[BOUQUINS] Christophe Royer – Lésions Intimes

AU MENU DU JOUR

C. Royer - Lésions Intimes
Titre : Lésions Intimes
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
393 pages

De quoi ça cause ?

Nathalie Lesage est capitaine à la Brigade de Répression du Proxénétisme (BRP) au fameux 36 Quai des Orfèvres. Elle et son équipe vont tout mettre en oeuvre pour démanteler l’organisation criminelle Gorgona qui a monté un important réseau de prostitution et autres déviances et perversions sexuelles…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Joël des éditions Taurnada m’a gentiment proposé de découvrir en avant-première (parution le 12 septembre) leur nouveau bébé ; c’est tout naturellement que j’ai accepté.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël pour sa confiance renouvelée.

Une fois de plus les éditions Taurnada frappent fort et juste avec un thriller original, totalement maîtrisé et addictif au possible. La richesse et la qualité de leur catalogue n’en finissent pas de me surprendre.

Une fois de plus un thriller porté par une héroïne doté d’une forte personnalité. Nathalie Lesage a effectivement un caractère bien trempé, parfois même un tantinet impulsif. Outre son enquête visant à démanteler Gorgona, elle va aussi devoir comprendre le pourquoi du comment d’une voix qui lui parle dans sa tête. Oui, vous avez bien lu, notre héroïne entend une voix (qui s’appelle Stephy… pas Jésus, c’était déjà pris) et pourtant elle est loin d’être folle à lier…

Pour ma part j’avais deviné quasiment d’entrée de jeu la raison d’être de cette voix ; restait à savoir ce qui se cachait exactement derrière. On pouvait légitimement s’attendre à quelque chose de bien glauque et on va être servi en la matière.

Il faut dire que Christophe Royer s’attaque à du lourd en se penchant sur le large éventail de perversions sexuelles qu’une organisation criminelle pourrait mettre à profit pour s’enrichir. Et il ne ménage pas ses lecteurs ! Âmes sensibles s’abstenir, âmes prudes prendre vos jambes à votre cou !

J’ai eu de sérieux soupçons sur l’identité du cadre de Gorgona que Nathalie et son équipe traque avant que l’auteur ne lève le voile sur ce mystère. Et du coup le lien entre Gorgona et Stephy s’est précisé au fur et à mesure que mon soupçon se confirmait.

Même si les différentes pièces du puzzle s’agençaient dans ma caboche avant que Nathalie ne fasse l’amalgame des indices en sa possession, j’ai pris énormément de plaisir à suivre cette enquête, et il me restait tout de même certaines zones d’ombre à éclaircir.

Au niveau de l’équipe de flics, j’ai beaucoup aimé le personnage du brigadier-chef Félix Lopin, qui ne manquera pas une occasion de couvrir sa capitaine préférée. Et comme le reste de la brigade, j’ai trouvé que le lieutenant Stocovitch était un subtil mélange entre un trou du cul et une tête à claques.

Pour une première incursion dans le thriller, Christophe Royer sort honorablement son épingle du jeu. J’ai d’ailleurs été agréablement surpris, à la lecture des remerciements, de découvrir que l’auteur nous donne rendez-vous « très bientôt » pour une nouvelle aventure en compagnie de Nathalie. Nul doute que je serai au rendez-vous.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jo Nesbo – Le Couteau

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J. Nesbo - Le Couteau
Titre : Le Couteau
Série : Harry Hole – T12
Auteur : Jo Nesbo
Éditeur : Gallimard
Parution : 2019
Origine : Norvège (2019)
608 pages

De quoi ça cause ?

Harry Hole n’est plus que l’ombre de lui même depuis que Rakel l’a quitté. Et comme toujours dans ces moments-là, c’est dans l’alcool qu’il trouve refuge.

Se croyant déjà au plus bas, Harry va découvrir, de la cruelle des manières, que l’on a toujours quelque chose à perdre, même quand on croit avoir déjà tout perdu…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’te question ! C’est Jo Nesbo, mais aussi et surtout c’est le grand retour de Harry Hole. What else ?

Ma Chronique

Jo, mon petit Jo, pourquoi tant de haine ? Pourquoi un tel acharnement contre Harry ? OK, je reconnais que c’est quand il est au plus bas que Harry s’avère le plus efficace et le plus convaincant. Mais merde, là tu pousses le bouchon un peu loin ! Tu n’avais pas le droit de lui faire ça ; pas à lui… pas à elle ! Putain, Jo, tu déconnes.

À en croire la sagesse populaire « Qui aime bien, châtie bien« , si tel est le cas alors Jo Nesbo doit vraiment être raide dingue de son flic fétiche : Harry Hole. Ceux et celles qui se sont déjà frottés à la série savent que l’auteur prend un malin plaisir à malmener son personnage ; mais jamais il n’avait été aussi loin dans les tourments qu’il lui inflige. Mon entrée en la matière résume à la perfection ce que j’ai ressenti en découvrant la scène de crime…

Même si Harry est anéanti par cet ultime outrage, il pourrait faire sienne la devise de la ville de Paris : « Fluctuat nec mergitur » (il est battu par les flots, mais ne sombre pas) ; et ce n’est certainement pas une suspension qui l’empêchera de mener sa propre enquête afin de découvrir la vérité.

Avec les moyens du bord et le soutien de quelques précieux amis, Harry va mener une enquête de façon plus ou moins empirique. Suivant la piste qui se présente à lui jusqu’à ce qu’elle ait délivré tous ses secrets, puis recommençant ses investigations à zéro à partir d’une nouvelle piste. Plus les pistes suivies n’aboutissent à rien, plus une vérité encore plus indicible que tout ce qu’il aurait pu imaginer va se dessiner.

Les habitués retrouveront avec plaisir des personnages déjà croisés dans les précédents romans de la série, mais il faudra aussi compter avec les nouveaux venus, dont certains joueront un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue.

Si l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité, elle n’en reste pas moins totalement maîtrisée et devrait surprendre même les lecteurs les plus perspicaces (à ce titre l’ultime revirement de situation, à savoir l’identification du (ou de la) coupable, m’a laissé sur le cul ; je n’avais rien vu venir).

Ça fait bien longtemps que Jo Nesbo n’a plus rien à prouver pour mériter sa place au panthéon des auteurs de polars nordiques, et même de polars tout simplement. Il sait y faire pour rendre son intrigue addictive et monter crescendo en puissance.

Ce douzième roman de la série fait honneur à ses prédécesseurs, c’est vraiment une réussite à tout point de vue. Je reconnais volontiers qu’étant totalement accro au personnage de Harry Hole, je ne suis peut-être pas totalement objectif sur le sujet. Il parait que l’amour rend aveugle, c’est peut-être ce qui explique que je n’aie relevé aucune ombre au tableau.

Et maintenant ? Le lecteur est en droit de se poser la question en refermant le bouquin. On quitte Harry Hole face à plusieurs options quant à son avenir ; un avenir qu’il jouera sur un coup de dé, mais dont on ne connaîtra pas l’issue… Personnellement j’ai ma préférence, mais, quel que soit le choix que fera Harry j’espère qu’on le retrouvera dans d’autres aventures.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Isabelle Desesquelles – UnPur

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I. Desesquelles - UnPur
Titre : UnPur
Auteur : Isabelle Desesquelles
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

Été 1976, alors qu’il est en vacances à Venise avec son frère jumeau, Julien, et leur mère, Clarice, Benjamin, 8 ans, est enlevé.

C’est trente ans plus tard que Benjamin refera surface, sur le banc des accusés, alors que s’ouvre son procès, mais aussi, et surtout celui de son ravisseur.

Il lui faudra huit années de plus avant qu’il accepte de reparler, pour la première fois depuis son enlèvement, à son frère, Julien. Déterminé à tout lui raconter, même ce qu’il n’a pas dit au tribunal…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au fil de mes errances sur Net Galley, j’ai d’abord été intrigué par le titre et la couverture du roman, un coup d’oeil à la quatrième de couv’ a achevé de mettre en alerte ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée. L’occasion de découvrir ce roman en avant-première ; j’ai attendu la parution (format papier) du bouquin avant de publier ma chronique, car tel était le souhait exprimé par l’éditeur (sachant que le roman a fait l’objet d’une masse critique sur Babelio et avait donc déjà de nombreux retours en ligne avant qu’il ne soit publié).

Si Isabelle Desesquelles n’en est pas à son coup d’essai, j’avoue sans aucun complexe que je ne connaissais pas l’auteure. Pour une découverte le moins que l’on puisse dire c’est que je commence avec du lourd, du très lourd…

Le jeu de mots ambigu sur le titre ne vous aura certainement pas échappé, faut-il l’interpréter comme Un Pur ou Impur ? C’est la question qui viendra tarauder le lecteur au fur et à mesure qu’il découvrira le témoignage de Benjamin. Nul ne contestera le fait que Benjamin ait été avant tout une victime qui a perdu son enfance et son innocence entre les griffes d’un prédateur sexuel ; c’est la suite des événements qui interrogera et tourmentera le lecteur.

Isabelle Desesquelles aborde un sujet à la fois glauque, délicat et sérieux, dire qu’elle s’aventure en terrain glissant serait une litote tant une mauvaise approche de la question pourrait transformer le bourbier en véritable merdier. Un sacré challenge que de trouver à la fois la forme et le ton les plus adaptés au traitement d’un tel sujet.

Mais avant de vous parler du contenu, j’aimerai aborder le contenant, à savoir la couverture du roman. Rien de franchement transcendant me direz-vous ; et bien détrompez-vous, elle prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin.

Sur la forme l’auteure opte pour le témoignage et donc un récit à la première personne (presque exclusivement consacré à la confession de Benjamin). Je serai tenté de dire que c’est encore la meilleure façon d’aborder de front le parcours de Benjamin.

Je conçois volontiers que de prime abord le ton choisi puisse paraître impersonnel et détaché des événements et que cela puisse déconcerter certains lecteurs. Mais il faut aller au-delà des mots et des phrases pour apprécier le récit dans toute sa ténébreuse singularité.

Isabelle Desesquelles nous raconte l’insoutenable sans sombrer dans les descriptions outrancières ou le sentimentalisme exacerbé, mais sans chercher à se voiler la face ou à nous cacher la vérité dans toute sa noirceur. Elle joue sur les tournures de phrases avec des images courtes, mais percutantes, telles que « On n’est pas ravi d’être enlevé« , ou encore « Et j’apprends qu’en comblant un trou, on enterre un enfant » sans oublier le « sang blanc » qui vient souiller Benjamin chaque fois que le « fusil » se décharge en lui. Des images qui nous renvoient les faits bruts de décoffrage en pleine gueule !

Un roman court, mais dont se dégage une rare intensité, à la fois d’une absolue noirceur, mais pas totalement désespéré. Une lecture éprouvante et parfois même dérangeante, mais dont vous aurez un mal fou à vous détacher, non par voyeurisme malsain, juste pour connaître le fin mot de l’histoire.

J’ai en effet mentionné précédemment une interrogation qui n’aura de cesse de turlupiner le lecteur, ne comptez pas sur moi pour vous apporter des éléments de réponse ; je dirai simplement que le choix de l’auteure est plutôt judicieux sur ce point.

Un roman qui ne devrait laisser personne indifférent, tant sur le fond que sur la forme.

Pour l’anecdote le fichier numérique reçu via Net Galley porte la mention « Épreuves non corrigées » ; si je n’ai relevé aucune coquille rédhibitoire à la lecture du roman, j’ai toutefois retravaillé l’epub afin d’en améliorer la lisibilité (ne serait-ce que par un redécoupage de certains fichiers constituant le roman et l’intégration d’une table des matières). Vous me connaissez, je suis un tantinet maniaque !

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Mireille Calmel – La Prisonnière Du Diable

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M. Calmel - La Prisonnière du Diable

Titre : La Prisonnière Du Diable
Auteur : Mireille Calmel
Éditeur : XO
Parution : 2019
Origine : France
416 pages

De quoi ça cause ?

Mai 1494, en Égypte.
Une roue de pierre tourne, gardée par un ordre secret.
Lorsqu’elle s’arrête, le nom de celui qui doit mourir apparaît sur la tranche.
Celui dont le diable s’est emparé et qui sera exécuté par l’Ordre.
La volonté de Dieu…

Juin 1494, à Utelle, sur les hauteurs de Nice.
Hersande règne sur le sanctuaire de Notre-Dame.
Elle reçoit enfin le billet délivré par la roue.
Mais lorsqu’elle lit le message, elle vacille.
Jamais ce nom n’aurait dû apparaître…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Par curiosité et pour sortir de ma zone de confort. Un roman historique qui se décline sous forme d’un thriller médiéval mâtiné d’une pointe de fantastique ; pourquoi pas ?

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bien que n’étant pas très porté sur les romans historiques, je connaissais de nom Mireille Calmel et, au vu de sa réputation, je me disais pourquoi ne pas tenter le coup un jour. Il fallait juste que je trouve le titre qui m’inspire ; le déclic s’est fait presque instantanément avec son dernier roman, La Prisonnière Du Diable.

Direction la fin du XVe siècle, l’histoire débute en Égypte et donne d’entrée de jeu le ton (on ne plaisante pas avec le Diable), mais c’est à Utelle, un petit bourg situé sur les hauteurs de Nice que se jouera ensuite l’intrigue.

Si le fond est bel et bien historique, sur la forme le roman se lit véritablement comme un thriller en nous proposant une intrigue dont on n’aura beaucoup de mal à se détacher et plus encore à percer les petits et gros secrets des différents personnages. Mireille Calmel sait y faire pour brouiller les pistes sans toutefois embrouiller le lecteur.

L’auteure apporte énormément de soins à ses personnages, les dotant de personnalités bien affirmées et ne révélant les desseins (plus ou moins avouables) de certain(e)s qu’avec parcimonie. Sans entrer dans les détails, soyez assuré que votre première impression sur certains personnages ne sera pas forcément la plus juste.

Une intrigue portée presque exclusivement par des personnages féminins, qu’il s’agisse de Myriam, une villageoise qui a bien du mal à joindre les deux bouts depuis le décès brutal de son époux, mais qui est prête à tout donner pour ses enfants (deux et un troisième à venir incessamment sous peu). Mais aussi les sœurs du sanctuaire de Notre-Dame, à commencer par la mère supérieure, Hersande qui appartient aussi, ainsi que Camilla une autre nonne dont elle est très proche, à l’Ordre.

Les hommes ne sont toutefois pas cantonnés à des rôles secondaires, Benoit, Jacquot (et ses filles) ou encore le baron seront appelés à jouer un rôle majeur dans le déroulé des événements.

Le fantastique s’installe petit à petit dans le récit, sur fond de sorcellerie et de magie noire. Ça pourrait sembler déroutant dans ce type de roman, mais en l’occurrence cela s’intègre parfaitement à l’intrigue.

Puisqu’il est question du Diable, il sera aussi question de Dieu ; j’avoue que je redoutais un côté trop manichéen ou trop religieux (c’eut été pire pour moi), mais là encore j’ai été agréablement surpris. Même si nous sommes au XVe siècle dans un bourg qui vous un culte à la vierge Marie, l’auteure ne verse pas dans le prosélytisme (vous pouvez faire confiance à l’athée anticlérical que je suis sur ce point).

À la lecture du roman on devine que Mireille Calmel a dû se livrer à un gros travail de documentation et le résultat est on ne peu plus convaincant, on est en totale immersion dans le Moyen Âge (une époque où l’Église était, ne l’oublions pas, toute puissante).

Les chapitres sont courts, le style ne s’encombre pas de tournures alambiquées inutiles et va à l’essentiel, ce qui colle parfaitement au rythme de l’intrigue (qui se déroule pour l’essentiel sur 4 jours). Tout est fait pour que vous ne puissiez plus lâcher le bouquin une fois qu’il vous aura ferré… et c’est fichtrement bien fait !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sara Greem – La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar

AU MENU DU JOUR

S. Greem - La Mal&diction de l'Anneau des Niflungar
Titre : La Malédiction De L’Anneau Des Niflungar
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Sigurdr, le fils adoptif du roi du Danmark, rêve de rebâtir la cité de ses ancêtres, Xanten. Mais avant cela son beau-père lui confie une mission, se rendre en Island afin de convaincre la reine de s’allier au royaume du Danmark en épousant Hjörvarr, son fidèle second.

Sigurdr embarque donc pour l’Island en compagnie de Thórrmund, son demi-frère et Reginn, son précepteur, qu’il considère comme un second père. Le vaillant prince guerrier ignore encore que sa rencontre avec Brynhildr, la reine d’Island, va sceller son destin et celui de ses amis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Sara m’a proposé de découvrir en avant-première (sortie le 1er septembre) son nouveau roman ; impossible de refuser une telle marque de confiance.

Après une incursion plus que réussie dans le monde celte avec ses Épopées Avaloniennes, c’est en terre viking que se situe son nouveau roman ; à la (re)découverte d’une légende phare de la mythologie nordique / germanique.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Sara pour sa confiance renouvelée et son amitié.

Je ne saurai dire exactement à quand remonte mon intérêt pour les Vikings, mais ça se compte en dizaines d’années. Enfant et adolescent c’est le côté guerrier qui m’attirait, force est de reconnaître que c’est bien LA civilisation guerrière par excellence. Non seulement c’est assumé dans leurs traditions et leur mythologie, mais c’est même revendiqué.

Si je devais trouver un élément déclencheur je rejetterais la faute sur Marvel et le personnage de Thor (bien avant le MCU et son interprétation par Chris Hemsworth). Au-delà des comics j’ai eu envie d’en apprendre davantage sur le personnage et son univers. Et c’est à l’ancienne (sans accès à Internet) que j’ai satisfait ma curiosité : en allant à la bibliothèque et en feuilletant des bouquins (si, si, j’ai connu ces temps anciens !).

Sans être un inconditionnel de l’opéra (loin s’en faut) c’est pourtant par ce biais que j’ai été amené à m’intéresser à la légende de Siegfried. C’est en effet après avoir écouté et apprécié La Chevauchée Des Walkyries de Richard Wagner que je me suis penché sur son opéra L’Anneau Du Nibelung. Ne parlant pas allemand je n’ai rien compris à l’histoire, mais la musique, elle, m’a parlé ; poussé par la curiosité j’ai donc de nouveau creusé la question (toujours à l’ancienne).

Sara Greem nous invite à (re)découvrir la légende de Siegfried en optant pour la transcription nordique (et non germanique) des noms et lieux dans un souci de cohérence. Ainsi Siegfried devient Sigurdr, le Nibelung (Nibelungen en allemand) devient le Niflungar… ceux qui, comme moi, connaissent la version germanique retrouveront rapidement leurs marques.

Pour donner corps à son roman, l’auteure intègre des éléments et des personnages issus de son imaginaire tout en respectant les grandes lignes de l’épopée de Sigurdr. Même en connaissant les tenants et les aboutissants de la légende, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette revisite romancée. Un récit captivant de bout en bout.

Comme elle l’avait fait avec ses Épopées Avalonniennes, Sara intègre à son récit de nombreuses références à la mythologie viking. Qu’il s’agisse d’étayer l’intrigue ou simplement d’y ajouter un bonus culturel et didactique à l’ensemble, les clins d’œil mythologiques trouvent naturellement leur place dans le récit sans jamais casser le rythme.

Et niveau rythme on va être généreusement servis, l’épopée de Sigurdr n’est pas vraiment une promenade de santé. Entre un dragon à terrasser et une horde de Huns à mettre en déroute, il n’aura pas vraiment le temps de souffler. Mais le roman ne se contente pas d’aligner les scènes de bataille, même dans les périodes d’accalmie, l’intérêt reste en éveil sans jamais faiblir.

Bien entendu j’ai aimé retrouver les personnages de la légende (avec un faible particulier pour Sigurdr et Brynhildr), j’ai trouvé que ceux imaginés par Sara apportaient un réel plus à l’intrigue. A commencer par le demi-frère de Sigurdr, mais aussi et surtout Knut le berseker au grand cœur.

Si d’aventure vous seriez appâté par l’or du Rhin, sachez que vous ne serez pas les premiers et sans doute pas les derniers à tenter votre chance. Si la sagesse populaire affirme qu’il y a une part de vérité dans toute légende, j’ajouterai simplement qu’il ne faut non plus tout prendre au pied de la lettre.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] David Mitchell – Slade House

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D. Mitchell - Slade House
Titre : Slade House
Auteur : David Mitchell
Éditeur : Éditions de l’Olivier
Parution : 2019
Origine : Angleterre (2016)
272 pages

De quoi ça cause ?

Slade House n’est accessible que pendant quelques jours, une fois tous les neuf ans. Le temps pour ses habitants, les jumeaux Norah et Jonah Grayer, d’y attirer leur future victime afin de se repaître de son âme.

Ainsi, entre 1979 et 2015, cinq individus (et quelques dommages collatéraux) tenteront résoudre l’énigme des disparus de Slade House…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

De David Mitchell je connaissais essentiellement La Cartographie Des Nuages et plus d’une fois j’ai été tenté de le lire ne serait-ce que pour avoir des éléments de comparaison avec son adaptation cinématographique Cloud Atlas réalisée par les Wachowski (initialement des frères, puis frère et sœur et aujourd’hui sœurs) et Tom Tykwer. Finalement, ayant trouvé que le film était une totale réussite je n’ai jamais franchi le pas de peur d’être déçu.

J’ai, au fil des temps, laissé passer quelques titres de l’auteur en me promettant de m’y mettre un jour ; c’est désormais chose faite avec son dernier roman en date.

Ma Chronique

Avec Slade House David Mitchell s’attaque à un grand classique du genre fantastique / horrifique en remettant sur le devant de la scène la maison hantée. Faire du neuf avec du vieux peut s’avérer payant à condition d’éviter l’impression de déjà-vu ; un écueil que l’auteur contourne sans mal en revisitant le thème avec une approche plutôt originale.

Le roman s’échelonne entre 1979 et 2015 et recense donc les cinq dernières apparitions de Slade House, chacune correspondant à une partie du récit. Outre la fameuse maison et le domaine qui l’entoure, la continuité de l’intrigue est assurée par les jumeaux maléfiques qui endosseront, selon leurs besoins, diverses personnalités leur permettant d’arriver à leurs fins (fin qui consiste justement à apaiser leur faim).

Cinq parties rédigées à la première personne, donnant la parole à chacune des victimes pour les quatre premières, et à Norah Grayer pour la dernière. Des approches différentes selon le narrateur et selon l’époque qui permettent à l’auteur de jouer avec divers arcs narratifs.

J’avoue que de prime abord je n’ai pas été emballé, c’est plutôt bien écrit et la lecture reste relativement fluide à défaut de susciter un réel intérêt. Heureusement que plus on avance dans le temps, plus les histoires deviennent intéressantes et plus on a envie de connaître le dénouement. La fin de la première partie sauve in extremis notre intérêt et notre curiosité de la léthargie qui les menaçait ; dès la seconde partie, ça ne fera qu’aller crescendo.

Le choix des victimes ne doit rien au hasard, les jumeaux Grayer ne se rabattent pas sur le premier quidam qui aurait la déveine de croiser leur chemin. Il leur faut des âmes suffisamment riches et denses pour les sustenter jusqu’à la prochaine apparition de Slade House.

Adeptes de l’horreur, si vous cherchez le grand frisson vous pouvez passer votre chemin. N’espérez avoir le sang qui se glace et le poil qui se hérisse au cours de votre lecture. Les Grayer ne se nourrissent que de l’âme de leurs victimes (point de festins de chair et de sang au menu), même si ce n’est pas forcément une partie de plaisir pour leurs proies, la description qu’en fait l’auteur serait presque poétique.

Au final j’ai apprécié cette découverte, ça m’a même donné envie de lire les autres romans de l’auteur, notamment L’Âme Des Horloges et Les Mille Automnes De Jacob Zoet qui semblent avoir un lien (même s’il est ténu) avec le présent roman.

Le hasard a voulu qu’au cours de mes pérégrinations sur le Net, je sois tombé simultanément sur deux versions du roman. La version française publiée par les Éditions de l’Olivier (c’est sur elle que j’ai jeté mon dévolu) et la version québécoise diffusée par les Éditions Alto sous le titre Cette Maison (cf la couverture ci-dessous).

D. Mitchell - Cette Maison

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cédric Cham – Broyé

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C. Cham - Broyé
Titre : Broyé
Auteur : Cédric Cham
Éditeur : Jigal
Parution : 2019
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Christo vit reclus, renfermé sur lui-même, en lutte permanente contre la colère qui bouillonne en lui depuis qu’il a quitté une enfance faite de coups et maltraitances en tout genre. Son seul ami est son chien, Ringo, un amstaff qui porte lui aussi les traces d’un passé douloureux.

Mathias, un jeune garçon, a fugué dans la nuit pour fuir les coups de ses parents. Kidnappé, il reprend connaissance, enfermé nu dans une cage trop petite pour lui. Son geôlier l’informe qu’il va le dresser afin de faire de lui un homme… un soldat.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Cédric Cham et que les deux précédents romans j’ai lus de cet auteur ont été à la fois de belles découvertes que des claques dans la gueule. Que ce soit par l’intensité de ses intrigues, ou la profondeur de ses personnages, l’auteur sait y faire pour nous plonger en totale immersion dans ses romans. Et on n’en ressort pas indemne.

Ma Chronique

Fidèle à son habitude Cédric Cham nous en met plein la tronche avec son dernier roman. On ne pourra pas lui reprocher de nous avoir pris par surprise, le titre et la couv’ annonçaient en effet la couleur. N’empêche qu’on referme le bouquin en étant au bord du KO.

Le gars n’a aucune pitié, dès le premier round il monte à l’assaut ; à peine le temps de comprendre ce qui nous arrive et nous voilà plongés dans un océan de noirceur. Du noir bien épais et visqueux, qui vous colle à la peau, au cœur et aux tripes, vous vrille les nerfs et vous fout des bleus à l’âme.

En moins de 300 pages Cédric Cham nous livre une intrigue parfaitement aboutie, maîtrisée jusque dans le moindre détail. Pour que la sauce prenne, l’auteur se transforme en sniper littéraire, s’il économise les mots et les tournures de phrases, il fait implacablement mouche à tous les coups. Il nous touche directement là où ça fait mal, là où ça nous parle. Une plume d’une redoutable efficacité qui brille par un minimalisme savamment dosé.

Ajoutez à cela des chapitres courts qui alternent entre une numérotation classique (chapitre 1, 2, 3…) quand il s’agit de suivre Christo et une numérotation chronologique (jour 0, 1, 2…) quand c’est Mathias qui occupe le devant de la scène. Tout est fait pour aller à l’essentiel avec un maximum d’efficacité. Résultat des courses j’ai dévoré le bouquin quasiment d’une traite.

Une fois de plus l’auteur apporte énormément de soins à ses personnages, en fonction des besoins de l’intrigue il sublimera l’humanité de certains, comme un contrepoids à la noirceur absolue d’autres.

Ainsi Christo essaye tant bien que mal de composer avec les blessures de son enfance ; s’il se tient à l’écart des autres, ce n’est pas par indifférence, mais au contraire parce qu’il est tellement à fleur de peau que sa violence contenue peut rejaillir face à la moindre injustice.

De son côté Mathias a été complètement formaté et déshumanisé par des années de dressage intensif. N’ayant appris à vivre et à s’exprimer que par la violence, il est socialement inadapté.

J’ai assez vite subodoré le lien entre Christo et Mathias, toutefois il m’aura fallu attendre le chapitre 13 pour la présomption devienne une certitude (la suite me donnera raison).

Salomé de son côté est l’atout charme du roman (mais loin d’être cantonnée à un rôle de godiche ou de faire-valoir), elle aussi a connu un parcours plutôt chaotique et n’est pas encore au bout de ses peines. Elle aimerait réussir à percer la carapace dont s’entoure Christo… sans savoir ce à quoi elle s’exposerait alors.

Si chez eux on discerne encore un soupçon d’espoir et plus ou moins d’humanité, comme une loupiote vacillante dans l’obscurité ambiante, chez d’autres c’est le noir absolu qui règne. La quintessence du mal étant en sans aucun doute Vadine, le geôlier/dresseur de Mathias.

Puis il y a Ringo, le fidèle compagnon de Christo. Certes c’est un chien, mais il n’en reste pas moins un personnage à part entière du roman. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette grande complicité entre l’homme et l’animal ; deux âmes (et j’emmerde bien profond ceux qui prétendent que les animaux n’ont pas d’âme) brisées qui se sont trouvées au bon moment.

Une fois de plus Cédric Cham a su viser juste me concernant, impossible de ne pas attribuer un coup double (coup de cœur / coup de poing) à ce roman. Une fois de plus j’en ai pris plein la gueule… et j’en redemande !

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Laurent Binet – Civilizations

AU MENU DU JOUR

L. Binet - Civilizations

Titre : Civilizations
Auteur : Laurent Binet
Éditeur : Grasset
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Et si les Vikings avaient apporté le fer, des chevaux et leurs précieux anticorps aux Indiens.
Et si Christophe Colomb n’était jamais arrivé en Amérique.
Et si les Incas avaient décidé de partir à la conquête de l’Europe…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Je n’ai jamais rien de Laurent Binet, même si son roman HHhH, qui semble faire l’unanimité autour de lui, figure dans mon Stock à lire Numérique depuis déjà un certain temps (voire un temps certain). La perspective de cette revisite de l’Histoire a titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Grasset et Net Galley qui m’ont permis de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 14 août).

Avec Civilizations Laurent Binet se propose donc de réécrire l’Histoire, à partir de trois hypothèses pas totalement aberrantes, il imagine ce qui aurait pu en découler.

Et si les Vikings avaient apporté le fer, des chevaux et leurs précieux anticorps aux Indiens, c’est la première partie du roman, La saga de Freydis Eriksdottir, une mise en bouche pas vraiment appétissante desservie par une écriture fade et impersonnelle qui se borne à énoncer les faits. Heureusement cette entrée en la matière est plutôt courte.

Et si Christophe Colomb n’était jamais arrivé en Amérique, la seconde partie est en fait constituée de fragments du Journal de Christophe Colomb. Dans la continuité de la première hypothèse, les choses commencent à se mettre en place et l’intérêt du lecteur est soudain en éveil.

Et si les Incas avaient décidé de partir à la conquête de l’Europe, troisième partie du roman, Les chroniques d’Atahualpa, de loin la plus intéressante, pour ne pas dire captivante est aussi, heureusement, la plus longue puisqu’elle occupe plus de la moitié du roman.

C’est donc en 1531 qu’une armée inca, menée par le chef de guerre Atahualpa, débarque à Lisbonne alors que la ville vient d’être frappée par un violent séisme. Le seigneur inca et son état-major ne tardent pas à comprendre que l’Europe est en pleine débandade. D’un côté la foi chrétienne veut s’imposer comme religion unique à grands coups de représailles musclées menées par l’Inquisition. De l’autre une partie de la population doit subir les affres de la misère et de la faim alors que les nobles se vautrent dans le luxe et le stupre. Un terrain de prédilection pour servir les ambitions d’Atahualpa.

Suivra une longue période de conquêtes émaillées de réformes qui nous feront regretter que tout ceci ne soit que fiction tant le portrait de cette Europe semble idéalement utopiste. Une utopie qui ne se fera pas sans avoir à guerroyer et à déjouer maints complots… et c’est justement ce qui fait tout l’intérêt du récit.

À tel point d’ailleurs que l’on peut alors légitimement se demander si cette quatrième et dernière partie, Les aventures de Cervantés, s’imposait. Si le récit n’est pas désagréable à lire, force est de reconnaître qu’il n’apporte strictement aucune plus-value au reste de l’intrigue.

Un roman atypique qui vous permettra de croiser de nombreux personnages historiques de milieux divers et variés (politique, religieux, arts…) tout en revisitant sans ménagement, mais avec habileté l’Histoire. Quelques longueurs viennent toutefois gâcher le plaisir.

MON VERDICT

Aparté en forme de digression…

Le titre du roman avec un z à la place du s de civilisation m’a fait penser au jeu vidéo Civilization. Un jeu de stratégie développé par Sid Meier et distribué par Microprose sorti en 1991.

Je sais : je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître…

Le joueur devait alors mener son peuple (civilisation) de l’âge de pierre à la conquête spatiale en gérant de multiples facteurs (exploitation des ressources, diplomatie, guerre…).

Le jeu connaîtra de nombreuses suites qui feront évoluer le concept initial.

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Son Vrai Visage

AU MENU DU JOUR

K. Slaughter - Son Vrai Visage
Titre : Son Vrai Visage
Auteur : Karin Slaughter
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Laura Oliver est une orthophoniste renommée dans le quartier chic de Belle Isle, une femme sans histoire qui mène une vie ordinaire.

Un midi, alors qu’elle déjeune avec sa fille, Andrea, un jeune homme débarque dans le snack et commence à ouvrir le feu sur les clients. Laura s’interpose entre le tireur et sa fille, quand l’homme cherche à lui porter un coup de poignard, elle détourne son geste et le tue.

Légitime défense ou meurtre de sang-froid ? Andrea ne peut s’empêcher de se poser la question, mais elle n’aura guère l’occasion d’y réfléchir avant de s’engager, bien malgré elle, dans un road trip à haut risque sur les traces du passé de sa mère…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karin Slaughter, une auteure que je connais surtout pour ses romans consacrés à Sara Linton et Will Trent. C’est le premier thriller one shot de l’auteure que je lis (j’avais lu et apprécié sa nouvelle comico-policière Pas De Pitié Pour Martin). Je pars donc curieux, mais confiant.

Ma Chronique

Karin Slaughter plonge le lecteur au cœur de l’action dès le premier chapitre. On comprend rapidement le fossé qui sépare la mère et la fille. D’un côté Laura, quinquagénaire dynamique à qui tout semble réussir, vie professionnelle brillante, connue et respectée de tous. De l’autre Andrea, une trentenaire indécise, en proie au doute quant à sa vie personnelle et son avenir. Des personnalités opposées que l’on sent toutefois liées par un lien indéfectible qui va bien au-delà de la relation classique mère-fille ; un lien qui a beaucoup à voir avec une période difficile que Laura a traversée avec le soutien sans faille de sa fille.

Justement ce déjeuner mère/fille était l’occasion d’aborder la question de l’avenir d’Andrea ; sauf qu’il a fallu qu’un petit con vienne tout foutre en l’air en faisant irruption dans le snack, tirant sur tout ce qui bouge. La tranquille Laura se transforme alors en louve pour protéger sa fille et game over pour le petit con flingueur (aucun lien de parenté avec les célèbres Tontons Flingueurs). Je vous laisse imaginer la surprise pour Andrea…

Mais la pauvre Andrea n’est pas au bout de ses surprises, le soir même elle va se retrouver confrontée à un nouveau danger. Ce sera pour elle, suivant les consignes de Laura, le début d’une cavale mouvementée… Et encore plus de questions concernant le passé de sa mère.

Vous l’aurez compris, avec Son Vrai Visage l’auteure joue à fond la carte du thriller au féminin. Les hommes n’en sont pas absents, mais sont plutôt relégués au second plan, à part celui qui sert de fil rouge à l’ensemble de l’intrigue.

Pour nous aider à y voir plus clair dans cet embrouillamini, les chapitres alternent entre l’intrigue présente (en 2018) et des flashbacks qui nous renvoient en 1986. Dès le premier flashback on devine qui était la femme aujourd’hui connue comme étant Laura Oliver, à la fin du suivant j’ai compris qu’il ne fallait sans doute pas se fier aux apparences et un début d’explication alternative a fait son bonhomme de chemin dans mon esprit (raisonnement qui s’avérera exact par la suite).

Karin Slaughter, fidèle à son habitude, maîtrise son intrigue sur le bout des doigts et sait y faire pour nous rendre accro. Les personnages sont mitonnés aux petits oignons, le rythme est bien dosé… tout est fait pour que l’on ait du mal à lâcher le bouquin une fois que l’on a mordu à l’hameçon.

À chaud on aurait tendance à maudire Andrea qui prend parfois (souvent) de mauvaises décisions, mais rétrospectivement difficile, pour ne pas dire impossible, d’affirmer à 100% que l’on n’aurait pas fait les mêmes erreurs, voire même pire encore ! Ces faux pas contribuent grandement à donner une dimension humaine à une jeune femme ordinaire qui se retrouve confrontée à une situation qui la dépasse totalement (on le serait à moins).

Pour ma part j’ai tendance à préférer les bouquins avec des chapitres courts (pas par flemme, juste parce que c’est plus facile de m’y retrouver quand je passe du PC à la liseuse, ou inversement). Ceci dit (et c’est dit juste histoire de chercher la petite bête… non merci, cette fois je fous la paix aux postérieurs des mouches) force est de reconnaître que l’ensemble tient parfaitement la route, sans longueurs ni temps morts.

À l’avenir je pense que j’alternerai entre les enquêtes de Sara Linton et Will Trent et les romans one shot (voire one and a half) de l’auteure.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Grégoire Lacroix – Il Suffit D’Une Balle

AU MENU DU JOUR

G. Lacroix - Il suffit d'une balle

Titre : Il Suffit D’Une Balle
Auteur : Grégoire Lacroix
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2019
Origine : France
144 pages

De quoi ça cause ?

Grégoire, le narrateur, se découvre un Q.I. exceptionnel après un test fait sur internet. Dès lors il va s’octroyer le droit de donner son avis, forcément éclairé, sur tout et n’importe quoi. Avis qu’il partage avec le lecteur, mais aussi avec son voisin, Édouard Flandrin de Padirac…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir, une maison d’édition à laquelle je suis d’une fidélité sans faille.

Pour retrouver l’incroyable talent de jongleur de mots de Grégoire Lacroix. Jeux de mots, calembours, contrepèteries, contresens… il excelle dans tous les domaines dès qu’il s’agit de jouer avec les mots.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Flamant Noir, tout particulièrement Nathalie, et Net Galley qui me permettent de découvrir ce roman en avant première (parution le 29 juillet).

Le hasard des parutions (et de mes envies) a fait que mes dernières lectures ont été des romans courts, heureusement que la qualité ne se compte pas au nombre de pages ! C’est le troisième roman de moins de 200 pages que j’enchaîne, trois univers radicalement différents et trois belles surprises.

De Grégoire Lacroix j’avais déjà lu Jazz Band – Eros Héros Sept, qui m’avait déjà régalé avec ses bons mots tout en me laissant sur ma faim par le manque de profondeur de son intrigue. Ce nouveau roman est surtout prétexte pour l’auteur de faire ce qu’il fait de mieux, jouer avec les mots, les détourner, les associer ou les dissocier au gré de ses envies. Un pur régal à lire pour tout amoureux de la langue française.

L’intrigue tient davantage lieu de fil rouge que de réelle enquête policière (même s’il y a bien un mort, tué par la fameuse balle du titre) ; permettant au narrateur de partager son point de vue sur divers sujets selon l’inspiration du moment. Je vous rassure de suite, si le terme polar philosophique vous rebute, on est bien plus proche de la philosophie de comptoir que de Socrate et consorts.

Grégoire (le narrateur, pas l’auteur) se découvre du jour au lendemain un Q.I. exceptionnel qui le propulse dans le cercle restreint des surdoués. Une révélation qu’il obtient à l’issue d’un test fait sur internet ; et tout le monde sait pertinemment que si c’est sur internet alors ce ne peut qu’être la vérité vraie ! Et l’ami Grégoire ne cultive pas vraiment la modestie quand il s’agit de partager son incommensurable savoir, ainsi il conclut systématiquement ses grandes démonstrations par l’incontournable : Nous les Surdoués… Prétentieux, vous avez dit prétentieux ?

Un court roman qui se déguste d’une traite, ce qui ne nous empêche pas d’en savourer la substantifique moelle. Un roman qui vous booste le moral par sa bonne humeur et vous offre une séance intense de gymnastique zygomatique.

Morceaux choisis

Par paresse mentale, le consensus populaire a divisé le temps en trois tranches faciles à retenir : le passé, le présent et l’avenir. Campé sur son présent l’Homme passe alors sa vie à regretter le passé et à craindre l’avenir.

Dans notre langue, le sire est toujours triste et le drille joyeux alors que le luron, toujours gai, n’est pas forcément homosexuel. Quand même, quelle belle langue que la nôtre !

Indiscutablement, il sait, comme certains politiciens et avec un réel talent faire passer son incompétence pour une approche originale d’un problème auquel il n’a rien compris.

Le meilleur moyen de parvenir quelque part c’est encore d’y aller…

MON VERDICT