[BOUQUINS] Sylvie Brunel – Toutes Ces Idées Qui Nous Gâchent La Vie

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S. Brunel - Toutes ces idées qui nous gâchent la vie

Titre : Toutes Ces Idées Qui Nous Gâchent La Vie
Auteur : Sylvie Brunel
Éditeur : JC Lattès
Parution : 2019
Origine : France
280 pages

De quoi ça cause ?

Climat, écologie, alimentation, santé… Sylvie Brunel entend bien tordre le cou à toutes ces idées reçues dont on ne cesse de nous rabâcher les oreilles ; ces contre-vérités qui nous pourrissent la vie ou cherchent à nous culpabiliser à tout prix.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis de ceux qui estiment que tous ces cris d’alarme catastrophistes sont du grand portnawak, pour ne pas dire du grand foutage de gueule. Mais aussi et surtout que sous cet étalage de prétendus bons sentiments se dissimule des enjeux et des motivations bien plus inavouables.

Ma Chronique

Je remercie les éditions JC Lattès et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma demande.

Un retour de lecture un peu tardif (j’ai le bouquin depuis le 23 avril) qui s’explique par la nature même de l’ouvrage. Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un essai on ne peut plus sérieux, bien qu’intéressé par le propos (sans pour autant adhérer à 100%), ce n’est pas une lecture aussi fluide que le serait une fiction.

À vrai dire c’est le titre initial du bouquin qui m’avait fait craqué pour lui, Toutes Les Idées Reçues Qui Nous Pourrissent La Vie, j’ai trouvé ça délicieusement provocateur à l’ère du politiquement correct à tout prix. Le titre retenu finalement est un peu plus modéré, mais annonce tout de même la couleur.

Loin de moi l’idée de vouloir remettre en question les compétences de Sylvie Brunel, géographe et économiste française reconnue, globalement je dois reconnaître que je trouve même son (contre) argumentaire plutôt pertinent et convaincant (d’un autre côté, elle prêche un convaincu). Force est toutefois de reconnaître que, parfois, j’ai trouvé son propos un peu péremptoire ; je ne suis pas certain que d’user du même ton que ces noirs corbeaux de l’Apocalypse qu’elle entend dénoncer soit le choix le plus approprié. Difficile d’affirmer, sur de tels sujets que tout est noir au blanc, il me semble plus adapter de jouer avec les différences nuances de gris.

Je ne vais pas revenir sur l’ensemble des thèmes abordés dans cet ouvrage, une fois n’est pas coutume je vais vous proposer quelques extraits (non exhaustifs) illustrant le propos de Sylvie Brunel à vous de vous faire votre propre opinion.

Avenir, alimentation, démographie, biodiversité, futur de l’humanité et de la terre sur laquelle elle vit et qu’elle ne cesse de transformer, toutes ces questions reviennent chaque jour ou presque dans les médias. Pour chacun de ces sujets, combien d’accusations et de mensonges, proférés au nom d’une écologie qui se veut aussi radicale qu’intégrale ! Rétablir les faits en se fondant sur des données scientifiques, sans présupposés idéologiques, devient urgent, car non seulement nous nous gâchons la vie avec des prédictions apocalyptiques, mais nous nous engageons en leur nom dans des directions qui nous mènent droit dans le mur.

En 1960, nous étions 3 milliards sur la terre dont un tiers souffrait de la faim et nous vivions en moyenne 45 ans. Un demi-siècle plus tard, nous sommes plus du double, 7,7 milliards, et pourtant la faim ne touche plus qu’une personne sur 12 (ce qui est encore trop). Et nous vivons en moyenne 72 ans. 142 pays sur 230 sont au-dessus de cette moyenne, avec, dans 40 d’entre eux, une espérance de vie record : plus de 80 ans. Presque tous les pays de l’Union européenne en font partie. Des pays où, précisément, on fait très attention à la nature.

Que nos animaux d’élevage doivent être traités avec respect, oui. Que les modes d’élevages les plus écologiques doivent être privilégiés, oui. Supprimer l’élevage au nom des affamés et de la planète, non : ce serait bien pire… Alors, savourons ces bonnes choses que nous proposent des éleveurs amoureux de leur métier et fiers de leurs produits, au lieu de leur pourrir la vie !

Non, la France ne produit pas « trop ». Il n’est pas sûr que réduire la production, comme beaucoup le souhaitent, améliore le portefeuille du paysan, le nôtre et la santé de l’humanité sur la planète. C’est même le contraire qui risque d’arriver. Le temps où nous souffrions de la faim et des maladies liées à la faim n’est pas si lointain. Et il peut revenir.

Il faut cesser de présenter les humains comme néfastes, proliférants et destructeurs, cesser de nous bassiner tous les jours avec le prétendu glas de la biodiversité !

La nature peut effectivement se passer de l’être humain, mais il n’est pas du tout certain qu’elle s’en porte mieux, et il n’y aurait de toute façon plus personne pour se poser la question.

La vraie écologie doit être de pouvoir mettre à la portée de tous un progrès durable et respectueux autant de la planète que de l’humanité.

Nous n’avons aucune idée de ce que sera le monde de demain. Mais la peur a toujours été mauvaise conseillère. Préparons-nous sereinement à l’incertitude. Apprenons à répondre aux défis de la nature, du nombre, du changement, sans chercher de boucs émissaires ni nous imposer de sacrifices inutiles. Car jamais l’être humain n’est meilleur que lorsqu’il a confiance.

Oyez,oyez braves gens ! Non, la fin du monde n’est pas pour demain (ni après-demain) ! Non, l’humanité ne court pas à sa perte !

Pour ma part je ne supporte pas les donneurs de leçons qui veulent nous imposer leur façon de voir les choses et/ou leur mode de vie.

Je respecte les choix de chacun tant qu’on ne vient me chier dans les bottes. Tu veux être végétarien, végétalien ou végan, c’est ton droit le plus strict, je n’ai rien à y redire. Par contre ne vient surtout pas m’empêcher d’acheter (à l’attention de ces salopards d’antispécistes qui saccagent les boucheries) une bonne côte de bœuf, et moins encore de m’en régaler.

Comme je l’ai dit plus haut je n’adhère pas à tous les points abordés par l’auteure, il n’en reste pas moins que cet ouvrage a le mérite de proposer d’autres axes de réflexion… une initiative plutôt bienvenue alors que la tendance du moment serait plutôt à vouloir imposer la pensée unique !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Patrice Guirao – Le Bûcher De Moorea

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P. Guirao - Le bûcher de Moorea
Titre : Le Bûcher De Moorea
Auteur : Patrice Guirao
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

À Moorea, Lilith, photographe de presse, et Maema, journaliste, sont amies et travaillent toutes deux pour le quotidien La Dépêche de Tahiti. Elles sont envoyées sur une scène de crime particulièrement sordide, plusieurs corps ont été incinérés après avoir été démembrés dans un macabre simulacre de bûcher funéraire.

Pourquoi une telle mise en scène ? Mise en scène ou authentique crime rituel ? L’enquête s’annonce particulièrement complexe, les deux amies ne comptent pas être tenues à l’écart par la gendarmerie en charge de l’affaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection La Bête Noire des éditions Robert Laffont.

Pour le cadre, un thriller se déroulant en Polynésie Française, voilà qui n’est pas ordinaire.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma sollicitation pour ce titre.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser que la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie Française ne peuvent aucunement être considérées comme des territoires voisins. D’une part c’est une assertion géographiquement erronée, même si ces deux territoires sont baignés par le Pacifique Sud, il y a plus de 4600 kms entre Nouméa et Papeete (à titre de comparaison, la distance séparant Paris à Moscou, à vol d’oiseau, est de 2500 kms). D’autre part c’est culturellement parlant tout aussi faux, comme son nom l’indique la Polynésie est de tradition polynésienne alors que la Nouvelle-Calédonie est de tradition mélanésienne. Administrativement la Polynésie Française a le statut de collectivité d’outre-mer (COM)depuis 2003 (anciennement territoire d’outre-mer, TOM) ; la Nouvelle-Calédonie, anciennement TOM, est devenue collectivité sui generis (ou COM à statut particulier) en 1999.

Avec ce roman je découvre une forme littéraire que je ne connaissais pas, le roman noir azur, un roman noir fortement imprégné de vie tropicale ; Patrice Guirao en parle mieux que moi :

Le roman « noir azur » est une alternative. Il ne suffit donc pas que le roman noir s’inscrive dans un cadre insulaire tropical pour qu’il devienne « noir azur ». Il faut qu’il s’imprègne de l’essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l’océan et les silences des lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l’immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse, comme la puissance et la violence contenues.

Extrait du Petit manifeste élargi du polar « noir azur » joint au présent roman.

Calédonien d’adoption depuis bientôt 40 ans et grand amateur de polars / thrillers / romans noirs, il m’est impossible de ne point succomber à la tentation face à une telle promesse.

L’auteur vivant en Polynésie Française depuis de nombreuses années doit avoir une bonne connaissance des us et coutumes du peuple polynésien, et plus particulièrement des traditions tahitiennes. D’ailleurs la présence d’un glossaire expliquant les nombreux termes tahitiens est une bonne initiative même si on en saisit globalement le sens dans le contexte.

Direction Moorea donc pour y suivre Lilith et Maema qui vont prêter main-forte à la gendarmerie afin de résoudre un crime particulièrement sordide. Une enquête qui leur réservera bien des surprises, et pas toujours des plus agréables.

Parallèlement l’auteur nous invite à suivre Nael, un tueur en série qui sévit en Métropole, choisissant ses victimes au hasard et variant les modes opératoires, la police n’a pas encore fait le lien entre ces nombreuses scènes de crimes. Habitué à ne rien laisser au hasard (à part le choix de ses victimes), il va pourtant être sérieusement ébranlé par une découverte faite sur les lieux de son dernier forfait. Il va rapidement comprendre que pour trouver les réponses à ses questions, il va devoir se rendre en Polynésie Française.

Et puis il y a Gaspard. Un personnage que rencontrera Nael un peu par hasard, et le moins que l’on puisse dire c’est que cette rencontre sera pour le moins déconcertante (pour lui, et pour nous). Je serai tenté de dire qu’il y a deux approches possibles face à ce brave Gaspard. La première étant « simplement » d’accepter qu’il soit ce qu’il affirme être et de fait la touche de fantastique qu’il apporte au roman. La seconde option étant de considérer Gaspard comme la créature qu’il est et rien de plus, les « dialogues » de Nael devenant des monologues avec sa propre conscience. Personnellement j’ai opté pour le premier choix, d’autant que j’ai trouvé Gaspard fort sympathique et plein d’à-propos.

Vous l’aurez compris, l’intrigue est fortement teintée de noir ; ce qui n’empêche pas la touche azur d’être omniprésente et particulièrement bien traitée. Certains lecteurs pourraient trouver que certains détails de ces scènes de vie tahitienne sont à la limite du cliché facile ; pour ma part j’estime qu’elles sont le reflet d’une réelle douceur de vivre tropicale. Douceur qui ne fait malheureusement pas obstacle à la misère, à la délinquance et au crime. Comme le chantait fort justement le grand Charles (mais non, pas de Gaulle ! Aznavour) : « Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil« .

Malgré la noirceur de son intrigue, l’auteur conserve un ton résolument frais et optimiste, les quelques touches d’humour sont bienvenues et sonnent juste. Ce roman este une belle découverte malgré un élément du final que j’ai trouvé un peu tiré par les cheveux. La collection La Bête Noire ajoute une nouvelle corde à son arc avec ce titre.

Il semblerait que Patrice Guirao ait décidé de faire de Lilith un personnage récurrent de ses prochains romans, un second opus est annoncé pour janvier 2020 ; le court extrait offert à la fin du roman a de quoi nous faire baver d’impatience. Il me tarde de retourner à Moorea pour y retrouver Lilith et ses amis… et pourquoi pas Gaspard ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc Levy – Ghost In Love

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M. Levy - Ghost in love
Titre : Ghost In Love
Auteur : Marc Levy
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
360 pages

De quoi ça cause ?

Extrait de la quatrième de couv’

Que feriez-vous si un fantôme débarquait dans votre vie et vous demandait de l’aider à réaliser son vœu le plus cher ?
Seriez-vous prêt à partir avec lui en avion à l’autre bout du monde ? Au risque de passer pour un fou ?
Et si ce fantôme était celui de votre père ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Marc Levy et ce malgré une pointe d’appréhension due à une impression de déjà-vu. Fidèle de la première heure, je n’allais pas me laisser décourager par un léger doute.

Ma Chronique

En découvrant la quatrième de couv’ du dernier Marc Levy, deux remarques me sont venues quasiment au même moment. La première, plutôt positive, étant que l’auteur revenait à ses premières amours avec son histoire de fantôme. La seconde, conséquence directe de la première, me faisant craindre une impression de déjà-vu / déjà-lu.

Difficile en effet de ne pas penser au premier roman de l’auteur, Et Si C’Etait Vrai (2000), comédie romantique assumée teintée de fantastique (même si en l’occurrence Lauren n’était pas vraiment un fantôme) ; mais aussi, pour la relation au père décédé, au roman Toutes Ces Choses Qu’On Ne S’Est Pas Dites (2008).

Si similitudes il y a, ce vingtième roman de Marc Levy n’en possède pas moins une identité qui lui est propre. Le déjà-vu est resté cantonné au stade d’impression, sans jamais se confirmer dans les faits. Pour tout vous dire, les lecteurs les plus assidus reconnaîtront de nombreuses références au premier roman de l’auteur ; c’est voulu, parfaitement intégré à l’intrigue et totalement assumé.

L’auteur nous propose une comédie romantique décomplexée, légère et pleine d’émotions (mais sans aucune mièvrerie). Les chapitres sont courts, l’auteur va a l’essentiel sans se perdre en digressions stylistiques inutiles, une réussite qui doit beaucoup aux dialogues qui font immanquablement mouche. Bonne humeur et sourires sont assurés quasiment du début à la fin du roman.

Ce n’est pas ce roman qui fera taire les détracteurs de Marc Levy, intellos autoproclamés ne jurant que par cette prétendue grande littérature tout aussi autoproclamée. Et j’ai envie de dire que c’est très bien ainsi, qu’ils ressassent leur bile et crachent leur venin (avec un peu de chance, certains s’étoufferont même avec)… Pendant ce temps là Marc Levy continue d’être un des auteurs les plus populaires en France (mais pas que…), pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Même confrontés à une situation hautement improbable (pour ne pas dire complètement absurde, pour les esprits les plus cartésiens), les personnages sonnent vrai, aussi bien en tant qu’individu que dans les relations qui se tissent entre eux ; on a une réelle envie de croire à cette histoire.

On a tous, ou presque (bienheureux et bienheureuses ceux et celles qui n’ont pas encore connu cette épreuve), perdu un être cher, partit trop tôt ou trop vite ; je suis convaincu que parmi nous, une immense majorité ne cracherait pas sur quelques jours de plus en sa compagnie (même en l’état de fantôme) pour faire table rase des non dits.

Une lecture dévorée quasiment d’une traite, on s’amuse et on fait le plein de bonne humeur sans prise de tête. Le contrat est rempli, je valide et merci encore Monsieur Marc Levy !

Difficile de désigner un vainqueur pour l’édition 2019 du classico littéraire opposant Guillaume Musso et Marc Levy, deux romans aussi aboutis l’un que l’autre, mais radicalement différents. Pour la prise de risque, je donnerai l’avantage à Guillaume Musso.

MON VERDICT

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Chant De L’Assassin

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R.J. Ellory - Le chant de l'assassin

Titre : Le Chant De L’Assassin
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2015)
496 pages

De quoi ça cause ?

1972. Tout juste libéré de prison Henry Quinn entend bien tenir la promesse qu’il a faite à son ami et codétenu, Evan Riggs, condamné à perpétuité pour meurtre. Il doit se rendre à Calvary et remettre à la fille d’Evan, Sarah, une lettre.

Arrivé à Calvary, Henry Quinn se heurte à l’hostilité de Carson Riggs, le frère aîné d’Evan et shérif de la ville. Mais il faudra bien plus que ça pour que Henry renonce à la promesse faite à son ami…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est R.J. Ellory, un duo gagnant qui ne m’a jamais déçu (même si je suis loin d’avoir lu tous les romans de l’auteur).

Ma Chronique

Une fois de plus je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour la confiance qu’ils me témoignent en acceptant de répondre favorablement à ma sollicitation.

C’est le cinquième roman de R.J. Ellory que je lis et à chaque fois je suis surpris par la capacité qu’a cet auteur à se renouveler ; aucun de ses titres ne ressemble aux précédents, ce dernier opus se démarque une fois de plus du lot tout en portant la griffe inimitable de l’auteur.

Une griffe qui impose l’humain au premier plan de ses intrigues, c’est encore le cas avec non pas un, ni même deux, mais trois personnages principaux et une flopée de personnages secondaires, secondaires, mais non cantonnés à des rôles de potiches, loin s’en faut !

R.J. Ellory nous livre une intrigue qui s’articule autour de deux axes, aussi bien personnels que temporels, qui se chevaucheront au fil des chapitres. Un premier arc narratif nous place dans le présent (enfin tout est relatif, le présent de l’intrigue étant l’année 1972) et suivra Henry Quinn tandis qu’il s’efforcera, contre vents et marées, à tenir la promesse faite à son ami. Le second arc narratif s’intéresse à la famille Riggs, notamment au parcours des deux frères, Carson et Evan.

Henry Quinn se retrouve en prison par la faute à pas de chance, une connerie qui tourne mal et le voilà emprisonné. C’est là qu’il fera la connaissance d’Evan Riggs qui lui sauvera la vie et rendra sa peine plus supportable. Voilà pourquoi, une fois libre, il tient tant à honorer la promesse faite à son ami.

Evan Riggs de son côté avait tout pour réussir, quelques mauvais choix et beaucoup d’alcool plus tard, le voilà condamné à perpétuité pour meurtre. Certes ce n’est pas un ange, mais l’on ne peut que ressentir une profonde empathie pour le personnage.

Empathie qu’on ne peut éprouver pour son frère, Carson Riggs, l’archétype du fils de pute irrécupérable quasiment du début à la fin du bouquin. Il n’en reste pas moins que j’ai adoré le détester.

Trois hommes dont le destin sera étroitement lié à deux femmes. Henry pourra en effet compter sur le soutien indéfectible (et plus si affinités) de Evie Chandler, une jeune femme qu’il rencontrera lors de son passage à Calvary. Chez les frères Riggs c’est Rebecca Wyatt qui sera, bien malgré elle, la pomme de discorde.

D’autres individus viendront enrichir le récit et donner corps à l’intrigue, R.J. Ellory apporte le même soin à tous ses personnages, quel que soit leur importance dans le déroulé du récit. Vous découvrirez que la petite ville de Calvary cache bien des secrets, secrets enterrés que ses habitants n’ont pas envie de voir remonter à la surface.

Un récit bourré d’émotions, du rire aux larmes, de l’amour à la haine, que vous prendrez en pleine gueule au fil des pages ; l’auteur sait y faire pour vous faire vivre intensément son intrigue.

Dans le roman Evan Riggs sort un album intitulé The Whiskey Poet, un clin d’œil au groupe The Whiskey Poets dans lequel il officie comme chanteur et guitariste. Soit dit en passant, il faudrait que je vous en reparle, j’aime beaucoup ce qu’ils font.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Stuart Turton – Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle

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S. Turton - Les 7 morts d'Evelyn Hardcastle

Titre : Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle
Auteur : Stuart Turton
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2018)
544 pages

De quoi ça cause ?

Le narrateur reprend conscience au cœur d’une forêt, une femme est poursuivie par un homme, un coup de feu est tiré.

L’homme est plus confus que jamais, d’autant qu’il n’a aucun souvenir, ni de son identité ni de son passé, sinon un prénom qui lui revient en boucle : Anna.

Il ne le sait pas encore, mais il vient de pénétrer dans un cycle infernal sur lequel il n’a aucun contrôle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que la quatrième de couv’ de ce roman a particulièrement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Vous connaissez sans doute l’adage qui affirme que « la vie est un éternel recommencement« , mais connaissez-vous la citation complète dont il est extrait ? Il semblerait en effet que ce soit l’auteure québécoise Fleurette Levesque qui ait écrit : « La vie étant un éternel recommencement, seule l’acceptation de la défaite signifie la fin de tout. Tant et aussi longtemps que l’on sait recommencer, rien n’est totalement perdu. »

Merci Google, pour cette minute culturelle. J’avoue humblement et sans complexe qu’avant d’écrire cette chronique je n’avais jamais entendu parler de Fleurette Levesque… et que, ici et maintenant, je n’en sais pas davantage sur cette brave dame. Mais rassurez-vous, cela ne m’empêchera pas de dormir !

N’allez pas croire que je digresse à tort et à travers, cette citation illustre parfaitement la situation dans laquelle se retrouve le héros (malgré lui) de ce roman. En effet Aiden Bishop (c’est son nom, même si lui-même ne le découvrira que plus tard) est condamné à revivre la même journée endossant à chaque fois le corps et la personnalité d’un des hôtes du domaine de Blackheath. Pour se libérer de cette malédiction, il dispose de huit jours (et donc huit incarnations) pour résoudre l’énigme entourant la mort d’Evelyn Hardcastle, la fille des maîtres des lieux ; s’il échoue, le cycle repartira à zéro.

Même si les règles du jeu échappent totalement à Aiden Bishop, pas question pour lui de se résigner. Dans un premier temps il sera tenté de vouloir échapper de lui-même à ce funeste sort… avant de comprendre que la fuite est tout bonnement impossible. Par la suite il mettra tout en oeuvre non seulement pour identifier le responsable de la mort d’Evelyn Hardcastle, mais aussi pour la sauver d’une mort qui semble pourtant inéluctable.

A chaque incarnation Aiden Bishop hérite des forces et faiblesses (qu’elles soient physiques ou psychologiques) de son hôte. Chaque fois il se souvient de tout ce qu’il a vécu avec ses hôtes précédents, ce n’est qu’en mettant bout à bout les pièces du puzzle qu’il pourra quitter Blackheath.

Ajoutez à cela un maître du jeu dissimulé sous un costume de médecin de peste, un maléfique valet de pied qui ne reculera devant rien pour faire échouer la mission d’Aiden Bishop, autant de suspects qu’il y a d’invités… et vous aurez un aperçu (de nombreuses autres surprises vous attendent au fil des chapitres) de ce que vous réserve ce roman pareil à nul autre.

Ah oui j’oubliais, même si Stuart Turton ne situe pas précisément son intrigue dans le temps, on devine aisément que nous sommes au cœur de l’Angleterre victorienne. Un détail certes, mais qui ajoute un charme certain à ce bouquin.

On se retrouve projeté dans un huis clos qui pourrait laisser penser à une partie de Cluedo grandeur nature, mais avec des règles du jeu complètement réécrites par un esprit né d’un croisement improbable entre Agatha Christie et H.G. Wells.

C’est volontairement que je ne fais aucun rapprochement avec d’autres œuvres (romans ou films) ayant un thème apparemment semblable ; avec Les Sept Morts D’Evelyn Hardcastle l’auteur nous offre un premier roman particulièrement audacieux qui, au risque de me répéter, impose un cachet unique. Un roman qui joue habilement aussi bien avec les règles des genres (policier et fantastique/science-fiction) qu’avec l’échelle temporelle (je vous laisse découvrir le pourquoi du comment de ce dernier point).

L’intrigue policière est menée de bout en bout de main de maître, il faut dire que l’auteur nous propose une sacrée galerie de personnages peu recommandables, tous plus roublards ou manipulateurs les uns que les autres. Chacun traîne ses casseroles et ses secrets, toujours prompt à trahir les autres pour se protéger. Difficile de savoir avec certitude à qui se fier au sein de ce grand bal des faux-culs.

Bien malin(e), celui ou celle qui saura démêler cet incroyable écheveau afin de découvrir la vérité, faire le tri entre les fausses pistes et les vrais indices, faire tomber le voile des apparences qui recouvre le domaine de Blackheath et ses invités.

De tout ce que j’ai vu le premier jour, qu’est-ce qui était réel ? Quelqu’un était-il vraiment ce qu’il prétendait être ? Je croyais que Daniel et Evelyn étaient amis, et que le médecin de peste était fou, et que j’étais un médecin nommé Sebastian Bell, dont le principal problème était d’avoir perdu la mémoire. Comment aurais-je pu savoir que tout cela n’était que les positions de départ d’une course dont personne ne m’avait dit que je la courais ?

Soyez assuré que jusqu’au bout ce bouquin vous réservera des rebondissements totalement inattendus et des revirements surprenants. Pour ma part j’ai été complètement bluffé du début à la fin, j’ai adoré ce cocktail fort justement dosé entre policier et fantastique. Si je ne devais retenir qu’un mot pour qualifier ce roman, j’opterai sans hésitation pour génial.

MON VERDICT

En aparté

Je me permets, en guise d’aparté, petit clin d’œil à propos des traductions.

Nul n’a jamais vraiment compris pourquoi le roman de Jim Thompson Pop. 1280 en VO s’est retrouvé traduit par 1275 Âmes en VF ; avant que justice ne lui soit rendue avec une nouvelle traduction intégrale sous le titre Pottsville, 1280 Habitants.

Dans le cas présent ce n’est pas la version française du titre qui interpelle, la VF étant la traduction littérale du titre original, The Seven Deaths Of Evelyn Hardcastle ; qui, dans son édition américaine, devient The 7½ Deaths Of Evelyn Hardcastle… Reste à définir le concept de demi-mort.

Je connais pour ma part la petite mort qui désigne parfois l’orgasme (bien qu’à l’origine l’expression était à usage médical pour faire état d’un évanouissement ou de frissons nerveux).

Inutile de me remercier pour cette seconde minute culturelle, c’est un cadeau de la maison.

[BOUQUINS] Collectif, à l’initiative d’Yvan Fauth – Écouter Le Noir

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Titre : Écouter Le Noir
Auteur : Collectif
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
288 pages

De quoi ça cause ?

13 auteurs réunis autour du thème de l’audition.
11 nouvelles sur fond noir.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que cet ouvrage est une initiative d’Yvan, ami (même si nous ne nous « connaissons » que par le biais du net) et blogueur pour qui j’ai énormément d’estime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je ne suis pas forcément un grand fan de la nouvelle même si je reconnais volontiers que, pour un auteur, l’exercice est délicat, voire périlleux. Le temps de quelques pages, il faut donner vie à des personnages et mener à terme une intrigue ; aller à l’essentiel pour toucher le lecteur au cœur et aux tripes, en évitant les raccourcis trop faciles qui laisseraient une impression de travail inachevé (ou pire, bâclé).

Les auteurs ayant répondu à l’invitation d’Yvan comptent parmi la fine fleur de la littérature noire francophone (mais pas que…), le nec plus ultra du genre. À travers ce recueil ils confirment leur immense talent, certains se dévoileront même sous un jour totalement inattendu.

C’est Barbara Abel et Karine Giebel qui ouvrent le bal, avec une nouvelle à quatre mains qui donne le ton et m’a laissé sans voix (à défaut de me laisser sans ouïe). Suivront, par ordre d’apparition, Jérôme Camut et Nathalie Hug, Sonja Delzongle, François-Xavier Dillard, R.J. Ellory, Nicolas Lebel, Sophie Loubière, Maud Mayeras, Romain Puértolas, Laurent Scalese et Cédric Sire.

Si aucun des auteurs présents ne m’est inconnu, il y en a certains dont je n’ai pas encore eu l’occasion d’explorer l’univers (Barbara Abel, Nicolas Lebel, Sophie Loubière et Laurent Scalese) ; découvrir leurs nouvelles me donne un aperçu de leur immense talent et ne fait qu’attiser davantage ma curiosité eu égard à leur travail…

Je ne vais pas me lancer dans un avis détaillé pour chacune des nouvelles ici présentes, d’une part afin de laisser intact le plaisir de la découverte, mais aussi parce que j’estime que cette approche ne ferait pas pour autant avancer le schmilblick (et un peu aussi par pure fainéantise).

Tour à tour les auteurs explorent le thème de l’audition sous toutes ses facettes (qu’il s’agisse de surdité, de bruits en tout genre – parfois amis, parfois ennemis – ou encore de musique…). De même les auteurs jouent sur tout le spectre du noir, du classique sur fond policier / thriller, au fantastique en passant même par l’humour.

Comme souvent dans ce genre de recueil, il y a les nouvelles qui font mouche et celles pour lesquelles on a l’impression d’avoir raté le coche sans vraiment pouvoir s’expliquer le pourquoi du comment de la chose. Il n’en reste pas moins que globalement la qualité est au rendez-vous (certaines flirtent même avec l’excellence) ; pas vraiment une surprise vu le panel des auteurs ayant accepté de se prêter au jeu.

Afin d’illustrer mon propos ci-dessus, je terminerai cette chronique par l’attribution d’une note (sur 5) à chacune de ces nouvelles ; comme d’hab cette notation n’engage que moi :

B. Abel et K. Giebel – Deaf : 5
J. Camut et N. Hug – Archéomnésis : 2.5
S. Delzongle – Tous les chemins mènent au hum : 3.5
F.X. Dillard – Ils écouteront jusqu’à la fin : 5
R.J. Ellory – Bloodline : 4.5
N. Lebel – Sacré chantier : 3.5
S. Loubière – Zones de fracture : 4
M. Mayeras : Echos : 4
R. Puértolas – Fête foraine : 4
L. Scalese – Quand vient le silence : 5
C. Sire – Le diable m’a dit : 5

Ce qui nous fait une honorable moyenne de 4.2 sur 5 que j’arrondis volontiers à 4.5 pour saluer l’initiative de ce recueil.

Mon cher Yvan tu peux considérer que le challenge a été remporté haut la main. Tu peux remettre ça quand tu veux !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Robert Galbraith – Blanc Mortel

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R. Galbraith - Blanc Mortel
Titre : Blanc Mortel
Série : Cormoran Strike – Tome 4
Auteur : Robert Galbraith (J.K. Rowling)
Éditeur : Grasset
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2018)
704 pages

De quoi ça cause ?

Depuis que Robin s’est marié, Cormoran Strike a instauré une certaine distance vis-à-vis de sa jeune associée ; se contentant de relations strictement professionnelles.

Un matin, Billy, un jeune homme mentalement dérangé, fait irruption dans le bureau de Strike en affirmant avoir été témoin du meurtre d’une enfant, vingt ans plus tôt… avant de disparaître aussi vite qu’il est apparu.

Peu après, Strike est embauché par Jasper Chiswell, un homme politique qui serait victime d’un chantage dont il refuse de dévoiler la teneur.

Strike va rapidement découvrir que le maître chanteur n’est autre que le frère aîné du jeune Billy. Les deux associés vont devoir se serrer les coudes pour venir à bout de cette affaire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le quatrième roman de Robert Galbraith (nom de plume policier de J.K. Rowling, une façon sans doute de se démarquer de l’univers Harry Potter) mettant en scène le duo Cormoran Strike et Robin Ellacott.

Ma Chronique

Avec cette série de romans et son duo d’enquêteurs, J.K. Rowling a réussi à se défaire du lien qui la rattachait à Harry Potter (tant pis pour ceux qui pensaient que ce lien était indéfectible, et tant mieux pour l’auteure) et a s’imposer dans un genre radicalement différent.

Le pari était audacieux, surtout en jouant la carte de la littérature policière, qui foisonne déjà de grands noms, mais incontestablement Robert Galbraith a su se faire une place au soleil aux côtés de ses prestigieux aînés (et je ne parle pas que des auteurs britanniques).

Une réussite qui doit beaucoup au duo atypique formé par Cormoran Strike et Robin Ellacott ; deux personnalités que tout semble opposer, mais qui s’avèrent complémentaires à plus d’un titre. Cette quatrième enquête commune le prouve une fois de plus !

Au fil des romans on suit tout autant l’enquête à proprement parler que l’évolution de Cormoran et Robin (et donc de leurs relations). C’est encore plus vrai dans ce quatrième opus, à tel point que parfois on a le sentiment que l’aspect personnel tend à supplanter l’intrigue policière.

N’allez pas pour autant en déduire que l’aspect policier stricto sensu du roman est bâclé, loin s’en faut ! L’enquête est menée de bout en bout de main de maître et nous réserve bien des surprises dans son dénouement. Si j’ai eu quelques soupçons, ils étaient plus intuitifs qu’autre chose, et j’étais loin d’imaginer le niveau d’implication des différents protagonistes.

Une enquête qui va nous plonger dans les dessous crasseux du monde politique et de l’aristocratie britannique. Mais pas que…

Un milieu qui ne manque pas d’individus qui rivalisent d’execrabilité ou de superficialité (parfois même ils cumulent ces deux tares). Une sympathique galerie de personnages en perspective, n’est-il point ?

Pour en revenir à l’aspect personnel de l’intrigue, il est évident qu’un mariage est un cap important dans la vie d’un individu (même si personnellement je n’ai aucune foi, sinon économique, en l’institution du mariage). En l’occurrence le roman s’ouvre sur le mariage de Robin et Matthew, une étape majeure dans l’évolution de leur relation.

J’aime beaucoup le personnage de Robin et de fait je suis supposé espérer le meilleur pour elle ; mais jamais je n’ai autant souhaité qu’un mariage ne se fasse pas. Non pour qu’elle puisse vivre pleinement une relation idyllique avec Strike (on n’est pas dans un Harlequin… oubliez les nuages rose bonbon et les cœurs suintant de guimauve), mais simplement parce que ledit Matthew est un sinistre con sans aucun intérêt (plus que jamais dans ce quatrième opus).

Strike de son côté reste égal à lui même, bourru à souhait, mais d’une perspicacité à toute épreuve. Avec Robin il sera tour à tour protecteur (pour ne pas dire paternaliste), affectueux (voire même tendre), complice et distant au gré des situations et de son humeur. Quant à sa vie personnelle, c’est toujours un joyeux bordel dans lequel lui-même a du mal à discerner l’issue.

Au fil de cette enquête, Strike et Robin vont se faire aider par un nouvel enquêteur ayant récemment intégré l’agence, Sam Barclay. Au vu de l’importance qui lui est donnée dans le déroulé de l’enquête, nul doute qu’il soit appelé à tenir un rôle récurrent à l’avenir.

Le fait que le côté personnel soit prépondérant dans le bouquin n’a pas que des inconvénients (même si ça casse parfois le rythme de l’intrigue), d’autant que l’on se doute bien que c’est fait dans l’optique de l’évolution future des personnages (l’auteure a d’ores et déjà annoncé qu’elle avait des idées pour une dizaine de romans).

Si Blanc Mortel n’est pas le meilleur de la série Cormoran Strike (la palme reste à La Carrière Du Mal, le troisième opus), ça n’en reste pas moins un roman de très bonne facture. Il me tarde déjà de retrouver Strike et Robin…

MON VERDICT

6000 !

Biblio

Ce matin, un lapin

STOOOP ! Coupez !

Point de lapin donc ce matin, ni de Chantal soit dit en passant. Il serait plutôt question de bouquins et de ma bibliothèque numérique. Vous l’aurez compris la bestiole vient de passer le cap des 6000 livres (6006 exactement) en maintenant une croissance constante de 1000 bouquins accumulés sur les 8 derniers mois.

Toujours fidèle à ma Kobo H2O même si j’avoue que la Forma (toujours chez Kobo) me fait de l’œil depuis déjà quelques temps… ça sent le craquage dans les prochains mois (avant le passage des 7000) ! Je ne l’achèterai certainement pas ici vu les prix (plus de 457 € à la FNAC et plus de 407 € chez Darty), mais plutôt sur Internet (280 € à la FNAC, même avec les frais de douane je suis largement gagnant).

a tué un chasseur
C’était un lapin qui
Avait un fusil.

NOOON ! Vade retro Chantalas !!!

[BOUQUINS] Kenneth Cook – Outback

AU MENU DU JOUR

K. Cook - Outback
Titre : Outback
Auteur : Kenneth Cook
Éditeur : Gallimard (1964), réédition par Autrement
Parution : 2019
Origine : Australie
264 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il vient de réussir un casse dans une bijouterie, Johnson tombe nez à nez avec un policier. Dans la panique, il le tue avant de prendre la fuite, devenant ainsi l’homme le plus recherché d’Australie.

Davidson, reporter de terrain, voit dans ce drame l’opportunité d’un scoop. Il se lance donc lui aussi sur les traces du fugitif…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour continuer à explorer la face obscure de l’univers littéraire de Kenneth Cook. Un jour il faudra que je me penche sur ses nouvelles afin de découvrir son côté plus rocambolesque.

Ma Chronique

Si Outback est bien le dernier titre en date de Kenneth Cook publié en France, c’est pourtant une vraie fausse nouveauté. Paru en VO en 1962 (c’est le second roman de l’auteur), ce roman a fait l’objet d’une première diffusion française par Gallimard en 1964 sous le titre Téléviré ; les éditions Autrement nous proposent de (re)découvrir ce roman dans une traduction révisée.

Je souligne ce point pour situer dans le temps le déroulement de l’intrigue et certains de ses aspects. Il y est notamment souvent fait mention de la peine de mort qui sera le verdict rendu en cas d’arrestation de Johnson. Dans les années 60, la peine de mort était encore en vigueur en Australie ; elle n’a été abolie sur l’ensemble du territoire fédéral qu’en 1985 (toutefois la dernière exécution remonte à 1967).

Autant j’avais aimé le roman A Toute Berzingue du même auteur, autant celui-ci me laisse un sentiment nettement plus mitigé. Il faut dire que le titre flirte avec la publicité mensongère, l’outback australien n’est en effet qu’un élément mineur du décor. On passe plus de temps dans à patauger dans les dessous du journalisme TV et ses nombreux travers (le plus abject étant le sponsoring à outrance).

Même l’aspect chasse à l’homme de l’intrigue, mis en avant en quatrième de couv’, apparaît comme étant secondaire et peine à convaincre.

Il faut dire que l’on peut difficilement ressentir une quelconque forme d’empathie pour le personnage de Johnson et ses accès de colère totalement injustifiés. Quand il ne cède pas à la colère, il est à la limite de perdre tous ses moyens, ce qui tendrait à la rendre encore plus imprévisible.

Heureusement les divers personnages composant l’équipe TV (des techniciens aux cadres dirigeants de la chaîne) évitent le naufrage sans forcément nous inspirer beaucoup plus de sympathie.

Un périple australien qui se laisse lire, mais loin d’être indispensable.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Norek – Surface

AU MENU DU JOUR

O. Norek - Surface
Titre : Surface
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2019
Origine : France
424 pages

De quoi ça cause ?

Noémie Chastain est chef de groupe à la brigade des Stups du Bastion. Au cours d’une opération, elle essuie un coup de feu qui lui emporte la moitié du visage. Elle survivra, mais les blessures physiques ne seront peut-être pas les plus difficiles à soigner, les dégâts psychiques sont énormes.

Au terme de sa convalescence, sa hiérarchie décide de la « mettre au vert » en l’envoyant dans un commissariat de campagne paumé au fin fond de l’Aveyron…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek, une raison qui se suffit à elle-même…

Ma Chronique

Olivier Norek a conquis ses lecteurs avec son groupe Costes, trois excellents romans mettant en scène un groupe de flics de SDPJ 9-3 (service dans lequel l’auteur a lui-même officié) et que, et je ne pense pas être le seul dans ce cas, je ne désespère pas de croiser à nouveau. Puis il a surpris tout le monde avec le magistral Entre Deux Mondes, roman social et sociétal d’une noirceur insondable, mais brillant aussi d’une profonde humanité. Avec Surface il change de nouveau son fusil d’épaule tout en restant fidèle au polar.

Surface c’est avant tout l’histoire de Noémie Chastain, ou plus exactement de No comme elle se surnomme depuis la fusillade, histoire de bien souligner qu’une grande partie de son ancien moi a aussi été balayée par ce tir.

L’histoire d’une femme qui doit apprendre à vivre avec ces blessures au corps et à l’âme, à accepter le regard des autres, mais aussi et surtout à s’accepter elle-même. Et il faut bien avouer que Olivier Norek ne va pas lui simplifier la tâche. Dévisagée par le tir, plaquée par son mec, placardiser par sa hiérarchie… la totale !

Un parcours difficile décrit avec beaucoup de justesse par l’auteur. Une fois de plus il donne à son récit une dimension profondément humaine qui va droit au cœur. On a envie de voir Noémie se redresser, tel un phénix renaissant de ses cendres.

Un vibrant (et brillant) hommage à ces hommes et femmes de l’ombre qui réparent les gueules cassées et les âmes brisées de nos soldats et de nos flics blessés en opération. Un hommage bienvenu dans une période où la tendance (nauséabonde) du moment serait plus de cracher à la gueule des flics.

On retrouve cette même humanité bienveillante (mais sans une once de niaiserie) dans la relation que Noémie essaye de mettre en place avec sa nouvelle équipe. Pas évident quand on sait que son but, inavoué, est de faire fermer ce commissariat avant de rentrer à Paris et retrouver son groupe.

Une humanité que l’on retrouve aussi dans le contexte rural du récit, tous les habitants du village se connaissent, les relations avec la police ne sont pas aussi impersonnelles qu’elles peuvent l’être dans une grande ville.

Mais Surface c’est aussi un roman policier. N’allez surtout pas imaginer que Olivier Norek néglige cet aspect de son récit ; il nous propose une intrigue soignée, maîtrisée de bout en bout et riche en surprises jusqu’à une ultime révélation totalement inattendue.

Une intrigue surgie d’un passé que beaucoup auraient préféré laisser dormir dans les profondeurs de l’oubli. Où les secrets du passé auront des répercussions dans le présent.

Une intrigue qui permet à l’auteur de mettre en avant une unité méconnue de la police, la brigade fluviale, basée à Paris, mais ayant une compétence nationale. Brigade d’élite qui a pourtant été pointée du doigt l’an dernier suite au décès d’une de ses plongeuses, Amandine Giraud, au cours d’un entrainement.

Dans le roman c’est surtout l’occasion pour l’auteur de nous offrir une séance de plongée d’une incroyable intensité.

Une fois de plus Olivier Norek signe un polar qui fera date et qui ne ressemble à nul autre. Un polar avec une héroïne hors du commun que l’on a envie de retrouver dans d’autres aventures.

MON VERDICT
Coup double