[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Abattez Les Grands Arbres

AU MENU DU JOUR

C. Guillaumot - Abattez les grands arbres
Titre : Abattez Les Grands Arbres
Série : Le Kanak – Tome 1
Auteur : Christophe Guillaumot
Editeur : Cairn Editions
Parution : 2015
Origine : France
360 pages

De quoi ça cause ?

Renato Donatelli, surnommé le Kanak, est gardien de la paix à la SRPJ de Toulouse, foncièrement honnête et gentil il souffre d’être affecté à une unité corrompue de la Brigade des Stups. Et du manque de son île d’origine : la Nouvelle-Calédonie.

Pendant que ses collègues opèrent une perquisition douteuse, Renato découvre, dans un appartement voisin, une scène de crime particulièrement morbide. Toute une famille, à l’exception d’une petite fille, a été massacrée à la machette.
Poussé par son instinct de policier, Renato va mener, à l’insu de ses coéquipiers et de sa hiérarchie, sa propre enquête sur ces meurtres. Une enquête qui risque fort de ne pas plaire à tout le monde…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Sans la chronique enthousiaste de Lau Lo (Evadez-moi), il est plus que probable que je serai passé à côté de ce bouquin. Et c’eut été franchement dommage !

Renato Donatelli, le Kanak, est originaire de Nouvelle-Calédonie (même si son nom n’a pas vraiment de consonance mélanésienne). Une bonne raison de plus de me laisser tenter.

Christophe Guillaumot est lui même flic au SRPJ de Toulouse. Un polar écrit par un flic, la concurrence est rude (je pense notamment à Olivier Norek et Didier Fossey), mais ça reste prometteur.

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterai revenir sur la genèse du personnage de Renato Donatelli. L’auteur s’est largement inspiré d’un collègue et ami, Renato Talatini, pas un Kanak, mais un Wallisien. Une force de la nature (qualifier un Wallisien de force de la nature tiendrait presque du pléonasme), qui appelait effectivement ses potes gros chameaux et promettait des gifles amicales à ceux qui lui cherchaient des noises. Le « vrai » Renato est décédé en 2009 suite à un AVC, le roman lui est dédié, mais le plus bel hommage que pouvait lui rendre Christophe Guillaumot reste son héros : Renato Donatelli.

Il faut dire que Renato Donatelli a de quoi marquer les esprits, physiquement déjà il mesure pas loin de deux mètres, tout en muscles. Mais surtout Renato Donatelli est foncièrement gentil et intègre, toujours prêt à aider son prochain. Son rêve : revenir en Nouvelle-Calédonie ; mais les places sont chères et certains n’hésitent pas à truquer les cartes pour lui griller la priorité.

Affecté comme gardien de la paix à la brigade des Stups, il bosse au sein d’une équipe corrompue jusqu’à la moelle. S’il ne participe pas à leurs magouilles, il ne les balance pas non plus à ses supérieurs ; c’est pas son genre. Un statu quo pas totalement satisfaisant pour Renato, mais il accepte de faire avec.

Si Renato a le coeur sur la main et se plait à jouer la carte du gentil sauvage un tantinet candide, il n’hésite toutefois pas à jouer des poings quand la situation l’impose. Avec son physique et sa force, il n’a pas besoin de s’encombrer de son arme de service.

Au fil de son enquête, il croisera un jeune lieutenant de la Crim’, Jérôme Cussac, surnommé numéro Six par ses collègues et souvent relégué à des tâches peu reluisantes. Mais aussi Avril amandier, une jeune et jolie médecin légiste.

L’enquête de Renato va le plonger dans les heures les plus sombres et les plus sanglantes de l’histoire du Rwanda. Avril 1994, l’avion du président rwandais est abattu par un tir de missile. Le Front Patriotique Rwandais (FPR) désigne les Tutsis comme responsables et appellent les Hutus à passer à l’acte. Entre avril et juillet 1994, ce conflit fera plus de 800 000 victimes (essentiellement des Tutsis). Le génocide rwandais sera reconnu comme tel par l’ONU en juin 1994.

Je n’ai aucune honte à avouer que j’ai suivi de très loin le déroulement des faits qui ont conduit au génocide rwandais ; j’en ai naturellement entendu parler, mais hormis le fait que les Tutsis se faisaient massacrer par les Hutus, je n’ai pas cherché à voir plus loin que la surface. A la lecture du roman on devine aisément que Christophe Guillaumot a dû se livrer à un impressionnant travail d’investigation sur le sujet, notamment sur l’implication (et la non-intervention, voire la complicité) de la communauté internationale et plus particulièrement de la France dans le dossier rwandais.

Bref en enquêtant sur ce double meurtre, non seulement Renato sort clairement de son périmètre d’action, mais il risque fort de remuer une merde que certains préféreraient continuer à laisser reposer au fond des chiottes de l’oubli. Tout ça pour vous dire qu’il devra faire face à bien des obstacles…

L’auteur nous livre un polar haut de gamme, avec une intrigue riche en rebondissements et autres retournements de situation, mais aussi et surtout avec des personnages diablement attachants.

A ma connaissance je n’ai jamais mis les pieds à Toulouse, mais en lisant ce bouquin j’avais l’impression de connaître la ville. On sent que l’auteur aime sa ville et prend plaisir à nous la faire découvrir (quitte à s’écarter des sentiers touristiques et plonger dans les bas-fonds de la ville rose).

Pour sa première apparition, on peut dire que le Kanak frappe haut et juste, et dire que d’après Lau Lo le second est encore meilleur, il me tarde de le découvrir. Une chose est sûre, j’aurai plaisir à suivre cet auteur et ses personnages.

MON VERDICT
Coup double

Aparté technique

Comme vous le savez peut être je suis curieux et maniaque en matière de codage des fichiers epub. En ouvrant celui-ci j’ai été surpris de découvrir que tout le corps du bouquin était constitué d’un fichier unique.

Le genre de truc dont tout le monde (ou presque) se fout, mais je n’ai pu m’empêcher de diviser ce fichier unique en plusieurs fichiers (un par chapitre). Je ne suis pas sûr que cela change grand chose à la lecture mais je trouve ce découpage plus logique.

C’est grave docteur ?

[BOUQUINS] Olivier Norek – Entre Deux Mondes

AU MENU DU JOUR

O. Norek - Entre Deux Mondes

Titre : Entre Deux Mondes
Auteur : Olivier Norek
Editeur : Michel Lafon
Parution : 2017
Origine : France
413 pages

De quoi ça cause ?

Adam, un ex-policier ayant rejoint les forces rebelles de l’Armée Syrienne Libre, fuit la Syrie pour se réfugier à Calais, dans la Jungle des migrants. Il espère y retrouver sa femme et sa fille, parties une semaine plus tôt.
Bastien est un flic nouvellement muté à Calais à la tête de la BSU. Il y découvre des collègues désabusés, notamment une équipe de la BAC avec qui il va sympathiser.
Les deux hommes n’auraient jamais dû se croiser, et pourtant le destin va les réunir…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek et que sa trilogie consacrée au Groupe Coste m’avait littéralement scotché.
J’espérais retrouver Victor Coste et son équipe ; mais comment rester de marbre face à une réception unanimement dithyrambique ? Surtout quand je vois mes blog-potes aussi enthousiastes !

Ma chronique

Force est de reconnaître que, vue de Nouméa, la question des migrants est très abstraite. Pour ma part je m’en tiens à ce les médias veulent bien nous dire, ça me suffit pour me convaincre qu’il est difficile d’avoir un avis tranché sur le sujet.

Écrire un roman sur le sujet peut rapidement s’avérer casse-gueule tant le nombre d’écueils à éviter est important. Et très franchement, il fallait un auteur en qui j’ai une confiance absolue pour me convaincre d’aller au-delà de mes appréhensions.

Le ton est donné dès les premières pages, on sait d’ores et déjà que Olivier Norek ne nous ménagera pas et qu’on va en prendre plein la gueule.

Il faut dire que Olivier Norek a payé de sa personne pour nous offrir un récit qui colle à la réalité du terrain. Un récit surtout sans parti pris ni raccourci facile, un récit où l’humain est mis en avant. Et vous le savez aussi bien que moi (sauf si vous pensez que le monde extérieur est le pays des Bisounours), l’humain est capable du pire (souvent), mais aussi du meilleur (parfois).

Plus que jamais l’auteur apporte un soin particulier à ses personnages, les principaux comme les secondaires. Et il faut bien ça si on veut les comprendre et comprendre le regard qu’ils portent sur les événements. Mais aussi et surtout si on veut vivre pleinement leurs émotions !

Il y a Adam et Bastien, les deux piliers de l’intrigue. Avec Adam on plonge au coeur de la Jungle, on va même directement se frotter à ce qu’elle abrite de plus immonde. Avec Bastien c’est un regard extérieur qui est porté sur la Jungle, un regard idéaliste qui va évoluer au contact de la réalité.

La réalité se sont ses collègues qui vont la lui faire découvrir, d’abord via Erika son adjointe, puis au contact de Passaro, le chef de la BAC et son équipe, qu’il accompagnera sur diverses opérations de terrain.

Au niveau des personnages, mon coup de coeur va incontestablement à Kilani, un gamin soudanais muet que Adam sauvera de l’enfer avant de le prendre sous sa protection. C’est avec Kilani que vous vivrez les émotions les plus intenses, nul doute que son parcours tirera des larmes mêmes aux lecteurs les plus coriaces (ou les plus blasés).

C’est pas une baffe dans la gueule que vous assène Olivier Norek avec ce roman, mais bel et bien des uppercuts en série qui vous laisseront KO debout après vous avoir vrillé les nerfs, les tripes et le coeur. Plus d’une fois, j’ai dû arrêter ma lecture pour laisser la tension et l’adrénaline retrouver un niveau acceptable.

Je peux d’ores et déjà affirmer que Entre Deux Mondes sera mon méga coup de coeur de l’année 2017. Les mots me manquent pour définir mon ressenti après avoir refermé ce bouquin, alors je dirai simplement le premier qui m’est venu à l’esprit : monumental !

Ceci dit Monsieur Norek, pas de conneries, on veut retrouver le Groupe Coste !

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Anonyme – Bourbon Kid

AU MENU DU JOUR

Anonyme - Bourbon Kid

Titre : Bourbon Kid
Auteur : Anonyme
Editeur : Sonatine
Parution : 2017
Origine : USA (?)
456 pages

De quoi ça cause ?

Caïn, le premier meurtrier de l’histoire biblique, libère les quatre cavaliers de l’Apocalypse. Leur but : accéder au Cimetière du Diable afin d’ouvrir les portes de l’Enfer. Et accessoirement éliminer le Bourbon Kid.

Le Kid et les Dead Hunters deviennent les cibles de Caïn et des cavaliers. Face à des ennemis aussi démoniaques qu’impitoyables, le Kid et le Dead Hunters devront faire montre d’une détermination sans faille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quelle question ! Parce que c’est une nouvelle aventure du Bourbon Kid. Et donc la promesse d’une lecture aussi jouissive que déjantée

Ma chronique

Fan de la première, la lecture du Livre Sans Nom en 2011 fut une sacrée découverte et une méga claque. Crévindiou, mais qui est donc cet auteur qui ose tout et ne recule devant rien ? Bin on n’en sait rien en fait, le gars signe ses romans Anonyme. Petit saligaud ! Et aujourd’hui encore le mystère reste entier autour de l’identité de celui qui se cache derrière cet anonymat.

Pour ceux et celles qui l’ignoreraient encore l’univers du Bourbon Kid est pour le moins inhabituel… Un peu beaucoup déjanté, décalé, irrespectueux, irrévérencieux, hyper violent et plein de références en tout genre. Un cocktail explosif d’un humour parfois grinçant, souvent très très gras… mais quel plaisir pour les zygomatiques ! Même en plein coeur d’un carnage l’auteur réussit à placer un bon mot pour nous tirer un sourire (parfois sadique, je l’admets volontiers).

Le risque inhérent à toute saga littéraire, et peut-être plus encore dans un univers aussi atypique, est d’user et d’abuser des mêmes ficelles jusqu’au point de rupture. Effectivement Le Livre Sans Nom m’a surpris par son originalité totalement unique en son genre. Je n’ai jamais été déçu par les autres romans de la série (bien au contraire, je suis toujours aussi fan du Bourbon Kid), mais force est de reconnaître que l’effet de surprise a été nettement moins percutant.

Alors quid de ce Bourbon Kid ? Glop ou pas glop ? Top ou flop ? Je ne vous ferai pas languir plus longtemps : Glop glop et méga top ! Incontestablement un retour gagnant.

Plus que jamais notre Anonyme préféré ose tout et ne s’impose aucune limite. Cette fois il revisite allègrement l’histoire biblique en mettant en scène Caïn (le gars qui a buté son frangin, Abel, commettant ainsi le premier meurtre de l’histoire de l’humanité… version biblique cela va de soi) et les quatre cavaliers de l’Apocalypse (peu de gens le savent, mais dans ses jeunes années Jésus a été envoyé en Amérique afin de les combattre et de les neutraliser… et dire qu’il y en a qui pensent que l’Amérique a été découverte par Christophe Colomb ! Ah les cons !).

Fidèle à son habitude l’auteur multiplie les clins d’oeil à la pop culture, et puisque puiser dans l’histoire biblique ne semble pas lui suffire alors pourquoi ne pas aussi piocher dans la mythologie grecque. Mais je vous laisse découvrir tout ça, purement et simplement jouissif.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre du bouquin, l’intrigue ne se concentre pas sur le Bourbon Kid, toute l’équipe des Dead Hunters (Rodeo Rex, Elvis, Joey, Bébé et Jasmine) sera mise à contribution pour déjouer les plans de Caïn. Mais aussi l’inénarrable Sanchez (toujours aussi… heu… égal à lui même !), Flake et Beth viendront leur prêter main forte (pour diverses raisons et avec plus ou moins de bonne volonté). Quel plaisir de retrouver tout ce petit monde.

Si le Kid n’est pas forcément au coeur du récit, ses quelques apparitions seront pour le moins remarquées et remarquables. Nul doute que les habitants de Crimson County se souviendront longtemps de son passage dans leur paisible patelin… mais bon, fallait pas le faire chier !

Pour la première fois, j’ai senti le Kid et ses comparses en réel danger, plus d’une fois je me suis dit « Oh merde… pas lui ! » ou encore « Oh non… pas elle ! » ; ne vous étonnez donc pas si certains de vos personnages préférés ne se reléveront pas de leur confrontation avec Caïn et ses cavaliers de l’Apocalypse. Mais comme dirait l’autre : « Faut pas pleurer comme ça / Demain ou dans un mois / Tu n’y penseras plus. » (Merci à Daniel G. pour ce conseil plein de sagesse et de bon sens).

Si je m’écoutais, je serais intarissable sur ce bouquin, mais ce serait vraiment dommage de vous gâcher le plaisir de la découverte. Au cas où vous ne l’auriez pas compris, cet OLNI vaut vraiment le détour ! Vous pouvez pensez qu’en tant que fan de la saga je ne suis pas totalement impartial dans mon jugement (et vous n’auriez peut-être pas tort) ais je m’en fous, je persiste et signe !

Si vous ne connaissez pas cette série peut-être vous demandez-vous s’il est nécessaire de lire les précédents pour apprécier ce dernier (?) opus. Que nenni, mais ce serait dommage de s’en priver et surtout ce Bourbon Kid n’en sera que plus savoureux. Pour tout vous dire seule la trilogie constituée du Livre Sans Nom, L’Oeil De La Lune et du Livre De la Mort est à prendre dans l’ordre ; tous les autres peuvent se lire en one-shot.

Et maintenant ? Bin j’en sais rien, et bien malin celui ou celle qui saura répondre à cette interrogation. l’auteur termine une fois de plus son bouquin par un laconique : FIN (peut-être…).

MON VERDICT
Coup double

 

[BOUQUINS] Jo Nesbo – La Soif

AU MENU DU JOUR

J. Nesbo - La Soif
Titre : La Soif
Série : Harry Hole – T11
Auteur : Jo Nesbo
Editeur : Gallimard
Parution : 2017
Origine : Norvège
624 pages

De quoi ça cause ?

Harry Hole profite enfin d’une existence apaisée. En couple avec Rakel, il enseigne la criminologie à l’école de police. Oleg s’est installé avec une copine, mais leur rend visite régulièrement.

Aussi, quand Mikael Bellman, le directeur de la police criminelle, le sollicite afin qu’il participe à une enquête sur le meurtre sordide d’une jeune femme, il lui oppose une fin de non-recevoir.

Mais quand le tueur fait une deuxième victime, Harry change d’avis et décide de s’impliquer dans l’enquête en parallèle avec l’équipe de la criminelle, dirigée par Katrine Bratt, déjà sur l’affaire. Ces meurtres pourraient en effet être liés à une autre affaire, la seule que Harry Hole n’a su résoudre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Quelle question ! Parce que c’est Jo Nesbo et son flic fétiche, Harry Hole.
Un retour que les fans attendaient / espéraient depuis trois longues années !

Ma chronique

Pour les inconditionnels, dont je suis, l’arrivée d’une nouvelle enquête de Harry Hole est un pur moment de bonheur, mais aussi de questionnement. Sera-t-il toujours à la hauteur ? Comme dans toutes les séries on craint le tome de trop… D’autant que, généralement, une fois la dégringolade amorcée, il est difficile, voire impossible, de remonter la pente.

Ces mêmes inconditionnels savent aussi que les meilleurs romans de la série sont ceux dans lesquels Harry Hole est au plus bas. Du coup forcément quand on découvre notre (ex-)flic préféré sur un petit nuage, on est en droit de douter. Même s’il a incontestablement mérité son petit nuage !

Bon alors cette onzième enquête de Harry Hole est-elle celle qui fera tomber le mythe ? Sans la moindre hésitation, la réponse est NON ! Jo Nesbo et harry Hole signent au contraire un retour gagnant, sans la moindre ombre au tableau.

Une fois de plus Jo Nesbo n’épargne pas son flic préféré, il le malmène sur tous les terrains à la fois (vie privée et vie professionnelle simultanément) ; on aurait presque envie de lui crier de lâcher la bride, de laisser souffler ce pauvre Harry. Presque… Bin oui, sadiques que nous sommes, nous prenons plaisir à voir Harry puiser jusque dans ses ultimes réserves pour se sortir du merdier dans lequel il se trouve.

Heureusement Harry n’est pas seul pour affronter un (?) criminel particulièrement retors. Il pourra non seulement compter sur ces alliés de toujours : Bjorn Holm, Katrine Bratt, Stale Aune ; mais aussi sur de nouveaux alliés potentiels, dont un jeune flic prometteur, Anders Wyller.

Comme d’habitude l’intrigue est parfaitement maîtrisée et dosée, l’auteur distribue des indices tout autant qu’il brouille les pistes. Même si au final on se dit « Bon sang, mais c’est bien sûr ! », force est de constater que, au mieux nous n’avons rien vu venir, au pire nous avons carrément fait fausse route. Une chose est certaine, en refermant le bouquin vous ne pourrez pas nier avoir eu votre dose d’adrénaline.

Chronologiquement l’affaire se situe trois ans après la fin de Police, le précédent opus. Trois années, autant de temps où nous sommes restés sans nouvelle de Harry Hole. Un délai qui permet justement de ménager une zone d’ombre dans laquelle l’auteur peut puiser afin d’y ancrer des éléments clés de son intrigue sans avoir besoin de les rattacher aux romans précédents. Inutile de vous triturer les méninges quant à cette affaire jamais résolue par Harry Hole, elle trouve sa source dans cette fameuse zone d’ombre.

Si Harry Hole se montre toujours perspicace comme enquêteur, il n’en reste pas moins humain et commet des erreurs. Comme tout un chacun, il peut lui arriver de craquer quand tout se casse la gueule autour de lui… On a beau le savoir, ça ne nous empêche pas d’avoir envie de lui mettre des baffes parfois.

Non seulement cette onzième enquête de Harry Hole se montre largement à la hauteur des précédentes, mais en plus le final laisse fortement présager un douzième roman. Reste à savoir combien de temps nous devrons patienter avant d’avoir le plaisir de le découvrir.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Cédric Cham – Du Barbelé Sur Le Coeur

C. Cham - Du Barbelé Sur Le CoeurDésirant étendre mon exploration du catalogue de l’éditeur Fleur Sauvage (jusqu’alors je n’avais lu qu’une seule de leur auteure, Armelle Carbonnel), j’ai longuement hésité entre plusieurs titres qui me faisaient de l’oeil (I’ll be back… aucun doute là-dessus) avant de jeter mon dévolu sur Du Barbelé Sur Le Coeur de Cédric Cham.
Dris sort de prison après cinq années de détention pour trafic de stupéfiants, il est bien déterminé à rentrer dans le droit chemin et gagner sa vie honnêtement. Serge est en liberté surveillée après avoir purgé une peine pour viol sur mineure, lui aussi ne compte pas y retourner, mais il entend bien profiter à fond de sa liberté retrouvée…
Deux anciens taulards, pas franchement des enfants de choeur… le pari de l’auteur est de nous faire ressentir une réelle empathie pour au moins l’un d’eux (impossible pour le second, c’est une merde irrécupérable). Un défi osé, mais relevé haut la main.
Si Dris n’est pas un saint (et ne se pose jamais en victime) il représente le visage humain de la population carcérale. Ces gars qui font des conneries pour un tas de mauvaises raisons (il le reconnaît lui-même : « Ainsi, il tapa dans les stups. Non par goût, car en dehors de quelques joints fumés avec les potes, il ne consommait pas. Mais par calcul. Le bizness rapportait gros et finalement les risques n’étaient pas plus importants.« ), qui en paient le prix par un séjour plus ou moins long derrière les barreaux, mais qui une fois libérés se décarcassent vraiment pour s’en sortir. Ces gars sur qui le destin semble s’acharner à leur jouer des mauvais tours et leur foutre les bâtons dans les roues…
Serge lui est la face la plus obscure de cette même population carcérale : « Un putain de trappeur. Un enculé de pointeur. Une sous merde dans la chaîne alimentaire carcérale. » ! Des raclures qui ne méritent pas que le contribuable paie des impôts pour les envoyer en taule. Plutôt leur couper les couilles et les leur faire bouffer avant de leur coller un coup de surin dans le bide et de les laisser crever dans le caniveau… Au lieu de ça on leur offre des aménagements de peine, des aides en tout genre pour les réinsérer…
Je n’ai pas été surpris d’apprendre que Cédric Cham travaillait dans l’administration pénitentiaire, on sent qu’il maîtrise le jargon et les procédures. Et bien entendu cela contribue grandement à ancrer son roman dans la réalité.
Un polar noir, très noir, mais aussi tristement réaliste et sociétal. Un roman qui vous prendra instantanément aux tripes et vous les vrillera jusqu’à la toute dernière page. Et quand vous le lâcherez enfin ce sera quasiment KO debout. Un coup de poing dans la gueule magistral, superbement écrit (la plume de l’auteur est sans concession, percutante et bouleversante à la fois) et incontestablement un coup de coeur. Un sans-faute du début à la fin (et putain de fin ! KO debout, j’vous dis).
Je m’attendais à du lourd de par certaines critiques très enthousiastes lues sur Babelio et la blogosphère, notamment celle de Loley, on peut dire que j’ai été généreusement servi. Un grand merci à Cédric Cham et à Fleur Sauvage, pour ce moment d’intense lecture. Nul doute que d’autres occasions de mettre en avant cette maison d’édition se présenteront très vite. Quant à l’auteur, j’ai d’ores et déjà son premier roman, La Promesse, en stock.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Noël Boudou – Elijah

N. Boudou - ElijahUne lecture à la demande d’un éditeur que j’apprécie grandement (Flamant Noir en l’occurrence) est toujours un plaisir. C’est pourquoi je n’ai pas hésité à bousculer mon programme afin de permettre à Elijah, le premier roman de Noël Boudou, de griller la priorité à ses nombreux concurrents présents dans mon Stock à Lire Numérique.
A 18 ans, le narrateur tue son père afin de les libérer, lui et sa mère, de ses accès de violence incontrôlables et répétés. Peu de temps après il apprend que sa mère n’a pas survécu à la dernière raclée que lui a infligé son mari. Par contre ils ont pu sauver l’enfant qu’elle portait, mais il est lourdement handicapé. Désormais le narrateur va tout faire pour assurer le bonheur d’Elijah, son petit frère. Ne vous moquez jamais d’Elijah… surtout pas si son frère peut vous entendre.
Je n’ai jamais été déçu par les titres de Flamant Noir, aussi ai-je pris l’habitude de placer la barre de mes attentes quelques crans au-dessus de mon niveau moyen d’exigence. Le moins que l’on puisse c’est qu’avec ce bouquin on a le droit à du lourd, du très lourd ! Dans le bon sens du terme, cela va de soi.
Autant vous prévenir de suite ce livre est ultra-violent, Noël Boudou ne manque pas d’imagination et ne nous épargne pas les détails quand il s’agit de laisser parler le Mal qui habite ses personnages (âmes sensibles s’abstenir). Bin oui, « le frère d’Elijah » (on n’apprend son prénom que dans les derniers chapitres du roman) n’est pas un enfant de choeur… mais ses victimes non plus, loin s’en faut.
Un personnage tout en contraste, avec d’un côté cette violence inouïe qu’il déchaîne pour punir ses victimes, et de l’autre l’amour incommensurable qu’il éprouve pour son petit frère. Et qui sait, peut-être que dans son coeur il reste une place pour l’Amour, un Amour rédempteur. Là est la clé de ce héros et de roman, la violence n’est jamais gratuite, elle finit même par devenir l’unique solution pour sauver l’amour et l’innocence. Au milieu de ce tourbillon de haine et de sang, brille une lueur d’espoir, comme phare qui indiquerait la direction à suivre pour un nouveau départ.
Sans forcément approuver les actions du narrateur, je n’ai à aucun moment ressenti l’envie de le blâmer. Sans doute parce que j’exècre au plus haut point les ordures qui tabassent leurs femmes et leurs gosses. Ce ne sont pas de soins dont ces pourritures ont besoin, mais plutôt d’une balle dans la nuque, ça coûterait moins cher à la société et le risque de récidive est nul avec cette option. Mais ceci est une autre histoire (même si j’assume pleinement mes propos).
Outre le récit du narrateur (à la première personne, cela va de soi), certains chapitres vous permettront de suivre les pensées d’Elijah grâce à un journal qu’il tient dans sa tête faute de pouvoir faire autrement, de même nous aurons le droit à quelques extraits de journal d’Aline, une jeune femme que les deux frères rencontrent lors d’une de leur sortie au parc. Deux personnages au charisme lumineux, deux points de lumière au milieu des ténèbres (je sais j’insiste).
Je ne m’attarderai pas davantage sur l’intrigue et les personnages, je préfère laisser aux futurs lecteurs le plaisir et les frissons de la découverte. Tout ce que je peux vous dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos (mais ça je pense que vous l’aurez déjà compris).
Par contre il serait injuste de terminer cette chronique sans vous parler de l’écriture de l’auteur. Un style direct et percutant qui vous prend aux tripes dès les premières lignes du récit… et ne vous lâchera plus jusqu’au clap de fin. Les phrases et les chapitres sont courts, percutants, privilégiant ainsi le rythme, sans la moindre lourdeur qui permettrait au lecteur de reprendre son souffle (ce qui explique sans doute pourquoi j’ai lu le roman d’une traite).
Pour un premier roman Noël Boudou place la barre très haut, inutile de préciser (sans vouloir lui mettre la pression) que son prochain titre est d’ores et déjà attendu de pieds fermes… et que l’on espère avoir le droit à la même qualité, voire même encore mieux !
Encore un excellent choix éditorial pour Flamant Noir, définitivement un petit éditeur (sans rien de péjoratif dans ces termes, bien au contraire) qui mérite une place de premier choix dans le coeur des amateurs de thrillers exigeants.
Enfin je tiens à remercier Nathalie (c’est elle qui se cache sous le masque du Flamant Noir) pour sa confiance. Je vous ai promis une chronique sans concession et je peux vous assurer que c’est le cas ici, quand un roman me prend aux tripes et au coeur alors je me plais à le crier haut et fort !

MON VERDICT
jd5Coup double

PS : Noël, si votre chemin vous mène par Nouméa c’est avec plaisir que je partagerai avec vous quelques verres de Jack Daniel’s (sans glace).
Un auteur adepte du Jack sec ne peut être qu’un mec bien 🙂

[BOUQUINS] Roger Smith – Un Homme A Terre

R. Smith - Un homme à terreIl est des auteurs dont on sait, avant même d’ouvrir leur bouquin, que l’on va en prendre plein la gueule. Roger Smith est incontestablement de ceux-là. Quand on m’a offert son dernier roman en date Un Homme A Terre en numérique je ne lui ai guère laissé le temps de prendre la poussière dans mon Stock à Lire Numérique.
Alors que John et Tanya Turner s’engueulent pour une énième fois, trois individus, cagoulés et armés, font irruption dans leur villa. La résidence des Turner va rapidement se transformer en antichambre de l’Enfer…
Après avoir lu Blondie Et La Mort j’ai pensé avoir atteint des sommets dans le glauque, la violence et le noir de chez noir ; et pourtant, face à Un Homme A Terre ça ferait presque office de conte pour enfants (j’exagère à peine).
Si l’action présente se déroule aux Etats-Unis, elle puise sa source en Afrique du Sud, dix ans plus tôt. De fait les chapitres alternent entre présent et flashbacks, les choses se mettent en place et se relient progressivement.
Fidèle à son habitude Roger Smith adopte une écriture sans concession, profondément ancrée dans le réel, brutale, crue… presque désespérante par sa noirceur. Elle nous prend aux tripes, les vrille impitoyablement sans relâche pour nous laisser KO debout, lessivé.
L’auteur prend un malin plaisir à nous malmener mais le charme opère quand même, on en viendrait presque à trouver une part de poésie au coeur des ténèbres de l’âme humaine. Impossible de lâcher ce bouquin une fois que vous serez happé par l’histoire, et ça démarre sur les chapeaux de roue ! Les chapitres sont courts histoire d’assurer un rythme soutenu tout au long du récit.
Permettez moi un rapide survol des personnages en commençant par la famille Turner. De prime abord on pourrait avoir une certaine empathie pour le John d’aujourd’hui, sauf que ce serait faire l’impasse sur son passé et ça c’est quasiment impossible. Concernant son épouse, Tanya, la question est encore plus vite expédiée, d’un bout à l’autre elle m’a donné envie de vomir. Par contre il faut bien reconnaître que, contrairement à son mec, elle ne manque pas de cran et de caractère. Seule l’innocente Lucy, leur fille de neuf ans, fera office de la blanche colombe ; mais sera-t-elle épargnée pour autant ?
Je ne m’épancherai pas sur les autres personnages, non pas parce qu’il n’y a rien à dire (loin s’en faut), c’est plutôt pour laisser entier le plaisir de la découverte (les deux acolytes du meneur valent vraiment le détour). Quand je dis que Roger Smith malmène ses lecteurs, sachez que ce n’est que la partie visible de l’iceberg rapport à ce qu’il réserve à ses personnages, d’autant que la situation dégénère rapidement à grand renfort de rebondissements.
J’en ai pris plein la gueule et j’ai adoré ça. Maintenant que quasiment tous les titres disponibles en français existent en numérique (exception faite de son premier roman, Mélange De Sangs, allez savoir pourquoi), il va falloir que je trouve le temps de les caser dans mon programme de lecture. Mais pas tout de suite… après une telle expérience, il faut du léger histoire de digérer.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Craig Clevenger – Le Contorsionniste

C. Clevenger - Le contorsionnisteUn titre découvert au hasard des propositions dans le cadre d’un Book Club. Auteur et éditeur inconnus, couv’ très quelconque ; rien pour retenir mon attention de prime abord. Par contre le pitch semble sympa, certaines critiques, et non des moindres (cf la revue de presse proposée sur le site de l’éditeur), ne tarissent pas d’éloges mais aussi et surtout des réactions enthousiastes de la part des lecteurs de ce fameux Book Club. Et voilà comment Le Contorsionniste de Craig Clevenger s’est retrouvé entre mes mains.
Daniel Fletcher se réveille dans un lit d’hôpital après une overdose médicamenteuse, comme toujours dans ces cas-là il va devoir passer un « entretien de routine » avec un psy afin de déterminer s’il s’agissait d’un surdosage accidentel ou d’un suicide. Daniel Fletcher n’existe pas, son vrai nom est John Vincent, un véritable caméléon capable de s’inventer et d’endosser en un tourne-main une nouvelle identité et les souvenirs qui vont avec…
C’est un scandale !!! Pourquoi a-t-il fallu 14 longues années pour que ce bouquin soit enfin disponible en français ? Et en plus c’est un éditeur modeste (Le Nouvel Attila) qui s’y colle. Un grand merci à eux et chapeau bas pour le travail accompli (je pense notamment au traducteur, Théophile Sersiron). Mesdames, messieurs, Le Contorsionniste a tout pour devenir un livre culte ; vous en doutez ? Lisez-le et on en reparlera.
Un roman totalement inclassable, à la fois thriller psychologique et roman noir, mais aussi bien plus que ça. Alternant humour et situations extrêmement tendues, l’auteur joue aussi bien avec nos émotions qu’avec nos nerfs. Un OLNI est ce qui définirait le mieux ce bouquin impossible à caser dans un genre prédéfini, et pour cause, il obéit à ses propres règles (un sacré tour de force pour un premier roman).
Ce n’est par hasard que j’ai employé le terme caméléon dans ma présentation du bouquin. Difficile en effet de ne pas penser à la série Le Caméléon dans laquelle le héros, Jarod, endosse une nouvelle identité/personnalité à chaque épisode. John Vincent est une sorte de Jarod puissance 10, il peaufine chaque changement d’identité jusque dans les moindres détails, à grand renfort de (faux) justificatifs.
Mais qui est exactement John Vincent et pourquoi ces multiples changements d’identité ? Ah que voilà une question que vous n’aurez de cesse de vous poser au fil des pages. Il faut dire que John (ah oui j’ai oublié de vous signaler que le bouquin était écrit à la première personne) aime tourner autour du pot quand il nous raconte son histoire. Mais n’allez surtout pas croire qu’il s’autorise ces nombreux flash-backs sans avoir une bonne raison de le faire. N’oubliez pas que notre gars ne laisse jamais rien au hasard. Les réponses viendront en temps et en heure, de fil en aiguille.
Si je peux vous donner un conseil, laissez-vous simplement guider par l’auteur et le récit de John, inutile de vous triturer les neurones pour essayer d’anticiper les explications du narrateur, dégustez simplement le parcours (chaotique) de John Vincent, à votre rythme.
Le rythme du récit en quant à lui plutôt lent, presque hypnotique (je dirai presque envoûtant) mais à aucun moment ennuyant, loin s’en faut l’auteur sait focaliser toute notre attention et notre vigilance sur son intrigue (totalement addictif comme bouquin). Aussi la brusque accélération dans les derniers chapitres nous prend quelque par surprise. Et que dire de l’ultime revirement ? Grandiose, tout simplement magistral.
Craig Clevenger profite de son récit et de son héros atypique pour se livrer à un réquisitoire à charge contre le processus d’évaluation psychiatrique et d’internement. Même les systèmes éducatifs et judiciaires en prennent pour leur grade au passage. Si vous avez encore des illusions sur la grandeur du Rêve Américain ce roman devrait achever de les balayer d’une pichenette.
J’ai salué le travail de traduction de Théophile Sersiron car je suppose qu’il n’a pas dû être simple de jongler avec un texte pareil. Chaque personnalité qu’endosse John à sa façon de se comporter et de parler. Changement de style lorsque John (Daniel Fletcher) fait face au psy qui tente de percer ses secrets (un face à face verbal, non verbal et psychologique), ou quand il nous raconte son histoire ou s’adresse au lecteur pour lui confier les secrets de son « talent ».
Une belle découverte (pour ne pas dire une révélation) de cette fin d’année 2016. Dommage que la sortie de ce roman ait été aussi peu médiatisée, j’espère que la blogosphère lui offrira toute la publicité qu’il mérite. Pour ma part je confluerai en empruntant à Michel Sardou ce refrain (Chanson Le Successeur) pour vanter le travail de l’auteur : « Et il est jeune, il est bon, il est beau. Quel talent, quelle leçon, quel salaud ! ».
Un grand merci à DP (il se reconnaîtra s’il passe dans le coin), Book-Clubber émérite mais discret, qui m’a fait découvrir ce formidable roman.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Marcus Malte – Le Garçon

M. Malte - Le GarçonAu vu des nombreuses critiques élogieuses lues çà et là je me suis dit que je passais peut être à côté de quelque chose en évitant Le Garçon de Marcus Malte, lauréat du prix Fémina 2016. Du coup, sortant de ma zone de confort, je me suis lancé, confiant.
1908, sud-est de la France. A la mort de sa mère, le garçon quitte leur cabane coupée du monde et se lance vers l’inconnu, vers ses semblables, les humains. Le garçon espère ainsi pouvoir être accepté comme l’un des leurs, au fil des rencontres il va de découvertes en découvertes, parfois heureuses, parfois malheureuses…
Est-ce que ma voix se joindra à celles, déjà nombreuses, qui sont déjà acquise à la cause de ce garçon ? Sans la moindre hésitation la réponse est un OUI franc et massif. Ce n’est pas une perle, pas davantage un bijou mais plutôt une véritable corne d’abondance émotionnelle, une magnificence littéraire !
Ce livre est tout bonnement exceptionnel, par son histoire autant que par son écriture. Une histoire magnifique, parfois heureuse, parfois tragique (attendez vous à en prendre plein les mirettes passant du rire aux larmes) servie par une écriture et un style parfaitement maîtrisés (j’ai été littéralement transporté par les mots de l’auteur, de la première à la dernière phrase, bercé par leur sourde mélodie). Une histoire qui se déguste plus qu’elle ne se dévore, prenez le temps d’apprécier toute la richesse de ce texte, de vivre pleinement chacune des émotions qui fera vibrer votre coeur et votre âme. Je détourne volontiers le propos du philosophe américain Henry D. Thoreau qui clamait : « Je voulais vivre intensément et sucer la moelle secrète de la vie. » pour affirmer : « Je voulais lire intensément et sucer la moelle secrète de ce livre. » (n’y voyez aucun sous entendu grivois).
Une histoire portée par un garçon pas comme les autres, unique et universel à la fois : « Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. » Comme notre garçon n’est pas un grand bavard il fallait bien quelqu’un pour nous raconter son histoire, et ce quelqu’un est justement le narrateur (on pourrait même dire le conteur) qui se place en spectateur-voyeur afin de mettre les mots les plus justes sur ce que vit, voit et ressent le garçon.
Le récit est divisé en cinq parties comme autant d’étapes majeures (et de rencontres) qui jalonneront la vie du garçon. Dans un paisible hameau provençal, le garçon côtoiera sa poignée d’habitants et fera de son mieux pour s’intégrer et se faire accepter comme l’un des leurs.
Quand il reprendra la route son périple lui fera croiser celle de Brabek, l’Ogre des Carpates, un lutteur de foire, qui deviendra un véritable ami. Un ami disert qui lui livrera une leçon de vie ô combien utile (et malheureusement intemporelle) : « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Belle rencontre avec un personnage hors du commun, gros coup de coeur pour cet ogre philosophe.
L’année suivante sera celle de la rencontre (percutante) avec Emma et son père Gustave. Emma qui le considérera longtemps comme le petit frère qu’elle n’a jamais eu, et Gustave qui en fera son fils adoptif. C’est Emma qui le baptisera Félix et lui fera découvrir la musique.
Le garçon ne se fera pas prier pour suivre Emma et Gustave à Paris, poursuivant ainsi son apprentissage du monde des Arts (musique et littérature avec Emma) et de la science (avec Gustave). De fil en aiguille la complicité qui lie Emma et le garçon va évoluer vers d’autres sphères… à la découverte d’autres plaisirs. C’est ensemble qu’ils découvriront l’amour charnel : « Par terre un tapis bicentenaire qui couvrit jadis le sol de la chambre à coucher d’une lointaine aïeule flamande. Lourd, épais, profond comme l’humus des forêts, aux motifs de roses et de feuilles d’acanthe, aux couleurs éteintes. C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue. Non, ils ne rêvent plus. C’est vrai. Anges et démons sont incarnés et leurs ombres se meuvent, rampent, s’entremêlent au ras du sol dans toute leur splendide nudité. Au matin une fleur nouvelle, éclose, étale ses pétales écarlates au milieu des vieilles roses de l’aïeule. » Un amour aussi passionné que fusionnel : « Elle dit des choses comme Prends-moi. Écarte-moi. Fends-moi. Transperce-moi. Mange-moi. Inonde-moi. Et il prend et fend et mange, et il en rajoute à sa guise sans qu’elle le lui demande. » L’occasion pour les deux amants d’explorer une autre facette de la littérature.
Puis il y a la guerre, une guerre qui va séparer les deux amants, une guerre qui va mener le garçon aux confins de l’horreur et de l’ignominie. Une guerre que le narrateur nous balance en pleine gueule dans toute sa cruauté et toute sa crudité (rien à voir avec les carottes râpées), mais aussi et surtout dans son absolue absurdité. Soyons fou, osons le dire haut et faut : la guerre dans son incommensurable connerie !
Il y a la guerre puis il y a l’après, mais quel après ? Pour le garçon ? Pour les amants ? Si vous voulez le savoir il vous faudra lire Le Garçon, pour ma part j’estime en avoir assez dit.
D’ores et déjà je peux affirmer que Le Garçon sera LE livre de l’année 2016. Certes l’année n’est pas finie et j’espère bien avoir d’autres coups de coeur d’ici au 31 décembre mais je suis convaincu qu’aucun ne sera aussi intense que celui-ci. Immense coup de coeur et coup de foudre pour ce garçon (voilà bien une phrase que je ne pensais jamais dire… et encore moins écrire).

MON VERDICT
jd5Coup double

Ce qu’en ont pensé mes blog potes (par ordre de publication) :
Gruz
Stelphique
Collectif Polar
Belette
Nathalie

PS : un petit jeu pour finir.
Ouvrez votre livre au premier chapitre de la partie 1914-1916, lisez attentivement ce chapitre et dessinez l’arbre généalogique qui relie tout ce beau monde.
Vous avez quatre heures !
PPS : m’étonnerait pas qu’il y ait quelques consanguins dans tout ce merdier.

[BOUQUINS] Colin Winnette – Là Où Naissent Les Ombres

C. Winnette - Là où naissent les ombresJe ne suis pas du genre à me laisser influencer par les accroches commerciales mais j’avoue que la promesse du Washington Post, d’un roman qui « révolutionne le genre du western » a titillé ma curiosité et rapidement propulsé sur les hauteurs de mon Stock à Lire Numérique le roman de Colin Winnette, Là Où Naissent Les Ombres.
Brooke et Sugar sont frères et chasseurs de primes. Suite à un accrochage en ville ils sont contraints de trouver refuge en forêt histoire de se faire oublier. Un matin ils retrouvent, allongé entre eux, un gamin, nu et amnésique. Bon an, mal an, les deux frères vont accepter qu’il les accompagne. mais avec eux le voyage ne sera pas de tout repos…
Ah que voilà un roman qu’il n’est pas simple de présenter, à tel point qu’on peut se demander si le gars qui a rédigé la quatrième de couv’ chez Denoël a bien lu le bon bouquin…
Si vous aimez les romans noirs et les western alors ce bouquin est fait pour vous, l’auteur vous propose en effet un western d’une noirceur absolue qui vous prendra aux tripes dès les premières pages. Le genre de noirceur d’où ne perce aucune source d’espoir, pas même une étincelle ; une plongée en aveugle dans les tréfonds les plus obscurs de l’âme humaine.
Un sentiment renforcé par une forme brute de décoffrage qui n’est pas sans rappeler La Route de Cormac McCarthy, aucun chapitrage et une mise en page minimaliste (un saut de ligne pour passer d’un personnage à l’autre, un retrait en début de paragraphe et puis basta).
Même le style contribue à ce sentiment de malaise diffus, l’écriture est froide, l’auteur nous expose les faits sans fioriture (ce qui n’empêche pas une grande richesse dans le vocabulaire) ; comme s’il souhaitait garder ses distances avec ses personnages par crainte que leur noirceur ne déteigne sur lui. Un ressenti qui n’est pas sans rappeler l’effet que m’avait fait Sukkwan Island de David Vann.
Et pourtant une fois le bouquin commencé je n’ai plus pu le lâcher, hypnotisé par cette intrigue (où plutôt par cette succession d’événements) d’où personne ne sortira indemne. Peut être que je suis maso à rechercher du noir toujours plus noir.
On peut sans trop de risque de se tromper situer le récit dans l’Ouest américain du XIXème siècle même si nous n’avons quasiment aucun repère, ni géographique, ni temporel. Peut être une façon de souligner que la noirceur de l’âme humaine ne connaît aucune frontière spatio-temporelle…
De la même façon il est difficile de s’attacher aux personnages, mais là encore on sent une volonté délibérée de l’auteur de vouloir imposer une certaine distance. On saura finalement assez peu de choses concernant Brooke et Sugar (mais attendez vous quand même à un retournement de situation qui devrait vous laisser sur le cul). Difficile, pour ne pas dire impossible, de faire un tri entre les gentils et les méchants, ici nous ne sommes pas dans le tout blanc et tout noir mais plutôt dans une large palette de nuances de gris.
C’est le premier roman de l’auteur traduit en français, en VO c’est son cinquième et dernier titre en date (paru en 2015). Je ne sais pas si Denoël (ou tout autre éditeur francophone) compte publier les précédents mais si tel était le cas alors je serai fidèle au rendez-vous.
Je comprendrais parfaitement que mon enthousiasme laisse de marbre certains de mes visiteurs craignant une overdose de noirceur, tout comme je ne serai pas surpris que certains lecteurs ne partagent pas mon engouement pour ce roman… Si je peux donner un conseil aux futurs lecteurs potentiels : évitez de vous lancer dans un moment de blues à l’âme !

MON VERDICT
jd5Coup double