[BOUQUINS] Gabriel Tallent – My Absolute Darling

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G. Tallent - My Absolute Darling
Titre : My Absolute Darling
Auteur : Gabriel Tallent
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
453 pages

De quoi ça cause ?

Julia – Turtle – Alveston, 14 ans, vit seule avec son père Martin. Un père abusif qui ne sait ni l’aimer ni l’élever, comme devrait l’être une adolescente. Mais Turtle n’a connu que cette vie, et surtout elle n’a que lui à qui se rattacher…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Encore un oublié de la rentrée littéraire 2018… Ce bouquin semble tellement déchaîner les passions qu’il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur la chose.

Ma Chronique

À en croire tout le battage autour de ce bouquin, il a été LE roman de l’année 2018, celui qu’il fallait avoir lu pour ne pas mourir idiot (j’exagère à peine). Je ne l’ai pas lu, je n’en suis pas mort (je ne me prononcerai pas sur mon niveau potentiel ou avéré d’idiotie) et pourtant j’ai voulu le faire maintes et maintes fois… avant de choisir un autre bouquin.

Forcément tout ce foin autour d’un bouquin ça intrigue, d’autant que globalement les retours de lecture sont très positifs ; alors voilà, à mon tour je me lance… et je partage mon ressenti.

Pour être tout à fait franc cette chronique a bien failli ne jamais voir le jour, en effet, en parcourant les premiers chapitres le bouquin me tombait presque des mains tant le style était lourd et indigeste ; même en se mettant (difficilement) dans la peau d’une gamine de 14 ans socialement inadaptée… J’ai résisté à l’envie d’envoyer valdinguer le truc (je tiens trop à ma liseuse) et j’ai persévéré… et j’ai eu foutrement raison !

Je ne saurai dire si le style évolue au fil des pages ou si on finit par l’accepter et le trouver raccord au récit, le fait est que finalement la sauce prend et par la même occase nous en fout plein la gueule. Pour être tout à fait franc, le bouquin finit même par devenir totalement addictif.

Un bouquin noir de chez noir qui aborde des thèmes difficiles (pour ne pas dire tabou rapport à la relation incestueuse entre le père et sa fille) et qui place au centre de son intrigue un personnage pour le moins atypique.

Face à l’attitude de Turtle, qui ne semble porter qu’un regard méprisant, voire indifférent, sur les autres, et surtout trouve toujours des excuses à son père, on serait tenté de se détourner d’elle et de fermer la porte à toute forme d’empathie ; « Puisque c’est ce que tu veux, bouffe ta merde et démerde-toi ». Mais l’auteur sait y faire pour que cette gamine nous soit malgré tout sympathique, et surtout il ne faut pas perdre de vue qu’elle n’a que 14 ans et se trouve confrontée à des situations extrêmes.

Il faut bien reconnaître que son père, Martin, est un sinistre con chez qui il n’y a strictement rien à récupérer, tout est à jeter et à brûler. Non qu’il soit un crétin congénital ou simplement un idiot, loin s’en faut, il serait même plutôt intelligent et cultivé. Sauf qu’il est incapable d’utiliser son savoir à bon escient, il use de sa culture pour inculquer à sa fille des préceptes déformés par sa propre vision des choses. Alors qu’un père devrait tirer son enfant vers le haut, Martin Alveston, prend un malin plaisir à rabaisser encore et encore sa fille. Et je ne vous parle pas des outrages divers et variés qu’il lui fait subir.

Le récit est dur, parfois à la limite du supportable, mais dans son écriture Gabriel Tallent ne fait preuve d’aucune complaisance envers cette noirceur qu’il distille, rien n’est gratuit, rien n’est laissé au hasard ; chaque mot, chaque phrase, est mis au service de son intrigue et de ses personnages.

On a envie que Turtle se sorte de cet enfer, à chaque fois qu’elle baisse les bras ou pardonne à son père on a envie de lui venir en aide et de lui ouvrir les yeux (voire parfois de lui gueuler dessus). Ce n’est pas le lecteur qui fournira à Turtle l’électrochoc dont elle avait besoin, mais plutôt une succession d’événements, dont la rencontre avec deux ados un peu barrés mais fort sympathiques, qui lui ouvrira les yeux et lui laissera entrevoir la possibilité d’un ailleurs et surtout d’un autrement…

Au risque de me laisser aller à la facilité et surtout de reprendre une phrase tant de fois répétée qu’elle en devient éculée, je ne peux que rejoindre les rangs des lecteurs convaincus et affirmer que Gabriel Tallent a bel et bien un incroyable talent. Pour un premier roman, l’auteur a choisi de s’engager directement sur la piste noire, un pari osé, mais remporté haut la main.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Adeline Dieudonné – La Vraie Vie

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A. Dieudonné - La vraie vie
Titre : La Vraie Vie
Auteur : Adeline Dieudonné
Éditeur : L’Iconoclaste
Parution : 2018
Origine : Belgique
265 pages

De quoi ça cause ?

Une adolescente (la narratrice) et son petit frère, Gilles, vivent une vie insouciante entre une mère qui semble avoir renoncé à tout et un père colérique et violent.

La vie des enfants va basculer suite à un tragique accident. Profondément marqué, Gilles se renferme sur lui même, renonçant ainsi à l’innocence et l’insouciance de l’enfance. Sa sœur va remuer ciel et terre pour sortir son petit frère des ténèbres dans lesquels il semble s’enfoncer chaque jour davantage…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il fait partie de ces titres injustement oubliés de la rentrée littéraire 2018 que je m’étais promis de lire… Dans les semaines à venir, il va y en avoir d’autres dans la même situation.

Ma Chronique

Au départ c’est la couv’ qui m’a attiré, non qu’elle soit particulièrement belle (ni particulièrement moche) ; elle m’a intrigué plus qu’autre chose. Il ne faut pas grand-chose pour déclencher l’envie d’ouvrir un bouquin…

Mais un visuel alléchant ne fait tout… Malgré les réactions quasi unanimement enthousiastes sur le web (Babelio et blog litt’), j’ai maintes fois remisé ce bouquin dans mon Stock à Lire Numérique avant d’en choisir un autre. Pourquoi donc me demanderez-vous (à moins que vous ne vous foutiez comme de l’an mil de ce que je vous raconte) ? Disons que le pitch ne m’attirait pas outre mesure et que j’ai tendance à me méfier des trucs qui font l’unanimité (en bien comme en mal) ; grosso modo je craignais un bouquin très bien écrit, mais dans lequel il ne se passe pas grand-chose…

Monumentale erreur comme dirait l’autre ; je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître… cherchez pas, Aznavour n’a jamais chanté Monumentale erreur ! C’est la réplique favorite de Jack Slater, incarné par Arnold Schwarzenegger, dans le film Last Action Hero (John McTiernan – 1993).

Mais revenons à nos moutonsse (référence cette fois à la pièce Topaze de Marcel Pagnol) et cessons sur le champ ces futiles digressions…

Les premières pages nous décrivent en effet le quotidien des enfants, une vie d’enfants dans un monde d’enfants, une vie normale quoi (pas facile à instaurer quand on doit subir des parents tels que les leurs). Et v’là t’y pas qu’un jour comme un autre, le frère et la sœur sont témoins d’un accident bête, tragique, explosif, sanglant… Réfléchissez bien la prochaine que vous commanderez une glace, un geste innocent et banal peut être lourd de conséquences ! J’dis ça, j’dis rien ; mais quand même…

Le pivot du roman est cette famille pas vraiment comme les autres (heureusement), deux enfants quasiment livrés à eux-mêmes ; entre une mère qui vit et subit dans son monde à elle sans jamais protester (une amibe comme se plait à la décrire la jeune narratrice), et un père froid, autoritaire, colérique et violent (et accessoirement chasseur/tueur et collectionneur de trophées de chasse).

Ah ce père… Comme j’ai adoré le détester, de la première à la dernière page du roman, ça a été littéralement viscéral, à chacune de ses apparitions j’ai eu des envies de meurtre ! Et de préférence avec une mise à mort lente et douloureuse ! Une pourriture abjecte et amorale, un pur concentré de jus de merde, avec la pulpe !

Pas vraiment de haine contre la mère, plutôt une colère sourde à l’encontre de ses renonciations et de sa résignation ; une méchante envie de la secouer et de lui gueuler de se sortir les doigts du cul !

J’avoue sans honte que parfois j’ai aussi eu envie de botter le cul du frangin. J’y peux rien, mais quand on touche aux animaux mes instincts les plus primaires remontent à la surface ; présentement le coup de pied au cul serait plutôt une entrée à la matière, juste avant de lui raclée qu’il ne sera pas prêt d’oublier.

Et puis il y a la fille ; qui ne s’appelle pas Frida, n’en déplaise à Jacques Brel… d’ailleurs on ne sait pas comment elle s’appelle et on s’en fout. Une gamine obligée de grandir trop vite pour survivre dans cette famille, une gamine qui ne renoncera jamais à sauver son frère. Une véritable force de la nature et un rayon de soleil au milieu des ténèbres et du désespoir. Et il lui en faudra de la volonté et de la force pour surmonter les nombreux obstacles qui se dresseront sur son chemin.

Bin oui, on en prend plein la gueule avec ce bouquin ! La faute à une narration parfaitement maîtrisée qui saura vibrer les bonnes cordes émotionnelles chez le lecteur et le prendra même parfois aux tripes. Je ne m’attendais pas à un tel tourbillon d’émotions, quelle claque !

Pour un premier roman, on ne peut que s’incliner devant le talent d’Adeline Dieudonné. Impossible de rester indifférent face à ce bouquin, impossible de ne pas craquer pour cette jeune narratrice ! Décidément cette jeune auteure belge vous laissera sur le cul, un sourire béat aux lèvres (oui je sais, on a l’air con dans cette position… mais c’est pour la bonne cause).

De là à qualifier cette lecture d’indispensable il n’y a qu’un pas… et je serai tenté de le faire. Vous avez des doutes ? Lisez-le et on en reparlera.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Mon Ombre Assassine

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E. Tharreau - Mon ombre assassine
Titre : Mon Ombre Assassine
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
260 pages

De quoi ça cause ?

Nadège Solignac, une jeune institutrice, a-t-elle tué Fabien Bianchi en état de légitime défense comme elle l’affirme, ou s’agit-il d’un crime mûrement réfléchi et préparé ? C’est la question à laquelle la justice doit répondre.

En attendant son jugement, Nadège nous livre sa vérité, sa confession…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’avais repéré ce titre dans le catalogue des éditions Taurnada. L’éditeur, par le biais de Joël, m’ayant proposé de le découvrir en avant-première (parution le 17 janvier), j’ai sauté sur l’occasion.

Ma chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Estelle Tharreau nous place dans la peau d’un serial killer au féminin, pour le lecteur la question de la culpabilité de Nadège Solignac ne se pose pas, en effet la narratrice annonce la couleur dès les premières lignes de son récit.

Dans ce genre de récit, pour que la sauce prenne il faut que la narration soit parfaitement maîtrisée ; l’auteure réussit un véritable coup de maître en la matière. Le récit de Nadège est glaçant de réalisme, la jeune femme est hermétique à toute forme d’empathie, son analyse des événements est d’une incroyable froideur, presque déshumanisée.

La grande force du personnage de Nadège Solignac (et donc du roman) réside dans le contraste entre l’image qu’elle renvoie (une jeune femme appréciée de tous et toujours disposée à rendre service aux autres) et sa véritable nature (non seulement une tueuse en série, mais aussi une redoutable manipulatrice).

Le récit de Nadège est entrecoupé d’extraits de journaux et procès-verbaux d’audition. Si Nadège attend avec un certain détachement le verdict, son avocate va tout mettre en branle pour la faire innocenter alors que l’officier en charge de l’enquête est de plus en plus convaincue qu’elle est coupable.

Difficile d’éprouver la moindre sympathie pour le personnage de Nadège, ni même de lui trouver des excuses ; et pourtant on a du mal à lâcher le bouquin (pour ma part je l’ai quasiment lu d’une traite), on en arriverait même presque à espérer qu’elle passe à travers les mailles du filet. Alors verdict ? Ne comptez pas sur moi pour vous révéler la fin du roman !

Pour moi ce roman est une totale réussite, une lecture captivante, mais aussi un tantinet flippante.

Morceau choisi : comment Nadège voit un chat ?

Un chat. Oui, un simple chat ! J’entends d’ici vos rires et imagine aisément votre déception. Mais vous n’êtes pas comme moi. Vous ne voyez que le petit animal de compagnie docile qui ronronne devant son bol de croquettes. Mais ne vous méprenez pas sur cette bête que vous pourriez tuer de vos propres mains.
Il n’a aucunement besoin de vous pour vivre. Contrairement à vous, il ne craint pas la solitude. Il est mille fois plus rusé que vous. Vous ne l’entendez pas s’approcher de vous. Il peut vous entailler la chair et vous crever les yeux avant que vous n’ayez compris ses intentions. Il peut vous échapper avant que vous n’ayez esquissé le moindre mouvement. Il peut vous faire beaucoup de mal avant de rendre les armes. Une inoffensive petite boule de poils dont vous ne saurez jamais avec certitude ce qui se cache derrière ses yeux étranges.

J’en arriverai presque à flipper en regardant mon chat…

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Cédric Cham – Le Fruit De Mes Entrailles

AU MENU DU JOUR

C. Cham - Le Fruit De Mes Entrailles

Titre : Le Fruit De Mes Entrailles
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2018
Origine : France
280 pages

De quoi ça cause ?

Simon Vrinks purge une peine de prison pour plusieurs braquages. Un détenu sans histoire jusqu’à ce qu’il apprenne, par son ex-compagne, que leur fille, Manon, a été assassinée. Il décide alors de s’évader pour retrouver et éliminer les coupables.

Amia est une jeune femme tombée entre les griffes d’un sordide réseau de prostitution. Elle s’était résignée à son triste sort jusqu’à ce qu’elle découvre qu’elle était enceinte. Pour elle il n’y a plus qu’une issue possible : la fuite.

Alice Krieg est flic en charge de l’enquête sur l’évasion de Vrinks. Une jeune femme solitaire qui se donne à fond pour son boulot ; sauf que le coeur n’y est plus vraiment depuis qu’elle sait qu’une tumeur pousse en elle.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai découvert Cédric Cham avec Des Barbelés Sur Le Cœur, son précédent roman, un bouquin qui m’avait pris aux tripes de la première à la dernière page.

Un changement d’éditeur (il a quitté Fleur Sauvage pour rejoindre Jigal) et un nouveau roman plus tard, il me tardait de déguster le cru 2018… en espérant qu’il n’ait perdu si sa noirceur, ni son punch.

Ma chronique

Il y a bien longtemps que je ne prête plus vraiment attention aux bandeaux qui figurent sur la couv’ des bouquins, mais je dois toutefois reconnaître que ces trois mots « Noir et sauvage » ont eu le don de titiller ma curiosité. Restait à découvrir si le ramage se rapportait au plumage…

Et la réponse est oui, Cédric Cham est bel et bien une grande plume de la littérature policière francophone. Il n’a pas à rougir face aux grands noms du genre (je pense notamment à Maxime Chattam Franck Thilliez ou encore Jean-Christophe Grangé).

Si les intrigues de Cédric Cham sont moins denses que celles de certains de ses pairs, je peux toutefois vous assurer qu’elles sont tout aussi intenses. Comme dirait l’autre, ce n’est pas la quantité qui compte, mais la qualité. Ou encore (mais là je crains que ce soit pure invention de ma part) : ce n’est pas la longueur du manche qui fait la qualité de l’outil… Voilà, voilà, ça, c’est fait !

Un roman qui doit énormément à ses personnages. À commencer par Vrinks, ancien caïd du grand banditisme qui purge sa peine sans faire de vagues, tant et si bien qu’il y a de fortes chances qu’il bénéficie d’une libération anticipée. C’est la mort violente de sa fille qui le poussera à s’évader sans délai, mû à la fois par une forte envie de justice et de vengeance, mais aussi par un profond sentiment de culpabilité et d’échec…

C’est au cours de sa cavale qu’il croisera la route d’Amia, une jeune prostituée qui fuit son passé pour essayer d’offrir une vie meilleure à l’enfant qu’elle porte.

Ensemble ils vont pénétrer dans un univers de plus en plus sordide où règnent les plus bas instincts du genre humain. Un monde où tout s’achète, même l’humain devient une simple marchandise dont l’acheteur peut disposer à sa guise.

De l’autre côté de la barrière, il y a Alice, lieutenant à la BRF (Brigade de Recherche des Fugitifs), une jeune femme solitaire qui se donne cœur et âme à son job ; sauf que le cœur n’y est plus trop depuis qu’elle a appris qu’elle a une tumeur. Et pourtant elle sait qu’elle ne doit rien lâcher dans le dossier Vrinks…

D’autres personnages gravitent autour de nos trois héros. Ainsi Vrinks et Amia pourront compter sur le soutien indéfectible de Angelo, un ami fidèle qui ne manque pas de ressources, mais aussi un bonhomme haut en couleur. Quant à Alice, elle bénéficie de l’appui sans faille de son groupe, à commencer par son adjoint, Ibar.

Des personnages à la fois forts et fragiles, Cédric Cham à un incroyable talent pour faire ressortir le côté humain de ses personnages. Même quand ce ne sont pas de blanches colombes, on ne peut que ressentir une profonde empathie pour eux.

L’auteur nous plonge dans le vif du sujet d’entrée de jeu, en quelques chapitres (aussi courts que percutants) le décor est planté et les acteurs en place. Action ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne manquera pas d’action, c’est à peine si on a le temps de reprendre notre souffle entre deux scènes. Cédric Cham nous prend aux tripes et nous les vrille jusqu’au clap de fin.

Le bandeau nous vendait du noir et du sauvage, je peux vous assurer que la promesse est largement tenue et que le bouquin va même bien au-delà. L’intrigue est parfaitement maîtrisée, il n’y a pas grand-chose à ajouter et pourtant j’aurai aimé quelques chapitres de plus… juste pour profiter de la compagnie de Vrinks, Amia et Alice, même si faire un bout de chemin avec eux n’est pas de tout repos et peut s’avérer nerveusement éprouvant.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Don Winslow – Corruption

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D. Winslow - Corruption

Titre : Corruption
Auteur : Don Winslow
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
592 pages

De quoi ça cause ?

Denny Malone est le chef de la Task Force, une unité d’élite du NYPD, chargée de lutter contre les gangs et les trafics de drogues et d’armes dans North Manhattan. Une mission qui nécessite parfois d’être borderline, voire de franchir la ligne jaune, mais on ne fait d’omelette sans casser des œufs.

Denny Malone vient d’être arrêté par le FBI. Les gros bonnets tremblent… des deux côtés de la barrière. S’il chute, Malone ne tombera pas seul…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Don Winslow. J’ai failli franchir le cap lors de la parution de Cartel, mais j’ai remis à plus tard en découvrant que c’était la suite de La Griffe Du Chien.

Corruption étant un one-shot j’ai sauté sur l’occasion…

Ma chronique

Magique. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit si je devais définir la plume de Don Winslow. En quelques lignes à peine j’ai été en totale immersion dans le récit, en immersion dans l’équipe de la Task Force. J’ai eu l’impression de patrouiller avec eux dans les rues de Manhattan, de partager leurs (nombreux) succès, mais aussi leurs (rares) échecs. De faire partie intégrante de cette équipe qui pourrait quasiment se définir comme une Fraternité, dans le sens le plus noble du terme, vu la force des liens qui unissent ces hommes.

Denny Malone était bien le dernier homme au monde que l’on pouvait s’attendre à voir finir dans une cellule du Metropolitan Correctional Center, sur Park Row.
Vous auriez dit le maire, le président des États-Unis, le pape… Les habitants de New York auraient parié qu’ils les verraient derrière les barreaux avant l’inspecteur-chef Dennis John Malone.
Un héros de la police.
Le fils d’un héros.
Un vétéran de l’unité d’élite du NYPD.
La Manhattan North Special Task Force.
Et, surtout, un type qui savait où étaient cachés tous les squelettes, car il en avait lui-même enterré la moitié.

Ainsi commence Corruption, le dernier roman de Don Winslow. Comment Malone s’est-il retrouvé dans une prison fédérale ? Quels sont les enjeux ? Qui tire les ficelles ? C’est que nous allons découvrir au fil des chapitres suivants.

Rarement dans un roman j’ai croisé un type aussi charismatique que Denny Malone, et pourtant le gars n’est pas un saint, loin s’en faut ! S’il franchit parfois (souvent ?) la ligne jaune, ce n’est pas uniquement pour satisfaire les ambitions de ses supérieurs ; après tout c’est lui et son équipe qui patrouillent dans les rues et n’hésitent pas à mettre les mains dans le cambouis tandis que des ronds de cuir attendent des résultats, le cul vautré dans de confortables bureaux. Alors, pourquoi ne pas en tirer quelques profits quand l’occasion se présente ?

Il a fallu du temps, du forcing et de l’influence, mais la Manhattan North Special Task Force a vu le jour.
Sa mission est simple : reprendre possession des rues.
Malone en connaît la devise cachée : on se fout de ce que vous faites, et de comment vous le faites (du moment que ça ne se retrouve pas dans les journaux), mais empêchez les animaux de sortir de leurs cages.

C’est ainsi que les illusions s’envolent, pas après pas Malone et son équipe franchissent la ligne de démarcation, chaque pas les éloigne davantage du droit chemin… Alors oui on est bel et bien en présence de flics corrompus, des ripoux, mais des ripoux que l’on ne peut s’empêcher de comprendre, voire même d’approuver. Comme le dit fort justement l’accroche du bouquin en quatrième de couv’ : « Quand tout le système est pourri, autant jouer selon ses propres règles« .

L’écriture de Don Winslow est pour beaucoup dans cette profonde empathie que l’on ressent pour ses personnages, et tout particulièrement pour Malone. Bien qu’écrit à la troisième personne, l’auteur nous place dans la tête de son héros, nous invitant même à partager ses impressions à chaud.

Et en matière de coups de chaud, Malone va avoir le droit à la totale. Au fil des chapitres il accumule les coups durs et s’empêtre dans un sac de nœuds de plus en plus inextricable. On se demande comment il va se dépêtrer de ce merdier, parce que oui, on a envie qu’il s’en sorte et pas seulement lui, ses équipiers aussi.

Dans un polar « classique » on aurait tendance à prendre parti pour les agents du FBI qui traquent les flics corrompus, ici on a plutôt envie de les considérer comme les derniers des enfoirés. Il faut dire que la corruption est présente à tous les niveaux dans ce bouquin, du coup les flics de la Task Force ne sont sans doute pas les pires.

Don Winslow signe un polar très noir, mais cela ne l’empêche pas de placer çà et là quelques touches d’humour ; l’ensemble est parfaitement dosé.

Au-delà de la fiction, on devine un gros travail de documentation sur les conditions de vie des policiers, mais surtout on sent que l’auteur parle d’un monde qu’il connait bien et pour lequel il a un énorme respect. Certes il y a des bavures, et il n’est pas question de faire l’impasse dessus ou de les excuser, mais la police paie aussi un lourd tribut humain à la société pour la servir et la protéger.

Un énorme coup de cœur pour ce roman et une magistrale claque dans la gueule. Je craignais de boucler cette année de lecture sans avoir eu LE coup de cœur (même si La Mort Selon Turner aurait pu tenir ce rôle), après la lecture de Corruption mes craintes se sont envolées.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Aidan Truhen – Allez Tous Vous Faire Foutre

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A. Truhen - Allez tous vous faire foutre

Titre : Allez Tous Vous Faire Foutre
Auteur : Aidan Truhen
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Royaume-Uni
288 pages

De quoi ça cause ?

Jack Price est à la tête d’un fructueux et très organisé trafic de cocaïne, un job qui a de quoi rendre un tantinet parano. Aussi quand sa voisine du dessous se fait liquider, Jack pose des questions et cherche à comprendre.

Que des gros bras le tabassent copieusement passe encore, mais qu’on lui mette au cul une bande de tueurs de (sinistre) renommée internationale, faut pas pousser mémé dans les orties.

L’heure de la riposte a sonné pour Jack…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Il suffit de regarder la couv’ pour avoir la réponse à cette question : le titre et le visuel qui va avec ; impossible d’y résister. La quatrième de couv’ n’a fait que jeter de l’huile sur le feu de ma curiosité;

Sonatine et NetGalley ayant répondu favorablement à ma demande, je saute sur l’opportunité de découvrir ce bouquin en avant-première (parution le 8 novembre).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si comme moi le nom d’Aidan Truhen ne vous dit rien, c’est parfaitement normal. C’est le nom de plume choisi par un écrivain britannique pour s’essayer au thriller. Mais alors qui est Aidan Truhen me demanderez-vous des étoiles dans les yeux et la bave aux lèvres. Au risque de vos décevoir je n’en sais foutre rien, mais je dois avouer que je n’ai pas beaucoup cherché non plus…

La première approche est plutôt déstabilisante par le style imposé par l’auteur, ou plutôt par une apparente absence totale de style. Rédigé à la première personne et au présent, on plonge directement dans la tête de Jack Prise et il nous assène ses pensées comme elles lui viennent. Brut de décoffrage, ponctuation et mise en page minimaliste en option.

Surprenant au départ, mais au fil des pages on réalise que ça fonctionne plutôt bien, à vrai dire cela s’impose même comme étant le seul choix possible pour que l’auteur ressente un minimum d’empathie pour Jack Price.

Appelons un chat un chat, Jack Price est l’archétype du parfait salaud. Amoral, asocial, égoïste, cynique… et fier de l’être ! Quand il vous expose ses théories, souvent malsaines, voire nocives, ça vous apparaît comme une évidence. Sans aller jusqu’à adhérer au propos, vous comprenez la façon dont Jack fonctionne.

Mais Jack Price est aussi redoutablement intelligent, il ne manque pas de ressources (au propre comme au figuré) quand il s’agit de sauver sa peau et de nuire à ses adversaires… Il compense l’absence de muscles par une activité neuronale en surchauffe.

Comme tout amateur de thriller, j’ai croisé, au fil de mes lectures, bien des façons de mourir, je n’irai pas jusqu’à parler de raffinement quant aux méthodes employées par Jack Price, mais force est de reconnaître qu’il fait montre de beaucoup d’originalité quand il s’agit de ses débarrasser des nuisibles.

Allez Tous Vous Faire Foutre est résolument un thriller qui ne se prend pas au sérieux et qui ne veut pas être pris au sérieux ; en ce sens le côté hautement improbable de certaines situations est assumé et l’aspect quasiment indestructible de Jack Price fait parfois penser à un univers très cartoon. C’est complètement barré, hautement déjanté et profondément amoral, mais qu’est-ce que c’est bon !

Une lecture hautement jouissive qui n’est pas sans me rappeler la saga du Bourbon Kid, l’aspect fantastique en moins. L’intrigue est tellement second degré que le déchaînement de violence passe comme une lettre à la poste.

Un scénario que ne renierait pas Quentin Tarantino et je dois dire que j’imagine sans mal une adaptation au cinéma de ce bouquin ; le résultat serait pour le moins décoiffant… âmes sensibles s’abstenir toutefois.

MON NOM EST JACK. FAITES CE QUE JE DIS, OU JE SERAI LE PRIX À PAYER !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Tim Willocks – La Mort Selon Turner

AU MENU DU JOUR

T. Willocks - La mort selon Turner

Titre : La Mort Selon Turner
Auteur : Tim Willocks
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : Angleterre
384 pages

De quoi ça cause ?

Au terme d’une soirée trop arrosée, Dirk Le Roux, un jeune et riche Afrikaner percute violemment une jeune SDF des townships. Ses amis et lui reprennent la route, la laissant agoniser sur le bas côté jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Margot Le Roux, la mère de Dirk, une puissante femme d’affaires de Cap-Nord, est convaincue que l’affaire peut être étouffée en graissant les bonnes pattes.

Sauf que l’adjudant Turner, en charge de l’enquête, ne voit pas les choses sous cet angle-là. Un crime a été commis, justice doit être rendue, qu’importent les origines et classes sociales de la victime et du coupable.

En se rendant au Cap-Nord, Turner sait qu’il sera seul contre tous, mais il faut bien plus que ça pour le dissuader de mener son combat jusqu’au bout…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait quelque temps que j’ai envie de découvrir l’univers de Tim Willocks. J’aurai pu piocher dans mon Stock à Lire Numérique un de ses récents romans historiques, j’ai préféré rester dans ma zone de confort avec un thriller pur et dur.

Parce que Sonatine, via la plateforme Net Galley, a accepté de répondre favorablement à ma sollicitation, me permettant ainsi de découvrir ce titre en avant-première (parution le 11 octobre).

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avais beau savoir que Tim Willocks n’en était pas à son coup d’essai en matière de thriller, je ne m’attendais pas à me prendre un tel uppercut dans la tronche en attaquant ce bouquin.

D’entrée de jeu l’auteur annonce la couleur, le prologue commence en effet quelques heures avant le dénouement de l’histoire ; Turner est déjà au cœur de l’action et on devine aisément que son séjour à Cap Nord n’a pas dû être de tout repos…

Vous l’aurez compris ce bouquin vous emmène visiter l’Afrique du Sud, mais oubliez les décors de cartes postales pour touristes en goguette. Ici vous découvrirez l’envers du décor, le côté obscur de l’Afrique du Sud en quelque sorte.

À commencer par la région dans laquelle se déroule l’intrigue, des terres arides aux portes du Kalahari. Une région qui doit une prospérité inespérée à l’exploitation minière de Margot Le Roux et de fait elle règne sur les lieux en maîtresse absolue, les autorités sont à sa botte.

On découvre aussi un pays en proie à une criminalité galopante où la corruption est une activité aussi courante que lucrative. Tout se paye quand on y met le prix, si ce n’est avec du cash, il suffit de trouver ce qui fera vibrer la bonne corde sensible.

Heureusement tout le monde ne se complaît pas dans cette fange nauséabonde et malsaine. Turner est un modèle d’intégrité qui, à défaut de croire en la police, croit encore en la loi et entend bien la faire respecter à tout prix. Adepte du tai-chi, il est la zénitude incarnée, mais ne vous avisez pas à venir piétiner ses plates-bandes, il peut se transformer en une véritable machine de guerre quand la situation l’impose.

Vous l’aurez compris pas d’entente possible entre Margot, prête à tout pour soustraire son fils à la justice, et Turner, bien déterminé à le ramener au Cap afin qu’il y soit jugé. Aucun des deux ne courbera l’échine devant l’autre, la confrontation est inévitable et elle s’annonce explosive.

Une intrigue menée à un train d’enfer qui saura vous prendre d’emblée aux tripes et ne vous lâchera pas avant le clap de fin ; et autant vous prévenir de suite, entre-temps vous n’aurez guère l’occasion de reprendre votre souffle.

Forcément c’est violent (souvent) et trash (parfois), mais ce n’est jamais gratuit. L’action est mise au service de l’intrigue et souvent analysée par les personnages qui n’agissent parfois plus par nécessité que de gaieté de cœur. Vous aurez notamment le droit à une inoubliable leçon de survie au cœur du désert… à éviter le ventre plein !

Évidemment on ne peut qu’éprouver un profond respect pour le personnage de Turner, mais l’auteur apporte le même soin à l’ensemble de ses personnages. Même les méchants ne sont pas des brutes épaisses décérébrées, ils ont leur raison d’agir de la sorte (amour d’une mère pour son fils, amour d’un homme pour sa femme, loyauté, amitié, appât du gain…) ; on n’est pas obligé d’adhérer, mais ça leur confère malgré tout une certaine humanité.

Et puis il y a les autres, ceux qui se retrouvent le cul entre deux chaises, mais ne peuvent guère réagir soit parce que trop impliqués par ailleurs (Winston), ou par peur de se dresser contre la Reine-Mère Margot (Iminathi) ou encore parce qu’ils ignorent tout de ce qui est train de se tramer à l’insu de leur plein gré (Dirk).

Un thriller noir à souhait, mais quelle claque ! Un magistral coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité, et bien sûr Five Jack !

Si vous voulez un thriller qui dépote grave, La Mort Selon Turner est fait pour vous. En refermant le roman, je sais d’ores et déjà que je ne suis pas près d’oublier cette rencontre avec Turner.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Alexandra Coin & Erik Kwapinski – Kiaï

AU MENU DU JOUR

A. Coin & E. Kwapinski - Kiaï

Titre : Kiaï
Auteur : Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2018
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

En riposte aux attentats islamistes, des groupes intégristes chrétiens multiplient les actions terroristes de plus en plus violentes sur le sol français.

Quand l’un de ces groupuscules menace Peter Wolff, son ami depuis qu’il s’est exilé dans les profondeurs de l’Aude, Fabrice, ancien légionnaire au passé trouble, décide de lui venir en aide. Il pourra compter sur l’aide de ses fidèles compagnons d’armes, Taisho et Zoé pour l’épauler face à cette nouvelle menace.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’Alexandra m’avait bluffé avec son premier roman, Entraves.

Parce qu’Alexandra et Erik ont remis le couvert avec La Voie Du Talion et, pour leur première incursion dans le thriller, ont été une fois de plus bluffants par leur maîtrise des ficelles du genre.

Dans ces conditions, comment résister à la tentation de découvrir Kiaï, leur nouveau bébé ?

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier Alexandra et Eric, ainsi que les éditions Lucien Souny, pour leur confiance (renouvelée pour les auteurs, nouvelle pour l’éditeur) en me faisant parvenir leur roman.

Pour la petite histoire, Kiaï fait suite (sans vraiment être une suite) à La Voie Du Talion ; même si cela ne s’impose pas pour comprendre le présent roman, je ne peux que vous recommander chaudement la lecture du précédent avant de vous lancer dans celui-ci.

Après ses mésaventures dans les Alpes, Fabrice s’est réfugié dans l’Aude afin de profiter pleinement d’un nouveau départ bien mérité. C’est là qu’il fera la connaissance de Peter Wolff, un ancien prêtre qui s’est reconverti dans l’écriture de thrillers ; au fil du temps les deux hommes seront liés par une amitié sincère et solide. Aussi, quand son ami, qui a des idées bien arrêtées et n’a pas la langue dans sa poche, s’attire les foudres d’un groupuscule d’intégristes chrétiens, Fabrice se fait un devoir de lui venir en aide.

Si vous me lisez depuis déjà quelque temps, vous savez sans doute que les grenouilles de bénitier et moi ne sommes pas forcément faits pour nous entendre. En effet face à ces spécimens je me sens plus inspiré par l’envie de m’en faire une fricassée à la persillade plutôt que de leur offrir un bassin où elles pourront s’ébattre à leur guise.

Je vous rassure (ou pas) mon mépris ne s’arrête pas à la seule religion catholique, je serai plutôt du genre à foutre toutes les religions dans le même sac et le balancer à la flotte, après l’avoir lesté, le plus loin possible du rivage !

Je vous laisse imaginer tout le bien que je peux penser de ces mêmes grenouilles de bénitier (ou de couscoussier) quand elles se déclinent en versions intégristes. L’intégrisme chrétien en réponse à l’intégrisme islamiste… très peu pour moi, si la connerie se combattait par la connerie ça se saurait (quoiqu’à écouter certains de nos politiques on pourrait avoir des doutes sur la question).

Ce n’est pas un hasard si les auteurs ont situé leur intrigue dans l’Aude, au coeur du pays cathare. Les cathares ayant eu à subir les affres de l’Inquisition avec son lot de tortures et autres persécutions diverses et variées, sous l’égide du fort mal nommé pape Innocent III (Salopard III eut été plus adapté au personnage, mais j’admets volontiers que c’est moins vendeur).

Les instruments de torture décrits et utilisés dans le roman par les adeptes du CLOU ont bel et bien existés et faisaient partie de l’arsenal de conversion à la foi chrétienne cher à ces agents de l’Inquisition. Si vous n’avez pas la possibilité de visiter le Musée de l’Inquisition de Carcassonne, vous trouverez sans mal maintes références à ces engins sur le Net.

Outre Fabrice, déjà croisé dans La Voie Du Talion, cette suite qui n’en est pas une est aussi l’occasion de retrouver Taisho et Zoé qui ne se feront pas prier pour venir prêter main-forte à leur ami ; pour notre plus grand plaisir.

Je ne vous surprendrai guère en vous disant que je me suis régalé avec le personnage de Peter Wolff. Sans forcément adhérer à l’intégralité de son discours, c’est un caractère entier qui ne pouvait que me plaire. Et puis il a un côté ours mal léché (un peu comme Fabrice) qui facilite grandement l’identification au bonhomme.

Je ne dirai rien des autres personnages qui croiseront votre chemin au fil des pages, non par manque d’inspiration, mais plutôt pour laisser entier et intact le plaisir de la découverte.

De nouveau je ne peux que m’incliner devant la maîtrise d’Alexandra et Erik, non seulement leur intrigue tient parfaitement la route et n’a pas à rougir face à des auteurs confirmés du genre, mais elle est hautement addictive ! Une fois embarqué dans l’histoire, il vous sera difficile de lâcher le bouquin.

Une intrigue qui fait la part belle à l’action et jouera avec vos nerfs. L’absence de dimension psychologique (par rapport à La Voie Du Talion, je m’entends) ne nuit en rien à l’ambiance qui se dégage du roman. Les auteurs ont osé passer à autre chose, se penchant davantage sur les faits de société, et force est de reconnaître que le résultat est des plus efficaces.

Mention spéciale pour le twist final qui remet radicalement les choses en perspective et offre une genèse du diptyque aussi inattendue que surprenante. Chapeau bas pour ce tour de passe-passe qui m’a laissé sur le cul.

Je ne voudrais pas mettre la pression à Alexandra et Erik, mais après deux romans de cet acabit on est en droit d’attendre beaucoup de votre prochain opus. Dans tous les cas, vous pouvez compter sur moi pour être fidèle au poste.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] David Joy – Le Poids Du Monde

AU MENU DU JOUR

D. Joy - Le Poids du Monde

Titre : Le Poids Du Monde
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
320 pages

De quoi ça cause ?

Little Canada, un bien joli nom pour un patelin paumé au pied des Appalaches. C’est là que Aiden McCall et Thad Broom, deux types blessés par la vie et amis depuis toujours, sont frères de galère. Ils vivotent tant bien que mal entre petits boulots et petits trafics.

Le jour où leur dealer se fait accidentellement sauter le caisson devant eux, les deux potes font main basse sur sa came, son fric et ses flingues. Un premier pas vers un nouveau départ ou vers une inexorable descente aux enfers ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que l’éditeur et Net Galley ont accepté de me faire découvrir ce titre en avant-première (parution le 30 août).

Pour la petite histoire j’ai sollicité simultanément, et en avant-première, La Disparition D’Adèle Bedeau et Le Poids Du Monde, dans l’espoir que l’une de mes demandes soit acceptée ; à ma grande surprise, et pour mon plus grand plaisir, mes deux demandes ont reçu une suite favorable.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour cette nouvelle marque de confiance me permettant de découvrir ce roman en avant-première.

C’est ma première incursion dans l’univers littéraire de David Joy (à ma décharge, il n’a écrit, à ce jour, que deux romans et le premier est dans mon Stock à Lire Numérique) et le moins que l’on puisse dire c’est que ça secoue ; comme dirait notre regretté Johnny H. : « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir« .

Bienvenue au cœur de l’Amérique profonde, par contre oubliez le fameux american dream en ouvrant les pages de ce bouquin ; la crise économique est passée par là et continue à tisser sa toile dévastatrice. En lisant ce roman je n’ai pu m’empêcher de penser au recueil Chiennes De Vies de Frank Bill qui m’avait déjà bien remué les tripes. Le cadre change, on abandonne l’Indiana du Sud pour la Caroline du Nord, mais la situation est plus ou moins la même avec le meth en toile de fond, histoire d’oublier les coups de pute de la vie de tous les jours !

Dès le prologue David Joy donne le ton : « Aiden McCall avait douze ans la seule fois où il entendit les mots « Je t’aime ». » ; c’est son père qui lui adressera ces mots du bout des lèvres. Que c’est bôôô ! Ça aurait pu l’être, sauf que le gars vient de flinguer sa femme sous les yeux de leur fils (Aiden) et va ensuite se faire exploser le caisson… y’a mieux pour démarrer dans la vie ! Mais hélas, comme dirait ce cher Francis C. : « Et ça continue, encore et encore, c’est que le début, d’accord, d’accord« .

Du côté de chez Thad les choses ne sont guère plus brillantes, il est revenu d’Afghanistan affligé d’un sévère syndrome de stress post-traumatique. Depuis il vit entre le passé et le présent, entre là-bas et ici, semblant se foutre du tout, surnageant vaguement entre les vapeurs d’alcool et les nuages de meth.

On pourrait simplement se dire que c’est l’histoire de deux gars que la vie n’a pas vraiment gâtée et du coup éprouver une réelle empathie pour eux. Sauf que nos gusses vont enchaîner les mauvais choix sans vraiment en mesurer les conséquences. Une cata en entraînant une autre, la situation va rapidement échapper à tout contrôle. Là encore il serait aisé de leur jeter la pierre et pourtant à aucun moment je n’ai eu envie de les juger (sans pour autant excuser leurs dérives).

Entre nos deux losers défoncés, on trouve April, la mère de Thad et l’amante d’Aiden. Elle non plus n’a pas été vernie par la vie et n’a guère d’illusion quant à l’avenir ; mais contrairement à Thad et Aiden elle essaye de garder la tête sur les épaules.

Un roman noir puissant qui vous prendra aux tripes dès les premières pages et ne cessera de les vriller en tout sens jusqu’au clap de fin ; et pourtant même en pleine tourmente il vous sera impossible de le lâcher. Une sacrée claque dans la gueule que vous ne refermerez qu’à regret.

David Joy ne s’égare pas en figures de style inutiles, il opte pour une écriture percutante qui va à l’essentiel pour toucher le lecteur en plein cœur.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Denis Zott – Maudite !

AU MENU DU JOUR

D. Zott - Maudite !

Titre : Maudite !
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2018
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Marseille, le soir du classico OM-PSG. Un incendie ravage un appartement au dixième étage d’un immeuble qui fait face au Vélodrome. Quand les pompiers arrivent, ils sauvent des flammes une gamine, Luce, 16 ans, enceinte jusqu’aux yeux et pissant le sang.

Luce est agrippée à un sac rouge auquel elle semble tenir autant qu’à la prunelle de ses yeux. Dans le sac, la came de son mec, Tony, un supporter de l’OM de la pire engeance, interdit de stade, qui vient de la tabasser pour un penalty raté. Au passage c’est elle qui a foutu le feu à l’appart.

La came disparue va attiser bien des convoitises et foutre le feu à la cité phocéenne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà un moment qu’il titille ma curiosité, pourquoi ? Au départ c’est la couv’ qui avait attiré mon attention ; ensuite l’auteur, Denis Zott, est très actif sur FB, surtout quand il s’agit d’assurer la promotion de son bouquin. Faut croire qu’il est plutôt convaincant !

Ma chronique

Après un mois de Coupe du Monde et sans avoir regardé un seul match ni une seule émission consacrée à la chose, je frôlais l’overdose footbalistique. Ras le foot ! Rien à foot ! Respiiire, zeeen, voilà c’est fini.

Apaisé, je me saisis de Maudite !, le roman de Denis Zott, rien de tel qu’un bon thriller pour se changer les idées. Aaargh… Rhâââ !!! (cri d’effroi mêlé d’un long râle apoplectique). Le bouquin en question s’ouvre sur un match de foot, et un match de l’OM en plus… Nooon !!! Il a fallu que je prenne sur moi pour ne pas renvoyer cette lecture aux calendes grecques (et accessoirement sauter à pieds joints sur la liseuse). Et grand bien m’en a pris, car ce fut un moment hautement jouissif.

Vous êtes-vous déjà posé cette question : est-il possible d’adorer un bouquin tout en détestant quasiment tous ses personnages ? Vous avez 4 heures… Pour ma part c’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de Maudite !. Un sacré concentré de têtes à claques (et plus si affinités).

Commençons par Luce puisqu’elle est le personnage central de l’histoire. Compliquée la fille… Parfois on se prend d’empathie pour elle et quelques pages plus tard elle fait une connerie énooorme qui nous donne envie de la baffer.

Au moins avec son mec, Tony, c’est plus facile : un connard fini ! C’est simple le gars n’a rien qui plaide en sa faveur ; je n’avais qu’une envie : le voir crever… et de préférence de mort lente et douloureuse. Mais c’est qu’il est coriace ce sale cafard. Ai-je obtenu satisfaction ? Vous le saurez en lisant le bouquin, pas de raison qu’il n’y ait que moi à m’arracher les cheveux et me ronger les sangs dans l’attente de l’éventuel instant T.

Et puis il y a Canari, un flic de la BAC, tellement ripoux, amoral et pervers qu’il en deviendrait presque sympathique… presque ! Ça reste une sacrée enflure.

J’arrête là, mais vous croiserez plein d’autres personnages tout aussi sympathiques. Pour tout vous dire le seul que j’ai vraiment apprécié est Costa. Et pourtant ce n’est pas vraiment un ange (même si Luce l’appelle « mon ange »), un caïd du milieu, assassin et trafiquant de drogue… le gendre idéal ! Bon allez on va aussi donner un bon point à Yasmina, l’infirmière qui s’occupera de Luce, même si elle ne brille pas franchement par son intelligence.

Âmes sensibles s’abstenir… Ça défouraille grave et ça envoie du lourd de la première à la dernière page. Pas le temps de souffler, le rythme imposé est digne d’une Kalachnikov entre les mains d’un Spetsnaz. C’est violent, c’est glauque, mais surtout c’est écrit dans un style très visuel. On en prend plein les mirettes et même plein la gueule. À ce niveau ce n’est pas une claque ni un coup de poing, même pas un uppercut, plutôt une rafale d’uppercuts qui nous arrive dans la tronche.

Difficile de lâcher ce bouquin une fois qu’il vous a pris dans ses mailles, et ça va très vite ! À peine les premières pages tournées que l’on est déjà accro.

Je ne connais pas Marseille, mais je peux vous assurer que même si la ville est mise en avant dans ce bouquin, ce n’est pas franchement la version Guide du Routard qui est de mise. Même le 9-3 ressemble à un petit coin de paradis à côté de la cité phocéenne de Denis Zott (j’ai bien conscience que le trait est volontairement forcé, c’est aussi ce qui fait le charme du roman). Suivez le guide… mais préparez à un parcours du combattant plutôt qu’à un parcours de santé.

En conclusion j’ai adoré, non seulement je ne peux pas faire autrement que de lui attribuer la note maximale, mais impossible de ne pas lui accorder un coup double (coup de coeur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double