[BOUQUINS] Harry Crews – Nu Dans Le Jardin D’Eden

H. Crews - Nu Dans Le Jardin D'EdenTiens donc, mais que vient ce titre sorti de nulle part au coeur de mes chroniques ? Je clame mon innocence votre honneur, la coupable est une belette cannibale d’origine belge (si si ça existe). Elle a posté un post tentateur dans son blog et moi, pauvre victime innocente je suis tombé dans le piège de la tentation. Et voilà comment Harry Crews et son roman, Nu Dans Le Jardin D’Eden, se sont retrouvés d’abord entre mes mains puis dans ces modestes colonnes.
Au début des années 60 Garden Hills, la plus grande mine de phosphate du monde, était un Eldorado inespéré pour les habitants de la région mais le rêve a vite fait de se casser la gueule et les investisseurs de retirer leurs billes. Aujourd’hui Garden Hills se sont douze bicoques et une poignée d’habitants qui survivent tant bien que mal. Au sommet de la hiérarchie on trouve Fat Man, l’héritier fortuné qui fait vivoter tout le monde mais il n’y a pas grand chose à attendre de lui. De l’autre côté il y a Dolly, elle rêve de redonner à Garden Hills un nouvel essor grâce au tourisme et au cabaret. Rien ni personne ne pourra la faire renoncer à ses rêves de renouveau…
Vous l’aurez compris ce n’est ni une version érotique de la Bible (l’original l’est suffisamment comme ça), ni une partie de jambes en l’air dans le jardin de la voisine (ou du voisin puisqu’en Belgique il semblerait que le prénom Eden soit mixte. Pour ma part la seule Eden que je connaisse est Eden Capwell de Santa Barbara… Oui je sais c’est du lourd au niveau des références culturelles). Nope rien d’aussi léger ici puisqu’on plonge au coeur de la noirceur et de la misère d’une communauté oubliée de tous ou presque.
En plus de la chronique forte élogieuse de la tentatrice susnommée (non ce n’est pas une dissimulation de fellation) il faut dire que deux autres choses (non que je considère la Belette Cannibale comme une chose) ont contribué à me faire craquer. La première, aussi bête que cela puisse sembler, est l’éditeur : Sonatine, à l’heure d’aujourd’hui je n’ai jamais été déçu par son catalogue. La seconde tient d’avantage à ma curiosité personnelle, pourquoi un bouquin écrit en 1969 ne sort en français qu’en 2013 (l’année suivant la mort de son auteur) ? Et puis bon Harry Crews lui même fait ce qu’il faut pour attiser notre curiosité : « C’est le meilleur roman que j’aie écrit. Au moment où je l’ai terminé, je savais que jamais je ne ferais rien d’aussi bon. »
Paré pour une coloscopie dans le trou du cul du monde ? Le bled en question est aussi déglingué que paumé, noyé sous la poussière et la puanteur du phosphate. Pour ceux qui restent, victimes d’un rêve brisé, il subsiste l’espoir d’un retour à la prospérité, le retour du fils prodigue qui relancera la mine. A se demander s’ils y croient vraiment ou s’ils se rattachent à ce rêve pour éviter de crever la gueule ouverte, le nez dans leur misère. Pathétique me direz-vous ? Et bien non justement, et c’est là tout le talent d’Harry Crews, sous sa plume il donne à chacun de ses personnages une profondeur et une humanité presque palpable.
L’auteur nous plonge dans la vie de quelques uns de ces paumés abandonnés de tous, quelques flashbacks permettent de découvrir leur parcours. Fat Man et Dolly bien sûr, mais aussi des personnages secondaires comme Jester ou Iceman. Des rencontres émouvantes, des destinées hors normes, au fil des pages vous partagerez leurs émotions.
Si vous souhaitez de l’action passez votre chemin. Toutefois, même s’il ne passe pas grand chose de palpitant à Garden Hills, je peux vous promettre que vous ne vous ennuierez pas une minute en lisant ce bouquin. Bien qu’écrit (et bien écrit) en 1969, le récit est intemporel, il pourrait s’appliquer à n’importe quel bled qui subirait le même coup du sort de nos jours.
Le titre original Naked In Garden Hills (Nu Dans Garden Hills pour les anglophobes) trouve son explication dans le roman mais je ne vous en dirai pas plus. Lisez ce bouquin pour le savoir, vous ne regretterez pas cette expérience de lecture.  C’est relativement court (235 pages) mais intense.

[BOUQUINS] Glenn Cooper – Le Livre Des Prophéties

G. Cooper - Le Livre Des ProphétiesComme je vous l’ai dit précédemment j’avais un duel au sommet pour élire ma prochaine lecture, qui de Glenn Cooper ou de Mallock allait remporter la palme ? Et finalement c’est Glenn Cooper qui sortira le premier de mon Stock à Lire Numérique. Un choix strictement personnel, basé sur aucun critère qualitatif ; c’est juste que j’attends cet ultime opus de la trilogie Will Piper depuis plus longtemps que la suite des enquêtes de Mallock. Place donc au Livre Des Prophéties.
2026. A quelques mois du 9 février 2027, date présumée de la « fin des temps », de nouvelles cartes postales de l’Apocalypse mettent le FBI sur les dents. Les cibles visées sont toutes sino-américaines, Pékin crie à la provocation et menace les Etats-Unis de représailles économiques. Nancy Piper dirige l’enquête au sein du FBI. Quand Phillip, leur fils, disparaît, Will Piper sort de sa retraite pour le retrouver et comprendre les raisons de sa soudaine fugue…
Ce roman fait donc suite au Livre Des Morts et au Livre Des Âmes, si les deux précédents se déroulaient pour l’essentiel dans le présent cet ultime chapitre se situe résolument dans l’avenir. Même si chacun de ces titres peut se lire indépendamment je trouve dommage de ne pas attaquer la série dans l’ordre. Si vous avez le début, ou si vous avez la mémoire qui flanche, l’auteur nous offre une piqûre de rappel dès les premières pages ; un habile résumé des faits qui s’intègre parfaitement au récit.
L’intrigue se déroulant en 2026 je pourrai presque inclure ce titre dans mon challenge SF, mais l’aspect science-fiction reste plus que minimaliste (quelques innovations technologiques tout à fait crédibles). Pour l’essentiel on est embarqué au coeur d’une enquête policière (même si Will Piper n’est plus au FBI) avec quelques flashbacks plus ou moins historiques (comme d’hab on croise quelques personnages célèbres dans des situations totalement fictives). Un cocktail original mais parfaitement maîtrisé par Glenn Cooper, ce qui ne surprendra pas les habitués de l’univers de Will Piper.
Quelques mots sur l’intrigue pour commencer. D’ores et déjà je peux rassurer ceux qui pourraient craindre un risque de redondance à force d’exploiter le filon de la bibliothèque et ses fameux parchemins, l’auteur réussit encore à innover et même à nous surprendre. Contrairement à ce que pourrait laisser penser ma présentation l’affaire des cartes postales passe rapidement en arrière plan, l’intrigue s’offre une dimension internationale d’importance avec les tensions entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi avec un retour de Will Piper en Angleterre (une grande partie du Livre Des Âmes se déroulait déjà sur les terres anglaises) et une découverte des plus surprenantes à propos de l’Horizon (ne me demandez pas quoi je serai muet comme une tombe de carpe).
Au niveau des personnages c’est bien entendu Will Piper qui occupe le devant de la scène. Un Will Piper de 64 ans, retraité du FBI, qui a à peine eu le temps de se rétablir d’un infarctus, avant de replonger dans le feu de l’action. Heureusement le poids des années n’a en rien altéré la vivacité d’esprit (ni son côté bourru et asocial) de Will, forcément à son âge il vaut mieux compter sur ses neurones que sur ses muscles pour se sortir d’un merdier.
On découvre le personnage de Philip Piper, le fils de Will et Nancy. Devenu adolescent et totalement impliqué dans la présente affaire il occupe de fait une part importante dans l’intrigue. En digne héritier de ses parents le gamin réfléchit vite et bien. Au fil du récit on voit évoluer la relation qu’il entretient avec son père.
Je ne m’étendrai pas d’avantage sur les autres personnages qui interviendront, de façon plus ou moins déterminante, sur le déroulement de l’intrigue afin de laisser intact le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs (pourtant je vous assure que ce n’est pas l’envie qui me manque d’en prendre certains comme défouloir).
J’avais reproché (et je campe sur ma position) aux deux premiers opus une intrigue parfois trop prévisible même si le second se situait un cran au dessus de son aîné. La tendance se confirme avec ce troisième et dernier volume, l’auteur mène sa petite affaire à un rythme effréné qui va crescendo, les rebondissements se succèdent, bref, impossible de lâcher le bouquin une fois que vous serez plongé dedans. Gleen Cooper réussit littéralement à nous prendre en otage, pour notre plus grand plaisir.
Maintenant que la saga Will Piper semble terminée je vais pouvoir me pencher sur les autres titres de l’auteur, ça tombe ils squattent eux aussi mon Stock à Lire Numérique ; toute la question est de savoir quand est-ce que je trouverai un moment pour ça, j’ai déjà plus ou moins programmé mes futures lectures, de quoi m’occuper un certain temps…

[BOUQUINS] Joe Hill – Nosfera2

J. Hill - Nosfera2Comme je l’avais indiqué lors de ma chronique de la nouvelle Plein Gaz j’étais curieux de découvrir l’univers littéraire de Joe Hill, fils de l’illustre Stephen King. Pour se faire j’avais deux options, présentes dans mon Stock à Lire Numérique, soit me plonger dans son premier titre, Fantômes, un recueil de nouvelles, soit commencer par son dernier roman, Nosfera2 (NOS4A2 en VO, dans les deux cas prononcez Nosferatu). Comme vous pouvez le constater j’ai retenu la seconde option.
Il suffit à la jeune Vic McQueen d’enfourcher son vélo et de traverser le vieux pont couvert (le Raccourci) non loin de chez elle pour se retrouver à l’endroit auquel elle pensait avant de s’engager dans le tunnel. Quant à Charlie Manx, il embarque les enfants à bord de sa Rolls rutilante et les dépose au pays où c’est tous les jours Noël, Christmasland ; mais là-bas le bonheur se paie au prix fort. Quel est le lien Vic et de Charlie ?
Le prologue nous ramène à 2008 et nous met tout de suite dans le bain, attachez vos ceintures, âmes sensibles s’abstenir. Ensuite l’auteur nous offre un voyage dans le temps, entre 1986 et 2012, afin de suivre  les parcours (parfois tumultueux) de Vic et de Charlie (et notamment leur première rencontre). La dernière partie (un peu moins de la moitié du bouquin) nous renvoie dans le présent, quelques jours de juillet 2012 ou tout, ou presque, va se jouer.
Si Joe Hill a décidé de prendre un nom de plume c’est pour éviter de se retrouver cataloguer au simple rang de fils de, un secret rapidement éventé face au succès quasi immédiat de ses écrits. Je peux vous assurer que l’auteur est le digne fils (successeur ?) de son père, d’autant qu’il officie lui aussi dans le fantastique horrifique et maîtrise déjà parfaitement toutes les ficelles du genre. A vrai dire par moment j’en arrivais presque à oublier que je ne lisais pas un titre de Stephen King mais bel et bien de son rejeton.
L’auteur nous offre un intrigue partagée entre le réel et l’imaginaire, mais Christmasland (que l’on ne découvre que dans les dernières pages du roman) est loin de ressembler au Pays des Bisounours, ce serait un peu comme si, sous des airs de fête, vous attiriez les gamins dans la gueule du Croque Mitaine. Et dans ce rôle le personnage de Charlie Manx est un cocktail de perversité déshumanisée et de folie. En face de lui Vic est loin d’incarner l’innocence, elle a connu un parcours plutôt agité et n’a pas toujours su faire les bons choix. Pour ma part j’ai un faible pour le personnage de Lou, un geek obèse qui vous fera craquer dès sa première apparition.
Une intrigue parfaitement menée, avec quelques moments de tension palpable qui mettront vos nerfs à rude épreuve. Des personnages bien travaillés, qu’il s’agisse des personnages principaux ou de ceux qui joueront un rôle plus secondaire (mais déterminant). L’auteur privilégie l’ambiance et le rythme aux envolées lyriques, le fantastique est revendiqué et assumé mais le rythme imposé est digne des meilleurs thrillers.
En bonus les pages de titre des différentes parties du bouquin sont superbement illustrées par Gabriel Rodriguez, d’autres illustrations viennent enrichir le roman (dont un dessin d’enfant qui dégage une aura malsaine superbement rendue).
Le traducteur est passé à côté d’un clin d’oeil au dernier roman de Stephen King, Docteur Sleep, en traduisant The True Knot par l’Echeveau au lieu du Noeud Vrai. Je ne sais pas si c’est volontaire ou juste maladroit mais en tout cas, avec une telle tournure, la phrase ne sonne plus comme un hommage à son illustre paternel : « Je connais aussi l’Écheveau, qui parcourt les routes et œuvre plus ou moins dans la même branche que moi. Je leur fiche la paix et réciproquement. » Pour l’anecdote en VO le roman de Joe Hill a été publié avant celui de Stephen King.
Après le père et le fils, il va maintenant falloir que je me penche sur l’univers littéraire de la mère, Tabitha King. Je n’en ai entendu que du bien et pourtant je n’ai jamais trouvé l’opportunité de plonger le nez dans un de ses romans, une lacune à réparer au plus vite ! Quant à Joe Hill, nul doute qu’il reviendra errer dans les colonnes de mon blog.

[BOUQUINS] Stephen King – Mile 81

S. King - Mile 81Après Plein Gaz, co-écrit avec son fils, Joe Hill, Stephen King revient hanter les colonnes de ce blog avec une autre nouvelle, Mile 81. Un titre encore inédit en français mais traduit pour les fans impatients par un inconditionnel du King identifié par le pseudo JM24. Un « travail » que je ne peux que saluer étant justement du genre impatient et fan du King, raison de plus donc pour poster cette chronique.
Pete Simmons, 10 ans, décide d’aller explorer l’aire de repos désaffectée 81, et devenue repaire des lycéens en mal de conneries propres à leur âge. Il faut dire que George, son frère aîné, chargé de le surveiller, l’a laissé en plan pour rejoindre ses potes. Pour Pete, cette « aventure » sera l’occasion de prouver à son frère que lui aussi est assez « grand » pour rejoindre leur bande…
S’agissant d’une traduction amateur je ne tiendrai pas compte dans ma chronique des différentes erreurs (orthographe, grammaire, conjugaison, mise en page et typographie) rencontrées (et corrigés) en cours de lecture. Autant face à un travail de professionnel je peux me montrer intraitable, autant je ferme volontiers les yeux quand il s’agit d’un amateur passionné.
Que dire sans en dire trop ? Je pourrai presque ajouter cette nouvelle à mon challenge zombies ; pourquoi presque ? Heu… Comment dire ? En fait le zombie en question est une voiture, plus exactement une voiture qui semble avoir un goût très prononcé pour la chair humaine.
Vous me direz Stephen King a déjà joué la carte de la voiture pas sympathique. Il y a d’abord eu la Plymouth Fury de Christine (1983) avec un résultat qui aurait pu flirter avec l’excellence (l’auteur s’autorise même, dans cette nouvelle, un clin d’oeil au film de John Carpenter). Puis la Buick 8 de Roadmaster (2002), nettement moins convaincant. Cette fois c’est un Break non identifié (Ford ou Chevrolet) qui va tenter de mettre vos nerfs à rude épreuve en quelques pages.
Inutile de préciser que King maîtrise la nouvelle vu que c’est tout de même un habitué du genre, il y a du bon et du moins bon mais jamais de franche déception. Dans le cas présent l’auteur semble avoir pris un malin plaisir à revenir au genre qui l’a fait connaître : l’horreur. Et à ce niveau rien à redire, il n’a pas perdu la main. Dommage que globalement l’intrigue soit un peu pauvre et la fin trop simpliste. Ca se laisse lire, on se prend au jeu, mais ça ne laissera sûrement pas un souvenir impérissable. Et je doute fort qu’une traduction officielle puisse changer la donne…

[BOUQUINS] VM Zito – L’Homme Des Morts

VM Zito - L'Homme Des MortsIl m’aura fallu du temps mais j’ai enfin réussi à mettre la main sur L’Homme Des Morts de VM Zito. Pour les fans du genre il semblerait que ce soit un incontournable de la littérature zombie, du coup quoi de plus normal que de l’inscrire comme invité surprise à mon challenge zombies.
Depuis l’apocalypse zombie les USA sont coupés en deux, à l’Est les survivants sont regroupés dans la Zone Libre, un refuge sûr mais sous le joug d’un régime quasi dictatorial, tandis que l’Ouest, la Zone occupée, est abandonné aux morts. Marco a choisi de vivre parmi les morts, il traque et tue les zombies qu’on lui désigne, permettant à la famille et aux proches de faire leur deuil. Un jour il est contacté par le Ministère de la Sécurité Intérieure, sa mission est de localiser et éliminer un scientifique contaminé, aperçu pour la dernière fois dans une prison californienne. Marco ignore le pourquoi du comment de la mission mais il est loin de se douter que d’autres s’intéressent à sa cible…
Si l’idée du chasseur de zombies peut faire penser à Apocalypse Zombie c’est bien là le seul point commun à ces deux bouquins. VM Zito nous impose un roman beaucoup plus noir (genre noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir) et boosté à l’adrénaline pur jus. Aucun temps mort dans l’intrigue, l’auteur nous ferre dès les premières pages et ne nous lâche plus avant le clap de fin.
Outre les USA coupés en deux zones, une saine et l’autre infectée, séparées par le fleuve Mississippi, la touche d’originalité de ce bouquin tient au fait que seuls les Etats Unis aient été contaminés, dommage que l’auteur ne nous explique pas comment l’épidémie a pu être ainsi confinée (par contre on apprendra comment tout a commencé).
Au niveau des personnages le roman repose pour beaucoup sur Marco. Un chasseur de zombie en proie au paradoxe de son existence, il remplit ses contrats de renvoi avec une redoutable efficacité et pourtant il n’a jamais réussi à localiser la personne à qui il souhaite accorder un juste repos : Danielle, sa femme. Un personnage attachant, profondément humain, avec ses forces et faiblesses.
Dès le début de la mission il va se retrouver escorté par Wu, un agent de la sécurité intérieure chinoise qui se fait passer pour un soldat de l’UAR (Unité Anti Résurrection) afin de gagner la confiance de Marco. De loin le personnage le plus difficile à cerner, implacable quand il s’agit de lutter pour survivre, toutefois on le sent partagé entre sa mission et un certain attachement (pas seulement professionnel) à Marco.
Reprenant les ingrédients de la recette, maintes fois éprouvée, du duo improbable les échanges entre les deux hommes sont parfois hauts en couleur, et apportent çà et là une touche de légèreté histoire de détendre l’atmosphère. Bien entendu il faudra aussi compter avec de nombreux morts vivants affamés qui rêvent de s’offrir un  Mc Marco ou/et des Wu Nuggets. Mais dans la Zone Occupée les morts ne sont peut être pas les ennemis les plus dangereux…
La fin me laisse sceptique (pas déçu, loin s’en faut) : suite ou pas suite ? Certes toute cette histoire semble cacher encore bien des secrets, mais d’un autre côté les choses se jouent à un niveau qui dépasse largement les compétences du Dr Marco.
Il semblerait que les tractations soient en cours en vue d’une adaptation cinéma de L’Homme Des Morts, le projet étant relativement nouveau peu d’informations filtrent. Pour éviter la classification R (pour Rated, équivalent à une interdiction aux moins de 18 ans en France) et toucher un public aussi large que possible (tout en restant, je l’espère vivement, réservé à un public averti), il faudra quelques coupes franches, certaines scènes sont franchement gore. D’un autre côté je suppose que l’auteur serait honoré de voir son roman devenir un film, après tout il le qualifie lui même d’hommage au cinéma de George R. Romero (et à Richard Matheson en littérature).

[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Vieux

D. Friedman - Ne Deviens Jamais VieuxA contrario il est des livres pour lesquels je craque sans me poser la moindre question, Ne Deviens Jamais Vieux de Daniel Friedman fait partie de cette catégorie. Rien que le titre est une invitation à la lecture, la couverture est tout aussi craquante et la quatrième de couv’ plutôt alléchante. Ajoutez à cela que c’est Sonatine l’éditeur et voilà la cerise sur le gâteau (ou le gâteux en l’occurrence).
A quelques jours de ses 88 ans Buck Schatz est une ancienne gloire de la police de Memphis à la retraite. Son quotidien plus ou moins paisible et routinier est chamboulé quand il apprend que son tortionnaire pendant la Seconde Guerre Mondiale, Heinrich Ziegler serait vivant et aurait fui avec un trésor de guerre conséquent. Le hic c’est qu’il n’est pas le seul à le savoir et que l’or nazi semble susciter bien des convoitises, pas toujours bien intentionnées…
Une fois de plus Sonatine a su me surprendre et me séduire. Le personnage de Buck Schatz est des plus pittoresques, un vieux grincheux qui n’a pas sa langue dans sa poche et encore toute sa tête (même si parfois il semble en douter). Comme le bouquin est écrit à la première personne c’est lui qui nous guide tout au long de l’intrigue. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la ballade ne sera pas de tout repos et parsemée de morts brutales. Buck est le plus souvent taciturne et bourru mais il lui arrive aussi d’être touchant (dans la complicité et la tendresse qu’il partage avec Rose, sa femme qui le supporte depuis 64 ans) et souvent drôle dans ses analyses (même si parfois c’est malgré lui). Un flic à l’ancienne complétement dépassé par la technologie actuelle. Mais il n’est pas facile de vouloir jouer les durs à cuire quand le corps ne suit plus. C’est ce mélange de force et  de fragilité qui rend le personnage de Buck aussi attachant.
Daniel Friedman nous propose un polar qui révise avec intelligence et brio les règles du genre. On a tout de même droit à une intrigue pleine de rebondissements, on se prend vite au jeu à essayer de trouver les réponses avant Buck. Si au départ Buck semble se lancer dans l’affaire simplement pour égayer une routine un peu trop paisible pour l’homme d’action qu’il a été, il va rapidement ses réflexes (façon de parler) d’enquêteur pour démêler ce sac d’embrouilles. Un dernier baroud d’honneur avant de tirer sa révérence…
Pour un premier roman l’auteur réussi un véritable coup de maître, c’est plutôt prometteur pour la suite, en espérant que suite (ou plus exactement autres romans) il y ait. J’ai été scotché dès les premières phrases et je n’ai pas décroché avant le clap de fin et quelle fin ! Même si j’avais identifié l’assassin avec une quasi certitude mais plus au feeling qu’autre chose.

[BOUQUINS] Dan Simmons – Flashback

D. Simmons - FlashbackJ’ai profité de mon challenge SF pour faire connaissance avec l’univers littéraire de Dan Simmons en inscrivant deux titres de l’auteur au programme, l’incontournable (parait-il) Echiquier Du Mal et un titre plus récent, Flashback. C’est sur ce dernier que j’ai jeté mon dévolu en premier.
2035. Dans une Amérique ravagée (à plus d’un titre), Nick Bottom, un ex-flic, détective minable et accro au flashback, cette drogue qui permet de revivre les souvenirs de son choix, est embauché par M. Nakamura, un milliardaire japonais très puissant. Sa mission : retrouver celui qui a assassiné Keigo, le fils de M. Nakamura, six ans plus tôt. Pour y parvenir il va devoir reprendre toute l’enquête à zéro, à la fois dans le présent mais aussi dans le passé, à l’aide du flashback…
Avant d’aller plus loin dans cette chronique je vais revenir sur la polémique qui a entouré ce bouquin lors de sa sortie, non pas que ce soit un sujet captivant mais il semblerait que ce soit plus ou moins un passage obligé. Pour faire simple on va se résumer à « je me fous des opinions politiques de Dan Simmons ». L’Amérique qu’il nous décrit dans ce roman et les idées soulevées ou émises par certains personnages ne sont pour moi que le décorum d’une oeuvre de fiction de type distopyque, le reste je m’en bats les coucougnettes, « cela ne nous regarde pas » comme diraient les autres.
De prime abord le personnage de Nick Bottom apparait comme un minable drogué sans le moindre sens de l’honneur, égoïste tendance nombriliste, champion du monde de l’auto-apitoiement. Le gendre idéal, non ? J’aurai pu le prendre illico en grippe mais le gars est aussi un fin cinéphile, de nombreuses références cinématographiques égayent ses sombres pensées. Du coup j’ai décidé de lui donner sa chance. Une seconde chance méritée puisque le flic (toujours tourmenté) va peu à peu reprendre le dessus.
A vrai dire il n’y a pas que Nick Bottom qui soit tourmenté, le monde de Flashback, et notamment les Etats-Unis, ne tourne plus très rond. Quand ce ne sont pas les guerres entre nations qui déciment les survivants, les guerres civiles prennent le relai, puis éventuellement les guerres des gangs ou toute autre forme de violence devenue ordinaire. Un monde où il ne fait clairement pas bon de vivre.
Je n’ai aucun élément de comparaison me permettant de situer ce titre par rapport aux autres romans de Dan Simmons mais indéniablement l’auteur a un talent narratif assez exceptionnel, servi par un style extrêmement riche, on est presque instantanément scotché à son récit et on ne lâche plus le morceau avant d’avoir parcouru, en totale immersion, une intrigue rondement menée. Pour tout vous dire j’ai été tellement absorbé par ce bouquin que je serai tenté de le qualifier de thriller d’anticipation ; le cadre et la technologie sont résolument futuristes mais le rythme imposé et les rebondissements sont dignes d’un thriller.
Au début du roman l’intrigue est divisée en deux parties, à Denver on suit l’enquête de Nick Bottom tandis que dans un Los Angeles aux portes de la guerre civile on découvre les errances pseudo-rebelles de son propre fils, Val, conneries dans lesquels il finira par attirer son grand père maternel, Leonard. De fait le chapitrage permet d’identifier le personnage central du chapitre, ceux qui commencent par 1 (les plus nombreux) sont vus sous l’angle de Nick, le 2 identifie le point de vue de Val et le 3 celui de Leonard. Pendant la plus grande partie du roman les deux intrigues sont parfaitement distinctes, elles ne fusionneront que dans les derniers chapitres.
Inutile de préciser que je compte bien poursuivre mon exploration de l’univers littéraire de Dan Simmons, d’abord avec L’Echiquier Du Mal puis avec d’autres titres isolés avant de me lancer dans Les Cantos D’Hyperion (9 tomes).

[BOUQUINS] Jonathan Maberry – Apocalypse Zombie

J. Maberry - Apocalypse ZombieRetour parmi les morts-vivants pour ma prochaine chronique avec Apocalypse Zombie de Jonathan Maberry. Second et dernier titre estampillé young adult inscrit au programme de mon challenge zombies, une dernière douceur avant d’attaquer du brut de décoffrage.
A son quinzième anniversaire Benny se doit de trouver un travail pour contribuer à la survie de leur communauté, une ville fortifiée peuplée de survivants à l’apocalypse zombie. C’est à contrecoeur qu’il finit par rejoindre son frère ainé, Tom, afin que ce dernier lui enseigne les rudiments du métier de chasseur de zombies. Une occasion pour les deux frères de combler le fossé qui les sépare et pour Benny d’apprendre beaucoup plus qu’un travail…
Si je m’inquiétais de trouver une certaine redondance dans les histoires de zombies force est de reconnaître que je faisais fausse route, les titres que j’ai lu pour le moment proposent tous une approche et une intrigue totalement différente (toujours sur fond d’épidémie d’origine virale de source incertaine). Et tant que je suis au rayon des préjugés je confirme que parfois la littérature young adult peut réserver de bonnes surprises.
Et oui je reconnais avoir passé un bon moment en compagnie de ce bouquin, ce n’était pourtant pas gagné d’avance, dans les premières pages Benny est franchement du genre tête à claques (le genre ado de 15 ans en quelque sorte, rebelle de pacotille et convaincu de tout savoir sur tout), heureusement qu’il change rapidement et murit confronté aux réalités de la vie.
La grande originalité de ce bouquin tient surtout au fait qu’ici les zombies sont presque accessoires, l’intrigue principale est ailleurs, qui plus est le zombie n’est pas présenté comme une créature foncièrement mauvaise mais d’avantage comme une victime, on ne tardera pas à découvrir que certains humains sont bien pire que les morts-vivants. Cela donne un caractère particulier à l’intrigue, ajoutez à cela qu’elle devient rapidement addictive et vous surprendra plus d’une fois et vous tenez entre les mains un bouquin dans lequel vous aurez plaisir à vous plonger.
L’autre force du roman réside dans ses personnages, tous sont bien travaillés et ont une véritable profondeur. Il y a bien entendu Benny et Tom, deux frères que tout semble opposer, mais aussi les  copains de Benny : Chong, Morgie et Nix, la fille du groupe. Et de l’autre côté de la frontière entre le Bien et le Mal une poignée de chasseurs de primes pourris jusqu’à la moelle. Entre les deux une mystérieuse Fille Perdue
Jonathan Maberry a écrit plus d’une vingtaine de bouquins dans différents genre (plus quelques BD pour Marvel), à ce jour seuls deux titres sont disponibles en français ; reste à espérer que le second volet de cette saga, annoncé pour 2014 en VO, fasse l’objet d’une future traduction. pour ma part je retrouverai avec plaisir cet univers post-apocalyptique qui nous réserve certainement encore bien des surprises.

[BOUQUINS] Joe Hill & Stephen King – Plein Gaz

J. Hill & S. King - Plein GazParé à embarquer pour un road trip aussi court qu’intense ? Attachez vos ceintures et plongez avec moi dans Plein Gaz, une nouvelle à quatre mains signée Joe Hill et Stephen King (le premier étant le rejeton du second, je les cite dans l’ordre figurant sur la couverture).
Une bande de motards en fuite est prise en chasse par un routeir au volant d’un puissant camion ; le type semble bien déterminé à les éliminer un à un… Leur seul espoir de survie : rouler plein gaz sans jamais ralentir !
Un camion fou, ne me dites pas que ça ne vous rappelle rien. Un mot en quatre lettres et un titre mythique : DUEL ! C’est quoi ça ? Je n’adresse plus jamais la parole à celui ou celle qui osera me poser la question. D’ailleurs pour éviter de me fâcher avec mon lectorat je vais lever le voile, Duel c’est d’abord une nouvelle de Richard Matheson (1971) et aussi et surtout le film qui révéla Steven Spielberg au grand public (la même année). Papa et fiston King ont donc décidé de rendre hommage à ce monument en le revisitant.
Dès le départ on note une différence majeure entre Duel et Plein Gaz, dans le premier la victime du camion fou est un pauvre type lambda qui n’a rien demandé à personne, dans le second une bande de motards qui sont tout sauf des enfants de coeur. Du coup forcément on a un peu plus de mal à les prendre en sympathie, de là à faire pencher la balance vers le routier exterminateur il n’y a qu’un pas, aisé à franchir.
Comme je l’ai précisé en intro de cette chronique, c’est court (moins de 100 pages) mais le titre est plus que justifié, l’intrigue est menée plein gaz par les auteurs. Inutile de préciser que c’est bien écrit (ils sont tous les deux des écrivains confirmés). Un brillant hommage qui se lit en moins d’une heure.
En bonus nous avons le droit au premier chapitre du nouveau roman de Joe Hill, Nosfera2. Je n’ai jamais rien lu de lui mais cette mise en bouche (ainsi que quelques errances sur le web) m’a donné envie d’en savoir plus sur son travail.
Je sais que cette chronique est un peu courte mais d’un autre côté je ne me vois pas parler d’une nouvelle avec autant d’intensité que d’un roman. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai tendance à zapper ou à grouper les posts dédiés aux nouvelles ; mais impossible de passer sous silence un titre signé Stephen King !

[BOUQUINS] Max Brooks – Guide De Survie En Territoire Zombie

M. Brooks - Guide De Survie En Territoire ZombieQuel idiot je fais, commencer un challenge zombies sans apprendre le b.a.-ba sur ces charmantes bestioles est une erreur monumentale ; heureusement il n’est jamais trop tard pour rectifier le tir. C’est désormais chose faite avec Le Guide De Survie En Territoire Zombie de Max Brooks.
Comme son nom l’indique ce n’est pas un roman que vous aurez entre les mains mais bel et bien un guide de survie (avec quelques illustrations assez sommaires). Après une rapide présentation des aptitudes et comportements du zombie, l’auteur vous apprend comment leur survivre et comment les combattre. S’il y a bien quelques traits d’humour, le bouquin n’est en rien comique ; c’est d’ailleurs assez amusant de voir le sérieux avec lequel l’auteur traite d’une hypothèse hautement improbable (perso je ne crois pas le moins du monde à une hypothétique attaque zombie).
L’auteur s’intéresse ici à la vision contemporaine du zombie, à savoir le résultat d’une attaque virale (le virus étant ici appelé Solanum). Sans doute le résultat d’expérimentations militaires ratées… Adeptes des zombies made in 70’s ou 80’s passez votre chemin, ici point de morts-vivants qui s’extirpent de leur tombes (au contraire, selon l’auteur cette hypothèse est totalement impossible).
Entre les chapitres survie et chasse on retrouve quelques redondances mais rien de bien méchant, j’avoue avoir un faible pour les deux dernières parties ; Vivre dans un monde envahi par les zombies, une sorte de condensé de tout ce qui a été dit précédemment et Epidémies recensées, un inventaire des attaques supposées ou avérées de zombies au fil des âges (de -60000 avant JC à nos jours).
Contrairement à ce que j’annonce en intro la lecture de ce guide de survie est loin d’être indispensable avant d’aborder la « mode » zombie, toutefois elle n’est pas non plus inintéressante, ça permet de voir qu’aujourd’hui la vision du zombie semble s’être plus ou moins harmonisée (voire rationalisée) que ce soit au cinéma, à la TV ou dans la littérature.
Comme je l’ai déjà signalé lors de ma chronique du film World War Z, l’éditeur Orbit propose désormais une Intégrale Z qui regroupe le roman WWZ, le Guide de Survie et quatre nouvelles inédites… Un bon moyen de tout avoir sous la main en un seul volume.