincu que parmi nous, une immense majorité ne cracherait pas sur quelques jours de plus en sa compagnie (même en l’état de fantôme) pour faire table rase des non dits.

Une lecture dévorée quasiment d’une traite, on s’amuse et on fait le plein de bonne humeur sans prise de tête. Le contrat est rempli, je valide et merci encore Monsieur Marc Levy !

Difficile de désigner un vainqueur pour l’édition 2019 du classico littéraire opposant Guillaume Musso et Marc Levy, deux romans aussi aboutis l’un que l’autre, mais radicalement différents. Pour la prise de risque, je donnerai l’avantage à Guillaume Musso.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Harriet Tyce – Blood Orange

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H. Tyce - Blood Orange
Titre : Blood Orange
Auteur : Harriet Tyce
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Angleterre
400 pages

De quoi ça cause ?

Allison Wood est avocate pénaliste, sa carrière est en passe de connaître un nouvel essor avec une première affaire de meurtre à plaider.

Mais sa réussite professionnelle se fait au détriment de sa vie de couple et de sa vie familiale, d’autant qu’elle ne parvient pas à mettre fin à la relation toxique qu’elle entretient avec son amant.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu.

Un titre sollicité auprès de Net Galley début mars, acceptation tardive reçue le 18 avril.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur réponse favorable et leur confiance.

Il est des bouquins qui me font craquer instantanément pour leur personnage et d’autres qui, au contraire, me le font prendre en grippe ; Blood Orange appartient à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, le personnage d’Allison m’a hérissé le poil. Qu’elle s’envoie en l’air avec un amant qui ne semble pas avoir grand-chose à foutre de sa petite personne, qu’elle se bourre la gueule à la moindre occasion, qu’elle soit une piètre épouse et plus encore une piètre mère… ça ne joue certes pas en sa faveur, mais ça aurait pu passer. C’est plutôt son inconstance (voire son inconsistance) qui l’enfonce plus que tout le reste.

La nana a bien conscience de merder dans les grandes largeurs, mais semble incapable de se tenir à ses bonnes résolutions qui la poussent à vouloir changer. Impossible de ne pas la voir comme un monstre d’égoïsme un peu idiote.

Je n’ai pas eu beaucoup plus d’empathie pour le mari cocu, Carl ; son côté monsieur propre, psychorigide et adepte de la morale à deux balles, m’a de suite semblé trop parfait pour être honnête.

Pas davantage de considération pour Patrick, l’amant. D’entrée de jeu le gars ne semble pas clair même s’il l’assume pleinement.

Je tiens toutefois à préciser que même si je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages principaux, cela ne m’a nullement empêché de passer un agréable moment en compagnie de ce bouquin.

L’intrigue va s’articuler autour de deux axes, avec d’un côté la sphère privée d’Allison (sa vie de famille) et de l’autre l’aspect purement juridique (l’affaire de meurtre dont elle a la charge). Ces deux facettes sont bien dosées, mais ne réservent pas de grandes surprises (voire même franchement prévisible sur certains aspects) ; même si je ne m’attendais pas au revirement final.

Harriet Tyce opte pour un récit à la première personne en nous faisant vivre son intrigue par le biais d’Allison. Malgré un manque évident d’originalité et de surprise, le récit est suffisamment addictif pour nous donner envie d’aller toujours plus avant afin de suivre le déroulé des événements et ses dénouements.

Un premier roman plutôt convaincant qui me donne envie de suivre l’auteure si jamais elle décidait de poursuivre sur la voie de l’écriture (a priori il n’y a pas de raison pour qu’elle y renonce).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Antoine Renand – L’Empathie

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A. Renand - L'Empathie
Titre : L’Empathie
Auteur : Antoine Renand
Éditeur : Robert Laffont
Parution : France
Origine : 2019
464 pages

De quoi ça cause ?

Anthony et Marion sont enquêteurs au sein du 2ème district de la police judiciaire de Paris, plus communément appelé « Brigade du viol », en charge des affaires de crimes sexuels et viols en série.

Et justement un violeur en série sévit actuellement dans les rues de Paris. Le lézard, comme l’ont surnommé les policiers, pénètre la nuit chez ses victimes avant de les agresser. Des agressions d’une extrême violence que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la Bête Noire et que je n’ai jamais été déçu par les titres de cette collection proposée par Robert Laffont. Même si je reconnais volontiers avoir accumulé beaucoup de retard dans l’exploration de leur catalogue.

Ma Chronique

Un titre sollicité depuis le 11 janvier auprès de l’éditeur via Net Galley ; faute de retour de leur part, j’ai décidé de prendre les devants et de me lancer dans la lecture de ce roman qui me faisait vraiment envie.

Une fois n’est pas coutume, commençons par parler de statistiques (déformation professionnelle ?), avec des chiffres qui font froid dans le dos :

(…) en France, 75 000 viols avaient lieu chaque année, soit 206 par jour ; 1 femme sur 6 serait victime d’un viol au cours de sa vie, ou d’une tentative de viol ; 80 % des victimes étaient bien entendu des femmes.
La moitié de ces victimes l’était de façon répétée avec, dans 8 cas sur 10, un agresseur qu’elles connaissaient bien : un ami, ami de la famille, membre de la famille… Et tous les milieux étaient touchés, prolos comme bourgeois, anonymes comme grands de ce monde….
Enfin et surtout, 90 % des femmes violées ne portaient pas plainte.

Et un constat tout aussi glaçant :

Si tous les agressés ne deviennent pas agresseurs, il est extrêmement rare qu’un tueur ou un violeur en série n’ait pas été lui-même victime de sévices pendant son enfance. Le Mal se copie, se reproduit.

Sans avoir la prétention d’être représentatif de quoi que ce soit, j’avoue avoir lu relativement peu de thrillers ayant pour thème le viol. C’est peut être uniquement dû à un manque d’opportunités (je n’en ai croisé que quelques-uns qui m’aient donné envie de les lire) ou alors parce que je considère le violeur comme un être profondément abject ne méritant ni respect ni clémence. Non que j’éprouve une quelconque empathie pour les assassins, disons que ce que je ressens à l’encontre des violeurs est plus viscéral.

L’accroche en couverture promet qu’après avoir lu le bouquin nous ne dormirons plus jamais la fenêtre ouverte… OK, mais quand ton appart n’est pas climatisé et qu’il fait plus de 30° la nuit, tu fais comment pour éviter de mariner dans ta sueur toute la nuit ? J’ai bien l’intention de continuer à dormir la fenêtre ouverte et à poil qui plus est (voilà vous savez tout sur mes habitudes nocturnes).

Au fil des chapitres vous ne croiserez pas un violeur, mais deux ; et tous les deux ont un sinistre palmarès de plusieurs victimes. Le premier est rapidement arrêté, une ordure de moins en circulation, mais à côté du second, le fameux lézard (ou plutôt alpha comme il se surnomme lui-même), il ferait presque office de petit joueur. Alpha ne s’exprime que dans la violence et l’humiliation, chaque scène de crime repoussant toujours plus loin les limites de l’horreur.

Vous l’aurez compris ce roman nous réserve quelques scènes avec une forte dose de violence et de perversité, mais l’auteur ne donne pas pour autant dans la surenchère gratuite ; cette violence qui se déchaîne est mise au service de l’intrigue.

Une intrigue qui pourrait passer pour relativement classique avec une enquête de police qui piétine et un criminel qui se joue aussi bien de ses victimes que des policiers qui le traquent. Mais ce côté classique de l’intrigue n’est qu’un trompe-l’œil ; c’est quand le voile des apparences se dissipe que le roman exprime pleinement sa force et son originalité.

Une force qui repose pour beaucoup sur ses personnages et leurs secrets, des secrets qui nous seront révélés au compte-goutte via quelques flashbacks. Un roman presque intégralement porté par le personnage d’Anthony Rauch, un flic efficace, mais plutôt discret qui cache bien des secrets. Un personnage atypique pour lequel vous ne pourrez que ressentir une sincère empathie.

Mais l’auteur ne néglige pas pour autant ses autres personnages, tous bénéficient d’une attention particulière et sont traités avec beaucoup de soin. Certains vous apparaîtront sympathiques (je pense notamment à Marion, la collègue d’Anthony), d’autres plus mitigés (le personnage le plus complexe étant sans nul doute Louisa, la mère d’Anthony) et enfin il y aura ceux que vous ne pourrez que détester (à ce titre alpha occupe sans partage la plus haute marche du podium).

Pour un premier roman, Antoine Renand réussit un véritable coup de maître avec un thriller qui n’hésite pas à bousculer les règles du genre et qui, tout en assumant un côté résolument noir, brille l’humanité qui s’en dégage. Un thriller psychologique qui flirte avec l’excellence.

La Bête Noire ouvre le bal de l’année 2019 avec un titre parfaitement maîtrisé qui n’a pas à rougir face aux ténors du genre.

MON VERDICT
Coup de poing

– Edit du 12 février 2019 –

Merci aux éditions Robert Laffont et à la plate-forme Net Galley qui viennent de répondre favorablement à ma demande.

[BOUQUINS] Rebecca Fleet – L’Echange

AU MENU DU JOUR

R. FLeet - L'Echange

Titre : L’Echange
Auteur : Rebecca Fleet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : Angleterre
336 pages

De quoi ça cause ?

Caroline et Francis s’offrent une semaine de vacances via un site d’échange de maison. Une semaine pour se retrouver après que le couple ait traversé des moments difficiles.

À peine entrée dans leur maison de vacances, Caroline ressent une impression de malaise qu’elle ne peut s’expliquer ; elle comprend peu à peu que de petits détails semés çà et là dans cette maison la renvoient au souvenir de la période la plus sombre de leur vie de couple, à ce moment d’égarement qu’elle voudrait oublier faute de pouvoir l’effacer de sa vie.

Et pendant ce temps-là, leur hôte prend ses aises chez Caroline et Francis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire et que je ne désespère pas de remonter, lentement mais surement, mon retard leur catalogue… Vu le rythme de croissance de mon Stock à Lire Numérique, c’est loin d’être gagné !

Un roman que j’avais sollicité via NetGalley début juin, demande restée lettre morte auprès des éditions Robert Laffont (pas de refus, à ce jour ma demande est toujours en instance). Du coup j’ai décidé de me fier à l’adage « on est jamais mieux servi que par soi-même » pour me faire une opinion sur ce bouquin.

Ma chronique

Pour son premier roman, Rebecca Fleet se frotte au thriller psychologique ; un genre qui a le vent en poupe depuis quelques années et est décliné sous toutes les formes possibles et imaginable. Sans révolutionner le genre, la jeune britannique parvient à tirer son épingle du jeu, non seulement L’Echange s’avérera rapidement très addictif, mais surtout le roman vous réservera un retournement de situation des plus inattendus.

L’intrigue se construit autour d’une succession répétée d’un triplet de chapitres, il y a les Ailleurs vous feront vivre l’intrigue présente (2015) vue par les yeux de Caroline, suivront les Ici qui vous renverront en 2013, le plus souvent via Caroline, mais parfois par l’intermédiaire de Francis et enfin des chapitres sans nom qui vous placeront dans la peau de l’hôte qui prend possession de la résidence de Caroline et Francis.

2013. Francis n’est plus que l’ombre de lui-même, accro aux médocs il ne s’intéresse à rien ni personne. Caroline est à bout à force de prendre sur elle, tant et si bien qu’elle voit en Carl, un collègue du bureau, une échappatoire au naufrage de sa vie privée. De fil en aiguille leur complicité se transforme en amitié combinée à un jeu de séduction qui repousse toujours plus loin les limites.

Ah que voilà un triangle amoureux on ne peut plus classique… trop classique même, me direz-vous ! C’est aussi ce que je me suis dit pendant longtemps, sans pour autant que cela ne vienne contrarier mon envie d’en savoir toujours plus sur le déroulé de l’intrigue, jusqu’à ce qu’une phrase de l’auteure vienne balayer toutes nos certitudes et recadre complètement l’intrigue. Dès lors plus moyen de lâcher le bouquin tant on veut comprendre les enjeux de cette nouvelle mise en perspective !

La force d’un thriller psychologique repose sur la profondeur de ses personnages, une faille à ce niveau et la pièce montée attendue se transforme en une vulgaire pâtisserie industrielle à deux balles… Rebecca Fleet évite avec brio cet écueil. Et pourtant il serait facile de faire de Caroline une blanche colombe et de Francis la vilaine corneille galeuse (me demandez pas si une corneille peut choper la gale, je n’en ai pas la moindre idée). Sans aller jusqu’à victimiser Francis (faut pas pousser non plus), vous aurez parfois envie de coller des claques à Caroline, voire mettre de lui foutre un grand coup de boule histoire de la recadrer (et je ne parle pas des coups de boules que Carl finira par lui mettre… finesse quand tu nous tiens !).

Pour un premier roman, l’auteure frappe fort et bien et une fois de plus La Bête Noire nous permet de découvrir une pépite.

Le seul truc dommage avec ce bouquin c’est qu’on aurait envie de s’épancher sur le sujet (les thématiques ne manquent pas), mais on se contraint à la modération pour éviter d’en dire trop. Et ce n’est pas une excuse pour la légèreté de cette chronique, je ne vous permets pas ! Non, mais.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Julia Chapman – Rendez-Vous Avec Le Crime

AU MENU DU JOUR

J. Chapman - Rendez-vous avec le crime

Titre : Rendez-Vous Avec Le Crime
Série : Les Détectives Du Yorkshire – Tome 1
Auteur : Julia Chapman
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : Grande-Bretagne (2017)
408 pages

De quoi ça cause ?

Le retour de Samson O’Brien à Bruncliffe, paisible hameau du Yorkshire, ne passe pas inaperçu et est loin de faire l’unanimité auprès des résidents. Il faut dire qu’il est parti quatorze ans plus tôt avec pertes et fracas, pour ne plus jamais donner de nouvelles. Et en plus il s’installe comme détective privé.

Pour Delilah Metcalfe, qui loue à Samson le bureau qu’il occupe, la situation n’est guère plus reluisante. Elle ne pouvait pas s’offrir le luxe de refuser un loyer salutaire compte tenu des difficultés qu’elle traverse, son agence matrimoniale ayant du mal à prendre son envol. Alors tant pis, quitte à passer pour une pestiférée auprès de ses concitoyens, et accessoirement de sa propre famille, elle s’accommodera de ce locataire indésirable.

Samson et Delilah vont devoir unir leurs efforts afin de mettre fin à une série de meurtres qui s’abat sur Bruncliffe. Me point commun entre les différentes victimes, ce sont tous des clients de Delilah…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui s’est spécialisée dans le thriller musclé et noir, et que j’ai pris un sacré retard dans la découverte de leur catalogue.

Ce titre titillait tout particulièrement ma curiosité. Comment un polar d’apparence typiquement so british a bien pu intégrer cette collection dédiée aux ambiances sombres ?

Ma chronique

Je ne ferai pas durer éternellement le suspense, Rendez-Vous Avec Le Crime est bel et bien un polar typiquement anglais. Même si les morts brutales se succèdent, l’ambiance reste plutôt légère (à l’image de sa couv’ très colorée) avec de nombreuses touches d’humour çà et là. Surprenant de trouver un polar aussi soft au catalogue de La Bête Noire, mais un peu de légèreté n’a jamais fait de mal à personne.

Force est de reconnaître que j’ai bien aimé l’ambiance générale du roman, il en ressort une certaine bonne humeur qui ne nuit en rien à l’enquête policière menée par Samson et Delilah. J’ai passé un bon moment à côtoyer les habitants de Bruncliffe, même si certains sont particulièrement antipathiques (j’ai tout de suite pris en grippe le personnage de Rick Procter, l’agent immobilier) ; heureusement la plupart sont fort sympathiques, même si d’apparence un peu rustre. Un petit bled où tout le monde connaît tout le monde et où propager rumeurs et potins semble être un sport national pratiqué assidûment par tous.

J’ai bien aimé les personnages de Samson et Delilah, au cœur de l’enquête ils se complètent plutôt bien. Samson n’étant pas vraiment un expert en relation humaine alors que Delilah parvient sans effort à mettre les gens en confiance. Heureusement Samson peut compter sur ses sens affûtés par des années de service dans la police londonienne, pour tirer profit du moindre indice ou début de piste.

Coup de coeur aussi pour les résidents de Fellside Court, sympathique maison de retraite qui héberge notamment Joseph O’Brien, le père de Samson, et toute une bande de joyeux drilles.

Impossible de ne pas vous parler de Calimero, le chien de Delilah, un braque de Weimar (à ne pas confondre avec le branque de Neymar, spécimen endémique du Brésil ayant de grosses difficultés à rester en position debout suffisamment longtemps pour s’adonner à son passe-temps préféré : courir après les baballes), qui souffre de crise d’angoisse depuis que sa maîtresse s’est séparée de son mec. Au grand dam de Delilah, le chien va voir en Samson la figure masculine (paternelle ?) qui lui fait tant défaut…

Certes l’enquête n’est pas du genre à faire grimper l’adrénaline en flèche, prévisible même par certains aspects que l’on devine avant nos héros, il n’en reste pas moins que c’est une lecture agréable et plaisante qui ne vous demandera pas de trop faire chauffer les méninges.

Un premier tome qui donne le ton de la série à venir en plus de poser le décor et les personnages. J’aurai plaisir à retourner très prochainement à Bruncliffe afin de voir comment évolue tout ce petit monde. Ça tombe bien, le second tome, Rendez-Vous Avec Le Mal, est d’ores et déjà disponible dans la même collection. Un troisième opus existe en anglais, non encore traduit à ce jour.

MON VERDICT