[BOUQUINS] Scott Snyder & Francesco Francavilla – La Nuit De La Goule

Un passionné enquête sur un ancien studio de cinéma qui aurait brûlé et finit par tomber sur ce projet. Il remonte la piste du réalisateur, qui vit reclus dans une maison de retraite. Selon lui, une goule hanterait son hospice, et la découverte d’une vieille bobine de La Nuit de la Goule risque bien de réveiller la bête, que le film soi-disant disparu avait détruit.

Je remercie les éditions Delcourt et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

La Nuit De La Goule est avant tout un hommage au cinéma d’horreur des années 50/60 (l’âge d’or de la Hammer et ses deux acteurs fétiches, Peter Cushing et Christopher Lee), et sur ce point c’est une totale réussite.

Pour la petite histoire la BD a d’abord été diffusée, en version originale, sous forme de feuilleton numérique en six épisodes, avant d’être publiée en un volume unique par Dark Horse.

Pour son intrigue Scott Snyder s’inspire très librement d’une créature mythique de la littérature arabe, la goule, un monstre nécrophage. Si Francesco Francavilla me demandait : « Quoi ma goule ? Qu’est-ce qu’elle a ma goule ? », je lui répondrais qu’il s’est contenté du minimum syndical avec sa bestiole. Une vague forme noire aux yeux rouges… ça va mec, pas trop fatigué ?

Heureusement pour le reste le dessinateur est irréprochable en alternant les styles au gré de l’intrigue. Le trait est toujours fin et précis, mais le fond s’adapte parfaitement au récit, le dessinateur optant même pour une palette de couleurs à part pour les scènes d’horreur.

L’intrigue est décrite selon deux arcs narratifs distincts (avec chacun son ambiance graphique donc), d’une part les faits qui se déroulent dans le présent, d’autre part les extraits du film. Film nous permet de suivre une troupe de soldats américains de la Première Guerre mondiale, la troupe part en éclaireur dans un village italien qui serait occupé par les Allemands. Mais c’est tout autre chose qu’ils vont croiser lors de cette excursion.

Globalement j’ai trouvé ce second arc narratif plus abouti que le premier. Il faut dire que la surprise n’est pas vraiment au rendez-vous, les quelques rebondissements ainsi que le twist final sont relativement prévisibles.

Heureusement sous la trame plutôt classique on retrouve de vrais sujets de réflexion tels que les traumatismes vécus en temps de guerre par les militaires et leur impact lors d’un retour à la vie civile, ou encore les relations familiales (entre un père et son fils en premier lieu).

À l’instar des films de la Hammer, et malgré quelques bémols, le divertissement est bel et bien au rendez-vous. À l’inverse du grand frisson, mais je doute que les auteurs aient eu la prétention de vous donner des sueurs froides et des nuits pleines de cauchemars. Oserai-je donc terminer ce billet par un ironique : « Que de la goule ! » ? Ah bin oui, j’ai osé.

[BOUQUINS] Tarn Richardson – Les Maudits

Arras, 1914. Sur la ligne de front, le lieutenant Henry Frost donne l’assaut. À sa grande surprise, sa troupe ne rencontre aucune résistance. Dans la tranchée adverse, les soldats allemands ont été tués, leurs corps atrocement déchiquetés.

Au même moment, le père Andreas est retrouvé sauvagement assassiné dans la cathédrale. Le Vatican décide d’envoyer l’inquisiteur Poldek Tacit. Sa mission : protéger l’Église de ceux qui cherchent à lui nuire. À n’importe quel prix.

Parce que c’est Sonatine et que ce titre est le second avec lequel la maison d’édition ouvre ses portes à une collection horreur d’une apparence kitsch délicieusement trompeuse.

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Et si je vous disais que, alors que la Grande Guerre embrasait l’Europe, les soldats des fronts britanniques et allemands étaient décimés par des hordes de loups-garous ? Je suppose que vous me regarderiez légèrement de travers… mais ce n’est pas tout, pour éradiquer ces méchantes bestioles, le Vatican envoie sur place un inquisiteur impitoyable. Cette fois pas de doutes, j’ai une araignée au plafond ! Il faut appeler les hommes en blanc !!!

Et si je vous disais que derrière un scénario aux allures de grand portnawak digne d’un film de série Z des années 70, se cachait une intrigue bien plus profonde que ne le laissent présager les apparences. Et si en plus les personnages avaient une réelle profondeur. Ça semble fortement improbable, et pourtant, Tarn Richardson l’a fait !

L’auteur situe le cœur de son intrigue sur le front nord de la France, à Arras et ses environs pour être précis. Les troupes britanniques et allemandes se font face, embourbées dans leurs tranchées, subissant tour à tour bombardements et assauts. Un face à face qui va prendre une toute autre toute tournure quand une troisième force va s’inviter dans ce jeu de massacre… Et en la matière le les loups-garous sont experts, teutons ou britishs c’est du pareil au même, juste de la barbaque sur pattes.

D’emblée le personnage de Poldek Tacit, l’inquisiteur, vous apparaîtra comme détestable à tout point de vue. Au fil des chapitres des flashbacks permettent de revivre son parcours personnel et professionnel, un parcours pour le moins éprouvant. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’on en arrive à l’apprécier et à le comprendre, mais ça temporise tout de même notre première impression.

Je reste intimement convaincu que Tacit s’est fait enfumer (pour être poli) par l’Église concernant le drame ultime qui a forgé son personnage froid, violent et implacable – à confirmer par la suite. C’est dans l’alcool qu’il trouvera son refuge, boire pour oublier et ne jamais oublier de boire.

Il faut dire que l’Église catholique et le Vatican n’ont pas vraiment le beau rôle dans le roman de Tarn Richardson. Un vrai nid de frelons asiatiques ! J’avoue sans complexe que j’ai pris un réel plaisir à découvrir leurs magouilles, conspirations, manipulations et autres coups bas. Une approche qui permet à Tarn Richardson de revisiter l’origine des loups-garous, et force est de reconnaître que cela colle parfaitement à son intrigue.

Dans son combat contre les loups-garous de Fampoux, Tacit pourra compter sur une alliée de poids en la personne de sœur Isabella, une religieuse pour le moins atypique initialement mandatée pour enquêter – à charge – sur l’inquisiteur.

Parmi les autres personnages phares de l’intrigue, on peut citer le lieutenant Henry Frost, un officier britannique engagé sur le front d’Arras, ainsi que la mystérieuse et irrésistible Sandrine Prideux.

Les amateurs d’hémoglobine y trouveront aussi leur compte, les loups-garous ne faisant pas vraiment dans la dentelle quand ils décident de se faire un gueuleton entre potes. Toutefois le gore est bien dosé, inutile d’en faire des tonnes pour appuyer son propos.

Les Maudits est le premier opus d’une trilogie (The Darkest Hand en VO), le second opus est d’ores et déjà annoncé par Sonatine pour le mois d’octobre ; c’est avec grand plaisir que je répondrai présent à l’appel des loups.

Je note que les démons semblent faire une fixette sur les MILF adeptes de fellations infernales. Si vous avez vu ou lu L’Exorciste, vous n’avez certainement pas oublié la scène dans laquelle l’entité démoniaque lance au père Karras, venu exorciser Regan, que sa « mère suce des bites en enfer ». Notre cher inquisiteur Tacit, au cours d’un exorcisme particulièrement éprouvant, apprendra que sa défunte mère est elle aussi une fervente pratiquante de cette activité peu commune.  Le monde des enfers est petit…

[BOUQUINS] Armelle Carbonel – Enigma

Domaine de la Haute-Barde. Un énigmatique orphelinat, théâtre de terribles événements. Par une nuit d’orage, soixante-neuf ans plus tôt, des enfants ont mystérieusement disparu.

Spécialiste des édifices à l’abandon, la journaliste et cinéaste Barbara Blair va tenter de comprendre ce qui leur est arrivé. Mais les habitants du petit village n’apprécient guère cette étrangère qui vient remuer ce passé trouble, d’autant qu’un nouveau drame ne tarde pas à les frapper.

Entre légende et réalité, Barbara est confrontée à une énigme qui menace de réveiller les démons d’autrefois mais aussi ses plus douloureux souvenirs.

Certains secrets doivent être tus à tout jamais, au risque de vous hanter jusqu’à votre dernier souffle.

Parce que c’est Armelle Carbonel, une auteure qui a su marquer les esprits dès son premier roman (Criminal Loft) pour finir, au fil des romans par imposer sa griffe dans le monde du thriller (fortement saupoudré de noir) francophone.

Je remercie les éditions Fayard et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’ai découvert Armelle Carbonel via les regrettées éditions Fleur Sauvage et son premier roman – hors auto-édition – Criminal Loft. D’emblée l’auteure a démontré qu’elle maîtrisait les règles aussi bien du thriller psychologique que du roman noir. Un talent qui a été crescendo au fil des romans, l’auteure poussant toujours plus loin dans la noirceur de l’âme humaine.

Avec ce cinquième roman Armelle Carbonel confirme cette tendance, elle va prendre un malin plaisir à jouer avec vos nerfs et votre adrénaline, n’hésitant pas à rebattre totalement les cartes pour achever le lecteur.

Une fois de plus l’auteure opte pour situer son intrigue dans un lieu hors du commun et surtout de sinistre réputation, en l’occurrence un ancien orphelinat qui a été le théâtre d’une disparition en masse (et sans doute d’un massacre) qui demeure inexpliqué à ce jour. L’endroit parfait pour générer une ambiance anxiogène au possible.

En parallèle, il sera souvent fait référence à un autre lieu et à une autre époque, clins d’œil qui nous renvoie à un précédent roman de l’auteure, Sinestra. Roman qui s’avère être le seul que je n’aie pas encore eu l’occasion de lire (publié initialement chez Ring qui ne proposait aucune offre numérique). Une lacune qui ne s’avérera jamais gênante pour la compréhension de l’intrigue.

Une intrigue qui va se tisser et s’étoffer entre le passé et le présent, entre les faits et les légendes, entre secrets, non-dits et mensonges.

Si Armelle Carbonel aime malmener ses personnages, cela ne l’empêche nullement de leur accorder un soins tout particulier. Des personnalités souvent complexes, à commencer par Barbara Blair qui s’investit à fond dans le travail pour essayer d’oublier un drame survenu quatre ans plus tôt, sur un autre tournage. Un drame qui a aussi profondément marqué son équipe, David et Warren.

Là encore rien n’est définitivement acquit, l’auteure est capable de faire basculer ses personnages en un claquement de doigts (un plaisir qu’elle ne boudera pas au fil des chapitres).

À tel point d’ailleurs que je ne sais trop comment interpréter l’épilogue du roman. Est-ce une ultime révélation qui remet totalement en cause tout ce que l’on croyait savoir ? Ou est-ce simplement une autre branche de l’arbre des possibles ? À chacun de l’interpréter comme bon lui semblera.

Plus que jamais Armelle Carbonel fait honneur à son surnom de « nécromancière », incontestablement une plume devenue incontournable pour les amateurs de thrillers bien glauques.

[BOUQUINS] Anonyme – Kill The Rich !

Alors que les chefs d’état et les puissants de ce monde se font décimer, les Dead Hunters sont sur tous les fronts. Séparés sur plusieurs missions, ils vont se retrouver pris pour cible par des adversaires divers et variés.

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est une nouvelle aventure du Bourbon Kid et des Dead Hunters… même si j’avais refermé le précédent opus, Santa Mondega, avec un ressenti mitigé.

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée… et l’occasion de découvrir ce roman en avant-première.

Après la lecture de Santa Mondega je me suis dit qu’il était peut-être temps pour le Bourbon Kid et les Dead Hunters de raccrocher les armes et de profiter d’une retraite amplement méritée. Une façon polie de dire que l’idée, originale et audacieuse au départ, commençait à s’user même si l’intrigue conservait son côté déjanté.

Ce cher Anonyme – toujours aussi anonyme qu’au premier jour – a su, dès les premiers chapitres balayés mes doutes. Il faut dire que ça commence très fort et que rapidement il nous inflige un premier choc totalement inattendu. Genre de truc qui te laisse la gueule ouverte à te dire : « Oh non ! Il n’a pas pu faire un truc pareil… pas lui /elle, il/ elle ne peut pas mourir comme ça ! » Hé bin si ! Et ce n’est que le début…

L’auteur opte pour un arc narratif totalement inédit. C’est en effet au Purgatoire que vont se retrouver les Dead Hunter et se raconter alternativement leurs missions respectives. Le fil rouge se mettra alors progressivement en place.

Il faut dire qu’entre des agents du gouvernement déterminés à en finir avec eux, des bikers susceptibles, des vampires invisibles et des atlantes pédophiles, nos chasseurs de primes préférés n’auront pas vraiment le temps de chômer et devront affronter bien des épreuves qui ne les laisseront pas indemnes.

Si vous pensiez tout connaître des Dead Hunters, je peux vous assurer que l’auteur saura vous surprendre en révélant des facettes inédites de ses personnages, à commencer par le Bourbon Kid. Même le lecteur le plus avisé se laissera surprendre.

Si l’intrigue reste globalement toujours aussi déjantée, elle gagne aussi en profondeur par rapport aux autres romans de la saga. Certains revirements de situation ne manqueront de vous surprendre. Anonyme semble prendre un malin plaisir à jouer avec les nerfs des lecteurs tandis qu’il malmène les Dead Hunters.

Cerise sur le gâteau, on retrouve, le temps d’un chapitre, un des personnages emblématiques de la saga. Un personnage qui avait tiré sa révérence depuis déjà quelques temps.

Pour l’anecdote le roman se termine par le désormais traditionnel FIN (peut-être…). Un indice d’un futur retour du Bourbon Kid ou une fausse piste ? Tout est possible, pour rappel Santa Mondega s’achevait sur un simple FIN, laissant songer que la saga était bel et bien terminée.

Qui vivra verra, en attendant je vous confirme qu’avec Kill The Rich ! les Dead Hunters signent un retour gagnant.

[BOUQUINS] Adam Cesare – Un Clown Dans Un Champ De Maïs

Quand ils viennent s’installer à Kettle Springs, un patelin paumé du Missouri, le Dr Maybrook et sa fille, Quinn, découvrent une bourgade en plein crise générationnelle. D’un côté les adultes défendent les traditions, de l’autre, les jeunes ne pensent qu’à faire la fête et à dénigrer leurs aînés.

Alors que les jeunes organisent une soirée « clandestine » à proximité d’une ferme perdue au cœur des immenses champs de maïs qui entourent la ville, un clown s’invite à la fête, bien décidé à y mettre de l’ambiance à sa façon…

Parce que c’est Sonatine mais pas que… avec ce titre l’éditeur inaugure une nouvelle collection dédiée à l’horreur.

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Les clowns n’ont pas toujours été des personnages de cirque faisant rire les petits (et parfois les grands). C’est aux États-Unis qu’a sévit le plus tristement célèbre clown criminel, John Wayne Gacy, surnommé « le clown tueur », a en effet été condamné (1980) et exécuté (1994) pour 33 meurtres commis entre 1972 et 1978.

Dans la fiction on pense bien sûr assurément au célébré Grippe-Sou créé par Stephen King dans son roman Ça (1986). Mais le clown n’a pas attendu le King pour commencer à répandre la terreur (sur papier), le Joker apparait pour la première fois en 1940 dans l’univers de DC Comics sous les crayons de Bill Finger et Bob Kane ; il reste à ce jour l’un des méchants les plus emblématiques de la culture populaire. Plus récemment les jeux vidéo PayDay (2011 et 2013) vous permettent d’incarner une équipe de braqueurs de banque portant des masques de clown.

Un tueur un peu zinzin qui poursuit des jeunes un peu concons et les zigouille un à un n’est pas vraiment un concept nouveau. Qu’importe que ledit tueur soit un clown, seul l’emballage change. Pour le reste on demeure dans l’univers du slasher, popularisé au cinéma par des sagas telles que Vendredi 13, Halloween, Scream, Les Griffes De la Nuit et bien d’autres.

Connaissant les exigences de qualité des éditions Sonatine, je me suis laissé dire que s’ils avaient invité Adam Cesare et son mystérieux clown dans leur catalogue, c’est qu’il y avait certainement plus de matière à découvrir que l’on pouvait le supposer de prime abord.

Commençons par l’aspect strictement visuel de la chose avec sa couverture. Perso je ne peux que craquer devant ce clown armé d’une hache et au costume maculé de sang. Et en arrière-plan la nana qui s’enfuit en courant, façon ombre chinoise. Je valide !!!

La première surprise vient du fait que l’auteur prend son temps pour poser le cadre et ses personnages. On découvre ainsi, en même que Quinn, une petite bourgade de campagne qui vivote dans l’espoir d’un nouvel élan économique. Mais sous cette apparente léthargie se terrent des tensions larvées entre les générations.

Dès lors il suffira d’une mauvaise blague qui tourne mal (même si le bilan aurait pu être bien plus sévère) pour mettre le feu aux poudres (sans mauvais jeu de mot).

Si les jeunes de Kettle Springs sont prompts à faire des conneries 2.0 (ces fameux pranks – des canulars d’un goût parfois douteux, filmés et mis en ligne – qui font le bonheur des réseaux sociaux), ils ne sont toutefois pas aussi superflus et stupides que bien des jeunes victimes de slasher du grand écran (ou de la petite lucarne pour les amateurs de DVD / Blu Ray / Streaming).

Au fil des chapitres l’intrigue s’étoffe, on s’éloigne du slasher brut de décoffrage pour entrer dans un véritable scénario. Scénario dont je ne vous dirai rien, cela va de soi.

Les amateurs d’hémoglobine et de chair fraîche se demanderont sans doute si l’horreur est au rendez-vous, eh bien oui. Vous aurez le droit à votre lot de morts brutales, et en la matière il y en aura pour tous les goûts. Mais le tout est exposé sans vulgarité, sans voyeurisme inutile et sans trop de second degré. Brut et efficace !

Par contre pour le grand frisson vous repasserez, je n’ai pour ma part jamais été effrayé par les slashers. Tout au plus Maniac (William Lustig, 1980) dégageait quelque chose de vraiment malsain, les premiers épisodes de Scream et Des Griffes De la Nuit étaient vraiment réussis mais demeuraient dans le registre du divertissement horrifique. Le roman se classe honorablement dans cette seconde catégorie.

Un bouquin qui se dévore quasiment d’une traite, qui parvient à la fois à faire honneur aux règles du genre et à ancrer son récit dans notre univers bercé par les nouvelles technologies (pour le meilleur et pour le pire). De quoi satisfaire les amateurs – et les nostalgiques – du genre.

Et que les plus gourmands se rassurent, quand y en a plus il y en a encore (et je ne parle pas de liquide vaisselle)… Frendo will be back ! Et je répondrai présent à l’appel du clown.

[BOUQUINS] Guillaume Clicquot – Prenez-Moi Pour Une Conne

AU MENU DU JOUR


Titre : Prenez-Moi Pour Une Conne
Auteur : Guillaume Clicquot
Éditeur : Fayard
Parution : 2023
Origine : France
324 pages

De quoi ça cause ?

« Je m’appelle Orane de Lavallière, j’ai 58 ans. J’ai sacrifié tous mes diplômes pour me dévouer à ma famille et à la réussite de mon mari, Xavier. Ma mission de mère au foyer accomplie, ce salopard m’a quittée pour une jeunette. Une histoire banale. Il m’a prise pour une conne, et il n’avait pas tort. Endormie par mon confort de vie et aveuglée par mes certitudes de petite bourgeoise naïve et coincée, je n’ai rien vu venir. Xavier m’a détruite. Je me suis relevée. Pourtant son souvenir m’obsède, son existence me ronge. Je me sens impuissante. À moins que… »

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant toute chose c’est le titre du roman qui a attisé ma curiosité, le pitch a fait le reste.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avoue sans aucune honte qu’avant de croiser ce roman via Net Galley je ne connaissais pas du tout Guillaume Clicquot mais, paradoxalement j’ai déjà eu l’occasion de me frotter à son travail, ses précédents romans Garde Tout, Surtout Les Gosses (2015) et Poivre Et Sel (2018) ayant tous les deux fait l’objet d’adaptations cinématographiques (respectivement Papa Ou Maman et Joyeuse Retraite, films sur lesquels il a endossé la casquette de scénariste).

Tout au long du roman l’auteur laisse la parole à Orane de Lavallière, femme trahie et bafouée par son mari, qui va passer du chagrin, à la colère… et plus si affinités. En attendant le résultat de sa mise en scène, elle nous raconte son histoire, sa vie de famille et de couple.

Comme dans un épisode de Columbo on sait d’entrée de jeu qui est la victime et qui est la coupable. Autant dire que le côté strictement policier du roman est secondaire.

Nous avons donc un macchabée et une coupable mais en l’occurrence nous d’emblée envie de prendre parti pour Orane qui nous apparaît comme la véritable victime dans cette histoire. Victime d’un sale type, égoïste, infidèle et lâche (il plaque sa femme par mail… après 3 enfants et 33 ans de vie commune).

Donc cette « brave » Orane décide que finalement la meilleure option est de supprimer son ordure d’ex-mari. Mais voilà, il ne faut pas faire n’importe quoi et encore moins n’importe comment, pas question de se faire épingler par les flics. Ce salopard ne mérite pas que justice lui soit rendue.

C’est donc à grand renfort de romans policiers, de séries TV et de programmes judiciaires comme « Faites entre l’accusé » ou « Enquêtes criminelles », qu’elle va peaufiner son plan et surtout répertorier les erreurs à ne pas faire.

Toute cette partie du récit a quelque chose de réellement jubilatoire, bien que l’on sache pertinemment que si le plan fonctionne un homme mourra. J’avoue sans complexe que l’on éprouve un plaisir sadique à suivre Orane dans ses préparatifs.

Le reste du roman est dans la même veine, cela peut paraitre cruel et amoral de se réjouir de la mort de quelqu’un mais je suis incapable de porter le moindre jugement contre Orane. Tout comme je suis incapable de juger une femme qui bute le mec qui lui fait vivre un enfer… c’est presque dommage qu’il n’y en ait pas plus qui franchissent le pas, ça éviterait bien des féminicides.

Alors happy end ou triomphe de la justice ? Ne comptez pas sur moi pour vous révéler le fin mot de l’histoire.

Un grand merci à Guillaume Clicquot pour ce roman que j’ai dévoré d’une traite. Typiquement le genre de bouquin qui met du baume au cœur. En le refermant vous réaliserez que sous couvert d’humour et de second degré, l’auteur nous questionne sur la place de la femme dans notre société qui s’affirme moderne et égalitaire.

Attention ça piquer…

Je me permets une petite remarque à l’attention de l’auteur et accessoirement des relecteurs et correcteurs. À de nombreuses reprises dans le roman on trouve un problème de guillemet fermé à la place du guillemet ouvert ainsi « Fête des Mères » devient »Fête des Mères ». Ce n’est pas que ce soit rédhibitoire mais à force de se répéter ça fini par piquer les yeux.

Dans le même ordre d’idée, on retrouve quelques erreurs résiduelles (fautes d’accent surtout) qui n’auraient pas dû échapper à un correcteur vu que même Word tique face à ce genre de coquilles.

D’ailleurs tant que je suis dans la suite Microsoft Office, le tableur s’appelle Excel et non Exel.

Je le répète ce n’est nullement rédhibitoire mais je pense sincèrement que ce sont des maladresses qui auraient pu facilement être évitées / corrigées.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Bal – Roches De Sang

AU MENU DU JOUR


Titre : Roches De Sang
Auteur : Olivier Bal
Éditeur : XO
Parution : 2023
Origine : France
474 pages

De quoi ça cause ?

Londres, 2019. Mirosvlav Horvat, un homme d’affaires serbe, est retrouvé mort chez lui, égorgé après avoir reçu plusieurs coups de couteau. Sur la baie vitrée une inscription en corse, en lettres de sang : Chè la mia ferita sia murtale. Que ma blessure soit mortelle.

Marie Jansen, inspectrice à Europol, qui cherchait à démasquer Horvat, suspecté d’être à la tête d’un puissant réseau criminel, va devoir comprendre ce qui pouvait lier la « victime » à l’île de beauté…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’Olivier Bal fait partie de ces (trop nombreux) auteurs qui intègrent mon Stock à Lire Numérique et qui finissent dans les limbes. Mieux vaut tard que jamais, j’ai intercepté celui-ci avant qu’il ne sombre.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est ma première incursion dans l’univers littéraire d’Olivier Bal, un auteur que j’avais envie de découvrir depuis déjà quelques temps. Son nouveau roman va vous faire voyager aussi bien dans le temps que dans l’espace.

Le prologue nous transporte sur l’île de beauté, le 1er août 1993 (par la suite vous verrez que ça coince au niveau de la date), où l’on rencontre le jeune Ange Biasani en fort mauvaise posture. Pour en savoir plus il faudra attendre les derniers chapitres du roman (et cette incohérence chronologique qui me laisse perplexe).

Ensuite on fait un bond dans le temps et dans l’espace pour se retrouver à Londres en décembre 2019. Un magnat serbe a été assassiné chez lui, poignardé à plusieurs reprises avant d’être égorgé. Unique indice, une phrase inscrite en lettres de sang sur la baie vitrée : Chè la mia ferita sia murtale.

Un crime qui ne fait pas vraiment les affaires d’Europol, et tout particulièrement de l’équipe de Marie Jansen qui traquait la victime – soupçonnée d’être à la tête d’un vaste réseau criminel – depuis de longues années. Pourquoi le tueur a-t-il laissé cette énigmatique signature écrite en langue corse ? Quel est le lien entre le magnat / mafieux et la Corse ?

À partir de cet instant les chapitres alternerons entre l’enquête de Marie Jansen et le périple de quatre jeunes corses – Ange, Théo, Dumé et Fred – qui, au cours de l’été 1993, vont se lancer dans une succession de braquages sensés leur apporter la fortune… Si ce n’est que, bien entendu, les choses ne vont pas vraiment se passer comme prévu.

Le personnage de Marie Jansen est plutôt complexe à aborder – et plus encore à trouver sympathique –, totalement investie dans son boulot, elle néglige sa famille (un mari et une fille de 3 ans). Elle reconnaît d’ailleurs sans complexe n’avoir aucun instinct maternel. Il faut dire qu’elle aura besoin de toute sa pugnacité professionnelle pour démêler l’écheveau de cette enquête. Une enquête qui va la conduire aux quatre coins de l’Europe (Angleterre, Suisse, Grèce, Croatie… et Corse), plongeant toujours plus loin dans la noirceur de l’âme humaine.

Au niveau des personnages de « l’intrigue corse », j’ai tout suite éprouvé une forte empathie pour Ange Biasani. Par la suite, je n’ai pu que succomber au côté gros nounours de Dumé. Même Fred, bien que beaucoup plus réservé, m’est apparu sympathique. En revanche dès le départ j’ai tiqué sur Théo Biasani, le frère cadet d’Ange, avec lui les emmerdes sont assurées.

Plus loin dans le roman on fera la connaissance de trois gamines qui, malgré leur jeune âge, ont déjà connu l’enfer et sont promises à pire encore. Jusqu’à ce qu’elles croisent, par le plus grand des hasards, la route des frères Biasani et de de leurs potes.

Dans le camp des méchants, Francis Venturi est l’archétype du parrain corse qui se prend pour Don Corleone alors qu’il n’est qu’un modeste chef de clan parmi d’autres. Avec Horvat et son homme de main, Dragan, on joue clairement dans la classe supérieure au niveau des pourritures.

L’intrigue est rondement menée, une fois que l’on a mis la main dans l’engrenage, on aura bien du mal à lâcher prise. Certes il y a quelques éléments que l’on repère facilement (pas besoin d’avoir fait des études supérieures de criminologie pour deviner qui se cache derrière le Balafré), on se laisse toutefois volontiers porter par l’auteur.

J’ai trouvé ce roman aussi captivant que palpitant, avec Ange, ses amis et les gamines, j’ai vibré au rythme de leurs aventures. J’ai partagé leurs joies mais aussi leurs douleurs… mais contrairement à Ange j’ai la rancune tenace, le pardon n’est pas ma tasse de thé.

Olivier Bal parvient rapidement à nous faire aimer « son » assassin, plutôt que de le juger on a envie de le féliciter et de cracher – et plus si affinités – sur le corps de ses victimes. Concernant son identité, je dois reconnaître que je l’avais fortement soupçonné dès que l’on apprend qui se cache derrière Baba Yaga. Un indice donné par le flic croate permet d’ailleurs de « démasquer » Baba Yaga avant que Marie ne fasse sa connaissance.

Un roman qui met aussi en avant les décors magnifiques (tels que décrits dans le bouquin, n’ayant jamais eu l’occasion de constater de visu) de la Corse, mais aussi son côté obscur avec cette petite mafia qui la gangrène en quasi impunité… merci à la sacro-sainte omerta qui permet à des ordures de continuer à imposer leurs lois.

Je terminerai cette chronique en revenant sur la question chronologique qui me turlupine. J’ai simplement contacté Olivier Bal sur FB, ce dernier m’a répondu – rapidement et fort sympathiquement – qu’il s’agissait tout simplement d’une coquille oubliée. Si vous êtes lecteur numérique et savez modifier le code d’un roman, vous pouvez remplacer le 1er août 1993 par le 29 juillet 1993 dans le prologue.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Solène Bakowski – Ce Que Je N’Ai Pas Su

AU MENU DU JOUR


Titre : Ce Que Je N’Ai Pas Su
Auteur : Solène Bakowski
Éditeur : Plon
Parution : 2023
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Après dix ans de vie commune, Hélène se fait larguer par son compagnon, Paul. Un simple mot laissé sur la table basse du salon pour clore une décennie de vie à deux.

Un an, jour pour jour, après le départ de son compagnon, un coup de téléphone lui annonce qu’il s’est tué en voiture. En se rendant aux obsèques, Hélène va peu à peu réaliser qu’elle ne connaissait pas le vrai visage de celui qui a partagé sa vie dix années durant…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelques années que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire de Solène Bakowski. Il était temps de combler cette lacune.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Plon et la plateforme Net Galley pour leur confiance.

Après quelques lectures en mode « noir c’est noir », je serai tenté de dire que le roman de Solène Bakowski est un rayon de soleil qui vient dissiper les ténèbres ambiantes. Et pourtant le cadre n’est pas des plus gai puisque l’essentiel de récit se déroule le jour des obsèques de Paul Chevalier.

Mais qui est – était – donc Paul Chevalier ? Un auteur parisien qui a su percer dès son premier roman, un succès qui ne s’est jamais démenti au fil des ans. Pour Hélène, sa compagne, c’est l’homme avec qui elle a vécu dix ans d’amour sans nuage. Jusqu’au jour où, en rentrant d’une journée de boulot, elle trouve un petit mot sur la table basse : « Je pars, pardon. Ne t’inquiète pas pour moi. Prends soin de toi. »

La colère succède au chagrin, les questions persistent et l’espoir d’un retour s’amenuise au fil du temps sans totalement s’éteindre. Jusqu’à ce qu’un coup de téléphone, un an jour pour jour après le départ de Paul, sonne le glas de l ‘espoir en lui annonçant le décès de Paul, qui s’est tué dans un accident de voiture dans un bled paumé.

Hélène apprend dans la foulée que les obsèques sont prévues pour le lendemain, dans ce même bled paumé. En s’y rendant accompagnée de l’éditrice de son ex compagnon, Hélène va découvrir qu’elle ne connaissait pas vraiment l’homme qui a partagé sa vie le temps d’une décennie.

Sur place l’accueil est glacial, il faut dire que sa famille et ses amis ne connaissaient pas Paul Chevalier mais Julien Mahaut, jusqu’à ce qu’il plaque tout, s’invente un nom de plume et un passé.

Cerise sur le gâteau, Hélène va découvrir qu’il y avait une autre femme dans la vie de Paul, une femme qu’il a connu avant elle et chez qui il est retourné vivre. Une femme qui a trente ans de plus que lui…

Voilà, je n’en dirai pas plus sur le pitch. Avec Hélène, via ses discussions avec Rachel, – l’autre femme –, nous allons découvrir un autre pan de la vie de Paul / Julien.

Pour combler les trous Paul viendra s’immiscer entre le chapitres pour nous livrer sa propre version de sa vie d’avant Paul Chevalier, puis celle d’après. Avec lui on va découvrir toutes les failles qui se cachent derrière l’auteur à succès.

C’est un récit profondément humain et chargé d’émotions – mais sans mièvrerie ni guimauve – que nous livre Solène Bakowski. En l’espace de quelques heures va naître une intense complicité entre deux femmes que tout oppose, deux femmes qui ont aimé le même homme.

Il sera bien entendu question d’amours au fil des pages, mais aussi d’amitié, de relations familiales, de quête d’identité… bref, de tout ce qui définit un individu en tant qu’entité unique. Des choix et chemins de vie qui forgent la personnalité… et parfois des masques que l’on porte ou des secrets que l’on ne partage pas, juste pour préserver son jardin secret.

Des sujets sérieux qui n’empêche pas l’humour d’être de la partie et de faire mouche.

On pourrait être tenté de jeter la pierre à Paul / Julien, mais, malgré quelques maladresses évidentes, on en arrive à comprendre ses choix à travers son récit et les explications de Rachel. À vrai dire ce sont plutôt ses parents, et tout particulièrement son paternel, que l’on aurait envie de lyncher.

Une lecture que je qualifierai de rayonnante tant elle fait du bien au cœur et à l’âme.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth – Déguster Le Noir

AU MENU DU JOUR


Titre : Déguster Le Noir
Auteur : Collectif, sous la direction d’Yvan Fauth
Éditeur : Belfond
Parution : 2023
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Treize auteurs et autant de nouvelles pour mettre le goût à l’honneur, on passe à table… avec une nappe noire bien entendu.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

La question ne se pose pas. Déguster Le Noir est le cinquième et dernier voyage sensoriel orchestré par Yvan et les auteurs qui ont accepté de se prêter au jeu.

Du coup le recueil grille la priorité à ses pairs obtenus via Net Galley et toujours en attente de lecture.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée. Sans oublier Yvan, pour son amitié malgré la distance et pour nous avoir fait vibrer au fil de la découverte des cinq sens du noir.

Pour cet ultime voyage c’est le goût qui est mis à l’honneur. Treize auteurs ont répondu présents afin de sublimer le noir et faire frétiller nos papilles. Parmi eux, dix intègrent pour la première fois la redoutable black team d’Yvan Fauth.

Si la grande majorité des auteurs ne m’est pas inconnue, j’avoue que deux auteures du présent recueil sont des découvertes : Anouk Langaney et Patricia Delahaie.

Treize textes à dévorer ou à savourer, chauds ou froids, avec les doigts ou avec les couverts en argent de Mamie Germaine… Qu’importe du moment que vous vous régalez !

Le noir se décline à toutes les sauces sous les plumes acérées des auteurs, du policier au fantastique, en passant par la science-fiction.

C’est à Bernard Minier que revient l’honneur d’ouvrir les agapes avec une mise en bouche qui se déguste saignante. Le titre annonce la couleur.

Suivra une première « auteure découverte » avec Anouk Langaney et son texte qui se déroule comme un menu de l’apéritif au pousse café. Un menu fort appétissant soit dit en passant.

Cédric Sire pointe du doigt les diktats du mannequinat avec une riposte pour le moins radicale.

Pierre Bordage opte pour l’anticipation, un domaine dans lequel il n’a plus rien à prouver, pour nous faire goûter à l’amertume de son intrigue.

Christian Blanchard revisite Des Souris Et Des Hommes de Steinbeck, avec un personnage tout en muscles mais pas très futé et son acolyte toujours à la recherche d’un bon plan pour aller de l’avant.

Avec Nicolas Jaillet le burn-out prend tout son sens.

Jérémy Fel nous offre une vision d’avenir bien sombre, sur fond de réchauffement climatique, de secrets de famille et de télé-réalité.

Sous la plume de Sonja Delzongle, un grand classique de la littérature policière, la jalousie, est sublimé pour notre plus grand plaisir pervers.

Nicolas Beuglet nous une ode très particulière au « fait maison » qui ne devrait pas vous laisser indifférent. À savourer le ventre vide de préférence…

Concernant la nouvelle de Patricia Delahaie, seconde « auteur découverte » du recueil, je dois être passé à côté de quelque chose. Elle m’a totalement laissé de marbre.

Ian Manook nous initie à la préparation d’une feijoada sur fond de retrouvailles entre deux vieux amis. Un régal pour le palais mais aussi pour les amoureux de la langue Molière et son argot. Le titre du recueil prend tout son sens avec ce texte.

Jacques Expert donne la parole à un goûteur confronté à un chantage mortel, quelle que soit sa décision, le prix à payer sera énorme.

C’est R.J. Ellory, fidèle parmi les fidèles, puisque présent dans quatre de ces cinq recueils sensoriels, qui clôt ce festin. Et quelle fin de dégustation en apothéose !

Comme à l’accoutumée je vous livre mes notes sur 5 pour chacune des nouvelles du présent recueil, je rappelle que ces notations n’engagent que moi et sont le reflet de mon ressenti en fin de lecture :

  • B. Minier – Le Goût Des Autres : 4
  • A. Langaney – Ripaille : 3
  • C. Sire – Tous Les Régimes Du Monde : 5
  • P. Bordage – Amertumes : 5
  • C. Blanchard – Joé : 5
  • N. Jaillet – Alfajores : 4
  • J. Fel – Dans L’Arène : 5
  • S. Delzongle – Jalousies : 4
  • N. Beuglet – La Visite : 5
  • P. Delahaie – Un Père A La Truffe : 2
  • I. Manook – Feijoada : 5
  • J. Expert – Le Goûteur : 4
  • R.J. Ellory – Scène De Crime : 5

Soit une très honorable moyenne de 4,3 sur 5, que j’arrondis volontiers à 4,5.

En matière de lecture je ne suis pas un grand fan de la nouvelle – à moins qu’elles ne soient signées Stephen King –, force est de reconnaître qu’à travers ces cinq recueils, ce difficile exercice plumesque a retrouvé grâce à mes yeux.

Mes sincères félicitations à Yvan pour avoir mené à bien un projet qui lui tenait à cœur, un projet qui a réuni 47 auteurs (sauf erreur de ma part) et 58 textes qui ont fait la part belle au noir, le déclinant à toutes les sauces. Merci à tous ces auteurs qui ont rejoint le projet et nous ont régalé tout au long de ce voyage en cinq étapes.

Je ne sais pas quels sont les éventuels projets éditoriaux futurs d’Yvan, mais s’il souhaite renouveler l’expérience avec une nouvelle approche (les 7 péchés capitaux par exemple, j’dis ça, j’dis rien), et pourquoi pas dans un autre registre, c’est avec le même enthousiasme que je répondrai présent.

MON VERDICT

[BOUQUINS] James S. Murray & Darren Wearmouth – Le Passager De Trop

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Passager De Trop
Auteur : James S. Murray & Darren Wearmouth
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2023
Origine : États-Unis (2021)
300 pages

De quoi ça cause ?

Maria Fontana espérait passer un moment tranquille en famille en embarquant sur l’Atlantia, un paquebot tout confort qui assure la liaison entre New York et Southampton.

Il faut dire qu’elle était jurée dans le procès particulièrement éprouvant et ultra médiatisé d’un tueur en série, procès à l’issue duquel l’accusé est ressorti libre, faute de décision unanime du jury. Un verdict qui a suscité la vindicte des familles et des médias.

Quelques jours après l’embarquement, des trucs pas nets semblent se passer à bord. Et si un tueur comptait parmi les passagers ou l’équipage…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que l’idée d’un huis clos au milieu de l’océan Atlantique me semblait idéalement oppressante ; la toile de fond idéale pour un thriller.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Oubliez La Croisière S’Amuse, ici le paquebot va s’avérer être le théâtre d’un jeu mortel orchestré par un tueur insaisissable. Un tueur au modus operandi qui ressemble un peu trop à celui de Wyatt Butler, le présumé tueur en série remis en liberté à l’issue de son procès.

Si Maria Fontana relève rapidement ces similitudes, elle n’est prise au sérieux ni par son compagnon qui la traite gentiment de parano, ni par l’équipe de sécurité du paquebot qui serait même limite à la trouver suspecte.

Le huis clos annoncé tient toutes ses promesses, le paquebot, bien que vaste, n’offre aucune échappatoire aux victimes tout en permettant au tueur de se fondre dans la foule. Si vous êtes thalassophobique, nul doute que ce roman ne contribuera pas à votre guérison.

Le mutisme des équipes chargées de la sécurité du paquebot n’aura pas vraiment l’effet apaisant escompté, il sera prétexte à des rumeurs, certaines proches de la réalité, d’autres complétement farfelues. Il n’en faudra pas davantage pour créer un sentiment de malaise parmi les passagers. Il suffirait d’une étincelle pour que le malaise se transforme en peur panique, et notre tueur sadique adore attiser les braises.

Maria est psychologue de métier, son expertise de la psyché humaine – et tout particulièrement celle de Wyatt Butler – pourrait bien être son principal atout pour arrêter le massacre.

Un roman qui s’adresse bien entendu aux fans de thrillers, mais que je réserverai à un public averti ; notre tueur cible principalement les enfants et fait preuve d’une brutalité extrême dans ses mises en scènes morbides. L’écriture est très visuelle et force est de reconnaître que les auteurs ne laissent que peu de place à l’imagination des lecteurs quant à leurs scènes de crimes.

Les différents personnages sont bien travaillés avec un profil psychologique particulièrement soigné, l’intrigue est rondement menée avec son lot de rebondissements et de fausses pistes, mais l’ensemble reste relativement conventionnel dans son approche. Ça n’en reste pas moins un très bon thriller, mais avec une touche plus personnelle il aurait pu être un excellent thriller.

MON VERDICT