[BOUQUINS] Bernard Werber – La Boite De Pandore

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B. Werber - La Boite De Pandore

Titre : La Boîte De Pandore
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
560 pages

De quoi ça cause ?

René Toledano, 32 ans, célibataire, est prof d’histoire dans un lycée parisien. Une vie pépère sans histoire jusqu’à ce qu’il se laisse entraîner par une amie à un spectacle d’hypnose.

À défaut de volontaire pour inaugurer son numéro d’hypnose régressive, Opale, l’hypnotiseuse qui officie sur scène le désigne comme cobaye. Une expérience qui changera à jamais la vie de René Toledano…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur que j’apprécie énormément. Il fait partie de ces auteurs pour lesquels je réponds présent dès la sortie d’un nouveau roman.

Comme beaucoup j’ai découvert l’auteur avec sa Trilogie des Fourmis et j’ai été immédiatement sous le charme, malgré tout je l’ai suivi de façon plus ou moins sporadique (j’ai tous ses bouquins, mais je suis loin de les avoir tous lus). Je lui suis d’une fidélité sans faille depuis 2012, année de la sortie du premier opus de sa trilogie Troisième Humanité.

Ma chronique

Bernard Werber a un style narratif qui n’appartient qu’à lui, vous reconnaissez sa « griffe » dès les premières pages. Si le style reste, les intrigues et les thèmes abordés eux varient du tout au tout… avec plus ou moins de succès, mais sans jamais ennuyer le lecteur (c’est du moins mon ressenti personnel).

Ici le corps de l’intrigue se construit autour de l’hypnose régressive ; en théorie l’idée est de permettre, grâce à l’hypnose, au sujet de partir à la découverte de ses vies antérieures. J’en vois déjà qui haussent un sourcil perplexe, forcément on ne peut dissocier le concept de vie antérieure à celui de réincarnation (sinon ça reviendrait à préparer une tarte aux pommes sans les pommes). Pour ma part ce ne sont pas des notions que je rejette en bloc (en dehors de tout concept religieux, cela va sans dire… cessons de confondre spiritualité et religion ; la seconde n’étant qu’une perversion organisée de la première), ceci dit il ne me semble pas impératif d’adhérer à l’idée pour apprécier le bouquin (après tout on ne vous demande pas de croire aux vampires pour lire et apprécier Dracula).

Revenons à nos moutons… et accessoirement cessons d’user et d’abuser de parenthèses !

Au fil de ses régressions (et des chapitres), René Toledano va rencontrer ses anciens-moi, parfois par curiosité, parfois par nécessité. C’est une de ses rencontres qui le poussera à venir en aide à son premier-moi, un Atlante nommé Geb. À ce niveau de ma chronique, je pense que j’ai perdu en route tous les sceptiques… parfait ! Bon débarras !

Se pose alors la question d’une éventuelle influence de nos vies antérieures sur le moi-présent et par extension celle de la possibilité du moi-présent d’influer sur la destinée des anciens-moi… Sur le coup j’avoue que le moi-de-tout-de-suite-maintenant commence à se choper un mal de crâne carabiné.

Deux Doliprane plus tard.

Je vous assure que posée par Bernard Werber, la double question évoquée plus haut ne vous causera aucune migraine et ne devrait avoir aucun effet secondaire… à part peut-être celui de remettre en question vos certitudes.

Il faut dire aussi que le personnage de René Toledano n’est pas du genre à suivre bêtement le troupeau, son dada serait plutôt de creuser l’Histoire « officielle » et de chercher les failles afin de rétablir LA vérité. Comme il se plait à le dire :

Ce qu’on connaît du passé ce n’est qu’une caricature de propagande répandue par les historiens pour faire plaisir à leur puissant commanditaire.

Ou encore :

Car même l’histoire officielle délivrée dans les manuels scolaires est parfois tronquée. Par exemple, on ne connaît les civilisations passées que par les traces qu’ont laissées celles qui étaient dotées de l’écriture. Parmi celles-ci, on ne connaît que le passé des civilisations qui abritaient des historiens. Et parmi ces dernières, que la version des vainqueurs.

Remettre en question l’Histoire, voilà bien un comble pour un professeur d’Histoire.

Cet aspect du récit, émaillé des nombreux exemples donnés par René Toledano, m’a beaucoup plu. Sans sombrer dans le delirium tremens paranoïde complotiste, je reconnais volontiers que parfois (si le sujet m’inspire) j’aime bien creuser au-delà de la surface parfaitement polie des versions officielles (qu’elles proviennent des autorités ou des médias).

D’autres questions sont abordées au fil de l’intrigue, avec parfois en support des extraits du MNEMOS de René Toledano (soit exactement le même format que les extraits de l’ESRA chère à la famille Wells).

Bernard Werber excelle dans le divertissement didactique, même si j’ai bien conscience qu’il ne faut pas forcément tout prendre pour argent comptant (pour coller à la petite histoire, il faut parfois jongler avec les grandes vérités de l’Histoire).

J’ai beaucoup aimé le duo formé par René Toledano et Opale Etchegoyen (le premier qui dit Etchebest est de corvée de chiottes pour les 10 prochaines années… je suis fan de Philippe Etchebest, pas toucher sinon moi taper), deux personnages complémentaires à bien des niveaux.

Incontestablement cette cuvée Werber 2018 est un bon cru, pas exceptionnel toutefois (j’ai trouvé certains passages franchement surjoués), mais qui se déguste avec énormément de plaisir. À consommer sans modération (perso je n’ai jamais trouvé modération quand il s’agit de prendre un apéro, du coup je fais sans sa compagnie).

MON VERDICT

Morceau choisi

Extrait du MNEMOS de René Toledano – Sophisme

Un sophisme est un raisonnement à la logique fallacieuse, c’est-à-dire qui a les apparences de la logique, mais qui n’est pas valide. Il a pour intention de tromper son auditoire.
On peut l’illustrer avec une blague :

Un homme croise un ami dans la rue.
– Salut, qu’est-ce que tu deviens ?
– Je suis prof de maths et toi ?
– Oh, moi je suis prof de logique.
– C’est quoi la logique ?
– Tu as un aquarium ?
– Oui.
– Donc tu aimes les poissons.
– Oui.
– Donc tu aimes tout ce qui est beau.
– Oui.
– Donc tu aimes les femmes.
– Oui.
– Voilà, c’est ça la logique.
Le prof de maths repart et croise un autre ami d’enfance. Il évoque sa rencontre précédente avec le professeur de logique. L’autre lui demande :
– Tu peux m’expliquer ce qu’il fait exactement, ton ami, en tant que professeur de logique ?
– Bien sûr. Tu as un aquarium ?
– Non.
– Alors c’est que tu es homosexuel.

[BOUQUINS] Isabelle Villain – Mauvais Genre

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I. Villain - Mauvais Genre

Titre : Mauvais Genre
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2018
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

1993. Le jeune Hugo assiste impuissant à un énième passage à tabac de sa mère par son père, sauf que cette fois elle ne s’en relèvera pas. Malgré les consignes de son père, Hugo appelle la police et leur raconte toute la vérité. Au procès il livrera un témoignage à charge contre son assassin de père.

2016. L’équipe du commandant Rebecca de Lost enquête sur le meurtre sauvage d’Angélique Lesueur, une brillante jeune femme à qui tout semblait réussir. Aucune effraction. La victime connaissait sans doute son assassin, mais chaque piste explorée par la police semble condamnée à faire chou blanc.

Dans le même temps une autre affaire, que les policiers pensaient résolue depuis longtemps, le coupable ayant été identifié et incarcéré au vu de ses aveux complets, va refaire surface. Et si la police s’était trompée de coupable ? Et si la menace d’un tueur en série planait à nouveau sur Paris ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’avais repéré ce roman au catalogue des éditions Taurnada, le pitch me semblait prometteur.

Joël, l’éditeur, m’ayant gentiment proposé de me le faire parvenir en échange d’une chronique, j’eu été bien bête de ne pas sauter sur cette occasion.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement Joël des éditions Taurnada pour sa confiance renouvelée.

Avant de lire ce roman je ne n’avais jamais entendu parler de son auteure, Isabelle Villain ; si j’ai bien tout compris Mauvais Genre est le troisième roman mettant en scène Rebecca de Lost, les deux précédents ayant été publiés par les Editions Auteurs d’Aujourd’hui (Ed2A pour les intimes). Je vous rassure de suite le présent roman peut se lire dépendamment des deux premiers, les événements passés sont rappelés afin d’assurer un bon déroulé (et une bonne compréhension) de l’intrigue.

Mauvais Genre est un thriller rondement mené dans lequel une équipe de flic de la Crim’ va devoir mener de front deux enquêtes distinctes. Au vu du titre du roman, on devine aisément le lien entre Hugo et Angélique, mais pour le reste l’auteure sait y faire afin de brouiller les pistes. Orientant même les soupçons sur un autre suspect potentiel (j’ai foncé tête baissée même si je refusais d’y croire totalement), perso je n’ai aucune honte à avouer que je n’avais rien vu venir.

Le risque avec ces romans qui se concentrent sur une équipe et non sur un enquêteur seul est de trop focaliser l’attention sur le chef de groupe, les autres membres de l’équipe étant davantage réduits à de simples faire-valoir que des personnages à part entière. Isabelle Villain évite brillamment cet écueil, chacun de ses personnages bénéficiant d’une personnalité bien travaillée et d’un vécu individuel et professionnel. La dimension psychologique du récit est donc, elle aussi, totalement maîtrisée.

Rebecca, chef de groupe, approche de la cinquantaine, veuve, sans enfant elle se consacre corps et âme à sa vie professionnelle, même si depuis peu, sa relation avec Tom, lui aussi chef de groupe à la Crim’, la pousse à s’ouvrir à nouveau à l’amour. Tom aussi s’épanouit dans cette relation, mais il est marié et père de deux enfants.

Rebecca est secondée par Cyril, son adjoint, ami de toujours, mais un tantinet psychorigide. Elle peut aussi compter sur le reste de son équipe, Richard, le procédurier (plus ou moins l’équivalent du profiler), Franck, Olivier et Mélina, la dernière recrue du groupe.

Si l’auteure apporte un soin particulier à ses personnages, elle n’hésite pas, pour les besoins de l’intrigue, à les malmener et à leur faire passer de sales moments. À ce titre il peut être un peu frustrant de refermer le bouquin avec encore beaucoup de questions non résolues (une première affaire résolue de façon pas franchement convaincante et la seconde encore en suspens) ; certainement une façon de laisser une porte ouverte à une plus que probable suite. Je serai fidèle au poste, j’ai vraiment envie de découvrir le fin mot de l’histoire…

J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre Rebecca de Lost et son équipe (la preuve je l’ai dévoré d’une traite en un après-midi), en attendant (pas trop longtemps j’espère) de lire la suite de la présente affaire, le bouquin a suffisamment titillé ma curiosité pour me donner envie de lire les deux précédents opus… malheureusement, ils ne semblent pas exister en version numérique.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Le Signal

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M. Chattam - Le Signal

Titre : Le Signal
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2018
Origine : France
752 pages

De quoi ça cause ?

Pour fuir le tumulte de la vie new-yorkaise, la famille Spencer, Tom, Olivia, leurs deux adolescents, Chad et Owen, et la petite dernière, Zoey, décident de s’installer dans la paisible bourgade de Mahingan Falls ; se mettre au vert histoire de prendre un nouveau départ.

Paisible ? Rien n’est moins sûr. En effet, peu après leur installation les Spencer notent une succession d’événements troublants. Et si une menace invisible, mais néanmoins bien réelle, planait sur Mahingan Falls…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam.

Parce que la quatrième de couv’ nous promet LE grand frisson.

Ma chronique

J’apprécie tout particulièrement les auteurs qui osent s’aventurer au-delà de leur zone de confort, nul ne pourrait nier que Maxime Chattam fait partie de ces auteurs/baroudeurs. Plutôt que de se confiner au thriller, genre dans lequel il n’a plus rien à prouver, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus pour explorer de nouveaux horizons.

Qui l’eut cru capable de nous offrir une saga de fantasy post-apocalyptique ? Et pourtant il l’a fait avec Autre-Monde, et le résultat a été plus que convaincant. S’essayer au roman noir était certes un pari moins risqué, il n’en reste pas moins qu’il a brillamment tiré son épingle du jeu avec Que ta Volonté Soit Faite. Au risque de désarçonner ses lecteurs, il a été encore plus loin dans le noir avec Le Coma Des Mortels, et effectivement l’accueil fut mitigé même si, pour ma part, j’ai été sous le charme.

Avec Le Signal, l’auteur s’essaye à la littérature horrifique ; un genre à part entière, n’en déplaise à certains intégristes culturels. Un genre qui fut véritablement initié par Mary Shelley (Frankentstein) et Bram Stoker (Dracula) et qui aujourd’hui fait bien des émules aussi bien chez les lecteurs que chez les auteurs. Dans cette vaste écurie littéraire, pour son roman Maxime Chattam puise vraisemblablement son inspiration chez H.P. Lovecraft et Stephen King ; inutile de vous dire qu’avec de telles références la barre est haute…

N’est pas Lovecraft ou King qui veut. Dès les premières pages du bouquin, on sent que Maxime Chattam n’est pas dans son élément, ça manque de corps, comme si l’auteur cherchait à écrire comme ses modèles plutôt que de s’approprier totalement son intrigue.

Si les différentes scènes horrifiques sont plutôt bien foutues, il manque un liant ou plus exactement un background. Le gore fait incontestablement son effet, mais au niveau de l’ambiance générale du récit la sauce a du mal à prendre. Il manque cette impression de malaise et/ou d’oppression qui est la marque des grands récits d’horreur. Du coup on frémit sur le coup (certaines mises à mort sont franchement vicieuses), mais on ne flippe pas réellement. Pour le grand frisson, c’est raté.

Il n’en reste pas moins que Maxime Chattam est un grand auteur, malgré ces quelques imperfections, il parvient à rendre son récit addictif, difficile de lâcher prise avant de connaître le fin mot de l’histoire. Sur ce point, j’ai un moment craint le pire devant la dimension technologique des événements qui frappent Mahingan Falls, mais au final ça s’intègre plutôt bien à l’ensemble (et ça justifie le titre du roman, soit dit en passant).

Certes pas le meilleur cru de Maxime Chattam mais la dernière partie du récit, franchement haletante, ferait presque oublier ces petits défauts. Si l’auteur souhaite persévérer dans le genre (ce que j’espère), je lui conseillerai (très modestement cela va sans dire) d’oser s’affirmer davantage ; garder à l’esprit les maîtres du genre est une bonne chose, mais il faut qu’il trouve et impose sa propre voie.

À défaut d’avoir ressenti le grand frisson, j’ai passé un agréable moment en compagnie de la famille Spencer, mais aussi des autres personnages (mention spéciale à Connor, un adolescent qui ne manque pas de ressources, mais aussi à Gemma, la baby-sitter et à Ethan Cobb, un lieutenant qui n’hésitera pas à s’opposer à son abruti de chef). N’allez pas croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, si les entités qui s’acharnent sur Mahingan Falls sont franchement néfastes, chez les humains aussi il y a des individus hautement nuisibles (je citerai par exemple Derek Cox et Warden, le chef -l’abruti dont il est question plus haut – de la police).

J’ai refermé ce bouquin avec une question qui me turlupinait : qu’est-il donc arrivé à Milo ? Avec le recul je me dis qu’il vaut mieux peut-être ne pas le savoir ; surtout quand on connait le triste sort réservé à son prédécesseur…

Le bouquin est truffé de clins d’œil à la littérature et au cinéma horrifique, à commencer bien entendu par l’oeuvre de Stephen King (certaines références étant très lourdement appuyées) ; si je devais n’en retenir qu’une, ce serait la présence de la ville d’Arkham et plus particulièrement son hôpital psychiatrique (Arkham Asylum en langue de là-bas). Si, à l’origine, la ville d’Arkham (Massachusetts) a été imaginée par H.P. Lovecraft pour être le théâtre de certains de ses écrits, notamment dans le cadre du Mythe de Cthulhu, et abrite bien un hôpital psychiatrique ; l’Arkham Asylum a surtout été popularisé par DC Comics, c’est en effet là que sont détenus les pires criminels de Gotham City que combat Batman (dont l’incontournable Joker).

D’un point de vue strictement visuel, je trouve la couv’ très réussie. Si je ne connaissais pas Maxime Chattam, elle m’aurait très certainement donné envie de me pencher sur ce bouquin. Et j’aurai tout aussi certainement craqué après avoir lu la quatrième de couv’.

Petite digression sportive si vous le permettez…

Ils étaient sonnés.
Comme s’ils avaient pris un uppercut en pleine tempe.

Pour un amateur de boxe, cette phrase pique les yeux et défie toute logique.
Un uppercut en pleine tempe c’est juste impossible… ou alors c’est un uppercut raté. L’uppercut est un puissant coup de poing porté de bas en haut qui vise principalement le menton de l’adversaire ; un uppercut réussi laissera l’adversaire complètement sonné, voire même KO. S’il touche la tempe, il ne fera guère que l’effleurer en fin de course.
Par contre si on veut déstabiliser (et plus si affinités) son adversaire en le frappant à la tempe, c’est le crochet le coup le plus approprié.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Xavier Müller – Erectus

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X. Müller - Erectus

Titre : Erectus
Auteur : Xavier Müller
Éditeur : XO Editions
Parution : 2018
Origine : France
433 pages

De quoi ça cause ?

En Afrique du Sud, Cathy Crabbe, une virologue identifie un virus qui défie toutes les lois de la nature, ses « victimes » régressent en effet de plusieurs millions d’années.

Son alerte est tournée en ridicule par la communauté scientifique. Stephen Gordon, un haut responsable de l’OMS décide malgré tout de prendre cette possible menace au sérieux.

Il envoie son adjoint, Lucas Carvalho, sur le terrain en lui recommandant de convaincre Anna Meunier, une paléontologue controversée pour avoir émis l’hypothèse d’une possible régression des espèces, de rejoindre l’équipe de recherche.

Sur place, ils découvrent plusieurs espèces animales touchées par le virus, mais aussi des végétaux ayant subi le même type de régression. Une course contre la montre s’engage alors pour circonscrire le virus avant une éventuelle transmission humaine ; ils ne le savent pas encore, mais il est déjà trop tard…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est la couv’ qui a d’abord attiré mon attention, le résumé n’a fait que confirmer l’évidence.

XO Editions et la plateforme Net Galley ayant accepté ma sollicitation, j’ai le plaisir de découvrir ce roman en avant-première (parution le 8 novembre).

Ma chronique

Je remercie chaleureusement XO Editions et Net Galley pour leur confiance renouvelée à l’occasion de la sortie de ce roman.

Pendant longtemps on a pensé que l’évolution des espèces ne pouvait qu’obéir à la loi de Dollo qui stipule qu’une spécialisation des espèces s’accompagne d’une diminution des mutations qui pourraient les faire évoluer, rendant improbable le retour des caractéristiques ou organes perdus par une espèce au cours de l’évolution. Le phénomène de régression (le terme scientifique exact est réversion) a été admis et démontré que récemment…

C’est sur cette base que Xavier Müller a construit son thriller fantastique Erectus, avec comme élément déclencheur un virus qui provoque des régressions radicales en un temps record, mais est en plus capable d’évoluer afin de contaminer aussi bien la flore que la faune et même l’humain.

L’auteur réussit un joli tour de force en rendant (presque) crédible la propagation de ce virus pour le moins improbable ! Les différentes phases de l’épidémie, puis de la pandémie, et ses conséquences sont décrites avec un réalisme bluffant. Il en va de même pour les différentes réactions possibles face à cette menace sanitaire inédite (même si le constat n’a pas de quoi redonner foi en l’humanité du genre humain).

Un risque sanitaire majeur qui sera géré à la fois par l’OMS et par l’ONU, les deux organismes n’ayant pas forcément les mêmes priorités, et encore moins le même genre de préoccupations. Face aux conséquences économiques (voire politiques) et sanitaires de la pandémie, est-ce que la morale et l’éthique ont encore le droit de cité ? Jusqu’où peut-on aller au nom de la protection des populations ?

J’aimerai croire que les réponses apportées dans le roman ne sont que pure fiction, mais je ne me fais guère d’illusion sur la question.

Je reste volontairement dans le vague afin de ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte. C’est un peu frustrant de rédiger des chroniques en se contraignant à en dire le moins possible (alors qu’il y aurait tant à dire et redire), mais c’est toujours mieux que de spoiler à tout va au risque de vous ruiner votre lecture.

Une intrigue qui vous fera voyager en Afrique du Sud, aux États unis, en Suisse et en France, mais le rythme de croisière imposé ne laissera guère de place à la farniente. Petit plus personnel, il y a même une partie de l’intrigue qui se déroule au large de la Nouvelle-Calédonie.

Forcément au cours de cette ballade aux quatre coins du monde vous allez croiser beaucoup de personnages amenés à jouer un rôle plus ou moins important dans la suite des événements. Si l’intrigue est portée par le trio composé d’Anna Meunier, Stephen Gordon et Lucas Carvalho, les autres personnages ne sont pas pour autant condamnés à faire de la simple figuration.

Un bouquin commencé vendredi après-midi, mis en stand-by le temps du weekend (c’est paradoxal, mais alors que c’est le moment où je suis sensé avoir le plus de temps libre, c’est aussi celui pendant lequel je lis le moins) et dévoré dans la journée de lundi.

Cette lecture fut pour moi une belle découverte, un récit maîtrisé de bout en bout et construit avec beaucoup d’intelligence. Je ne connaissais pas Xavier Müller, nul doute qu’à compter de ce jour je vais m’intéresser de plus prés à ce qu’il fait…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – J’Ai Encore Menti !

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G. Legardinier - J'ai encore menti !

Titre : J’Ai Encore Menti !
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Laura est une jeune femme qui se pose beaucoup de questions sur son avenir et la vie en général. Jusqu’à sa rencontre avec Tartiflette, un poney sournois ; rencontre qui se soldera par un violent choc frontal avec une branche tout aussi sournoise.

Laura reprend connaissance à l’hôpital, totalement amnésique ! Une âme d’enfant enfermée dans un corps de femme. Elle va devoir tout réapprendre, de l’usage des objets du quotidien à ses relations avec les autres en passant par toutes les règles, dites et non dites, qui régentent notre vie, voire nos sentiments…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier, et pis c’est tout !

Ma chronique

Il y en a qui réclament à leur Père leur pain quotidien (c’est tellement plus simple d’aller le chercher à la boulangerie… mais bon, chacun son truc), moi j’attends toujours avec la même impatience mon rendez-vous annuel avec Gilles Legardinier… à défaut de l’auteur, je me contenterai de son nouveau roman.

Et le voilà justement qui m’arrive entre les mains comme du pain bénit tombé du ciel… bon OK ça ne c’est pas vraiment fait comme ça, mais je suis en phase lyrico-mystique, vous n’allez quand même pas me coupez dans mon élan.

En parlant du pain bénit (ça va finir par me donner faim tous ces pains) vous imaginez sans mal que cette histoire de perte de mémoire totale offre un terrain de jeu aux possibilités quasiment infinies à Gilles Legardinier. Et le bougre ne s’en prive pas, il s’en donne même à cœur joie pour nous réjouir.

Visuellement déjà la couv’ donne le ton : sérieux s’abstenir ! La chanson de Henri Salvador, Faut Rigoler, pourrait être la devise de l’auteur. Difficile en effet de garder son sérieux en lisant ce bouquin, plus difficile encore d’éviter de pouffer de rire en public tant certaines scènes sont déjantées. Un condensé de bonne humeur, de sourires et de rires qui fait un bien fou.

Vous le savez sûrement si vous me lisez depuis déjà quelque temps et plus encore si vous êtes un lecteur assidu de Gilles Legardinier, l’auteur se sert du rire pour mettre en avant les valeurs humaines qui lui tiennent à coeur. Et il le fait avec beaucoup d’intelligence et d’humanité sans jamais sombrer dans le sentimentalisme sauce guimauve ou la mièvrerie.

Au fil des chapitres il sera question, entre autres, de famille, d’amitié, d’amour et de solidarité, avec quelques belles réflexions pleines de bon sens. L’occasion aussi de pointer du doigt une triste vérité : enfant on nous inculque de nombreuses valeurs morales à respecter (pour ceux et celles qui ont eu la chance de bénéficier d’une véritable éducation), on nous apprend à discerner ce qui est bien de ce qui est mal ; mais arrivé à l’âge adulte on a tendance à tout oublier pour se conformer à ce que le système attend de nous…

Chaque jour, des illusions qui volent en éclats et chaque jour, de nouveaux espoirs. J’ai l’impression de me recevoir une avalanche en permanence. Ensevelie sous les protocoles, les devoirs, les usages, les bienséances, les principes, sans parler de tout ce que l’on découvre qui se cache derrière… J’ai l’impression que toutes les règles qu’on nous impose ne sont là que pour étouffer notre nature, pour faire taire nos élans. Il faudrait ne rien dire, ne rien changer, se conformer, et jouer un jeu qui n’est pas le nôtre.

J’ai bien entendu beaucoup aimé le personnage de Laura qui redécouvre la vie et se (re)construit, mais j’avoue avoir eu un véritable coup de cœur pour Lucie, son amie un tantinet barrée. Et bien entendu, impossible pour ma part de ne pas succomber au charme irrésistible de Cubix…

J’aurai aimé, en refermant ce roman, connaître le fin mot de l’histoire relative à l’abject Monsieur D. ; sur ce coup je reste sur ma faim, mais il faudra plus que ça pour m’ôter ce sourire béat.

J’ai déjà eu l’occasion de le dire, mais je le répète avec le même plaisir, Gilles Legardinier a inventé l’OLIG (Objet Littéraire d’Intérêt Général), ses romans sont un élixir face à la morosité ambiante, ils devraient être déclarés d’utilité publique et remboursés par la Sécurité Sociale… Comment ça je m’emballe ?

Décidément ce Legardinier cuvée 2018 a tout du grand cru.

MON VERDICT

[BOUQUINS] René Manzor – Apocryphe

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R. Manzor - Apocryphe

Titre : Apocryphe
Auteur : René Manzor
Éditeur : Éditions de l’Épée
Parution : 2018
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

Sept ans plus tôt, David a vu mourir son père, crucifié sur le Golgotha par les autorités romaines avec la bénédiction du Sanhédrin juif.

Aujourd’hui il vit caché dans le désert de Qumrân chez sa mère, Mariamne et son oncle, Shimon alors que la colère gronde de plus en plus fort à Jérusalem et un peu partout en Palestine face à l’occupation romaine et son lot de persécutions. Mais le peuple juif est divisé, les zélotes sont partisans d’une lutte armée alors que les nazôréens espèrent toujours trouver une issue pacifique.

David a soif de vengeance, de rébellion et de liberté…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Avant toute autre considération, par curiosité. Le pari de René Manzor était plutôt osé, j’étais curieux de savoir comment il s’en sortirait… et s’il saurait me convaincre.

Les éditions Calmann-Lévy, via la plateforme Net Galley, ayant répondu favorablement à ma sollicitation, il ne me restait plus qu’à succomber à la tentation.

Ma chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et NetGalley qui, en acceptant ma demande, me donnent leur bénédiction pour la rédaction de la présente chronique.

Si vous cherchez dans le dico (le Larousse en l’occurrence) le mot apocryphe, vous trouverez les définitions suivantes :

Se dit d’un texte qui n’est pas authentique.
Se dit de tout écrit qui, se présentant comme un livre inspiré de Dieu, ne fait pas partie du canon biblique juif ou chrétien.

Alors le roman de René Manzor est-il vraiment apocryphe ? Si je me réfère à la première définition, la réponse est non ; en effet ce texte est un authentique thriller. En référence à la seconde définition je serai tenté de répondre à la normande ni oui, ni oui, mais aussi oui et non ; l’inspiration divine du roman est très lointaine et surtout très libre, de fait il ne peut absolument pas prétendre faire partie du canon biblique (nul doute même qu’il devrait hérisser le poil des grenouilles et crapauds de bénitier). Il n’en reste pas moins que Apocryphe est un roman divinement agréable à lire et diaboliquement addictif.

En combinant des personnages historiques (Pilate, Caïphe ou encore Caligula), des personnages bibliques (Barabbas ou Joseph d’Arimathie par exemple) et des personnages issus de son imaginaire, René Manzor s’invite (s’immisce même) dans l’Histoire et la revisite sans pour autant en modifier fondamentalement le cours. Un pari sacrément osé, pour ne pas dire complètement fou.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore je revendique haut et fort mon athéisme et suis totalement hermétique (pour rester poli) à tout ce qui se rapporte à la religion ; c’est donc curieux, mais pas franchement convaincu que je me suis lancé dans la lecture de ce bouquin semblable à nul autre. Et le miracle s’est produit ! Saint René m’a donné la foi en son évangile apocryphe…

Je n’ai pas eu besoin de réciter une palanquée de pater noster et une tripotée d’ave maria avant d’être touché par la grâce, le charme a opéré dès les premières pages et ne m’a plus lâché avant que je ne referme ce bouquin.

J’ai beaucoup aimé le trio composé de David (et l’impétuosité de son jeune âge), le fils de Jésus (Yeshua) et Marie Madeleine (Marimane de Magdala), Longinus (qui incarne plutôt la force tranquille, du moins aussi longtemps qu’on ne le pousse pas à bout), un ancien légionnaire converti qui a juré de protéger le jeune garçon et Farah, une jeune esclave affranchie par la force des choses qui ne manque ni de ressources ni de répartie.

René Manzor apporte le même soin à tous ses personnages, qu’ils soient historiques, bibliques ou fictifs ; il saura vous les rendre sympathiques ou a contrario totalement antipathiques (avec une mention spéciale à Ponce Pilate qui est juste exécrable de la première à la dernière page) selon les besoins de son intrigue.

Et quelle intrigue ! L’auteur nous plonge dans un véritable péplum biblique sur fond de chasse à l’homme, un thriller truffé d’action et de batailles épiques (celle du fort Garizim est un morceau d’anthologie). On sent que René Manzor est aussi scénariste et réalisateur, son écriture est très visuelle, en lisant le roman on a l’impression de voir la scène se jouer sous nos yeux.

Mais l’auteur ne se contente pas d’enchaîner les bastons, ses personnages seront amenés à se poser des questions, voire même à douter, si leurs réflexions s’intègrent alors parfaitement à l’intrigue, elles sont pour beaucoup tout aussi valables de nos jours.

Ce roman est un sacré tour de force qui doit beaucoup au formidable talent de conteur de son auteur qui, au fil des pages, parvient à nous divertir avec brio, mais aussi avec beaucoup d’intelligence. Un roman totalement maîtrisé qui force le respect.

Je craignais quelques envolées mystiques, ce qui eut pour moi été rédhibitoire, il n’y en a que peu et, là encore, elles sont parfaitement intégrées à l’intrigue, à aucun moment René Manzor ne tombe dans le piège du prosélytisme.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Marc S. Masse – Cross

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M. S. Masse - Cross

Titre : Cross
Auteur : Marc S. Masse
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Eric Milan est un ex-flic qui s’est installé à son compte comme détective privé, outre des affaires pas franchement folichonnes, il peine à boucler les fins de mois. Quand un client lui propose un 300 000 € pour identifier et éliminer l’homme qui est responsable de la mort de son fils, Milan ne rechigne pas longtemps avant d’accepter.

Mais pour se faire, Milan devra participer au Grand Cross, une course extrême réservée aux sportifs accomplis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et l’occasion de découvrir Marc S. Masse, un nouveau venu dans leur catalogue.

Parce que Nathalie et Net Galley me permettent de découvrir ce roman en avant-première (parution le 8 octobre).

Ma chronique

Je remercie Flamant Noir, tout particulièrement Nathalie, et Net Galley qui m’offrent l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première.

Je suis un grand consommateur de thrillers et romans policiers, mais il me semble que c’est la première fois que j’en lis un qui se déroule au cœur d’une épreuve sportive. Et quelle épreuve !

Le Grand Cross c’est huit étapes de course à pied sur tous types de terrain et qu’importent les conditions météo. Chaque jour les concurrents devront courir sur plus de 50 kms avant une dernière étape de 84 kms !

Le roman se divise en deux parties, la première représentant plus de 85% du bouquin. Et c’est plutôt une bonne chose, car dans cette première partie Marc S. Masse fait preuve d’une remarquable maîtrise.

La grande force de ce Cross réside dans le personnage d’Eric Milan. Milan c’est un peu Monsieur Tout-le-Monde quand on fait sa connaissance, un quadra qui se laisse un peu aller, un gars enlisé dans un boulot qui ne lui plait pas vraiment et avec des fins de mois difficiles. Si Milan accepte la mission qui lui est confiée, ce n’est ni par idéal ni par grandeur d’âme, non, c’est pour le fric et uniquement le fric.

Dans cette première partie on le voit se surpasser au fil des étapes, on en viendrait presque à souffrir avec lui tant l’auteur réussit à nous plonger dans la peau de son personnage. D’autant que la course va rapidement lui réserver d’autres surprises qui n’ont rien à voir avec le sport.

A ce niveau je dois avouer que j’ai rapidement compris qui tirait les ficelles et surtout quelles étaient ses motivations. C’est une phrase de Milan qui m’a mis sur la voie. Malgré l’absence de surprise à ce niveau (la suite m’a en effet donné raison sur toute la ligne) j’ai pris énormément de plaisir à parcourir les kilomètres et surmonter les difficultés avec Eric Milan.

Puis vient la seconde partie avec un retournement de situation aussi incompréhensible qu’invraisemblable. J’en suis venu à douter de la santé mentale de l’auteur sur ce coup puis à la réflexion un début d’explication m’est apparu sans toutefois que je parvienne à le cadrer dans le déroulé de l’intrigue.

Et effectivement tout s’explique (une fois de plus j’avais vu juste), ça peut paraître un peu simpliste pour amener la fin, mais personnellement j’ai trouvé que ça collait plutôt bien.

Cross est le septième roman de Marc S. Masse, mais c’est son premier titre inscrit au catalogue de Flamant Noir. Si le bouquin n’est pas exempt de défauts, je trouve tout de même qu’il tire bien son épingle du jeu ; suffisamment en tout cas pour me donner envie de suivre l’auteur à l’avenir.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cizia Zykë – Alma

AU MENU DU JOUR

C. Zykë - Alma

Titre : Alma
Auteur : Cizia Zykë
Éditeur : Taurnada
Parution : 2018
Origine : France
210 pages

De quoi ça cause ?

En 1492, en Espagne, il ne fait pas bon d’être juif. Le pays vit en effet sous le joug du grand inquisiteur Torquemada, bien décidé à ne reculer devant rien pour bouter les juifs hors d’Espagne…

Alam est une jeune fille, une gueule d’ange, l’innocence et la bonté incarnée. En plus Alma affirme parler régulièrement avec Dieu. Problème, au vu du contexte en tout cas, Alma est juive…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je n’ai jamais lu de roman de Cizia Zykë, mon expérience avec le bonhomme s’arrête à sa trilogie biographique, Oro (1985) – Sahara (1986) – Parodie (1987). Il faudrait d’ailleurs que je prenne le temps de me plonger dans le dernier opus de sa bio : Oro and Co (2009).

Joël, des éditions Taurnada, m’ayant gracieusement proposé de découvrir cet ultime roman, publié à titre posthume (Cizia Zykë est décédé en septembre 2011), je ne me voyais décemment pas refuser cette opportunité.

Ma chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée en m’offrant l’opportunité de découvrir ce roman de Cizia Zykë.

Zykë et moi c’est une histoire commencée en 1985 avec la lecture de Oro (un livre que j’avais offert à mon père pour son anniversaire) ; plus exactement avant même d’entamer sa lecture c’est la photo en quatrième de couv’ qui a fait tilt. Un costaud moustachu assis torse nu sur un transat, à sa gauche un flingue rangé dans son holster d’épaule, dans sa main droite un joint taille XXL et à son cou une chaîne en or ornée d’une magnifique pépite ! Rien que ça, ça m’a donné envie d’en savoir plus sur ce type.

C. Zykë

Et la lecture du bouquin fut une sacrée claque ! Ce mec ose tout, ne respecte rien… Déjà à l’époque je ne respectais pas grand-chose… mais j’osais encore moins ! J’ai fait de ce bouquin, et surtout de Cizia Zykë, le sujet d’un exposé qui m’a valu une excellente note en cours de français malgré un sujet pas franchement politiquement correct. Et qui a valu au bouquin de faire le tour de la classe… sans jamais réintégrer son point de départ soit dit en passant !

Après Oro j’ai enchaîné avec Sahara et Parodie, qui remontaient à contre-courant le parcours hors norme (et surtout hors des sentiers battus de la bien-pensance universelle) de Cizia Zykë. Et puis je suis passé à autre chose, me promettant de prendre le temps, un de ces quatre, de m’intéresser aux romans du bonhomme… Et puis j’ai oublié (j’y pense et puis j’oublie… c’est bien connu), et puis Cizia nous a quittés à l’âge de 62 ans (au vu de la vie qu’il a menée et des excès en tout genre auquel il s’est adonné sans retenue on pourrait presque dire que c’est un exploit d’avoir tenu aussi longtemps).

Il y a quelques mois c’est le bouquin de Thierry Poncet, Zykë L’Aventure (lui aussi paru chez Taurnada), qui a rallumé la flamme et ravivé ma curiosité. Je me suis mis à la recherche des romans de Zykë ; mais une fois encore mon Stock à Lire Numérique et ses aléas auront raison de ma motivation…

C’est pourquoi la proposition de Joël arrivait à point nommé, cette fois plus moyen de procrastiner ! Je termine ce que j’ai en cours et je me lance !

Je crois que c’est la plus longue intro que j’ai jamais rédigée pour une chronique…

Trêve de digressions, revenons donc à nos moutons et à cette chère et tendre Alma.

Le roman s’ouvre sur une préface de Thierry Poncet, le complice, compagnon de voyage (et accessoirement de galères) et ami de Cizia Zykë. Préface dans laquelle il nous expose brièvement la genèse du projet Alma.

Premier constat : le roman est très court, mais, à la décharge de l’auteur, quand il a entrepris de l’écrire il savait d’ores et déjà que la Faucheuse viendrait bientôt lui réclamer son dû. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est lui même qui nous l’explique dès les premières pages du roman.

(…) si aujourd’hui je prends la plume une ultime fois, c’est que je suis à la veille de mon dernier grand voyage. Alors, à propos de Dieu, je saurai plus vite que vous de quoi il retourne. Le plus probable, même, est qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, je suis en train de papoter avec Lui sur son nuage favori.

Second constat : le style narratif est pour le moins original. Cizia Zykë, le « conteur », comme il se qualifie lui même au fil des pages, s’adresse directement au lecteur. Je conçois que ça puisse surprendre, mais pour ma part je trouve que ça contribue à donner un certain cachet au roman ; d’autant qu’il le fait avec sa gouaille habituelle, mais aussi avec beaucoup d’humour et tout autant d’ironie (il est vrai que de nos jours le fanatisme religieux et le racisme n’ont plus cours).

Alma est donc une fable qui oppose à la folie et la connerie des hommes (pas tous, mais une grosse majorité tout de même) l’innocence de sa jeune héroïne. Le ton décalé de Cizia Zykë et les chapitres courts rendent cette lecture des plus agréables (malgré une histoire bien sombre), mais l’on sent quand même que l’auteur s’est renseigné sur son sujet et que les dérives de l’Inquisition n’ont plus de secret pour lui.

L’esprit humain recèle d’insoupçonnables ressources quand il s’agit de faire du mal à son prochain.
Au sein de la docte confrérie des bourreaux de l’Histoire, ceux de l’inquisition espagnole en cette fin de XVe siècle figurent parmi les plus imaginatifs. On leur doit, par exemple, l’usage de l’inventive garrucha, une méthode de suspension des gens agrémentée de lourds poids de bronze qui, judicieusement pendus aux jointures des membres et à divers appendices, se révélaient propices à un lent arrachage de muscles.
Ou bien le délicieux potro, triangle de bois sur lequel la personne était à la fois empalée et écartelée. Deux effets en un, n’était-ce pas ingénieux ?
Nous passerons sur des outils plus classiques et bien connus, tels que les poires d’angoisse, les brodequins, différentes lames à écorcher, trancher, découper en lanières, en cubes, ou à séparer les chairs muscle par muscle, et autres fers à brûler.

On aimerait se prendre à rêver (sans trop y croire) d’un happy end au milieu de toute cette folie, mais l’auteur balaye rapidement nos espoirs en annonçant la couleur : tout ça ne peut que mal se terminer et se terminera donc mal (merci Monsieur Murphy).

Une belle découverte que vous aurez bien du mal à lâcher une fois plongé dans sa lecture, et une belle rencontre avec Alma. Un grand merci à Thierry Poncet qui a permis à cet ultime roman de son ami de voir le jour plutôt que de croupir au fond d’un tiroir en l’état de manuscrit oublié.

Je n’ai pas une longue expérience de la langue espagnole, mais suffisamment pour manquer de m’étouffer avec mon Coca en découvrant les noms du sergent de la soldatesque sévillane, Cojones y Culo de Hierro (que l’on peut traduire par Couilles et Cul d’Acier) et de son second Pinga de Burro (littéralement, Pine d’Âne).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Hérodias & Le Seigneur De Feu

AU MENU DU JOUR

S. Greem - Hérodias & le Seigneur de Feu

Titre : Hérodias & Le Seigneur De Feu
Série : Epopées Avaloniennes – Tome 3
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2018
Origine : France
468 pages

De quoi ça cause ?

Hérodias, la grande prêtresse d’Avalon, Aldarik, le Viking, Goulven, le Celte et Cadoc, l’ex-moine redevenu druide, pénètrent enfin dans le royaume des fées. Hermès, le corbeau magique, et Lutuz-Nog, le korrigan seront aussi du voyage.

Le temps presse pour nos héros, car les peuples élémentaires se meurent inexorablement sous l’emprise de la magie des sorciers d’Azgor. Mais pour y parvenir, Hérodias et ses compagnons vont devoir convaincre les différents royaumes, plus divisés que jamais, de s’unir contre leur redoutable ennemi commun.

Restaurer le royaume des fées est aussi pour Hérodias l’ultime chance de libérer Kai de l’emprise maléfique de Caïus ; pour se faire, elle devra réunir l’âme et le corps de son aimé avant qu’il ne soit trop tard…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je me suis régalé avec les deux premiers opus de ces Épopées Avaloniennes ; Sara m’ayant proposé de découvrir le troisième et dernier tome, je ne pouvais décemment pas bouder ce plaisir !

Ma chronique

Je remercie chaleureusement Sara et les Editions du 38 pour leur confiance renouvelée à l’occasion de la publication de l’ultime volet des Épopées Avaloniennes d’Hérodias et ses amis.

Le tome précédent laissait présager un monde riche en surprises et je peux vous assurer que ce royaume des fées tient toutes ses promesses, et même bien au-delà ! Vous vouliez des créatures fantastiques ? Vous allez en avoir à foison. Au fil de leur périple, nos aventuriers rencontreront des ondins (royaume de l’Est, élément eau, dirigé par Dame Loreleï), des nains (royaume du Sud, élément terre, dirigé par le Seigneur Matol’ch), des elfes (royaume de l’Ouest, élément air, dirigé par le Seigneur Ménéthas) mais aussi des trolls, des farfadets… et même des dragons ! Et, en bonus, quelques héros de la mythologie celte…

Et encore je ne vous parle là que des alliés potentiels pour nos héros (à condition qu’ils parviennent à mettre tout le monde d’accord), de leur côté les nécromanciens d’Azgor n’hésiteront pas à déployer un impressionnant bestiaire afin contrecarrer les plans d’Hérodias.

Vous en voulez encore ? De la magie et encore de la magie, blanche ou noire selon les lanceurs de sorts, curative ou dévastatrice… il y en a pour tous les goûts. La clé de la victoire pourrait bien résider dans le plus puissant des artefacts magiques, le Graal (si, si vous avez bien lu). Évidemment il ne s’agit du Graal version chrétienne (la coupe qui a recueilli le sang du Christ), ni de sa version alternative « hérétique » (le sang royal, la descendance de Jésus)… c’est là un objet magique qui résulte de l’assemblage de quatre artefacts légendaires.

Bref, les amateurs de fantasy en auront pour leur argent. Mais aussi, et c’est aussi l’une des particularités de ces Épopées Avaloniennes, les amateurs de mythologie celte. Comme dans les tomes précédents, Sara profite de son intrigue pour nous faire découvrir divers aspects du celtisme, qu’il s’agisse de symbolique ou de l’épopée de ses figures mythiques ces apartés s’intègrent parfaitement au récit. Une entrée en la matière qui devrait combler les simples curieux et donner envie aux profanes d’aller plus avant dans la découverte de cet univers qui ne s’arrête pas à la légende arthurienne.

Vous l’aurez compris la quête d’Hérodias et de ses compagnons les mèneront à de nombreuses rencontres, à commencer par les seigneurs des différents royaumes qu’ils devront rallier à leur cause. Des personnages au caractère tranché, chacun ayant sa propre personnalité ; je reconnais avoir eu un faible pour le seigneur nain, Matol’ch, son côté bon vivant y est sans doute pour beaucoup.

Mais nos aventuriers feront aussi d’autres rencontres capitales au cours de leur périple, notamment les sœurs jumelles Ava et Karma, des espionnes elfes qui sillonnent le royaume des fées et détiennent donc des informations qui pourraient s’avérer précieuses pour la suite des événements.

Ai-je besoin de préciser que ce chapitre final fait la part belle à l’action ? Les batailles se succèdent et vont crescendo au fur et à mesure que notre fine équipe s’approche du but. Ça bastonne dur, le fer se croise, la magie fuse… jusqu’à une grande bataille finale franchement épique !

Après sa trilogie érotique (mais pas que…) Publicité Pour Adultes, Sara Greem réussit brillamment son entrée dans la fantasy. Un genre dans lequel elle semble avoir trouvé ses marques puisque mon petit doigt me murmure qu’elle pourrait bien y revenir avec une nouvelle source d’inspiration.

Je terminerai en tirant mon chapeau à Anne-Eléonor Olivier, la graphiste, qui a superbement illustré les couvertures de cette trilogie.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alexandra Coin & Erik Kwapinski – Kiaï

AU MENU DU JOUR

A. Coin & E. Kwapinski - Kiaï

Titre : Kiaï
Auteur : Alexandra Coin & Erik Kwapinski
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2018
Origine : France
224 pages

De quoi ça cause ?

En riposte aux attentats islamistes, des groupes intégristes chrétiens multiplient les actions terroristes de plus en plus violentes sur le sol français.

Quand l’un de ces groupuscules menace Peter Wolff, son ami depuis qu’il s’est exilé dans les profondeurs de l’Aude, Fabrice, ancien légionnaire au passé trouble, décide de lui venir en aide. Il pourra compter sur l’aide de ses fidèles compagnons d’armes, Taisho et Zoé pour l’épauler face à cette nouvelle menace.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’Alexandra m’avait bluffé avec son premier roman, Entraves.

Parce qu’Alexandra et Erik ont remis le couvert avec La Voie Du Talion et, pour leur première incursion dans le thriller, ont été une fois de plus bluffants par leur maîtrise des ficelles du genre.

Dans ces conditions, comment résister à la tentation de découvrir Kiaï, leur nouveau bébé ?

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à remercier Alexandra et Eric, ainsi que les éditions Lucien Souny, pour leur confiance (renouvelée pour les auteurs, nouvelle pour l’éditeur) en me faisant parvenir leur roman.

Pour la petite histoire, Kiaï fait suite (sans vraiment être une suite) à La Voie Du Talion ; même si cela ne s’impose pas pour comprendre le présent roman, je ne peux que vous recommander chaudement la lecture du précédent avant de vous lancer dans celui-ci.

Après ses mésaventures dans les Alpes, Fabrice s’est réfugié dans l’Aude afin de profiter pleinement d’un nouveau départ bien mérité. C’est là qu’il fera la connaissance de Peter Wolff, un ancien prêtre qui s’est reconverti dans l’écriture de thrillers ; au fil du temps les deux hommes seront liés par une amitié sincère et solide. Aussi, quand son ami, qui a des idées bien arrêtées et n’a pas la langue dans sa poche, s’attire les foudres d’un groupuscule d’intégristes chrétiens, Fabrice se fait un devoir de lui venir en aide.

Si vous me lisez depuis déjà quelque temps, vous savez sans doute que les grenouilles de bénitier et moi ne sommes pas forcément faits pour nous entendre. En effet face à ces spécimens je me sens plus inspiré par l’envie de m’en faire une fricassée à la persillade plutôt que de leur offrir un bassin où elles pourront s’ébattre à leur guise.

Je vous rassure (ou pas) mon mépris ne s’arrête pas à la seule religion catholique, je serai plutôt du genre à foutre toutes les religions dans le même sac et le balancer à la flotte, après l’avoir lesté, le plus loin possible du rivage !

Je vous laisse imaginer tout le bien que je peux penser de ces mêmes grenouilles de bénitier (ou de couscoussier) quand elles se déclinent en versions intégristes. L’intégrisme chrétien en réponse à l’intégrisme islamiste… très peu pour moi, si la connerie se combattait par la connerie ça se saurait (quoiqu’à écouter certains de nos politiques on pourrait avoir des doutes sur la question).

Ce n’est pas un hasard si les auteurs ont situé leur intrigue dans l’Aude, au coeur du pays cathare. Les cathares ayant eu à subir les affres de l’Inquisition avec son lot de tortures et autres persécutions diverses et variées, sous l’égide du fort mal nommé pape Innocent III (Salopard III eut été plus adapté au personnage, mais j’admets volontiers que c’est moins vendeur).

Les instruments de torture décrits et utilisés dans le roman par les adeptes du CLOU ont bel et bien existés et faisaient partie de l’arsenal de conversion à la foi chrétienne cher à ces agents de l’Inquisition. Si vous n’avez pas la possibilité de visiter le Musée de l’Inquisition de Carcassonne, vous trouverez sans mal maintes références à ces engins sur le Net.

Outre Fabrice, déjà croisé dans La Voie Du Talion, cette suite qui n’en est pas une est aussi l’occasion de retrouver Taisho et Zoé qui ne se feront pas prier pour venir prêter main-forte à leur ami ; pour notre plus grand plaisir.

Je ne vous surprendrai guère en vous disant que je me suis régalé avec le personnage de Peter Wolff. Sans forcément adhérer à l’intégralité de son discours, c’est un caractère entier qui ne pouvait que me plaire. Et puis il a un côté ours mal léché (un peu comme Fabrice) qui facilite grandement l’identification au bonhomme.

Je ne dirai rien des autres personnages qui croiseront votre chemin au fil des pages, non par manque d’inspiration, mais plutôt pour laisser entier et intact le plaisir de la découverte.

De nouveau je ne peux que m’incliner devant la maîtrise d’Alexandra et Erik, non seulement leur intrigue tient parfaitement la route et n’a pas à rougir face à des auteurs confirmés du genre, mais elle est hautement addictive ! Une fois embarqué dans l’histoire, il vous sera difficile de lâcher le bouquin.

Une intrigue qui fait la part belle à l’action et jouera avec vos nerfs. L’absence de dimension psychologique (par rapport à La Voie Du Talion, je m’entends) ne nuit en rien à l’ambiance qui se dégage du roman. Les auteurs ont osé passer à autre chose, se penchant davantage sur les faits de société, et force est de reconnaître que le résultat est des plus efficaces.

Mention spéciale pour le twist final qui remet radicalement les choses en perspective et offre une genèse du diptyque aussi inattendue que surprenante. Chapeau bas pour ce tour de passe-passe qui m’a laissé sur le cul.

Je ne voudrais pas mettre la pression à Alexandra et Erik, mais après deux romans de cet acabit on est en droit d’attendre beaucoup de votre prochain opus. Dans tous les cas, vous pouvez compter sur moi pour être fidèle au poste.

MON VERDICT
Coup double