[BOUQUINS] Gilles Legardinier – le Premier Miracle

G. Legardinier - Le Premier MiracleDepuis que j’ai « découvert » Gilles Legardinier avec Demain J’Arrête (en 2011), j’attends, tout les ans avec la même impatience, son nouveau roman… un rendez-vous feel good incontournable ! Enfin, la chose vient grossir les rangs de mon Stock à Lire Numérique, son titre : Le Premier Miracle. Avant même de l’ouvrir on a le droit à de nombreuses surprises ; d’une part point de chat sur la couv’ (à force c’est devenu la marque de fabrique du feel good façon Legardinier), normal en fait puisque point non plus de feel good au menu, le roman se présente comme « un miracle de suspense et d’humour » (je suis confiant, j’avais été conquis par Nous Etions Les Hommes, son dernier thriller en date), enfin l’auteur a quitté Fleuve pour rejoindre Flammarion (pour pouvoir bénéficier davantage plus de liberté nous explique-t-il à la fin du roman, dans son habituel mot aux lecteurs). Et puisque nous sommes (presque) en aparté Gilles, je vais commencer par répondre à votre question : « Accepterez-vous de me prendre la main les yeux fermés pour que je vous emmène ?« . OUI !!! Sans la moindre hésitation.
Ben Horwood, un historien au British Museum est brusquement tiré de ses vacances en France par Karen Holt, agent secret d’une agence encore plus secrète. C’est presque à l’insu de son plein gré qu’il se retrouve enrôlé dans une enquête sur une série de vols ayant pour objet soit des artefacts plus ou moins à vocation ésotérique, soit du matériel scientifique très haut de gamme. En essayant de découvrir le fil rouge qui relie ces différents vols, Ben et Karen sont loin de se douter qu’ils s’engagent dans une affaire qui dépassera de loin tout ce qu’ils pouvaient imaginer…
Après cette longue introduction et une présentation bavarde mais pas trop, il est temps pour moi d’entrer dans le vif du sujet. Avec ce roman Gilles Legardinier s’essaye au thriller ésotérique, le résultat est un mix entre la tétralogie Robert Langdon de Dan Brown et le diptyque Le Premier Jour / La Première Nuit de Marc Levy. Ca mérite quelques explications, n’est-il pas ?
Pour être crédible c’est un genre qui nécessite un énorme travail de documentation et de recherche, mais pas que… Il faut aussi savoir faire en sorte que les faits avérés, les théories non démontrées et les éléments purement fictionnels, s’imbriquent pour donner un tout cohérent. Ca c’est pour le côté Dan Brown (j’aurai sans doute pu citer un autre auteur spécialisé dans ce genre mais il s’avère que c’est le seul dont j’ai lu plus d’un roman). Sur ce coup Gilles Legardinier remporte haut la main son challenge, son intrigue est bien ficelée et ne manquera pas de vous surprendre. Avec en prime quelques moments de tension propres au genre.
Et Marc Levy alors ? Deux éléments essentiels que l’on retrouve aussi chez Gilles Legardinier. D’une part la place primordiale de l’humain dans son intrigue, pour se faire rien de tel qu’un duo improbable, dans le genre on peut difficilement trouver plus dissemblables que Ben et Karen. D’autre part, malgré une intrigue des plus périlleuses, l’humour reste omniprésent durant tout le récit (les joutes verbales opposant, gentiment, Ben et Karen sont excellentes).
Ces deux aspects sont parfaitement dosés, ajoutez-y un soupçon de romance et vous obtiendrez un roman captivant à plus d’un titre… et instructif. J’aime ces romans qui donnent envie d’aller fouiner sur Internet pour aller plus loin dans le contexte, quel qu’il soit : historique, géographique, artistique, symbolique…
Avec ce Premier Miracle Gilles Legardinier démontre qu’il peut encore surprendre ses lecteurs, ceux qui le connaissaient pour ses thrillers retrouveront avec plaisir une intrigue rythmée à souhait, quant aux amateurs de feel good, nul doute qu’ils suivront avec plaisir cette aventure pleine d’humanité et d’humour. Cerise sur le gâteau, ce récit vous fera voyager aux quatre coins du monde, avec à la clé des découvertes pour le moins étonnantes. Pour ma part ce fut une belle surprise, je partais confiant, je suis arrivé conquis ! Et donc un coup coeur aussi légitime que mérité.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

PS : il y aurait beaucoup à dire sur ce roman mais je reste volontairement dans le vague afin de laisser intact le plaisir des nombreuses découvertes qui vous attendent au fil des pages.

[BOUQUINS] Paul Clément – Creuse La Mort

P. Clément - Creuse la mortEncore un jeune auteur auto-édité qui m’aura poussé à chambouler mon programme de lecture. Le coupable n’est autre que Paul Clément qui vient de publier son second roman Creuse La Mort.
Fred est père et un mari comblé. Certes il ne s’épanouit pas vraiment au boulot mais ça fait bouillir la marmite. Un matin il découvre un trou dans son jardin, un trou qui ressemble étrangement à une tombe. Il a beau la reboucher, tous les matins la tombe le nargue à nouveau. Intrigué, puis effrayé, Fred est convaincu qu’une menace sérieuse plane sur sa famille, il va tout mettre en oeuvre pour protéger les siens…
Avec son premier roman, Les Décharnés, Paul Clément avait réussi le pari fou de proposer une histoire de zombie qui parvient à tirer son épingle du jeu dans un genre des plus fécond du moment. Pour son second roman il aurait pu rester dans sa zone de confort (les zombies, au cas où vous auriez perdu le fil), je suis même persuadé qu’il aurait pu nous surprendre de nouveau ; mais au lieu de céder à la facilité l’auteur a préféré tâter un terrain nouveau. Certes on reste dans le domaine du fantastique, mais je définirai son roman comme un thriller psycho-horrifique.
Psycho pour psychologique, car indéniablement la psychologie des personnages tient une place essentielle dans cette intrigue. Est-ce que Fred est le seul à percevoir cette menace ou, au contraire, est-ce qu’il sombre inexorablement dans la paranoïa et la folie ? Voilà une question que le lecteur se posera plus d’une fois au fil des chapitres.
Mais la psychologie intervient aussi dans les relations entre Fred et son entourage. A commencer par son épouse Renée, et leur petite fille, Emma ; toutes deux passeront par bien des états émotionnels face à un comportement pas toujours des plus rationnels de leur mari et père. Mais aussi avec Eric, le frère de René, policier de son état qui doute de plus en plus de l’équilibre mental de son beau frère. Enfin avec Pierrick, son patron, un gros blaireau macho et misogyne qui fera les frais de trop plein de rancoeur étouffée.
Horrifique parce que la réalité dépassera tout ce que l’on pouvait imaginer. Si les personnages étaient déjà malmenés avant que la vérité ne se révèle, les choses iront dès lors de mal en pis. Et croyez moi, paul Clément ne manque pas d’imagination quand il s’agit d’en faire baver ses personnages.
De part son ambiance Creuse La Mort m’a souvent fait penser à La Peau Sur Les Os de Richard Bachman (Stephen King pour ceux qui auraient passer les dernières décennies sur une autre planète). Certes les deux intrigues sont radicalement différentes mais on y retrouve la même tension psychologique. J’espère que Paul ne m’en voudra pas de le comparer au King.
Vous l’aurez compris ce second roman est une réussite à tous points de vue. J’espère vous avoir donné envie de découvrir ce qui se cache derrière les mystérieux fossoyeurs de Paul Clément. Pour ma part il va sans dire que je serai fidèle au poste pour le prochain roman.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Frédéric Clémentz – Le 13e Cantique

F. Clémentz - Le 13e CantiqueAvec Le Serment Du Passeur, son premier roman, Frédéric Clémentz m’avait déjà fait forte impression, autant vous dire que je guettais avec impatience son second roman. Au point d’ailleurs de chambouler mon programme de lecture dès que l’auteur (que je remercie chaleureusement) me l’ait parvenir, me précisant que pour Le 13e Cantique il s’était vraiment donné à fond.
Cela fait deux mois que Maria et Lone attendent et espèrent le soir de L’Evénement, plus qu’une journée à patienter, demain elles pourront peut être enfin quitter PN1. Mais pour aller où ? Souvent on sait ce qu’on perd, mais l’incertitude plane sur ce qu’on gagne…
Vous proposer un pitch rapide de ce roman n’est pas un exercice facile, soit on prend le risque d’en dire trop et casser l’effet de surprise, soit on s’égare sur différentes pistes au risque de se montrer plus qu’évasif. Dans ces cas là je laisse la place au feeling, ne pas trop réfléchir, écrire comme ça me passe par la tête.
Pour un jeune auteur, auto-édité qui plus est, le cap du deuxième roman est bien souvent décisif pour la suite de sa carrière littéraire. Les plus frileux joueront la carte de la prudence en conservant un style proche de celui du premier roman (surtout si celui-ci a plutôt fait forte impression auprès de ses lecteurs), les plus audacieux n’hésiteront pas à se remettre en question ; c’est incontestablement à cette seconde catégorie qu’appartient Frédéric Clémentz. Le 13e Cantique n’a strictement rien à voir avec Le Serment, il explore une autre facette du thriller, ose une autre approche, et pimente même son intrigue d’un soupçon de fantastique.
L’auteur vous propose un thriller totalement original, tant par son intrigue à proprement parler que son approche de ladite intrigue. C’est un véritable roman gigogne que vous aurez entre les mains, un puzzle dont les pièces semblent sorties de boites différentes, sans rapport les unes avec les autres. Cà et là pourtant, au fil des pages, certaines pièces finissent par s’assembler tout naturellement mais il reste des zones d’ombre que l’on a du mal à combler. Frédéric ne laisse rien au hasard, toutes les questions trouveront leur réponse, tout finira par s’imbriquer comme une évidence.
Au fil des chapitres vous découvrirez l’histoire de Lone et de Maria, chacune racontant son parcours avec ses mots… et ses silences. On n’en finira pas de se triturer les méninges pour essayer de combler les vides laissés par les non-dits. Si elles ont suivi chacune un parcours différent avant de se trouver au PN1, il n’en reste pas moins une certaine cohérence. Mais quel rapport ont-elles avec Ricardo Bocqueda ou encore Raymond Segrettin ? Quel est le lien entre Ricardo et Raymond ? Les neurones n’ont pas fini de chauffer pour essayer de répondre à toutes ces questions. Et quand on découvre les réponses on n’a envie de se frapper le front en braillant : « Bon sang, mais c’est bien sûr ! ».
Même si on ne sait pas toujours où on va mettre les pieds, on y va au triple galop. J’ai littéralement dévoré les chapitres, totalement embarqué par l’intrigue et les personnages, et surtout crevant d’impatience de découvrir les fins mots des histoires.
A la fin de son roman l’auteur remercie ses lecteurs en ces termes :
« J’espère que ce thriller vous a emmené loin, très loin le temps d’une histoire.
Cette histoire vous a sans doute bousculé, dérouté, dérangé peut-être.
Tant mieux.
Un livre, il faut aussi que ça cogne,que ça hurle, que ça se mette en danger.
Et bien sûr que ça caresse, que ça tutoie la beauté, que ça s’installe dans le cœur. »
Pour répondre à tes espoirs :
– Oh que oui, tu m’as emmené très très loin. Parfois si loin que je ne savais plus vraiment où j’étais, mais je t’ai suivi aveuglément. Et tu as répondu à toutes mes attentes, et bien au-delà.
– Oui tu as réussi à me bousculer et à me dérouter, plus d’une fois même ! Dérangé ? Jamais, je t’ai fait confiance, comme tu m’as fait confiance.
– Oui ton bouquin cogne, gueule et se met en danger. Tu écris avec les tripes, le coeur et l’âme et ça se ressent dans chacune des phrases que tu couches sur le papier. Et lecteur passionné ne peut qu’aimer lire un auteur passionné.
– Et oui ça nous chauffe le coeur… après coup, avec un peu de recul. Pendant on serait amené à penser que l’espoir n’a pas sa place dans ton intrigue, mais la fin laisse percer une lueur. Du moins c’est ce que j’ai envie de croire. Le second effet Kiss Cool !
Merci pour ce bouquin, tu as transformé l’essai haut la main. Je t’attends de pied ferme pour le prochain… En attendant c’est avec grand plaisir que je te décerne un nouveau coup double.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Emily St. John Mandel – Station Eleven

ESJ Mandel - Station ElevenAu programme du jour un roman post-apocalyptique semblable à nul autre, j’ai nommé Station Eleven d’Emily St. John Mandel.
L’humanité a quasiment était détruite par un virus dévastateur, les rares survivants sont regroupés en communautés plus ou moins organisées, plus ou moins grandes, parfois accueillantes et parfois hostiles. C’est dans ce décor que La Symphonie Itinérante, un groupe hétéroclite d’acteurs et de musiciens, circule de communauté en communauté, le temps d’une représentation…
La rentrée littéraire 2016 a été (et sera encore le mois prochain) particulièrement dense, afin de de rien oublier je m’étais dressé une liste de cibles privilégiées ; ne connaissant pas l’auteure et n’ayant pas été particulièrement attiré par sa couv’ ce titre est passé entre les mailles du filet… Heureusement au fil des sorties je montre beaucoup plus vigilant (et surtout plus curieux), c’est ainsi que ce roman a non seulement rejoint mon Stock à Lire Numérique, mais s’est aussi directement placé sur les hauteurs.
Comme annoncé en intro, si ce roman s’inscrit bel et bien dans le registre Science-fiction, option post-apocalyptique, il ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant (je n’aurai toutefois pas la prétention de m’affirmer expert en la matière). Il se dégage de ces pages une grande humanité, à prendre dans le sens noble du terme, sans sentimentalisme inutile et encore moins mièvrerie. Même dans les pires situations les personnages ne se résignent pas, ils gardent espoir et même foi en l’Humanité (avec un grand H pour marquer le coup).
L’autre force de ce roman est de proposer un scénario d’un réalisme glaçant, qu’il s’agisse de la pandémie à proprement parler, du déclin progressif de la civilisation ou des conditions de survie, tout est travaillé dans les moindres détails afin de sembler réel (même pas probable, mais bel et bien comme un futur possible). On en arrive vraiment à penser que si cela devait arriver alors tout se déroulerait comme décrit dans le bouquin… Un choix redoutablement efficace en terme d’addiction à l’intrigue, mais qui fait froid dans le dos quand on s’attarde un peu sur le sujet.
Au fil des chapitres on voyage dans le temps, tantôt avant la pandémie, tantôt après, avec comme fil rouge Arthur Leander, un acteur qui meurt sur scène en pleine interprétation du Roi Lear, alors que l’épidémie fait ses premières victimes. Tour à tour l’on suit Miranda, sa première épouse, Kirsten, une jeune actrice qui jouait avec lui dans Le Roi Lear et qui intégrera plus tard la Symphonie Itinérante ou encore Clark, un ami proche d’Arthur.
Le style et l’écriture de l’auteure ont quelque chose d’hypnotique, presque envoûtant, on est sous le charme des mots, sous le charme de l’intrigue. Nul besoin de nous imposer un rythme soutenu et des retournements de situation à tout va (il y en a tout de même quelques uns) pour maintenir le lecteur en haleine, on l’est presque naturellement, sans vraiment pouvoir expliquer le pourquoi du comment. La magie fonctionne, tout simplement.
Un bouquin de SF hors norme qui devrait séduire un public bien plus large que le seuls adeptes de récits post-apocalyptiques, et même des lecteurs réfractaires à la SF. Une belle découverte pour un bon et beau moment de lecture, un coup de coeur amplement mérité.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Morceau choisi

Nous nous lamentions sur la nature impersonnelle du monde moderne, mais c’était un mensonge, lui semblait-il ; le monde n’avait jamais été impersonnel. Il avait toujours existé une infrastructure, à la fois massive et délicate, de gens qui travaillaient tout autour de nous, dans l’indifférence générale – et quand ces gens cessent d’aller travailler, le système tout entier se trouve paralysé. Plus personne ne livre l’essence dans les stations-service, dans les aéroports. Les voitures sont immobilisées. Les avions ne peuvent pas décoller. Les camions restent à leur point de départ. Les villes ne sont plus approvisionnées ; les magasins d’alimentation ferment. Les commerces sont cadenassés, puis pillés. Plus personne ne vient travailler dans les centrales électriques ni dans les sous-stations, personne ne dégage les arbres tombés sur les lignes à haute tension.

[BOUQUINS] Elen Brig Koridwen – Les Trois Sages

EBK - Les Trois Sages (EELA 1)Nouveau détour dans le monde de l’auto-édition au menu de cette chronique avec Les Trois Sages, premier opus de la saga Elie Et L’Apocalypse écrite par Elen Brig Koridwen.
Le jour de son neuvième anniversaire, Elie, une petite fille surdouée, apprend qu’elle est le futur Messie. Aidée par une Escorte pour le moins atypique, elle doit se rendre au Château des Transes où elle suivra une formation en vue de la préparer à son destin hors du commun. Un voyage qui ne sera pas de tout repos, nombreux sont les ennemis du futur Messie et ils ne reculeront devant rien pour l’éliminer…
C’est via Facebook que j’ai fait la connaissance d’Elen, une auteure indépendante (par choix) très prolifique qui n’hésite pas à toucher à des genres divers et variés dans ses romans et nouvelles. Après avoir lu un premier Aperibook (Une Proie Sans Défense) qui m’a totalement emballé, j’ai décidé de m’attaquer à du lourd avec sa saga Elie Et L’Apocalypse (EELA pour les intimes). Elen m’a d’abord fait parvenir le tome 1 (qui regroupe les trois premiers livres de la saga), j’ai été immédiatement sous le charme de l’intrigue et des personnages, craignant le manque j’ai sollicité l’auteure afin de pouvoir disposer de la première intégrale (qui comprend neuf livres de neuf chapitres chacun) ; un grand merci à Elen pour sa réponse rapide et positive.
EELA s’annonce comme une saga difficile à caser dans un genre préformaté. On y trouve pêle-mêle des éléments de science-fiction (le roman se déroule en 2025 et met en oeuvre des technologies bien plus avancées que ce que nous connaissons aujourd’hui), de fantasy (le Château des Transes, bien que physiquement situé en Bretagne, est un monde à part où cohabitent sciences, religions, spiritualités et ésotérisme) ; urban fantasy donc ? Oui certes, mais l’on est aussi souvent proche du thriller ésotérique (de part l’intrigue en elle même, ou/et le rythme imposé).
Comme vous pouvez le constater les thèmes abordés sont vastes mais rassurez-vous les explications et démonstrations ne sont jamais assommantes, elles s’intègrent parfaitement à l’histoire et sont exposées de façon à ne pas décourager le profane. Je ne sais pas si tout est rigoureusement exact (les quelques recherches que j’ai fait sur Internet tendraient à abonder en ce sens) mais, à l’image des romans de Dan Brown, c’est suffisamment cohérent pour être convaincant et contribuer à enrichir une intrigue déjà dense. Cerise sur le gâteau, on trouve de nombreuses touches d’humour, même dans les moments les plus intenses, idéal pour reprendre son souffle entre deux rebondissements. Deuxième cerise sur le gâteau, on trouve au fil des pages de nombreux clins d’oeils cinématographiques ou littéraires, souvent amenés avec humour (pour rejoindre la première cerise).
Difficile de se montrer exhaustif en parlant de ce roman, il est d’une telle richesse et d’une telle variété que l’on ne peut que se montrer réducteur dans notre approche. Ne soyez pas intimidés quand je parle d’une intrigue dense, riche ou encore intense, tout est parfaitement organisé, jamais je n’ai été embrouillé ; laissez vous guider par l’intrigue et ça passera comme une lettre à la poste.
Je craignais de ne pas adhérer au personnage d’Elie (les gamins et moi, ça fait deux) mais j’ai été immédiatement sous le charme (en tout bien tout honneur). Un savant mélange de candeur enfantine et de maturité, de force et de fragilité. Appelée à remplir une destinée hors du commun, elle bénéficiera d’une formation tout aussi exceptionnelle.
La fameuse Escorte mérite aussi le détour. J’ai eu un faible pour Pat, un ado un peu marginal, ami d’enfance d’Elie. Suivront par ordre d’apparition, Algénor Salbuthard et sa disciple Agatha Throughview(membres de Ceux Qui Peuvent, un groupe de puissants clairvoyants), Ahiyam Benanania, soeur Caïus (respectivement rabbin et nonne, pour le moins atypiques) et Emma (jeune fugueuse croisée en chemin). Escorte complétée par la suite de Vaast Van Voornaam (pasteur protestant) et Abd-an-Nour El Nakyi (sage soufi). Difficile de trouver un groupe plus disparate… mais aussi l’assurance d’échanges aussi hauts en couleurs que leurs intervenants.
Pour en finir avec les « gentils », Elie rencontrera au Château des Transes les Trois Sages, Oliver Green (qui lui enseignera l’art du franc-jardinage), Fulcanie Montserrat (qui lui révélera les secrets de l’alchimie) et Michel Moussardant (spécialiste des sciences plus ésotériques). Là encore des personnages qui ne manqueront pas de surprendre le lecteur.
Parmi ceux bien déterminés à éliminer la jeune Élue, on trouve Al-Moumit (une secte terroriste islamiste dirigée par Abdul-Iblis), Aura (des intégristes chrétiens dotés de pouvoirs psychiques, dirigés par Eposthim Deville) et Les Veilleurs du Châle Sacré (des terroristes israélites, dirigés par Zéev Ra).
Comme vous pouvez le constater, chez les forces du Bien comme chez les Forces du Mal, on retrouve les trois grandes religions monothéistes (Christianisme, Judaïsme, Islamisme). Aucun prosélytisme, ni militantisme au fil des pages, bien au contraire l’idée serait plutôt de condamner les extrémismes fanatiques de tout bord et de favoriser l’avènement d’une religion hors dogmes. Mais, et quitte à me répéter, cette histoire est trop riche pour ne se limiter qu’à une approche unique.
C’est avec un immense plaisir que lui attribue la note maximale de 5 Jack et un coup de coeur amplement mérité.
Un projet pour le moins ambitieux cette saga, cette première intégrale fait tout de même plus de 800 pages (qui se boivent comme du petit lait), deux autres volumes (chacun étant composé de neuf livres de neuf chapitres) devraient suivre. Mais après une pareille mise en bouche vous pouvez être assurés que je serai au rendez-vous, il me tarde de connaître la suite.

  • Edit du 16 septembre 2016.
    Suite à une précision apportée par Elen, la saga s’annonce encore plus ambitieuse que je ne le pensais. En effet ce ne sont pas deux volumes qui suivront mais sept (oui, oui : 7), soit un total de 81 livres ! GRR Martin et son Trône de Fer fait soudain figure de petit joueur. Ceci dit je souhaite à Elen de connaître le même succès que GRRM.
  • Edit du 22 septembre 2016.
    Ci-dessous, la nouvelle couverture du roman.
    eela1

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

Elen milite activement pour l’auto-édition, entre autres choses elle assure la promotion de nombreux auteurs indépendants (en plus de continuer son propre travail d’écriture). Je tenais à saluer son courage et sa combativité, je ne peux que vous inviter à consulter son blog et sa page Facebook (elle y anime aussi de nombreux groupes).
A ceux et celles qui considèrent l’auto-édition comme de la littérature de seconde zone, je voudrai demander de faire un effort d’ouverture d’esprit et de tolérance. D’une part parce que le travail de ces auteurs méritent doublement le respect (non seulement ils assurent l’écriture de leur bouquin, mais aussi toutes les étapes intermédiaires jusqu’à la mise en vente du produit fini, et même après). D’autre part j’ai eu l’occasion de lire des récits de très bonne qualité ; EELA n’est pas une exception, certains romans que j’aie lus (et chroniqués ici) sont largement supérieurs à certains titres publiés par les cadors de l’édition.

[BOUQUINS] Boyd Morrison – La Vague

B. Morrison - La vagueCa faisait déjà un moment que cet auteur me faisait de l’oeil avec sa tétralogie Tyler Locke mais j’ai pensé qu’un one-shot serait un bon moyen de faire connaissance, le hasard (et la carte bleue) faisant bien les choses, La Vague vient tout juste de sortir chez Bragelonne.
L’archipel d’Hawaï est menacé par un méga-tsunami. Kai Tanaka, directeur du Centre d’Alerte Tsunami du Pacifique basé à Honolulu dispose de peu de temps pour donner l’alerte et sauver un maximum de vies. L’Île Christmas ne répond plus, sans doute rasée par une vague que rien ne semble pouvoir arrêter. En plus de la population de l’archipel, Tanaka doit aussi s’assurer que sa famille est hors de danger…
Pfft j’suis trop vieux pour ces conneries ! Non mais c’est vrai quoi, mon palpitant n’est plus de première fraîcheur. Et je ne vous parle même pas de ma tension. Et l’autre là, le Boyd Morrison, se permet de malmener tout ce petit monde sur plus de 400 pages sans jamais leur accorder le moindre répit. Histoire d’enfoncer le clou, ce petit saligaud ne nous fait même pas grâce d’un happy end… Sadique !
J’ai abordé ce bouquin comme un divertissement rythmé mais hautement improbable, quelle erreur ! On est dans le même registre que Extinction de Matthew Matter (chez Bragelonne aussi, chroniqué ici), à savoir un scénario catastrophe certes extrême mais malgré tout possible. Le tout servi par une intrigue richement documentée (sans jamais sombrer dans le didactique soporifique) menée à un rythme ahurissant. Il faut dire que l’action se joue en moins de 4 heures, pas le temps de souffler entre deux chapitres, ni même entre deux pages. Quand j’vous dis qu’il vous mettra les nerfs en pelote, ce n’est pas du bluff.
Avec le personnage de Kai Tanaka on trouve un personnage ordinaire confronté à une situation extraordinaire, et pour couronner le tout il va se retrouver déchiré entre sa conscience professionnelle (dont dépend la vie des habitants de l’archipel) et ses sentiments personnels (sa femme et sa fille sont directement exposées au tsunami), déchirement qui s’achèvera sur un choix cornélien des plus déchirant.
Au cours de son périple au milieu d’un Honololu dévasté par la nature en furie, il croisera des alliés, des victimes dépassées par les événements, mais aussi des connards de première qui ne pensent qu’à sauver leur petite gueule de minable et des inconscients qui se fichent éperdument de l’alerte. Des rencontres qui malheureusement ne que trop vraies dans ce genre de situation, il y en a toujours qui vont se persuadés d’être plus important que les autres ou pire, invulnérables face aux éléments déchaînés.
Je ne sais pas si tout est scientifiquement rigoureusement exact, ni si tout est humainement réalisable mais honnêtement je m’en fous, l’essentiel étant que l’ensemble passe comme une lettre à la poste et sur ce point le challenge est relevé haut la main.
Pas étonnant qu’un bouquin basant son intrigue sur un tsunami face souvent référence à celui qui a frappé l’Asie du Sud Est en 2004, avec 225 000 victimes il s’agit du phénomène le plus meurtrier de tous les temps. Par contre j’ai été surpris que celui de 2011, au Japon (18 000 victimes mais aussi et surtout à l’origine d’un accident nucléaire de niveau 7) ne soit jamais mentionné. Un coup d’oeil à la page du copyright répond à la question, le roman a été publié en version originale en 2009, puis réédité en 2010 (c’est le second roman de l’auteur, le premier étant encore inédit en français) ; il aura fallu attendre 2016 et le succès de la série Tyler Locke (du même auteur, chez Bragelonne) pour qu’une version française voit enfin le jour.
J’adore ces bouquins qui vous laissent groggy une fois la dernière page tournée, à ce titre La Vague fait vraiment très fort, tellement addictif que je l’ai dévoré d’une traite. Il ne me reste plus qu’à dépoussiérer mon Stock à Lire Numérique afin de me pencher sur le cas Tyler Locke.

MON VERDICT
jd5Coup double

[BOUQUINS] Frédéric Ernotte – C’est Dans La Boîte

F. Ernotte - C'est dans la boiteDirection la Belgique pour la prochaine étape de mon périple « auto-édition et petits éditeurs » en compagnie de Frédéric Ernotte et son premier roman, C’Est Dans La Boîte.
Jeff Marnier est inspecteur à la Crim’ de Bruxelles. Sa brigade est tenue en échec par un tueur en série particulièrement retors. Pour se mettre au vert il va participer à la Ronde des Boîtes, un huis-clos réunissant huit inspecteurs d’horizons divers et variés. Chacun viendra avec une boîte à chaussures contenant cinq indices relatifs à une affaire criminelle, les autres devront deviner de quoi il retourne…
Pour son premier roman Frédéric Ernotte se lance donc dans le thriller, un pari risqué tant le choix est vaste et propose un échantillon de qualité (aussi bien concernant les auteurs que les romans). Un pari audacieux qui s’avérera payant au final tant l’auteur parviendra à bousculer nos certitudes au fil des pages, pour nous laisser sur le cul avec un revirement final qui devrait prendre même les plus aguerris des thrillers-addict par surprise !
C’est qu’il est malin le Fred, dès le début il va jouer avec l’innocent lecteur qui tombera dans les mailles de son filet. Ca commence comme une « banale » affaire de tueur en série, certes ledit tueur est particulièrement vicieux mais il faut plus que ça pour nous déstabiliser. Oh shit ! un deuxième tueur en série apparait alors que le premier n’est toujours pas identifié. Oh fucking shit ! v’là notre inspecteur qui file se mettre au vert en laissant tout en plan… OK, il va falloir s’accrocher, on passe en mode hors piste !
On découvre alors les sept autres participants de cette fameuse ronde, quatre hommes et trois femmes. Au fil des pages des relations se tissent mais surtout on découvre les fameuses « affaires » qu’ils proposent à leur auditoire. Une approche certes originale est très sympathique à lire mais est-on encore vraiment dans le thriller ? Et bin oui, la partie ne fait que commencer, l’auteur a encore de nombreux atouts en sa possession. Belote, rebelote et dix de der !
Non seulement l’auteur s’offre le luxe de maîtriser à la perfection son intrigue et donc de mener ses lecteurs par le bout du nez mais en plus il y met les formes ! Le style permet en effet unne grand fluidité de lecture, et l’on retrouve çà et là quelques touches d’humour (noir) bienvenues.
Avec ce premier roman Frédéric Ernotte place la barre haut, très haut même, nul doute que les lecteurs attendront de pied ferme le prochain. Et ça tombe plutôt bien puisqu’il devrait justement sortir courant août sous le titre Ne Sautez Pas ; et comment que je lui sauterai dessus !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Frédéric Clémentz – Le Serment Du Passeur

F. Clémentz - Le Serment du PasseurUne lecture à la demande de son auteur, Frédéric Clémentz, que je remercie pour sa grande patience (j’ai son roman dans les bacs depuis le mois de mai) et sa confiance. Pour son premier roman il se lance dans le thriller psychologique avec Le Serment Du Passeur.
A l’âge de 15 ans Antoine Dévraille est traumatisé par une violente agression dont il est la victime. Sa vie ne sera plus jamais la même. Dix neuf ans plus tard Antoine écrit une lettre à son agresseur mais il va apprendre une nouvelle qui va bouleverser ses plans… et sa destinée.
La première chose qui frappe dans ce roman est son écriture, un style qui vous prend direct au coeur, à l’âme et aux tripes. Une plume trempée dans du vitriol, sans concession mais aussi riche et imagée. Un vrai bonheur pour les yeux. Une phrase d’Antoine pourrait s’adresser directement à son créateur, Frédéric : « Tu voulais que cette chose qui gueulait en toi fasse sa vie sans artifices ni souci du beau. Tu voulais de la matière brute, noble. Tu voulais du sauvage, du vivant. Des mots avec encore de la terre dessus. Des mots pas lavés, pas préparés. Des mots pas éduqués. Libres. »
Quant à moi Frédéric je souhaite que la fin de cette citation s’applique au présent Serment : « Rappelle-toi comme les gens se foutaient de toi quand tu leur disais ça. Et rappelle-toi comme ils te couraient tous après quand tu as été publié. »
Le récit nous place directement dans la peau et l’esprit d’Antoine Drévaille, le moins que l’on puisse c’est que sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. On ne ressort pas indemne d’une telle immersion psychologique. Dérouté, troublé… certes, mais aussi charmé ! Sous le charme de l’intrigue malgré (ou grâce à) une noirceur absolue, mais aussi, je le répète et ne me lasserai de le dire encore et encore, de cette plume d’une redoutable efficacité.
Alors, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ? Si je laisse (encore une fois) la parole à Antoine, la réponse ne laisse aucune place au doute : « Finalement, il avait peut-être raison mon éditeur et ami : le genre humain, ce n’est que du sang et des larmes. Et Simon rajoutait toujours en soupirant : « Du sang, des larmes… et de la merde. » Là-dessus, invariablement et sur un ton à se coltiner deux cents jours de brouillard d’affilée au fin fond de la Bretagne, il balançait cette hilarante citation du philosophe roumain Emil Cioran : « L’homme va disparaître, c’était jusqu’à présent ma ferme conviction. Entre-temps j’ai changé d’avis : il doit disparaître. » »
Mais bon je ne voudrais que Frédéric me reproche d’avoir pondu une critique en lui piquant les répliques d’Antoine ; je vais donc y apporter une petite touche personnelle. Chers lecteurs et lectrices que ces quelques lignes auraient rebuté (même si telles n’étaient pas mon intention première) ayez foi en la sagesse populaire qui affirme que les apparences sont parfois trompeuses. Frédéric Clémentz n’est pas breton (nul n’est parfait) mais il doit faire de sacré bonnes crêpes ; en un peu plus de 200 pages il va offrir deux retournement de situation parfaitement maîtrisés et totalement inattendus. Que du bonheur !
Avec ce premier roman Frédéric Clémentz place la barre très très haut, je ne voudrai pas lui mettre la pression mais on va attendre le suivant avec impatience…

MON VERDICT
jd5Coup double

N’allez surtout pas croire que je chronique les Fred en priorité, c’est une pure coïncidence si les auteurs F. Gynsterblom et F. Clémentz se suivent dans mes posts. Et faites gaffe, j’en ai encore un (F. Ernotte) en stock…

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Le Coma Des Mortels

EUROBUTDifficile de faire un choix quand, à quelques jours d’intervalle, débarquent dans mon Stock à Lire Numérique le dernier roman de Franck Thilliez, Rêver, talonné par celui de Maxime Chattam, Le Coma Des Mortels. Comme bien souvent mon choix aura été instinctif, compulsif, impulsif… et guidé par ma curiosité. Place donc à ma chronique du Coma Des Mortels.
4ème de couv’ : Qui est Pierre ? Et d’ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre ? Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ? Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui. Et rarement de mort naturelle.
Pourquoi pas de présentation personnalisée ? Juste parce que je trouve cette quatrième de couv’ géniale, elle suscite l’intérêt du lecteur sans rien dévoiler du contenu du roman.
Vous êtes incollable sur Maxime Chattam, sa vie, son oeuvre. Oubliez tout ! Avec Que Ta Volonté Soit Faite l’auteur avait déjà délaissé le thriller pur et dur pour une incursion dans le roman noir ; ça avait surpris certains de ses inconditionnels et totalement convaincus d’autres. Je me classe sans hésitation dans la deuxième catégorie. Avec Le Coma Des Mortels l’auteur va encore plus loin dans le roman noir et surtout y ajoute une bonne dose d’humour (noir forcément) et de cynisme.
Le récit est à la première personne, c’est Pierre qui vous raconte son histoire. En commençant par la fin mais pas en allant complètement à rebours, disons que la chronologie est un peu décousue. Comme le chapitrage qui est inversé (on commence par le chapitre 39 pour terminer par le premier chapitre). A la lecture on constate rapidement que le chaos apparent est parfaitement organisé, à aucun moment le lecteur n’est largué, tout s’imbrique à la perfection.
Comme narrateur, et comme individu, Pierre est un personnage hors norme. Son regard sur la société, l’amour, l’humanité et la vie en général est au mieux désabusé ou ironique, au pire franchement cynique. L’occasion d’ailleurs pour l’auteur d’aborder des thèmes multiples et variés de façon pour le moins décalée. Un florilège de bons mots, parfois je me demandais si le fantôme de Raymond Devos ne dictait son texte à Maxime Chattam.
Décalé. C’est d’ailleurs le mot qui définirait le mieux ce roman tant il sort des sentiers battus. Je peux comprendre que ça puisse passer ou casser, pour moi c’est passé haut la main. J’ai adoré, tout simplement ! J’espère que nous serons nombreux à faire remonter sa note sur Babelio (2,94 sur 17 notes), il faut dire que les premières critiques étaient impitoyables.
J’ai aimé la lecture à plusieurs niveaux du récit de Pierre. On peut soit se contenter du premier degré, considérer qu’il relate les faits bruts de décoffrage. Soit creusez plus avant, et Pierre lui même donne une piste allant en ce sens. Une piste parmi d’autres serai-je tenté de dire. D’un autre côté on ne pourra pas reprocher à Pierre / Maxime de ne pas nous avoir prévenu.
Dès le préambule il annonce la couleur : « La vérité est bien là, elle glissera sous vos yeux par moments, mais je ne vous la servirai pas sur un plateau. Je ne peux pas. »
Plus tard quand il parle à la police : « Vous devez d’abord entendre toute l’histoire, pour comprendre. »
Et enfin, ultime pied de nez : « Peut-on réellement faire confiance à ce qui sort de l’ordinateur d’un romancier ? »
Et de fait même après avoir refermé le bouquin je ne serai pas surpris qu’il vou prenne l’envie de revenir en arrière vérifier/confirmer certains doutes. Rares sont les bouquins qui font encore mouliner les neurones à plein régime après leur lecture, Le Coma Des Mortels est de ceux-là. On s’interroge, on dépèce, on triture, on tourne et retourne le récit pour essayer de découvrir tous les non-dits.
Vous constaterez que je n’ai pas abordé l’intrigue du roman dans cette chronique, c’est là un choix délibéré de ma part afin de laisser intacte la surprise et la découverte de ce bouquin hors norme.
Un pari courageux de la part de Maxime Chattam de se remettre ainsi en question et de nous proposer des romans qui sortent des sentiers battus. Ceux qui comme moi ont pris un pied d’enfer en lisant ce bouquin seront ravis d’apprendre qu’une suite est en projet (annonce faite par l’auteur sur l’excellent fan-site Les Chattamistes)… mais il faudra se montrer patient, d’autres chantiers sont déjà engagés (dont la suite et fin de la saga Autre-Monde).
Merci Monsieur Chattam pour ce moment de lecture égal à nul autre, les mots me manquent pour définir exactement mon ressenti : génial, jouissif, excellent, un orgasme littéraire ! Bref j’ai adoré, et j’en redemande !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Tom Cooper – Les Maraudeurs

T. Cooper - Les MaraudeursBorn on the Bayou chantait John Fogerty (oublions la très quelconque reprise de Francis Cabrel, Né dans le Bayou) ; une mélodie plutôt joyeuse emplie de nostalgie. Tout le contraire du Bayou qui sert de toile de fond au roman de Tom Cooper, Les Maraudeurs. L’hymne du Bayou ressemblerait davantage à Noir c’est noir. A la décharge de ses habitants notre bayou s’est pris de plein fouet l’ouragan Katrina en aôut 2005, une catastrophe naturelle qui a laissé des cicatrices indélébiles dans le décor mais aussi dans les coeurs et les âmes (1 577 morts en Louisiane). En avril 2010, la Lousiane est le premier état américain touché par la marée noire suite à l’explosion de Deepwater Horizon, la plate-forme pétrolière exploitée par BP ; une catastrophe économique sans précédent pour le premier état producteur de crevettes aux USA (sans parler des conséquences écologiques et environnementales).
À Jeanette, en Louisiane, on survit tant bien que mal grâce à la pêche, de génération en génération, mais depuis le passage de l’ouragan Katrina rien n’est plus pareil. Et quand la marée noire vient polluer les côtes, les habitants sont de nouveau confrontés au pire…
Le bouquin est construit selon le principe des PoV (Point of View) popularisé par Le Trône De Fer ; chaque chapitre se concentre sur un personnage phare de l’intrigue. Par ordre d’apparition, nous ferons connaissance avec :
– Les frères Toup, des jumeaux, charmants agriculteurs, un tantinet psychopathes qui vivent de la culture à grande échelle de cannabis qu’ils font pousser dans les marais.
– Lindquist, un pêcheur manchot qui passe le peu de temps libre dont il dispose à courir après le supposé trésor du flibustier Jean Lafitte ; quand il n’est pas défoncé par l’alcool et les médocs.
– Wes Trench, un ado résigné à vivoter de la pêche à la crevettes, mais déterminé à prendre ses distances avec son père acariâtre.
– Cosgrove & Hanson, deux losers bien déterminés à devenir riches, de préférence en faisant le minimum d’efforts… Et tant pis si leur business n’est pas franchement légal.
– Grimes, mandaté par la BP suite à la marée noire afin de convaincre les habitants d’accepter un règlement à l’amiable via une indemnisation minable.
C’est quasiment par hasard que ces personnages vont se croiser, se lier d’amitié, se détester ou même se traquer. La tension monte crescendo dans la moiteur hostile du Bayou.
Pour un premier roman, Tom Cooper signe une oeuvre magistrale, une fois que vous aurez plongé dans le Bayou en compagnie de ses personnages, déglingués et malmenés, vous ne pourrez plus lâcher le bouquin. Non que ce soit un condensé d’action, mais juste par vous serez possédé par le Bayou et ses habitants ; vous aurez de partager ses tranches de vie, que vous aimiez ou que vous détestiez le personnage auquel le chapitre est dédié. Les lecteurs du Trône De Fer comprendront sans mal ce que je veux dire par là, pour les autres je vous invite à vous lancer dans cette expérience.
Un roman qui par son ambiance n’est pas sans me rappeler la recueil Chiennes De Vie de Frank Bill, un bouquin qui m’avait bien pris aux tripes lors de sa lecture. Si ces tranches de vie, qu’elles se déroulent dans l’Indiana ou en Louisiane, sont pour nous des histoires fictives, il ne faut pas perdre de vue que pour certains elles sont le reflet de leur triste réalité. C’est sans doute cet ancrage dans le monde réel qui rend ce type de bouquin particulièrement percutant. Un régal à lire mais on garde un arrière goût de bile dans la gorge. Bravo et merci monsieur Cooper.

MON VERDICT
jd5Coup double