[BOUQUINS] Estelle Tharreau – Le Dernier Festin Des Vaincus

Un soir de réveillon, Naomi Shehaan disparaît de la réserve indienne de Meshkanau.

Dans une région minée par la corruption, le racisme, la violence et la misère, un jeune flic, Logan Robertson, tente de briser l’omerta qui entoure cette affaire. Il est rejoint par Nathan et Alice qui, en renouant avec leur passé, plongent dans l’enfer de ce dernier jalon avant la toundra.

Parce que c’est Taurnada, une maison d’édition dont le catalogue est riche en pépites.

Parce que c’est Estelle Tharreau, après quatre romans et un recueil de nouvelles, je suis toujours aussi convaincu par la puissance et la justesse de son écriture.

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Dans son avant-propos, Estelle Tharreau partage un constat glaçant :

L’auteure n’a pas peur de se frotter à des thèmes qui envoient du lourd, qu’il s’agisse du système judiciaire américain (La Peine Du Bourreau) ou le syndrome de stress post-traumatique chez le soldat (Il Était Une Fois La Guerre), à chaque fois on devine un gros travail de documentation préalable à l’écriture du roman, mais surtout elle parvient à construire une intrigue solide autour de sa thématique, une intrigue centrée avant tout sur l’humain.

Cette fois c’est la condition des autochtones au Canada qui servira de toile de fond à ce nouveau roman. Un sujet ignoré par la plupart des Français qui a pourtant de quoi faire réfléchir. Estelle Thareau parvient, en quelques pages, à nous plonger en totale immersion dans son intrigue tandis que l’on découvre une bien sombre réalité.

L’un des points les plus glaçants abordés dans le roman concerne les pensionnats autochtones, qui ne sont malheureusement pas nés de l’imagination de l’auteure. Les jeunes innus devaient subir un enseignement religieux strict, mais sans aucun apport éducatif, auquel s’ajoutaient brimades, privations et sévices en tout genre. Déjà par nature j’ai envie de bouffer du curé, ce n’est pas ce roman qui va me réconcilier avec l’Église et ses sectaires.

Pour planter le décor direction le Grand Nord québécois, entre la réserve innue de de Meshkanau et la ville de Pointe-Cartier les relations sont sur le fil du rasoir. Au mieux chaque communauté ignore l’autre, au pire quelques heurts peuvent éclater. Les autorités de chacune de ces deux entités font au mieux pour entretenir un équilibre précaire.

L’annonce de l’ouverture prochaine d’une scierie industrielle à grande échelle va pourtant faire l’unanimité contre elle. Pas pour les mêmes raisons, les uns veulent préserver leur confort quand les autres se posent en défenseur de l’environnement et de leurs traditions. La moindre étincelle pourrait bien mettre le feu aux poudres…

Et si cette étincelle était la disparition, au cours de la nuit de la Saint Sylvestre, de la jeune Naomi Sheehan ?

Du côté de Pointe-Cartier, les autorités souhaitent faire le moins de vague possible autour de cette disparition. C’est pourquoi le chef de la police Roy charge de l’enquête un jeune flic sans envergure, Logan Robertson, en lui recommandant de se contenter du minimum vital… sauf que Robertson va s’avérer être moins docile et plus curieux que ce qu’il laissait présager.

Dans la réserve de Meshkanau, il n’y a guère que Marie Fontaine, animatrice d’une radio autochtone, qui semble s’émouvoir de la disparition de Naomi.

En fait le véritable électrochoc va venir de l’extérieur, porté par deux étudiants que tout semble opposer, Nathan Lebel, fils d’un notable de Pointe-Cartier et défenseur autoproclamé de la cause innue, et Alice Tremblay, une Innue pas franchement enthousiaste à l’idée de renouer avec son passé.

Le décor est planté, les personnages sont en place, l’intrigue peut alors déployer ses ailes et prendre son envol. Des ailes bien noires comme vous l’aurez compris, et encore ce n’est que la partie visible de l’iceberg… attendez-vous à une plongée dans ce que l’âme humaine a de plus sombre et abject. Il va falloir avoir le cœur et les tripes bien accrochés cette traversée au d’un océan agité par de sombres remous.

Entre Pointe-Cartier minée par la corruption, le racisme et les non-dits, et Meshkanau où la violence, l’alcool et la misère régissent le quotidien de tout à chacun ; on est bien loin d’une invitation au voyage… mais c’est pourtant une vérité que l’on se doit de regarder en face.

Une fois de plus la plume d’Estelle Tharreau est d’une redoutable efficacité, implacable et sans concession. Une fois elle sait trouver les mots juste pour faire mouche et taper là où ça fait mal. Une fois de plus elle nous laisse au bord du KO technique, mais qu’est-ce c’est bon… qu’est-ce que c’est bien fait. On en redemande !

[BOUQUINS] Guillaume Musso & Miles Hyman – La Vie Secrète Des Écrivains

Après avoir publié trois romans devenus cultes, le célèbre écrivain Nathan Fawles annonce qu’il arrête d’écrire et se retire à Beaumont, une île sauvage et sublime au large des côtes de la Méditerranée.

Vingt ans après, alors que ses romans continuent de captiver les lecteurs, Mathilde Monney, une jeune journaliste, débarque sur l’île, bien décidée à percer son secret. Commence entre eux un dangereux face-à-face, où se heurtent vérités et mensonges, où se frôlent l’amour et la peur…

Je n’ai pas pour habitude de relire un bouquin déjà lu, d’une part parce que je n’en vois pas forcément l’intérêt, d’autre part parce que mon Stock à lire Numérique ne cesse d’enfler plus vite que je ne lis.

Bien qu’ayant déjà lu La Vie Secrète Des Écrivains (lien vers ma chronique), j’étais curieux de découvrir ce que pouvait donner son adaptation graphique. Raconter la même histoire sur moins de 200 pages (le roman compte tout de même 352 pages) sans la dénaturer me semblait être un sacré challenge.

Autre challenge, plus personnel cette fois : comment écrire la chronique d’un roman déjà chroniqué sans radoter ? En relisant mon billet concernant le roman de Guillaume Musso j’ai constaté que j’avais fait l’impasse sur le personnage de Mathilde, me concentrant sur le binôme Nathan / Raphaël. Du coup la réponse s’est imposée d’elle-même, non seulement rendre à Mathilde la place qui lui appartient, mais aussi me centrer davantage sur l’aspect policier du bouquin.

Force est de reconnaître une première impression des plus positives, d’emblée j’ai retrouvé l’ambiance du roman, avec en bonus un visuel du plus bel effet.

Nathan Fawles était un écrivain à succès qui a mis fin à sa carrière du jour au lendemain il y a une vingtaine d’années. Depuis il s’est retiré sur l’île de Beaumont où il coule des jours heureux. Mais ça, c’était avant…

Coup sur coup il va recevoir la visite de Raphaël Bataille, un écrivain en herbe qui veut à tout prix lui soumettre son manuscrit et de Mathilde Monney, une jeune et séduisante journaliste suisse sans pas si innocente qu’elle ne le laisse à penser. Pour essayer de percer les secrets de Mathilde, Nathan va devoir, à son grand désarroi, faire appel à Raphaël.

Cerise sur le gâteau, v’là t’y pas qu’un cadavre est retrouvé, le corps exposé dans une mise en scène macabre. Du coup les autorités décrètent un blocus de l’île.

Dans le roman chaque chapitre s’ouvre sur une citation d’un auteur (Umberto Eco, Margaret Atwood, Agatha Christie, Milan Kundera…), le principe est repris et magnifié ici puisque ladite citation est enrichie d’une illustration mettant en avant son auteur.

On retrouve bien les ingrédients du thriller psychologique dans le face-à-face entre Mathilde et Nathan. Il a beau soupçonner que cette femme peut être dangereuse, voire lui être fatale, il va entrer dans son jeu de séduction sans toutefois baisser totalement sa garde.

Chacun cherche la vérité, mais laquelle ? Comme le dit Nathan : « La vérité n’existe pas. Ou plutôt si, elle existe, mais elle est toujours en mouvement, toujours vivante, toujours changeante. » Une affirmation qui va prendre tout son sens dans la dernière partie du roman.

Le lecteur va quant à lui se balader au cœur d’une intrigue riche en rebondissements, certes si vous avez déjà lu le roman vous n’apprendrez rien de nouveau, mais cela ne m’a pas dérangé outre mesure. À vrai dire je n’ai pas eu l’impression d’une relecture, mais plus de la lecture d’une réécriture, à la fois fidèle à l’original tout en proposant une construction différente.

Le trait et le choix des couleurs de Miles Hyman collent parfaitement au récit. On en viendrait presque à regretter que cette île de Beaumont soit fictive, les illustrations nous donnent vraiment envie d’y passer des vacances… et plus si affinités.

Résultat des courses, j’ai dévoré cette lecture d’une traite. Revenant même parfois en arrière pour le seul plaisir de profiter pleinement des illustrations. Une belle (re)découverte qui pourrait bien me pousser vers d’autres adaptations graphiques de romans déjà lus.

[BOUQUINS] Marc Levy – La Symphonie Des Monstres

En rentrant chez elle un soir, Veronika découvre la disparition de son fils âgé de neuf ans. Désemparées, elle et sa fille Lilya cherchent à comprendre où Valentyn a été emmené. Elles vont remuer ciel et terre pour retrouver la trace du petit garçon – l’une animée par sa témérité d’adolescente, l’autre par sa détermination de mère. Mais l’ennemi est partout, et Lilya et Veronika ne pourront se fier à personne… ou presque.

Ensemble, elles vont tenter de déjouer « la Symphonie des monstres », un projet bien plus terrifiant qu’une fiction.

Parce que c’est Marc Levy et que ce nouveau roman semble suivre la même voie engagée (même si l’auteur réfute ce terme) que sa trilogie des 9.

Avec sa trilogie des 9 (C’Est Arrivé La Nuit, La Crépuscule Des Fauves et Noa), Marc Levy s’essayait avec une grande efficacité au roman engagé façon techno thriller. La Symphonie Des Monstres, le vingt-cinquième roman de l’auteur, suit cette même voie, la cible désignée étant le régime de Valdimir Poutine et ses exactions en Ukraine.

Il faut dire que les raisons de tirer à boulets rouges sur le tsar du Kremlin ne manquent pas. J’ai ainsi découvert avec consternation que Maria Lvova-Belova et le programme de déportation (reconversion) d’enfants ukrainiens sont bien réels (ce suppôt de Poutine fait d’ailleurs l’objet d’un mandat d’arrêt international depuis mars 2023 au même titre que son maître).

Qu’un tel programme puisse exister de nos jours est déjà une honte, mais je vous garantis qu’en découvrant par le détail ce qui se cache derrière, vous aurez beaucoup de mal à accepter que cela puisse être vrai. Faut vraiment être dégénéré du bulbe pour imaginer un truc pareil !

Valentyn, le jeune fils de Veronika, fait justement partie des victimes de ces rafles perpétrées par les forces russes. Un garçon brillant, mais mutique, à 9 ans, il n’a pas encore prononcé le moindre mot.

Dès lors Veronika et Lilya, la sœur aînée de Valentyn, vont tout mettre en œuvre pour le retrouver. Quitte à agir parfois de façon pas franchement coordonnée… L’éternel problème des parents confrontés à un(e) adolescent(e) qu’ils n’ont pas vu grandir. Cerise sur le gâteau, se retrouver en territoire occupé par les forces ennemies n’aide pas franchement à l’épanouissement familial.

Dans ce roman j’ai beaucoup aimé les personnages de Valentyn et Lilya, deux enfants au caractère bien trempé et à la personnalité affirmée. Si je peux sans mal imaginer la détresse d’une mère face à de tels événements, je dois pourtant reconnaître que le personnage de Veronika ne m’a pas inspiré outre mesure.

L’intrigue du roman se déroulant en Ukraine, je n’ai pas été plus surpris que ça de découvrir que Vital (l’un des 9, résidant avec son frère et leur gouvernante dans un luxueux manoir aux abords de Kyiv) ait un rôle à jouer dans le déroulé des événements. Je n’en dirai pas plus, mais ce n’est pas le seul membre des 9 qui sera amené à intervenir pour aider Veronika à retrouver son fils.

Marc Levy lève ainsi le voile sur un aspect méconnu du conflit, une guerre qui se joue sur le front numérique. L’existence des hackers russes au service de Poutine est désormais un secret de Polichinelle, les Ukrainiens ne sont pas en reste, depuis le début du conflit ils ont créé une véritable armée numérique (IT Army) pour contrer leurs homologues russes… et plus si cela peut nuire à l’envahisseur.

Une fiction fortement ancrée dans la réalité et l’actualité, rondement menée par son auteur. Pas forcément de quoi provoquer de brusques poussées d’adrénaline, mais son intrigue devrait toutefois vous tenir en haleine jusqu’au clap de fin.

Un roman qui ne devrait laisser personne indifférent par les thèmes qu’il aborde. À son échelle le bouquin fait office de barrage contre l’ignorance, après l’avoir lu vous ne pourrez plus vous réfugier derrière l’excuse foireuse du « On ne savait pas ». Même s’il faut bien avouer qu’au niveau individuel on ne peut pas faire grand-chose pour faire bouger les choses.

Pas de classico opposant Marc Levy et Guillaume Musso cette année, ce-dernier ayant travaillé sur la transposition en roman graphique de La Vie Secrète Des Ecrivains, toujours pour les éditions Calmann-Lévy.

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Mon Tour De Manège

C’est bien connu, on ne choisit pas sa famille. On ne choisit pas non plus les lettres que l’on reçoit. Amandine va en recevoir une, une seule, qui va l’obliger à se demander qui elle est, ce qu’elle attend de la vie, ce qu’elle tient de ses parents, ce qu’elle espère des hommes, ce qu’elle doit à ses amies, si la couleur citrouille lui va bien, où vivent réellement les écureuils, si elle croit aux fantômes, combien de temps elle peut tenir dans l’eau glacée, ce que l’on gagne lorsqu’on passe la barre des 100 contraventions, quel est le vrai goût des croquettes pour chat, et surtout ce qu’elle est prête à endurer pour avoir une chance de se construire une vie qui lui ressemble vraiment. Une seule lettre pour choisir son destin, car elle le devine, il n’y aura pas de deuxième tour de manège.

Parce que Gilles Legardinier fait partie de ces écrivains qui me sont devenu incontournables, plus encore quand l’auteur renoue avec le roman feel good.

Si Gilles Legardinier n’a plus rien à prouver en matière de roman policier ou de roman d’aventures, c’est clairement dans la littérature feel good qu’il excelle et que ses lecteurs l’attendent avec impatience.

Après la noirceur absolue de Jacques Saussey, il fallait bien l’aura lumineuse de Gilles Legardinier pour apporter une lueur d’espoir dans les ténèbres de l’âme humaine. J’ai déjà eu l’occasion de le dire et de le répéter, mais les romans de Gilles Legardinier devraient être décrétés d’utilité publique et faire l’objet d’un remboursement par la Sécurité Sociale (et tant pis pour son trou insondable).

Comme à chaque fois, l’auteur réussi à nous plonger dans la peau de ses personnages, aussi différent puissent-ils être de nous. En l’occurrence je n’ai guère de points communs avec Amandine et pourtant la magie a opéré une fois de plus. J’ai vécu à fond ses mésaventures.

Et quelles mésaventures ! Tout commence par un courrier qui lui fixe un rendez-vous chez le notaire. Un rendez-vous qui va complètement chambouler son quotidien, mais aussi balayer ce qu’elle tenait pour acquis.

Fidèle à son habitude, Gilles Legardinier place l’humain au cœur de son récit, l’occasion de porter un regard affûté sur l’amour, l’amitié, la famille, le poids des secrets. Sans jamais se départir d’un humour ravageur (sourires et franches rigolades seront de la partie), l’auteur aborde des thèmes qui nous concernent tous. De même on se prend souvent à se poser les mêmes questions qu’Amandine.

A ce titre, j’ai beaucoup aimé la définition que M. Forcetti, le nouveau voisin d’Amandine, donne de la famille :

Pour apporter de la bonne humeur même dans les pires moments de doute, vous pouvez compter sur la joyeuse bande des Patates. Il n’y a pas qu’Amandine qui connaît de grands bouleversements dans son quotidien, mais il faut plus que ça pour démoraliser ou désolidariser cette petite bande d’amies.

Le parcours d’Amandine ne sera pas un long fleuve tranquille, entre une veuve hargneuse qui s’estime spoliée et un amoureux transi un tantinet envahissant, elle aura fort à faire pour tracer sa route.

Heureusement, elle ne sera pas seule face à l’adversité, outre ses fidèles Patates, elle pourra aussi compter sur l’aide et le soutien de son mystérieux voisin, d’un jeune homme serviable rencontré au fil d’un lancer de boîte de raviolis et même du fils du défunt qui n’hésitera pas à se dresser contre la teigneuse matriarche.

Du Gilles Legardinier comme on l’aime, humain, drôle et intelligent. J’ai profité d’un week-end à rallonge pour dévorer le bouquin d’une traite. Et c’est avec un sourire béat aux lèvres que je l’ai refermé. Quelques effets secondaires s’opposent à une lecture dans les lieux publics, outre les crises fous rires incontrôlés susceptibles de survenir à tout moment, votre béatitude pourrait bien se retourner contre vous (c’est mal vu en ces temps de sinistrose et de morosité ambiante… et c’est pour ça que c’est si bon).

Gilles, mon cher Gilles, je n’ai aucune honte à le dire : mon manège à moi, c’est toi ! (Pardon Édith, je n’ai pas pu résister).

[BOUQUINS] Jacques Saussey – Ce Qu’Il Faut De Haine

Ce matin-là, comme tous les dimanches, Alice Pernelle s’éclipse de la maison de ses parents pour aller courir avec son chien. Mais en arrivant au bord de la Cure, cette rivière qui traverse son village natal, un tableau macabre lui coupe les jambes et lui soulève l’estomac. Un corps écartelé et grouillant de vers gît sur la rive.

Alors que les enquêteurs en charge de l’affaire font de glaçantes découvertes et se confrontent à des témoignages décrivant la victime comme une femme impitoyable, les habitants de Pierre-Perthuis, petit hameau du Morvan, sont ébranlés. Les visages se ferment. Les confidences se tarissent.

Hantée par les images de ce cadavre, Alice a pourtant besoin de réponses pour renouer avec l’insouciance de sa vie d’étudiante. Au risque d’attirer l’attention de l’assassin sur elle…

Parce que c’est Jacques Saussey, un incontournable de la littérature policière francophone.

Comme le pitch a titillé ma curiosité et qu’il s’agit d’un one-shot, je me suis laissé tenter sans opposer la moindre résistance.

Je remercie les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ça commence fort, très fort même, avec la découverte d’une scène de crime particulièrement sordide. Et ce n’est que le début, les enquêteurs vont découvrir un mode opératoire plus pervers que tout ce qu’ils auraient pu imaginer.

L’enquête autour de ce crime va se dérouler en simultané à Paris (c’est la brigade criminelle qui va être saisie du dossier) et dans le Morvan (via la gendarmerie).  L’une des grandes questions autour de ce crime sera en effet de faire le lien entre la victime qui vivait et travaillait à Paris, et la commune de Pierre-Perthuis où le corps a été retrouvé.

Au fil de leur enquête, les policiers vont découvrir que la victime était une femme détestée de tous. Il faut dire que les RH d’entreprises en difficulté la recrutaient pour mettre en place un plan d’épuration du personnel. Plan qu’elle exécutait sans une once d’empathie ou de considération.

Il est vrai qu’en découvrant le personnage le lecteur n’a pas vraiment envie de lui souhaiter tout le bonheur du monde, mais de là à lui souhaiter une fin aussi horrible, il y a un pas. Un pas que l’assassin a franchi avec une détermination sans faille, il en faut de la haine pour mettre en place une vengeance aussi impitoyable.

Les chapitres consacrés à l’enquête (ou plus exactement aux enquêtes) sont entrecoupés par l’enquête d’Alice (la jeune femme qui a découvert le corps) mais aussi par des chapitres donnant la parole à notre assassin.

Jacques Saussey opte pour une approche directe et des chapitres courts afin de maintenir le lecteur en apnée. Lecteur qui devra avoir le cœur (et les tripes) bien accroché, l’auteur ne nous épargne rien dans le calvaire qu’a subi la victime.

Une intrigue maîtrisée de bout en bout dont le dénouement vient balayer tout ce que l’on tenait alors pour acquis.

J’avoue ne pas avoir eu des masses d’empathie pour le personnage de Marianne Ferrand, la capitaine de la Crim’ en charge de l’enquête. Un peu plus pour le gendarme Gontran de Montboissier et beaucoup plus pour la jeune Alice Pernelle.

Les personnages secondaires ne servent pas uniquement de faire-valoir, ils ont un réel rôle à jouer dans le déroulé de l’intrigue.

Une lecture totalement addictive, j’ai quasiment dévoré le bouquin d’une traite.

[BOUQUINS] Arthur Caché – Une Bonne Raison De Mourir

De quoi ça cause ?

Quand un ancien géologue disparaît mystérieusement près de Paris, Béryl, jeune chef de groupe à la Crim’, se saisit aussitôt de l’affaire.

Assistée de Rudy, son adjoint au passé tourmenté, puis d’Ara, un ancien flic reconverti dans le trafic de contrefaçons, elle remonte la piste d’une compagnie pétrolière en Turquie.

Mais tandis que les découvertes troublantes se multiplient et que les cadavres s’accumulent, des profondeurs de la mer Noire surgit un terrible secret…

Béryl comprend alors que le plus effroyable des comptes à rebours a déjà commencé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et l’occasion de découvrir un auteur que je ne connais pas.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Découvrir l’univers littéraire d’un auteur est toujours plus ou moins source de questionnements, mais quand celui-ci rejoint une maison d’édition en qui j’ai une totale confiance, les doutes sont vite remplacés par la curiosité. C’est donc totalement confiant que j’ai abordé le roman d’Arthur Caché.

Commençons par un petit bémol indépendant de l’auteur. La quatrième de couv’ (je sais que c’est un exercice délicat pour un éditeur) est beaucoup trop « bavarde ». Elle fait en effet état d’événements que le lecteur ne découvrira que dans la dernière partie du roman. Je n’irai pas jusqu’à parler de spoilers (ça ne m’a en rien gâché la surprise), mais peut-être qu’un lecteur plus affûté aurait eu la puce à l’oreille.

Si l’intrigue démarre de façon plutôt classique, les choses vont rapidement se compliquer pour Béryl et son groupe d’enquête. Tout commence par un appel et un message laissé à l’intention du commandant Béryl Schaeffer, puis l’appelant disparaît de la circulation avant d’être retrouvé mort quelque temps plus tard. Une intrigue qui débute en mode diesel avant de réellement trouver son rythme de croisière une fois qu’elle se déplacera en Turquie.

Une enquête complexe du fait de dimensions économiques et politiques qui viennent se greffer sur l’aspect purement policier. Une enquête qui va se dérouler entre la France et la Turquie, et qui pourrait bien impliquer de grosses entreprises de l’industrie pétrolière. Et encore, ce n’est que la partie visible de l’iceberg.

Les trois principaux enquêteurs, Béryl et son adjoint, Rudy, assisté par Ara, un ex-flic turc, ont des personnalités torturées comme on les aime. Chacun doit vivre avec son passé et ses drames personnels pour aller de l’avant.

Pour Béryl l’enquête va s’avérer doublement éprouvante, celle-ci lèvera en effet le voile sur une facette guère reluisante de la personnalité de son défunt père, une figure patriarcale qu’elle idolâtre… avant de réaliser qu’il avait, lui aussi, son côté obscur.

Arthur Caché nous livre une intrigue parfaitement maîtrisée et richement documentée. Une intrigue qui ne manquera pas de vous surprendre avec un final (heureusement 100% fictif) en apothéose. Quand les intérêts économiques et politiques priment sur l’aspect humain, le résultat n’est jamais beau à voir (et cela ne relève malheureusement pas que de la fiction).

La plume de l’auteur s’adapte au rythme de l’intrigue et permet une lecture parfaitement fluide. En revanche, force est de reconnaître que les cliffhangers en fin de chapitre (comme par exemple : « Elle ne le savait pas encore, mais un étrange événement… ») produisent un effet contraire à celui escompté. On lit un thriller, on se doute bien qu’il va se passer un truc nouveau, inutile d’appâter le lecteur avec des accroches limites marketing !

Finalement j’ai eu raison de faire une fois de plus confiance aux équipes des éditions Taurnada, elles ont eu le nez creux en invitant Arthur Caché à les rejoindre. Je guetterai désormais les prochains romans de l’auteur, qu’ils soient avec ou sans Béryl Schaeffer.

Si la couv’ fait bien référence à l’industrie pétrolière, dans le présent roman la clé de voûte de l’intrigue n’est pas un puit de forage mais une plateforme pétrolière.

[BOUQUINS] Bernard Werber – Le Temps Des Chimères

Que deviendrait le monde si l’être humain changeait de forme ?

C’est le projet fou d’Alice Kammerer, jeune et brillante scientifique, qui parvient, au lendemain de la troisième guerre mondiale, à inventer de nouvelles espèces hybrides : des chimères, mi-homme mi-animal.

Tandis qu’elle assiste, fascinée, à l’évolution de ces bébés pourvus d’ailes, de griffes ou de nageoires, un monde différent se construit.

Il est à la fois porteur d’alliances et de conflits, de passion et d’espoir…

Mais quelle place l’ancienne humanité pourra-t-elle conserver face à ces nouveaux « voisins » ?

Malgré une production quelque peu inégale, Bernard Werber ne m’a jamais franchement déçu. Si je suis encore loin d’avoir lu tous ses romans (surtout parmi les plus anciens), j’essaye depuis quelques années d’être fidèle au poste.

Ce n’est pas la première fois que Bernard Werber suggère que la survie de l’humanité passe par une « évolution » de l’espèce humaine. Dans la trilogie Troisième Humanité, la réponse à la menace passait par les micros humains, avec Le Temps Des Chimères l’auteur va encore plus loin dans son idée évolutive.

Ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard si dans les deux cas la scientifique à l’origine de projet se nomme Kammerer (Aurore dans Troisième Humanité, Alice dans Le Temps Des Chimères).

Le fil rouge de l’œuvre de Bernard Werber, l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu, en perpétuelle évolution grâce à la persévérance de la famille Wells, sera bien entendu de la partie. Des pauses culturelles aussi instructives que distrayantes, l’auteur à un véritable don quand il s’agit de vulgariser des thèmes a priori complexes.

Ami(e)s lecteurs et lectrices, vous l’aurez sans doute compris, avec ce roman l’auteur s’inscrit clairement dans le registre de la science-fiction, donc si vous êtes hermétique à ce genre vous pouvez d’ores et déjà passer votre chemin.

Force est de reconnaître que l’hybridation imaginée par Alice Kammerer franchit allégrement les frontières entre réel, plausible et imaginaire pour entrer de plain-pied dans cette dernière catégorie. Au départ j’ai eu quelques réticences, pensant que ce serait quand même un tantinet too much à accepter, mais Bernard Werber sait y faire pour nous convaincre d’ouvrir en grand les portes de notre imagination.

L’intrigue du roman s’étend sur une cinquantaine d’années. Au fil des pages, nous suivrons le périlleux chantier du projet Métamorphosis, puis l’évolution des hybrides dans un contexte post-atomique. Il sera bien sûr question des relations entre les trois espèces hybrides (Aerials, Diggers et Nautics), mais aussi de leurs liens avec les humains (les Sapiens).

Les hybrides sauront-ils tirer des leçons des erreurs des Sapiens ? Ou reproduiront-ils ces mêmes erreurs ? Comme vous vous en doutez certainement, les choses ne vont pas se passer exactement comme l’imaginait Alice Kammerer… ce ne serait pas marrant autrement !

Pour tout vous dire j’ai parfois eu du mal avec le personnage d’Alice, par moment ses réactions semblent en totale déconnexion de la réalité. Et comme elle est plutôt impulsive et peu à l’écoute des conseils des autres, ça fait parfois des étincelles. À sa décharge, il faut bien avouer qu’elle va souvent se retrouver confrontée à des situations totalement inédites pour un être humain.

Ne perdons pas de vue le double sens du mot Chimère, certes il peut désigner la créature hybride de la mythologie grecque, mais il est aussi synonyme d’illusion ou encore de grands projets séduisants mais totalement irréalisable.

Si Le Temps Des Chimères ne se classe pas dans le best of the best de Bernard Werber, ça reste pour moi une lecture très agréable. À aucun moment je ne me suis ennuyé, bien au contraire, j’avais toujours envie d’aller plus loin afin de découvrir le fin mot de l’histoire.

En parlant de fin, je trouve que celle-ci aurait mérité d’être un peu plus étoffée. Je ne reste pas sur ma faim, mais un ou deux chapitres supplémentaires n’auraient pas été de trop.

[BOUQUINS] Cyril Carrère – Avant De Sombrer

Lorsque Jérôme Cazenave se réveille dans une chambre d’hôpital, tout lui revient à l’esprit. L’échange téléphonique houleux avec sa femme. L’urgence de la situation. Sa terrible sortie de route en rentrant de Nîmes. C’est en tout cas ce qu’il soutient au médecin qui le regarde avec circonspection.

Mais quand un avocat qui prétend le connaître s’invite à son chevet pour lui présenter une autre version de l’histoire, la confusion s’installe. Non, il n’a pas eu d’accident de voiture. Il a été violemment agressé à Lannemezan, dans la prison où il purge une longue peine… pour le meurtre de son épouse.

Afin de recouvrer sa liberté, Jérôme doit résoudre les mystères d’un passé qui lui est étranger. Au risque de faire ressurgir le monstre qui l’a englouti…

Parce que ça fait déjà quelque temps que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Cyril Carrère. Comme souvent dans ces cas-là je commence par la fin et le dernier roman en date.

Mourir ne me fait pas peur, même si je ne suis pas particulièrement pressé de finir dans un cendrier municipal. À quoi bon avoir peur de quelque chose qui est de toute façon inéluctable ? Par contre ne plus être maître de mon corps et de mon esprit est quelque chose qui m’effraie, d’autant plus que la France est encore à la ramasse en matière de législation autour de l’euthanasie.

C’est le cauchemar que Cyril Carrère inflige à son personnage, Jérôme Cazenave. Le gars se réveille dans un hôpital, convaincu d’avoir été victime d’un accident de la route. Et v’là t’y pas qu’on lui annonce qu’il a été agressé en prison, où il purge une peine pour le meurtre de sa femme. On appelle ça le syndrome des faux souvenirs, tout ce que vous teniez pour vrai n’est qu’une mise en scène imaginée par votre esprit, un mensonge qui s’impose en lieu et place de la vérité.

Si d’autres thématiques médicales sont abordées dans le roman (traitement de la douleur, essais cliniques avec la maladie de Crohn en guise de fil rouge), ce n’est que la toile de fond d’un thriller qui vous tiendra en haleine de la première à la dernière page.

La première partie pose donc le cadre de l’intrigue et une partie de ses acteurs (Jérôme bien entendu, Sylvie la psychologue et Serge, l’avocat). Puis la seconde partie nous renvoie deux ans plus tôt (2019) alors que le lieutenant Cazenave est dépêché sur une scène de crime, rapidement son enquête va trouver écho dans sa vie personnelle et l’AVC dont a été victime sa conjointe en réaction à un essai clinique. Retour en 2021 pour la suite du roman, avec un Jérôme un peu perdu qui va devoir, avec l’aide de Sylvia, se retrouver.

Ce mauvais tour que lui joue sa mémoire va aussi être l’occasion pour Jérôme de se redécouvrir… et de se remettre en question. Malheureusement, il va aussi réaliser qu’il est loin d’être hors de danger, son enquête de 2019 a attiré l’attention d’ennemis puissants et déterminés.

Personnellement, c’est surtout le personnage de Sylvia qui a soulevé le plus d’interrogations au fil de ma lecture. On comprend rapidement qu’elle cache un secret, au départ on en vient même à franchement douter de sa loyauté. Puis peu à peu Cyril Carrère lève le voile, on réalise que si elle poursuit le même combat que Jérôme, son jeu n’est pas pour autant limpide.

Cyril Carrère nous offre un roman parfaitement maîtrisé avec une intrigue bien ficelée, des personnages forts (certains attachants, d’autres méprisables), et une construction qui contribue à donner un rythme soutenu à l’ensemble.

L’auteur ne ménage pas ses personnages, attendez-vous à quelques brusques poussées d’adrénaline. Petit conseil pour les vieux de la vieille, gardez à l’esprit le slogan publicitaire du liquide Vaisselle Paic : « Quand y en a plus, y en a encore ! ». J’dis ça, j’dis rien…

Une belle découverte, je garderai un œil attentif sur les prochains romans de Cyril Carrère (je ne vais pas m’engager à lire les précédents, je sais que je ne trouverai jamais le temps pour ça). Je vous assure que ce n’est pas ce roman qui vous fera sombrer dans les bras de Morphée… par contre je ne promets rien quant à d’éventuelles nuits blanches.

[BOUQUINS] Ferenc & François Sanz – Soigne, Maltraite Et Tais-Toi !

Céline Boussié a toujours eu la fibre sociale. Ce qu’elle aime, c’est aider les autres. En 2008, elle intègre l’IME de Moussaron pour prodiguer des soins aux résidents polyhandicapés.

Mais, alors qu’elle pensait avoir décroché le job de rêve, c’est une réalité tout autre que découvre Céline : à Moussaron, les équipements et locaux sont vétustes, le personnel insuffisant et, de fait, les pensionnaires subissent des traitements indignes.

Pendant 5 ans, elle essaiera de composer avec ce peu de moyen. Pendant 5 ans, on lui reprochera de se mêler de ce qui ne la regarde pas. En 2013, pour Céline, lancer l’alerte devient une nécessité.

Les réactions ne se feront pas attendre : sanctions financières, menaces, vandalisme… Elle sera licenciée puis inculpée pour diffamation – comme trois autres employé.es avant elle.

Mais elle ne baissera pas les bras et n’aura de cesse de se battre pour que cesse cette maltraitance institutionnelle et que soit reconnu son statut de lanceuse d’alerte.

Je remercie les éditions La Boîte À Bulles et la plateforme Net Galley pour leur confiance.

En lisant cette BD il est capital de ne jamais perdre de vue qu’il ne s’agit malheureusement pas d’une fiction, c’est la triste réalité que Céline Boussié découvrira en entrant à l’IME de Moussaron.

Le bouquin s’ouvre sur une préface de Nicolas Bourgouin, journaliste d’investigation qui a rencontré Céline Boussié dans le cadre d’un documentaire sur la maltraitance des enfants handicapés (Zone Interdite du 19 janvier 2014 sur M6).

Septembre 2017. Procès de Céline Boussié, poursuivie pour diffamation. Son avocat demande et obtient la diffusion du reportage de Nicolas Bourgouin pour Zone Interdite. Le ton est donné, d’entrée on se prend une méga-claque dans la gueule. On est sonné. Comment de telles pratiques sont-elles encore possibles de nos jours ?

Le plus abject demeure sans doute la réaction faussement indignée de l’avocat de l’IME (Institut Médico-Educatif) : « Madame la présidente, je ne vois pas en quoi il faut être choqué. Il s’agit de pratiques courantes… Les personnes handicapées sont partout traitées de la même manière… »

Flash-back. Les auteurs donnent la parole à Céline Boussié afin qu’elle livre son témoignage sur son expérience avec l’IME Moussaron et ses conséquences.

2008. Céline décroche le job de ses rêves dans un cadre idyllique. Elle vient en effet d’être embauchée comme aide médico-psychologique par l’IME Moussaron. L’idéal pour cette mère de famille qui a toujours eu une fibre sociale très développée.

Rapidement Céline va se rendre que l’image d’Épinal n’est qu’une façade. Malgré une situation financière apparemment confortable, les conditions d’accueil et de prise en charge des patients sont précaires et inadaptées, le manque de personnel et flagrant. Elle va aussi relever des actes de négligence et de maltraitance de la part de certains soignants.

Je vous laisse découvrir la suite qui est tout aussi hallucinante… Et après des affaires pareilles, on nous demande de faire confiance à la justice. C’est pas gagné messieurs et mesdames les dirigeants (anciens, présents… et futurs).

Pour les plus curieux, il vous suffira de taper IME Moussaron dans la barre de recherche de votre navigateur et vous aurez le détail des suites judiciaires et administratives de l’affaire… et il n’y a vraiment pas de quoi être fier.

Il n’en reste pas moins que l’on ne peut que s’incliner devant la ténacité de Céline Boussié, malgré les épreuves et les coups bas de l’IME, elle n’a jamais baissé les bras pour que la vérité éclate enfin.

Le trait est précis et sobre (il faut dire que la thématique ne se prête pas vraiment aux folies graphiques), de même la mise en couleur colle parfaitement au récit, avec des teintes sépia pour tout ce qui concerne des faits passés.

À la fin du bouquin, un parallèle est fait entre la situation à l’IME Moussaron et le scandale autour des EHPAD du groupe ORPEA (scandale dénoncé par Victor Castanet dans son livre Les Fossoyeurs). L’occasion pour Céline Boussié de souligner le fait que la cause de la perte d’autonomie semble susciter plus d’émoi que celle du handicap. Je ne m’aventurerai sur ce terrain, pour moi perte d’autonomie et handicap, même dignité, même respect, même combat !

Une lecture qui serait presque d’utilité publique, qu’il s’agisse de prendre connaissance de faits méconnus (ce qui est précisément mon cas), d’éveiller les consciences, de ne jamais oublier que cela a existé (et existe peut-être encore), et enfin espérer justement que cela ne se reproduise jamais.

Pour ceux et celles qui voudraient creuser davantage la question, Céline Boussié a publié un livre, Les Enfants Du Silence (HarperCollins, 2019), dans lequel elle livre un témoignage sans doute plus fourni que dans la présente BD.


[BOUQUINS] Mo Malo – Ni Français, Ni Breton…

L’irrésistible trio Corrigan est de retour : Maggie, Louise et Énora continuent de s’occuper de leur manoir et de leurs hôtes avec soin tout en restant à l’affût d’une nouvelle enquête. Elles se retrouvent avec du pain sur la planche le jour où une puissante déflagration secoue la baie, pulvérisant un bateau.

Que s’est-il passé ? Les Malouins ne sont pas au bout de leurs surprises quand ils découvrent que nul autre que le maire de Saint-Malo est la victime de cette attaque. Heureusement, la Breizh Brigade est sur le pont, bien décidée à élucider cette affaire.

Parce que c’est le second opus mettant en scène la Breizh Brigade, un trio intergénérationnel d’enquêtrices amatrices qui ne ressemble à nul autre.

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé les remparts de Saint-Malo en compagnie ces dames Corrigan. Maggie, l’aïeule toujours aussi affûtée du haut de ses 70 ans, Louise, la mère, plus pragmatique et analytique et Enora, la fille, une boule d’énergie et de volonté. La Breizh Brigade va-t-elle devoir se frotter au terrorisme breton ? Même pas peur !

Du côté des enquêteurs plus traditionnels (comprendre la police), on retrouve le commissaire Guilloux et son adjointe Emma Lobo. Un duo qui se complète aussi bien sur le terrain que lors des séances de brainstorming qu’ils s’imposent au commissariat.

Les forces de police de Saint-Malo peuvent s’enorgueillir de l’arrivée d’un nouveau serviteur de l’ordre et de la paix en la personne de Jojo Prigent. Qui n’est autre que le neveu d’Arnaud Prigent, le pilier de bar du clandé du Manoir Corrigan… Les chiens ne faisant pas des chats, il est tout aussi adepte de la soûlographie que son aîné.

Mo Malo reste dans la même veine que dans son précédent opus, Bienvenue Chez Les Corrigan !, à savoir une intrigue qui relève davantage du cosy crime que du thriller pur et dur, sans oublier l’humour qui se taille la part du lion. L’auteur prouve une fois de plus que même en optant pour un registre plus léger, on peut construire une intrigue solide qui tiendra le lecteur en haleine.

Une intrigue qui plongera le lecteur dans les dessous de la politique malouine, avec son lot d’ententes de circonstances et de trahisons opportunes… Rien de nouveau sur la scène du grand cirque politique. Mais pas que… vous verrez que l’enquête de la Breizh Brigade et de la police leur réservera bien des surprises.

Ce roman est aussi pour Mo Malo l’occasion de rendre un vibrant hommage à la cité corsaire de Saint-Malo. Que ce soit pour son cadre déjà exceptionnel en soi, ou pour son histoire. J’ai ainsi découvert que Saint-Malo avait fait sécession avec la France entre 1590 et 1594, les Malouins refusant de servir Henri IV, qu’ils considèrent comme un hérétique (du fait de sa conversion au protestantisme… choix qu’il finira par abjurer en 1594 épousant de nouveau la foi catholique).

Le titre du roman reprend les premiers mots de ce qui fut la devise de la République de Saint Malo : « Ni Français, Ni Breton, Malouin suis ». Avouez quand même que ça a plus de gueule que la devise figurant sur les armoiries officielles de la ville : « Semper Fidelis ». Ça fait un peu trop G.I. Joe leur truc (la devise des Marines américains étant justement Semper Fi).

Un troisième (et dernier ?) opus, L’Ombre Des Remparts, est d’ores et déjà annoncé dans les jours à venir. Je serai bien entendu fidèle au poste même si je ne pense pas le lire dans un futur proche (quelques mois, le temps de varier mes lectures). Peut-être découvrirons enfin les tenants et les aboutissants de la disparition de Constant Corrigan.