[BOUQUINS] Guillaume Musso – L’Inconnue De La Seine

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Inconnue De La Seine
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2021
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Roxane Montchrestien, capitaine de police se retrouve mise au placard à la Brigade des Affaires Non Conventionnelles ; une brigade fantôme dont elle sera le seul élément, hormis une stagiaire embauchée par son prédécesseur.

À peine installée, Roxane se retrouve confrontée à une affaire hors norme. À quelques jours de Noël, une inconnue est repêchée nue et amnésique dans la Seine avant de disparaitre au cours de son transfert vers un établissement hospitalier.

Les résultats des analyses ADN sont formels, l’inconnue est Milena Bergmann, une célèbre pianiste allemande… décédée dans un crash aérien survenu un an plus tôt.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Guillaume Musso, cela fait maintenant 10 ans que je le suis de façon inconditionnelle et je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin.

Ma Chronique

Guillaume Musso a déjà largement démontré qu’il n’avait plus rien à prouver quant à sa maîtrise des règles du polar, des règles qu’il prend même plaisir à tordre et distordre au fil de ses romans afin qu’aucun ne ressemble aux précédents. Et c’est précisément à ce petit jeu qu’il se livre à l’occasion de ce nouvel opus.

Pour la petite histoire c’est le quatrième roman consécutif de l’auteur dont l’intrigue tourne autour ou implique un écrivain. Sans forcément décortiquer le processus créatif de l’écrivain, force est de constater que bien souvent les auteurs mis en scène par Guillaume Musso ont des personnalités complexes avec un côté obscur plus ou moins affirmé.

Cette fois l’auteur en question, Raphaël Batailley, va se retrouver bien malgré lui impliqué dans une intrigue qui dépasse l’entendement.

Il faut bien reconnaître que si l’affaire commence comme un fait divers assez banal (une nana sauvée de la noyade par la brigade fluviale), les choses vont rapidement se corser et prendre un tour totalement inattendu. À tel point que l’on en viendra même à se demander si Guillaume Musso n’aurait pas été aspiré dans la quatrième dimension pour nous livrer sa nouvelle intrigue. Que nenni ! Restons terre à terre et cartésiens… la réalité (littéraire) dépasse parfois les frontières de l’imaginaire, pour se révéler bien plus complexe et machiavélique que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Point de fantastique donc mais un polar pur et dur mené par Roxane Montchrestien, une policière mise au placard mais déterminée à rebondir bien que largement désabusée et désillusionnée par le métier de flic (il faut bien avouer que quand une foule de connards décérébrés gueule aux flics « SUICIDEZ VOUS ! », ça donne envie de sortir l’artillerie lourde et de tirer dans ce tas de merde). Une enquête qui va rapidement s’avérer addictive tant elle est riche en surprises et rebondissements.

Une intrigue chorale qui donnera aussi voix à Raphaël Batailley, un écrivain brillant torturé par un passé douloureux, qui va se retrouver bien malgré lui (même si, à l’insu de son plein gré, c’est lui qui a mis en branle cette mécanique infernale) entraîné dans une mise en scène perverse et implacable. Aura aussi voix au chapitre, son père, Marc Batailley, un flic qui a connu son heure de gloire au sein de la Crim’ marseillaise avant de se retrouver placardisé à la tête de cette fameuse Brigade des Affaires Non Conventionnelle, aujourd’hui dans le coma à la suite d’une mauvaise chute (?).

Même si le bouquin est prenant de bout en bout, il m’a laissé un amer sentiment d’inachevé quand je l’ai refermé.

Concernant le personnage de Roxanne, j’aurai aimé comprendre les raisons de cette soudaine mise au placard. De même elle semble faire état d’un événement survenu pendant son année d’hypokhâgne (1ère année de prépa à Normale sup section littéraire) qui aurait justifié ce brusque changement d’orientation professionnelle, mais le lecteur est condamné à rester dans l’ignorance.

Quid de la chute de Marc Batailley ? Son enquête personnelle était pas loin d’aboutir, de là à penser que sa chute ne serait pas si accidentelle que l’on veut bien nous le faire croire il n’y a qu’un pas. Rien de vient confirmer ou infirmer cette impression.

Dommage que le personnage de Valentine, qui apporte une touche de fraîcheur et de dynamisme au récit, n’ait pas été davantage mis en valeur.

Dernier bémol, et non des moindre, la fin, un peu trop ouverte à mon goût, me laisse sur ma faim. D’où le sentiment d’inachevé en refermant le bouquin.

Une intrigue maîtrisée avec des personnages forts mais qui manque de profondeur sur certains aspects… Dommage ça aurait pu être un gros WAOW ! Ce sera finalement un simple Hmouais, pas mal mais peut mieux faire.

Le point de départ de son intrigue – tout comme le titre de son roman – s’inspire d’une noyade qui serait survenue à la fin du XIXe siècle, l’employé de la morgue, subjugué par la beauté de la victime, aurait alors réalisé un moulage en plâtre de son visage. Ainsi naquit la légende de l’Inconnue de la Seine… où s’arrête la réalité, où commence la légende ? Nul ne le saura jamais.

MON VERDICT

 Palmarès du classico Marc Levy vs Guillaume Musso depuis 2012

2021 : Marc Levy (Le Crépuscule Des Fauves)
2020 : Marc Levy (C’Est Arrivé La Nuit)
2019 : Guillaume Musso (La Vie Secrète Des Écrivains)
2018 : Guillaume Musso (La Jeune Fille Et La Nuit)
2017 : Marc Levy (La Dernière Des Stanfield)
2016 : Marc Levy (L’Horizon A L’Envers)
2015 : Guillaume Musso (L’Instant Présent)
2014 : Guillaume Musso (Central Park)
2013 : Guillaume Musso (Demain)
2012 : Marc Levy (Si C’Était À Refaire)

Marc Levy : 5 – Guillaume Musso : 5
Égalité

[BOUQUINS] Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac & Guillo – Goldorak

AU MENU DU JOUR


Titre : Goldorak
Scénario : Xavier Dorison & Denis Bajram
Dessin : Denis Bajram, Brice Cossu & Alexis Sentenac
Couleur : Yoann Guillo
Éditeur : Kana
Parution : 2021
Origine : France
168 pages

De quoi ça cause ?

Dix ans se sont écoulés depuis que la Patrouille des Aigles a défait les forces de Véga et qu’Actarus, aux commandes de Goldorak, est retourné sur Euphor pour essayer de redonner vie à son monde d’origine.

Alors que l’humanité se croyait définitivement hors de portée de la menace de Véga, une soucoupe amirale extra-terrestre apparaît dans le ciel japonais et déploie le plus puissant golgoth de leur armada, l’Hydragon, sur Tokyo…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Goldorak tout simplement ! Le grand retour d’un héros devenu culte que l’on doit à cinq Français, fans de la première heure, avec la bénédiction du mangaka Go Nagai.

Ma Chronique

Si à l’origine Goldorak (Grendizer en VO) est un manga créé par Go Nagai en 1975, le public français le découvrira en 1978 dans l’émission Récré A2 animée par Dorothée (c’est d’ailleurs grâce à elle que la France s’ouvrira aux animes made in Japan et aux mangas).

Force est de reconnaître que l’arrivée de Goldorak sur nos petits écrans était une véritable révolution en soi, ce programme et d’autres proposés par Récré A2 puis par le Club Dorothée proposait du jamais vu en France. Je n’ai pas adhéré à tous leurs dessins animés, mais j’ai tout de suite accroché à Goldorak, et ultérieurement à Albator (1980) et à Ken le Survivant (1989).

Il fallait être sacrément couillu pour reprendre le flambeau plus de 40 ans après la fin de la série… et aussi sacrément fan et motivé pour qu’un tel projet (un peu dingue) obtienne l’adoubement du « père » de Goldorak, le mangaka Go Nagai. Un challenge relevé et remporté par cinq Français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais répondre à la question que vous vous posez peut-être : cette BD s’adresse-t-elle aux seuls fans de Goldorak ? Au risque de passer pour réducteur, je serai tenté de répondre par un oui franc ; c’est clairement la cible première qui va se jeter sur cette BD.

Sur la forme la BD est au format classique (lecture de gauche à droite, puis de haut en bas) plutôt que d’adopter une lecture façon manga (de droite à gauche, puis de haut en bas).

Les auteurs ont eu la bonne idée de proposer un résumé de la série avant de lancer leur propre intrigue. Intrigue sur laquelle je ne vais pas m’appesantir afin de garder intact le plaisir de la découverte. Je dirai simplement qu’elle reste fidèle à l’esprit imaginé par Go Nagai, sans pour autant faire dans le copier-coller basique. Un hommage réussi et brillant.

Une intrigue qui se situe donc dix années après la fin de la série. On retrouve avec plaisir nos personnages préférés ; à commencer par la fameuse Patrouille des Aigles (Actarus, Alcor, Venusia et Phenicia), le Professeur Procyon et les résidents du ranch du bouleau blanc (Rigel, Mizar et Banta).

Des personnages qui ont gagné en maturité, ainsi Alcor est un homme d’affaires à la tête d’une entreprise leader dans son secteur et Venusia est une brillante et prometteuse interne en chirurgie. Actarus n’est plus le héros fougueux qu’il était, marqué par des années de combat et l’échec de renaissance pour Euphor, il navigue entre questionnements, doutes et désillusions. La grande surprise vient de Rigel, dans l’anime il apportait une touche comique plus qu’autre chose, ici il est d’une grande sagesse et son l’expérience qu’il partagera avec Actarus offrira au prince d’Euphor une issue au conflit sans combats.

Du côté des forces de Véga, forcément on découvre une nouvelle unité, la Division Ruine. Si l’ultimatum de base reste 100% dans l’esprit Véga, la suite des événements réservera quelques surprises… sur lesquelles je ne m’attarderai pas. Une approche inédite de la problématique végalienne qui permet aux lecteurs de mieux comprendre (à défaut d’approuver) leur démarche.

Si le général Arkhen est plutôt modéré (pour un végalien), son lieutenant, Kehos, est lui animé par une haine farouche et une soif de vengeance à l’encontre d’Actarus.

Si cette BD (que l’on peut qualifier de roman graphique au vu de sa richesse) laisse une place de choix à l’action, elle brille surtout par la profondeur psychologique accordée aux personnages. Ce qui ne fait que confirmer mon impression, au risque de me répéter, que les auteurs s’adressent aux fans de la première heure de Goldorak, des enfants / adolescents, devenus des adultes qui ont (a priori) gagné en maturité.

Le dessin (trait et couleur) reste fidèle à l’original tout en étant résolument moderne, le résultat est tout simplement époustouflant !

Vous l’aurez compris, cette suite est une totale réussite. À la fois un hommage brillant et un second souffle audacieux totalement maîtrisé.

La BD est complétée par un making of d’une trentaine de pages, outre la genèse de ce projet un peu fou (et de longue haleine), les auteurs nous présentent les différentes étapes du processus créatif, du story-board à la page colorisée.

Une BD achetée en numérique (et commandée en version papier) qui m’aura donné bien du fil à retordre pour la lecture. Le fichier reçu est protégé par un chiffrage LCP et n’est lisible que via le logiciel Thorium. Logiciel gratuit certes, mais qui ne fonctionne qu’en version 64 bits alors que mon système est en 32 bits… Je vous passe les détails quant aux ruses de Sioux que j’ai dû employer afin de contourner le problème.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean-Christophe Grangé – Les Promises

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Titre : Les Promises
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
656 pages

De quoi ça cause ?

Berlin 1939. L’Allemagne nazie est aux portes de la guerre, c’est dans ce contexte qu’un mystérieux tueur en série choisit ses victimes parmi les épouses de dignitaires du régime.

Avant que l’affaire ne s’ébruite, la Gestapo charge l’officier SS Franz Beewen de résoudre cette affaire aussi discrètement que rapidement. L’enquête piétinant Beewen va solliciter – à contrecœur – l’aide de Simon Kraus, un psychiatre qui suivait les victimes et de Minna von Hassel, directrice de l’asile d’aliénés dans lequel son père est suivi.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jean-Christophe Grangé, un auteur (peut-être même le seul) que je suis depuis ses débuts et dont je n’ai raté aucun titre. Non seulement il s’écarte de la série TV Les Rivières Pourpres (les deux précédents romans étant l’adaptation littéraire des deux premières saisons de la série), mais en plus il s’aventure, pour la première fois, dans le thriller sur fond historique.

Ma Chronique

En découvrant le pitch de son dernier roman, Les Promises, j’ai été agréablement surpris de constater que Jean-Christophe Grangé s’écartait de la série TV Les Rivières Pourpres (série dont il est le scénariste). Même si j’ai bien aimé ses deux précédents romans, inspirés respectivement de la première et de la seconde saison de la série TV, je n’ai pu m’empêcher de penser qu’il jouait la carte de la facilité en développant de façon plus littéraire un scénario déjà écrit.

La seconde surprise vient du fait que malgré une carrière littéraire bien garnie (15 romans publiés entre 1994 et 2020), l’auteur est encore capable de surprendre ses lecteurs en s’aventurant sur des sentiers qu’il n’avait jamais explorés par le passé. En effet ce seizième roman s’inscrit clairement comme un thriller historique en se plaçant dans l’Allemagne nazie aux portes de la Seconde Guerre mondiale.

Certains de ses romans antérieurs étaient fortement empreints d’événements historiques survenus antérieurement à l’intrigue, mais ladite intrigue restait contemporaine. Dans Les Promises l’auteur place ses personnages au cœur d’un passé aussi trouble qu’obscur.

Le choix peut surprendre, mais Jean-Christophe Grangé l’explique en l’inscrivant comme une évidence dans son parcours littéraire. En effet l’auteur explique avoir exploré les différentes facettes du mal tout au long de son œuvre, il lui semblait donc impossible de faire l’impasse sur le nazisme qui est quand même le pire du pire dans le genre.

Jusqu’au-boutiste et perfectionniste, on devine que l’auteur a dû se livrer à un énorme travail de documentation afin de restituer le Berlin de 1939 et la vie des berlinois(es) totalement réaliste. Sans être un spécialiste (loin s’en faut) j’ai été en totale immersion dans ce contexte très particulier où le contraste entre les petits protégés du Reich et ses ennemis (avérés ou supposés) est aussi saisissant que glaçant.

Rien de nouveau sous le soleil noir du Reich me direz-vous, en effet l’auteur n’invente rien en prenant la Seconde Guerre mondiale comme cadre de son intrigue, même le point de vue allemand a été lu et relu, mais Jean-Christophe Grangé nous propose de suivre l’affaire d’un point de vue militaire, mais aussi civil.

Le point de vue militaire est assuré par Franz Beewen, un officier SS travaillant à la Gestapo qui attend la guerre avec impatience afin de pouvoir monter au front et se frotter aux Français. Pas franchement le profil type du gendre idéal !

Dépassé par les événements il va devoir, à contrecœur, s’associer avec deux psychiatres (une profession qui n’est pas vraiment en odeur de sainteté sous la bannière du Reich).

Simon Kraus connaissait les victimes qu’il suivait en thérapie ; un type égocentrique et opportuniste, complexé par sa petite taille qui couche avec ses patientes et accessoirement les fait chanter.

La moins pire du trio est Minna von Hassel, elle dirige un asile d’aliénés dans lequel le père de Franz est interné ; son pêché mignon est un net penchant pour les substances illicites. Issue d’une famille de la haute société, elle vomit le régime nazi sans toutefois chercher à le combattre.

Un trio qui n’est pas vraiment à même d’attirer l’empathie du lecteur, l’auteur saura malgré tout y faire pour nous les rendre attachants (à défaut d’être sympathiques). Trois enquêteurs qui n’en sont pas vraiment et qui vont devoir faire abstraction de leurs antagonismes et apprendre à travailler ensemble.

Niveau intrigue, Jean-Christophe Grangé nous livre un sans-faute maîtrisé de la première à la dernière page. Comme dans tout thriller réussi on a le droit aux fausses pistes et à des rebondissements plus ou moins imprévisibles.

Comme à son habitude l’auteur ne ménage pas ses efforts quand il s’agit de faire mourir ses personnages, et vous vous doutez bien qu’ils ne meurent pas paisiblement pendant leur sommeil. Toutefois il n’y a aucune surenchère gore ou trash, les victimes et les sévices qu’elles ont subis sont là pour servir l’intrigue.

Pour une première incursion dans le thriller historique, Grangé nous offre un grand cru et ajoute une corde à son arc (déjà bien – voire très bien – chargé).

Une petite précision pour clore cette chronique. S’il m’a fallu pas loin de trois semaines pour boucler la lecture du bouquin ce n’est pas sa qualité qui est à remettre en cause mais bel et bien mes disponibilités. Entre un emploi du temps professionnel particulièrement chargé et une période de confinement, les facteurs extérieurs se sont accumulés contre mon temps de lecture.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christian Guillerme – Transaction

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Titre : Transaction
Auteur : Christian Guillerme
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
250 pages

De quoi ça cause ?

Alphonse, Johan et Manal sont trois amis d’enfance. Quand Alphonse se fait arnaquer en achetant sur internet du matos défectueux, ils décident de refourguer à leur tour le matériel à un pigeon.

Pas de bol pour les trois amis, ils vont tomber sur la mauvaise personne et leur petite arnaque va avoir des conséquences qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… même dans leurs pires cauchemars !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle seule. Cerise sur le gâteau, j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Christian Guillerme, Urbex Sed Lex.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Contre toute attente Christian Guillerme commence son intrigue par la fin  (je n’en dirai pas plus, mais la couleur est annoncée dès le premier chapitre), avant de revenir au début de l’affaire et d’en suivre le déroulé.

Avec un postulat de départ relativement simple, pour ne pas dire banal, l’auteur imagine un déferlement de colère et de violence. Tout part d’une arnaque internet des plus classiques dans laquelle la victime se retrouve avec un matériel défectueux et/ou contrefait. Le pigeon a alors deux options à sa disposition, se faire une raison ou essayer de refourguer le matos à un autre pigeon.

Alphonse, aidé par ses deux amis d’enfance, va faire le second choix. Rien ne pouvait laisser présager que leur « client » allait littéralement péter un plomb en découvrant qu’il a été victime d’une arnaque. Pas question pour lui de se résigner ou de refiler le matos à un autre, son crédo serait plutôt la vengeance ; une vengeance aussi implacable que violente. Le pigeon va se transformer en un oiseau de proie qui ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir obtenu réparation… d’une façon ou d’une autre.

Si pour tout individu un tant soit peu rationnel et raisonné ni l’arnaque en elle-même ni la somme en jeu (300 €) ne justifient une réaction aussi radicale et brutale, Christian Guillerme réussit toutefois à rendre son intrigue totalement crédible… instaurant même parfois un sentiment quasi palpable de malaise chez le lecteur.

L’une des grandes forces du roman est la différence dans l’approche des personnages. D’un côté on a trois jeunes gens liés par une amitié indéfectible, l’auteur met en avant tout ce qui les rend profondément humains (et normaux) : leurs relations, leurs émotions, leurs histoires… bref tout ce qui fait d’un individu ce qu’il est.

À l’opposé, celui qui va les traquer est totalement déshumanisé. Pour commencer, à aucun moment il n’est nommé. Ensuite l’auteur nous présente un individu plutôt froid et psychorigide. Un esprit dérangé qui va peu à peu se laisser dominer par une colère irraisonnée.

Au final Transaction nous raconte (brillamment) comment une arnaque ordinaire peut déboucher sur un fait divers sordide… heureusement, dans les faits ce genre de conjonction ne se produit pas tous les jours, le plus souvent la victime d’une arnaque se contente de passer par les stades de la frustration à la colère puis à la résignation.

Sans trop vouloir en dire (pour rappel, le roman commence par la fin), ce n’est pas le final, totalement amoral, qui dissipera le sentiment de malaise.

Par certains aspects le bouquin m’a fait penser au film Chute Libre (1993) réalisé par Joel Schumacher qui nous fait suivre le parcours d’un gars au bout du rouleau (interprété par Michael Douglas) qui, à force d’emmerdes à répétition, finit par péter un câble.

Christian Guillerme signe un thriller psychologique totalement maîtrisé et original. Fidèle à la ligne de conduite des éditions Taurnada, le roman est court, mais intense qui peut aisément se lire d’une traite.

 MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Pépin – Monstrueuse Féerie

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Titre : Monstrueuse Féerie
Auteur : Laurent Pépin
Éditeur : Flatland
Parution : 2020
Origine : France
102 pages

De quoi ça cause ?

Quand un psychologue rencontre une Elfe dans le Centre psychiatrique où il travaille, il est persuadé que cet amour naissant permettra d’écarter les Monstres qui l’assaillent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quand Laurent Pépin m’a contacté via Facebook pour me proposer de chroniquer son bouquin, je n’ai pas hésité une seconde tant le truc semblait sortir des sentiers battus… J’aime les auteurs qui osent l’improbable, je ne pouvais décemment pas refuser sa proposition de lecture.

Ma Chronique

Si vous êtes de ceux et celles qui pensent que les psys sont aussi dérangés que leurs patient(e)s, ce n’est certainement pas ce bouquin qui vous réconciliera avec la profession.

Comme son narrateur, Laurent Pépin est psychologue clinicien, c’est peut-être un détail pour vous (mais pour moi ça veut dire beaucoup), mais ça apporte beaucoup à la lecture (et la compréhension… dans la mesure du possible) de savoir que le gars est en terrain connu quand il s’agit des dysfonctionnements divers et variés de l’esprit.

Force est aussi de constater que ce court roman ne ressemble à rien de connu, vous avez entre les mains un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) totalement inclassable. Un bouquin jouera avec vos émotions, parfois troublant (voire même dérangeant), souvent drôle (surtout pour les adeptes de l’humour noir) et toujours déconcertant.

Le récit s’articule suivant deux axes. Vous découvrirez ainsi la famille du narrateur telle qu’il la perçoit (et le moins que l’on puisse dire c’est que sa perception est un peu… spéciale). Puis son quotidien au centre psychiatrique où il travaille (et les « décompensations poétiques » de ses patients) et sa relation avec « son » Elfe (là encore, oubliez toute rationalité).

Au fil des pages, le narrateur vous invite dans son monde, une plongée intime au coeur de sa folie. Ça n’a parfois (souvent même) ni queue ni tête, mais une certaine poésie et une certaine harmonie se dégagent de ce récit débridé. À travers ses faiblesses et ses peurs, on devine la fragilité du narrateur et une humanité à fleur de peau.

Quand je dis que le récit peut parfois être dérangeant ce n’est pas tant par le contenu stricto sensu du texte, mais plutôt parce qu’on a l’impression de pénétrer au plus profond (voire de violer) l’intimité du narrateur.

Le lecteur sera libre d’apprécier le texte à plusieurs niveaux, soit le prendre au premier degré comme un vulgaire délire schizophrène d’un esprit dérange, ou se demander quelle est la dimension métaphorique du récit (quels éléments inventés renvoient à des événements réels survenus dans la vie du narrateur). De quoi s’arracher les cheveux si d’aventure vous étiez tenté de psychanalyser le narrateur.

En acceptant la proposition de Laurent Pépin je lui avais fait savoir que je ne m’engageais sur aucun délai compte tenu de l’ampleur de mon Stock à Lire Numérique. Ayant reçu le bouquin au format PDF j’ai décidé de le transformer en epub sur la lancée ; ce qui m’oblige à survoler le texte même si j’essaye d’éviter de trop m’en imprégner afin de l’apprécier pleinement à la lecture. Le peu que j’en ai vu en cours de conversion m’a donné envie d’en savoir plus.

Une expérience de lecture unique en son genre à laquelle j’ai totalement adhéré, le propos défie toute logique, mais la construction est intelligente. J’ai bien conscience que c’est un bouquin qui peut larguer certains lecteurs en cours de route, mais pour ma part je l’ai trouvé brillant aussi bien de par sa façon d’aborder son sujet, que de par les questions qu’il soulève chez le lecteur curieux.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean-Marc Dhainaut – L’Œil Du Chaos

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Titre : L’Œil Du Chaos
Auteur : Jean-Marc Dhainaut
Éditeur : Taurnada
Parution : 2021
Origine : France
242 pages

De quoi ça cause ?

Théo, 17 ans, est passionné de photographie. Dans l’espoir d’obtenir des effets visuels inédits, il bricole un système de prismes et de miroirs sur son objectif.

Si visuellement le résultat n’est pas terrible, une vérité bien plus sinistre s’impose rapidement à lui : ses photos lui renvoient les images de ce qui se passera dans trois semaines. Et les résultats ont de quoi faire froid dans le dos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je n’ai pas encore eu l’occasion de me pencher sur la section fantastique de leur catalogue.

J’avais déjà en stock plusieurs titres de Jean-Marc Dhainaut, mais tous appartenaient à une même série (Alan Lamblin) ; j’ai profité de la sortie de ce one-shot pour faire d’une pierre deux coups.

Ma Chronique

Si le catalogue des éditions Taurnada est majoritairement un vivier de bons (voire très bons… et plus si affinités) polars et thrillers, il aborde aussi d’autres genres. Ainsi Jean-Marc Dhainaut vient l’enrichir en proposant des romans fantastiques ; ça faisait quelques temps que je voulais découvrir son univers littéraire.

Les théories de l’effondrement (la chute de la société telle que nous la connaissons aujourd’hui) sont chères aux adeptes de la collapsologie et ont déjà inspiré maints réalisateurs et auteurs. Alors est-ce que L’Œil Du Chaos n’est qu’une énième fin du monde annoncée ?

Au spectaculaire Jean-Marc Dhainaut préfère une approche plus probable. C’est une forte éruption solaire qui provoque une tempête électromagnétique sur notre bleue planète et neutralise l’ensemble des systèmes électriques et électroniques. Pas de bol il a fallu que cela se produise alors que l’Europe est en proie à une canicule sans précédent.

L’avantage majeur de ce scénario c’est que l’effet est immédiat : crashs aériens, accidents en tout genre… ensuite il suffit de laisser le temps au temps (pas longtemps) pour que les plus bas instincts de l’homme ne reprennent le dessus chez certains et viennent accentuer un chaos déjà bien engagé.

L’auteur décrit ensuite un effondrement progressif de la société qui, bien que glaçant à plus d’un titre, est totalement crédible. Globalement on retrouve le même bon sens et la même intelligence dans l’ensemble du roman.

Ainsi, si Jean-Marc Dhainaut ne manque pas de pointer du doigt les responsabilités des uns et des autres (et d’un peu tout le monde il faut bien se l’avouer), il évite l’écueil d’un militantisme à outrance. Le message passe sans qu’il nous soit répété toutes les deux pages ou servi à toutes les sauces.

L’intrigue est portée par deux personnages qui forcent le respect. Théo est un adolescent qui, à la suite d’un bricolage inventif (mais fort peu probable), a une vision de ce que réserve un avenir proche. Manque de bol ses alertes ne sont pas prises au sérieux par ses amis et sa famille (mettez-vous à leur place aussi… un appareil photo qui photographie le futur ; bin voyons !). Pire, elles vont attirer l’attention des mauvaises personnes.

Le gamin assiste ensuite au meurtre sauvage de ses parents et à la fuite de son petit frère. Lui-même ne doit sa survie qu’à l’intervention de Drazic, un ancien militaire, spécialisé dans les télétransmissions, qui vit en ermite depuis qu’un drame personnel a bouleversé sa vie.

Ensemble ils vont partir à la recherche de Bastien, le frère de Théo, parcourant une nature devenue hostile et évitant, autant que possible, toute mauvaise rencontre.

Un titre qui confirme une tendance affirmée chez Taurnada : ce n’est pas la taille qui compte ! Le roman est court mais tout est dit, et bien dit ! Encore un bouquin que j’ai dévoré quasiment d’une traite. Et encore une belle découverte (et une pépite) inscrite au catalogue d’un éditeur qui n’en finit pas de me surprendre (en bien, vous l’aurez compris).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Romain R. Martin – La Dissidence Des Cancrelats

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Titre : La Dissidence Des Cancrelats
Auteur : Romain R. Martin
Éditeur : LBS
Parution : 2020
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Claude et Werther sont des marginaux qui hantent les voies désaffectées de la RATP (même s’ils préfèrent se considérer comme des employés auto-proclamés à la maintenance). C’est tout un microcosme qui vit en autarcie dans les sous-sols parisiens, sous la direction de Magnus, le Haut-Contremaître.

Quand Sorensen et Werther sont agressés en pleine nuit par un collègue déguisé en sage-femme, ils entendent bien obtenir une légitime réparation. S’engage alors une course-poursuite vengeresse…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de l’auteur, Vermines (Flamant Noir, 2017), j’espérai retrouver le même ton décalé et le même style d’intrigue complétement déjantée.

Ma Chronique

Ça fait longtemps (tout est relatif) que ce bouquin traine dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique, contrairement à bon nombre (trop ?) de ses pairs, je ne l’ai pourtant jamais totalement perdu de vue.

Dès les premières pages Romain R. Martin donne le ton, pas question pour lui de rentrer dans le moule, ni de respecter scrupuleusement les règles d’un genre littéraire. Ça tombe plutôt bien, c’est exactement ce que j’attendais de lui.

Si la couv’ du roman porte bien la mention thriller, je peux vous assurer que celui-ci ne ressemble à aucun autre. C’est un bouquin totalement inclassable, un véritable OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui ne manquera pas de surprendre les lecteurs.

Déjà le microcosme underground qu’il imagine mérite à lui seul le détour, des marginaux un peu (beaucoup) paumés, plus ou moins organisés en communauté et dirigés d’une main de fer par un « Haut-Contremaître ».

Est-il besoin de vous préciser que dans un décor pareil l’auteur a de quoi s’en donner à cœur joie pour nous proposer des personnages hors du commun ? Et il ne se prive pas de le faire, pour notre plus grand plaisir.

En l’occurrence l’intrigue est portée par quatre personnages. À commencer par Claude et Werther qui forment un couple pour le moins atypique, oubliez les grands romantiques, ici on est plutôt dans le registre du sadomasochisme. Ils partagent leur terrier avec Fausto, leur co-locataire (on apprendra par la suite que la réalité est un tantinet plus complexe). Et bien entendu il faudra aussi compter avec le maître des lieux, Magnus, et son moyen de transport pour le moins inhabituel.

Je reste volontairement dans le vague, qu’il s’agisse de l’organisation de cette improbable communauté underground, ou des personnages. Non que je craigne d’en dire trop (en général j’évite toute forme de spoil), mais simplement pour laisser intact le plaisir de la découverte.

Le roman est divisé en deux parties, la première se déroule presque exclusivement dans les souterrains, la seconde précipite nos cancrelats dans le monde d’en-haut pour un bouquet final des plus détonnant.

Les chapitres, courts et rythmés, assurent une lecture d’une grande fluidité. Du coup on se surprend à dévorer le bouquin quasiment d’une traite. Un récit qui fait un pied-de-nez au politiquement correct et à la morale ; noir, irrévérencieux et amoral, le trio gagnant !

Le ton est à l’image de l’intrigue et des personnages, décalé, déjanté mais totalement assumé. On sent que Romain R. Martin est là pour se faire plaisir, et pour nous faire plaisir. Et ça marche ! Cette lecture fut purement et simplement jouissive.

Pour apprécier pleinement ce bouquin laissez-vous simplement porter par son intrigue ; oubliez la logique, oubliez le possible et même le probable. Bref, oubliez le monde réel et entrez dans celui dans cancrelats.

 MON VERDICT

Petit aparté technique

Depuis le temps vous me connaissez, je suis un maniaque du code. Quand j’ouvre un livre numérique je commence par vérifier si la table des matières est intégrée au bouquin (au besoin je l’ajoute), je vire les classes inutiles et j’aère le code (tout ça via Sigil).

La seconde étape consiste à m’intéresser au code à proprement parler. Du premier coup d’œil on devine un code surchargé (essentiellement du fait de classes redondantes), le nettoyage est un peu plus long et n’apporte pas grand-chose (pour ne pas dire que dalle) concrètement. Il n’en reste pas moins que, une fois l’epub retravaillé, la feuille de styles passe de 702 à 262 lignes.

[BOUQUINS] Cédric Cham – Mort A Vie

AU MENU DU JOUR


Titre : Mort A Vie
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2020
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Pour protéger son jeune frère Eddy, Lukas endosse la responsabilité d’un accident ayant causé la mort d’un jeune piéton. Interpellé et placé en détention provisoire, il va découvrir un univers dont il était d’imaginer la dureté.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham, dans chacun de ses romans il excelle à décrire la noirceur de l’âme humaine et nous mitonne des intrigues qui font mouche à tous les coups.

Ma Chronique

Avec ce nouveau roman Cédric Cham impose encore un peu plus sa griffe dans le paysage de la littérature noire française (et francophone). Une fois de plus il nous propose un roman dans lequel l’intrigue se teinte certes du noir le plus obscur mais est portée par des personnages profondément humains (pour le meilleur… et pour le pire).

Le meilleur c’est Lukas qui accepte d’endosser la responsabilité d’un accident (dont il ignore pourtant les circonstances et les conséquences) causé par son jeune frère, Eddy. Un choix qu’il fait au détriment de sa propre vie, au risque de voir imploser son cocon familial (il est marié et a une fille en bas âge) et son avenir professionnel.

Un choix qui va le confronter au pire, à savoir l’emprisonnement, avec ses règles, ses codes (écrits ou non). À force de côtoyer la noirceur à longueur de temps et d’accepter certaines concessions (surtout vis-à-vis de soi-même et de sa conscience) pour assurer sa survie, c’est son âme et sa personne qui vont peu à peu se déliter. Une extinction que ne pourront empêcher les rares (et donc précieuses) relations plutôt amicales qu’il nouera en prison.

La description de l’univers carcéral est d’un réalisme glaçant, un univers que Cédric Cham connaît bien puisqu’il est dans l’administration pénitentiaire. Je crains malheureusement qu’il ne noircisse pas le tableau… nul doute que la réalité dépasse la fiction.

Le pire c’est Eddy, le frère cadet. Rien dans le personnage n’a réussi à me faire éprouver la moindre empathie pour lui. Clairement le genre de gars qui ne mérite pas que l’on détruise sa vie pour lui. Les liens du sang je veux bien, mais quand tu choisis de vivre en marge tu assumes ma poule et tu viens pas pleurnicher pour qu’on sauve tes miches une fois que la ligne jaune a été franchie.

Non content de foutre sa propre vie en l’air avec des choix toujours plus foireux les uns que les autres et des relations à l’image du milieu qu’il fréquente, il perverti et entraîne dans sa chute ceux qui ont le malheur de lui accorder un semblant de confiance (et plus si affinités).

L’auteur accorde le même soin à l’ensemble de ses personnages, pour chacun il développe une personnalité et un vécu. Ça ne nous les rend pas forcément attachants ou sympathiques (Eddy n’est pas le pire dans la catégorie des bad boys), c’est plutôt une façon réussie de nous rappeler que c’est ainsi qu’est fait et que fonctionne notre monde.

Il sera donc question d’enfermement avec les deux frères (Lukas incarcéré et Eddy empêtré dans sa connerie), de relations humaines (liens du sang, vie de couple, vie de famille, amis – les vrais comme les faux – mais aussi de relations de soumission – à l’autorité ou à la force –), de vengeances (au pluriel, oui)…

Sur la forme Cédric Cham reste fidèle à ses habitudes, une écriture et un style qui vont à l’essentiel, des chapitres courts ; tout est fait pour privilégier le rythme et ne pas égarer le lecteur. Certains pourront trouver cela un peu simple, pour moi ça contribue justement à nous plonger en totale immersion dans son récit. Une immersion qui ne manquera pas de jouer avec vos nerfs et devrait occasionner quelques poussées d’adrénaline.

Une fois de plus je referme le bouquin en ayant l’impression d’avoir pris une rafale d’uppercuts dans la gueule. Et le pire c’est que j’en redemande… mais d’abord je vais essayer de reprendre mes esprits et mon souffle.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Agnès Laurent – Rendors-Toi, Tout Va Bien

AU MENU DU JOUR


Titre : Rendors-Toi, Tout Va Bien
Auteur : Agnès Laurent
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Vendredi fin d’après-midi, autoroute A31. Christelle est au volant de sa voiture et roule trop vite. Elle a abandonné un mari aimant et ses deux filles pour prendre la fuite. Et soudain elle perd le contrôle de sa vieille R21, la voiture part en tonneaux avant de se faire percuter par un autre véhicule.

Ce même vendredi, le matin, à Sète. Guillaume, le mari de Christelle, est interpellé par les gendarmes alors qu’il se rendait à son travail.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est l’enthousiasme de Aude qui m’a poussé à lire ce bouquin.

Ma Chronique

Avec le temps…
Avec le temps va, tout s’en va.
(…)
Avec le temps tout s’évanouit.
Léo Ferré – Avec le temps.

Avec le temps aurait aussi pu être le titre de ce roman. L’histoire d’un couple qui, au fil du temps, s’éloigne sans s’en apercevoir, un mari et une femme qui peu à peu deviennent deux étrangers qui partagent le même toit.

Avec le temps la routine s’installe, les petites attentions s’espacent avant de disparaître, même le dialogue s’éteint inexorablement pour laisser place à des échanges de banalités sur la pluie et le beau temps, quand ce n’est pas le silence qui règne en maître. Et le pire c’est que ce silence on l’accepte comme normal, on finit même par l’apprécier.

Une histoire malheureusement trop « normale » au sein de certains foyers. Tellement « normale » que ça en deviendrait banal, pas la peine de s’inquiéter ou de se remettre en question… avec le temps, c’est « normal ».

Pour son premier roman Agnès Laurent décide de partir de cette histoire ordinaire pour en faire un livre extraordinaire.

Extraordinaire déjà par sa narration. Le roman s’ouvre sur l’accident de Christelle (vendredi entre 17h15 et 17h30), puis le second chapitre nous renvoie à cette même journée mais à 6h45 et l’interpellation de Guillaume par les gendarmes.

Les chapitres suivants dérouleront la journée en alternant entre la fuite de Christelle et la garde à vue de Guillaume. De temps en temps un intervenant extérieur au couple interviendra dans le déroulé du récit.

Mais le véritable tour de force d’Agnès Laurent est de garder secrètes les raisons de la fuite de Christelle et de l’arrestation de Guillaume. Au fil de leurs cogitations l’homme et la femme réalisent à quel point ils sont devenus presque des étrangers l’un pour l’autre.

Extraordinaire aussi par l’ampleur du drame qui se joue sous nos yeux. Quand la vérité commence à se dessiner (à ce moment vous aurez déjà lu plus des trois quarts du bouquin), ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, le pire reste à venir. Et là c’est l’uppercut en pleine face, on est véritablement KO debout.

Extraordinaire par la justesse du ton et l’implacable décorticage de la vie apparemment sans histoire du couple et des apparences. À ne plus prendre le temps de parler avec l’autre et de regarder l’autre, on devient aveugle et sourd à ce qui se joue sous notre nez. Inconsciemment on devient acteur, voire complice, du drame qui se joue à l’insu de notre plein gré.

J’ai dévoré ce bouquin quasiment d’une traite, impossible de le lâcher, l’envie de savoir était trop forte. Presque oppressante.

Je vous tirerai volontiers mon chapeau Madame Laurent mais je n’en porte pas ; il faudra vous contenter de mes humbles remerciements pour ce roman court mais intense. Une approche originale qui s’avère payante, c’était un pari audacieux pour un premier roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roy Braverman – Pasakukoo

AU MENU DU JOUR


Titre : Pasakukoo
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2021
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Rhode Island, lac Pasakukoo. Sur les berges opposées deux lodges appartenant à des écrivains qui se détestent cordialement, Ben Dempsey et Aaron Akerman. Deux personnalités opposées mais qui partagent bien plus que leur animosité de façade.

Quand le corps d’une jeune femme est retrouvé au milieu du lac, le sheriff Blansky, qui n’apprécie pas particulièrement les deux écrivains (surtout Dempsey) prend l’affaire en charge. S’il pensait tenir un moyen de régler ses comptes avec les deux écrivains, il va rapidement s’apercevoir que l’enquête est bien plus complexe qu’elle ne le laissait paraître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman (aka Ian Manook aussi aka Patrick Manoukian) qui poursuit son périple à travers les Etats-Unis ; il y a fort à parier que la Grande Faucheuse ne va pas chômer !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Roy Braverman is back et nous invite à poursuit son séjour sur les terres de l’Oncle Sam. direction le Rhode Island cette fois, avec de nouveaux personnages et de fait une intrigue 100% inédite… et l’inimitable Braverman touch.

Un lac paisible du Rhode Island en plein été indien (C’était l’automne, un automne où il faisait beau / Une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique / Là -bas on l’appelle l’été indien), sur les berges opposés deux lodges appartenant à deux auteurs qui s’apprécient autant qu’ils se détestent.

Sur une rive il y a Dempsey, l’introspectif, écrivain besogneux qui va réécrire chaque phrase jusqu’à ce qu’elle lui semble irréprochable. Sur l’autre Akerman, le fêtard flamboyant, auteur de blockbusters qui multiplie les soirées festives (et bruyantes) où tous les abus sont permis. Deux fortes personnalités ayant chacun leurs forces et leurs faiblesses ; le lecteur n’est pas obligé de trancher pour l’un ou pour l’autre.

Selon les circonstances les deux hommes peuvent se comporter comme les meilleurs amis du monde ou, au contraire, comme les pires ennemis. Plus d’une fois au fil des pages l’on assistera à cette alternance entre amitié et inimitié (voire haine farouche)… avant de se réconcilier autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille.

Le roman s’ouvre sur une soirée ordinaire sur les berges du lac Pasakukoo. D’un côté Dempsey travaille avec son assistant à la relecture / correction de son futur roman, de l’autre Akerman prépare une énième soirée son et lumières.

Au petit matin l’ordinaire vole en éclat avec la découverte d’une jeune femme noyée au milieu du lac. L’intrigue aurait pu se borner à une enquête autour d’une noyade suspecte, nous aurions alors eu le fameux suspense « dickerien » promis par la quatrième de couverture. Oui mais non… Ce n’est pas Joël Dicker qui a signé ce roman mais bel et bien Roy Braverman et donc on attend la Braverman touch.

Et la griffe de l’auteur va rapidement s’imposer avec une intrigue qui va se complexifier (sans jamais embrouiller le lecteur) au fil des chapitres et de revirements de situation. Déjà le flic en charge de l’affaire (Blansky) ne porte pas dans son cœur les deux écrivains et a même un sérieux contentieux personnel avec Dempsey.

Dans le comté voisin un homme au lourd passif judiciaire est retrouvé mort, abattu de quatre balles dans le dos et dépouillé de ses chaussures. Et si les deux affaires étaient liées ? mais quel est le fil rouge ?

Et ben justement il faudra aussi compter sur l’arrivée d’une sœur / amante en quête de vengeance, déterminée à faire payer le prix fort à tous ceux et celles qui ont quelque à voir, de près ou de loin, avec la mort de son frère / amant.

Je vous passe les détails sur un duo d’avocats hauts en couleurs, des histoires de familles (riches de préférence) bien louches et tordues, des flics ripoux… Vous vouliez la Braverman touch… la voilà ! Je serai presque tenté de dire que Roy Braverman a inventé un genre littéraire, le noir feel good… C’est incontestablement noir, mais ça fait un bien fou par où ça passe.

Le tout servi par une écriture totalement décomplexée (et assumée), sans oublier les nombreuses touches d’humour (souvent noir, parfois cynique). Une fois de plus la recette fonctionne à merveille et prend le lecteur dans les mailles de son filet.

Sur la forme chaque chapitre commence par quelques mots d’un de personnages du roman (on ne sait pas de qui il s’agit) qui s’adresse directement au lecteur et s’interroge parfois sur le pouvoir d’un auteur (à commencer par le sien). Une seule certitude concernant ce mystérieux narrateur, il va mourir (ce n’est pas un spoiler, il nous l’annonce dans la première phrase du premier chapitre).

Une odyssée sur les terres de l’Oncle Sam décidément riche en surprises, qu’il s’agisse de la trilogie Hunter / Crow / Freeman, de Manhattan Sunset ou de Pasakukoo, aucun roman ne ressemble aux précédents ; à chaque fois Roy Braverman réussi à nous surprendre et à nous étonner. Pour ma part j’espère que l’auteur nous réserve encore quelques étapes avant d’arriver au terminus ; une chose est sûre, je serai au rendez-vous.

 MON VERDICT

Coup de poing