[BOUQUINS] Hugh Howey – Phare 23

H. Howey - Phare 23Bien que n’ayant toujours pas lu le dernier opus de la trilogie Silo, il me tardait de découvrir le nouveau roman de Hugh Howey, Phare 23. Du coup c’est tout naturellement qu’il a grillé la priorité à ses petits camarades de mon Stock à Lire Numérique, y compris ceux issus, comme lui, de la promotion RL2016 (comprenez Rentrée Littéraire 2016).
Au XXIIIème siècle, alors qu’une guerre galactique n’en finit pas de s’étendre, un réseau de balises guide à travers l’espace des vaisseaux qui voyagent à plusieurs fois la vitesse de la lumière. Ces balises ne devraient jamais connaître d’avaries. En théorie du moins… Au cas où sait-on jamais, un opérateur humain veille au grain, isolé au milieu de nulle part, dans chaque balise.
Le roman, écrit à la première personne, nous place dans la peau d’un de ces opérateurs, un vétéran qui a choisi ce métier pour être coupé du monde et des gens, seul avec ses souvenirs… surtout les mauvais. Il nous fait partager son quotidien, ses pensées et ses états d’âmes, nous révélant au compte goutte ce passé qui le hante encore. Inutile de vous dire que la dimension psychologique joue un rôle essentiel dans ce roman, la bonne nouvelle (qui n’a rien de surprenant pour les lecteurs ayant aimé Silo) est qu’elle est très bien exploitée par l’auteur.
Rassurez-vous le roman n’est pas un long et fastidieux huis-clos entre le narrateur (qui n’est jamais nommé) et sa conscience ; sa balise attirera bien des visiteurs (toute proportion gardée) au fil des chapitres, des rencontres parfois agréables, d’autres moins… mais aucune ne surviendra sans raison. Heureusement d’ailleurs que des visiteurs s’intéresseront à lui ou à sa balise, la solitude et ses états d’âmes le poussaient inexorablement aux portes de la folie (sa rencontre avec l’Orvid est un grand moment de franche rigolade).
Avec Phare 23 Hugh Howey signe aussi un réquisitoire sans concessions contre la guerre ; facile me direz-vous. Certes dire la « guerre c’est pas bien » revient à enfoncer une porte ouverte, mais l’auteur n’emprunte pas ce raccourci, il le fait avec une grande humanité en mettant justement l’humain en avant, pas seulement les victimes décédés mais aussi et surtout ceux qui restent : les blessés, les traumatisés, les déglingués en tout genre…
Au départ cette guerre intergalactique qui n’en finit pas de durer, et donc de faire des victimes, semble n’être qu’une toile de fond au récit. Au fil des chapitres on devine qu’elle va prendre de plus en plus d’importance dans le déroulement de l’intrigue mais, et c’est là le seul bémol que j’adresserai à ce roman, j’aurai aimé avoir plus d’éléments contextuels, savoir comment tout a commencé, les grandes lignes du conflit…
Certes la fin aurait peut être elle aussi mérité un peu plus de profondeur dans son déroulé, mais dans sa note finale, l’auteur assume parfaitement le choix de cette simplicité, il est vrai que le message passe mieux s’il n’est pas perdu au milieu de maintes circonvolutions. Un message que certains trouveront peut être un brin moralisateur, pour ma part je l’ai jugé simplement humain et humaniste.
Décidément cette rentrée littéraire 2016, dans la catégorie science-fiction, n’en finit pas de me surprendre par ses intrigues et approches atypiques.

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[BOUQUINS] George R.R. Martin – La Princesse Et La Reine

GRR Martin - La Princesse Et La ReineTiens, tiens, que vois-je ? Une nouvelle inédite qui se déroule dans l’univers du Trône De Fer. Mon prééécieuuux !!! On chamboule le programme et on se jette avidement sur La Princesse Et La Reine, écrite bien entendu par George R.R. Martin.
A la mort du Roi Viserys 1er, son épouse, la reine Alicent fait couronné son aîné Aegon, allant ainsi à l’encontre des dernières volontés du défunt que souhaité que le trône revienne à sa fille aînée, issue d’une précédente union, la princesse Rhaenyra. Quand cette dernière apprend le sacre de son demi frère, elle se fait à son tour couronner. Aucune entente possible entre les deux parties, le conflit est inévitable. Et sera lourd de conséquences…
Une nouvelle initialement publiée dans le recueil Dangerous Women, co-édité par George R.R. Martin et Gardner Dozois, qui s’est retrouvée isolée, seuls les Sept savent comment, sur la vaste et impitoyable toile du Net. Heureusement que je passais par là par hasard et que j’ai pu la prendre sous mon aile bienveillante et protectrice.
On enclenche la machine à remonter le temps pour se retrouver 200 ans avant les événements décrits dans Le Trône De Fer. La dynastie Targaryen est à son apogée et règne depuis la nuit des temps sur Westeros. Les dragons font encore partie du paysage ; chaque membre de la famille royale en possède un, certains spécimens, restés à l’état sauvage, habitent même les grottes dans les montagnes de Peyrdragon.
Trois années durant, la Reine Alicent et la princesse Rhaenyra vont se livrer une bataille sans pitié. Une bataille qui restera gravée dans l’histoire de Westeros sous l’appellation de « Danse des Dragons »… le terme le plus juste eut été « Agonie des Dragons », en effet ce sont eux qui paieront le plus lourd tribut à la guerre. Il faudra attendre la rébellion de Robert Barathéon, bien des années plus tard, pour que les Targaryen soient chassés du pouvoir.
Les amateurs du Trône de Fer ne seront pas dépaysés : on retrouve de nombreux personnages qui se livrent sans vergogne à un jeu d’alliances, contre-alliances, trahisons et autres coups bas. La profusion de personnages, familles, et lieux pourra, de prime abord, déstabiliser le lecteur profane ; mais l’auteur parvient rapidement à nous familiariser avec tout ce beau monde. Complexe ? Oui. Brouillon ? Jamais.
L’intrigue est courte mais intense, il faut tout le talent de conteur de George R.R. Martin pour nous offrir un tel condensé d’action sur un peu plus de 100 pages. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’on ne s’ennuie pas, c’est à peine si on le temps de respirer entre deux revirements de situation.
La « Danse des Dragons » fera l’objet d’un récit plus détaillé dans l’ouvrage Fire And Blood, consacré à la dynastie Targaryen, dont la publication est prévue après la fin de la saga. Il n’en reste pas moins que cette nouvelle reste incontournable pour tous les fans du Trône de Fer.
Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle fait aussi office de mise en bouche avant la sortie de tome 6 de la saga, aucune date n’étant encore officiellement annoncée… Seule certitude : « pas avant 2016 » selon les mots de l’éditeur. Merci, on avait remarqué !

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[BOUQUINS] Gary Gibson – Extinction Game

G. Gibson - Extinction GameAu menu du jour un bouquin croisé un peu par hasard, malgré un pitch d’apparence classique, Extinction Game, le roman de Gary Gibson, a su titiller ma curiosité, suffisamment en tout cas pour qu’il vienne grossir les rangs de mon Stock à Lire Numérique et se retrouve même sur les premières marches de la file d’attente…
Jerry Beche était convaincu d’être le dernier survivant de son monde. Jusqu’à ce qu’il soit récupéré par une patrouille de l’Autorité et intègre les rangs des Eclaireurs. Il va alors apprendre que si l’humanité est bien éteinte sur son monde, il existe de nombreux autres univers parallèles dans la même situation. La mission des Eclaireurs, pour le compte de l’Autorité, est de parcourir ce multivers afin de récolter des informations ou des technologies nouvelles. Si les Eclaireurs acceptent leur mission sans poser de question, il n’en va pas de même pour Jerry, lui voudrait trouver les réponses aux nombreuses questions qu’il se pose…
Si sur le fond le roman ne révolutionnera pas le genre, sur la forme il vous réservera tout de mêmes quelques belles surprises et s’avérera même addictif une fois que vous serez vraiment dans l’intrigue. Si le cocktail post-apocalyptique et multivers fonctionne vite et bien, je dois toutefois reconnaître que je n’ai pas été immédiatement emballé, la faute sans doute à une écriture totalement dépourvue d’émotions. Un peu déconcertant de prime abord mais la qualité de l’intrigue et ses nombreux rebondissements sauront faire oublier cette faiblesse.
En plus de son intrigue de qualité, le roman peut compter sur une belle galerie de personnages, tous rigoureusement travaillés par l’auteur. A commencer par le groupe des Eclaireurs, chacun bénéficie d’un passé et d’une personnalité qui lui est propre. Un groupe dans lequel, généralement, les individualités se complètent lors des sorties en mission (sorties qui n’ont rien d’une promenade de santé, soit dit en passant).
En toile de fond, le contexte politique a aussi toute son importance, avec notamment les nombreuses questions que l’on peut se poser sur cette mystérieuse Autorité. Elle même semblant en proie à une crise interne opposant l’armée régulière (dont dépendent les Eclaireurs) et les Patriotes (une espèce de police politique à la solde du pouvoir).
Ce roman est le premier opus d’un diptyque post-apocalyptique proposé par l’auteur, j’espère que l’éditeur ne tardera pas trop avant de nous proposer le second opus ; soit dit en passant les deux intrigues sont totalement indépendantes, aussi bien au niveau de leur contexte que des personnages.

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[BOUQUINS] Walter Van Tilburg Clark – L’Etrange Incident

wvtcleiJe reste en compagnie des éditions Actes Sud mais je change de registre et d’époque, place au western pur jus avec L’Etrange Incident de Walter Van Tilburg Clark.
1885, Nevada. La petite ville de Bridger’s Well est depuis quelques temps la cible de voleurs de bétails, quand un jeune cow-boy est tué par des voleurs c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Aussitôt une milice se met en place, un groupe d’hommes bien décidés à faire justice eux-mêmes. En face, d’autres, moins nombreux, tentent de les convaincre que les voleurs doivent être livrés à la justice et avoir un procès équitable…
Je vous avais bien dit que je reviendrai rapidement au western, le truc c’est de réussir à trouver des titres qui sortent du lot quant on ne connait pas grand chose au genre (en littérature je précise, au cinéma je n’ai pas trop de lacune sur la question). Pour moi la solution s’est imposée d’elle même, faire confiance aux éditeurs qui m’ont fait forte impression. De prime abord j’ai pensé à Gallmeister et j’ai en effet trouvé quelques titres prometteurs. J’ai été surpris de découvrir que Actes Sud proposait aussi une collection dédiée au western, « L’Ouest, le vrai », qui reprend les classiques du genre ; de quoi alimenter quelques futures chroniques.
Si vous cherchez un western où ça pétarade à tout va, passez votre chemin. L’Etrange Incident est avant tout un western psychologique. Dès l’annonce du meurtre une chape de plomb vient plomber l’ambiance, la tension monte crescendo. Une tension entretenue par les personnages qui s’opposent, à ce titre l’auteur brosse des portraits sans concessions des différents protagonistes.
Du côté des partisans du lynchage, on trouve un leader charismatique, le Major Tetley, un ancien officier de cavalerie, déterminé et autoritaire. A ses côtés le shérif adjoint Mapes, une brute épaisse mais qui s’écrase face au major. Suivent quelques cow-boys qui crient vengeance pour l’un des leurs, le poivrot du village et d’autres aux motivations plus incertaines.
En face d’eux, malheureusement, l’opposition n’est pas de taille. Certes Davies, le commerçant, est motivé et persuadé de son bon droit, mais il n’a ni le charisme, ni la verve du major. Le pasteur Osgood ne lui sera pas d’un grand secours, nul ne l’écoute. Quant au juge Tyler, il n’est bon qu’à brasser du vent et s’écouter parler.
Par certains aspects le roman de Walter Clark m’a fait penser à Mangez-Le, Si Vous Voulez de Jean Teulé. On y retrouve le même « effet de meute » qui entraîne, sur la base d’une simple rumeur, une foule assoiffée de haine et de violence du fait d’un contexte particulier (ici les vols à répétition qui exaspèrent cow-boys et ranchers). Mais Walter Clark va beaucoup plus loin dans l’analyse psychologique des faits et des personnages.
Le roman, relativement court (272 pages), écrit à la première personne (le narrateur est Art Croft, un des cow-boys qui participe à l’excursion), est divisé en cinq chapitres, chacun représentant une étape décisive de l’intrigue. Au départ le découpage m’a paru un peu léger mais au final, une fois embarqué dans le récit, on ne peut plus le lâcher.
La présente édition est enrichie d’une postface signée Bertrand Tavernier qui apporte un éclairage nouveau sur le contexte au moment de la parution du roman ; il faut en effet savoir que le lynchage en 1940 était encore légal, il faudra attendre 1946 pour le Président Truman décide de l’abolir.
Sorti en 1940, le roman fera l’objet d’une première traduction française par Gallimard en 1947 sous le titre Le Drame D’Ox-Bow, Actes Sud nous propose aujourd’hui de le (re)découvrir dans une nouvelle traduction. L’Etrange Incident est surtout connu pour être un film réalisé par William Wellman en 1941 (il ne sera diffusé qu’en 1943), avec Henry Fonda dans le rôle de Gil Carter.

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Morceau choisi :

Un échange entre Art Croft, le narrateur, et Gerald Tytley, le fils du major.

— C’est beaucoup plus que du vent, dit-il, comme si je l’avais contredit. On ne chasse pas les hommes, ajouta-t-il, comme les coyotes chassent les lapins, sans éprouver une drôle de sensation, sans se sentir soi-même un animal, le pire des animaux.
— Il y a une différence : nous avons des raisons.
— C’est la même chose, dit-il durement. Cela nous rend-il meilleurs ? Pires, dirais-je. Les coyotes, du moins, ne se donnent pas d’excuses. Nous nous imaginons vivre d’une façon supérieure, mais comme eux nous continuons à chasser en bandes comme les loups, à nous terrer tels des lapins. Tous leurs plus vilains traits.
— Il y a une différence, dis-je. C’est nous qui soumettons les loups et les lapins.
— Vous parlez de pouvoir, dit-il amèrement.
— Sur vos loups, et sur les ours aussi.
— Oh ! Nous sommes intelligents, fit-il du même ton. Nous ne les soumettons que pour exercer notre pouvoir. Oui, nous avons su leur inspirer la crainte à tous, excepté à ces pauvres choses domestiquées que l’on a privées d’âme. Nous sommes les coqs des tas de fumier, les brutes de ce monde.
— Nous n’allons pas chasser le lapin ce soir, lui rappelai-je.
— Non, mais notre propre espèce. Un loup ne le ferait pas, pas même un coyote galeux. C’est ça que nous faisons maintenant, chasser notre propre espèce. Le gibier a cessé de nous exciter.

[BOUQUINS] Elizabeth McNeill – 9 Semaines ½

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E. McNeill - 9 semaines ½Petite escapade érotique en compagnie d’Elizabeth McNeill et son fameux et sulfureux récit autobiographique 9 Semaines ½.
Elizabeth, la narratrice, rencontre un inconnu lors d’un marché en plein air, ils sympathisent, dînent ensemble et, une chose en entraînant une autre, finissent par coucher ensemble. Leur relation durera neuf semaines et demi, période pendant laquelle il lui fera découvrir des facettes qu’elle ignorait de sa propre personnalité, poussant toujours plus loin leurs jeux sexuels…
Le texte est paru en 1978 mais reste intemporel, il faudra toutefois attendre 1983 pour apprendre que sous le pseudo d’Elizabeth McNeill se cache Ingeborg Day. Mais jamais l’auteure n’évoquera son pseudonyme ou ce texte, ni même l’adaptation cinématographique d’Adrian Lyne sorti en 1986. Elle n’aura d’ailleurs jamais l’occasion de lever le voile du mystère qui entoure ces fameuse 9 semaines ½ puisqu’elle s’est suicidée en 2011, à l’âge de 70 ans.
Peut être avez vous eu l’occasion de voir la version cinéma avec Mickey Rourke et Kim Basinger dans les rôles principaux (avant que le Botox ne les transforme en mutants bogdanoviens). Un film à l’esthétique visuelle irréprochable mais très kitch dans l’ensemble, et surtout très soft. Si oui, alors oubliez tout ce que vous savez, le récit d’Elizabeth McNeill est en effet beaucoup plus cru dans la description de la relation qu’elle a entretenu avec ce mystérieux amant (il n’est jamais nommé, encore un secret qu’elle a emporté dans la tombe).
Au fil de son récit Elizabeth McNeill alterne les chapitres racontant par le détail sa courte mais intense relation avec son amant, et ceux, plus court, où elle essaye de comprendre et d’analyser ce qu’elle est devenue pendant cette liaison. Une relation qui monte crescendo dans le sado-maso, avec lui dans le rôle du dominant et elle dans celui de la soumise. Malgré les humiliations qu’il lui fait subir elle développera une véritable dépendance physique et psychologique vis à vis de son amant ; elle même d’ailleurs ne peut s’expliquer le pourquoi du comment d’un tel niveau d’abandon.
Un récit court, brut de décoffrage mais aussi avec une certaine retenue dans les descriptions, l’auteure ne joue pas la carte de la surenchère, nous n’avons aucun mal à imaginer ce qui n’est pas écrit. Je ne dirai pas que j’ai été choqué mais je suis sorti de cette lecture avec un sentiment de malaise diffus… Sans doute parce que je ne conçois pas la notion de soumission dans un couple, le temps d’un jeu éventuellement mais pas en permanence et surtout avec modération.
Si l’envie vous prenait de lire ce témoignage, privilégiez l’édition parue Au Diable Vauvert, elle est en effet enrichie d’une préface qui nous en dit plus sur l’auteure et son récit. C’est la version que j’ai lue, même si en l’occurrence j’ai illustré cette article avec la couv’ de France Loisirs (il faut dire que celle du Diable Vauvert ne donne vraiment pas envie).

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[BOUQUINS] Boyd Morrison – La Vague

B. Morrison - La vagueCa faisait déjà un moment que cet auteur me faisait de l’oeil avec sa tétralogie Tyler Locke mais j’ai pensé qu’un one-shot serait un bon moyen de faire connaissance, le hasard (et la carte bleue) faisant bien les choses, La Vague vient tout juste de sortir chez Bragelonne.
L’archipel d’Hawaï est menacé par un méga-tsunami. Kai Tanaka, directeur du Centre d’Alerte Tsunami du Pacifique basé à Honolulu dispose de peu de temps pour donner l’alerte et sauver un maximum de vies. L’Île Christmas ne répond plus, sans doute rasée par une vague que rien ne semble pouvoir arrêter. En plus de la population de l’archipel, Tanaka doit aussi s’assurer que sa famille est hors de danger…
Pfft j’suis trop vieux pour ces conneries ! Non mais c’est vrai quoi, mon palpitant n’est plus de première fraîcheur. Et je ne vous parle même pas de ma tension. Et l’autre là, le Boyd Morrison, se permet de malmener tout ce petit monde sur plus de 400 pages sans jamais leur accorder le moindre répit. Histoire d’enfoncer le clou, ce petit saligaud ne nous fait même pas grâce d’un happy end… Sadique !
J’ai abordé ce bouquin comme un divertissement rythmé mais hautement improbable, quelle erreur ! On est dans le même registre que Extinction de Matthew Matter (chez Bragelonne aussi, chroniqué ici), à savoir un scénario catastrophe certes extrême mais malgré tout possible. Le tout servi par une intrigue richement documentée (sans jamais sombrer dans le didactique soporifique) menée à un rythme ahurissant. Il faut dire que l’action se joue en moins de 4 heures, pas le temps de souffler entre deux chapitres, ni même entre deux pages. Quand j’vous dis qu’il vous mettra les nerfs en pelote, ce n’est pas du bluff.
Avec le personnage de Kai Tanaka on trouve un personnage ordinaire confronté à une situation extraordinaire, et pour couronner le tout il va se retrouver déchiré entre sa conscience professionnelle (dont dépend la vie des habitants de l’archipel) et ses sentiments personnels (sa femme et sa fille sont directement exposées au tsunami), déchirement qui s’achèvera sur un choix cornélien des plus déchirant.
Au cours de son périple au milieu d’un Honololu dévasté par la nature en furie, il croisera des alliés, des victimes dépassées par les événements, mais aussi des connards de première qui ne pensent qu’à sauver leur petite gueule de minable et des inconscients qui se fichent éperdument de l’alerte. Des rencontres qui malheureusement ne que trop vraies dans ce genre de situation, il y en a toujours qui vont se persuadés d’être plus important que les autres ou pire, invulnérables face aux éléments déchaînés.
Je ne sais pas si tout est scientifiquement rigoureusement exact, ni si tout est humainement réalisable mais honnêtement je m’en fous, l’essentiel étant que l’ensemble passe comme une lettre à la poste et sur ce point le challenge est relevé haut la main.
Pas étonnant qu’un bouquin basant son intrigue sur un tsunami face souvent référence à celui qui a frappé l’Asie du Sud Est en 2004, avec 225 000 victimes il s’agit du phénomène le plus meurtrier de tous les temps. Par contre j’ai été surpris que celui de 2011, au Japon (18 000 victimes mais aussi et surtout à l’origine d’un accident nucléaire de niveau 7) ne soit jamais mentionné. Un coup d’oeil à la page du copyright répond à la question, le roman a été publié en version originale en 2009, puis réédité en 2010 (c’est le second roman de l’auteur, le premier étant encore inédit en français) ; il aura fallu attendre 2016 et le succès de la série Tyler Locke (du même auteur, chez Bragelonne) pour qu’une version française voit enfin le jour.
J’adore ces bouquins qui vous laissent groggy une fois la dernière page tournée, à ce titre La Vague fait vraiment très fort, tellement addictif que je l’ai dévoré d’une traite. Il ne me reste plus qu’à dépoussiérer mon Stock à Lire Numérique afin de me pencher sur le cas Tyler Locke.

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jd5Coup double

[BOUQUINS] Brian Panowich – Bull Mountain

B. Panowich - Bull MountainUne lecture qui m’a été chaudement recommandé et, au vu des critiques lues sur le net, le bouquin semble s’annoncer comme un incontournable de l’année 2016. Place donc à ma chronique de Bull Mountain, un premier roman signé Brian Panowich.
Depuis toujours Bull Mountain est le territoire du clan Burroughs, de là partent toutes sortes de trafics (armes, alcool, drogue…) sous la direction de Halford Burroughs. Clayton Burroughs, son frère cadet, a réussi à s’extirper de cette spirale infernale, il est même devenu shérif du comté et tente, avec les moyens du bord et sans mettre la région à feu et à sang, d’endiguer le flot de merde qui s’écoule de Bull Mountain. Mais cet équilibre précaire risque d’être mis à mal par l’arrivée de l’agent fédéral Simon Holly, bien décidé à nettoyer Bull Mountain, quel qu’en soit le prix à payer…
Ai-je bien fait de bouleverser mon planning de lecture pour privilégier ce bouquin ? Incontestablement la réponse est OUI. Mais comme ça fait un peu court comme réponse je vais maintenant argumenter.
Comme souvent avec les éditions Actes Sud, la couv’ est sobre mais efficace. Et oui, même quand on lit en numérique on reste sensible aux couvertures, ça reste le premier contact que l’on a avec le livre. Certes elle ne jouera pas un rôle décisif dans le choix final mais une couverture bien fichue peut m’amener à m’intéresser à un bouquin qui aurait pu me laisser indifférent en d’autres circonstances.
Direction le sud des Etats-Unis, plus précisément la Géorgie, pour un thriller 100% redneck mais aussi et surtout 100% noir. Une histoire de famille plus proche de Caïn et Abel que de Arnold et Willy, chez les Burroughs l’Histoire s’écrit dans la violence, en lettres de sang. Une histoire de famille qui commence en 1949 par un meurtre brutal et s’achève en 2015 dans un bain de sang.
Une histoire qui repose sur trois personnages principaux. Clayton, le cadet du clan Burroughs, devenu shérif pour échapper à Bull Mountain. Halford, son aîné, maître auto-proclamé de Bull Mountain (même si personne ne lui conteste ce titre). Simon Holly, un fédéral qui semble avoir un compte personnel à régler avec le clan Burroughs.
Il faudra aussi compter avec les Burroughs du passé. Cooper, le grand-père, et Gareth, le père qui étendront l’activité de Bull Mountain à la drogue (cannabis puis méth) et aux armes lourdes (finies les pétoires de grand p’pa, place aux fusils d’assaut).
Mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés en plan. Qu’il s’agisse de Kate, l’épouse de Clayton, ou d’Angel, une prostituée prise au piège d’une spirale infernale ; les personnages féminins ne sont pas de faibles femmes sans défense, loin s’en faut. Sans oublier Wilcombe qui règne sur la trafic d’armes lourdes en Floride avec son associé Bracken.
Une intrigue qui vous prend aux tripes dès les premières pages et ne vous lâche plus jusqu’au clap de fin. Une intrigue noire à souhait, violente et sanglante, mais il serait réducteur de n’en retenir que ces aspects, le scénario est en béton armé et au milieu des ténèbres subsiste une lueur d’espoir… faible mais elle a le mérite d’exister.
Un premier roman parfaitement maîtrisé, mais j’avoue que j’ai trouvé le pied de nez final un peu (beaucoup) tiré par les cheveux. Du coup il passe à un cheveu du coup de coeur, ce qui ne m’empêchera pas de me ruer sur les prochains romans de Brian Panowich.

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jd4dCoup de poing

[BOUQUINS] Glendon Swarthout – Le Tireur

G. Swarthout - Le TireurAu menu de cette chronique, une première pour moi : un western. En l’occurrence mon choix s’est porté sur Le Tireur de Glendon Swarthout.
El Paso, 1901. J.B. Books est le dernier des tireurs encore en vie, mais plus pour longtemps, un cancer le ronge inexorablement. Il décide alors de vivre ses derniers jours dans une tranquille pension de famille tenue par Mme Rogers, une veuve qui élève seule son fils, Gillom. Alors que Books n’aspire qu’à ce qu’on lui foute la paix, il devra pourtant composer avec les vautours qui chercheront à profiter de sa mort pour s’engraisser à son insu…
Publié en version originale en 1975, puis en français chez Gallimard la même année (sous le titre Une Gâchette), c’est sur l’édition/traduction Gallmeister parue en 2012 que j’ai jeté mon dévolu.
Comme je le disais en introduction de ce post, c’est la première fois que je lis un western… mais je sais d’ores et déjà que ce ne sera pas la dernière fois. Pas de vol à main armée, ni d’attaque de diligence, pas de méchants indiens non plus et pourtant je peux vous assurer que c’est un western pur jus que vous aurez entre les mains. Un western à la croisée de deux époques, la conquête de l’Ouest et ses héros appartiennent au passé tandis que le vingtième siècle et ses changements bouleversent peu à peu le quotidien de tout à chacun.
Le roman  est porté par son personnage principal, John Bernard Books. Un héros qui mène sa vie selon un principe des plus simples : « Je refuse qu’on porte la main sur moi. Je refuse qu’on me trompe. Je ne supporte pas d’être insulté. Je n’inflige rien de tout cela à autrui. J’attends la même chose des autres. » Certes il a expédié ad patres bon nombre de ses semblables mais jamais il n’a été à l’origine d’un affrontement. Ce qui ne l’empêche pas de ne pas trouver sa place dans ce nouveau monde qui se profile, Le shérif Thibido ne manquera d’ailleurs pas de le lui rappeler sans détours : « Où est votre place dans cette marche du progrès ? Nulle part. Votre place est au musée. Pour être plus précis, Books, vous appartenez à une autre époque, complètement révolue. »
Un homme bouffé par la maladie mais bel et bien décidé à rester droit dans ses bottes jusqu’à son dernier souffle. Ce n’est certainement pas lui qui s’adaptera aux autres mais bel et bien aux autres de s’adapter à lui ; à ce titre on assiste au fil des page à l’évolution de sa relation avec sa logeuse Mme Rogers. Un homme déterminé à partir comme il a vécu : la tête haute.
Concernant ladite logeuse, Madame Rogers, il ne faut pas se fier aux apparences, c’est un petit bout de femme au caractère bien trempé, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord. Dommage qu’elle traîne un boulet comme Gillom, son bon à rien de fils.
Un western profondément humain,servi par un roman court mais intense.

MON VERDICTjd4d

Pour la petite histoire le roman a été adapté pour le cinéma dès 1976 par Don Siegel sous le titre, Le Dernier Des Géants, avec dans le rôle de J.B. Books, John Wayne qui incarnera pour l’occasion son dernier grand rôle, un rôle qu’il est à même de comprendre dans toute sa splendeur, étant lui même atteint d’un cancer au moment du tournage.

[BOUQUINS] Ellen Urbani – Landfall

E. Urbani - LandfallIl aura fallu un Book Club pour qu’enfin je me décide à extraire ce Landfall des tréfonds de mon Stock à Lire Numérique. Et pourtant ça faisait quelque temps déjà que le roman d’Ellen Urbani avait rejoint ledit stock, mais je reviendrai plus tard sur le sujet.
Un matin de septembre 2005, Rose fait route vers La Nouvelle-Orléans avec sa mère, Gertrude. Elles vont porter secours aux sinistrés de Katrina. Mais sur la route, leur voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, tuée sur le coup, seule et sans le moindre papier d’identité, ne tarde pas à obséder Rose, unique rescapée après l’accident…
De Gallmeister je connais surtout les bouquins de type nature writing mais je n’ai aucun a priori contre l’éditeur, d’autant je n’ai jamais été déçu par les titres que j’ai lu. Et pourtant je n’aurai de prime abord pas accordé un regard à Landfall. Un titre abstrait voire abscons, une auteure dont je n’avais jamais entendu parler et surtout une couv’ qui tire sur le rose fuchsia. De quoi mettre tous mes signaux d’alarme en alerte maximale !
Mais alors comment a-t-il atterri dans mon Stock à Lire Numérique me demanderez-vous ? Ca a commencé par un billet élogieux d’une fée nommée Stelphique, créature bloguesque je suis depuis déjà un moment avec plaisir. Puis il y a eu le coup de coeur d’une certaine Belette Cannibale dont je suis un fidèle suiveur. Enfin le roman a été l’heureux élu du Book Club de juin 2016 (je n’en dirai pas plus, vous connaissez la règle n°1 : on ne parle du Fight Club). Et voilà comment j’en suis arrivé à le lire.
Alors, heureux ? Et comment ! Totalement sous le charme de ce bouquin. C’est la deuxième fois ce mois-ci (après Les Maraudeurs) que je m’aventure dans l’après Katrina et à chaque fois j’en sors complètement boulversifié ! Un roman plein d’humanité qui parvient à éviter tout sentimentalisme mièvre pour nous prendre aux tripes et au coeur ; à ce titre l’écriture est d’une incroyable justesse.
J’avoue sans complexe que dans les premières pages j’ai été plutôt sceptique, ne comprenant pas vraiment où l’auteure voulait nous emmener. Mais rapidement on se prend au jeu, on est sous le charme de ses deux jeunes filles finalement pas si différentes que ça (si ce n’est que l’une est morte alors que l’autre respire la santé… on va pas pinailler pour un détail aussi insignifiant).
Au fil des chapitres on alterne entre Rose et Rosy (la jeune victime). On découvre peu à peu leur parcours réciproque au sein de deux univers diamétralement opposés. Deux jeunes filles qui partagent comme point commun le fait d’avoir été élevées par des mères célibataires, de fait on partage aussi les relations mères-filles unissant Rose/Gertrude et Rosy/Cilla. Quatre personnages haut en couleurs et deux relations différentes.
Tout n’a pas été rose pour Rosy, avant, pendant et après Katrina, elle a dû, avec puis sans Cilla, traverser des heures sombres, puis l’enfer. Difficile de rester de marbre face au courage et à la détermination dont elle fait preuve, on lui pardonnera aisément d’avoir envie baisser les bras dans les moments les plus difficiles. Il faut dire aussi que la description des conditions de survie au coeur et après l’ouragan sont d’un réalisme glaçant, pas surprenant venant d’une auteure ayant une spécialisation dans les traumatismes liés à la survie (en plus de deux années au sein des Peace Corps).

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Tom Cooper – Les Maraudeurs

T. Cooper - Les MaraudeursBorn on the Bayou chantait John Fogerty (oublions la très quelconque reprise de Francis Cabrel, Né dans le Bayou) ; une mélodie plutôt joyeuse emplie de nostalgie. Tout le contraire du Bayou qui sert de toile de fond au roman de Tom Cooper, Les Maraudeurs. L’hymne du Bayou ressemblerait davantage à Noir c’est noir. A la décharge de ses habitants notre bayou s’est pris de plein fouet l’ouragan Katrina en aôut 2005, une catastrophe naturelle qui a laissé des cicatrices indélébiles dans le décor mais aussi dans les coeurs et les âmes (1 577 morts en Louisiane). En avril 2010, la Lousiane est le premier état américain touché par la marée noire suite à l’explosion de Deepwater Horizon, la plate-forme pétrolière exploitée par BP ; une catastrophe économique sans précédent pour le premier état producteur de crevettes aux USA (sans parler des conséquences écologiques et environnementales).
À Jeanette, en Louisiane, on survit tant bien que mal grâce à la pêche, de génération en génération, mais depuis le passage de l’ouragan Katrina rien n’est plus pareil. Et quand la marée noire vient polluer les côtes, les habitants sont de nouveau confrontés au pire…
Le bouquin est construit selon le principe des PoV (Point of View) popularisé par Le Trône De Fer ; chaque chapitre se concentre sur un personnage phare de l’intrigue. Par ordre d’apparition, nous ferons connaissance avec :
– Les frères Toup, des jumeaux, charmants agriculteurs, un tantinet psychopathes qui vivent de la culture à grande échelle de cannabis qu’ils font pousser dans les marais.
– Lindquist, un pêcheur manchot qui passe le peu de temps libre dont il dispose à courir après le supposé trésor du flibustier Jean Lafitte ; quand il n’est pas défoncé par l’alcool et les médocs.
– Wes Trench, un ado résigné à vivoter de la pêche à la crevettes, mais déterminé à prendre ses distances avec son père acariâtre.
– Cosgrove & Hanson, deux losers bien déterminés à devenir riches, de préférence en faisant le minimum d’efforts… Et tant pis si leur business n’est pas franchement légal.
– Grimes, mandaté par la BP suite à la marée noire afin de convaincre les habitants d’accepter un règlement à l’amiable via une indemnisation minable.
C’est quasiment par hasard que ces personnages vont se croiser, se lier d’amitié, se détester ou même se traquer. La tension monte crescendo dans la moiteur hostile du Bayou.
Pour un premier roman, Tom Cooper signe une oeuvre magistrale, une fois que vous aurez plongé dans le Bayou en compagnie de ses personnages, déglingués et malmenés, vous ne pourrez plus lâcher le bouquin. Non que ce soit un condensé d’action, mais juste par vous serez possédé par le Bayou et ses habitants ; vous aurez de partager ses tranches de vie, que vous aimiez ou que vous détestiez le personnage auquel le chapitre est dédié. Les lecteurs du Trône De Fer comprendront sans mal ce que je veux dire par là, pour les autres je vous invite à vous lancer dans cette expérience.
Un roman qui par son ambiance n’est pas sans me rappeler la recueil Chiennes De Vie de Frank Bill, un bouquin qui m’avait bien pris aux tripes lors de sa lecture. Si ces tranches de vie, qu’elles se déroulent dans l’Indiana ou en Louisiane, sont pour nous des histoires fictives, il ne faut pas perdre de vue que pour certains elles sont le reflet de leur triste réalité. C’est sans doute cet ancrage dans le monde réel qui rend ce type de bouquin particulièrement percutant. Un régal à lire mais on garde un arrière goût de bile dans la gorge. Bravo et merci monsieur Cooper.

MON VERDICT
jd5Coup double