[BOUQUINS] Rebecca Fleet – L’Echange

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R. FLeet - L'Echange

Titre : L’Echange
Auteur : Rebecca Fleet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : Angleterre
336 pages

De quoi ça cause ?

Caroline et Francis s’offrent une semaine de vacances via un site d’échange de maison. Une semaine pour se retrouver après que le couple ait traversé des moments difficiles.

À peine entrée dans leur maison de vacances, Caroline ressent une impression de malaise qu’elle ne peut s’expliquer ; elle comprend peu à peu que de petits détails semés çà et là dans cette maison la renvoient au souvenir de la période la plus sombre de leur vie de couple, à ce moment d’égarement qu’elle voudrait oublier faute de pouvoir l’effacer de sa vie.

Et pendant ce temps-là, leur hôte prend ses aises chez Caroline et Francis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire et que je ne désespère pas de remonter, lentement mais surement, mon retard leur catalogue… Vu le rythme de croissance de mon Stock à Lire Numérique, c’est loin d’être gagné !

Un roman que j’avais sollicité via NetGalley début juin, demande restée lettre morte auprès des éditions Robert Laffont (pas de refus, à ce jour ma demande est toujours en instance). Du coup j’ai décidé de me fier à l’adage « on est jamais mieux servi que par soi-même » pour me faire une opinion sur ce bouquin.

Ma chronique

Pour son premier roman, Rebecca Fleet se frotte au thriller psychologique ; un genre qui a le vent en poupe depuis quelques années et est décliné sous toutes les formes possibles et imaginable. Sans révolutionner le genre, la jeune britannique parvient à tirer son épingle du jeu, non seulement L’Echange s’avérera rapidement très addictif, mais surtout le roman vous réservera un retournement de situation des plus inattendus.

L’intrigue se construit autour d’une succession répétée d’un triplet de chapitres, il y a les Ailleurs vous feront vivre l’intrigue présente (2015) vue par les yeux de Caroline, suivront les Ici qui vous renverront en 2013, le plus souvent via Caroline, mais parfois par l’intermédiaire de Francis et enfin des chapitres sans nom qui vous placeront dans la peau de l’hôte qui prend possession de la résidence de Caroline et Francis.

2013. Francis n’est plus que l’ombre de lui-même, accro aux médocs il ne s’intéresse à rien ni personne. Caroline est à bout à force de prendre sur elle, tant et si bien qu’elle voit en Carl, un collègue du bureau, une échappatoire au naufrage de sa vie privée. De fil en aiguille leur complicité se transforme en amitié combinée à un jeu de séduction qui repousse toujours plus loin les limites.

Ah que voilà un triangle amoureux on ne peut plus classique… trop classique même, me direz-vous ! C’est aussi ce que je me suis dit pendant longtemps, sans pour autant que cela ne vienne contrarier mon envie d’en savoir toujours plus sur le déroulé de l’intrigue, jusqu’à ce qu’une phrase de l’auteure vienne balayer toutes nos certitudes et recadre complètement l’intrigue. Dès lors plus moyen de lâcher le bouquin tant on veut comprendre les enjeux de cette nouvelle mise en perspective !

La force d’un thriller psychologique repose sur la profondeur de ses personnages, une faille à ce niveau et la pièce montée attendue se transforme en une vulgaire pâtisserie industrielle à deux balles… Rebecca Fleet évite avec brio cet écueil. Et pourtant il serait facile de faire de Caroline une blanche colombe et de Francis la vilaine corneille galeuse (me demandez pas si une corneille peut choper la gale, je n’en ai pas la moindre idée). Sans aller jusqu’à victimiser Francis (faut pas pousser non plus), vous aurez parfois envie de coller des claques à Caroline, voire mettre de lui foutre un grand coup de boule histoire de la recadrer (et je ne parle pas des coups de boules que Carl finira par lui mettre… finesse quand tu nous tiens !).

Pour un premier roman, l’auteure frappe fort et bien et une fois de plus La Bête Noire nous permet de découvrir une pépite.

Le seul truc dommage avec ce bouquin c’est qu’on aurait envie de s’épancher sur le sujet (les thématiques ne manquent pas), mais on se contraint à la modération pour éviter d’en dire trop. Et ce n’est pas une excuse pour la légèreté de cette chronique, je ne vous permets pas ! Non, mais.

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Kirk – L’Honneur Du Samouraï

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D. Kirk - L'Honneur du Samouraï

Titre : L’Honneur Du Samouraï
Série : Musashi Miyamoto – Tome 2
Auteur : David Kirk
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : Angleterre (2015)
528 pages

De quoi ça cause ?

Après la bataille de Sekigahara, et une fois sa vengeance accomplie, Musashi a décidé qu’il ne prêterait plus jamais allégeance un seigneur. Ne se reconnaissant plus dans le code d’honneur des samouraïs, il ne suivra désormais qu’une voie, la sienne.

À Kyoto, les samouraïs de l’école Yoshioka, n’ont pas oublié l’affront de Musashi sur le champ de bataille. Bien décidés à laver l’insulte, ils missionnent l’un des leurs, le Seigneur Akiyama, afin qu’il élimine Musashi.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite du Samouraï et qu’il me tardait de découvrir ce qu’il allait advenir de Musashi à l’issue de la bataille de Sekigahara.

Ma chronique

Dans ce second opus du cycle qu’il consacre à Musashi Miyamoto, David Kirk nous propose de suivre son héros depuis la fin de la bataille de Sekigahara (il a alors 17 ans) jusqu’à son séjour à Kyoto et les multiples duels qui l’opposeront aux samouraïs Yoshioka (21 ans).

Si Musashi a accompli sa vengeance, il n’en est pas pour autant apaisé. Têtu comme une mule, impulsif, voire sanguin, il ne peut s’empêcher de haranguer et de provoquer ceux qui ne partagent pas sa vision des choses (les samouraïs fidèles à la Voie). Une véritable tête à claques, plus d’une fois son comportement de gamin capricieux m’a hérissé le poil (même si je partage son avis sur l’aberration qu’est la Voie du Samouraï et ses traditions d’un autre temps) !

C’est encore Ameku, une aveugle qui partagera un bout de chemin avec lui, qui définit le mieux le caractère du bonhomme et n’hésite pas à le lui dire en face :

« Vous maudissez toujours les autres. Le monde. La Voie. Mais vous-même, non, jamais. Des mots, des mots, et encore des mots. Et qu’est-ce qui se cache sous les mots ? De la colère. Ils ont tort, je veux bien. Mais vous aussi, vous avez tort. Absolument. »

Musashi ayant été dans le camp des vaincus, il aurait dû, selon les préceptes de la Voie, se donner la mort en suivant le rituel du Seppuku. En refusant de se soumettre à ce qu’il estime être une aberration, il devient un paria aux yeux des vainqueurs, un fugitif, un furoncle à éradiquer pour soigner la splendeur des vainqueurs… Eh oui, ça ne rigolait pas à l’époque !

La situation étant ce qu’elle est, en plus du « contrat » que les Yoshioka ont mis sur la tête de Musashi, ce second opus fait la part belle à l’action. C’est violent, sanglant (forcément ,un combat au sabre ça coupe… surtout quand ledit sabre est parfaitement aiguisé), les membres et les têtes volent, les tripes prennent l’air, mais c’est écrit sans chercher à se vautrer dans la violence gratuite ou la surenchère gore. L’auteur nous fait simplement prendre conscience de la réalité implacable d’un duel au sabre.

Le roman ne se contente pas d’enchaîner les scènes de combat, il s’attarde aussi sur la psychologie des personnages, les liens qui les unissent et leur rapport à leur fonction/contexte. Il n’y a pas que Musashi qui semble avoir du mal à trouver sa place et sa raison d’être.

Akiyama, le samouraï envoyé à la poursuite de Musashi par les Yoshiokas, se questionne sur sa position au sein de l’école, lui l’enfant bâtard, accepté, mais jamais véritablement intégré, relégué aux taches secondaires malgré une dévotion sans faille.

Goémon, capitaine de la garde et ambassadeur du Seigneur Togukawa à Kyoto, n’est guère mieux loti. Les habitants, traditionnellement attachés aux Yoshioka, ne voient en lui qu’un émissaire d’Edo et lui même a bien du mal à se sentir chez lui dans cette cité qui le méprise.

Cette opposition Togukawa / Yoshioka donne au si une dimension « politique » à l’intrigue, les magouilles et les complots font partie intégrante du quotidien de Kyoto. Chacun cherchant à manœuvrer ses pions au mieux afin d’affaiblir l’autre.

De nouveau j’ai été en totale immersion au sein du Japon médiéval (et ce n’est pas de tout repos, vous l’aurez compris), une lecture tout simplement captivante, sans aucun temps mort. Je n’étais pas sûr que, passée la curiosité initiale, le parcours de Musashi continuerait de me passionner ; force est de reconnaître que je me suis trompé. Je suis de plus en plus accro !

Il est assez paradoxal de découvrir (pour ma part en tout cas) que celui qui est considéré comme l’un des plus grands maîtres escrimeurs (voire tout simplement le plus grand samouraï) de tous les temps a bâti sa renommée en tant que samouraï sans maître, un ronin, un « titre » loin d’être honorable (presque une insulte) aux yeux des « vrais » samouraïs et de leurs maîtres.

L’auteur avoue sans complexe avoir pris certaines libertés avec la réalité historique (tout en respectant les grandes lignes), d’une part pour combler les nombreux blancs laissés par l’histoire connue de Musashi, d’autre part afin de donner plus de vie et plus de rythme à son intrigue. Un choix qui ne me dérange nullement pour ma part tant que la qualité du récit est au rendez-vous, en l’occurrence elle l’est au-delà de toutes mes espérances.

Après plus de cinq ans passés à travailler sur le cas Musashi, David Kirk a décidé de s’accorder une pause et de passer à autre chose avant de reprendre sa saga. Sachant que ce second tome est paru, dans sa version originale, en 2015 et que le troisième n’a pas encore été publié (même si, de l’aveu même de l’auteur, son écriture est déjà bien avancée), espérons que ladite pause touche à sa fin…

Allez savoir pourquoi je m’étais imaginé que la saga consacrée à Musashi Miyamoto serait une trilogie, j’ai découvert, en parcourant les différentes interviews de David Kirk, qu’elle serait, a priori, constituée de cinq tomes. Ma trilogie se transforme en pentalogie… il est plus que temps que l’auteur mette fin à sa pause et remette le pied à l’étrier (en l’occurrence se serait plutôt les doigts au clavier). J’aimerai connaître la fin de l’histoire avant de sucer les pissenlits par la racine !

À la décharge de l’auteur, chacun de ses tomes (au vu des deux premiers en tout cas) bénéficie d’une fin qui ne laissera aucun sentiment de frustration au lecteur ; on suit Musashi au cours d’une période précise de son histoire, puis d’une autre… Autant à la fin du Samouraï l’on pouvait avoir une vague idée ce que nous réserverait la suite (la confrontation avec les Yoshioka), autant, en refermant L’Honneur Du Samouraï, nous n’avons pas l’ombre d’un indice sur la suite du périple de Musashi. Une bonne raison de plus d’avoir hâte de découvrir la suite…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Julia Chapman – Rendez-Vous Avec Le Crime

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J. Chapman - Rendez-vous avec le crime

Titre : Rendez-Vous Avec Le Crime
Série : Les Détectives Du Yorkshire – Tome 1
Auteur : Julia Chapman
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : Grande-Bretagne (2017)
408 pages

De quoi ça cause ?

Le retour de Samson O’Brien à Bruncliffe, paisible hameau du Yorkshire, ne passe pas inaperçu et est loin de faire l’unanimité auprès des résidents. Il faut dire qu’il est parti quatorze ans plus tôt avec pertes et fracas, pour ne plus jamais donner de nouvelles. Et en plus il s’installe comme détective privé.

Pour Delilah Metcalfe, qui loue à Samson le bureau qu’il occupe, la situation n’est guère plus reluisante. Elle ne pouvait pas s’offrir le luxe de refuser un loyer salutaire compte tenu des difficultés qu’elle traverse, son agence matrimoniale ayant du mal à prendre son envol. Alors tant pis, quitte à passer pour une pestiférée auprès de ses concitoyens, et accessoirement de sa propre famille, elle s’accommodera de ce locataire indésirable.

Samson et Delilah vont devoir unir leurs efforts afin de mettre fin à une série de meurtres qui s’abat sur Bruncliffe. Me point commun entre les différentes victimes, ce sont tous des clients de Delilah…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui s’est spécialisée dans le thriller musclé et noir, et que j’ai pris un sacré retard dans la découverte de leur catalogue.

Ce titre titillait tout particulièrement ma curiosité. Comment un polar d’apparence typiquement so british a bien pu intégrer cette collection dédiée aux ambiances sombres ?

Ma chronique

Je ne ferai pas durer éternellement le suspense, Rendez-Vous Avec Le Crime est bel et bien un polar typiquement anglais. Même si les morts brutales se succèdent, l’ambiance reste plutôt légère (à l’image de sa couv’ très colorée) avec de nombreuses touches d’humour çà et là. Surprenant de trouver un polar aussi soft au catalogue de La Bête Noire, mais un peu de légèreté n’a jamais fait de mal à personne.

Force est de reconnaître que j’ai bien aimé l’ambiance générale du roman, il en ressort une certaine bonne humeur qui ne nuit en rien à l’enquête policière menée par Samson et Delilah. J’ai passé un bon moment à côtoyer les habitants de Bruncliffe, même si certains sont particulièrement antipathiques (j’ai tout de suite pris en grippe le personnage de Rick Procter, l’agent immobilier) ; heureusement la plupart sont fort sympathiques, même si d’apparence un peu rustre. Un petit bled où tout le monde connaît tout le monde et où propager rumeurs et potins semble être un sport national pratiqué assidûment par tous.

J’ai bien aimé les personnages de Samson et Delilah, au cœur de l’enquête ils se complètent plutôt bien. Samson n’étant pas vraiment un expert en relation humaine alors que Delilah parvient sans effort à mettre les gens en confiance. Heureusement Samson peut compter sur ses sens affûtés par des années de service dans la police londonienne, pour tirer profit du moindre indice ou début de piste.

Coup de coeur aussi pour les résidents de Fellside Court, sympathique maison de retraite qui héberge notamment Joseph O’Brien, le père de Samson, et toute une bande de joyeux drilles.

Impossible de ne pas vous parler de Calimero, le chien de Delilah, un braque de Weimar (à ne pas confondre avec le branque de Neymar, spécimen endémique du Brésil ayant de grosses difficultés à rester en position debout suffisamment longtemps pour s’adonner à son passe-temps préféré : courir après les baballes), qui souffre de crise d’angoisse depuis que sa maîtresse s’est séparée de son mec. Au grand dam de Delilah, le chien va voir en Samson la figure masculine (paternelle ?) qui lui fait tant défaut…

Certes l’enquête n’est pas du genre à faire grimper l’adrénaline en flèche, prévisible même par certains aspects que l’on devine avant nos héros, il n’en reste pas moins que c’est une lecture agréable et plaisante qui ne vous demandera pas de trop faire chauffer les méninges.

Un premier tome qui donne le ton de la série à venir en plus de poser le décor et les personnages. J’aurai plaisir à retourner très prochainement à Bruncliffe afin de voir comment évolue tout ce petit monde. Ça tombe bien, le second tome, Rendez-Vous Avec Le Mal, est d’ores et déjà disponible dans la même collection. Un troisième opus existe en anglais, non encore traduit à ce jour.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cara Hunter – Sous Nos Yeux

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C. Hunter - Sous nos yeux

Titre : Sous Nos Yeux
Auteur : Cara Hunter
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : Angleterre
331 pages

De quoi ça cause ?

La petite Daisy Mason, 8 ans, disparaît alors que ses parents donnaient une grande fête à la maison.

Rapidement l’inspecteur Adam Fowley et son équipe, en charge de l’enquête, vont mettre à mal la version des parents Sharon et Barry. Et le frère ainé, Leo, quel lourd secret semble peser sur ses frêles épaules ?

Alors que la police pointe du doigt les incohérences de certains témoignages, les réseaux sociaux se déchaînent contre les parents. Et la petite Daisy demeure introuvable… Adam Fowley sait que le temps leur est compté s’ils veulent la retrouver vivante.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions Bragelonne, par l’intermédiaire du site Net Galley, ont eu la gentillesse de me faire parvenir un service de presse (SP) du roman afin que je le critique sur le site et sur mon blog.

Parce que ça fait un moment que j’accumule les thrillers de Bragelonne sans jamais trouver le temps de les lire. Il va falloir y remédier s’ils sont tous de cette trempe !

Ma chronique

Je remercie les éditions Bragelonne et le site NetGalley de m’avoir donné l’opportunité de découvrir ce roman via un SP. J’espère être à la hauteur de leur confiance tout en préservant mon libre arbitre en rédigeant une chronique totalement impartiale.

En matière de polar / thriller on peut faire plus original qu’une histoire de disparition d’enfant, certes, mais à en l’adage c’est bien « dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe« . Il suffit d’y apporter sa touche personnelle pour donner à un nouveau goût à une saveur d’apparence classique. Et c’est justement ce que fait Cara Hunter à l’occasion de son premier roman.

La première originalité vient de la multiplication des styles narratifs. On passe d’un récit à la première personne quand on suit Adam Foley, à une narration à la troisième personne quand ce sont d’autres personnages qui sont mis en avant. Le tout entrecoupé d’extraits de divers médias (presse, radio, Facebook, Twitter…) et de flashbacks présentés dans un ordre antéchronologique (de plus récent au plus ancien). Sur le papier ça peut sembler un peu bordélique, mais je vous assure qu’à la lecture ça passe comme une lettre à la poste.

Pour rester dans l’originalité, l’auteure présente son récit sans le moindre chapitrage, en un bloc unique. Les différents blocs sont séparés par un couillard (non seulement ce mot existe, mais j’ajouterai qu’il n’a aucune connotation sexuelle déplacée) de trois astérisques (***). Là encore c’est un choix qui n’a en rien perturbé ma lecture, sauf quand je passais du PC à la liseuse et inversement, il me fallait un peu de temps pour retrouver la bonne page.

Rassurez-vous ce roman ne se distingue pas uniquement par son « architecture » atypique, son intrigue devrait vous tenir en alerte et jouer avec vos nerfs. Cara Hunter sait y faire pour brouiller les pistes, de nombreux rebondissements viendront remettre en perspective certaines vérités que vous teniez pour acquises et soulever de nouveaux questionnements. Vous n’avez pas fini de vous arracher les cheveux avant de découvrir le fin mot de l’histoire, mais est-ce vraiment le mot de la fin ? L’épilogue répondra à cette question… Et nul doute que ladite réponse laissera plus d’un lecteur sur le cul (moi le premier).

Une construction atypique, mais loin d’être bancale, une intrigue menée de main de maître, on flirte avec le sans fautes. Encore faut-il que les personnages soient à la hauteur. Et ils le sont !

A commencer par Adam Fowley, l’inspecteur en charge de l’enquête. Une enquête qui a pour lui une saveur toute particulière. En effet, il y a tout juste un an, le couple Fowley perdait leur fils unique. Autant dire qu’il se sent impliqué jusqu’au plus profond de son être et qu’il fera tout pour faire éclater la vérité.

Heureusement Fowley pourra compter sur le soutien sans faille de son équipe, l’auteure semble avoir mis un point d’honneur tout particulier à mettre en avant le côté humain de ses personnages tout autant que leur qualité de flic de terrain.

Et du côté obscur nous trouvons la famille Mason. Il ne faut gratter longtemps sous l’apparente respectabilité pour découvrir des zones d’ombre, et plus on gratte plus la crasse remonte à la surface. Difficile d’éprouver une once de sympathie pour Barry et Sharon Mason. Difficile aussi de cerner le personnage de Leo, le frère aîné. Il semble y avoir tellement de secrets de cette famille que tous feront, à un moment ou à un autre, figure de suspect, voire de coupable idéal. Pour tout vous dire (ou presque), même Daisy, du haut de ses 8 ans, n’est pas forcément une blanche colombe…

Je terminerai par les anonymes qui derrière leur compte Facebook ou Twitter commentent et jugent (souvent sans avancer le moindre argumentaire). Une façon intelligente de pointer du doigt les risques de dérives liés l’utilisation des réseaux sociaux…

Une belle découverte et une sacrée réussite pour un premier roman. C’est avec plaisir que je retrouverai Cara Hunter pour d’autres enquêtes d’Adam Fowley (un second roman est d’ores et déjà disponible en VO, nul doute que Bragelonne devrait nous proposer une traduction dans les mois à venir).

MON VERDICT

[BOUQUINS] C.J. Tudor – L’Homme Craie

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CJ Tudor - L'homme craie

Titre : L’Homme Craie
Auteur : C.J. Tudor
Éditeur : Pygmalion (France) / Flammarion (Québec)
Parution : 2018
Origine : Angleterre
384 pages

De quoi ça cause ?

Anderbury, 1986. Cinq ados, amis inséparables, Eddie, Gros Gav, Hoppo, Mickey et Nicky, vont vivre quelques mois ponctués d’événements dramatiques qui vont les changer à jamais. Le fil rouge de ces drames, des bonshommes grossièrement dessinés à la craie.

Anderbury, 2016. A quelques jours d’intervalles reçoit une lettre anonyme contenant un dessin à la craie d’un pendu et un morceau de craie, ainsi qu’un appel de Mickey qui souhaite le rencontrer alors que ça fait des années qu’ils ne se parlent plus.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Incontestablement le déclencheur a été la couv’, à la fois so(m)bre et intrigante. Le pitch proposé en quatrième de couv’ s’annonçant prometteur, il n’en fallait pas plus pour que je craque.

Pourquoi ne pas l’avoir laissé prendre la poussière dans l’immensité de mon Stock à Lire Numérique (comme bon nombre de ses congénères injustement oubliés) ? C’est internet (blogosphère, Babelio, Facebook…) qui l’a boosté en pole position.

Ma chronique

En signant ce premier roman, un polar noir à souhait, l’auteure, CJ Tudor, semble s’être appuyée sur l’adage populaire qui affirme que « C’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe« . En effet, si le bouquin reste plutôt classique tant par son intrigue que par sa structure, il n’en est pas moins réussi, parfaitement abouti et redoutablement efficace.

Que demande le lecteur ? Un bouquin original raté ou plutôt un classique réussi ? Je ne sais pas pour vous, mais perso j’opte sans hésitation pour le second choix. Bon OK, dans l’idéal je pencherai pour un bouquin original ET réussi, mais à défaut un bouquin « juste » réussi me convient parfaitement (surtout après la déception ressentie à la lecture de Sleeping Beauties). A ce titre L’Homme Craie remplit pleinement sa mission.

Si CJ Tudor ne s’écarte guère des sentiers battus, ça n’empêche pas son intrigue d’être hautement addictive. On est happé dès les premières pages et la découverte d’un corps démembré auquel il manque la tête, ensuite plus moyen de lâcher le bouquin avant de connaître le fin mot de l’histoire. A chaque fois que je refermais le roman, je n’avais qu’une hâte, m’y remettre ! Mais bon faut bien manger et dormir de temps en temps (et accessoirement profiter d’un apéro).

L’histoire est écrite à la première personne, c’est Eddie qui nous fait partager ses souvenirs et son périple à la recherche de la vérité. Les chapitres, courts et percutants, alternent donc entre 1986 et 2016, on sent une réelle volonté de l’auteure d’aller à l’essentiel sans égarer le lecteur en digressions (inutiles ajouterai-je) de forme et de fond.

Le groupe d’ados qui se retrouve, des années plus tard, confronté au passé qui refait brusquement surface n’est sans doute pas sans vous rappeler Ça, le cultissime roman de Stephen King. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est totalement fortuit, l’auteure revendiquant le fait d’être une grande fan de Stephen King. Histoire de boucler la boucle, j’ajouterai que Stephen King a avoué avoir été impressionné par le roman de CJ Tudor.

Si l’auteure soigne son intrigue (qui vous réservera, je n’ai aucun doute là-dessus, quelques surprises de taille), elle ne néglige pas pour autant ses personnages. A commencer par notre fameux quintet adolescent, et plus tard, adulte ; chacun à sa propre personnalité et son parcours qui le rend unique. Les personnages secondaires bénéficient du même soin, selon le bon vouloir de l’auteure vous les trouverez sympathiques ou les prendrez en grippe.

Ce qu’il y a de frustrant dans le fait de rédiger la chronique d’un polar ou d’un thriller réussi c’est de devoir se retenir. On voudrait partager son enthousiasme sur des biens points, mais il faut savoir se refréner au risque d’en dire trop.

Aussi me contenterai-je dire que CJ Tudor répond à l’essentiel des questions soulevées au fil des chapitres, s’il reste quelques zones d’ombres non résolues, je ne pense qu’il s’agisse d’une négligence de l’auteure. Comme dans la vraie vie, on ne peut toujours avoir réponse à tout. Qui plus est en aucun cas ces absences de réponses ne nuisent à la compréhension de l’intrigue.

Un premier roman qui place la barre haut, et aussi un sacré tour de force pour CJ Tudor puisque son roman bénéficie d’une publication internationale quasi immédiate. Comme quoi les vieux dictons populaires ne disent pas toujours des conneries sans queue, ni tête…

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Kirk – Le Samouraï

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D. Kirk - Le Samouraï

Titre : Le Samouraï
Série : Musashi Miyamoto- Tome 1
Auteur : David Kirk
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2014
Origine : Angleterre (2013)
416 pages

De quoi ça cause ?

Bennosuke, 13 ans, est élevé par son oncle Dorinbo, un moine officiant au temple bouddhiste de Miyamoto. Le jeune garçon rêve de devenir un célèbre samouraï, à l’image de son père, Munisai, qui a quitté le village 8 ans plus tôt.

Munisai revient s’installer à Miyamoto après avoir offensé le fils d’un seigneur allié. Il espère que les choses se tasseront s’il se fait oublier en assurant la régence administrative du village.

Bennosuke va découvrir une vérité insoupçonnée sur ses parents, mais il faudra plus que ça pour entamer sa volonté de suivre la voie du sabre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je suis dans une phase japonisante en ce moment, peut-être un effet secondaire de ma forte consommation de sushis ces derniers jours. Mais attention je n’ai que faire du Japon contemporain, c’est le Japon médiéval et ses samouraïs qui m’attire…

Et tant qu’à faire autant se pencher sur le cas du plus célèbre des samouraïs : Musashi Miyamoto.

J’aurai pu jeter mon dévolu sur l’ouvrage considéré comme étant LA référence sur le sujet, le fameux Musashi de Eiji Yoshikawa, paru en 1935 et décliné en français en deux volumes : La Pierre Et Le Sabre et La Parfaite Lumière. J’ai privilégié une approche de l’extérieur (David Kirk est britannique de naissance , il vit au Japon depuis une dizaine d’années) et une écriture plus moderne.

Ma chronique

Au Japon Musashi Miyamoto est tellement célèbre qu’il est quasiment devenu un personnage de légende, il peut parfois s’avérer difficile dans un tel contexte de distinguer les faits historiques et les éléments de fiction destinés à embellir la vérité. C’est encore plus vrai quand la transmission se fait principalement par voie orale ou picturale.

De fait il n’existe aucune véritable biographie de Musashi Miyamoto. Le roman Musashi de Eiji Yoshikawa a beau être considéré comme l’ouvrage de référence sur la vie du célèbre samouraï, ça demeure un ouvrage de fiction qui prend parfois certaines libertés avec l’Histoire (ne serait-ce que pour pallier certains blancs). En langue anglaise c’est Musashi, Le Samouraï Solitaire de William Scott Wilson qui semble se rapprocher le plus d’une biographie de Musashi Miyamoto.

David Kirk reconnaît que le livre de William Scott Wilson a été sa principale source documentaire, complété par les écrits de Musashi Miyamoto, dont le fameux Traité Des Cinq Roues (aussi appelé Livre Des Cinq Anneaux). Le Samouraï est le premier volet d’une trilogie (?) qu’il consacre à Musashi, le second tome, L’Honneur Du Samouraï est déjà disponible en français et le troisième (et dernier ?) est encore en cours de rédaction.

Dans ce premier opus, l’auteur nous invite à suivre le parcours initiatique de Bennosuke Hirata (qui deviendra plus tard Musashi Miyamoto) entre ses 13 et 16 ans.

C’est à 13 ans que Bennosuke va retrouver son père. Des retrouvailles sur fond d’un terrible secret concernant la mort de sa mère et les conditions du départ précipité de son père, huit ans plus tôt. Pas franchement les conditions idéales pour rétablir une relation père / fils des plus épanouies ! Il n’en reste pas moins que Munisai va aider Bennosuke à se perfectionner dans l’art du maniement du sabre.

Un enseignement qui s’avèrera fort utile puisque c’est aussi à l’âge de 13 ans que Bennosuke va livrer son premier combat en duel et tuer un homme pour la première fois.

A partir de là notre brave Bennosuke n’aura guère d’occasion de se la couler douce. Entre le désir de vengeance du fils d’un seigneur face à l’humiliation que le jeune samouraï lui a infligé, puis sa propre soif de revanche, la vie ne sera plus jamais un long fleuve tranquille…

Dans ce premier tome, les relations entre les personnages occupent une place essentielle. Qu’il s’agisse du lien entre Bennosuke et Munisaï, une relation tumultueuse qui connaîtra bien des évolutions au fil des pages. Mais Bennosuke sera aussi tiraillé entre Munisaï et Dorinbo, ce dernier aimerait le voir suivre une voie plus spirituelle tout en sachant que le gamin rêve de devenir un samouraï.

C’est aussi l’organisation même du Japon médiéval, un système qui repose sur des liens hiérarchiques stricts, qui place le relationnel au centre de tout. Dans le roman un artisan explique ainsi les choses à Bennosuke :

« Tout est question de hiérarchie, pas vrai ? Tout en haut siège l’empereur, qu’on ne voit jamais, et après… Mon lot est de servir le samouraï que vous êtes, et vous, vous servez le seigneur Shinmen. Il a du pouvoir, mais pas tant que ça. Il obéit aux Grands Seigneurs, et au-dessus d’eux il y a encore un petit groupe d’hommes dont la fonction n’a pas de nom précis. On peut les appeler les Très Grands Seigneurs, si l’on veut, et le plus proche de nous est le seigneur Ukita. Et qui est-ce qui le commande, celui-ci ? »

Ce à quoi Bennosuke répondra : « Le régent Hideyoshi Toyotomi. »

Un système qui ne souffre d’aucune exception, quiconque oserait s’attaquer à un individu de rang supérieur se verrait accuser d’un crime majeur puni par la mort du coupable (il est donc théoriquement inconcevable qu’un samouraï s’en prenne à un seigneur).

Le revers de la médaille, dans les strates les plus hautes, étant le risque d’attiser les convoitises et complots en tout genre au moindre signe de faiblesse d’un supérieur.

C’est d’ailleurs ce qui conduira à la bataille de Sekigahara, qui opposera les armées du clan Toyotomi (prétendants légitimes à la succession) à celles du clan Tokugawa, décrite dans la dernière partie du roman.

David Kirk nous plonge en totale immersion dans son intrigue, ne négligeant aucun aspect du récit (personnages, rythme…) qui s’avérera à la fois instructif (j’avoue sans la moindre honte que je n’avais que de très vagues connaissances sur le sujet), entraînant et addictif (difficile de lâcher prise une fois embarqué dans l’histoire).

J’ai pris énormément de plaisir à lire ce bouquin, d’autant plus que le style sans fioriture permet une grande fluidité de lecture, il me tarde donc de me plonger dans le second opus tout en espérant déjà que le troisième ne tardera pas trop à voir le jour (ceci dit je conçois volontiers qu’après cinq ans de travail sur ces deux premiers tomes, David Kirk ressente le besoin de faire un break).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Katie Khan – S’Accrocher Aux Etoiles

K. Khan - S'accrocher aux étoilesSuper 8 est un éditeur qui a le don de nous proposer des cocktails littéraires parmi les plus inattendus, et le pire c’est que ça fonctionne toujours aussi bien que la toute première fois. Avec S’Accrocher Aux Etoiles Katie Khan, l’auteure de cet OLNI, vous propose de découvrir un récit de science-fiction saupoudré de comédie romantique et plein d’humanité.
Carys et Max sont perdus dans l’espace, reliés entre eux par un cordon et avec une réserve d’air de 90 minutes. Comment et pourquoi en sont-ils arrivés là ? Réussiront-ils à regagner leur vaisseau avant de suffoquer ? Si vous voulez des réponses : embarquement immédiat !
Carys et Max ont 25 ans, ils s’aiment d’un amour fou, tout va bien dans le meilleur des mondes me direz-vous ? Dans ce futur incertain, au coeur d’Europia (une contraction entre une Europe étendue et une utopie), leur amour est interdit ; pour se conformer aux lois sur le couple, ils doivent attendre d’avoir 35 ans avant d’envisager de vivre ensemble ! Pas glop vous en conviendrez, mais ça n’explique pas comment ils se retrouvent là-haut, dans une situation franchement pas glop du tout !
Au fil des chapitres vous partagerez les souvenirs de Carys et Max, de leur rencontre à ces foutues 90 dernières minutes. Au fil des chapitres, les minutes s’écouleront dans un inexorable compte à rebours…
Max et Carys n’avaient rien pour tomber amoureux l’un de l’autre, le contraire eut été étonnant, les meilleures comédies romantiques commencent avec un couple improbable… mais elles ne se terminent (heureusement) pas toutes dans un remake de Gravity !
Le monde de demain, tel que présenté par l’auteure est loin d’être un monde idyllique ; si Europia vous donne des frissons avec son modèle perverti d’idéal pour tous, sachez que c’est encore la partie du monde qui s’en tire le mieux, les Etats-Unis et le Moyen-Orient se sont en effet mutuellement anéantis à grand renfort de bombardements en tout genre.
Bienvenue dans la première comédie romantique d’anticipation ! Ca peut surprendre, mais ça fonctionne, pour ma part la magie a opéré de façon quasi instantanée. Déjà parce que l’auteure évite l’écueil de l’étalage massif de guimauve et de bons sentiments à donner la nausée à un bisounours ! Au lieu de ça elle nous offre une fable humaniste construite avec intelligence, sans une once de mièvrerie ou de sentimalentisme outrancier.
Vous l’aurez compris, Carys et Max sont dans un foutu merdier, mais l’auteure ne surjoue pas non plus la carte du dramatique et du pathos ; c’est la foi en leur amour qui fait vibrer notre jeune couple, leur came, c’est l’autre ! L’auteure n’hésite pas à recourir à de nombreuses touches d’humour histoire de faire retomber la tension sans toutefois nuire à l’émotion.
Si le récit est porté par Max et Carys, les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés en plan, qu’il s’agisse des parents (qui viendront encore accentuer le fossé qui sépare nos Roméo et Juliette de l’espace) ou de leurs amis (Liu et Liljana principalement), mais pour ma part j’ai eu un faible pour Kent, le petit frère de Max.
J’ai un pour ce roman la même tendresse que celle ressentie en lisant Il Y A Un Robot Dans Le Jardin de Deborah Install, proposé justement par le même éditeur. Peut-être que je m’adoucis en vieillissant, à moins qu’il s’agisse de savoir apprécier chacun des petits instants de bonheur que nous offre le temps qui passe. Quoi qu’il en soit, Katie Khan a su faire vibrer la bonne corde au bon moment chez moi, merci à Super 8 pour cette belle découverte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Ian McEwan – Dans Une Coque De Noix

I. McEwan - Dans une coque de noixUn invité surprise au menu du jour, je suis en effet par le plus grand des hasards sur le roman de Ian McEwan, Dans Une Coque De Noix. Jamais entendu parler de ce titre, auteur qui m’est inconnu, mais un pitch qui a fait immédiatement mouche. Faible créature que je suis, je n’ai pu résister à la tentation…
Lorsque le narrateur découvre que sa mère complote avec son amant en vue d’éliminer le mari cocu (et donc le père du narrateur), il décide de tout mettre en oeuvre pour faire échouer ce sinistre plan. Circonstance aggravante, l’amant n’est autre que le frère du mari (et donc l’oncle du narrateur). Mais le narrateur est un foetus encore dans le ventre de sa mère, pas facile dans ces conditions d’interagir sur les événements et les individus…
Ian McEwan nous livre un court (224 pages dans sa version papier) roman noir qui ne manque ni d’humour (tout aussi noir cela va de soi), ni d’originalité (revisiter Hamlet en version in utero, il fallait oser… et en plus l’auteur y ajoute une bonne couche de vaudeville).
Le moins que l’on puisse dire c’est que la plume de l’auteur est un pur délice pour les amateurs de jolies phrases. Que ce soit par la richesse de son vocabulaire ou la qualité de ses tournures de phrases, c’est clairement un roman qui se déguste plus qu’il ne s’engloutit.
Mais… car il y a un mais, comme bien souvent. A force d’user (et d’abuser) de périphrases, la narration perd de son naturel ; dommage pour un récit écrit à la première personne. C’est vrai que le narrateur en question est un foetus à quelques semaines de sa naissance, bien malin celui ou celle qui pourra affirmer ce qui passe par la tête de ces petites choses.
Outre sa préoccupation du moment, qui consiste à éviter que son père ne soit trucidé tout en préservant l’intégrité physique (pour l’intégrité morale c’est trop tard vu qu’elle se tape déjà Tonton Claude) de sa mère, notre jeune narrateur ne manque pas de bon sens quand il juge ses contemporains ou plus généralement la société et le monde. Un bon sens non dénué de sens critique et d’une once de causticité.
Une once ça pèse pas bien lourd (un peu plus de 28 grammes), et c’est bien là que se placera mon second bémol. Si je ne peux nier avoir passé un bon moment en compagnie de ce bouquin j’espérais plus de causticité dans le ton et un humour encore plus noir, bref un truc plus percutant.
Une lecture agréable tant par la forme que par le fond, originale, bien construite, mais avec un peu trop retenue à mon goût.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Daniel Cole – Ragdoll

D. Cole - RagdollVous me connaissez, je suis faible face à la tentation. Alors quand en plus de ça la tentatrice s’appelle La Bête Noire, impossible de résister à son appel. Voilà pourquoi Ragdoll, le roman de Daniel Cole a grillé la priorité à ses petits camarades livresques de mon Stock à Lire Numérique.
Un cadavre hors du commun, une macabre reconstitution humaine à partir de six corps différents dont l’une des mains pointe directement vers l’appartement de l’inspecteur Fawkes, surnommé Wolf. Une liste de six noms avec en regard la date de leur mise à mort, le dernier nom est celui de Wolf. Entre l’identification des victimes déjà mortes, la protection des futures victimes et la neutralisation du tueur, les équipes de la Met ont du pain sur la planche. Avec bien entendu Wolf en première ligne…
Quand on me parle de ragdoll (littéralement poupée de chiffon) la première image qui me vient à l’esprit est celle d’adorables chats et non un macchabée raccommodé à la mode du Dr Frankenstein ! Vous aurez sans doute compris que l’auteur ne va pas nous parler de chats.
Pour un premier roman, on peut dire que Daniel Cole frappe fort, certes il y a des faiblesses, mais globalement Ragdoll est un thriller psychologique de bonne facture.
La force d’un bon thriller psychologique repose sur la profondeur donnée aux personnages. Sur ce point l’auteur s’offre un sans-faute, il nous mitonne aux petits oignons une galerie impressionnante, autant par sa richesse que par sa diversité. Des personnalités fortes où rien n’a été laissé au hasard. Je n’entrerai pas dans le détail pour chacun des personnages, mais l’auteur parvient quasiment à leur donner une véritable présence physique.
De bons personnages au service d’une intrigue mal maîtrisée et c’est tout le soufflé qui s’effondre. Mais il n’en est rien ici, l’auteur joue habilement avec nos nerfs en nous proposant une enquête complexe face à un tueur particulièrement retors. On rencontre bien quelques baisses de rythme çà et là, mais c’est généralement pour mieux repartir sur les chapeaux de roues.
Le roman soulève aussi la question du rôle des médias dans le cadre d’une enquête criminelle. Andrea, l’ex-femme de Wolf, est une journaliste ambitieuse qui bien souvent mettra la police à mal et exposera dangereusement les victimes potentielles à force de chercher le scoop qui lui vaudra le poste de ses rêves. Son patron, Elijah, est encore pire, il ne reculera devant rien pour faire exploser l’audimat. Il est facile de leur jeter la pierre, mais si de tels vautours existent c’est bel et bien parce qu’il y a un public demandeur. Comme dirait l’autre : « Avant de leur jeter la pierre… ».
Le principal bémol, qui ne suffit toutefois pas à gâcher le plaisir, vient de la fin un peu trop abrupte. Tout se dénoue à une vitesse hallucinante dans les derniers chapitres ; à croire que l’auteur s’est laissé dépassé par son intrigue. Un final plus étoffé et la personnalité du tueur plus fouillée auraient propulsé le bouquin vers un coup double : coup de coeur et coup de poing.

MON VERDICT

[BOUQUINS] JP Delaney – La Fille D’Avant

JP Delaney - La fille d'avantC’est à Stelphique que je dois cette chronique, elle est la première à m’avoir recommandé la lecture de La Fille D’Avant de JP Delaney. Recommandation suivie dès que l’opportunité s’est présentée, d’autant que la blogosphère, globalement, ne tarit pas d’éloges sur ce roman, mais les moins enthousiastes restent sur une note positive.
Malgré un bail des plus contraignant, Jane Cavendish s’installe au One Folgate Street. Une maison aux lignes et à la décoration austère, mais hyper connectée. Rapidement Jane va découvrir que la précédente locataire, Emma Matthews, est décédée dans des conditions pas clairement établies. Est-ce qu’Edward Monkford, l’architecte et propriétaire des lieux, pourrait être lié à ce drame ?
C’est une fille d’avril, pauvre de moi, une fille difficile… Oups, désolé de pousser la chansonnette, pas prudent en saison cyclonique ! Et surtout sans aucun rapport avec le bouquin dont je dois vous causer.
Ai-je été subjugué par ce roman ou n’ai-je eu entre les mains qu’un énième trille psychologique ? La réponse la plus juste serait ni l’un, ni l’autre. Il y a du bon et du moins bon, mais rien à jeter.
J’ai aimé la construction qui joue sur l’alternance Avant (le point de vue d’Emma) et Maintenant (le point de vue de Jane), avec, dans les deux cas, un récit à la première personne. Les chapitres sont courts et le style est sans fioritures ; le lecteur est ainsi placé au coeur de l’action sans jamais devoir se demander s’il suit Emma ou Jane. Une construction maîtrisée sur le bout des doigts.
J’ai aimé l’ambiance, d’entrée de jeu on ressent une forme d’oppression, un sentiment de malaise diffuse. Et c’est une impression qui ne nous lâchera plus, même si parfois elle semblera plus lointaine, comme une vague menace ou un mauvais pressentiment qui nous colle à la peau.
Je reconnais volontiers avoir pris un réel plaisir à suivre les parcours de Emma et de Jane, notamment l’enquête de cette dernière afin de découvrir la vérité sur la mort d’Emma. Mais… Et oui, il y a un mais. J’ai été déçu par le manque de profondeur et de « saveur » des personnages, comme si l’auteur se contentait d’esquisses plutôt que de travailler véritablement sur des portraits. Malheureusement quand l’auteur se penche sur la personnalité de ses personnages, il force le trait plus que nécessaire et on sombre rapidement dans une succession de stéréotypes. Du coup ça a imposé une espèce de frontière invisible entre l’intrigue et moi, à mon tour je me suis contenté d’être spectateur plutôt que de chercher à devenir acteur.
Ce petit bémol a quelque peu douché mon enthousiasme, mais il n’en reste pas moins que je referme ce bouquin avec un sentiment globalement positif. Une intrigue bien maîtrisée qui aurait gagné en tension psychologique avec des personnages plus aboutis, mais qui n’en demeure pas moins hautement addictive. Pour une première incursion dans le thriller psychologique, JP Delaney (pseudonyme de Tony Strong) n’a pas à rougir de sa performance.
Pour finir, je dirai quand même quelques mots sur cette piaule hors norme. L’austérité, dans les lignes et la décoration ne me dérange pas outre mesure… disons plus exactement que ça ne serait pas rédhibitoire. Je suis par contre beaucoup plus réservé sur le côté domotique poussé à l’extrême, j’aurai un peu trop l’impression d’être fliqué H24. Mais le simple fait de devoir me coltiner un contrat de bail avec 200 clauses restrictives et de devoir répondre à un questionnaire d’admission, suffiront à me faire renoncer à toute velléité de m’installer au One Folgate Street… D’autant que parmi ces clauses figure l’interdiction d’avoir des animaux domestiques.

MON VERDICT