[BOUQUINS] Cai Jun – Comme Hier

AU MENU DU JOUR


Titre : Comme Hier
Auteur : Cai Jun
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : Chine (2017)
398 pages

De quoi ça cause ?

13 août 1999. Une lycéenne disparaît…
13 août 2012. Une adolescente est retrouvée sans vie dans un parc d’attractions…
13 août 2017. Un professeur d’informatique, son épouse et leur fils de cinq ans meurent dans un incendie…

Trois drames qui ont tous eu lieu dans la rue Nanming. seraient-ils liés les uns aux autres ? L’inspecteur Ye Xiao, chargé de l’enquête sur la dernière affaire, doit répondre à tout prix à cette question.

Très vite, la jeune Sheng Xia vient l’épauler. Cette hackeuse de génie est décidée à venger la mort de l’enseignant avec lequel elle a programmé Comme Hier : une application de réalité virtuelle qui permet à chacun de voyager dans sa mémoire profonde et les souvenirs des autres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que son précédent roman publié par XO, La Rivière De L’Oubli m’avait paru prometteur malgré quelques bémols mineurs. J’étais donc curieux de voir si ce nouveau roman tiendrait la route…

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Ah que voilà une chronique qui va me donner du fil à retordre… J’ai eu un mal fou à « entrer » dans ce bouquin et pourtant l’intrigue en elle-même me donnait envie d’en savoir plus.

La lecture fut parfois laborieuse sans que je puisse vraiment m’expliquer le pourquoi du comment du truc.

Je pourrais mentionner le fait d’être passé à côté de nombreuses références à des artistes (auteurs, acteurs…) chinois et à leurs œuvres qui me sont totalement inconnus, mais je ne crois pas, parce qu’en fait je m’en fous royalement.

En revanche j’ai retrouvé le même défaut que dans La Rivière De L’Oubli, Cai Jun a tendance à se répéter et à la longue ça devient saoulant : on a pigé que Sheng Xia a une tumeur au cerveau et qu’elle peut caner à tout moment… pas besoin de nous rebattre les oreilles avec ça à chaque chapitre !

Plus probablement un mix entre réel et virtuel qui a du mal à trouver son point d’équilibre, certains passages virtuels auraient pu être raccourcis afin d’éviter cette désagréable sensation de déjà-vu d’un chapitre à l’autre.

Passons maintenant aux points positifs, qui viennent largement contrebalancer ces bémols. À commencer par l’intrigue qui est globalement bien ficelée, non seulement les personnages vont devoir tirer au clair les meurtres de 2017, mais aussi essayer de comprendre le lien qu’il peut y avoir avec les événements de 1999 et 2012. Une intrigue qui vous réservera son lot de rebondissements et de surprises.

J’ai beaucoup aimé le trio de personnages qui mène la danse. Un inspecteur de police un tantinet désabusé, une jeune hackeuse au caractère bien trempé (et au langage fleuri) et un brillant neurochirurgien qui préfère agir dans l’ombre plutôt que de s’exposer.

Impossible de ne pas mentionner Ouyang Xiaozhi, la Démone disparue en 1999, qui servira de guide à Sheng Xia, la Démone de 2017, dans le monde virtuel de Comme Hier. Une mention spéciale à Sishen, le chien de Sheng Xia qui va prendre activement part à l’intrigue.

Mais le véritable tour de force de Cai Jun et de nous plonger en totale immersion dans la Chine du XXIe siècle ; dépaysement garanti pour les Occidentaux ! Un pays où les traditions perdurent et cohabitent avec l’essor des nouvelles technologies.

Le style de l’auteur est parfaitement adapté au thriller, il ne s’embarrasse pas de fioritures et va à l’essentiel… même si parfois il pourrait faire encore plus concis.

Globalement le ressenti final reste positif, la qualité de l’intrigue, les personnages et le contexte prennent le dessus sur les bémols cités plus hauts… mais ceux-ci n’en restent pas moins désagréables.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques Expert – Le Carnet Des Rancunes

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Carnet Des Rancunes
Auteur : Jacques Expert
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2022
Origine : France
414 pages

De quoi ça cause ?

Depuis des années, Sébastien Desmichelles note soigneusement dans un petit carnet rouge chaque offense, chaque affront, chaque blessure qu’on lui inflige. Il l’appelle son « Carnet des rancunes ».

Aujourd’hui Sébastien fête ses 50 ans, l’heure de la vengeance a sonné. Il ouvre son précieux carnet et prépare minutieusement ses ripostes.

Pour l’homme qui lui a fait le plus de mal, il a prévu un châtiment exemplaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques Expert, si qualitativement ses titres sont inégaux, aucun ne m’a réellement déçu.

Je suis passé à côté de son précédent roman (qui est aussi celui du changement d’éditeur, Calmann-Lévy remplace Sonatine), pas question de rater celui-ci.

Ma Chronique

Je ne sais pas si vous êtes rancunier mais moi oui, beaucoup… du moins c’est ce que je pensais avant de lire le dernier roman de Jacques Expert. Si je n’ai pas le pardon facile, je ne tiens pas non plus un registre dans lequel je répertorie toutes les vacheries que l’on a pu me faire. De même, si je reconnais volontiers que « la vengeance est un plat qui se mange froid », je n’attendrai pas non plus des années pour rendre la monnaie…

Pendant plus de vingt ans Sébastien Desmichelles, le personnage principal du présent roman, a minutieusement rédigé un compte rendu détaillé des coups foireux, arnaques, petits et gros tracas… que les autres lui ont fait subir. Il s’était fait la promesse d’attendre son cinquantième anniversaire pour commencer à se venger. Et ça tombe bien puisque le bouquin s’ouvre alors que le nouveau héros de jacques Expert souffle ses cinquante bougies.

Même si le pitch avait de quoi titiller ma curiosité, j’avoue que je craignais un peu d’assister à une succession de petites et grosses vengeances. Chose qui aurait pu rapidement se révéler lassante, voire indigeste.

Heureusement Jacques Expert évite cet écueil en nous proposant un fil rouge, tout en exécutant ses représailles, Sébastien Desmichelles peaufine sa plus grosse vengeance. Celle-ci vise Yannick Lefèvre, un homme d’affaires à qui tout semble réussir. Une vengeance que Sébastien va faire grimper en intensité sans épargner personne dans la famille de sa « victime ».

Même si ce brave Sébastien donne parfois l’impression de se la jouer Caliméro, on se doute bien que le différend qui l’oppose à Yannick Lefèvre est énorme et lui a causé une douleur infinie. Il faudra se montrer patient, très patient même, pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Le récit suit essentiellement Sébastien dans sa traque vengeresse mais l’auteur s’offre aussi quelques encarts dans lesquels il donne la parole à Yannick Lefèvre. De haut de sa toute-puissance, le gars ne comprend ce qui lui arrive, qui est ce mystérieux inconnu qui prend un malin plaisir à lui pourrir la vie ? Même en prenant fait et cause pour Sébastien, le lecteur finira par douter face à l’incompréhension de Lefèvre.

Le lecteur (sadique par essence) va suivre avec délectation ce machiavélique jeu du chat et de la souris, une traque dans laquelle celui qui a l’habitude de tenir le rôle de prédateur va se retrouver dans la peau d’une proie.

Jacques Expert sait y faire pour nous faire partager les pensées de ses personnages, que l’on vive les événements par les yeux de Sébastien ou par ceux de Yannick, il nous manque toujours le mobile. Et pourtant c’est bien LE détail qui pourrait faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre.

L’auteur ne laisse rien au hasard, on comprendra en temps et en heure pourquoi il était si important que ce fameux mobile reste caché. Et sur ce coup j’avoue bien volontiers que je n’ai rien vu venir. Bien malin celui ou celle qui découvrira le fin mot de l’histoire avant qu’il ne vous soit dévoilé.

Même s’il ne vous laissera sans doute pas un souvenir impérissable, le bouquin s’avèrera malgré tout un bon page-turner, presque à l’insu de notre plein gré on se retrouve pris au piège, rongé par l’envie de comprendre le pourquoi du comment de cette intrigue. Ne serait-ce que pour ça, j’ai envie de dire que le contrat est rempli.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Massé – 30 Secondes

AU MENU DU JOUR


Titre : 30 Secondes
Auteur : Xavier Massé
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
248 pages

De quoi ça cause ?

Billy Wake, l’enfant terrible du foot américain, se réveille dans un lit d’hôpital. Il se souvient d’un accident de voiture avant de réaliser que sa fiancée, Tina, a disparu.

Le Dr Borg, neurologue de son état, lui propose de recourir à des séances d’hypnose afin de faire le tri entre ses rêves et ses souvenirs et remonter le fil des événements qui l’ont conduit dans ce lit d’hôpital…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une petite maison d’édition dont le catalogue est un véritable coffre aux trésors.

Parce que c’est Xavier Massé et que ses deux précédents romans m’avaient fait forte impression.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’envoi de ce roman.

C’est le troisième roman de Xavier Massé que je lis et aucun ne ressemble aux précédents, tous sont placés sous le signe du thriller et brillent autant par leur intrigue que par leur narration.

30 Secondes ne fait pas exception à la règle, en compagnie de Billy Wake et du Dr Borg, vous allez découvrir, grâce à l’hypnose, les méandres du subconscient. Bien entendu, sous la plume de l’auteur, ça peut aller loin, très loin…

Billy Wake est l’enfant terrible du foot américain, ses résultats sur le terrain font de lui l’étoile montante de la discipline, mais il ne cesse de défrayer la chronique par ses frasques alcoolisées.

Là, tout de suite et maintenant, Billy ne pense pas vraiment à se murger la tronche une énième fois ; il s’est réveillé à l’hôpital visiblement mal en point et partiellement amnésique. Il se souvient d’une finale de foot et d’un accident de voiture alors qu’il était en compagnie de sa fiancée, Tina. Mais le médecin lui apprend qu’il était seul dans la voiture quand les secours sont arrivés… Mais où est donc Tina (et non Ornicar) ? C’est ce que le Dr Borg lui propose de découvrir (et à nous aussi par la même occasion) grâce à des séances d’hypnose.

Au fil des séances, Billy va devoir trouver, au cœur de ses rêves, des indices lui permettant de faire remonter à la surface des souvenirs enfouis dans son subconscient. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le voyage ne sera pas de tout repos.

Comme Billy, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises au fur et à mesure que les souvenirs refont surface. Et j’ai envie de dire que ce n’est que le début ! Une fois de plus Xavier Massé fait preuve d’un indéniable talent quand il s’agit de renverser son intrigue.

Au fil de ma lecture j’échafaudais diverses théories – et je finissais même par me convaincre que j’étais sur la bonne voie – mais j’étais loin du compte. Impossible d’imaginer ce que l’esprit tordu de l’auteur nous réserve.

Xavier Massé opte pour des chapitres courts permettant de maintenir le rythme du récit, c’est simple, c’est direct, ça vous prend droit au cœur et aux tripes.

Cerise sur le gâteau, l’auteur laisse planer l’ombre d’un doute sur son final. Je conçois volontiers que ça puisse déstabiliser, voire décevoir, certains lecteurs ; pour ma part j’aime bien qu’on me laisse libre d’opter pour l’une ou l’autre des possibilités.

Au niveau des personnages, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher au personnage de Billy, trop immature, trop égoïste, c’est le profil type de l’aimant à emmerdes. Mais finalement c’est sa détresse qui le rend attachant (ce qui ne nous empêchera pas parfois d’avoir envie de lui coller des claques).

Heureusement qu’il y a Tina pour essayer de la canaliser et de l’empêcher de faire trop de conneries. Mais parfois, entraînée par les événements et la peur, on peut oublier la voix de la raison et agir par instinct. Rarement pour le meilleur, souvent pour le pire…

J’espère que le monde du football américain, tel que le décrit Xavier Massé, est l’œuvre de son imagination. Que le système de paris soit une réalité ne m’étonnerait pas, en revanche j’ai du mal à envisager que le milieu puisse être gangréné par de prétendus syndicats dont les méthodes s’apparentent davantage à des organisations criminelles.

Une fois de plus Taurnada nous offre une pépite qui répond à ce qui pourrait être la devise de la maison d’édition : « court mais intense ! ». Il se lit quasiment d’une traite, mais son intrigue n’en finira pas de vous triturer les méninges, même une fois le bouquin refermé.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – Délivre-Nous Du Mal

AU MENU DU JOUR


Titre : Délivre-Nous Du Mal
Auteur : Chrystel Duchamp
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2022
Origine : France
297 pages

De quoi ça cause ?

Quand Anaïs Malori constate que sa sœur, Esther, a disparu sans la moindre explication, elle contacte son ami Thomas Missot, commandant à la PJ de Lyon. D’abord sceptique, Thomas va pourtant accepter de mener l’enquête en off.

L’enquête va suivre plusieurs pistes mais aucune n’aboutit. jusqu’à ce que le corps d’une jeune femme ne soit retrouvé pendu dans un entrepôt désaffecté…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier roman de Chrystel Duchamp, L’Art Du Meurtre, par manque de temps je suis passé à côté du suivant il fallait donc que je rattrape le coup avec ce troisième titre l’auteure.

Ma Chronique

Je remercie les éditions de L’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le roman s’ouvre non pas sur un prologue (trop classique) mais sur trois. Si on perçoit un éventuel lien entre les deux premiers (mais gare à ne pas tirer de conclusions trop hâtives), le troisième vous laissera très certainement perplexe… pas d’inquiétude, tout vient à point à qui sait attendre.

La première partie du roman vous invite à suivre une enquête plus ou moins formelle autour d’une disparition supposée inquiétante (celle d’Esther Malori). Un jeu de pistes relativement classique dans sa construction, si ce n’est que l’enquête piétine, chacune des pistes suivies se heurte à sur une impasse.

La seconde partie apporte une dimension nouvelle à l’intrigue puisque l’enquête va s’orienter sur la piste du tueur en série… Un tueur insaisissable qui mutile ses victimes et laisse derrière lui de macabres mises en scènes. Là encore on reste dans une trame relativement classique de la littérature policière.

Vu comme ça vous pourriez être amené à penser que Chrystel Duchamp se contente du minimum syndical ; monumentale erreur comme dirait l’autre ! La troisième partie du roman redistribue complètement les cartes et offre à l’intrigue une perspective radicalement différente. Le lecteur va progressivement découvrir les dessous d’un projet de grande envergure aussi insensé que machiavélique.

L’auteure maîtrise son intrigue de bout en bout et mène ainsi le lecteur par le bout du nez. Les chapitres courts et un style direct (pas de fioritures inutiles ou de tournures alambiquées) plongent le lecteur au cœur de l’action.

Une intrigue qui est aussi pour Chrystel Duchamp l’occasion de donner un grand coup de projecteur sur les violences faites aux femmes et surtout la façon dont certains dossiers sont traités par la justice (police et tribunal). J’aimerai croire que ça reste des situations exceptionnelles, mais le simple fait que ça puisse exister me fout la haine.

Je ne vais pas non plus stigmatiser les uns ou les autres, mais quand on voit, encore tout récemment, le laxisme de la police à poursuivre l’un des leurs (déjà connu pour violences conjugales) soupçonné d’avoir tué sa compagne… je me dis que la justice n’est pas aveugle mais complice et j’ai honte de cet état de fait.

Thomas Missot porte lui aussi un regard désabusé et aigri sur la situation :

Il avait déjà entendu des homologues masculins manipuler des femmes victimes de leur compagnon : « Cet homme risque d’aller en prison. Êtes-vous certaine de vouloir gâcher sa vie ? C’est quand même le père de vos enfants ! » Ce genre de réflexion désarçonnait parfois la plus déterminée des plaignantes.

Une phrase extraite d’une audition était d’ailleurs devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle rapportait les propos d’un policier au sujet d’une femme agressée sexuellement dans le métro : « Quand on a vos yeux, on marche en baissant le regard pour ne pas attirer celui des hommes. »

La culpabilisation des victimes de viol était une réalité. Ces femmes à qui l’on reproche leurs jupes trop courtes, leurs talons trop hauts, leur poitrine trop généreuse, leurs hanches girondes… Des excuses étaient régulièrement brandies pour excuser un viol et, dans cette démarche de décrédibilisation fumeuse, nombreux étaient les complices : proches suspicieux, flics pourris, système juridique bancal…

L’auteure apporte beaucoup de soins au traitement de ses personnages, cela s’applique aussi bien à leur personnalité qu’à ce qui fait d’eux des êtres humains à part entière (les soucis personnels et ou professionnels).

Ainsi, si Thomas Missot est totalement investi dans son enquête, en père divorcé, il ne peut s’empêcher de s’inquiéter et de culpabiliser au sujet de sa fille… même si celle-ci affirme haut et fort qu’elle va bien. Si son métier a pris le dessus sur son rôle de mari, il n’a pas encore totalement éclipsé celui de père.

Peut-être vous posez vous des questions quant au choix du titre, l’explication viendra en temps et en heure… si je devais vous donner un indice, je vous inviterais, une fois de plus, à ne pas vous fier aux apparences.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Zygmunt Miloszewski – Inestimable

AU MENU DU JOUR


Titre : Inestimable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : Pologne (2020)
496 pages

De quoi ça cause ?

Zofia Lorentz, une éminente historienne de l’art, est contacté par Bogdan Smuga, un scientifique un brin aventurier, afin de retrouver la trace d’artefacts Aïnous – une ancienne peuplade de Sibérie – que son aïeul aurait rapporté en Europe.

Mais ils ne sont pas les seuls à rechercher ces artefacts, leur adversaire est puissant et ne reculera devant rien pour mettre la main dessus.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Zygmunt Miloszewski (au Scrabble son prénom et son nom feraient un carton), disons que net Galley m’aura mis le pied à l’étrier.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est donc le premier roman de Zygmunt Miloszewski que je lis, même si celui-ci fait intervenir des personnages déjà croisés dans Inavouable, il peut parfaitement se lire indépendamment du précédent (sachez toutefois que dans ce cas, de larges pans de l’intrigue vous seront révélés). J’avoue que je n’avais pas fait gaffe au départ, ce n’est qu’une fois ma lecture déjà bien entamée que je m’en suis rendu compte.

L’avantage que j’ai par rapport à des lecteurs qui connaissent l’auteur, c’est que je n’ai aucun élément de comparaison ; c’est donc d’un œil aussi neutre que vierge que j’aborde ce bouquin.

Le moins que l’on puisse c’est que les choses ne s’annoncent pas sous les meilleurs augures pour Zofia Lorentz au début du présent roman. Non seulement son mari, Karol, a des pertes de mémoire que la médecine n’arrive pas à expliquer, l’ultime espoir serait peut-être une clinique privée dans les Pyrénées françaises. Pour couronner le tout, elle se fait licencier de son poste à la direction du Musée National. Autant dire que la proposition qui lui tombe dessus, aussi insensée qu’elle puisse paraître, est une aubaine financière qu’elle ne saurait refuser.

Une quête moins anodine qu’il n’y parait puisqu’au cœur de ces anciens artefacts aïnous, pourrait se cacher la clé de la survie de l’humanité. Pas étonnant que dans de telles circonstances une puissante multinationale veuille mettre la main sur un sésame synonyme d’encore plus de profits et d’encore plus de pouvoirs. Face à eux, Bogdan Smuga, propose une vision plus humaniste, se proposant d’œuvrer pour le bien de tous sans amasser le moindre kopeck… Hmouais, trop beau pour être vrai me direz-vous, et c’est la même réflexion que je me suis faite, il doit sûrement y avoir anguille sous roche (ou murène sous patate dans sa version tropicale).

Je ne vous cacherai que j’ai mis un certain temps à comprendre où voulait nous mener ZM (marre de faire des copier-coller de son nom à l’orthographe improbable). Le bougre prend son temps, avec parfois de longs chapitres, pour poser le décor et ses personnages. C’est une intrigue façon diesel qui se déroule sous nos yeux, heureusement, une fois que la mécanique se met en branle, le rythme s’accélère, le régime monte dans les tours… pour ne plus retomber avant le clap de fin.

Je ne me prononcerai pas sur la faisabilité ou non de l’extraction et de la multiplication des bactéries de la façon décrite dans le roman (je n’ai pas les compétences scientifiques pour confirmer ou infirmer l’idée… et je m’en tamponne le coquillard) même si ça me semble un peu tiré par les cheveux. De toutes façons il faudrait plus qu’une incohérence scientifique pour que je lâche un bouquin, au nom de la fiction on peut se permettre de prendre quelques libertés avec la sacro-sainte vérité scientifique.

Je ne suis pas climato-sceptique et j’ai bien conscience que ce phénomène, associé à une croissance continue de la population mondiale, nous mène droit dans le mur (la fameuse sixième extinction si chère aux collapsologues ?). Par ailleurs, le peu de foi que j’ai dans le genre humain ne m’encourage pas à envisager l’hypothèse d’une soudaine prise de conscience qui inverserait la tendance. Pour autant, je ne peux pas cautionner une solution telle que celle envisagée dans le roman ; non seulement ça me parait humainement inacceptable, mais ça rappelle un peu trop les heures les plus sombres de l’histoire (et puis Thanos a essayé… ça ne lui a porté bonheur).

Je n’ai pas perdu les pédales, répliqua-t-elle pourtant. Et toi, tu ferais mieux de lire La Servante écarlate, sale crétin, tu verrais à quoi mène ce genre d’idées. Au lieu d’une lutte pour l’eau potable, on aura une lutte pour les femmes fertiles, des viols et une brutalité dont tu n’as pas idée. Et après, regarde Jurassic Park encore une fois et entends à nouveau que « life, uh, finds a way ». Ta bactérie va muter ou on va trouver un antibiotique, les gens vont continuer à se multiplier, mais dans une civilisation basée sur le viol et les violences faites aux femmes. Encore un putain de génie qui veut sauver l’humanité en nous glissant la main dans la culotte.

Finalement, après un début un peu poussif, j’ai trouvé que l’auteur menait rondement son affaire avec son lot de rebondissements et revirements de situation. Une intrigue qui ne mise pas tout sur l’action (parfois un peu too much), les nombreuses thématiques abordées pousseront le lecteur à se poser des questions (et pourquoi pas, à se remettre en question). Les personnages sont bien travaillés y compris les personnages secondaires, qui deviennent même parfois plus attachants que les principaux (mention spéciale à Martin Meller, un navigateur solitaire qui ne devrait laisser personne indifférent).

Une belle découverte qui va me pousser à garder un œil sur les futurs romans de Zygmunt Miloszewski. Et les précédents vous demandez-vous peut-être – je ne vous en vous en tiendrais pas rigueur si vous vous en foutiez comme de l’an Mil. Le cœur me pousse à espérer leur trouver une place dans un futur pas trop lointain, mais la raison me souffle, avec un ricanement sarcastique, d’arrêter de rêver !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Brian Panowich – Vallée Furieuse

AU MENU DU JOUR


Titre : Vallée Furieuse
Auteur : Brian Panowich
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2020)
432 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il est censé être de repos, l’agent du GBI Dane Kirby est appelé d’urgence par le FBI sur une scène de crime en Floride. Si Kirby est appelé hors de sa juridiction c’est parce que la victime est originaire de Géorgie et surtout qu’elle vient de rafler le pactole dans un championnat clandestin de combat de coqs.

Kirby va devoir faire équipe avec l’agent Roselita Velasquez, ensemble ils vont devoir remonter la piste de l’argent et identifier les auteurs du meurtre. Rapidement ils vont être amenés à s’intéresser au jeune frère de la victime, William Blackwell. Mais ils ne sont pas les seuls à le chercher…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Brian Panowich et que son diptyque Bull Mountain envoyait du lourd…

Ma Chronique

Retour en Géorgie, et plus précisément dans le comté de McFalls, en compagnie de Brian Panowich. On aurait pu penser – espérer – qu’il y ferait bon vivre depuis que Bull Mountain a été débarrassé du clan Burroughs. C’était sans compter sur les Rockdale et leurs combats de coqs aussi illégaux que lucratifs.

Et justement lors du dernier grand tournoi (le slasher pour les initiés), un petit malin a réalisé l’impossible en raflant le pactole grâce à une improbable martingale. Si Eddie Rockdale l’a mauvaise, il fait toutefois contre mauvaise fortune bon cœur… au moins en apparence. Ce n’est pas le cas d’un duo de Philippins qui a perdu gros dans l’histoire et qui ne compte pas en rester là… ça va saigner !

Si on se retrouve en terrain connu et avec des personnages déjà croisés dans Bull Mountain et / ou Comme Les Lions (notamment Darby Ellis, devenu shérif et Dane Kirby), Vallée Furieuse n’est pas directement lié aux précédents romans ; on repart sur des bases nouvelles (saines n’est vraiment pas un mot adapté au contexte).

Si l’ambiance générale de l’intrigue est moins sombre que dans les précédents romans de l’auteur, ce n’est pas pour autant une promenade de santé. Ça envoie du lourd quand même, ça défouraille à tout va, ça saigne et ça meurt (la vie ne tient qu’à un fil dans le nord de la Géorgie). Ajoutez à cela un duo d’enquêteurs que tout oppose, lui le flic de la cambrousse, elle l’agente du grand FBI, arrogante et prétentieuse. Saupoudrez le tout d’un soupçon de corruption et d’une pointe de trahisons. À déguster sans modération !

Contre toute attente c’est aussi un roman qui accorde une place de premier choix à l’amour à travers plusieurs romances. J’en vois déjà qui manquent de s’étouffer, rassurez-vous on est bien loin d’une guimauve à l’eau de rose façon Barbara Cartland.

Les personnages, même s’ils sont parfois aux portes du cliché (je pense notamment aux agents du FBI façon Men in Black), sont bien travaillés avec leurs forces et leurs faiblesses. À commencer par Dane Kirby, avec l’âge son travail de bureau lui convient parfaitement, tout irait pour le mieux s’il ne venait pas d’apprendre qu’il a un cancer. Et le voilà obligé de retourner sur le terrain avec une sale affaire dans les pattes et une partenaire pas vraiment facile à vivre.

Il faut dire que l’agent Roselita Velasquez n’a pas son pareil pour se rendre antipathique dès le premier regard… et ça ne s’améliorera pas vraiment au fil des chapitres. Une vraie tête à claques que l’on arrive, presque malgré nous, à apprécier.

Face à eux, outre le clan Rockdale (des gens peu fréquentables… vaut mieux les laisser faire mumuse avec leurs poulets), un duo de Philippins qui cherche à récupérer le pactole du slasher mais aussi à mettre la main sur la poule aux œufs d’or, William Blackwell.

Le jeune William est un autiste Asperger passionné par les oiseaux et doué à la fois d’un remarquable sens de l’observation et d’une intelligence hors norme. C’est le mélange de ces trois éléments qui ont permis à son frère et à son associé, de remporter la totalité des gains au slasher.

Les personnages secondaires ne sont pas laissés sur le bas-côté, Brian Panowich leur accorde la même attention afin de dépeindre au mieux leur personnalité.

Si globalement je le placerai un cran en dessous de ses aînés, ça reste un très bon roman noir, avec une intrigue parfaitement maîtrisée malgré quelques ficelles un peu grosses. On se laisse volontiers entraîner dans un récit mené à un rythme d’enfer. Difficile de le lâcher une fois qu’il vous aura ferré… et tout est fait (et bien fait) pour que l’on gobe l’appât dès les premières pages.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Denis Zott – La Dame Blanche

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dame Blanche
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
443 pages

De quoi ça cause ?

L’affaire devait être pliée en deux temps et trois mouvements et surtout rapporter un max de thune à Johnny… de quoi prendre un nouveau départ avec sa meuf et son gosse, sous le soleil de la Thaïlande.

Et pourtant d’entrée de jeu les dés semblent pipés, comme si on voulait leur simplifier la tâche en les conduisant sans embûche jusqu’à leur cible. Le colis qu’il doive embarquer et livrer : une mystérieuse jeune femme au teint de geisha.

Alors qu’ils approchent du point de livraison, c’est l’accident. Les complices de Johnny sont tués, un gamin est grièvement blessé dans le choc avec la voiture des kidnappeurs. Et le colis a disparu.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Denis Zott et que j’avais adoré son précédent roman, Maudite.

Cerise sur le gâteau, la couv’ est sublime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bienvenue à Puech Begoù, charmante bourgade du Tarn où les habitants se feront un plaisir de vous accueillir avec le sourire et de partager avec vous leur bonne humeur naturelle et leurs traditions…STOOOP !!! Ça c’est la version office du tourisme, rien à voir avec le bouquin de Denis Zott.

A Puybegon (Puech Begoù en occitan), il y a d’un côté la famille Baron qui tient les rênes de la vie politique et économique du village, à sa tête, Charles Baron, l’intouchable maire de la commune. Intouchable ? Pas pour la famille Renard, ils ne craignent personne mais tout le monde les craint, ils touchent à tous les trafics pourvu que ça rapporte du fric sans faire trop d’efforts, et que ce soit illégal.

Les Renard c’est d’abord Germaine, la mère, une vieille peau acariâtre. Puis il y a les jumeaux, Damien et Martial, et surtout le benjamin, Brice, le fils prodige, tout juste sorti de taule et toujours à l’affût d’un mauvais coup. Enfin il y a Césaire, que toute la famille prend un malin plaisir à traiter – et à maltraiter – comme un esclave.

Un équilibre fragile que chacun s’efforce à maintenir en ignorant le clan adverse. La moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. Nul n’aurait pu imaginer que cette étincelle prendrait la forme d’une mystérieuse Dame Blanche, et moins encore que c’est sa disparition qui allait provoquer l’Apocalypse de Puech Begoù.

Et au milieu de ce merdier sous haute tension, Johnny Grandin, un voyou à la petite semaine, plus proche des Pieds Nickelés que d’un caïd du milieu. À l’insu de son plein gré, il sera l’allumette d’où jaillira l’étincelle.

Tout ce beau monde constitue un sympathique (?) cocktail explosif à manipuler avec beaucoup de précaution… sauf que Denis Zott va nous passer le tout au shaker, histoire que ça déménage un max.

Vous n’avez là qu’un aperçu des acteurs de l’intrigue concoctée par l’auteur. Bien d’autres intervenants viendront mettre leur grain de sel et se retrouveront embringués au cœur d’un tumulte dont personne ne semble détenir les clés.

Personne ? Sauf Denis Zott bien entendu. Et c’est là où sa narration est exceptionnelle, il nous pousse à imaginer les différentes étapes d’un scénario… avant de les démolir une à une ; jusqu’à la révélation du pot aux roses qui prendra tout le monde de court et redistribuera les cartes.

Il y aurait tant de choses à dire que c’est le genre de chronique qu’il est frustrant d’écrire. on voudrait revenir sur tel ou tel point, sur le rôle de tel ou tel personnage, mais on se contraint au silence pour ne pas risquer d’en dire trop. Franchement spoiler une telle intrigue serait vraiment une énorme maladresse (ou un gros coup de pute… tout dépend es intentions du coupable).

Les personnages sont l’aboutissement d’un véritable travail d’orfèvre, ce qui contribuera largement à entraîner – intentionnellement – le lecteur sur de mauvaises pistes (je vous donne un indice, chez les Renard, il n’y a rien ni personne à sauver… à part ce brave Césaire).

L’intrigue est menée à la perfection. J’ai commencé ce bouquin dimanche en début d’après-midi (juste pour me faire une idée, sachant que je lis peu le weekend) ; dimanche en début de soirée je l’avais terminé. Impossible de le lâcher une fois embarqué dans le tourbillon du récit, et il suffit de quelques pages pour se faire happer.

Avec Maudite Denis Zott avait déjà placé la barre haut, il franchit un palier supplémentaire avec ce nouvel opus. Verdict sans appel, carton plein assuré !

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Isabelle Villain – De L’Or Et Des Larmes

AU MENU DU JOUR


Titre : De L’Or Et Des Larmes
Série : Groupe de Lost – Livre 5
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Luc Provost, le très médiatique entraîneur de gymnastique français, meurt dans un accident de voiture. La thèse du suicide, à seulement six mois des prochains jeux Olympiques de 2024, est très vite écartée.
L’affaire, considérée comme sensible et politique, est confiée au groupe de Lost. Pourquoi vouloir assassiner un homme qui s’apprêtait à devenir un héros national ?

Rebecca et son équipe se retrouvent immergées dans un monde où athlètes et familles vivent à la limite de la rupture avec pour unique objectif l’or olympique. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour l’obtenir.
Jusqu’au jour où le sacrifice demandé devient insurmontable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que cette maison d’éditions ne m’a jamais déçu… un catalogue riche en pépites !

Parce que c’est Isabelle Villain et que ça me permet de retrouver, pour la troisième fois, le Groupe de Lost au cœur de la tourmente.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime bien ces auteurs qui nous proposent de suivre l’évolution de leurs personnages à travers plusieurs romans, ça tombe bien car c’est exactement ce que fait Isabelle Villain avec « son » Groupe de Lost. C’est mon troisième rendez-vous avec Rebecca de Lost et son équipe (j’ai raté les deux premiers… mais comme ils ont été réédités par Taurnada, ils figurent dans mon Stock à Lire Numérique).

Après l’armée dans Blessures Invisibles, c’est au tour du sport de haut niveau de passer sur le grill. Il faut dire que le contexte, avec l’approche des JO 2024 à Paris, s’y prête plutôt bien. Pour son intrigue l’auteure s’est inspirée de faits réels survenus aux Etats-Unis… affirmer que ça ne pourrait pas se produire en France serait un déni un peu trop facile, plus proche de la politique de l’autruche que d’une quelconque réalité ! Il faut juste que les langues se délient et passent outre l’omerta du milieu. Une réalité qui commence à sortir de l’ombre depuis quelques années et quelques affaires très médiatisées.

Bien que la gymnastique artistique ne soit pas forcément la discipline la plus populaire auprès du grand public, on comprend rapidement que le choix d’Isabelle Villain ne doit rien au hasard. C’est en effet une discipline qui exige un engagement physique et psychique sans faille des athlètes qui vont malmener leur corps pour gagner aussi bien en force qu’en souplesse. Une discipline surtout où l’âge limite est rapidement atteint pour les sportifs. Enfin c’est aussi un sport dans lequel les athlètes français sont, depuis des années, absents des podiums.

Tout commence par un accident de la route dans lequel l’entraîneur de l’équipe olympique trouve la mort. Accident ? En fait non, il va rapidement s’avérer que le véhicule a été saboté. Mais qui avait intérêt à éliminer celui qui pouvait porter « ses » athlètes sur les plus hautes des podiums olympiques ? Un athlète évincé ? Un parent ? Un concurrent ?

C’est à toutes ces questions, et bien d’autres, que vont devoir répondre Rebecca de Lost et son groupe. Et il faut des réponses rapidement ! Sa hiérarchie lui met la pression, l’affaire est sensible et suivie de près, aussi bien par les médias que par les plus hautes autorités.

Malgré la pression Rebecca de Lost compte bien ne négliger aucune piste et ne faire aucune concession dans sa quête de la vérité. Elle est loin de se douter que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord.

Pour le plus grand plaisir des lecteurs, Isabelle Villain nous offre une intrigue riche en rebondissements avant d’entrer dans le cœur du sujet. Un sujet délicat (pour ne pas dire tabou) qui exigera des faits et des témoignages face à une suspecte qui ne laisse rien transparaître de ses émotions.

Je n’irai pas plus loin dans le déroulé de l’intrigue, certaines indications données précédemment vous ont peut-être mis la puce à l’oreille. Mais je peux pourtant vous assurer que vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé les personnages du Groupe De Lost, leur étroite complicité demeure intacte au fil des enquêtes – même si certains quittent le groupe, remplacés par de nouveaux venus –, on retrouve les problématiques humaines des uns et des autres

Une fois de plus Isabelle Villain met l’humain au cœur de son intrigue, c’est vrai non seulement au niveau du groupe d’enquêteurs, mais aussi au niveau des athlètes sélectionnés pour les Jeux de Paris qui forment un tout parfaitement solidaire et soudé (même si chacun ne perd pas de vue son objectif : un podium olympique, de préférence sur la plus haute marche).

Nul besoin d’être féru de gymnastique, ni même de sport en général (en pratique ou sur petit écran), pour se laisser porter par l’intrigue de l’auteure. Ce bouquin est un thriller bien construit et hautement addictif qui vous scotchera à votre canapé jusqu’à sa conclusion.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Karine Giebel – Glen Affric

AU MENU DU JOUR


Titre : Glen Affric
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Plon
Parution : 2021
Origine : France
768 pages

De quoi ça cause ?

Léonard est différent. Au collège il est le souffre-douleur d’un petit groupe d’élèves. Harcèlement, racket et humiliation font partie de son quotidien. Heureusement à la maison il peut compter sur l’amour indéfectible de sa mère, Mona.

Léonard rêve de pouvoir fuir ce monde qui le rejette. Partir en Écosse, à Glen Affric, rejoindre son frère Jorge.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel. Au fil de ses romans, cette auteure a le don de me surprendre et de me prendre aux tripes. Sa signature est l’assurance de lire un excellent thriller.

Ma Chronique

Longtemps je me suis posé des questions sur la signification du titre Glen Affric, il m’aurait suffi de lire la quatrième de couv’ pour avoir la réponse ; au lieu de ça mes circonvolutions neuronales cherchaient la clé de l’énigme du côté de l’Afrique… Bien loin des Highlands écossais donc.

Dans son nouveau roman Karine Giebel nous invite à suivre les parcours de trois individus malmenés par la vie.

Leonard, 15 ans, souffre d’un retard mental qui fait de lui le souffre-douleur du collège. Malgré un physique de colosse et la force qui va avec, il encaisse les insultes (Léonard le bâtard, Léo le triso) et les humiliations sans jamais chercher à s’opposer à ses harceleurs / racketteurs. Puis un jour c’est l’humiliation de trop, Leonard craque et décide de donner une leçon à ces emmerdeurs. Une décision qui sera lourde de conséquences, sa vie – qui n’était déjà pas rose – bascule dans le cauchemar.

Jorge, 36 ans, sort de prison après avoir purgé une peine de 16 ans pour un double meurtre dont il a toujours clamé être innocent. En liberté conditionnelle, une épée de Damoclès peut, à la moindre erreur, le renvoyer en prison. Pas facile de retrouver une place dans la société quand, pour la plupart des villageois, il n’est qu’un assassin en liberté.

Depuis la mort accidentelle de ses parents, Angélique est mutique, de fait elle a été placée sous la tutelle de son oncle. Sous des apparences respectables, son tuteur est une ordure qui la séquestre, la traite comme une esclave et abuse d’elle.

Si on devine assez vite le lien entre Leonard et Jorge, il est plus difficile de les relier à Angélique. Et pourtant, ils l’ignorent, mais tous les deux ont un lien plus ou moins direct avec la jeune femme.

Impossible de ne pas citer Mona, véritable mère courage qui garde la tête haute en toute circonstance.

Une fois n’est pas coutume, dans le présent roman c’est la Justice qui tient le mauvais rôle et tout particulièrement la gendarmerie. Les gendarmes intervenants dans le déroulé de l’intrigue sont bien souvent des péquins qui abusent des prérogatives de l’uniforme et de l’autorité qui va avec.

Des personnages forts auxquels l’auteure apporte un soin particulier, au fil des chapitres, elle nous place dans la peau – et la tête – des acteurs principaux de son intrigue. Impossible de ne pas s’attacher à Léonard, Jorge, Angélique, Mona et une poignée d’autres personnages secondaires. Impossible aussi de ne pas en haïr certain, en tête de file Maréchal (l’oncle d’Angélique) et le bas du képi Solers.

Une intrigue qui n’hésitera pas à malmener ses personnages, avec son lot de – mauvaises – surprises. Une fois de plus Karine Giebel nous offre un thriller psychologique parfaitement maîtrisé, une fois de plus elle saura y faire pour vous vriller les tripes, une fois de plus vous pouvez vous attendre à des poussées d’adrénaline, une fois de plus elle excellera à jouer sur une large palette d’émotions.

Heureusement tout n’est pas noir dans le bouquin, c’est aussi et avant tout l’histoire d’une formidable amitié entre Léonard et Jorge, ils vont apprendre à se connaître, à se faire confiance et se compléter.

Une fois de plus Karine Giebel me laisse KO debout au moment de refermer son roman. Quel régal de se laisser entraîner dans ce tourbillon d’émotions, plus d’une fois aurez envie de crier à l’injustice face aux drames qui s’abattent sur Léonard, Jorge et Angélique… ça fait mal au cœur et mal au bide, mais que c’est bien fait ! On en viendrait presque à en redemander.

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Stephen King – Après

AU MENU DU JOUR


Titre : Après
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : États-Unis
320 pages

De quoi ça cause ?

Jamie Conklin est un enfant comme les autres, à ceci près qu’il peut voir les morts et leur parler. Et un mort est condamné à ne jamais mentir. Un don qui peut vite se transformer en malédiction comme Jamie le découvrira en croisant la route de Kenneth Therriault, un tueur en série qui s’est suicidé alors que l’étau policier se resserrait autour de lui…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Stephen King… what else ?

Ma Chronique

La première surprise de ce Stephen King cuvée 2021 vient de la taille de l’objet (je parle bien entendu du bouquin… juste pour qu’il n’y ait pas de malentendu). À peine plus de 300 pages alors qu’il nous avait habitué à des pavés de 600 pages, et plus si affinités ! Vérifions si l’adage populaire qui affirme que la taille ne compte pas va se vérifier sous la plume du King.

Pour rester dans les premières impressions (avant lecture), je trouve que le visuel de la couv’ est superbe, bien plus réussie que la couv’ de la VO qui, à mon sens, ne rend pas hommage au récit avec ses airs de romans de gare vintage.

L’auteur donne la parole à Jamie qui âgé de 22 ans et bénéficiant d’un certain recul va nous raconter son histoire pas franchement ordinaire. Une histoire qui commence alors qu’il a six ans et qu’il rentre de l’école avec sa mère, une journée qui aurait pu ressembler à toutes les autres si leur voisine n’avait pas décidé de mourir. Une histoire qui va se prolonger jusqu’à l’année de ses 18 ans.

Jamie a une relation fusionnelle avec sa mère, Tia, responsable d’une petite maison d’édition. La vie leur sourie jusqu’en 2008 et la crise économique, les économies du foyer fondent comme neige au soleil à la suite de mauvais placements, exit le bel appartement et les beaux quartiers, exit l’école privé… il faut serrer la ceinture pour joindre les deux bouts. L’année suivante la maison d’édition perd son auteur fétiche qui meurt avant d’avoir pu achever le dernier tome d’une série à succès (toute ressemblance avec un certain GRR Martin… pas encore mort, mais pas pressé de nous livrer la suite du Trône de Fer…).

Je ne vais pas vous raconter tout le bouquin mais je pense que vous voyez à peu près comment Tia et son fils peuvent rebondir face à cette nouvelle épreuve (si vous ne voyez pas, je vous invite à lire le roman). De toutes façons ce n’est que le début de l’intrigue, les choses sérieuses ne commenceront que quelques années plus tard…

Stephen King nous livre une intrigue totalement addictive entre thriller et fantastique (un cocktail dont il maîtrise les règles) avec quelques scènes sanglantes mais pas de quoi donner le grand frisson aux lecteurs. Et c’est justement mon principal (et sans doute même unique) regret vis-à-vis de ce bouquin : il est maîtrisé de bout en bout, pas la moindre fausse note ne vient faire dérailler la mécanique imaginée par l’auteur, mais il manque un petit quelque chose pour en faire un grand cru du King.

Écrit par un autre auteur j’aurai sans doute été tenté de porter aux nues ce roman (malgré quelques ressemblances frappantes avec Le Sixième Sens, le film de M. Night Shyamalan), mais je reste convaincu que Stephen King aurait pu nous offrir un récit encore plus abouti.

À côté de ce petit bémol je ne peux que souligner les qualités incontestables de ce bouquin, à commencer par ses personnages et son intrigue, mais le véritable tour de force de l’auteur réside dans l’évolution du style du récit au fil des chapitres. On a parfois l’impression de lire un journal intime de Jamie plutôt qu’un récit fait avec quelques années de recul.

Pas un grand cru mais un très bon roman que les plus gourmands dévoreront d’une traite. Comme quoi quantité et qualité ne vont pas toujours de pair ; la taille de compte pas, CQFD !

MON VERDICT