[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Laisse Le Monde Tomber

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JOB - Laisse le monde tomber
Titre : Laisse Le Monde Tomber
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
372 pages

De quoi ça cause ?

Des corps retrouvés atrocement mutilés dans une cité de banlieue. La cité est au bord de l’explosion. Jef et Hélène, les enquêteurs en charge de cette affaire sont sur les nerfs.

Un gang de braqueurs tueurs de flic insaisissable multiplie les coups d’éclats meurtriers à travers toute l’Europe. Tracy, chef de groupe à l’ORCTIS de Nanterre, s’est jurée de mettre fin au carnage.

Deux affaires qui non a priori aucun lien entre elles mais qui vont pourtant sceller le destin des trois flics…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques-Olivier Bosco, un auteur que j’ai découvert récemment via son diptyque Brutale / Coupable mettant en scène Lise Lartéguy ; un personnage pour qui j’ai eu un véritable coup de foudre littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour leur confiance.

Dommage en revanche que le fichier transmis ait été une version non définitive au format PDF. Ce qui pour moi signifie rédhibitoire, sauf travail de conversion préalable ; et c’est ce à quoi je me suis attelé afin de pouvoir le lire au format epub et obtenir une version finalisée à archiver dans ma bibliothèque numérique.

Avec ce roman Jacques-Olivier Bosco (JOB) nous offre un thriller profondément humain en mettant en avant trois flics qui, loin d’être des machines de guerre déshumanisées façon Robocop, doivent au contraire composer avec leur vécu et leurs blessures. Trois flics à vif qui n’hésitent pas à se mouiller et à mettre les mains dans le cambouis quand la situation l’impose.

Jef est rongé par la culpabilité mais trop respectueux du cadre juridique (et sans doute aussi un tantinet trop lâche) pour mener à bien sa vengeance. Hélène, sa coéquipière est une boule de nerfs toujours prête à en découdre, quitte à se mettre parfois (souvent) en danger. Quant à Tracy, elle rêve de vengeance depuis que son frère a été assassiné sous ses yeux, victime du terrorisme islamiste, dans la nuit du 13 novembre 2015.

Les deux premiers vont être appelés sur une scène de crime particulièrement sauvage, un enfant de la cité a été démembré par un animal. Ça pourrait être un chien dressé pour tuer mais de nombreux détails morphologiques ne collent pas. Quand d’autres victimes apparaissent la cité commence à crier vengeance, d’autant que l’enquête de police piétine.

Tracy et son groupe sont sur la piste d’un gang de braqueurs qui semble prendre un plaisir pervers à tuer un maximum de flics à chaque opération. Le trio à la tête du gang est identifié mais demeure insaisissable.

Un trio pour lequel on se prendra vite d’empathie, JOB sait y faire pour que mêmes leurs défauts contribuent à rendre ses personnages plus attachants… plus humains, tout simplement.

Vous l’aurez compris, si l’auteur attache une grande importance à la psychologie de ses personnages, il n’en délaisse pas moins son intrigue (ses intrigues même, avant que les deux arcs narratifs ne se rejoignent). Une intrigue aussi musclée que rythmée qui mènera la vie dure à nos trois flics et mettra parfois vos nerfs à rude épreuves.

JOB fait mouche dès les premières pages de son roman, il impose d’entrée de jeu une ambiance aussi sombre que tendue, tension qui ne baissera pas d’un cran (au contraire) jusqu’au dénouement. Et quel dénouement !

La narration est très visuelle, à ce titre vous pouvez vous attendre à en prendre plein les mirettes. Gaffe aux giclées de sang, viscères et autres joyeusetés. Même au cœur de l’action la plus débridée, l’intrigue reste profondément ancrée dans la réalité. Une réalité que certains espèrent ne pas voir en optant pour la politique de l’autruche. Pour ma part j’espère, ne serait-ce que par respect pour l’animal, que ces chiens de combat 2.0 sont le fruit de l’imagination de l’auteur…

Une fois de plus JOB nous livre un page-turner impossible à lâcher, une fois de plus on en prend plein la gueule et on en redemande.

L’ultime chapitre nous réserve quelques surprises en forme de clins d’œil et caméos, avec notamment une brève apparition de Lise Lartéguy. De là à penser que certains personnages pourraient être de retour dans un second opus, il n’y a qu’un pas. Si ça ne tenait qu’à moi je le franchirais volontiers (il y a matière à une suite), mais c’est bien entendu JOB qui aura le dernier mot sur ce point.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Laurent Obertone – Guérilla – Le Temps Des Barbares

AU MENU DU JOUR

L. Obertone - Le Temps Des Barbares
Titre : Guérilla – Le Temps Des Barbares
Auteur : Laurent Obertone
Éditeur : Ring
Parution : 2019
Origine : France
427 pages

De quoi ça cause ?

Trois jours. C’est le temps qu’il aura fallu pour que la France sombre dans un chaos sans précédent. Plus d’État. Plus de règles. Désormais c’est chacun pour soi.

Alors que la plupart essayent tant bien que mal d’assurer leur survie, d’autres organisent la résistance face à la montée en puissance du Califat. Et pendant ce temps, dans les coulisses de ce qu’il reste du pouvoir, on échafaude des plans en vue de reprendre les choses en mains, mais surtout de sortir de la crise la tête haute.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé le premier tome (voir ma chronique).

Il me tardait de lire la suite, mais il m’a fallu patienter le temps de produire une version numérique du bouquin (cf aparté).

Ma Chronique

Comme vous le savez peut-être je pratique un boycott actif des éditeurs ne proposant pas d’offre numérique, tant pis si cela me fait passer à côté de titres susceptibles de me plaire (c’est notamment le cas des bouquins des éditions Ring et ceux de sa petite sœur Métropolis). C’est une question de principe, tu me snobes, je te snobe.

Et pourtant voilà que je propose une chronique d’un titre de Ring. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis me direz-vous. Sans doute, mais la vérité est un peu plus complexe que ça ; je vous expose le parcours du bouquin dans l’aparté qui suit ma chronique.

Et puisque je parle d’imbéciles (admirez la transition), je précise à toutes fins utiles que ce roman reste dans l’esprit du précédent et des divers essais de Laurent Obertone, il est donc fortement déconseillé aux bobos gauchos bien-pensants autoproclamés, adeptes du très-bien-vivre-ensemble mais paradoxalement hermétiques à tout propos contraire à leurs idéaux (qui a dit illusions ?).

Ce second tome fait suite directe au précédent et vous invite à suivre l’évolution (?) de la situation du quatrième au vingt-septième jour, vous plongeant au cœur d’un indicible chaos.

Âmes sensibles s’abstenir, Laurent Obertone ne nous épargne rien dans l’horreur et la dépravation du genre humain (exécutions, violences gratuites, viols, nécrophilie, cannibalisme…). La déshumanisation poussée à l’extrême !

On retrouvera avec plus ou moins de plaisir des personnages déjà croisés précédemment (le colonel et la fillette, Vincent Gite, Cédric et Alice, le Dr Cachet et la psy). Mais il faudra aussi compter sur des retrouvailles notoirement déplaisantes avec Aboubakar, Calife autoproclamé de Seine-Saint-Denis et ses hordes de fanatiques décérébrés.

Et bien entendu il faudra aussi compter sur de nouveaux venus, dont Victor Escard, représentant dans l’ombre (pour ne pas dire planqué) de l’autorité et du pouvoir. Un esprit aussi tordu que cynique qui planifie une sortie de crise tout à son honneur, tant pis si pour cela il faut faire durer le chaos et travestir honteusement la vérité.

Comme dans le premier opus les chapitres alternent entre les lieux et les personnages ce qui ne nous empêche pas de rapidement trouver nos marques. Dommage que dans la première partie l’auteur se soit laissé entraîner sur des sentiers de traverses qui n’apportent strictement rien à l’intrigue (je pense notamment aux chapitres consacrés à Raoul.le).

Le contraste entre les partisans du très-bien-vivre-ensemble et les événements en cours est encore plus saisissant que dans le premier tome.

Si le style ne brille pas forcément par sa richesse, au niveau de l’orthographe on a parfois l’impression que l’auteur a voulu placer des mots très recherchés pour donner plus de consistance à ses tournures de phrases… raté ! Ça sonne faux plus qu’autre chose.

Un exemple parmi d’autres : … comme les hyphes de cet inquiétant mycélium parti à l’assaut du monde.
Qui aurait pu donner un truc du genre : … comme les filaments d’un inquiétant lichen parti à l’assaut du monde.

Malgré quelques faiblesses, Laurent Obertone nous propose un thriller d’anticipation plutôt bien fichu. J’ai été (un peu) moins convaincu quant à la plausibilité des événements que ceux décrits dans le premier opus, mais au niveau de l’action et du rythme ça envoie du lourd. Si l’auteur devait écrire une suite (ce qui ne s’impose pas même s’il y a encore matière à un roman supplémentaire, mais avec une tout autre approche), je répondrai présent sans la moindre hésitation.

En lisant les divers retours sur ce roman, j’ai découvert que le propos de Laurent Obertone serait assez proche (dans sa thématique plus que dans son approche à proprement parler) d’un roman autoédité de Franck Poupart, Demain Les Barbares – Chroniques Du Grand Effondrement, il va falloir que je me penche sur la question, d’autant plus que ledit bouquin semble plutôt avoir été plutôt bien accueilli (4 étoiles chez Amazon, 3.8/5 chez Babelio)…

MON VERDICT

Aparté technique

À la base on m’a fourni un scan (version PDF) du bouquin, c’est ce document que j’ai converti au format doc (Word) afin de pouvoir le retoucher (suppression des n° de pages et des césures notamment). Et c’est à partir de ce fichier retouché que j’ai créé une version epub brute.

Restait l’étape la plus laborieuse du processus, la finalisation du fichier epub. J’aurais pu partir du scan pour corriger les inévitables coquilles OCR, rectifier les sauts de lignes intempestifs et appliquer les différents styles, mais c’eut été trop fastidieux. C’est pourquoi j’ai opté pour un passage en librairie et me suis offert le bouquin au format papier (mon premier achat papier depuis plus de deux ans). Et c’est à partir du bouquin que j’ai pu finaliser ma version numérique, et donc le lire à l’écran (PC et liseuse).

À vrai dire j’ai fait un peu plus que finaliser le fichier, j’en ai profité pour corriger certaines fautes d’orthographe oubliées par l’éditeur (tout en conservant les termes construits de toutes pièces par Laurent Obertone) et je me suis permis de retoucher (très légèrement) certaines maladresses syntaxiques (poudre à la place de neige, perso ça me pique les yeux, poudreuse eut été plus approprié).

En mon âme et conscience ça ne m’aurait pas dérangé de « travailler » uniquement à partir du scan, c’est d’abord par convenance personnelle que j’ai acheté le roman (et aussi parce que j’avais déjà le premier opus au format papier).

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Un(e)secte

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M. Chattam - Un(e)secte
Titre : Un(e)secte
Auteur : Maxime Chattam
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Atticus Gore, enquêteur au LAPD, est appelée sur une scène de crime qui défie l’entendement. Il ne reste de la victime que le squelette dans ses vêtements imbibés de sang et autres sucs organiques.

A New York, Kat Kordell, détective privé, enquête sur la disparition inexpliquée d’une jeune femme.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maxime Chattam, ce qui en soi constitue une raison suffisante.

Je comptais le commencer plus tôt mais il s’est fait griller la priorité par Didier Fossey et son roman Congés Mortels, puis par Laurent Obertone le temps de produire une version epub de son roman Guérilla – Le Temps Des Barbares (lecture et chronique suivront prochainement).

Ma Chronique

Il y a les auteurs qui préfèrent rester dans leur zone de confort et ceux qui n’hésitent pas en sortir pour s’essayer à un genre différent ; Maxime Chattam fait incontestablement partie de cette seconde catégorie, il l’a encore récemment prouvé avec son précédent roman, Le Signal. Parfois ça passe comme une lettre à la poste (son incursion en fantasy avec le cycle Autre-Monde en est la preuve), parfois ça coince un peu aux entournures (ce fut le cas avec Le Signal auquel il manque la griffe Chattam).

Avec ce nouveau roman l’auteur revient à ses premières amours en offrant un thriller pur et dur, maîtrisé de la première à la dernière page. Avec juste ce qu’il faut de fantastique (même si la base repose sur des recherches scientifiques concrètes on est, heureusement, encore loin d’avoir un tel degré de contrôle sur ces charmantes bestioles) pour donner encore plus d’épaisseur à son intrigue.

Pas besoin de sortir de Saint-Cyr ou Polytechnique pour comprendre que le titre joue sur l’ambiguïté entre les insectes (pour l’enquête d’Atticus Gore) et une secte (pour celle de Kat Kordell) ; le fil rouge reliant les deux enquêtes se mettra peu à peu en place (il se dévoilera progressivement au lecteur bien avant que nos deux enquêteurs ne se croisent).

Puisqu’on cause insectes j’ai crains un moment que Maxime Chattam nous rejoue le coup de l’araignée, une option habilement jouée dans le roman Maléfices, ultime opus de sa Trilogie du Mal. Rassurez-vous il n’en est rien, il est juste 100 fois plus vicieux et plus pervers avec cette intrigue ; rien qu’en lisant le bouquin vous aurez l’impression de sentir des bestioles courir sur vous… Si vous êtes sujet à l’entomophobie (peur des insectes), ce roman devrait vous faire connaître le grand frisson !

Atticus savait tout cela, que les trois quarts des animaux de notre planète étaient en réalité des insectes, une biomasse trois cents fois supérieure à celle de toute l’humanité, à laquelle il fallait encore ajouter tous les arachnides, souvent considérés à tort comme des insectes, et même les vers, les crustacés tels les cloportes et enfin les mille-pattes. Ils formaient la grande famille des « bestioles immondes et grouillantes », comme se la représentait le commun des mortels.

Comme à son habitude Maxime Chattam apporte beaucoup de soins à ses personnages. A commencer par son duo d’enquêteurs qui portent l’intrigue de la première à la dernière page.

Galanterie oblige je commencerai par Kat Kordell, une quadra qui vit avec son temps, s’entretient histoire de repousser les effets néfastes des années qui passent et refuse de s’engager dans une quelconque aventure sentimentale sérieuse. Mais aussi et surtout une détective privée tenace qui ne manque pas de flair quand il s’agit de suivre une piste.

Atticus Gore est quant à lui un détective du LAPD, inconditionnel de métal (je me suis noté d’ailleurs certains groupes que je ne connaissais pas, à écouter quand j ‘aurai envie ou besoin de me décrasser les tympans et me vider la tête). Passionné par les insectes (ça tombe plutôt bien). Homosexuel totalement assumé (pas évident dans son environnement professionnel) mais discret. Comme son homologue new-yorkaise (qu’il ne connaît pas pendant la majeure partie du roman), il prend soin de lui (aussi bien de son corps que de son apparence) et ne cherche pas de relation sérieuse.

Les personnages secondaires ne sont pas en reste (j’ai eu un faible pour Sam Trappier même si généralement je me méfie des complotistes en tout genre). Même le méchant de service échappe aux clichés du genre, certes il ne manque pas de cynisme et a une haute opinion de lui-même, mais il y a plus que ça… vous allez adorer le détester !

Maxime Chattam a un incroyable talent quand il s’agit de nous immerger dans ses intrigues, tout particulièrement dans les lieux où elles se déroulent. Sans jamais avoir foutu les pieds aux Etats-Unis, en refermant ce bouquin j’ai une impression diffuse de connaître New York et Los Angeles (même les quartiers les moins recommandables me semblent familiers… ce qui ne signifie pas pour autant que j’ai envie d’aller y faire une promenade de santé). Il pousse le vice jusqu’à donner vie à une petite bourgade du Kansas qu’il a pourtant créée de toutes pièces.

Franchement cette cuvée 2019 de Chattam a tout d’un grand cru, j’ai beau me creuser le neurone je ne vois aucun reproche à lui adresser même s’il n’a pas non plus provoqué l’extase orgasmique en le lisant. Un thriller efficace qui joue avec nos peurs et joue aussi à nous faire peur (ce qui ne l’empêche pas d’aborder avec beaucoup de pertinence des sujets lourds, notamment quand il est question de l’avenir de la planète et du genre humain).

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Didier Fossey – Congés Mortels

AU MENU DU JOUR

D. Fossey - Congés mortels
Titre : Congés Mortels
Série : Boris Le Guenn – Tome 5
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2019
Origine : France
296 pages

De quoi ça cause ?

Le fils d’un puissant magnat de la presse et sa fiancée du moment sont retrouvés morts , assassinés et décapités, dans les bois de Corbigny (Nièvre). Le père de la victime fait jouer ses relations afin que la BAC de Paris soit associée à l’enquête en renfort à la gendarmerie locale.

C’est Boris Le Guenn et son groupe qui héritent de l’affaire. Les pistes parisiennes vont rapidement s’avérer sans issues, Boris va devoir se rendre sur place afin de mener ses propres investigations.

À Corbigny il rencontre un vieux paysan, Fernand Larue, qui lui parle de plusieurs crimes commis 70 ans plus tôt par Paul Perrin, dit Le Bredin ; le vieux semble convaincu que le tueur est revenu. Envers et contre tous, Boris va creuser cette piste…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et qu’ils m’ont accordé un accès privilège sur Net Galley (téléchargement des titres non soumis à accord préalable de l’éditeur).

Parce que c’est Didier Fossey et l’occasion de retrouver, pour la cinquième fois, Boris Le Guenn ; même si chronologiquement parlant il s’agit de sa seconde enquête.

Parce que la mention d’enquête oubliée de Boris Le Guenn ne fait qu’attiser davantage ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Flamant Noir (tout particulièrement Nathalie) et Net Galley pour leur confiance. C’est avec grand plaisir que je découvre en avant-première (parution le 12 novembre) ce roman.

S’il s’agit bel et bien de la cinquième enquête de Boris Le Guenn, chronologiquement parlant c’est la seconde puisqu’elle se déroule en 2006 et vient donc s’insérer entre les romans Tr@que Sur Le Web et Ad Unum. Didier Fossey nous explique brièvement la genèse de cette enquête oubliée en préambule au roman.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Boris Le Guenn et son équipe « d’origine » (aujourd’hui il ne reste qu’Antoine, le petit dernier est devenu le senior du groupe). Un plaisir doublé toutefois d’un petit pincement au cœur (tout particulièrement pour Guillaume… nostalgie quand tu nous tiens), même si l’équipe actuelle s’annonce des plus prometteuses (j’espère d’ailleurs bien la retrouver très vite sur le terrain).

L’intrigue s’articule autour de deux arcs narratifs. Le premier concernant l’enquête de juillet 2006 et la cohabitation / coopération pas toujours facile entre gendarmerie et police (il faut bien reconnaître que Boris est un breton pur souche : quand il a une idée en tête il ne l’a pas ailleurs ; impossible de lui faire lâcher le morceau).

Le second démarre en juillet 1936 et s’intéresse au parcours criminel de Paul Perrin, un paysan qui n’a pas peut-être pas la lumière à tous les étages, mais est loin d’être con pour autant. Il est vrai que la chance jouera en sa faveur, alors que la gendarmerie resserre progressivement son étau autour de leur suspect, celui-ci reçoit son ordre de mobilisation en septembre 1939.

Didier Fossey mène son intrigue de main de maître, qu’il s’agisse du parcours de Paul Perrin (qui ne s’achève pas avec son départ à la guerre… loin s’en faut) ou de l’enquête particulièrement retorse de Boris Le Guenn. Dans les deux cas, vous pouvez vous attendre à de sacrées surprises ! Quant au dénouement, j’avoue très humblement n’avoir rien vu venir…

Fidèle à son habitude, l’auteur accorde beaucoup de soins à ses personnages, le côté humain reste un élément prépondérant de ses romans.

Si vous ne connaissez pas encore Boris Le Guenn et que vous souhaitez découvrir cette série, je vous serai tenté de vous suggérer de les lire dans l’ordre chronologique (celui-ci après Tr@que Sur Le Web avant d’enchaîner sur les trois suivants). Si, comme moi, vous êtes déjà un inconditionnel de Boris Le Guenn, ce retour en arrière ne vous empêchera pas d’apprécier pleinement le récit.

J’ai découvert Didier Fossey et Boris Le Guenn avec le roman Burn-Out qui fut un véritable coup de foudre (et une monumentale claque dans la gueule), chacun des tomes lus par la suite a su faire vibrer les bonnes cordes chez moi, le coup de cœur a toujours été au rendez-vous. Et ce n’est pas ce roman, dévoré d’une traite, qui dérogera à la règle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – Sa Majesté Des Chats

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B. Werber - Sa Majesté Des Chats

Titre : Sa Majesté Des Chats
Série : Les Chats – Tome 2
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : France
464 pages

De quoi ça cause ?

« Un jour, vous les humains, vous comprendrez que nous les chats devons prendre votre place. Alors moi, Bastet, je serai votre Reine. »

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis un fidèle lecteur de Bernard Werber, depuis Les Fourmis j’essaye de répondre présent à chaque nouvelle sortie… même si le rythme ne suit pas forcément au niveau de mes lectures.

Parce que c’est la suite de Demain Les Chats, il me tardait de retrouver les chats Bastet et Pythagore, mais aussi leur humaine (ou peut-être devrai-je dire servante pour parler comme les chats), Nathalie. Ce premier opus m’avait quelque peu laissé sur ma faim, j’espérais beaucoup de la suite des aventures félines imaginées par l’auteur.

Ma Chronique

Demain Les Chats m’avait séduit malgré un arrière-goût assez minimaliste, l’impression que Bernard Werber s’aventurait sur les sentiers de l’aventure féline en se contentant du minimum syndical. Il n’empêche que quand j’ai appris que l’auteur comptait faire de ce périple félin une trilogie, j’ai été plutôt enthousiaste. C’est donc confiant que je me suis lancé dans ce second opus.

Une fois de plus c’est Bastet qui nous raconte miaule son épopée post Effondrement, une chatte plus que jamais persuadée que l’avenir du monde repose désormais sur les épaules des chats… chats dont elle entend bien, en toute modestie, être la souveraine incontestée. Mais avant ça il lui faut trouver un abri hors de portée de l’obscurantisme des barbus et aussi des rats, dont le nouveau chef, semble avoir réussi à fédérer une puissante horde qui lui est dévouée corps et âme.

Je reconnais volontiers que parfois j’ai eu envie de balancer seau d’eau glacée à la tête de cette narratrice féline imbue d’elle-même au plus haut point et d’un ego démesuré. Heureusement que son compagnon d’aventures, Pythagore, est là pour lui remettre les pieds sur Terre.

Il faut dire que nos amis les chats et leurs accompagnateurs humains n’auront pas beaucoup de temps pour souffler, leur périple sera riche en surprises (bonnes ou mauvaises) et en rencontres (bonnes ou mauvaises) pour le moins inattendues.

Incontestablement l’intrigue de ce second opus est nettement plus dense et intense que dans le précédent, le rythme est soutenu et quasiment continu de la première à la dernière page.

Les chapitres propres à l’intrigue alternent avec les extraits de l’ESRA (Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu) chère à Bernard Werber. Ils s’intègrent à la perfection au récit sans jamais venir casser le rythme.

Une intrigue nettement plus sombre que la précédente, mais l’auteur dispense çà et là quelques touches d’humour bienvenues.

Du coup il me tarde vraiment de découvrir l’ultime opus de cette trilogie, d’autant que la fin de ce second tome est des plus prometteuse quant à la suite des événements…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Noël Boudou – Benzos

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N. Boudou - Benzos

Titre : Benzos
Auteur : Noël Boudou
Éditeur : Taurnada
Parution : 2019
Origine : France
222 pages

De quoi ça cause ?

Nick souffre d’insomnies chroniques, pour y remédier il se gave de somnifères. Il va pourtant falloir qu’il assure pour accueillir un couple d’amis venus passer quelques jours de vacances chez lui. D’autant que Chloé, sa femme, ne pourra lui prêter main forte, elle est en effet en déplacement professionnel.

Les vacances vont rapidement tourner au cauchemar pour Nick, moins il comprend ce qui lui arrive, plus il gobe ses précieux cachetons…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Noël Boudou. Son premier roman, Elijah, m’avait emballé par sa noirceur et sa violence… mais pas que !

Parce que Joël, des éditions Taurnada, m’a gentiment proposé de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 14 novembre). Une offre pareille, ça ne se refuse pas.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Joël et les éditions Taurnada pour leur confiance renouvelée. Et leur impressionnant catalogue, qui n’en finit pas de me surprendre par ses nombreuses pépites.

Noël Boudou fait partie de ces auteurs qui frappent fort d’entrée de jeu, en 2017 son premier roman, Elijah, m’avait littéralement laissé sur le cul. Une véritable perle de noir et de violence mais aussi de lumière et d’espoir.

Un premier roman qui place la barre très haut c’est un sacré challenge pour le second (et les suivants). Forcément le lecteur attend le même niveau, voire même un cran au-dessus ; d’autant plus qu’il ne sera pas aussi indulgent que pour un premier roman. Il n’empêche que c’est plutôt confiant que je me suis lancé dans Benzos (oui, oui, je parlais de moi à la troisième personne dans la phrase précédente… syndrome de Jules César ?).

Vous aurez peut-être deviné que le titre fait référence aux benzodiazépines (BZD pour les intimes) qui sont les principes actifs de bon nombre de somnifères et autres anxiolytiques. En l’occurrence ce sont les cachetons que Nick consomme comme des friandises :

Je pourrais chercher des solutions concrètes, affronter mes problèmes comme un homme, seulement voilà, je suis totalement accro à cette merde. Le premier réflexe de mon corps à la moindre petite contrariété : avaler un comprimé ou deux ou trois. Je suis tellement habitué à cette réaction que mes besoins sont automatiquement calculés par mon organisme. Il me réclame la dose nécessaire à m’apaiser en fonction du dilemme auquel je suis confronté.

Avec Benzos l’auteur change son fusil d’épaule, si l’intrigue reste bien noire on est davantage dans le thriller psychologique que dans l’hyper-violence. Pour nous faire vivre son intrigue, Noël nous invite dans la tête de Nick (autant vous prévenir de suite, un voyage dans la tête d’un accro aux BZD n’est pas de tout repos) avec un récit à la première personne.

J’ai été happé par l’histoire (machiavélique à souhait) dès les premières pages, pris par une soudaine frénésie de lecture qui flirtait allègrement avec la boulimie ! D’ailleurs je n’exagérerai pas en disant que j’ai littéralement dévoré le roman de Noël Boudou, dégusté et digéré d’une traite ! Apprécié surtout, adoré même.

Bon d’accord il n’y a qu’un peu plus de 200 pages à lire mais je vous assure que l’intensité est présente de la première à la dernière page. La tension va crescendo et ce rythme endiablé ne connaît aucun répit. Comme dans Elijah l’auteur opte pour un style direct, sans fioritures ni chichis ; il nous assène les faits comme autant de coups de fouet, ou de coups de poing dans la tronche (à vous de choisir votre sévices favori).

Si Nick se pose beaucoup de questions (et ce ne sont pas les raisons de s’en poser qui manquent, surtout avec son esprit en permanence embrumé par les médocs, l’alcool et la beuh), je me suis pour ma part rapidement fait une idée assez précise de ce qui se tramait (et même du pourquoi de la chose). Idée qui s’avérera juste, ce qui ne m’a nullement empêché d’apprécier la dérive de Nick et surtout d’être totalement abasourdi par le dénouement.

De mon côté j’ai bien quelques questions en suspens concernant La Mort et Jean-Yves, mais ça ne m’empêchera pas de dormir et surtout ça n’influera en rien sur ma note finale.

Pour les cachetons et les pétards, je passe mon tour ; par contre pour le Jack Daniel’s je suis toujours partant (scout toujours prêt), plus encore avec en fond sonore un bon gros son Métal qui tabasse.

Noël si jamais tu passes par Nouméa mon invitation à partager un (et plus si affinités) Jack est toujours de rigueur. En la matière je suis comme Nick :

Moi, j’ai l’alcool généreux, la cuite abondante, quand je picole, seul ou accompagné, j’ai la main lourde.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Fabrice Papillon – Régression

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F. Papillon - Régression
Titre : Régression
Auteur : Fabrice Papillon
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Une scène de crime particulièrement sordide est découverte dans une crique de Bonifacio. L’enquête est naturellement confiée à la gendarmerie, c’est le lieutenant Vannina Aquaviva qui est désignée à la tête du groupe d’investigation.

À peine arrivée sur les lieux, Vannina apprend que la police a été co-saisie sur ordre du procureur. A son grand désarroi, elle va devoir faire équipe avec le commandant Marc Brunier, récemment muté (placardisé) en Corse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis passé à côté du précédent roman de Fabrice Papillon, Le Dernier Hyver, totalement rebuté par la couv’. Au vu des nombreuses critiques élogieuses que j’ai lues par la suite je me suis dit que j’étais sans doute passé à côté de quelque chose… pas question de rater le coche une seconde fois !

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous pensez avoir tout lu, tout vu en matière de thriller et que vous vous sentez blasé, je vous invite à vous plonger dans Régressions. Vous aurez entre les mains un roman qui ne ressemble à nul autre, un cocktail aussi efficace que détonnant entre thriller scientifique, thriller historique et thriller fantastique, le tout mâtiné d’une pointe de thriller psychologique.

Au vu du titre et la couverture je craignais une intrigue proche du roman Erectus de Xavier Müller, non que ce dernier m’ait déçu, bien au contraire, mais j’espérais vraiment une intrigue totalement nouvelle. Et j’ai été plus que servi, les deux romans sont totalement différents, tant par leur intrigue que par leur approche.

Si le personnage de Marc Brunier était déjà au centre du précédent roman de l’auteur, celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment du Dernier Hyver. Sachez toutefois que si vous optez pour ce choix (qui a été le mien), vous aurez quelques spoilers majeurs quant au dénouement de l’intrigue du Dernier Hyver.

Dans le présent roman le personnage de Marc Brunier, bien qu’essentiel au déroulé de l’intrigue, est plutôt relégué au second plan au profit de Vannina Aquaviva (si, si vous avez bien lu, Vannina… comme la Vanina chantée par Dave, mais avec deux n), une jeune gendarme corse tout aussi tourmentée que son aîné… quoique… peut-être pas quand même !

Mais elle était seule, et ne pouvait compter que sur Brunier, ce qui achevait de la déprimer. Car ces deux-là formaient un duo improbable. Il était aussi grand qu’elle était petite. Il était flic, elle était gendarme. Il était continental, elle était corse. Il était un père déchiré par la mort de sa fille ; elle était une fille perdue en quête de l’image du père. Bien sûr, ils tentaient de surnager dans une affaire qui les dépassait tous les deux. Ils n’avaient d’autre choix que de se reposer l’un sur l’autre ; deux béquilles plantées dans des sables mouvants.

Une enquête conjointe menée à la fois par la police et la gendarmerie, avec toujours un zeste de méfiance (voire de défiance) de part et d’autre. Une enquête corse (impossible de ne pas placer ce clin d’œil à la BD de Pétillon, adaptée au cinéma par Alain Berbérian) qui va rapidement s’internationaliser avec l’apparition de nouvelles scènes de crimes…

L’auteur nous concocte une galerie de personnages particulièrement soignée, ne serait-ce qu’au travers du groupe d’enquête (gendarmes, policiers et consultants). Chaque personnage bénéficie d’une personnalité qui lui est propre.

Je reconnais avoir un faible pour le major Carlier, un gendarme que ses collègues surnomment affectueusement Pierre Richard. Personnellement j’aurai plutôt opté pour François Pignon, l’archétype du gaffeur, maladroit ou distrait (voire les trois à la fois), cher à Francis Veber (incarné notamment par Pierre Richard dans Les Compères et Les Fugitifs mais immortalisé par Jacques Villeret dans Le Dîner De Cons).

Le plus mystérieux restant incontestablement Laurent Marceau ou Zim (pour Zero Impact Man), un anthropologue qui semble en savoir bien plus qu’il ne veut bien le montrer.

Au fil des chapitres on replonge dans le passé de l’humanité, de – 36000 av. J.C. (au cas où il serait utile de le préciser il s’agit de Jésus Christ et non de Jacques Chirac) à 1975, l’occasion de croiser de nombreux personnages historiques, tels que Homère, Socrate, Jésus, Michel-Ange, Rabelais, Lamarck ou encore Himmler, et de les mettre en scène dans des situations fictives permettant de faire évoluer l’intrigue dans le sens voulu par Fabrice Papillon.

Un choix certes audacieux, mais totalement maîtrisé par l’auteur qui parvient à nous convaincre de la véracité des faits exposés (à condition bien sûr de vouloir se laisser convaincre… un esprit réfractaire et très bien documenté aurait sûrement maintes objections à opposer).

L’intrigue contemporaine, et donc l’enquête de police, se déroule dans un futur proche puisqu’elle débute en février 2020. Malgré une situation des plus improbables, l’auteur réussit à nous tenir en haleine avec une intrigue riche en rebondissements. Une fois encore le résultat est d’une redoutable efficacité, on a du mal à lâcher prise tant on veut connaître la suite.

Une intrigue fortement teintée d’écologie, mais au sens noble du terme, à l’opposé de sa forme pervertie par les affres de la politique et les ambitions personnelles des uns et des autres (sauf peut-être dans certains propos discutables tenus par Zim).

Nous, les hommes modernes, responsables de la destruction de quatre-vingts pour cent de la biodiversité, avons aussi exterminé les loups. L’homme a perdu la tête, il nuit à tout ce qui l’entoure. À tout ce qui vit, à toute la planète. Il faudra bien qu’il paie, un jour, vous ne croyez pas ?

Un (tout) petit bémol personnel concernant les (trop) nombreuses références à la foi chrétienne, pour l’indécrottable athée que je suis ça devenait parfois irritant. Heureusement une phrase prononcée par Nietzsche (dans le roman), vient contrebalancer le propos :

Jésus était l’homme le plus noble que la Terre eût jamais porté ! Il était aussi le seul vrai chrétien. Tous les autres n’ont fait que dénaturer son message. Les Évangiles sont une falsification de sa parole ! Le christianisme n’est qu’une énorme mystification, un mensonge éhonté !

Je pourrai aussi citer Zim à propos des rituels druidiques qui sont toujours célébrés à Stonehenge :

Il n’y a pas que des prêtres, des rabbins ou des imams sur Terre. Chacun ses croyances. Les religions monothéistes n’ont pas tout balayé. Par exemple, il existe encore des chamanes, un peu partout.

J’ai été touché par le discret et émouvant hommage rendu à Arnaud Beltrame, le lieutenant-colonel de la gendarmerie qui, en mars 2018, s’est substitué à une otage avant d’être lâchement assassiné par un terroriste (qui ne mérite même pas d’être nommé) se réclamant de l’État Islamiste.

Un roman passionnant et palpitant de bout en bout et, cerise sur le gâteau, très bien écrit. Fabrice Papillon a su tirer le meilleur de l’impressionnant travail de recherche et de documentation auquel il a dû se livrer pour nous offrir un roman unique en son genre. Pour vous dire, j’ai même trouvé les démonstrations scientifiques intéressantes alors que généralement c’est le genre de truc qui me fait bailler d’ennui.

Cinq étoiles amplement méritées, mais pas de bonus (coup de cœur ou coup de poing), je ne peux définitivement pas adhérer à l’idée d’une race d’or qui viendrait faire un grand nettoyage par le vide afin de repartir sur des bases plus saines (c’est nauséabond comme propos, même si la race de fer visée mériterait amplement de se faire éradiquer). Je tiens à préciser qu’en aucun cas je n’accuse Fabrice Papillon de véhiculer ce genre d’idée, son roman reste une oeuvre de fiction (et une fiction foutrement bien menée qui plus est).

Qui plus est je vous avouerai que me raser tous les deux jours est déjà une corvée pour moi, je me vois mal évoluer (régresser ?) en clone de Chewbacca ! Non merci.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Pour Un Instant D’Éternité

AU MENU DU JOUR

G. Legardinier - Pour un instant d'éternité
Titre : Pour Un Instant D’Éternité
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2019
Origine : France
576 pages

De quoi ça cause ?

Paris, 1889. La capitale est en effervescence alors que se prépare l’Exposition Universelle. Loin de toute cette agitation Vincent Cavel et son équipe se sont spécialisés dans la conception de passages secrets et autres caches en tout genre.

Deux événements vont bousculer le quotidien de la fine équipe. D’une part un mystérieux agresseur semble les prendre pour cible. D’autre part Vincent va faire une rencontre qui changera à jamais sa façon de voir les choses…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier, une raison qui se suffirait à elle seule. Mais comme avec ce roman il semble ajouter une nouvelle corde à son arc (déjà bien rempli), ça ne pouvait que titiller davantage ma curiosité… et mon impatience !

Ma Chronique

Pour son nouveau roman Gilles Legardinier s’essaye au roman d’aventures sur fond historico-ésotérique. Historique puisque son intrigue démarre en 1889, à quelques jours de l’Exposition Universelle qui verra l’inauguration de la Tour Eiffel (construction conçue à l’origine pour ne durer que le temps de l’événement). Ésotérique n’est peut-être pas le terme le plus judicieux, pour Vincent ce récit sera l’occasion d’un parcours initiatique et spirituel… mais aussi et surtout profondément humain (un élément indissociable de l’œuvre de Gilles Legardinier, quel que soit le genre auquel il s’essaye).

Un fond historique impose un important travail de documentation, heureusement l’auteur a pu compter sur l’aide de sa fille, Chloé, qui s’est dévouée corps et âme (oui bon, peut-être pas autant… mais elle tout de même fait un boulot monstre) à sa tâche… et tout ça bénévolement je parie !

Le résultat est bluffant, on est en totale immersion dans la ville de Paris à l’aube du XXe siècle. Une période charnière riche en progrès technologiques, notamment grâce à l’expansion de l’activité industrielle.

Maintenant que le décor est posé, il est temps de parler des acteurs. Une sympathique troupe d’artisans spécialisée dans la confection de passages secrets, portes dérobées et autres caches. Des hommes (et une jeune femme qui est arrivée là un peu par hasard) qui se complètent, tant par leur domaine d’activité que par leur personnalité ; une équipe soudée par une amitié inaltérable.

Une sympathique troupe menée par Vincent ; même s’il ne se considère pas comme un chef, il ne peut toutefois s’empêcher de se sentir responsable de ses amis. Du coup quand des inconnus commencent à s’en prendre à eux, Vincent va tout faire pour identifier la menace et mettre les siens à l’abri.

Comme si cela ne suffisait pas à le tourmenter et à lui occuper l’esprit, Vincent va faire une rencontre qui va complètement changer sa façon de voir et d’appréhender les choses et la vie en général.

Comme à l’accoutumée, l’auteur peaufine ses personnages afin de leur conférer une personnalité et un caractère propre à chacun. Impossible de ne pas tomber sous le charme de cette fine équipe. C’est volontairement que je ne m’attarde pas davantage sur les personnages, il serait dommage de vous priver d’une partie du plaisir de la découverte.

De même je ne dirai pas grand chose de l’intrigue, si ce n’est que celle-ci entraînera souvent le lecteur dans les profondeurs souterraines de Paris. L’auteur vous invite à une chasse au trésor rondement menée… on en viendrait presque à regretter que ce fameux sanctuaire ne soit pas une réalité (à moins qu’il soit bien réel mais n’ait pas encore été découvert).

Gilles Legardinier s’offre deux apartés à la fin de son roman. Dans le premier, Entre nous, il partage avec ses lecteurs quelques faits historiques en lien avec son intrigue (même si celle-ci reste 100% fictionnelle). Suivra l’incontournable Et pour finir, dans lequel il nous expose la genèse de son roman. Comme ses personnages on devine un auteur profondément attaché à l’humain et proche de ses lecteurs.

Vous l’aurez compris, une fois de plus j’ai été sous le charme de l’histoire imaginée par l’auteur. Après la littérature jeunesse, les thrillers et la littérature feel good (je fais volontairement l’impasse sur la romance sauce guimauve), l’auteur peut accrocher le roman d’aventures à son tableau de chasse (il faut dire qu’il avait déjà bien défriché le terrain avec Le Premier Miracle qui flirtait plus ou moins avec le genre).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dominique Forma – Coups De Vieux

AU MENU DU JOUR

D. Forma - Coups De Vieux

Titre : Coups De Vieux
Auteur : Dominique Forma
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

André Milke et Clovis Martinez ont tous les deux la soixantaine bien tassée et de fortes personnalités, mais c’est bien tout ce qu’ils partagent. Le premier est un ancien gros bras de la Gauche prolétarienne alors que le second est un ex membre de l’OAS qui a activement combattu pour l’Algérie Française. Entre le gaucho et le facho ce n’est pas vraiment le grand amour.

Au cours d’une balade nocturne (en tenue d’Adam) sur les plages naturistes du Cap d’Agde, André tombe sur le corps sans vie de Emma Paretto, la fiancée de son ami Luc Dallier. Quand il réalise que l’enquête de police s’enlise et qu’il ferait un parfait suspect, contre toute attente c’est à Clovis qu’il demande de l’aide…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu et très souvent agréablement surpris.

L’idée de voir enquêter ces deux vieux réacs que tout semble opposer a sérieusement titillé ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire de ce roman policier est qu’il ne ressemble à nul autre, ne serait-ce que pour cette originalité il a toute légitimité à figurer au répertoire de La Bête Noire. Il faut bien reconnaître toutefois que si vous cherchez un thriller qui vous mette les nerfs à rude épreuve le bouquin de Dominique Forma n’est pas vraiment le choix idéal.

Si dans l’ensemble l’intrigue tient plutôt bien la route, et pourrait même vous réserver quelques surprises, il ne faut s’attendre à de brusques montée d’adrénaline. A l’image de l’improbable duo qui porte le bouquin, on est davantage en mode diesel qu’en turbo… Il faut dire que André et Clovis doivent composer avec les petits tracas liés à leur âge (réflexes élimés, arthrose…) ; dans de telles conditions, il vaut mieux ménager la mécanique afin d’éviter toute mauvaise surprise.

Clairement le roman est porté par ce duo atypique d’enquêteurs presque septuagénaires, si l’esprit est encore vif, il en va autrement pour le corps… comme ils pourront s’en rendre compte à plusieurs reprises au cours de leur enquête.

C’est surtout leur antagonisme quasi permanent qui donne toute sa saveur au récit. Deux vieux réacs aux idéologies radicalement opposées. Mais cela ne les empêche toutefois pas de s’apprécier… avec modération ! Même s’ils préféreraient sans doute mourir dans les plus atroces souffrances que de reconnaître un semblant d’affection l’un pour l’autre.

Une enquête que les amènera à côtoyer des individus plus ou moins fréquentables et à se perdre dans les méandres d’un complexe montage immobilier et financier permettant de blanchir l’argent sale d’un caïd du milieu… mais là encore ces questions ne sont abordées qu’en surface.

La touche de charme est apportée par le personnage d’Alexe, la jeune et très délurée voisine de Clovis qui affiche ouvertement une sexualité libérée et sans tabous, profitant de l’été pour s’envoyer en l’air dans les dunes.

Dominique Forma semble s’être beaucoup amusé à écrire ce roman et parvient à nous communiquer cette bonne humeur, grâce notamment à un style épuré et direct. On en arrive à apprécier la compagnie de ces deux vieux grincheux qui passent leur temps à se chamailler (à l’image des deux vieux du Muppets Show… une comparaison qui ne parlera sans doute qu’aux vieux de la vieille).

Une lecture sympathique qui ne se prend pas au sérieux mais qui assure pleinement par son côté divertissant.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Collectif – London Calling – 19+1 Histoires Rock Et Noires

AU MENU DU JOUR

Collectif - London Calling

Titre : London Calling – 19+1 Histoires Rock Et Noires
Auteur : Collectif
Éditeur : Buchet Chastel
Parution : 2009, réédition 2019
Origine : France
240 pages

De quoi ça cause ?

Un recueil initialement publié en 2009, réédité à l’occasion du quarantième anniversaire de l’album London Calling des Clash.

19 nouvelles, autant que l’album a de pistes musicales. Plus une nouvelle inédite à l’occasion de cette réédition.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je considère que l’album London Calling restera à jamais gravé dans l’histoire de la culture punk rock contemporaine. J’étais donc curieux comment ces auteurs allaient lui rendre hommage à travers leurs courts récits.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Buchet Chastel et Net Galley pour leur confiance qui me permet de découvrir cette réédition en avant-première (sortie le 19 septembre).

Le bouquin s’ouvre sur une préface d’Antoine de Caunes qui nous livre une anecdote très rock’n roll sur les Clash. Et vous parle de l’album London Calling mieux que je pourrai le faire, c’est donc bien volontiers que je lui cède la place :

« London Calling » est mon album préféré des Clash. C’est vraiment un classique, qui résiste à 12000 écoutes, quand beaucoup d’albums de la même période ont pris un sérieux coup de vieux. La production, la composition, la cohérence du disque par-delà les nombreuses variations et les styles explorés, de la country au jazz en passant par le punk, la rage qui sous-tend l’ensemble : tout est vraiment magnifique.

Il va sans dire que j’ai découvert les Clash et ce mythique London Calling bien après sa sortie. En 1979 j’avais 12 ans, un peu jeune pour savourer pleinement le son des Clash. C’est surtout entre 1984 et 1989 qui j’ai écouté en boucle leur album. Et aujourd’hui encore je peux l’écouter et l’apprécier autant qu’à la première écoute.

Un recueil qui a vu le jour à l’initiative de Jean-Noël Levavasseur, les auteurs ayant répondu présent sont, par ordre d’apparition : Jean-Hugues Oppel, Thierry Crifo, Pierre Mikaïloff, Max Obione, Olivier Mau, Annelise Roux, Jan Thirion, Marc Villard, José-Louis Bocquet, Mouloud Akkouche, Michel Leydier, Jean-Noël Levavasseur, Thierry Gatinet, Sylvie Rouch, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Christian Roux, Caryl Férey, Jean-Luc Manet et Jean-Philippe Blondel.

Chacune des 19 nouvelles porte le nom d’une des chansons de l’album, elles sont présentées dans le même ordre que sur le double CD. Toutes débutent par une illustration en noir et blanc de Serge Clerc (toutes extraites de sa BD, The Clash, le dernier gang dans la ville) ; un bonus visuel certes, mais pas non plus de quoi s’extasier devant les prouesses graphiques du dessinateur.

La couv’ du bouquin promet des histoires rock et noires. Rock elles le sont sur le fond, car toutes sont plus ou moins liées aux Clash et à la chanson-titre de la nouvelle ; sur la forme toutes ne dégagent pas l’esprit rock’n roll, loin s’en faut…

Le noir non plus n’est pas systématiquement au rendez-vous, même quand il est de la partie ça ressemble plus à du gris foncé qu’à du noir anthracite. Pire, certaines nouvelles donnent l’impression de poser le décor pour une suite qui ne vient jamais ; frustrant ? Vous avez dit frustrant ?

Je mentirai en disant que je me suis ennuyé à la lecture de ces nouvelles, la preuve en est que je suis envoyé le recueil en deux jours. J’ai passé un sympathique moment de lecture sans jamais avoir été totalement emballé.

Deux nouvelles tirent plutôt bien leur épingle du jeu « Lover’s Rock » de Jean-Bernard Pouy, pour la qualité de l’écriture, et « Four Horsemen » de Frédéric Prilleux, pour son humour et son quatuor de supporters de Guingamp.

Mention spéciale à Caryl Fèrey et son titre « Revolution Rock« , plutôt que d’opter pour la fiction, il nous raconte ses souvenirs autour de l’album London Calling et l’impact qu’il a eu sur sa façon de voir la vie.

Jean-Luc Manet avec « Train in Vain » opte aussi pour le souvenir. Un souvenir certes plus douloureux, mais tout aussi décisif quant à son avenir.

Je referme toutefois le bouquin avec un sentiment mitigé, l’hommage manque cruellement d’éclat pour faire honneur à un album pourtant éblouissant.

Pour l’anecdote, je terminerai en précisant que si j’adore la musique des Clash (et tout particulièrement l’album London Calling), je ne partage aucunement leur engagement politique (mon cœur bat depuis toujours et définitivement à droite).

MON VERDICT