[BOUQUINS] Michael Johnston – L’Empire Des Soleri

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M. Johnston - L'Empire des Soleri

Titre : L’Empire Des Soleri
Série : Soleri – Tome 1
Auteur : Michael Johnston
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
480 pages

De quoi ça cause ?

Depuis des millénaires l’Empire vit sous le joug des Soleri,considérés comme des Dieux vivants, nul n’ose contester leur toute-puissance.

Et pourtant dans les royaumes « inférieurs » des voix commencent à s’élever contre les Soleri. Toutefois entre les querelles internes et leur incapacité à faire front commun contre l’oppresseur, ces royaumes ne constituent pas une menace sérieuse contre l’Empire.

Alors que les festivités de l’Enténébrement battent leur plein dans l’attente de l’éclipse annuelle devant clore le festival, à la stupeur générale celle-ci n’a pas lieu. Et ce n’est que le début d’une succession d’événements qui pourraient bien remettre en cause le fragile équilibre de l’Empire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

De prime abord c’est la couv’ qui m’a tapé dans l’oeil, elle m’a tout de suite fait penser à l’album Powerslave d’Iron Maiden ; comme dirait l’autre (R.I.P. Charles) : « je vous parle d’un temps, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ».

Iron Maiden - Powerslave

La quatrième de couv’ n’a fait qu’attiser ma curiosité, curieux en effet de découvrir ce que pouvait donner un récit de fantasy sur fond d’improbable rencontre entre l’Égypte ancienne et la tragédie shakespirienne…

Bragelonne et NetGalley ayant répondu favorablement à ma demande, il ne me restait plus qu’à pousser les portes de L’Empire des Soleri.

Ma chronique

Je remercie les éditions Bragelonne et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il n’a pas fallu longtemps au Trône De Fer pour s’imposer (à mes yeux en tout cas) comme une oeuvre majeure de la littérature fantasy ; du coup forcément quand je commence un nouveau roman (et plus encore une nouvelle saga) du genre, j’ai tendance à prendre l’univers de George R.R. Martin comme référence.

Au vu de ce premier tome, je serai tenté de dire que le cycle de Soleri s’annonce moins complexe, mais n’a pas à rougir de la comparaison avec son illustre aîné tout en affichant une identité qui lui est propre.

Au niveau des similitudes je citerai en premier lieu la structure du roman, chaque chapitre se consacrant au point de vue (POV pour Point of View en anglais) d’un personnage. Si George R.R. Martin n’a pas inventé cette architecture, il l’a en tout cas largement popularisée.

En l’occurrence les principaux intervenants sont tous de la même famille, les Hark-Wadi, qui règne sur le royaume d’Harkana, mais ils sont loin de parler d’une seule et même voix, loin s’en faut. Vous aurez ainsi le droit à cinq sons de cloches pour le moins discordants : Arko, le père, actuel roi d’Harkana, Sarra, la mère, devenue Grande Prêtresse du culte de Mithra après avoir quitté Harkana 10 ans plus tôt, Merit, la fille aînée qui rêve de prendre les rênes du Royaume, Kepina, la fille cadette, véritable garçon manqué éprise de liberté et Ren, le fils, otage du Prieuré depuis 10 ans, conformément aux lois imposées aux héritiers du trône par les Soleri.

Sans oublier toute une palanquée de personnages secondaires appelés à jouer des rôles plus ou moins importants dans le déroulé de l’intrigue ; dont certains connaîtront, le plus souvent à l’insu de leur plein gré, une fin brutale. Un casting qui tient toutes ses promesses…

Royaumes, prêtres et prêtresses… L’univers de Soleri se construit autour d’une forte dimension politique et religieuse. Un terrain propice aux alliances, complots, manigances et trahisons en tout genre. A ce titre les Hark-Wadi n’ont rien à envier aux Lannister !

Pour tout vous dire (ou presque), vous ouvrez le roman avec une donne de départ plutôt classique, au fil des chapitres les cartes sont redistribuées, encore et encore, afin de changer totalement le cours des choses selon la volonté de chacun ; tant et si bien, qu’au terme de moult rebondissements et retournements (de situation et accessoirement de veste), le livre se referme avec une donne radicalement différente. Et bien des promesses pour la suite…

Bien entendu ces multiples changements de donne ne se font pas la joie et la bonne humeur, le tribut à payer pour parvenir à ses fins est lourd mais qu’importe, seul le résultat compte… Si ça défouraille sec, les personnages ne s’accordent guère plus que le minimum syndical au niveau de la bagatelle ; sans doute trop occupés à se surveiller et à préparer leur prochain coup tordu.

L’auteur parvient à imposer un univers unique par la mixité de ses sources d’inspiration. Si certains royaumes revendiquent clairement leur origine (l’Égypte ancienne pour Sola, et le monde celte pour Feren), c’est moins évident pour Harkana (je serai tenté de miser sur le côté nordique) et impossible à dire pour Racchis et Wyrre, qui ne sont guère plus que mentionnés dans ce premier opus.

Je terminerai en soulignant un autre point commun avec Le Trône De Fer, mais au chapitre des petits bémols cette fois ; je referme ce premier tome en restant un peu sur ma faim sur l’aspect purement fantasy du récit, ça manque en effet de créatures extraordinaires et de magie.

Il n’en reste pas moins que je quitte L’Empire Des Soleri brûlant déjà d’impatience de m’y replonger au plus vite, en espérant que Michael Johnston ait la plume plus rapide que celle de George R.R. Martin ; A Dance With Dragons est sorti aux States en juillet 2011, et en France, L’Intégrale 5 en novembre 2014… depuis on a beau siffler sur la colline, on ne voit toujours rien venir (à part des annonces de reports à la chaîne).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Adam Sternbergh – Population : 48

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A. Sternbergh - Population : 48

Titre : Population : 48
Auteur : Adam Sternbergh
Éditeur : Super 8
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
432 pages

De quoi ça cause ?

Caesura (Blind Town pour ses habitants) est un trou perdu sans aucune existence officielle au fin fond du Texas. Les résidents doivent se plier à 3 règles simples: aucun contact avec l’extérieur, aucune visite et aucun retour en arrière possible en cas de départ.

Tous les résidents font partie d’un programme ultra confidentiel. Tous ont eu une partie de leur mémoire effacée, celle qui justifie leur présence à Caesura. Criminels ayant balancé leurs boss ou témoins à protéger, nul ne le sait et c’est très bien ainsi.

La ville est placée sous l’autorité du shérif Calvin Cooper et de ses deux adjoints. Leur mission consiste essentiellement à régler des querelles de voisinage ou des bagarres d’ivrognes. Jusqu’au jour où un habitant est abattu d’une balle en pleine tête.

Quelques mois plus tôt, un autre s’était tiré une balle dans la tête. Une situation complexe pour Cooper étant donné qu’aucune arme, hormis la sienne, n’est autorisée à entrer à Caesura…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Super 8 et que je n’ai jamais été déçu, et même souvent très agréablement surpris, par cette maison d’édition.

Au cas où j’aurais encore des doutes, la couv’ et le pitch ont enfoncé le clou de la curiosité jusqu’à un point de non-retour.

Super 8 et NetGalley ayant donné une suite favorable à ma demande, il ne me restait qu’à embarquer pour Caesura, un bled paumé dans le trou du cul du Texas, population : 48 habitants…

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Super 8 et Net Galley pour leur confiance renouvelée, me permettant ainsi de découvrir un roman que je guettais depuis l’annonce de sa sortie.

Je ne saurai dire combien de thrillers j’ai lu, mais ça doit se compter en centaines, je ne m’en lasse pas et à aucun moment je ne me suis senti blasé ; certes je peux avoir envie de passer à autre chose de temps en temps, mais mon genre de cœur reviendra toujours au premier plan de mes lectures. Si je ne m’en lasse pas, c’est parce que de temps en temps je croise la route d’un bouquin qui arrive encore à me surprendre en s’aventurant sur des terrains encore inexplorés. Population : 48 fait incontestablement partie de ces romans.

Le titre déjà pourrait faire penser au cultissime Pop. 1280 de Jim Thompson (1275 Âmes dans sa première traduction, Pottsville, 1280 Habitants pour la dernière version en date), l’exergue citant justement une phrase de ce roman tendrait à nous conforter dans notre impression. Et pourtant il n’en est rien, sinon un choix délibéré (et bienvenu en l’occurrence) de la traduction française du roman, dont le titre original est The Blinds, en référence au petit nom donné à Caesura.

Et c’est justement Caesura qui distingue ce roman de ses pairs. Imaginez un petit bled paumé au cœur du désert, protégé par une clôture de 4 mètres, n’ayant aucune existence officielle et n’apparaissant sur aucune carte. Un bled dont tous les résidents ont volontairement demandé à ce qu’une partie (la part la plus obscure) de leur passé soit définitivement effacée de leur mémoire. Une nouvelle identité pour un nouveau départ au sein d’une communauté restreinte.

En soi c’est déjà un terreau plutôt fertile pour un auteur un tantinet doué, ajoutez-y une enquête de police et quelques grains de sables imprévus qui viendront mettre en péril le fragile équilibre de la ville, vous obtiendrez un thriller en huis clos totalement addictif. Un véritable page-turner que vous ne pourrez plus lâcher une fois happé par son implacable mécanique.

Vous l’aurez compris, Adam Sternbergh et bien plus qu’un tantinet doué ; c’est en véritable virtuose qu’il mène son intrigue et ses personnages.

Concernant l’enquête de police susmentionnée, l’auteur nous livre rapidement le nom du tueur, il faudra être un peu plus patient pour découvrir le pourquoi du comment de son geste. En fait ladite enquête n’est que la partie émergée de l’iceberg, l’essentiel se déroule à l’insu du plein gré des habitants de Caesura (mes fameux grains de sable).

L’enquête en question est menée par des enquêteurs qui ne sont pas de véritables flics. À commencer par le shérif Cooper qui arbore fièrement une étoile fantoche, tire comme un pied amputé du gros orteil et tend à avoir deux mains gauches amputées des pouces quand il s’agit de jouer des poings !

Quant à mes grains de sable, ils seront de deux types. À commencer par de nouveaux arrivants dont certains ont un comportement pour le moins étrange. Et, cerise sur le gâteau, des enquêteurs externes viendront piétiner les plates-bandes du shérif Cooper.

On a beau savoir que les habitants de Caesura ne sont certainement pas des enfants de chœur,on ne peut s’empêcher de les trouver sympathiques et de s’attacher à leur quotidien. Du coup on aurait plutôt tendance à prendre en grippe ceux qui viennent menacer l’équilibre de cette petite communauté, d’autant qu’il semble falloir y réfléchir à deux fois avant d’être tenté de leur donner le Bon Dieu sans confession…

Bien que l’intrigue soit résolument moderne, la situation même de Caesura tend à lui donner une ambiance western (une sensation renforcée par la couv’), il ne manque que ces buissons en boule portés par le vent pour s’imaginer au XIXème siècle au cœur du Far West. Ne serait-ce pas le son d’un harmonica que j’entends ?

Si l’intrigue ne prête pas particulièrement à rire, tirant même parfois franchement sur le glauque, la plume de l’auteur ne se départ jamais d’une certaine légèreté, n’hésitant pas, çà et là, à apporter quelques touches d’humour histoire de faire baisser la pression.

Une fois de plus Super 8 réussit à me bluffer avec un bouquin qui ne ressemble à nul autre.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jonathan Skariton – Séance Infernale

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L. Skariton - Séance Infernale
Titre : Séance Infernale
Auteur : Jonathan Skariton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Grande-Bretagne (2017)
384 pages

De quoi ça cause ?

Alex Whitman n’a pas son pareil pour dénicher des objets en lien avec le cinéma, même ceux réputés introuvables ; il faut dire que ses méthodes ne sont pas toujours très orthodoxes, en effet il ne recule devant (presque) rien pour arriver à ses fins.

Sa mission du moment : retrouver le film Séance Infernale, réalisé par Augustin Sekuler, un inventeur français, des années avant que les travaux des frères Lumière et de Thomas Edison n’aboutissent.

Son enquête le conduira à Édimbourg (Ecosse) sur les traces de Sekuler et de son film, mais il encore loin de se douter que ses recherches seront plus périlleuses que ce à quoi il pouvait s’attendre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, c’est un thriller et ça met le cinéma à l’honneur… ça fait trois bonnes raisons de se laisser tenter.

Parce que le billet enthousiaste de Stelphique est venu rajouter une couche sur un degré de curiosité déjà élevé.

Sonatine ayant accepté, via la plateforme Net Galley, de donner une suite favorable à ma sollicitation, je ne vois aucune raison de différer plus avant cette lecture.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Vous l’aurez certainement remarqué j’ai un faible pour les thrillers et, même si c’est moins évident, pour le cinéma ; difficile, pour ne pas dire impossible de résister à un roman qui combine ces deux éléments et saupoudre le tout d’une bonne dose d’énigmes à résoudre.

Je ne sais pas si je peux me prétendre cinéphile, mais il est vrai que je suis un passionné de cinéma depuis de nombreuses années, même si mes goûts personnels me portent plus vers le cinéma contemporain, je connais quand même mes classiques (la preuve, je connais quasiment tous les films cités dans ce roman).

J’avais déjà lu que l’attribution de l’invention du cinéma aux Frères Lumière et à Thomas Edison était sujette à caution, mais je dois reconnaître que j’ai été bluffé par le travail de recherche effectué par l’auteur. Si le personnage d’Augustin Sekuler est fictif, il s’inspire d’un inventeur français bien réel, Louis Aimé Augustin Le Prince, qui aurait été un précurseur en matière de cinéma. Et qui, comme Augustin Sekuler, disparaîtra mystérieusement en 1890 au cours d’un voyage en train reliant Dijon à Paris. La comparaison s’arrête à ça, tout le reste n’est que fiction.

Je rassure ceux et celles que l’idée de courir après un vieux film rebuterait, il y a bien plus que ça dans ce roman. Un tueur en série particulièrement retors, voilà qui devrait vous motiver davantage.

Il faut savoir que si Alex Whitman se donne corps et âme dans son travail, c’est pour essayer de surmonter un drame personnel survenu une dizaine d’années plus tôt : la disparition de sa fille alors qu’il la conduisait au parc de Meadows à Édimbourg. Disparition suivie, quelque temps plus tard, par son divorce.

D’enfant il est aussi question dans la vie d’Augustin Sekuler, sa fille Zoe ayant elle aussi mystérieusement disparu. De nos jours aussi à Édimbourg une menace plane sur les enfants, suite à la découverte du corps calciné d’une fillette, l’inspecteur Georgina McBride est persuadée qu’un tueur en série sévit depuis plusieurs années en toute impunité… même si sa hiérarchie ne semble pas partager son point de vue.

Vous l’aurez compris sans qu’il me soit utile de le préciser : celui qui a enlevé (et certainement tué) la fille de Whitman dix ans plus tôt et le tueur en série qui sévit encore aujourd’hui sont très certainement une seule et même personne.

Mais alors quel rapport avec ce fichu film oublié de tous ? Et bien, ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! Je ne suis pas là pour vous raconter le bouquin, mais pour vous donner envie de le lire.

L’enquête, avec ses multiples ramifications, est tout simplement captivante. Impossible de lâcher le morceau une fois que vous aurez mordu à l’hameçon. Et faites-moi confiance, l’auteur sait y faire pour que vous appâter.

Les chapitres sont courts, l’écriture va à l’essentiel, tout est fait pour assurer un rythme de croisière soutenu. Et qui, bien entendu, ira crescendo au fil des pages !

J’ai beaucoup aimé les personnages de Whitman et McBride, mais il serait franchement injuste de ne pas citer le troisième larron : Charlie, le collègue et ami de Whitman. Pour être tout à fait franc, tous les personnages sont impeccablement travaillés et crédibles.

Une intrigue qui fait aussi la part belle à la ville d’Édimbourg, au point que l’on pourrait quasiment la considérer comme un personnage à part entière. Je n’y ai jamais mis les pieds, mais en refermant ce bouquin j’ai eu envie d’aller la visiter, de découvrir tous ces coins et recoins à côté desquels un visiteur non avisé passerait sans les voir.

Si la plupart des notes vers lesquels pointent les appels de note vous renseignent sur tel ou tel aspect de l’histoire, d’autres sont nettement plus surprenantes. L’auteur vous invite à revêtir votre tenue d’enquêteur et à les décrypter (sans vous en donner la clé).

Petite anecdote en passant :

Je clique sur le premier appel de note [1] et je vois un truc comme ça s’afficher :

1. N’importe quel âge : -… .. . -. / –.- ..- . / .-.. .- –. . / .. — .–. — .-. – . / .–. . ..- / .- / — — .. -. … / -.. . – .-. . / ..- -. / ..-. .-. — — .- –. .

Je me suis dit que mon fichier devait être corrompu. Renseignement pris (merci Stelphique), c’est « normal » et je dois m’attendre à d’autres surprises.

Donc c’est qu’il y a un truc à décoder et du coup la clé saute aux yeux : du morse !

Facile ! Sauf que les autres notes cryptées sont nettement plus coriaces… J’ai renoncé à y comprendre quelque chose ; ce qui ne nuit en rien à la lecture et à la compréhension du bouquin, ça ajoute même une sympathique touche d’interactivité.

J’ai envoyé un mail à l’auteur afin d’avoir des explications (à supposer qu’explications il y ait), on verra bien s’il me répondra ou non.

Pour un premier roman Jonathan Skariton nous propose un mélange des genres (Indiana Jones & Sherlock Holmes affrontent le Da Vinci Code) audacieux, mais totalement maîtrisé.

MON VERDICT


La minute du râleur maniaco-obsessionnel…

Le bouquin comporte de nombreux appels de notes numérotés vers lesdites notes (57 au total), dommage que l’appel et la note ne soient pas liés (un clic sur l’appel affiche directement la note correspondante). C’est quand même vachement plus pratique que de devoir naviguer d’une section à l’autre du bouquin…

Plutôt inhabituel de la part de Sonatine qui tend à nous proposer des versions epub quasiment irréprochables.

J’ai fait les liens manuellement sous Sigil, pas de difficulté particulière, si ce n’est qu’il faut répéter l’opération 57 fois…

[BOUQUINS] Kurt Vonnegut – Tremblement De Temps

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K. Vonnegut - Tremblement de Temps

Titre : Tremblement De Temps
Auteur : Kurt Vonnegut
Éditeur : Super 8
Parution : 2018
Origine : USA (1997)
304 pages

De quoi ça cause ?

En février 2001 un tremblement de temps renvoie l’humanité dix années plus tôt, en 1991. Les hommes vont se voir contraints de revivre cette décennie sans rien pouvoir changer quant à leurs choix et décisions du moment. Dix années durant ils seront à la fois acteurs et spectateurs de leur vie, impuissants à réparer les erreurs et mauvais choix, condamnés à en subir à nouveau les conséquences…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je n’ai jamais lu de roman de Kurt Vonnegut alors qu’il semble être considéré par beaucoup comme un porte-drapeau de la littérature underground US.

Parce que justement Super 8 nous propose un titre encore jamais publié en français.

Parce que Super 8 et Net Galley ont accepté de donner suite à ma demande.

Ma chronique

Je tiens à remercier les éditions Super 8 et la plateforme Net Galley pour la confiance qu’ils m’ont témoignée en acceptant ma sollicitation pour ce titre.

Une demande acceptée qui a toutefois bien failli rester sans suite, le roman m’ayant été proposé au format PDF j’ai informé l’éditeur que je ne le chroniquerai pas. Quelque temps plus tard, un peu par hasard, j’ai découvert que le titre était désormais disponible au format EPUB, je suis donc revenu sur ma décision.

Un roman (?) qui a bien failli ne jamais voir le jour comme nous l’explique Kurt Vonnegut dans son prologue :

Et voilà que moi, à l’hiver 1996, je me trouvais être le créateur d’un roman qui ne tenait pas debout, qui n’allait nulle part et qui, pour commencer, n’avait jamais demandé à être écrit. Merde ! J’avais, si vous voulez, passé pas loin d’une décennie sur ce poisson ingrat. Et il n’était même pas bon à appâter les requins.
(…)
Mon gros poisson, qui puait pas mal, était intitulé Tremblement de temps. Baptisons-le Tremblement de temps I. Et baptisons celui-ci, ragoût concocté à partir des meilleurs morceaux du précédent et mélangé à des réflexions et expériences des sept derniers mois environ, Tremblement de temps II.

Bien que le roman ait été publié en 1997 et que l’auteur jouisse d’une certaine notoriété, il faudra attendre 2018 pour qu’une version française soit publiée à l’initiative de Super 8. L’occasion pour les lecteurs français de découvrir un inédit édité à titre posthume (Kurt Vonnegut est mort en 2007, à l’âge de 84 ans).

Je ne sais pas si ce Tremblement De Temps est représentatif du travail de Kurt Vonnegut, mais c’est, de prime abord en tout cas, totalement déroutant comme lecture. Le pitch proposé n’est que très vaguement évoqué et sert surtout à l’auteur de prétexte pour nous parler de lui à travers diverses anecdotes le concernant lui ou ses proches et autres réflexions sur des sujets divers et variés.

Son alter ego fictionnel (avec qui il échange beaucoup), Kilgore Trout, écrivain de SF qui a la particularité de jeter aux ordures ses nouvelles sans même chercher à les faire publier, intervient souvent pour nous faire part, lui aussi de ses réflexions et son vécu (?).

J’avoue qu’au début de ma lecture je me suis demandé dans quel bourbier j’avais mis les pattes et quel pouvait bien être l’intérêt de la chose que j’étais en train de lire. La réponse s’est imposée d’elle-même après quelques chapitres ; tout l’intérêt de ce bouquin pour le moins atypique réside dans la plume de Kurt Vonnegut.

Force est de reconnaître que l’auteur est un conteur hors pair, on boit littéralement ses phrases, c’est un véritable régal pour les yeux, le cœur et les neurones (mon athéisme viscéral m’interdit d’y ajouter l’âme… mais grande est la tentation de le faire). J’en profite d’ailleurs pour saluer le travail de la traductrice Aude Pasquier.

Kurt Vonnegut a autant de gouaille que de talent, la langue de bois et le politiquement correct ne sont définitivement pas sa tasse de thé, il dit ce qu’il a à nous dire sans y aller par quatre chemins, pimentant même son propos d’un humour aussi ravageur que corrosif.

Morceau choisi à propos de l’Église :

« Quand ils ont découvert que j’étais divorcé, ai-je dit, ils m’ont prescrit toutes sortes de pénitences qu’il fallait que j’accomplisse avant de redevenir assez pur pour pouvoir me marier chez eux.
— Eh bien, voilà, a dit Trout. Imaginez les pinailleries qu’il aurait fallu que vous surmontiez si vous aviez été un ancien taulard. Et puis, si ce pauvre enculé qui vous a écrit a vraiment trouvé une Église qui l’a accepté, il pourrait très bien être de retour en prison à l’heure actuelle.
— Pourquoi ? ai-je demandé. Pour avoir piqué dans le tronc des pauvres ?
— Non, a répondu Trout. Pour avoir plu au Christ en abattant un médecin qui se rendait à son boulot dans une usine à avortement. »

Si l’auteur peut se targuer d’avoir eu une vie bien remplie ponctuée de nombreuses rencontres, mais aussi de deuils ; les interventions de Kilgore Trout quant à elles apportent un brin de folie à l’ensemble, à travers notamment des rencontres avec des personnages hauts en couleur et ses nouvelles aux histoires pour le moins ubuesques.

Ce bouquin n’est à nul autre pareil, un véritable fourre-tout sans queue, ni tête, mais qui se lit malgré tout avec beaucoup de plaisir (et j’en ai été le premier surpris). Une lecture quasi expérimentale qui vaut son pesant de cacahuètes. A réserver toutefois aux amoureux des mots qui ont un peu de temps à perdre…

Je ne peux pas dire, en refermant ce bouquin, que j’ai découvert l’univers littéraire de Kurt Vonnegut, par contre j’ai appris beaucoup de choses sur Kurt, non seulement l’auteur, mais aussi l’homme qu’il était. Une belle rencontre par écrits interposés qui m’a donné envie de découvrir ses « vrais » romans.

Je laisse le mot de la fin à Kurt Vonnegut :

Écoutez : nous sommes sur terre pour glandouiller. Ne laissez personne prétendre autre chose !

MON VERDICT

[BOUQUINS]Stephen King – Cookie Jar

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S. King - Cookie Jar

Titre : Cookie Jar
Auteur : Stephen King
Éditeur : Le Livre de Poche
Parution : 2018
Origine : USA (2015)
33 pages

De quoi ça cause ?

Dale rend visite à son arrière-grand-père, Rhett Alderson, dans le cadre d’un devoir scolaire portant sur les différences entre le monde d’hier et celui d’aujourd’hui.

Mais Rhett va aller beaucoup plus loin dans les confidences, révélant à Dale un secret dont il n’a jamais parlé à personne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour continuer, je l’espère, de surfer sur la vague de félicité entamée avec Gwendy Et La Boîte À Boutons.

Parce que je suis tombé un peu par hasard sur cette nouvelle en parcourant mon Stock à Lire Numérique (qui est pourtant classé avec une maniaquerie quasi obsessionnelle). Fichtre diantre, une nouvelle du King qui a échappé à ma vigilance !

Ma chronique

La nouvelle faisant une trentaine de pages la présente chronique sera donc relativement courte.

Après la jeune et sympathique Gwendy, changeons de génération pour faire connaissance du plus tout jeune (90 piges au compteur), mais tout aussi sympathique Rhett.

Rhett ? Peut être que ce prénom vous rappelle vaguement quelque chose… c’est normal et c’est un choix délibéré de Stephen King :

Son arrière-petit-fils l’appela d’abord « arrière-grand-papa », mais Barrett ne voulut pas en entendre parler.
« Ça me vieillit encore plus. Appelle-moi Rhett. C’est comme ça que faisait mon père. J’ai été Rhett avant qu’il n’y ait un Rhett Butler, tu te rends compte ? »
Dale demanda qui était Rhett Butler.
« Oublie ça. C’était un mauvais livre et un film très moyen. Parle-moi encore de ton projet.

Je ne me prononcerais pas sur la qualité du livre, n’ayant jamais lu Autant En Emporte Le Vent, concernant le film je rejoins volontiers l’avis de ce brave Rhett, c’est pas transcendant (et surtout ça a très mal vieilli).

Revenons à nous moutons et à nos cookies…

Comme Gwendy, Rhett à un secret, un pot à cookies (Cookie Jar chez nos amis anglophones… comme quoi le titre est vachement bien pensé) que je qualifierai à double tranchant ; avec un côté face plutôt pas mal et un côté face nettement plus glauque. Mais je ne vous en dirai pas plus…

Sur la forme rien à redire, c’est superbement écrit et ça se lit tout seul (une fois de plus je ne peux que m’incliner devant la qualité de la traduction de Michel Pagel).

Rhett va raconter sa jeunesse à Dale, avec notamment la traversée de la Seconde Guerre Mondiale durant laquelle il a combattu en Europe, participant au Débarquement de Normandie et par la suite à la libération des camps. Forcément un épisode qui a de quoi marquer à jamais les esprits même les plus endurcis.

Mais c’est aussi une histoire familiale, Rhett nous parle de ses parents et de ses frères ; l’occasion pour l’auteur de souligner l’importance de la famille dans notre vie de tous les jours (dit comme ça, ça peut paraître évident, mais dans les faits on a souvent tendance à oublier cette évidence).

Les choses se corsent quand Rhett en vient à évoquer le côté obscur de ce fameux pot à cookies, l’auteur nous ouvre les portes sur un potentiel horrifique des plus prometteurs… avant de les refermer presque aussitôt ! C’est un tantinet frustrant pour le lecteur qui peut légitimement se demander pourquoi avoir abordé la question de façon aussi superficielle.

Une lecture agréable, mais qui nous laisse un amer goût d’inachevé au moment de refermer le bouquin.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stephen King & Richard Chizmar – Gwendy Et La Boîte À Boutons

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S. King & R. Chizmar - Gwendy et la boîte à boutons

Titre : Gwendy Et La Boïte À Boutons
Auteur : Stephen King & Richard Chizmar
Éditeur : Le Livre De Poche
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
160 pages

De quoi ça cause ?

1974. Gwendy a 12 ans quand un étrange bonhomme, M. Farris, lui offre une boîte à boutons encore plus étrange. À peine lui a-t-il vaguement expliqué le fonctionnement de la boîte, composée de deux manettes et huit boutons colorés, que l’homme disparaît sur une ultime mise en garde quant aux responsabilités qu’impose la possession de la boîte.

Dix ans durant la boîte à boutons accompagnera Gwendy et changera sa vie, pour le meilleur… et pour le pire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King, tant pis si ce n’est « qu’une » nouvelle, tant pis si elle est écrite à quatre mains, King is THE KING !

Parce que je ne voulais pas rester sur une déception (Sleeping Beauties) en attendant son prochain roman (The Outsider… pas encore de date annoncée pour une publication en français).

Ma chronique

Si vous me le lisez depuis déjà quelque temps vous savez sans doute que je ne suis pas un inconditionnel des nouvelles, mais force est de reconnaître que c’est un exercice dans lequel Stephen King excelle. C’est donc plutôt confiant que je me suis lancé dans la lecture de Gwendy Et La Boîte À Boutons.

Est-il vraiment utile de présenter Stephen King ? Qui ne connaît pas le King ? Même sans être un inconditionnel du bonhomme vous en avez forcément entendu parler.

Par contre je suppose que le nom de Richard Chizmar ne vous dit rien, ne vous inquiétez pas c’est normal ; bien qu’il jouisse d’une notoriété certaine outre Atlantique, comme auteur (surtout nouvelliste) et éditeur, son travail n’a jamais été publié en français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, revenons un instant sur le prénom de notre héroïne ; Gwendy, ce n’est pas commun comme prénom. Laissons justement cette chère Gwendy nous en parler :

Mon père voulait m’appeler Gwendolyne – le prénom de sa grand-mère – et ma mère Wendy, comme dans Peter Pan. Alors ils ont transigé.

Quand on fait sa connaissance, en 1974, elle a douze ans et ne se sent pas très sure d’elle même, mal dans sa peau à cause d’un léger surpoids… bref une gamine ordinaire dans un monde tout aussi ordinaire (et impitoyable, surtout chez les adolescents).

Et v’là-t’y pas qu’un beau jour (ou peut être une nuit… Non Barbara, pas maintenant s’teup !) un bien étrange bonhomme affublé d’un chapeau melon noir lui confie une boîte à boutons tout aussi bizarre que son propriétaire. Mais attention il ne s’agit pas de n’importe quelle boîte, celle-ci est magique, grand est son pouvoir comme dirait ce brave Yoda.

Si vous connaissez un tantinet l’univers de Spiderman, vous n’êtes pas sans savoir qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Ce que M. Farris (notre étrange bonhomme chapeauté) explique à Gwendy en ces termes :

Prends soin de la boîte. Elle accorde des dons, mais ce n’est qu’une faible récompense des responsabilités qu’elle impose.

Nous allons donc accompagner Gwendy au fil des ans, un parcours relativement normal (sans doute un peu plus brillant que la moyenne) pour une jeune femme tout aussi normale. Découvrir ses amis, ses amours (ses emmerdes… Charles, non ! Quoique), ses parents… bref tout ce qui fait son quotidien.

Et la boîte me direz-vous ? Quelle est donc l’étendue de ses fameux pouvoirs magiques (en admettant qu’ils soient bien réels) ? Non rien de rien (je ne regrette rien… Edith ! P’tain, pas moyen de bosser tranquille) je ne vous en dirai rien de plus ; si vous voulez le savoir, vous n’avez qu’à lire le bouquin.

Encore faudrait-il savoir si ce bouquin vaut la peine d’être lu… Ma réponse est sans hésitation un grand OUI. Non seulement c’est bien écrit (et donc bien traduit pour nous, lecteurs francophones), mais en plus les auteurs nous content une belle histoire que vous dévorerez d’une traite.

Même le côté gentillet (sans aucune mièvrerie je ne vous rassure) de l’histoire ne m’a dérangé outre mesure, ça colle même plutôt bien avec l’ensemble des ambiances et émotions que l’on traverse au cours cette lecture.
Certes j’aurai aimé une approche plus horrifique et un peu moins aseptisée, mais dans ce cas c’est tout le récit qu’il aurait fallu repenser et visiblement ce n’est pas ce vers quoi les auteurs tendaient.

On pourrait aussi leur reprocher de ne pas avoir suffisamment exploité le côté obscur de la boîte à boutons, mais là encore ça n’aurait pas collé avec le personnage de Gwendy.

Au final cette nouvelle s’avère être une mise en bouche fort agréable et savoureuse en attendant de découvrir le prochain roman du King.

Cerise sur le gâteau (icing on the cake et non cherry on the cake chez nos amis anglo-saxons), le bouquin est joliment illustré par Keith Minnion et le gars a un joli coup de crayon !

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Joy – Le Poids Du Monde

AU MENU DU JOUR

D. Joy - Le Poids du Monde

Titre : Le Poids Du Monde
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
320 pages

De quoi ça cause ?

Little Canada, un bien joli nom pour un patelin paumé au pied des Appalaches. C’est là que Aiden McCall et Thad Broom, deux types blessés par la vie et amis depuis toujours, sont frères de galère. Ils vivotent tant bien que mal entre petits boulots et petits trafics.

Le jour où leur dealer se fait accidentellement sauter le caisson devant eux, les deux potes font main basse sur sa came, son fric et ses flingues. Un premier pas vers un nouveau départ ou vers une inexorable descente aux enfers ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que l’éditeur et Net Galley ont accepté de me faire découvrir ce titre en avant-première (parution le 30 août).

Pour la petite histoire j’ai sollicité simultanément, et en avant-première, La Disparition D’Adèle Bedeau et Le Poids Du Monde, dans l’espoir que l’une de mes demandes soit acceptée ; à ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, mes deux demandes ont reçu une suite favorable.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour cette nouvelle marque de confiance me permettant de découvrir ce roman en avant-première.

C’est ma première incursion dans l’univers littéraire de David Joy (à ma décharge, il n’a écrit, à ce jour, que deux romans et le premier est dans mon Stock à Lire Numérique) et le moins que l’on puisse dire c’est que ça secoue ; comme dirait notre regretté Johnny H. : « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir« .

Bienvenue au cœur de l’Amérique profonde, par contre oubliez le fameux american dream en ouvrant les pages de ce bouquin ; la crise économique est passée par là et continue à tisser sa toile dévastatrice. En lisant ce roman je n’ai pu m’empêcher de penser au recueil Chiennes De Vies de Frank Bill qui m’avait déjà bien remué les tripes. Le cadre change, on abandonne l’Indiana du Sud pour la Caroline du Nord, mais la situation est plus ou moins la même avec le meth en toile de fond, histoire d’oublier les coups de pute de la vie de tous les jours !

Dès le prologue David Joy donne le ton : « Aiden McCall avait douze ans la seule fois où il entendit les mots « Je t’aime ». » ; c’est son père qui lui adressera ces mots du bout des lèvres. Que c’est bôôô ! Ça aurait pu l’être, sauf que le gars vient de flinguer sa femme sous les yeux de leur fils (Aiden) et va ensuite se faire exploser le caisson… y’a mieux pour démarrer dans la vie ! Mais hélas, comme dirait ce cher Francis C. : « Et ça continue, encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord« .

Du côté de chez Thad les choses ne sont guère plus brillantes, il est revenu d’Afghanistan affligé d’un sévère syndrome de stress post-traumatique. Depuis il vit entre le passé et le présent, entre là-bas et ici, semblant se foutre du tout, surnageant vaguement entre les vapeurs d’alcool et les nuages de meth.

On pourrait simplement se dire que c’est l’histoire de deux gars que la vie n’a pas vraiment gâtée et du coup éprouver une réelle empathie pour eux. Sauf que nos gusses vont enchaîner les mauvais choix sans vraiment en mesurer les conséquences. Une cata en entraînant une autre, la situation va rapidement échapper à tout contrôle. Là encore il serait aisé de leur jeter la pierre et pourtant à aucun moment je n’ai eu envie de les juger (sans pour autant excuser leurs dérives).

Entre nos deux losers défoncés, on trouve April, la mère de Thad et l’amante d’Aiden. Elle non plus n’a pas été vernie par la vie et n’a guère d’illusion quant à l’avenir ; mais contrairement à Thad et Aiden elle essaye de garder la tête sur les épaules.

Un roman noir puissant qui vous prendra aux tripes dès les premières pages et ne cessera de les vriller en tout sens jusqu’au clap de fin ; et pourtant même en pleine tourmente il vous sera impossible de le lâcher. Une sacrée claque dans la gueule que vous ne refermerez qu’à regret.

David Joy ne s’égare pas en figures de style inutiles, il opte pour une écriture percutante qui va à l’essentiel pour toucher le lecteur en plein cœur.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Raymond E. Feist – Le Roi Des Cendres

AU MENU DU JOUR

R.E. Feist - Le Roi Des Cendres

Titre : Le Roi Des Cendres
Série : La Légende Des Firemane – Tome 1
Auteur : Raymond E. Feist
Éditeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : USA
480 pages

De quoi ça cause ?

Les royaumes de Garn étaient au nombre de cinq, jusqu’à ce que quatre d’entre eux, sous l’impulsion du roi Lodavico, souverain de Sandura, ne trahissent le cinquième. Le royaume d’Ithrace est alors pillé et la famille royale assassinée. Les traîtres l’ignorent encore, mais le dernier né du roi, un bébé à la tignasse flamboyante, a échappé au massacre.

Sur l’île de Coaltachin, le bastion de la très secrète et très affluente, Nation Invisible, Hatu et ses amis, Donte et Hava, s’entraînent sans répit en vue d’intégrer les Quelli Nascosti, les invisibles, les redoutables maîtres-espions de la Nation. Hatu, l’orphelin recueilli, éduqué et formé, par la Nation Invisible, qui a reçu comme stricte consigne de son maître de veiller à toujours teindre sa tignasse rousse.

À Oncon, paisible bourg situé sur les Terres du Pacte, le jeune Declan oeuvre à sa dernière tâche avant d’être promu maître forgeron par Edvalt, son tuteur et maître. Pour l’occasion Edvalt lui révèlera une technique connue de peu de forgeron et maîtrisée par une petite poignée d’entre eux ; un secret permettant d’obtenir un acier de grande qualité et de forger des armes uniques.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait un moment que je voulais découvrir l’univers fantasy de Raymond E. Feist, sans toutefois avoir le courage de me plonger dans son cycle Krondor (30 tomes… ça donne matière à réfléchir avant de se lancer).

En prime j’ai trouvé la couverture, façon aquarelle, très sympa.

Ma chronique

Ne connaissant le cycle de Krondor que de réputation (et quelle réputation !) c’est d’un oeil neutre que j’aborde ce roman de Raymond E. Feist, premier tome de la trilogie consacrée à La Légende Des Firemane.

Heureusement que je ne suis pas facilement influençable, sinon après avoir lu la critique assassine du roman sur elbakin.net, j’aurai pu être tenté de renoncer à ma lecture. Mais j’étais bien déterminé (et motivé) à me faire ma propre idée de la chose, il faudrait plus que ça pour me faire changer d’avis.

Le Roi Des Cendres remplit parfaitement son rôle de tome d’ouverture sur un nouvel univers, il pose le décor, les personnages et le(s) contexte(s). On découvre un univers complexe riche d’un fort potentiel qui ne demande qu’à déployer ses ailes pour nous embarquer encore plus loin dans l’aventure.

L’intrigue du roman se déroule suivant deux axes distincts. D’une part l’on suit Hatu (orphelin que l’on sait être le dernier né des Firemane) au fil de ses missions pour le compte de la Nation Invisible. D’autre part l’auteur nous invite à suivre les premiers pas de Declan, récemment promu maître-forgeron qui va devoir, par la force des choses, installer sa propre forge.

Deux parcours initiatiques radicalement différents qui sont forcément appelés à se télescoper à un moment ou à un autre. Dans les premiers chapitres, l’on a un peu de mal à lier le sort de ces deux personnages ; on a beau comprendre assez vite que la rencontre sera fortuite (les deux étant appelés à se rendre, tôt ou tard, au même endroit), je ne doute pas que l’auteur nous réserve quelques surprises pour la suite.

J’ai bien aimé le soin apporté aux personnages, au fil des chapitres on les voit évoluer, que ce soit individuellement ou par leurs relations avec les autres. En effet, si Hatu et Declan sont les personnages principaux, les autres ne sont pas pour autant laissés sur le bas-côté. À commencer par leur entourage immédiat, mais aussi ceux appelés à jouer un rôle (pas toujours évident à définir à ce stade de la lecture) dans le déroulé de l’intrigue.

L’intrigue se tisse autour de dimensions politiques et religieuses (voire mystiques par certains aspects), ce qui implique son lot d’alliances, de complots et de trahisons. Certains éléments stratégiques se mettent en place dès ce premier tome, mais l’on en voit d’autres se tisser dans un avenir relativement proche.

Difficile d’imaginer un univers de fantasy sans créatures surnaturelles ni magie, si ces éléments se font plutôt discrets dans ce premier opus, on devine qu’ils sont appelés à jouer un rôle grandissant par la suite (au moins pour la magie).

J’admets volontiers que ce Roi Des Cendres ne révolutionnera pas le genre, il n’en reste pas moins que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le monde Garn, ses personnages et ses intrigues. Il me tarde de découvrir les prochains tomes…

Je terminerai toutefois par un petit bémol, certains éléments sont répétés, encore et encore, au fil des chapitres (par exemple la colère sourde d’Hatu ou encore le fonctionnement du Conseil de la Nation Invisible…) ; je n’irai pas jusqu’à dire que c’est pénible (à moins de souffrir d’Alzheimer chronique) mais on s’en passerait volontiers.

Comme vous avez pu le constater, je ne partage pas du tout la déception d’elbakin.net, je ne sais pas si c’est parce que je suis moins exigeant que leurs chroniqueurs ou si c’est parce que de leur côté, connaissant Feist sur le bout des doigts, ils espéraient mieux de ce « grand retour » ; le fait est que je les ai trouvé particulièrement sévères sur ce coup, et, pour tout dire un tantinet injustes. Ma foi, les goûts et les couleurs…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Neal Shusterman – Thunderhead

AU MENU DU JOUR

N. Shusterman - Thunderhead

Titre : Thunderhead
Série : La Faucheuse – Tome 2
Auteur : Neal Shusterman
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2018
Origine : USA
576 pages

De quoi ça cause ?

Citra est désormais connue sous son nom de Faucheuse, Dame Anastasia. Mais ses méthodes de glanage, pleines de compassion et d’empathie, ne font pas vraiment l’unanimité dans la communauté. Heureusement, elle peut compter sur le soutien sans faille de son mentor Dame Curie.

Rowan de son côté s’est autoproclamé faucheur et justicier. Il officie vêtu de noir sous le nom de Maître Lucifer. Ses victimes : les Faucheurs corrompus qui détournent les règles de la communauté à leur profit. De fait Rowan est l’homme à abattre pour la communauté des Faucheurs.

Leur amitié survivra-t-elle à ce conflit d’intérêts ? Sera-t-elle une force ou une faiblesse face à une menace grandissante qui pourrait radicalement changer la donne ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé La Faucheuse malgré son étiquette young adult. J’étais curieux de savoir si cette suite confirmerait mon engouement ou serait, au contraire, une douche froide… Curieux, mais confiant.

Ma chronique

Bien que plutôt réticent à découvrir la littérature estampillée young adult, force m’est de reconnaître que j’ai beaucoup aimé La Faucheuse de Neal Shusterman. L’intrigue est suffisamment élaborée pour avoir fait mouche, les personnages sont soignés… bref, impossible pour moi de résister à l’attrait de cette suite.

Commençons par le commencement : qu’est-ce que ce fameux Thunderhead ? Pour faire simple, c’est le nom de l’hyper intelligence artificielle qui supervise ce nouveau monde et veille au grain. Un Big Brother bienveillant qui assure le bien-être de ses ouailles (les humains).

Tous les humains ? Presque… Si le Thunderhead a un droit de regard (limité) sur la communauté des Faucheurs, il ne peut en aucun cas intervenir dans leurs affaires.

Le mieux, pour comprendre l’essence du Thunderhead, est encore de vous plonger dans ce roman (après avoir lu La Faucheuse, cela va de soi). En effet, en guise de transition d’un chapitre à un autre, vous aurez le droit à une intervention du Thunderhead qui vous expliquera mieux que personne ce qu’il est et quel est son rôle.

Outre Citra et Rowan, vous croiserez d’autres personnages déjà rencontrés dans La Faucheuse, certaines de ces retrouvailles ne vous surprendront guère (je pense notamment à Dame Curie, à la Serpe Ultime Xénocrate ou encore à Maître Faraday), d’autres par contre seront nettement plus inattendues (niet, vous n’aurez aucun nom… inutile d’insister !).

Bien entendu cette suite vous réserve aussi de nouvelles rencontres, la plus notable étant certainement le personnage de Greyson Tolliver. Un jeune homme qui entretient une relation « étroite » avec le Thunderhead et va se retrouver embringué, presque malgré lui, dans un complot dont les enjeux le dépassent largement.

Le contexte ayant déjà été largement posé par le tome précédent, Neal Shusterman nous plonge directement au coeur de son intrigue. Une intrigue qui se jouera presque exclusivement autour de la communauté des Faucheurs, quand ils ne seront pas intervenants directs, ils seront au centre de toutes les préoccupations (avec parfois de bonnes intentions… et certaines nettement moins louables).

Il faut dire aussi que la communauté est plus que jamais divisée, entre les tenants du Nouvel Ordre instauré par feu Maître Goddard et ceux de la Vieille Garde… La tension est palpable, au fil des chapitres on sent que ça ne peut que mal finir, mais l’auteur sait s’y prendre pour laisser placer au doute et aux incertitudes. Avant de nous en mettre plein la vue avec un final ahurissant.

Un second opus plus sombre que le précédent tout en restant dans la continuité. L’ajout d’une dimension stratégique (voire politique, dans le bon sens du terme) est pour moi un plus indéniable.

En refermant ce bouquin, vous n’aurez qu’une hâte : lire le troisième et dernier tome de la série ! Il faut dire que le final est plus que prometteur pour la suite. Mais il nous faudra prendre notre mal en patience, aucune date n’est annoncée à ce jour pour une sortie en VO…

Je terminerai cette chronique par un coup de chapeau à Kevin Tong, l’illustrateur à l’origine des couvertures de ces deux romans. Un visuel qui donne envie d’en savoir plus…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stephen & Owen King – Sleeping Beauties

AU MENU DU JOUR

S. & O. King - Sleeping Beauties

Titre : Sleeping Beauties
Auteur : Stephen King & Owen King
Editeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
832 pages

De quoi ça cause ?

Un mal mystérieux semble frapper les femmes du monde entier, les plongeant dans le sommeil et enveloppant leur corps d’un étrange cocon.

Alors que le mal commence à frapper la paisible bourgade de Dooling, le sherif Norcross arrête et incarcère Evie Black. La mystérieuse jeune femme vient de tuer sauvagement deux trafiquants de drogue, mais surtout elle semble épargnée par cette épidémie.

Clint Norcross, le psychiatre de la prison pour femmes de Dooling réalise rapidement que la nouvelle venue n’est pas une prisonnière comme les autres. Mais réussira-t-il à la protéger de la folie des hommes ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’te question ! Parce que c’est Stephen King, même écrit à quatre mains avec son fils Owen ça reste un roman du King, le seul, l’unique !

Je ne connais pas les écrits de Owen King (à ma décharge, ils ne sont pas disponibles en français), mais je suis confiant…

Ma chronique

Je n’ai pas pour habitude de pratiquer la langue de bois et ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer, après tout je ne suis inféodé à aucune maison d’édition ni à aucun auteur, comme dirait l’autre « vous n’aurez pas ma liberté de penser« , et j’ajouterai que je ne me priverai pas d’exprimer haut et fort le fond de ma pensée.

En me lançant dans ce bouquin j’attendais un grand WAOW, je quitte le referme sur un petit HMOUAIS très mitigé. Si je devais résumer mon sentiment en un seul mot ce serait DECEPTION. Pas parce que le bouquin est une sinistre daube (faut pas déconner non plus, on parle de Stephen King), mais parce que j’espérais beaucoup de son pitch… Trop sans doute.

Un chiffre pour commencer : 15 jours. C’est le temps qu’il m’a fallu pour venir à bout du roman, autant dire qu’un tel délai pour achever un Stephen King c’est du jamais vu chez moi. Certes c’est un pavé (plus de 800 pages), mais si j’avais été inspiré par l’intrigue je l’aurai bouclé en quelques jours.

C’est la (longue, très longue) première partie du roman qui justifie ce sentiment mitigé. J’aime les romans dans lesquels l’auteur prend le temps de poser le décor, les personnages et l’intrigue, mais là il y a de réelles longueurs. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai été tenté de laisser tomber ma lecture en cours de route, mais j’ai souvent ressenti le besoin de faire une pause avant de m’y remettre.

Dans leur note de fin, les auteurs disent que le premier jet du roman était beaucoup plus long que sa version finale, j’ose à peine imaginer ce que ça pouvait donner. Pas sûr que j’aurai tenu le coup jusqu’à la fin du roman, déjà là j’estime que cette première partie aurait gagné à subir encore quelques coupes franches (à elle seule elle représente déjà plus de la moitié du bouquin).

Heureusement Stephen et Owen King évitent le naufrage avec une seconde partie menée à un rythme endiablé et à l’issue incertaine jusqu’au final.

Une courte troisième partie vient conclure le roman.

Un retour au fantastique pur et dur que les inconditionnels de Stephen King attendaient de pied ferme, d’autant que l’intrigue pouvait se targuer d’un riche potentiel mettant la gent féminine à l’honneur. Dommage que le plaisir soit partiellement gâché par cette première partie mal dosée et mal gérée.

Pour terminer cette chronique sur une note positive, je tire mon chapeau aux auteurs qui réussissent à proposer une intrigue mettant en scène de nombreux personnages sans jamais embrouiller le lecteur.

Si le bouquin ne m’a pas vraiment emballé, il faudra plus que ça pour remettre en cause mon engouement pour Stephen King, je répondrai bien entendu présent à la sortie de son prochain roman.

MON VERDICT