[BOUQUINS] Jérôme Camut & Nathalie Hug – Loin De La Fureur Du Monde

Massif des Pyrénées.
Alix vient d’être nommée policière municipale quand la disparition de son meilleur ami la pousse à s’aventurer seule dans la forêt primaire de la Mâchecombe. Une zone interdite qui jouit d’une sombre réputation. On raconte en effet que nombre de ceux qui s’y sont risqués n’en sont jamais revenus. Mais Alix ne craint pas la rumeur et, pour ceux qu’elle aime, elle braverait les pires dangers. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle s’apprête à entrer sur le territoire de John, un être sauvage et singulier qui manifeste une réelle hostilité envers les hommes…

Parce le couple Jérôme Camut et Nathalie Hug (les CamHug pour les habitués) n’hésite pas à sortir des sentiers battus et à proposer à chaque fois un roman qui impose sa propre griffe.

Comme cela faisait déjà un certain temps que ne m’étais pas frotté à leur plume, c’est l’occasion de réparer cette lacune.

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Loin De La Fureur Du Monde ne déroge pas à ce qui pourrait la devise du couple CamHug : « Oser et surprendre ». Rapidement le roman impose sa griffe avec une intrigue dense (presque trop… on frôle même le too much parfois), des personnages soignés et un cadre qui ferait presque figure lui aussi de personnage à part entière tant son rôle sera prépondérant dans le déroulé de l’intrigue.

Commençons par le théâtre des opérations, la forêt de Mâchecombe, nichée au cœur des Pyrénées. Une forêt presque comme les autres, si ce n’est que l’on y recense un nombre anormalement élevé de disparitions mystérieuses sans qu’aucun corps ne soit retrouvé. Il n’en faut pas davantage pour que les gens du coin parlent de malédiction et pour que les légendes urbaines viennent ajouter une couche de sordide à l’endroit.

Le lecteur découvrira par la suite que ladite forêt cache bien un secret mais que celui-ci n’a aucun lien avec de quelconques phénomènes inexpliqués.

Ajoutez à cela un site d’orpaillage sauvage et quelques mafieux pas vraiment fréquentables… vous avouerez que ça commence à faire beaucoup pour un bled paumé au fin fond des Pyrénées.

C’est pourtant dans ce décor un tantinet chaotique que les auteurs vont dérouler leur intrigue. Si l’intrigue en question tient bien du thriller, elle jouera aussi à fond la carte de l’humain, aussi bien individuellement que dans les relations (et leur évolution) qui lient les différents acteurs.

Si le roman ne tient pas vraiment en haleine le lecteur, il est toutefois suffisamment bien construit pour que l’on ait envie de connaître la suite et découvrir le(s) fin(s) mot(s) de l’histoire. Pas de grands bouleversements non plus au fil de l’intrigue, même l’ultime révélation était prévisible ; nul besoin pour cela de se référer à la devise de ce brave Sherlock : « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

Pour faire simple on va dire que le bouquin fait le job sans faire de zèle, avec en prime un rappel à quel point il est important de préserver notre environnement. De l’écologie au sens noble du terme, bien loin de sa déclinaison politique dénaturée et viciée.

Des retrouvailles avec les CamHug en demi-teintes donc, mais je ne prononce pas pour autant la rupture. Soit je vais extraire de mon Stock à Lire Numérique un de leurs précédents romans, soit j’attendrai sagement le prochain…

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Prime Time

Alors que des millions de téléspectateurs regardent le 20h sur la chaîne nationale, un homme masqué, la voix déformée, prend en otage le présentateur vedette.

Si le direct est coupé, il le tue.

Parce que c’est Maxime Chattam, une raison suffisante pour me faire craquer.

Imaginez le topo : vous êtes devant la télé, en attente du 20 heures de TF1 (je prends la première comme référence du fait de la proximité avec le nom de la chaîne dans le roman, MD1). Générique, les titres présentés par Gilles Boulleau et le déroulé du journal commence comme tous les jours. Soudain un individu masqué, sorti de nulle part, braque son arme sur ce brave Gilles et le prend en otage. Son premier ultimatum donne le ton, si la chaîne coupe le direct, le journaliste sera abattu.

Ça jette un froid n’est-il point ? Et maintenant posez-vous la question de savoir quelle sera votre réaction et surtout répondez-y en toute honnêteté. Est-ce que vous éteignez le poste et passez à autre chose ou est-ce que vous attendez la suite, scotché à votre écran ?

C’est le point de départ du dernier roman de Maxime Chattam, vous l’aurez compris il sera beaucoup question du poids des médias dans la société contemporaine, leur influence sur le public et leur « moralité ». Jusqu’où peut-on aller pour satisfaire son audience ? Et accessoirement les actionnaires.

Pour donner un maximum de crédibilité à son intrigue, l’auteur s’est immergé dans les coulisses d’un journal télévisé. A l’image des icebergs, ce que l’on voit (le JT à l’écran) n’est qu’une infime partie de tout ce qui se joue avant (préparation et ordonnancement des reportages), pendant (en coulisse toute une équipe est mobilisée) et après (en l’occurrence nous ne le verrons pas dans le déroulé de l’intrigue du roman mais le sujet est abordé lors d’échanges entre les personnages).

Il est de coutume qu’une œuvre de fiction démarre par l’avertissement suivant : « Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence. » Difficile cependant de ne pas faire le rapprochement entre Paul Daki-Ferrand, journaliste vedette et charismatique de la chaîne MD1, avec PPDA à la grande époque de TF1. Plus encore compte tenu des événements qui suivront dans le roman. Fortuite coïncidence ? Hmouais, faut le dire vite alors.

Sur ce point l’auteur s’explique dans un entretien à Télé-Loisirs : « (…) l’avantage de la fiction, c’est qu’elle permet de dire ce qu’on veut et ce qu’on pense. Des choses qu’on a envie de dire, que l’on ressent, qu’on a en soi, et après, chacun les interprète comme il veut. »

En plus des médias, le second grand acteur du roman de Maxime Chattam est le GIGN, notamment la cellule de médiation. Là encore l’auteur a pu bénéficier d’une immersion au sein du groupe d’élite de la Gendarmerie Nationale afin de coller au mieux à leur réalité. À ce titre le roman peut être perçu comme un légitime hommage au GIGN.

L’auteur tisse une intrigue qui va se densifier au fil des événements, une grande partie se joue à huis-clos dans les coulisses du JT. Devant l’ampleur de l’affaire le GIGN et la Section de Recherche (SR) de la Gendarmerie vont être amenés à collaborer étroitement. Ce sont les investigations de la SR qui nous permettent de sortir des studios de MD1… mais question pour autant de souffler un peu, eux-aussi vont être sur la brèche.

Pour tisser son intrigue Maxime Chattam se repose sur un binôme constitué de Charléne, cheffe d’édition chez MD1, et Yanis, négociateur du GIGN. Ce-dernier va en effet servir de mentor à la jeune femme qui va devenir leur lien avec le preneur d’otage, Kratos.

Bien entendu d’autres personnages auront leur mot à dire et leur rôle à jouer. L’auteur ne laisse rien au hasard pour rendre son récit redoutablement addictif. Et la sauce prend rapidement, une fois ferré, vous aurez bien du mal à lâcher le roman.

Un très bon cru ce Maxou 2024 !

[BOUQUINS] David Joy – Les Deux Visages Du Monde

Après quelques années passées à Atlanta, Toya Gardner, une jeune artiste afro-américaine, revient dans la petite ville des montagnes de Caroline du Nord d’où sa famille est originaire. Déterminée à dénoncer l’histoire esclavagiste de la région, elle ne tarde pas à s’y livrer à quelques actions d’éclat, provoquant de violentes tensions dans la communauté.

Au même moment, Ernie, un policier du comté, arrête un mystérieux voyageur qui se révèle être un suprémaciste blanc. Celui-ci a en sa possession un carnet dans lequel figurent les noms de notables de la région. Bien décidé à creuser l’affaire, Ernie se heurte à sa hiérarchie.

Quelques semaines plus tard, deux crimes viennent endeuiller la région. Chacun va alors devoir faire face à des secrets enfouis depuis trop longtemps, à des mensonges entretenus parfois depuis plusieurs générations.

Parce que le duo Sonatine / David Joy a déjà fait ses preuves, avant même d’ouvrir le roman on sait que c’est une lecture qui nous prendra aux tripes et nous remuera les méninges.

Je remercie les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Dans ce roman David Joy aborde de front les thèmes du racisme et des traditions, deux thématiques qui s’opposeront dans cette bourgade de Caroline du Nord en apparence si paisible. En effet pour certains la statue d’un soldat confédéré est une insulte et une ode au suprémacisme Blanc, pour d’autres ce n’est qu’un rappel historique sans aucune arrière-pensée.

Le meurtre brutal d’une jeune étudiante noire et l’agression d’un adjoint du sheriff va exacerber les tensions entre les communautés. S’il y a un racisme affiché et revendiqué dans les mots et dans les faits par certains, il en est un plus insidieux fait de mots anodins pour celui qui les prononce mais qui peuvent blesser celui qui les entend. Il est parfois plus facile d’adopter la politique de l’autruche plutôt que d’affronter la vérité en face, mais quoi qu’il en soit, ce n’est pas parce qu’on ne parle pas de quelque chose que cette chose n’existe pas.

Une fois de plus David Joy trouve les mots justes afin que les lecteurs puissent avoir les deux sons de cloche sans aucun parti pris de sa part (inutile, les faits parlent d’eux-mêmes). Il parvient avec intelligence à nous pousser à nous questionner sur ces réflexions qui ressemblent davantage à des clichés de péquenots incultes qu’à de véritables jugements de valeur ; je doute fort que nous soyons nombreux à ne pas être, au moins une fois, tombé dans le piège de ces raccourcis réducteurs.

Si l’auteur ne néglige pas son intrigue, il faut bien reconnaître que ce sont les échanges entre les différents personnages qui nous interpellent plus que les faits eux-mêmes. Des échanges souvent vifs au cours desquels certains semblent découvrir un fossé qu’ils préféraient ignorer.

L’intrigue à proprement parler va se tisser à travers les deux enquêtes, l’une pour meurtre, menée par l’inspectrice Leah Green, l’autre pour agression dirigée par le sheriff Coggins. Pour la seconde nul besoin d’être le fils illégitime d’Hercule Poirot et de Miss Marple pour deviner qui est à l’origine de l’attaque… mais encore faut-il parvenir à le faire tomber et à identifier ses nombreux complices. Le meurtre en revanche donnera plus de fil à retordre, c’est presque par manque de suspects que l’on viendra à s’interroger sur le véritable rôle d’un personnage.

Pour servir son intrigue David Joy va s’appuyer sur des personnages forts, certains seront d’emblée attachants (je pense aux trois générations de la famille Jones/Gardner, Vess, Dayna et Toya), d’autres méprisables au plus haut point (tels William Dean Cawthorn ou Ash Slade, qui représentent les deux faces d’une même pièce). N’allez surtout pas croire que l’auteur va jouer la carte de la facilité manichéenne, dans leur grande majorité les personnages ne sont ni tout noirs, ni tout blancs, mais plutôt en nuances (plus ou moins foncées) de gris.

Un roman noir qui vous prendra aux tripes et vous fera passer par un large panel d’émotions. Un sujet grave et plus que jamais d’actualité avec la réélection de Donald Trump, traité avec intelligence et beaucoup d’humanité.

[BOUQUINS] Jean Reno – Emma

Rien ne prédestinait Emma à vivre une telle aventure. Masseuse dans un centre de thalassothérapie en Bretagne, et encore bouleversée par la disparition de sa mère, elle est envoyée, à 28 ans, au sultanat d’Oman pour former les équipes d’un centre de bien-être. À la tête de cet établissement luxueux, le très séduisant fils d’un ministre influent.

Mais celle dont les mains font des merveilles se retrouve au cœur d’une incroyable affaire d’état. Pourchassée par des hommes du palais de Mascate, elle devient la femme à abattre. Face aux pièges qui lui sont tendus, une autre Emma se révèle alors. Redoutable. Intrépide. Et qui pourrait bien faire le bonheur des services secrets français…

Je reconnais sans complexe que c’est la curiosité qui m’a poussé vers ce bouquin. Plus que le pitch à proprement parler, c’est surtout l’envie de découvrir une nouvelle facette de Jean Reno qui a motivé mon choix de lecture.

Comme la plupart d’entre nous je connais Jean Reno en tant qu’acteur dont la carrière a d’abord été boostée par Luc Besson qui lui confiera des rôles secondaires dans Le Dernier Combat et Subway avant de le mettre en avant dans Le Grand Bleu, Nikita et Léon. Mais c’est surtout son interprétation de Godefroy de Montmirail dans Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré qui marquera les esprits (et les zygomatiques) du public.

Au vu de la grande diversité des rôles qu’il a pu interpréter au fil de sa carrière d’acteur, il était difficile d’imaginer quel ton il donnerait à Emma, son premier roman. S’agissant d’un thriller d’espionnage, j’espérais retrouver une certaine noirceur dans le traitement de son intrigue.

Nous allons donc faire connaissance avec Emma, une masseuse dans un centre de thalassothérapie du Morbihan. D’emblée on découvre un personnage fortement marqué par un drame personnel et qui traîne depuis un lourd sentiment de culpabilité. Un personnage que l’auteur parvient facilement à rendre attachant avec son côté électron libre. Et puis elle a un chat, c’est donc forcément quelqu’un de bien !

De fil en aiguille (et surtout après une séance de massage) notre sympathique Emma va se retrouver à Oman où va elle va devoir former l’équipe en charge des massages dans un impressionnant complexe de thalassothérapie. Les choses sérieuses peuvent alors commencer…

C’est presque à l’insu de son plein gré que la formatrice va se retrouver à jouer les espionnes au service de la France. Je reconnais volontiers que l’ensemble est plutôt agréable à lire, mais n’espérez pas de brusques montées d’adrénaline, ça reste globalement très gentillet.

Si je ne crache sur de la guimauve en friandise (aaah les Chamallows de Haribo), j’en suis nettement moins friand quand elle s’invite dans une intrigue où elle ne s’imposait pas. Une touche de romance à la James Bond ça passe, mais quand ça dégouline de toute part on frôle l’indigestion. J’ai parfois eu la désagréable impression d’avoir un bouquin Harlequin entre les mains.

À sa décharge Jean Reno avoue avoir eu dans l’idée d’écrire avant tout une histoire romantique, pas de bol pour moi j’ai lu cette interview après avoir lu le roman.

Ce serait malhonnête de ma part de dire que ce bouquin est condamné au naufrage ou aux oubliettes, franchement je ne me suis pas ennuyé un seul instant en le lisant. Je le referme juste avec une pointe de déception face à des attentes non satisfaites.

Même si l’auteur reste dans le vague quant à une éventuelle suite, la fin laisse une porte grande ouverte à un prochain retour d’Emma 007. Malgré un ressenti mi-figue, mi-raisin je répondrai présent en espérant que les faiblesses de ce premier roman seront rectifiées.

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Norferville

Détective et criminologue à Lyon, Teddy Schaffran apprend que le corps de sa fille a été découvert dans une ville minière très isolée du Grand Nord québécois, Norferville. Morgane a été sauvagement mutilée, abandonnée dans la neige non loin d’une réserve autochtone. Sans réfléchir, Teddy plaque tout pour se rendre sur place, bien décidé à comprendre ce qui s’est passé.

Là-bas, Léonie Rock, une flic métisse, est mise sur l’affaire. Elle est alors contrainte de renouer avec cet endroit coupé de tout où elle est née et où, adolescente, trois inconnus l’ont violée. Un retour vers son enfer, alors que les températures frôlent les -20°C.

Ensemble, ces deux êtres éprouvés par la vie vont se démener pour trouver des réponses malgré l’inhospitalité de la nature et des hommes.

Parce que c’est Franck Thillez, une plume incontournable du thriller francophone et l’assurance de découvrir une intrigue qui nous scotchera au bouquin et ne manquera pas de nous surprendre.

Afin de changer d’air j’ai décidé de m’offrir une escapade dans le grand nord québécois en compagnie de Franck Thilliez. Vous vous doutez bien qu’avec un pareil maître de cérémonie cette escapade ne sera pas vraiment une promenade de santé.

Le cadre déjà est on ne peut plus éloigné des clichés façon carte postale du Grand Nord. Un bled paumé au fin fond de nulle part, accessible seulement par train… quand les conditions météo le permettent. Une petite ville qui ne doit sa survie qu’à l’exploitation minière voisine. Une exploitation qui divise un peu plus une population scindée en deux blocs avec les occidentaux d’un côté et les autochtones amérindiens de l’autre.

Cerise sur le gâteau, Franck Thilliez décide de poser son intrigue au cœur de l’hiver… Un hiver qui peut s’avérer mortel à plus d’un titre en cas d’imprudence. Voilà le décor est planté.

Léonie Rock, lieutenant à la Sûreté du Québec, espérait bien ne jamais remettre les pieds à Norferville. Adolescente elle a été, avec une amie, victime d’une agression restée impunie. C‘est une affaire de meurtre avec une victime européenne qui va la contraindre à retourner là-bas et à se confronter à ses démons passés.

Le père de la victime, Teddy Schaffran, un détective et « profiler » français, lui sera un précieux renfort pour cette enquête qui s’annonce particulièrement complexe… et pourrait bien n’être que la partie visible d’un iceberg encore plus sordide.

Dans ce roman Franck Thilliez fait quasiment de l’environnement un personnage à part entière, à tel point que c’est parfois lui seul qui déterminera ce que les personnages pourront faire, ou, au contraire, se verront condamner à ne pouvoir faire. Un contexte qui va influer directement sur certaines phases de l’intrigue.

L’auteur sait y faire pour rendre son intrigue totalement addictive et l’émailler de quelques rebondissements parfois inattendus. A l’instar de Léonie et Teddy, plus d’une fois nous ne saurons plus vraiment qui est digne de confiance ou non parmi les personnes interrogées. Il faut dire que les enjeux ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Avec ce roman l’auteur nous propose une sorte de huis clos à ciel ouvert, certes les personnages ne sont pas enfermés dans une même pièce, mais c’est la ville et ses environs sont coupées du monde par des centaines de kilomètres de terres enneigées et une météo aussi chaotique qu’imprévisible.

L’intrigue est rondement menée, pas forcément à un train d’enfer mais ça colle plutôt bien au climat, comme si le froid ambiant tétanisait tout ce qu’il frappe. Si je devais émettre un bémol je dirais que le fin mot de l’histoire est un peu trop prévisible. J’aurai aimé quelque chose de plus surprenant, une révélation qui nous laisse vraiment sur le cul plutôt que ce timide « ah bin ouais » un tantinet désabusé…

Si Norferville est issue de l’imagination de Franck Thilliez, il reconnaît volontiers s’être largement inspiré de villes minières bien réelles bâties sur le même modèle. Simplement il ne voulait pas que son intrigue puisse être rattachée à un endroit existant afin de ne pas entacher son image. Tout ce qui a trait aux disparitions, viols et meurtres de femmes autochtones est malheureusement une triste réalité qui commence lentement mais sûrement à sortir de l’oubli.

[BOUQUINS] Patrick Senécal – Civilisés

« Recherchons douze individus pour expérience scientifique passionnante. Celle-ci, supervisée par des psychologues, cherche à étudier et analyser les compor­­tements des humains lorsqu’ils se retrouvent dans un groupe précis dans un contexte particulier. […] »
 
Ils seront donc douze individus, provenant de tout horizon, à vivre quelques jours ensemble, isolés du reste du monde. Ils formeront malgré eux une communauté de laquelle surgira parfois le meilleur, parfois le pire, et souvent le plus ridicule de l’humain.

Force est de reconnaître que la couv’ attire inévitablement le regard ; je ne dis pas forcément que vous serez sous le charme – l’effet contraire étant tout aussi probable –, mais elle ne devrait laisser personne indifférent.

Parce que c’est Patrick Senécal. Ce n’est que le troisième roman que je lis de cet auteur, mais la quatrième de couv’ laisse présager quelque chose de différent de ce qu’il propose d’habitude.

Commençons par une remarque de pure forme. Si la couv’, signée Jeik Dion, capte tout de suite le regard, force est toutefois de reconnaître qu’elle n’a pas grand-chose à voir avec l’intrigue du présent roman.

Afin de demeurer sur la forme, je tiens à préciser que, dans la mesure du possible, je cherche à privilégier les éditions québécoises quand je lis des textes d’auteurs originaires du Québec. Je trouve que cela rend les échanges entre les personnages plus réalistes, plus bruts de décoffrage. C’est aussi l’occasion de relever – gentiment – les contradictions de ces fervents défenseurs de la langue française qui n’hésitent pourtant pas à ponctuer leurs propos de termes 100% anglais.

Fin des digressions de pure forme… entrons dans le vif du sujet !

Tout commence (ou presque) par une petite annonce publiée en novembre 2022 dans différents médias québécois. Ladite annonce s’ouvre sur ces termes :

Et s’achève par une promesse :

Sans vouloir aller trop vite en besogne je peux d’ores et déjà vous assurer que la promesse finale sera tenue… au-delà de tout ce que pouvaient imaginer les candidats !

Dès les premières lignes du roman on découvre que Patrick Senécal va s’amuser avec ses lecteurs au fil des pages. Il s’adresse directement à nous afin de partager quelques remarques sur le processus de création littéraire, d’autres fois simplement pour souligner tel ou tel point du récit. Du coup, bien que la situation de nos « heureux élus » vire au drame sanglant et mortel, on ne peut s’empêcher un certain détachement, comme si tout cela n’était qu’un jeu macabre imaginé par l’auteur. Une sensation renforcée par le recours fréquent à l’humour (noir, forcément).

Au terme du processus de sélection, douze candidats seront retenus pour participer à cette expérience, des profils très différents les uns des autres. Ladite expérience commencera dès leur embarquement sur un yacht de luxe, ils ne savent rien de leur destination, ni du déroulé de leur « aventure ». Tout ce qu’ils savent c’est qu’ils partent pour 10 jours au terme desquels ils seront indemnisés de 3000 dollars.

Quant à toi ami lecteur, tu devineras sans peine quel sera le grain de sable qui va faire dérailler une mécanique moins bien huilée qu’elle n’y paraît. Force est de constater que tu avais raison, dès la seconde phase de l’expérience les choses dérapent et échappent à tout contrôle… et que ce foutu grain de sable est bien celui que tu soupçonnais.

Avec son lot pour le moins hétéroclite de candidats (de moins en moins heureux d’avoir été sélectionnés) l’auteur peut, au gré de ses envies, les faire se rapprocher ou s’opposer sur fond de thèmes sociétaux d’actualité (la « culture » woke, les rapports au sexe ou à l’intégration, le racisme, la drogue…). Mais ne comptez pas sur Patrick Senècal pour vous assommer avec des leçons de morale à deux balles, ses personnages sont ce qu’ils sont, point barre.

Vous l’aurez compris, l’auteur abandonne le sérieux de ses précédents romans. S’il reste dans le registre noir c’est pour mieux jouer avec les codes du genre, les remanier et les tordre, quitte à parfois provoquer des situations totalement invraisemblables. Mais on s’en fout ! On a juste envie de suivre Patrick Senécal pour découvrir où nous mènera son grain de folie.

Nul doute que derrière ce détachement apparent, la dernière journée des survivants (si vous n’aviez pas encore compris qu’il y aurait des morts, je suis navré pour vous) vous réservera bien des surprises.

Je ne m’attarderai pas sur le profil des différents candidats, disons simplement qu’il y en a une qui a eu le don de m’horripiler tout au long de sa présence. L’archétype presque caricatural de la woke attitude qui a honte de sa couleur de peau, honte de sa sexualité, honte d’exister et qui ne peut s’empêcher de se sentir complice /coupable de toutes les tares de l’humanité… Le profil type du très-bien-vivre-ensemble sur fond de politiquement correct dopé à l’hypocrisie et à la bien-pensance.

Un roman original que vous aurez bien du mal à lâcher. Si le choix narratif de l’auteur peut, de prime abord, paraitre déconcertant, force est de reconnaitre que l’ensemble fonctionne à la perfection, en grande partie du fait de ce choix justement.

[BOUQUINS] David Coulon – Demain Disparue

Pourquoi Lif et Romuald ont-ils accepté cette invitation à dîner ?
Leur couple bat de l’aile, le village dans lequel ils doivent aller est complètement isolé et une effroyable tempête menace.
Mais une promesse est une promesse, il faut sauver les apparences.

Cependant, à peine arrivés, les événements étranges se succèdent : Qu’arrive-t-il à Marie, l’amie de toujours de Lif ? Elle ne la reconnaît plus. Qui sont ces deux adolescents également présents au dîner ? Et pour quelles raisons leurs amis ont tant insisté pour les voir ce soir ? Ce soir en particulier…

Très vite, Lif n’a plus qu’un seul objectif : fuir cette maison où la peur règne en maître.
D’autant qu’elle n’est pas seule, elle doit également protéger l’enfant qu’elle porte dans son ventre.

Parce que David Coulon m’avait agréablement surpris et déconcerté avec son roman Trouble Passager.

Force est de reconnaître que le pitch du présent roman avait tout pour titiller ma curiosité.

Je remercie les éditions Fayard et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si le bouquin commence de façon assez classique (un couple en instance de séparation accepte une invitation à diner chez des amis qui habite un village tranquille), David Coulon donne rapidement à son récit une tournure pour le moins inattendue.

Dès les premières pages l’auteur parvient à imposer une ambiance oppressante alors que le cœur de l’intrigue n’est pas encore réellement enclenché, par sa narration même des événements anodins deviennent de potentielles sources d’angoisse. Les choses iront crescendo jusqu’à devenir franchement anxiogène une fois que David Coulon aura entraîné Lif dans les méandres de son scénario machiavélique.

Bien qu’il soit question de dérèglement climatique dans ce roman, je ne le qualifierai pas pour autant d’engagé… pour le bien de la cause écologiste. En effet l’auteur fait des défenseurs de la planète de véritables psychopathes qui défendent un écoterrorisme extrême et destructeur.

En toute franchise je dois avouer que David Coulon m’a scotché avec ce roman, je ne m’attendais pas du tout à ce que le récit prenne une telle tournure. Le bougre sait y faire pour jouer avec les nerfs et les certitudes de ses lecteurs – ce qui implique de malmener ses personnages – mais aussi et surtout pour rendre son roman totalement addictif. On est sur le fil du rasoir quasiment de la première à la dernière page… et on en redemande.

Le récit est certes porté par le personnage de Lif, mais ce sont Joris, Ludmilla et leurs pairs qui rendent le roman franchement anxiogène. Un pari aussi osé que casse-gueule que de miser sur des adolescents comme vecteurs du cauchemar qui attend Lif. David Coulon relève haut la main le défi.

Si je devais chercher le petit bémol (genre caillou dans la chaussure du marathonien) du roman, je signalerais quelques redondances qui deviennent parfois pénibles quand elles ne sont pas franchement inutiles (franchement, on s’en bat les couilles de la façon dont il faut prononcer Roro).

Certains pointeront sans doute du doigt l’invraisemblance du scénario imaginé par l’auteur, pour ma part j’ai envie de dire que cela fait partie de la magie de la fiction : accepter l’improbable et finir par y croire. Là encore je tire mon chapeau à l’auteur… même si certains passages sont peut-être un tantinet too much.

Un sans-faute absolu jusqu’à la dernière partie du récit, celle qui doit essayer d’expliquer l’inexplicable. On avait déjà plus ou moins compris le pourquoi du comment des motivations de Joris et Ludmilla, ceux-ci n’étant pas avares d’explications. Le problème tient surtout dans la chute soudaine de tension, alors que l’on était tenu hors d’haleine – à la limite même de l’asphyxie –, l’appel d’air est un peu trop brutal.

Demain Disparue est incontestablement un roman qui ne rentre pas dans une case prédéfinie, au vu de la dimension humaine omniprésente on pourrait parler de thriller psychologique, mais difficile toutefois de laisser de côté l’aspect anticipation, voire post-apocalyptique. Pour ma part je me contenterai de dire que c’est un roman audacieux maîtrisé de bout en bout, l’auteur nous mène à la baguette et on le suit presque malgré nous quitte à être parfois quelque peu déstabilisé et souvent fortement bousculé.

[BOUQUINS] Cyril Carrère – La Colère D’Izanagi

Tokyo. Un incendie criminel ravage le cœur de l’un des plus grands quartiers d’affaires au monde.

L’enquête est confiée à Hayato Ishida, flic prodige mais solitaire qui tente de se reconstruire en marge de la Crim. Il est rejoint par Noémie Legrand, Franco-Japonaise décidée à briser les chaînes d’un quotidien frustrant.

Sur leur chemin, un couple d’étudiants dans le besoin, à la merci d’une communauté où solidarité rime avec danger.

Et, tapi dans l’ombre, celui qui se fait appeler Izanagi, bien décidé à mettre son plan destructeur à exécution.

Parce que le précédent roman de Cyril Carrére, Avant De Sombrer, m’avait fait forte impression.

Cyril Carrére vivant au Japon depuis quelques années, j’espérais une intrigue 100% nippone… mon vœu a été exaucé, je ne pouvais que succomber.

Cyril Carrére est certainement le plus japonais des auteurs francophones, installé au pays du soleil levant depuis 2018, la culture nippone n’a plus aucun secret (ou presque) pour lui. Avec ce roman l’auteur nous propose une vision démythifiée du Japon, loin des clichés idéalisés encore trop présents dans l’esprit de nombreux Occidentaux.

Le roman s’ouvre sur un incendie qui ravage la Velvet Tower, l’une des plus grandes tours de Tokyo. Certains détails ne manqueront pas de rappeler les attentats des Twin Towers aux États-Unis le 11 septembre 2001. La ressemblance s’arrête là, dans le cas présent pas d’acte terroriste, à charge pour la police de déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un acte criminel.

Je parie que vous aurez deviné que cet incendie n’a rien d’accidentel. Il n’est que le premier acte d’une mise en scène machiavélique qui se jouera en partie dans la face obscure d’internet, le Darknet.

Pour enquêter sur cette sombre affaire, Cyril Carrrère va jouer la carte du duo improbable. Dans le coin droit, Hayato Ishida, un policier brillant, mais un tantinet asocial et imbu de lui-même, atteint d’hyperosmie (une hypersensibilité de l’odorat qui lui permet d’identifier les différentes odeurs qui se mêlent dans les effluves qui l’environnent). Dans le coin gauche, Noémie Legrand, une franco-japonaise qui élève seule sa fille, douée d’une forte empathie et contrainte de composer avec le machisme de la société japonaise.

Parallèlement nous suivrons le parcours d’un couple d’étudiants, Kenta et Suzuka, licenciés à la suite de l’incendie de la Velvet Tower. Là encore nous aurons deux personnalités radicalement opposées, Suzuka est extravertie et avenante alors que Kenta est renfermé et agoraphobe.

Deux arcs narratifs dont le fil rouge est rapidement révélé, mais ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. Nul doute que Cyril Carrére vous surprendra plus d’une fois au fur et à mesure qu’il déroulera son intrigue implacable.

J’ai beaucoup aimé le traitement des personnages, des personnalités contrastées, mais affirmées chacune à leur façon. L’évolution des relations entre les uns et les autres se fait naturellement au gré des évènements.

La construction du roman ne souffre d’aucun reproche, tout est impeccablement maîtrisé, l’auteur ne laisse rien au hasard. Le rythme aussi est savamment dosé, alternant les phases de relative tranquillité et celles qui nous plongent au cœur de l’action.

Une intrigue qui permet aussi d’avoir un aperçu de la mythologie japonaise à travers le personnage d’Izanagi. Bien que n’étant pas particulièrement japonophile, j’avoue que la mythologie japonaise titille ma curiosité depuis déjà quelques années… va falloir que je songe à me pencher sérieusement sur la question avant de sucer les pissenlits par la racine.

Si vous pensez que le scénario imaginé par l’auteur est totalement impossible, sachez qu’il s’inspire d’un fait divers bel et bien réel, certes les choses n’ont pas été aussi loin (heureusement), mais la criminalité organisée via le Darknet est une triste réalité. Au Japon ce phénomène porte même un nom : Tokuryu.

Dans ses remerciements Cyril Carrére laisse envisager un possible retour du duo formé par Hayato et Noémie, si tel était le cas je serais parmi les premiers à me ruer dessus. À vrai dire, en seulement deux romans, l’auteur m’apparait d’ores et déjà comme un incontournable du thriller francophone.

[BOUQUINS] Gérard Saryan – L’Ombre Du Prédateur

Lorsqu’un adolescent est découvert crucifié sur une plateforme au milieu du lac de Lambecq, les villageois sont consternés. Qui a pu commettre un acte aussi odieux ?

La même nuit, la sœur de la victime disparaît. A-t-elle été enlevée par l’assassin de son frère ?

La capitaine de police Agnès Demare est envoyée sur place afin de prêter main-forte aux gendarmes. Ses faits et gestes sont relayés sur les réseaux sociaux par Jade, une célèbre influenceuse lilloise.

Pour ces deux femmes que tout oppose, une enquête tentaculaire commence. La soif de vérité emporte Agnès et Jade dans un tourbillon où la proie n’est pas toujours celle que l’on croit.

Taurnada serait en soi un argument imparable, si en plus c’est l’occasion de retrouver Agnès Demare (déjà croisée dans Sur Un Arbre Perché, le précédent roman de Gérard Saryan), je ne peux que succomber à la tentation.

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée malgré des délais de retours parfois plus longs que je ne le souhaiterai… mais bon, il faut bien composer avec les obligations professionnelles et personnelles.

Le moins que l’on puisse c’est que l’on retrouve Agnès Demare pas franchement au mieux de sa forme (physique et psychologique), alors quand sa hiérarchie lui propose (impose ?) une mission conjointe avec la gendarmerie dans un trou perdu de l’Indre, elle doit prendre sur elle pour ne pas péter une durite. Cerise sur le gâteau, elle va devoir faire équipe avec une célèbre influenceuse, Jade Arroyer, qui la suivra tout au long de son enquête !

L’idée de faire cohabiter les ressentis d’une enquêtrice de terrain et d’une influenceuse est une approche intéressante et originale. C’est pourtant avec une certaine appréhension que je me suis lancé, il faut bien avoue que ces influenceurs et influenceuses, dans leur immense majorité me débectent au plus haut point. Mes a priori auront toutefois été vite balayés, même si Jade conserve quelques travers propres à son monde virtuel, le personnage reste intéressant et surtout évoluera au fil de l’intrigue (jusqu’à une découverte pour le moins inattendue).

L’intrigue s’ouvre sur une scène de crime particulièrement sordide, un jeune adulte a été sauvagement assassiné et sa jeune sœur est portée disparue. Si les gendarmes penchent volontiers vers la piste de la fuite pour l’adolescente, Agnès va rapidement pointer du doigt quelques incohérences.

Je reprochais gentiment à Gérard Saryan de pêcher par excès dans son précédent roman, ici il n’en est rien. Tout est parfaitement dosé et mesuré, l’auteur maîtrise son intrigue d’une main de maître, c’est en véritable virtuose qu’il vous nous balader vers des pistes escarpées pleines de surprises et de rebondissements.

Paradoxalement ces surprises qui viennent pimenter l’enquête sont autant de frustrations au moment de rédiger la chronique du roman. Pas question pour moi de commettre un impair en me laissant porter par mon élan, je préfère encore passer sous silence des pans entiers de l’intrigue. Une fois de plus Gérard Saryan nous offre une intrigue aux dimensions multiples.

La dimension temporelle aura aussi toute son importance, l’auteur prend en effet un malin plaisir à jouer avec les flashbacks, si on ne comprend pas tout suite leur intérêt, soyez assuré que rien n’est laissé au hasard.

Peut-être vous demanderez-vous s’il est impératif d’avoir lu Sur Un Arbre Perché avant de vous lancer dans ce roman, je vous répondrais non, mais vous recommanderais tout de même de le faire. C’est un plus indéniable pour bien comprendre les interactions entre les personnages et les enjeux de la présente enquête.

C’est donc absolument conquis que je referme ce bouquin, il me tarde déjà de retrouver Agnès pour sa prochaine enquête (les choses ne peuvent décemment pas en rester là).

[BOUQUINS] Thomas Perry – The Old Man

Ancien agent du Renseignement militaire américain, Dan Chase a été envoyé en Libye au début des années 1980. Sa mission : fournir 20 millions de dollars à un chef de guerre hostile à Kadhafi. Mais l’opération a mal tourné.

Trente-cinq ans ont passé. Chase vit en solitaire dans le Vermont avec ses deux chiens. Jusqu’au jour où son ancienne vie le rattrape.

Pour échapper à ceux qui veulent l’abattre, Chase se lance dans une longue cavale à travers les États-Unis et le Canada. Avant de comprendre qu’il n’a d’autre choix que de solder les comptes du passé…

C’est la couv’ qui a d’abord attiré mon attention, ce type de deux accompagné par deux gros chiens ça a titillé ma curiosité. Le pitch a fait le reste du job.

Je remercie chaleureusement les éditions L’Archipel et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avoue très honnêtement que je n’avais jamais entendu parler de Thomas Perry avant de découvrir ce roman. Le gars n’en est pourtant pas à son coup d’essai puisque The Old Man est son vingt-troisième roman, dont plusieurs ont été traduits en français par diverses maisons d’édition (Presses de la Cité, Albin Michel, Fayard…).

Pour être totalement honnête je ne sais pas si ce roman aurait fait l’objet d’une traduction s’il n’avait fait l’objet d’une adaptation en série TV pour la chaîne FX en 2022 avec Jeff Bridges dans le rôle-titre. En France la diffusion est assurée par Disney+ à compter de septembre 2022.

N’allez surtout pas croire que je dis ça parce que le bouquin est sans intérêt, loin de là. Je l’ai trouvé captivant de bout en bout.

L’auteur nous fait vivre une chasse à l’homme haletante, d’abord du point de vue du fugitif, puis de ceux qui le traquent. On aurait pu craindre une certaine redondance, passant des épisodes de répit (durant lesquels Dan Chase s’installe dans sa nouvelle identité tout en préparant une éventuelle fuite) et ceux de traque, mais il n’en est rien. Tout est bien ficelé et rondement mené pour nous tenir en haleine.

On apprend progressivement le pourquoi du comment de cette chasse à l’homme, difficile alors de ne pas prendre fait et cause pour le fugitif ! Et puis un gars qui accorde autant d’attention à ses chiens ne peut qu’être un chic type.

Il faut dire que Thomas Perry fait tout pour rendre son personnage attachant, malgré un côté calculateur, voire manipulateur… mais comme dans tout roman d’espionnage, difficile de savoir exactement qui manipule qui.

Ne vous fiez pas à son âge, le bonhomme est parfaitement rôdé (passage par les Forces Spéciales et expérience de terrain obligent) pour déjouer les plans de ses poursuivants et éventuellement neutraliser ceux qui viennent se frotter à lui d’un peu trop prés.

Du côté des poursuivants j’ai bien aimé le personnage de Julian Carson, un « consultant » engagé par les agents du gouvernement pour les assister dans leur chasse à l’homme. Mais le jeune homme a oublié d’être bête, il ne va pas suivre aveuglément consignes de ses supérieurs mais essayer d’en apprendre plus sur le vieil homme.

Même si l’intrigue pourrait paraître cousue de fil blanc, elle vous réservera toutefois quelques surprises pour le moins inattendues (notamment concernant un personnage secondaire du roman).

Je ne m’épancherai pas davantage sur les personnages et l’intrigue car cela m’amènerait inévitablement à être un peu trop dissert et à donner un indice majeur sur la phrase suivante (suce pince…).

Si je me suis régalé quasiment de la première à la dernière page, j’ai toutefois un petit bémol sur le final du roman. Je ne peux malheureusement pas en dire plus, disons simplement que j’espérais autre chose.