[BOUQUINS] Stanislas Petrosky – Porn Is Born

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Titre : Porn Is Born
Auteur : Stanislas Petrosky
Éditeur : Eaux Troubles
Parution : 2022
Origine : France
220 pages

De quoi ça cause ?

Rachida Achouri est flic à la BAC. Pas facile de s’imposer dans ce milieu quand on est une femme et d’origine algérienne. Et pourtant elle a réussi à se faire une place. Jusqu’au jour où, au cours d’une intervention, elle commet l’irréparable.

On déguise la bavure en opération policière qui a mal tourné, Rachida est « éliminée » – tuée en intervention – avant d’être transférée dans un centre d’entraînement de la DGSI. À l’issue d’un entraînement intensif, elle devient Estelle Fincker, actrice porno qui officie sous le nom de Stella Finck.

Pourtant, pour sa première mission de terrain, sa couverture sera escort-girl. Son client : un dangereux terroriste qui a mis la main sur une souche du virus Ébola…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait déjà quelques temps que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Stanislas Petrosky. Ce premier opus de sa nouvelle série mettant en scène Stella Finck m’a semblé être l’occasion idéale de franchir le pas.

Ma Chronique

Je connais Stanislas Petrosky de nom pour sa série Requiem et son prêtre exorciste atypique et pour celle co-écrite avec Jérémy Bouquin et signée Borya Zavod, Apocalypse Riders. Deux séries que j’ai la ferme intention de lire… un jour où l’autre.

En attendant v’là t’y pas que l’auteur décide de lancer une nouvelle série articulée autour du personnage de Stella Finck. Une couv’ plutôt aguicheuse, un pitch prometteur et hop, in the pocket !

Avertissement de rigueur : réservé à un public averti ! Vous voilà prévenu. On est à mille lieux de l’érotisme parfumé à 50 nuances de guimauve ; avec ce bouquin le polar flirte allégrement avec le X. Il faut dire que Rachida est un tantinet nympho sur les bords, elle aime le sexe et elle l’assume totalement, mieux, elle le revendique !

Mais attention, si Rachida aime la queue ne vous avisez pas à marcher sur la sienne. La miss a un caractère bien trempé et un langage plutôt fleuri (« Oui je suis vulgaire, enfin grossière, paraît que ce n’est pas pareil »).

Vous l’aurez compris, Stanislas Petrosky ne fait pas dans le politiquement correct ! Ne serait-ce que pour ça, je ne regrette pas de m’être laissé tenter par ce bouquin.

Écrit à la première personne, le bouquin vous fait vivre l’intrigue à travers le personnage de Rachida / Estelle / Stella. Du coup les personnages peuvent paraître manquer de profondeur, mais ça colle bien au style du récit (m’est d’avis que quand vous racontez une histoire vous ne dressez pas un profil psychologique approfondi de chacun des intervenants).

Une intrigue sans prétention rondement menée, dans laquelle Rachida devra payer de sa personne pour espérer arriver à ses fins.

Au-delà de son apparente légèreté, l’intrigue permet à Stanislas Petrosky de porter un regard désabusé (et un brin cynique… mais ô combien lucide) sur notre société. Il s’offre même quelques réflexions sur l’intégration, le respect de l’autorité, les disparités et inégalités entre les hommes et les femmes.

Le roman est court et le style direct (parfois cru… souvent saignant), les pages défilent d’une traite jusqu’au clap de fin. Une fin en forme d’au revoir plutôt que d’adieu, il y a en effet fort à parier que d’autres aventures attendent Stella Finck. Et je serai fidèle au rendez-vous.

MON VERDICT

Aparté à l’attention des éditions Eaux Troubles

Le seul point noir dans ce bouquin est du fait de l’éditeur et non de l’auteur. La qualité du fichier epub laisse clairement à désirer. On va faire abstraction de quelques fautes d’orthographe résiduelles, mais les renvois à la ligne intempestifs (en plein milieu d’une phrase) et les césures oubliées (genre inter-dite), franchement ça pique les yeux.

C’est vraiment un travail bâclé, même moi je serai capable de pondre un fichier epub mieux finalisé.

[BOUQUINS] Olivier Norek – Dans Les Brumes De Capelans

AU MENU DU JOUR


Titre : Dans Les Brumes De Capelans
Série : Victor Coste – Livre 4
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2022
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait six ans que Victor Coste a quitté la SDPJ 93 et disparu sans un mot d’explication. Six ans qu’il officie à Saint-Pierre sous le sceau du « Secret Défense » pour le compte du Service de Protection des Témoins. Sa mission : évaluer si des criminels repentis méritent une seconde chance, en échange des informations qu’ils sont susceptibles de livrer.

Quand la procureure Saint Croix, directrice du SPT, lui confie sa nouvelle mission Coste est déstabilisé. On lui confie une jeune femme qui a été détenue dix longues années par un tueur en série insaisissable. Son rôle : la faire parler afin d’identifier et de neutraliser celui qui a déjà tué neuf adolescentes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le simple fait que ce soit Olivier Norek suffirait à me convaincre de tout lâcher pour me ruer sur son nouveau roman. Cerise sur le gâteau c’est aussi le grand – et très attendu – retour de Victor Coste.

Ma Chronique

Je pense pouvoir affirmer sans l’ombre d’une hésitation que Victor Coste était certainement l’un des personnages (sinon LE personnage) de fiction que j’avais le plus hâte de retrouver. Faut dire qu’à la fin de Surtensions, le gars n’est pas franchement au mieux de sa forme (et il y avait de quoi être dévasté)…

Avant d’entrer dans le vif du sujet je vais lever le voile sur la question récurrente quand on souhaite se lancer dans une série littéraire : faut-il avoir lu les précédents romans avant de lire celui-ci ? Il est vrai que ce quatrième opus est complètement différent des précédents, mais pour apprécier pleinement la situation de Coste, je reste convaincu qu’il vaut mieux avoir lu la Trilogie 93 avant d’attaquer celui-ci. C’est la meilleure façon de réaliser le lien qui l’unissait à son groupe de la SDPJ 93. D’autre part si vous lisez ce roman avant d’avoir lu Surtensions, vous plomberez toute l’intensité émotionnelle du final.

On oublie les banlieues du 9-3 pour poser ses valises à Saint-Pierre. J’en vois déjà qui pensent au soleil de la Martinique ou de la Réunion, rangez vos crèmes et lunettes solaires ! La nouvelle vie de Coste se déroule à Saint-Pierre-et-Miquelon (sortez les doudounes, les bonnets et les gants !).

Officiellement Coste est chef de la Police Aux Frontières, un chef peu présent pour son équipe, puisque cette fonction n’est qu’une couverture visant à dissimuler son véritable rôle au sein du tout récent Service de Protection des Témoins. Un rôle taillé sur mesure puisqu’il consiste à bosser en solitaire et dans le plus grand secret.

Ça ne pourrait mieux tomber vu que Coste est devenu du genre plutôt taiseux, il vit en ermite dans une résidence de fonction hypersécurisée. Ses seuls contacts non professionnels avec l’extérieur sont son vieux voisin, Armand, et sa petite-fille, Esther. Et ils ont dû s’armer de patience avant que le flic ne baisse sa garde.

Et v’là t’y pas que sa boss, la procureure Saint Croix, lui balance dans les pattes une jeune femme dont il doit gagner la confiance afin de la faire parler. Comme lui, Anna est une grande blessée de la vie. Disparue du domicile familial à l’âge de 14 ans, elle était considérée comme fugueuse. Jusqu’à ce que la police la retrouve, dix ans plus tard, captive d’un tueur en série qui tient la police en échec tout en multipliant les meurtres d’adolescentes.

La procureure Saint Croix espère secrètement que la cohabitation entre ces deux âmes en peine fonctionnera comme une sorte de réparation réciproque…

J’en vois déjà qui se disent que j’ai dû abuser d’œufs Kinder et qu’une méchante bestiole a pris le contrôle de mon neurone, me poussant à vous raconter tout le bouquin. Rassurez-vous il n’en est rien, pas de chocolats Kinder parfumés à la salmonelle au programme (mon fournisseur de chocolat Ferrero fait venir ses produits d’Australie… et je préfère de loin les rochers aux œufs), pas non plus de spoiler à outrance (la preuve, j’arrête là) !

Ce roman aurait pu constituer une sorte de second départ pour Victor Coste, mais le gars est loin d’être réparé quand on le retrouve. On est plutôt dans une vague tentative de rafistolage, genre j’érige une carapace autour de ma personne et de ma vie afin de ne rien casser de plus… mais ce qui était déjà cassé n’est pas pour autant réparé.

Dans ce roman Olivier Norek ne laisse rien au hasard, chaque personnage, chaque élément du récit (même le plus anodin) trouve sa place pour faire avancer l’intrigue.

L’essentiel de l’intrigue est bien entendu porté par le duo formé par Victor et Anna. Deux âmes brisées qui vont devoir apprendre à se faire confiance. Mais les personnages secondaires ne sont pas pour autant des faire-valoir, à commencer par le tueur traqué aussi bien par les enquêteurs en Métropole que par Coste à Saint Pierre. Un autre duo permettra à Victor et Anna d’aller de l’avant, il s’agit bien entendu d’Armand et d’Esther. Armand passionné de criminologie s’ennuie un peu sur ce caillou qui n’a connu que trois véritables affaires criminelles. Même les flics de la police aux frontières – qui doutent sérieusement de leur nouveau chef – et les gendarmes (une en particulier) vont permettre de faire avancer l’intrigue.

Enfin l’île de Saint-Pierre (et son climat, dont les fameuses brumes qui font office de titre) est quasiment à considérer comme un personnage à part entière. On sent bien que Olivier Norek a eu un gros coup de foudre pour ce petit coin de France perdu au milieu de l’Atlantique Nord.

L’intrigue n’est pas forcément la plus intense qui soit au niveau du rythme (même si je vous garantis certaines poussées d’adrénaline), elle est toutefois rondement menée et psychologiquement éprouvante. Une fois de plus l’auteur démontre qu’il n’a pas son pareil pour renverser une situation. Et une fois encore l’humain et les relations humaines (dans toute leur complexité) seront la clé de voûte du récit.

Un retour attendu qui s’est révélé largement à la hauteur de mes attentes, Olivier Norek fait du neuf avec du vieux en proposant à Victor Coste de relever des défis jusqu’alors inédits pour lui. Pas moyen de tergiverser, il lui faut la totale : 5 Jack et un coup double (coup de cœur / coup de poing).

Pour l’anecdote, Saint-Pierre et Miquelon fait partie des destinations futures possibles si un jour nous devions quitter la Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas à l’ordre du jour, et ça ne le sera peut-être jamais, mais SP&M était un point de chute que nous avions retenu.

PS : aucun animal n’a été maltraité au cours du présent roman, au contraire Olivier Norek se rachète en soulignant l’action au service de la cause animale de l’association SPM3A (Saint-Pierre-et-Miquelon Aide Aux Animaux).

PPS : il y a bien un spécimen que Victor va prendre un malin plaisir à dérouiller, mais lui nous n’avons aucune envie de le prendre en pitié, au contraire…

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] David Joy – Nos Vies En Flammes

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Titre : Nos Vies En Flammes
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2020)
344 pages

De quoi ça cause ?

Veuf et retraité, Ray mène une vie tranquille et solitaire dans sa ferme des Appalaches. Outre une pauvreté galopante et un trafic de drogues en plein essor, la région doit aussi faire face à des incendies de forêts ravageurs.

Dans l’idéal, Ray souhaiterait que son fils, Ricky, le rejoigne. Mais ce-dernier préfère passer son temps à chercher un moyen de se faire un nouveau shoot…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le duo Sonatine et David Joy a fait ses preuves plus d’une fois (deux en ce qui me concerne). C’est la promesse d’un roman absolument noir et totalement maîtrisé.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Une fois de plus, sous la plume de David Joy la région des Appalaches n’a rien d’un décor de carte postale. On serait tenté de croire qu’il noircit la réalité mais il n’en est rien, il parle de ce qu’il connait puisqu’il y vit (la postface de l’auteur, un article publié en 2020, est édifiante et fait froid dans le dos).

Il n’y a donc pas que les forêts qui flambent dans la région (en grande partie à cause de l’activité humaine, soit dit en passant), la pauvreté et la drogue (parfois l’association des deux) consument aussi une partie de la population. Comme de bien entendu certains savent tirer profit de cette situation en profitant de la manne qu’offre ce vaste marché parallèle.

Souvent les personnages de David Joy sont à la dérive, et on en retrouve aussi dans le présent roman (qu’il s’agisse de Ricky ou de Denny, tous deux junkies en perpétuelle recherche d’un petit trafic pour s’offrir leur prochain shoot). À la différence des précédents romans, l’auteur offre aussi des rôles de premier ordre à des personnages que je qualifierai de plus stables, qu’il s’agisse de Ray (un retraité qui vit une vie sans histoire), Leah (fliquette au bureau du sheriff) ou des agents de la DEA.

À travers le personnage de Ray, David Joy souligne les dommages collatéraux de la drogue sur les proches et notamment leur impuissance à changer le cours des choses.

On suit une intrigue à trois voies, celle de Ray justement, père désabusé par les dérives de son fils et par un système qu’il juge inerte et impuissant, celle de Denny, junkie à la dérive dont les perspectives se résument à son prochain shoot et celle de Rodriguez, flic infiltré dans l’attente d’une vaste opération de la DEA. Inutile de préciser que quand ces trois voies vont se croiser la rencontre sera pour le moins explosive.

Une intrigue fortement teintée de noir mais que j’ai trouvé moins « désespérée » que celle des précédents romans, je n’ai pas ressenti ce sentiment de détresse et les émotions fortes qu’il procure. Ça n’empêche pas le bouquin d’être captivant de bout en bout, mais il ne m’a pas mis une grande claque dans la gueule.

Un roman sans concession ni jugement (comme toujours de la part de l’auteur), fortement ancré dans une triste réalité et servi par la justesse de la plume (ou du clavier) de David Joy. Avec ce quatrième roman, l’auteur confirme qu’il est une des plumes incontournables du roman noir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Blanche Monah – Black Mamba

X-rated

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Titre : Black Mamba
Auteur : Blanche Monah
Éditeur : Auto-édition
Parution : 2022
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

La famille Hawkins menait une vie bien tranquille jusqu’à ce les magouilles du père ne finissent par fâcher André Kwassi, plus connu comme étant le Black Mamba, chef impitoyable et redouté du gang BPS.

Pour obtenir réparation, Black Mamba va s’en prendre à ce que Richard Hawkins a du plus cher, sa fille de 17 ans, Rebecca…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’avais lu, il y a déjà quelques temps un précédent roman de l’auteure, La Cage Dorée, et j’avais apprécié son audace.

Ma Chronique

On va faire court – et j’en suis navré pour Blanche Monah – mais je n’ai pas du tout accroché à ce roman. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai été choqué, il faut plus que ça pour que je le sois, mais clairement dérangé par ce récit qui devient très vite une vulgaire succession d’interminables scènes de viols et d’humiliations diverses et variées qu’une bête sauvage fait subir à sa victime.

Les histoires de soumission / domination ne me dérangent pas outre mesure, par contre il faut que chacun y trouve son compte… et donc un consentement. Une scène de viol peut avoir une raison d’être dans un récit, mais la répétition devient gerbante à la longue.

J’ai du mal à adhérer à l’étiquette black romance, pour que romance il y ait il faudrait encore qu’il y ait réciprocité des sentiments… ne serait-ce qu’un semblant de début de sentiments. Or il n’en est rien, au fil des chapitres Rebecca ne fait que subir les assauts d’un monstre qui n’a rien d’humain. Et même quand il essaye de faire semblant d’être humain il en devient encore plus pathétique et pitoyable. Son schéma de pensée s’avère être aussi primaire que bestial.

Je crois que jamais je n’ai éprouvé une telle haine pour un personnage de fiction, je rêvais de le voir longuement souffrir avant de qu’il ne crève… j’en ai été pour mes frais. C’est Rebecca, sa victime, qui a dû faire le seul choix lui permettant d’échapper à son bourreau (aucun remord à spoiler… c’est une première pour moi).

À ce titre je trouve que l’ultime paragraphe du roman n’aurait pas dû exister, comme indiqué sur la couverture « Pardonner est parfois impossible » ; une sous-merde comme ce Black Mamba ne mérite aucun pardon ni aucune forme de rédemption, même si celle-ci n’est que le fruit de son imagination dégénérée.

Si ce bouquin avait été écrit par un homme je pense que j’aurai abandonné sa lecture en cours de route, craignant qu’un tel acharnement à humilier une femme ne soit le reflet d’une misogynie des plus malsaine.

Enfin, pour en finir avec cette chronique totalement à charge (ce que j’assume pleinement), j’ai trouvé le comportement de Barbara Hawkins, la mère de Rebecca, aussi improbable qu’hallucinant. Aucune mère – digne de ce nom – ne pourrait s’abaisser à demander à sa fille, sinon d’accepter au moins de composer avec la situation actuelle. Tout ça pour sauver son petit confort de grosse bourge incapable de se sortir les doigts du cul !

Blanche, j’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de cette critique sans concession ni langue de bois – ce n’est pas le genre de la maison. Quand j’aime ou quand je déteste, je ne le fais pas à demi-mots. Je vous souhaite toutefois de tout cœur de trouver un public plus enthousiaste.

Croyez le ou non, je ne prends aucun plaisir à dézinguer un bouquin, mais je me suis fais la promesse en ouvrant ce blog de ne jamais me censurer. Ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé le bouquin en question que je ne respecte pas le travail de l’auteure, bien au contraire, il faut une sacrée dose d’audace pour écrire un tel roman.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Laurent Pépin – L’Angélus Des Ogres

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Titre : L’Angélus Des Ogres
Auteur : Laurent Pépin
Éditeur : Flatland
Parution : 2021
Origine : France
102 pages

De quoi ça cause ?

Et si sa rencontre avec Lucy, une thanatopractrice anorexique et adepte d’une curieuse sorcellerie, pouvait enfin sauver le narrateur des Monstres qui le hantent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite de Monstrueuse Féérie, un roman totalement atypique qui nous offre une plongée en totale immersion dans une folie heureusement pas du tout ordinaire…

Ma Chronique

Avec Monstrueuse Féérie, Laurent Pépin nous proposait de découvrir un roman à nul autre semblable. Avec cette suite, l’auteur continue d’explorer les méandres de l’esprit dérangé de son narrateur.

Sans surprise on retrouve un cheminement de pensée très particulier, surtout quand il s’agit de réinterpréter certaines réalités. On découvre assez vite que les monstres de l’enfance du narrateur n’étaient que la partie visible de l’iceberg, au fond se cache un monstre plus redoutable et plus puissant que tous les autres réunis.

Un monstre dont il persiste à nier l’existence afin de se protéger (et se protéger de noirs souvenirs), mais aussi de protéger les autres. Et notamment Lucy, sa nouvelle amie, thanatopractrice de profession qui souffre d’une forme grave d’anorexie depuis la perte de son bébé (là encore il faut parfois savoir lire entre les lignes).

Un récit plus sombre que le précédent, dans lequel les souvenirs sont moins profondément enfouis sous diverses réinterprétations. Un récit noir mais plein de poésie dans sa narration (une poésie souvent sous acide mais une poésie toutefois bien réelle). Ne serait-ce que pour cet exercice stylistique aussi original que complexe, le roman de Laurent pépin mérite que l’on s’attarde sur lui.

Lucy veut libérer le narrateur de ses montres, le narrateur veut sauver Lucy de son anorexie. Leur complicité et leur amour peuvent-ils les libérer de leur passé et leur offrir un nouveau départ ? Ou, au contraire, est-ce que leur relation ne peut que leur être nuisible à tous les deux.

Les lecteurs qui ont réussi à ne pas s’enfuir devant le côté totalement atypique de Monstrueuse Féérie, retrouveront facilement leurs marques avec ce nouvel opus. Peut-être est-ce pour cela que le récit nous parait plus limpide, moins abscons.

La magie est toujours de la partie dans ce second roman, Lucy, anorexique le jour, se métamorphose en une ogresse affamée à partir de minuit. Mais même ces banquets gargantuesques ne parviennent à avoir raison du mal qui la ronge.

Laurent Pépin se questionne sur les dangers de la pensée unique, certes le raisonnement du narrateur s’applique à l’intérieur du centre psychiatrique dans lequel il est interné (même si à son niveau il se considère comme un « patient-salarié » du centre) ; il est toutefois aisé pour le lecteur de pousser la réflexion au sein de la société actuelle et son « bien penser » nauséabond.

Que ceux et celles qui n’ont pas accroché à Monstrueuse Féérie passent leur chemin, ce n’est pas ce roman qui les réconciliera avec la verve inimitable de l’auteur. Si vous n’avez pas eu l’occasion de le lire je vous invite à le faire avant de vous lancer dans cet Angélus Des Ogres. Pour ma part je ne regrette pas d’avoir répondu présent pour ce deuxième opus, et c’est avec plaisir que je serai au rendez-vous du troisième et dernier volume, Clapotille.

SI généralement je fuis comme la peste les bouquins reçus au format PDF, je reconnais que pour les textes courts je veux bien faire l’effort d’une conversion maison en epub. J’ai envoyé le résultat à Laurent Pépin, libre à lui (et à son éditeur) d’en faire ce que bon leur semble.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Anne-Marie Mitchell – Le Piéton Du 36

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Titre : Le Piéton Du 36
Auteur : Anne-Marie Mitchell
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2022
Origine : France
144 pages

De quoi ça cause ?

Paris 2019. Le commissaire Noé Jaurèle et le lieutenant Léo Paulin sont appelés sur une scène de crime. Les rares indices retrouvés sur place semblent avoir été laissés à dessein par l’assassin.

Pas le temps de souffler qu’une deuxième victime est identifiée. Aucun doute possible, c’est bien le même assassin qui a frappé à quelques heures d’intervalle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À la base c’est la couv’ qui a titillé ma curiosité, la quatrième de couv’ n’a fait que confirmer mon envie de me pencher sur ce bouquin.

Ce seront quelques échanges avec l’auteure, Anne-Marie Mitchell, qui achèveront de me convaincre.

Ma Chronique

Le Piéton du 36 c’est le commissaire Noé Jaurèle, un surnom qu’il doit à son amaxophobie (la peur de conduire) bien connue de tous.

Pour revenir à mon amaxophobie – qui est, au cas où tu serais trop paresseux pour ouvrir un dictionnaire, la peur maladive de mettre les mains sur un volant –, sais-tu que deux cents millions d’animaux meurent chaque année sur les routes d’Europe, tués par d’abjects écrabouilleurs ?

Jaurèle est un flic à l’ancienne qui se méfie de tout ce qui touche aux nouvelles technologies. Un flic bourru à souhait qui n’a pas son pareil pour manier l’argot, totalement accro à Dolce, son chat chartreux. Fan de Brassens et fervent admirateur de Georges Simenon et de son héros fétiche, le commissaire Maigret.

N’ayant jamais lu Simenon et ne connaissant Maigret que par écran interposé (au cinéma sous les traits de Jean Gabin, à la télévision sous ceux de Jean Richard puis de Bruno Cremer), les nombreuses références à l’auteur et à son personnage m’ont laissé de marbre, mais cela ne m’a nullement empêché d’apprécier ce bouquin.

Sinon je suis piéton (pas amaxophobe, juste piéton sans aucun permis de conduire), ailurophile totalement assumé et non exclusif, grand fan de Brassens et, plus généralement, amoureux de la langue française. Ajoutons à cela un tantinet asocial et vous aurez un aperçu de ce qui me rapproche d’un personnage comme Noé Jaurèle.

En revanche s’il y a bien une différence sur laquelle je ne transigerai pas c’est que quand je vais à la boulangerie je commande un pain au chocolat, pas une chocolatine (vade retro !!!).

Si l’enquête de police ne révolutionnera sans doute pas le genre, elle n’en reste pas moins très bien construite, j’avoue d’ailleurs sans la moindre honte m’être totalement laissé berner sur la fin (mes soupçons se sont orientés sur le mauvais suspect… ce qui était certainement une volonté de l’auteure).

Le roman brille surtout par la qualité et la beauté de son écriture ; les dialogues sont purement et simplement jouissifs (je pense notamment aux échanges en Jaurèle et son lieutenant ou encore entre le commissaire et son ami médecin-légiste). C’est un plaisir qui ravira les amoureux de la langue française.

Il faut dire que Anne-Marie Mitchell apporte un soin tout particulier à ses personnages. À l’inverse de son boss, le lieutenant Léo Paulin est un as en informatique. Le légiste, Edwin Joubert, habitué à parler à ses cadavres en cours d’autopsie n’est pas san rappeler Ducky Mallard de la série NCIS. Vous croiserez aussi un libraire pour le moins atypique et très dissert.

Enfin vous découvrirez un autre aspect de Noé Jaurèle une fois dans l’intimité qu’il partage avec son chat. Un personnage plus fragile qui doit composer avec les blessures du passé que le temps n’efface jamais totalement.

Un roman que l’auteure ancre aussi fortement dans notre réalité pas toujours réjouissante, l’occasion de lancer quelques piques bien senties çà et là… sans toutefois s’attarder en de vaines polémiques.

Le roman est court et se dévorera (ou plutôt se dégustera) d’une traite et vous laissera un baume bienfaisant au cœur et à l’âme tant les mots continueront de chanter à vos oreilles. Et pourquoi pas écouter quelques chanson de Brassens en refermant ce roman ? Ne serait-ce que pour prolonger le plaisir de notre belle langue.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gérald Bronner – Comme Des Dieux

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Titre : Comme Des Dieux
Auteur : Gérald Bronner
Éditeur : Grasset
Parution : 2022
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Une émission de téléréalité pour se choisir un Messie ? C’est l’idée folle et géniale lancée par une église évangélique américaine. Le principe en est simple : après un gigantesque casting mené dans le monde entier, treize candidats choisis pour leurs aptitudes extraordinaires, réelles ou prétendues, concourent dans l’émission He is alive ! et c’est aux téléspectateurs de voter pour le Messie des temps modernes. Notre Messie.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un choix qui s’est joué 100% au feeling, le pitch m’a paru prometteur et j’ai foncé.

Gérald Bronner est plutôt spécialisé dans les ouvrages de sociologie (étant sociologue lui-même, cela n’a rien d’étonnant). Son premier roman, Comment Je Suis Devenu Un Super-Héros (2007), a été initialement adapté pour le cinéma en 2020 et finalement diffusé sur Netflix en 2021 (crise sanitaire et restrictions liées à celle-ci obligent).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce roman Gérald Bronner s’essaye pour la seconde fois à la fiction, je reconnais sans aucune honte n’avoir pas lu son premier roman, Comment Je Suis Devenu Un Super Héros, mais j’ai vu le film que j’avais trouvé fort sympathique soit dit en passant.

Il est évident que l’athée viscéral que je suis espérait un scénario qui prend ses distances avec les préceptes religieux ; je misais beaucoup sur l’esprit rationnel de l’auteur pour aller dans ce sens.

Et sur ce point j’ai eu le nez creux, Gérald Bronner explique de façon claire et concise certaines notions de sociologie appliquées aux sectes et plus largement à toute forme de croyance. Il ne va d’ailleurs pas que s’intéresser aux croyances / superstitions en appliquant la sociologie à différents comportements humains… Ça aurait pu être rébarbatif pour les non-initiés, c’est juste captivant (didactiquue sans être pompeux) !

Le narrateur, Jeff Jefferson, est un modeste universitaire d’origine franco-américaine, alors qu’il vient de se faire plaquer par sa femme et virer de son job, il va se retrouver engagé sur le show de téléréalité He is alive !. Un spectacle orchestré par l’Église des jours nouveaux (un mouvement auquel il avait consacré sa thèse quelques années plus tôt), durant lequel 13 candidats vont s’affronter dans l’espoir d’être élu – par le public – Messie des temps modernes.

Et ce brave Jeff va s’impliquer bien plus que de raison dans ce grand show télévisé, au risque de se brûler les ailes et d’y perdre le peu d’âme qu’il lui reste…

J’aurai aimé plus de cynisme autour du programme qui offre une occasion rêvée de pointer du doigt les dérives de la téléréalité (associées à des dérives idéologiques / théologiques). Ce ne fut pas le choix de l’auteur et le résultat n’en demeure pas moins convaincant (mais il aurait pu être plus mordant).

Le show et tout ce qui tourne autour pourrait constituer la première partie de l’intrigue (une grosse moitié du bouquin). La seconde partie va plutôt s’articuler autour de ce nouveau Messie 2.0… l’occasion de réaliser que le costard de prophète n’est pas toujours évident à porter.

Gérald Bronner nous plonge dans l’esprit de son narrateur, on partage ses joies, ses doutes, ses peines, ses instants de pure félicité comme sa détresse (parfois physique, souvent psychologique).

Je ne m’étendrai pas sur l’autre personnage phare du roman, notre fameux Messie, afin de préserver le plaisir de la découverte. Je peux juste toutefois vous dire que l’on bien loin des enseignements de son prédécesseur punaisé…

Pour l’anecdote, le périple messianique de nos héros va les amener à croiser la route – et à changer le funeste destin – de la secte Heaven’s Gate (qui au centre de l’excellent docu-fiction Dieu est Un Voleur Qui marche Dans La Nuit signé Quentin Bruet-Ferréol).

Le style de l’auteur est agréable et abordable ce qui permet une grande fluidité de lecture, on en viendrait même à se surprendre de l’aisance avec laquelle on enchaîne les chapitres.

Je conçois volontiers que certains lecteurs puissent passer à côté de ce bouquin (voire plus), pour ma part j’ai bien accroché mais ce n’est pas pour autant que je le conseillerai aveuglément.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Agnus – L’Armée D’Edward

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Titre : L’Armée D’Edward
Auteur : Christophe Agnus
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
514 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour, vingt personnalités de premier plan – politiciens, hommes et femmes d’affaires, stars du rap ou de la télé – disparaissent subitement et de manière inexpliquée.

Qui se cache derrière ces enlèvements ? Quelles sont les revendications de cette secrète « Armée d’Edward » ? Et que va-t-il advenir des disparus ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’à force de lire des critiques très positives, voire franchement dithyrambiques, il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur ce bouquin qui était passé entre les mailles de mes vigilances.

Et forcément quand Yvan, Aude et The Cannibal Lecteur sont emballés, je ne vois pas comment je pourrai résister plus longtemps !

Ma Chronique

Alerte générale ! POTUS a été enlevé !!! Non POTUS n’est pas mon doudou favori (je vous rassure, je n’ai pas de doudou). Ce n’est pas non plus le caniche de tata Odette (je n’ai pas non plus de tata Odette… ni de caniche). POTUS n’est autre que Mick Faeker, le président des États-Unis (President Of The United States).

Ainsi commence le roman de Christophe Agnus. Pour un premier roman l’auteur place la barre haut et s’attaque à un genre assez peu répandu au sein de la sphère littéraire francophone : le techno-thriller. Un défi doublement couillu pour se lancer dans l’arène, mais un défi remporté haut la main !

Il faut dire que ce brave (pas si brave que ça) POTUS n’est pas le seul à s’être mystérieusement volatilisé. Dix-neuf autres personnalités de différents milieux (politique, économie, spectacle) ont disparu par le monde. Qui se cache derrière une opération d’une telle envergure ? Et quelles seront ses revendications ?

Ces actions chocs sont revendiquées par l’Armée d’Edward (que les midinettes en rut dégoulinantes de guimauve renfilent leurs culottes à fleurs, rien à voir avec le vampirique Edward Cullen), une organisation jusqu’alors inconnue dirigée par un certain Omen et disposant de moyens quasiment illimités.

D’entrée de jeu Christophe Agnus redistribue les cartes, les méchants terroristes / kidnappeurs sont les vrais gentils de l’histoire, leurs victimes, les autorités et les agences de renseignements endossent (une fois n’est pas coutume) le costume des méchants. Et le pire c’est que ce tour de passe-passe ne choque pas outre mesure, on se prend au jeu, pour une fois on a vraiment envie que ce soient les supposés terroristes qui gagnent la partie.

Dans le même ordre d’idée, si tout ne semble pas toujours crédible, la plume de l’auteur sait y faire pour que l’on ait juste envie de se laisser guider par l’intrigue, sans chercher à creuser la faisabilité ou non de tel ou tel point de détail.

Si l’Armée d’Edward réserve un traitement spécial à Mick Faeker, c’est surtout pour qu’il prenne conscience des inepties de sa politique. Il faut dire que le gars est très inspiré par un certain Donald ‘Cheezel‘ Trump, qui a lui aussi occupé la Mason Blanche le temps d’une mandature qui n’a pas laissé que des bons souvenirs aux américains (et accessoirement aux autres aussi).

Les autres kidnappés seront regroupés sur une île du Pacifique avec le strict minimum pour assurer leur survie : des abris rudimentaires, de l’eau, du riz et les ressources naturelles à disposition. Ça ne vous rappelle pas vaguement quelque chose ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Koh Lanta, le jeu de survie diffusé par TF1 et animé par Denis Brogniart. Et effectivement nos apprentis survivants vont être filmés H24, à l’insu de leur plein gré. Comme dans le jeu télévisé, confrontés à la survie, ce sont bien leurs instincts les plus primaires qu’ils laisseront s’exprimer.

Une intrigue qui fait la part belle aux nouvelles technologies, que ce soit l’Armée d’Edward ou les autorités et agences de renseignements, ils ne lésineront pas sur les moyens. Les uns pour espionner et anticiper les réactions de leurs adversaires, les autres pour essayer de comprendre tout ce qui se cache derrière une opération d’une pareille envergure.

Au-delà de l’action pure et dure (qui ne manque pas), il y aussi le message que porte cette fameuse Armée d’Edward, un appel au respect des lois en vigueur qu’il s’agisse de lutte contre la corruption ou de protection de l’environnement. Un message à portée écologique au sens noble du terme (loin de ses perversions politiques). Un message qui pousse le lecteur a encore plus d’empathie pour ces terroristes.

Il faut bien reconnaître que le traitement des personnages est un tantinet manichéen ; là où ça complote dans l’ombre à l’abri du Bureau Ovale, où les kidnappés se tirent dans les pattes (et plus si affinités), les rangs de l’Armée d’Edward opposent une solidarité à toute éprouve. Mais une fois encore, ce n’est pas grave, on accepte le topo les yeux fermés !

Alors oui ça a indéniablement quelque chose de jouissif de voir la plus puissante administration du monde et ses agences de renseignement tournées en ridicule, se faire égarer sur de fausses pistes parfois grosses comme une maison et avoir toujours un coup de retard sur leur adversaire.

Certes le roman n’est pas exempt de défauts mineurs, mais on les oublie rapidement pour se laisser porter par l’intrigue, sans doute parce qu’on a tout simplement envie d’y croire. Il n’en reste pas moins que pour un premier roman, Christophe Agnus réussi un véritable tour de force en imposant, de la première à la dernière page, un rythme de folie qui ne faiblira jamais. Du coup on enchaine les chapitres (un chapitre, une journée) pour en savoir toujours plus, et on dévore inlassablement les 500 pages du bouquin.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Harold Schechter & Eric Powell – Ed Gein – Autopsie D’Un Tueur En Série

AU MENU DU JOUR


Titre : Ed Gein – Autopsie D’Un Tueur En Série
Scénario : Harold Schechter & Eric Powell
Dessin : Eric Powell
Éditeur : Delcourt
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2021)
288 pages

De quoi ça cause ?

Le 16 novembre 1957 Ed Gein est arrêté pour le meurtre de Bernice Worden, une commerçante de Plainfield. Les policiers ne le savent pas encore mais ce qu’ils vont découvrir dépasse l’entendement.

Comment Ed Gein en est-il arrivé là ?

Ma Chronique

Je remercie les éditions Delcourt et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

À la base je n’avais pas prévu de lire ce bouquin tout de suite, j’ai eu le malheur de l’ouvrir « juste pour voir »… et je n’ai plus pu le refermer avant de l’avoir terminé ! Et du coup je me le suis fait quasiment d’une traite.

Il faut dire que je suis le client idéal pour ce genre de bouquin, j’ai toujours été intéressé par le phénomène des serial killers. J’étais donc particulièrement curieux de voir comment le cas Ed Gein pourrait être traité au format roman graphique.

Avec deux victimes officiellement reconnues, Ed Gein n’est pas un serial killer au vu de la nomenclature admise du terme puisqu’il faut avoir au moins fait trois victimes. Toutefois les faits de nécrophilie qui lui sont reprochés (ainsi que de sérieux doutes sur d’autres victimes potentielles) justifient qu’il soit malgré tout considéré comme tel. Sans parler de l’impact qu’il aura ultérieurement sur la production cinématographique et plus largement sur la pop culture (cf. plus bas).

Plutôt que de miser sur le sensationnalisme, l’intégralité du roman graphique se présente comme une analyse factuelle de l’affaire Ed Gein basée sur les documents officiels et les extraits de journaux de l’époque et agrémentée d’éléments de fiction afin de consolider le récit. Un gros travail de documentation parfaitement synthétisé et scénarisé par Harold Schechter.

Le récit se décline sur onze chapitres qui couvriront une grande partie de la vie d’Ed Gein, il est complété par des annexes (un entretien avec un psychiatre ayant suivi Ed Gein et un autre avec une voisine) et un carnet de croquis préliminaires au roman.

De l’enfance d’Ed Gein on peut retenir un père alcoolique et parfois violent, mais surtout une mère complètement bigote et autoritaire (la grenouille de bénitier version XXL). Pas franchement le foyer des Bisounours, mais Ed Gein vouait une adoration totale à sa mère… son décès en 1945 aura sans doute suffi à faire péter des câbles déjà pas très bien connectés les uns aux autres.

Par la suite l’enquête et le procès essayeront de dessiner un profil psychologique d’Ed Gein mais plonger démêler l’écheveau qui constitue l’esprit de Gein ne sera pas une sinécure. D’autant que le gars n’aura de cesse de se contredire et semble incapable de la moindre empathie.

De fait, aujourd’hui encore il subsiste quelques zones d’ombre autour de l’affaire Ed Gein, de sérieux soupçons sur d’autres victimes potentielles qui n’ont jamais pu être identifiées, de même on ne sait pas avec certitude jusqu’où ses penchants nécrophiles ont pu le pousser… Comme le résume fort justement un journaliste à la fin du roman :

Dans les faits, le type a tué deux femmes, déterré plusieurs corps et fabriqué des choses avec leur peau. C’est ça, les faits.
À part ça…
Le seul à vraiment savoir ce qui s’est passé dans cette maison… C’est Ed Gein.

Le fait de ne pas chercher à diaboliser à tout prix Ed Gein rend le récit encore plus glaçant, ce n’est pas un monstre l’auteur de ces horreurs mais un gars presque comme vous et moi.

Le roman ne se focalise pas uniquement sur Ed Gein et sa personnalité aussi complexe que trouble, il s’intéresse aussi à l’impact qu’aura l’affaire sur les habitants de Plainfield. Des habitants qui, pour la plupart, considéraient Ed Gein un type gentil mais pas très fûté… bien loin de s’imaginer les horreurs qu’abritaient la vieille ferme des Gein.

Le dessin d’Eric Powell est juste sublime, le trait hyper réaliste restitue à la perfection les émotions des personnages, le choix des nuances de gris est parfaitement adapté au récit. Là encore il n’y a aucune surenchère sur l’aspect horrifique des faits, tout est parfaitement dosé. C’est un régal pour les yeux.

Concernant le choix du titre j’avoue avoir une petite préférence pour la version originale : Did You Hear What Eddie Gein Done ? que l’on pourrait traduire par Vous avez entendu (entendu dire) ce qu’Ed Gein a (aurait) fait ?. Toutefois, il est vrai que l’analyse a posteriori des actes d’Ed Gein pourrait, quelque part, s’apparenter à une autopsie même si celle-ci est plus psychologique que physique.

Avant Ed et Psychose, les monstres des films venaient systématiquement d’ailleurs : Transylvanie, Allemagne, Angleterre… Ou de l’espace.
Sous les traits de Norman Bates, Ed Gein introduisit quelque chose de nouveau et de révolutionnaire sur le grand écran : le monstre américain pure souche. La terreur voisine.
Norman Bates ne fut pas la seule icône de film d’horreur que Gein inspira. Il servit également de modèle pour Leatherface et son masque en peau humaine dans Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, ainsi que Jame Gumb alias Buffalo Bill, le tueur en série qui coud un costume en peau à partir des corps écorchés de ses victimes féminines dans Le Silence des agneaux de Thomas Harris.
Mais l’influence culturelle d’Ed fut plus vaste encore. Si Psychose donna naissance au genre “slasher”, la figure d’Ed Gein se dresse derrière chaque psychopathe brandissant un couteau, une hache ou un couperet ayant hanté les écrans dans les décennies qui suivirent.

Dans la même veine, j’ai en stock les quatre titres de la collection Stéphane Bourgoin présente les serial killers publiés chez Glénat, qui s’intéressent à Ted Bundy, Michel Fourniret (retiré depuis sur décision de justice), Gerard Schaefer et Edmund Kemper. 

MON VERDICT


[BOUQUINS] Christophe Royer – La Quatrième Feuille

AU MENU DU JOUR


Titre : La Quatrième Feuille
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
306 pages

De quoi ça cause ?

À quelques jours de son premier vernissage, Sophie a tout pour être heureuse. Avec l’aide de Carole, son amie de toujours, elles peaufinent les derniers détails avant le grand jour.

Un drame va alors faire remonter à la surface un passé qu’elle pensait définitivement oublié. La descente aux enfers ne fait que commencer…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais leurs propositions de découvrir un de leurs titres… qui bien souvent s’avèrent être d’excellente qualité.

Parce que j’ai beaucoup aimé les deux précédents romans de Christophe Royer, d’autant que ce celui-ci permet de découvrir l’auteur aux manettes d’une intrigue totalement indépendante des précédentes.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Avec ce nouveau roman Christophe Royer délaisse temporairement (c’est lui qui le dit… et le répète, dans ses remerciements) le personnage de Nathalie Lesage.

Si l’auteur laisse son personnage fétiche profiter d’un repos bien mérité, il reste clairement dans le registre du thriller avec La Quatrième Feuille. Et plus particulièrement du thriller psychologique, poussant à l’extrême la notion de personnalité toxique.

Au départ il y avait trois adolescentes, amies inséparables, Sophie, Carole et Béatrice, les trois drôles de dames comme elles se plaisaient à s’identifier. Pour symboliser leur amitié indéfectible, elles dessinaient un trèfle à trois feuilles, formé de trois D imbriqués.

Puis Maud est arrivée, sans cheval ni grand chapeau (faut être vieux pour comprendre), les trois drôles de dames devinrent quatre drôles de dames et le trèfle gagna une quatrième feuille. Si dans la culture populaire le trèfle à quatre feuilles est un porte-bonheur, ici il sera plutôt porteur de drames et de destruction.

Mais je brûle les étapes en vous disant cela, c’est la seconde partie du roman qui vous fera découvrir toute l’histoire passée de ces (pas toujours) drôles de dames.

Le roman démarre plutôt sous les meilleurs auspices pour Sophie qui prépare fébrilement son premier vernissage avec l’aide de Carole. Mais voilà, quelques jours avant l’ouverture de l’expo c’est le drame, Carole est agressée et le local incendié.

Après le flashback constitué par la seconde partie du roman, les deux suivantes vont se concentrer exclusivement sur l’enquête présente.

Et quelle enquête ! Nul doute qu’elle saura surprendre même le plus aguerri des amateurs de thrillers. Il faut dire que l’auteur ne ménage pas ses personnages et ses lecteurs. Comme les policiers chargés de l’enquête, nous serons face à une énigme d’apparence insoluble (ils ont une coupable toute désignée mais son alibi est inattaquable).

Christophe Royer décortique avec beaucoup de justesse le processus de manipulation psychologique que peut déployer une personne toxique pour asseoir son emprise sur les autres. Mais cette fois la victime se rebiffe et ne se laisse pas embobiner, ce qui va enfoncer l’autre dans un délire de persécution et une folie destructrice.

Heureusement le process est poussé à l’extrême pour les besoins de l’intrigue… quoique l’auteur nous apprend que son roman est inspiré de faits réels ; où s’arrête la réalité et où commence la fiction ? Bonne question… lui seul connaît la réponse.

J’ai souvent eu l’occasion de le dire, et je ne cesserai de le répéter, la clé de voûte d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, c’est leur crédibilité qui fera que l’intrigue fonctionne (ou à contrario s’effondre). Là encore Christophe Royer ne laisse rien au hasard mais je ne m’attarderai pas sur la question afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Comme souvent avec les titres de Taurnada, j’ai dévoré le bouquin d’une traite, totalement happé par l’intrigue, de la première à la dernière page. Une pépite de plus dans le coffre déjà bien rempli des éditions Taurnada.

MON VERDICT