[BOUQUINS] Olivier Norek – Impact

AU MENU DU JOUR

O. Norek - Impact
Titre : Impact
Auteur : Olivier Norek
Éditeur : Michel Lafon
Parution : 2020
Origine : France
348 pages

De quoi ça cause ?

Parce que sa fille est mort-née des suites d’une infection pulmonaire causée par la pollution de l’air, Virgil Solal décide de frapper fort afin d’éveiller les consciences et d’infléchir la course effrénée au profit qui entraîne inexorablement l’humanité à sa perte.

Diane Meyer, une psychocriminologue aux multiples phobies, et Nathan Modis, capitaine à la Crim’ au 36, doivent faire équipe afin de stopper Virgil et ses adeptes. Le duo va rapidement être tiraillé entre l’obligation de faire leur devoir et l’adhésion à la cause défendue par leur adversaire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Olivier Norek, ses cinq précédents romans ont été de formidables coups de cœur, doublés de coups de poing percutants. Un sans-faute qui ne peut que me pousser à en demander encore et encore…

Ma Chronique

Une fois de plus, avec ce sixième roman, Olivier Norek surprend ses lecteurs en s’aventurant dans des thèmes où l’on ne l’attendait pas du tout. C’est en effet un roman très engagé sur le terrain de l’écologie qu’il nous propose avec Impact.

Son intrigue est l’occasion pour l’auteur de pointer du doigt les dérives de l’industrialisation à outrance et de la course au profit permanente que se livrent certaines entreprises parmi les plus puissantes du monde. Dérives qui, à terme, pourraient bien entraîner l’humanité vers son extinction.

Un roman engagé n’est pas forcément synonyme d’un roman militant, si les faits dénoncés par Olivier Norek sont bien réels (les sources – dont je laisse tout à chacun juger de leur objectivité – sont citées en fin d’ouvrage), ils ne servent pas uniquement de faire-valoir à l’intrigue. L’auteur construit une intrigue solide (mais pas totalement infaillible à mon avis), servie par des personnages forts.

Si la cause défendue par Virgil Solal est aussi noble que juste, les moyens employés pour arriver à ses fins sont nettement plus discutables (même si je n’ai aucune sympathie particulière pour les grands groupes pétroliers, et moins encore pour le système bancaire) ; les actes de Solal relèvent plus de l’écoterroriste primaire que du simple lanceur d’alerte. J’ai pour ma part beaucoup de mal à adhérer à l’idée que la fin puisse justifier de tels moyens.

En face de lui le duo composé par Diane Meyer, psychocriminologue souffrant de phobies multiples, et Nathan Modis, capitaine de la Crim’ au 36, fonctionne à la perfection. Deux personnages et deux personnalités qui vont se compléter au fil de leur collaboration.

Olivier Norek construit son intrigue en deux temps. D’abord les actions de Solal et l’enquête de police visant à le « neutraliser ». Ensuite le procès de Solal et particulièrement le plaidoyer de sa défense qui n’épargnera personne.

Sans surprise, l’écriture d’Olivier Norek est irréprochable et fait mouche. Si je salue le choix plutôt audacieux de l’auteur de proposer un roman en forme de cri d’alarme pour la planète et l’humanité, je ne peux ignorer certaines faiblesses inhérentes à son approche.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Katerina Autet – La Chute De La Maison Whyte

AU MENU DU JOUR

K. Autet - La Chute de la Maison Whyte
Titre : La Chute De La Maison Whyte
Auteur : Katerina Autet
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
312 pages

De quoi ça cause ?

Rien ne va plus pour la prestigieuse et respectée famille Whyte. Le patriarche est assassiné selon une macabre mise en scène et c’est son propre fils, Skip que la police soupçonne. Pour assurer sa défense, Skip Whyte fait appel à son ami d’enfance, Zach Damon, avocat à New York spécialisé dans l’art.

Dans le même temps, Edith, l’aînée des enfants Whyte, publie un livre dans lequel elle révèle d’encombrants secrets de famille.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre appartenant à la collection la Bête Noire, une raison qui se suffirait à elle seule pour me donner envie de découvrir ce roman. Cerise sur le gâteau, le roman de Katerina Autet a remporté l’édition 2020 du Grand Prix des Enquêteurs.

Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman Katerina Autet, auteure d’origine russe, mais française d’adoption, opte pour une approche plutôt classique façon whodunit avec un meurtre, un suspect tout désigné et un vrai coupable à identifier. Mais classique ne rime pas pour autant avec banal ou sans intérêt, loin s’en faut !

C’est aux États-Unis que l’auteure décide de situer son intrigue. Si le meurtre de William Whyte a eu lieu dans son cottage de Cape Cod (région très prisée par la richissime élite de Boston et New York dont les résidences rivalisent de faste), c’est surtout à Boston et ses environs que Zach sera amené à rencontrer et interroger ses interlocuteurs. Une région que l’auteure connait bien pour y avoir vécu plusieurs années.

La narration donne la parole au héros du roman, Zach Damon, un jeune avocat de New York spécialisé dans l’art, que son ami d’enfance, Skip Whyte, va contacter afin qu’il assure sa défense face à une accusation de meurtre. Bien que n’ayant aucune expérience de pénaliste, il va accepter cette délicate mission.

Mission qui le poussera à fouiner dans le passé de la famille Whyte, famille qu’il considère un peu comme la sienne malgré leurs nombreuses différences. Et plus son enquête va progresser, plus les sombres secrets du patriarche vont refaire surface.

Un héros au demeurant fort sympathique, des secrets de familles qui viennent éclabousser la respectabilité apparente de ladite famille et une fratrie (Edith, Caroline et Skip) malgré tout attachante ; le cadre est alléchant et sera à la hauteur de nos attentes.

Bien entendu pour que la mélodie se déroule sans fausse note, il faut que l’auteure alimente son intrigue de nombreux rebondissements, et surtout qu’ils soient crédibles. Katerina Autet nous offre un véritable festival de surprises et revirements de situation, jusqu’au bout elle entretiendra le mystère et nous fera douter de tout et de tous.

Si les personnages principaux (Zach et les 3 enfants Whyte) sont traités avec beaucoup de soins par l’auteure, elle ne laisse pas pour autant en plan ses personnages secondaires. Mention spéciale au capitaine Stone Dennis, le flic chargé de l’enquête, bourru à souhait tendance soupe au lait, mais très professionnel.

Les chapitres consacrés à l’enquête de Zach sont courts histoire d’aller à l’essentiel et de maintenir le rythme. Çà et là quelques extraits du livre d’Edith Whyte viennent ternir un peu plus l’image de William Whyte ; l’image d’Épinal du vénérable patriarche qui veille sur sa tribu prend méchamment du plomb dans l’aile.

Si le roman ne révolutionne clairement pas le genre, il s’en sort honorablement en proposant un mix agréable de tous les ingrédients qui font un bon roman policier. Le contrat est rempli, le lecteur est satisfait même s’il sait que dans quelques semaines il aura tout oublié des frasques de la famille Whyte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maud Mayeras – Les Monstres

AU MENU DU JOUR

M. Mayeras - Les Monstres

Titre : Les Monstres
Auteur : Maud Mayeras
Éditeur : Anne Carrière
Parution : 2020
Origine : France
299 pages

De quoi ça cause ?

Dans le terrier de l’Ogre vivent une mère et ses deux enfants, les monstres. L’Ogre c’est Aleph, leur survie dépend de lui, car il est le seul à quitter le terrier. C’est lui qui nourrit et éduque les enfants afin de les préparer à affronter le monde extérieur et à se confronter aux humains.

Jusqu’au jour où Aleph ne rentre pas au terrier…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Maud Mayeras, avec Les Monstres, elle signe son quatrième roman. C’est le troisième que je lis, Reflex m’avait totalement chamboulé et Lux, bien qu’un chouïa en deçà, restait une totale réussite.

Quatre ans après Lux (trois me concernant vu la sortie numérique tardive), ce nouvel opus est attendu comme le messie (mais non, mais si).

Ma Chronique

Si comme moi l’expérience Reflex vous a laissé aux portes du KO technique, nul doute que vous ne sortirez pas indemne de votre visite chez Les Monstres. Maud Mayeras dégaine l’artillerie lourde pour nous en mettre plein la gueule ; ne vous fiez pas à sa gueule d’ange, la miss sort la sulfateuse et ça canarde méchamment !

C’est vrai qu’au départ le lecteur innocent (et encore inconscient de ce qui l’attend) se demande dans quel genre de bouquin il vient de s’engager. C’est quoi cette histoire de « monstres » ? J’veux bien croire que Maud Mayeras puisse désirer changer de registre, mais là c’est clairement le grand écart. Aucun doute, y’a sûrement murène sous patate (cherchez pas, c’est la version tropicalisée de l’anguille sous roche).

Abstenez-vous de fanfaronner parce que vous avez vu juste, au fur et à mesure que la vérité vous sera révélée, dans toute son horreur et son absolue noirceur, vous souhaiterez plus que tout vous être trompé. Vous implorerez même tous les saints de la création pour que la plongée dans un cauchemar de plus en plus abject cesse enfin… pour voir la lumière du jour poindre du fond des ténèbres dans lesquels Maud vous entraîne…

Les monstres dont il est question ici sont deux enfants, une fille, Eine, et son frère cadet Jung. Des personnages qui vous toucheront droit au cœur malgré leur « différence », ou peut-être justement à cause de cette « différence », avérée ou supposée. Des monstres avec qui vous partagerez des émotions intenses, de la joie, mais aussi de la peur et du chagrin. Croyez-moi ces monstres sauront vous vriller les tripes et le cœur.

Si Maud Mayereas sait incontestablement y faire pour pousser son récit dans les entrailles du noir le plus profond, elle nous offre aussi un roman empreint d’humanité… pas seulement dans ce qu’elle a de pire (séquestration, viol, manipulation…), mais aussi dans ce qu’elle peut avoir de meilleur (l’amour d’une mère pour ses enfants, l’amour d’une sœur pour son frère et réciproquement).

Les personnages en dehors du terrier ne sont pas de simples faire-valoir, certains participent activement au déroulé de l’intrigue (je pense notamment au lieutenant Rousseau ou au Dr Saadi) et donneront tout pour essayer de réparer des individus brisés par la folie de l’Ogre.

Un petit conseil pour clore cette chronique, si vous avez des enfants en bas âge, ne demandez jamais à Maud Mayeras de leur raconter une histoire pour les endormir. Les quelques contes, écrits par l’Ogre, qui figurent ici sont l’assurance de nuits blanches et de cauchemars pour vos chères têtes blondes…

Comme elle a coutume de le faire, Maud Mayeras termine son roman par une playlist mentionnant les morceaux susceptibles d’accompagner au mieux la lecture du bouquin. Perso je préfère lire dans le calme, et même s’il y a du bruit autour de moi je finis par m’enfermer dans une bulle insonorisée pour profiter pleinement de ma lecture.

Je ne connais pas tous les titres cités, mais je suis curieux de les découvrir, m’est toutefois d’avis que trois titres brillent par leur absence : La Nuit Je Mens (Alain Bashung), Le Moribond (Jacques Brel) et A Pas De Géant (Mano Solo). Les paroles de ces chansons sont effet citées dans le bouquin… et ça aurait apporté une petite touche francophone dans une bande originale 100% anglophone.

Le hasard de mes lectures fait que j’ai lu ce roman juste après Inspection de Josh Malerman, bien que les deux bouquins soient radicalement différents, je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre le P.É.R.E de Malerman et l’Ogre de Mayeras. Leur édifice repose en effet sur les mêmes principes destructeurs de manipulation mentale poussée à l’extrême.

Je ne voudrai pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, mais il semblerait que L’Ami Imaginaire de Stephen Chbosky vient de perdre son titre de roman de l’année. A voir si mon avis est susceptible d’évoluer avec le recul mais j’en doute fort (le recul me permet justement de porter un regard plus critique sur L’Ami Imaginaire).

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Marc Levy – C’Est Arrivé La Nuit

AU MENU DU JOUR

M. Levy - C'est arrivé la nuit

Titre : C’Est Arrivé La Nuit
Série : Groupe 9 – Livre 1
Auteur : Marc Levy

Éditeur : Robert Laffont
Parution : France
Origine : 2020
409 pages

De quoi ça cause ?

Les 9 forment un groupe de hackers qui s’évertue à dénoncer les petites et grosses magouilles des puissants, quel que soit leur rang et leur statut, qui échappent à la justice traditionnelle.

Même s’ils ne se connaissent pas physiquement, un lien très fort uni le groupe, et surtout tous œuvrent dans l’espoir de rendre le monde de demain meilleur…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

D’abord parce que c’est Marc Levy et que je suis un inconditionnel de la première heure (il n’y a que Les Enfants De La Liberté que je n’ai pas lu – et ne lirai pas – parce que le côté biographique du bouquin ne m’intéresse pas).

Après avoir vu une interview de l’auteur à propos de ce nouveau roman, j’avoue que j’étais franchement curieux de le (re)découvrir dans un genre qui lui est complétement étranger… avec en prime, un projet qui s’articule autour de plusieurs romans.

Ma Chronique

Avec ce nouveau roman marc Levy s’attaque à un double challenge, d’abord s’essayer à un genre complètement nouveau pour lui, ensuite tenir sur la durée puisqu’il a d’ores et déjà annoncé que Groupe 9 serait une saga (9 tomes ? 3 sont déjà programmés en tout cas).

Si on m’avait dit qu’un jour Marc Levy se lancerait dans l’écriture d’un techno-thriller je reconnais volontiers que j’aurai regardé mon interlocuteur avec beaucoup de scepticisme… peut-être même en serai-je venu à douter de sa santé mentale ! Et pourtant avec C’Est Arrivé La Nuit, premier opus de la série 9, c’est désormais chose faite. Et c’est même plutôt foutrement bien fait !

Relativisons cet élan euphorique. C’est foutrement bien fait pour un premier essai. Et c’est surtout vachement audacieux de s’aventurer dans un genre dont les auteurs français semblent peu friands. Il n’en reste pas moins que l’on est encore bien loin de l’intensité d’un Tom Clancy !

Il faut dire que feu Tom Clancy est considéré par beaucoup comme un des pères fondateurs du genre avec Octobre Rouge – et par la suite l’intégralité du Ryanverse – et reste, aujourd’hui encore, l’un des maîtres incontestés du techno-thriller.

Le vaste monde des hackers se divise en trois catégories. Le côté obscur est occupé par les Black Hat qui recherchent le profit personnel (financier ou autre). À l’opposé on trouve les White Hat qui mettent leur expertise au profit de la sécurité informatique. Entre les deux on trouve les Grey Hat, si leurs actions sont illégales, elles servent une cause juste (à leurs yeux en tout cas). Le Groupe 9, imaginé par Marc Levy s’inscrit dans cette troisième catégorie (à l’instar des désormais célèbres Anonymous ou autres lanceurs d’alertes).

Dans une récente interview à propos de la sortie du bouquin, Marc Levy a indiqué que les scandales que le Groupe 9 dénoncent sont authentiques, il a « juste » changé les noms pour éviter les poursuites.

J’avais en effet entendu parler de l’affaire des prix de l’insuline aux États-Unis, si vous connaissez, même vaguement, les principaux labos de l’industrie pharmaceutiques vous n’aurez mal à identifier celui qui se cache derrière Talovi. Google fera le reste… et vous pourrez effectivement constater que tout est atrocement vrai.

D’autres affaires m’ont vaguement évoqué quelque chose mais j’avoue ne pas avoir poussé la curiosité plus loin. Dans le même ordre d’idée vous croiserez certains personnages que vous n’aurez aucun mal à identifier (mais qui est donc Jarvis Borson ? Un indice : il est britannique. Un autre : il est premier ministre. Un dernier : il n’est pas beau, il est blond et je ne pense pas qu’il sente le sable chaud). Enfin le réseau social FriendsNet (et ses dérives) n’est pas sans rappeler un certain cul caprin.

Autant dire qu’avec une toile de fond pareille Marc Levy a de quoi s’en donner à cœur joie, et il ne s’en prive pas ! Il nous concocte une intrigue parfaitement maîtrisée et documentée dont on aura bien du mal à décrocher.

Une intrigue qui vous fera voyager, le Groupe 9 étant international et ses membres n’hésitant pas à se déplacer pour les besoins de leur « mission ». Par ordre d’apparition nous irons à Oslo, Paris, Madrid, Tel-Aviv, Istanbul, Rome et Kiev.

Une intrigue servie par des personnages tout aussi bien travaillés. À commencer par les membres du Groupe 9, chacun devant donner le change dans la vie de tous les jours avant de s’installer derrière leur écran et se transformer en Robin des Bois virtuels. Comme tout un chacun, ils doivent composer avec leur propre vécu, leurs forces et leurs faiblesses ; leur complémentarité est la raison d’être du groupe mais aussi leur plus grande force.

Franchement pour une première incursion dans un genre qui ne laisse pas facilement dompter Mar Levy tire plutôt bien son épingle du jeu. J’attends avec impatience le second tome, Le Crépuscule Des Fauves, annoncé pour le premier trimestre 2021.

Place au résultat de mon traditionnel classico littéraire. Après deux années consécutives remportées par Guillaume Musso, la cuvée 2020 nous a proposé de découvrir deux grands crus aux indéniables qualités, mais il faut trancher. Pour la prise de risque et l’appréciation globale du roman, j’attribue le titre à Marc Levy.

MON VERDICT

Aparté technique

Même si la mise en page de la version commerciale de la version numérique du présent roman n’a rien de rédhibitoire, j’y ai apporté quelques retouches personnelles.

Déjà je trouve inutile de réserver une page entière à un n° de chapitre avant de changer de page pour passer au contenu dudit chapitre. Groupir !

Dans le même ordre d’idée je ne vois pas l’intérêt d’un saut de page au sein d’un même chapitre pour passer d’un lieu à l’autre. Groupir !

J’ajouterai à cela quelques aménagements mineurs pour convenance personnelle.

Palmarès du classico Marc Levy vs Guillaume Musso

2020 : Marc Levy (C’Est Arrivé La Nuit)
2019 : Guillaume Musso (La Vie Secrète Des Écrivains)
2018 : Guillaume Musso (La Jeune Fille Et La Nuit)
2017 : Marc Levy (La Dernière Des Stanfield)
2016 : Marc Levy (L’Horizon A L’Envers)
2015 : Guillaume Musso (L’Instant Présent)
2014 : Guillaume Musso (Central Park)
2013 : Guillaume Musso (Demain)
2012 : Marc Levy (Si C’Était A Refaire)

Avantage Guillaume Musso.

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Une Chance Sur Un Milliard

AU MENU DU JOUR

G. Legardinier - Une chance sur un milliard
Titre : Une Chance Sur Un Milliard
Auteur : Gilles Legardinier
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Hormis une récente rupture dont il peine à se remettre, Adrien est un trentenaire épanoui qui a toute la vie devant lui. Jusqu’au jour où son médecin et ami, Darshan, lui annonce qu’il souffre d’une pathologie cardiaque aussi rare qu’irréversible…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Gilles Legardinier, un auteur qui a un véritable don pour transformer en or tout ce qu’il touche.

Avec ce nouveau roman, il revient à un genre dans lequel il excelle, la littérature feel good. Gilles est un véritable virtuose quand il s’agit faire jaillir des émotions de sa partition.

Ma Chronique

Avec ce roman Gilles Legardinier signe son douzième titre « adulte » et célèbre ses dix ans de carrière littéraire (même si je devine que ce terme lui ferait horreur). Une carrière commencée chez Fleuve Éditions sous le signe du thriller (avec L’Exil Des Anges et Nous Étions Les Hommes) avant d’enchaîner avec cinq titres résolument feel good (et leurs incontournables couv’ félines).

Puis Gilles change de crèmerie pour gagner en liberté, chez Flammarion il revient au thriller en alternance avec des titres feel good. Quel que soit le domaine qu’il décide d’explorer, il ne se contente pas d’exploiter des recettes déjà éprouvées, chaque titre apporte une réelle touche d’originalité par rapport aux précédents.

Une Chance Sur Un Milliard ne déroge pas à la règle, même avec un postulat de départ qui ne semble pas vraiment adapté à un traitement léger – et encore moins comique – Gilles Legardinier réussit à faire sourire (et même rire) ses lecteurs, sans jamais tourner son thème en ridicule.

Son secret ? Une plume et un style profondément (viscéralement oserai-je même dire) empreints d’humanité. Ca peut sembler bizarre à dire mais on une réelle sensation de proximité entre l’auteur et ses personnages, et par extension entre ses personnages et nous. En l’occurrence n’importe quel quidam peut s’identifier à Adrien ou à une personne de son entourage ; pas forcément par leur personnalité, mais parce que l’on pourrait très bien, un jour ou l’autre, se retrouver confronté à une situation identique (quand ça n’a pas déjà été le cas).

Il faut bien avouer que la bande de potes qui entoure Adrien est tellement hétéroclite qu’il est aisé de s’identifier à l’un(e) ou l’autre. Une bande de potes unie par une complicité indéfectible qui résiste aussi bien au temps et qu’à la distance.

L’entourage d’Adrien ne se limite pas à ses ami(e)s, il est aussi présent pour sa famille, surtout son grand-père, Papilau, qui, malgré son âge et quelques fuites au niveau de sa mémoire, demeure d’une grande sagesse et peu même parfois se montrer particulièrement alerte.

Mais Adrien doit aussi composer avec son milieu professionnel, un domaine dans lequel, malgré son évidente réussite, il s’est laissé dépasser par certains aspects. Une bonne occasion pour lui de reprendre les choses en mains et de remettre les pendules à l’heure.

Si Gilles Legardinier sait incontestablement y faire pour faire sourire (et même rire) ses lecteurs, il ne se cantonne pas au rôle de clown de service. Avec ce roman il prouve une fois de plus, et peut-être même encore plus que dans ses précédents titres, qu’il est à même de faire naître tout un panel d’émotions à travers ses mots. Des mots toujours simples, sans figure de style alambiquée, mais qui vont droit au cœur, à l’âme et à l’esprit. Des mots qui, au fil des situations, vous feront passer du rire aux larmes (oui j’avoue, j’ai versé quelques larmiches çà et là).

Comme il a coutume de le faire, Gilles Legardinier termine son roman par un aparté avec ses lecteurs (le fameux « Et pour finir… »). L’occasion de nous questionner sur ce que nous aurions fait des dessins retrouvés (exhumés serait un terme plus approprié) par Adrien à sa place. Personnellement, si je devais me retrouver confronté à la même situation qu’Adrien, la véritable question serait de savoir avec qui j’aimerai renouer pour solde de tout compte et surtout pour partir l’esprit léger et libéré.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – L’Inconnue Du 17 Mars

AU MENU DU JOUR

D. Van Cauwelart - l'inconnue du 17 mars
Titre : L’Inconnue Du 17 Mars
Auteur : Didier Van Cauwelaert
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

Le 17 mars 2020, par la grâce d’un virus, un sans-abri se retrouve confiné avec une créature de rêve. Est-ce la femme qui jadis enflamma son adolescence, une mythomane, une perverse manipulatrice, ou une ultime chance de survie ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch colle bien à l’actualité du moment, alors que le monde peine à se défaire de cette saloperie de Covid-19.

Ma Chronique

De Didier Van Cauwelaert je n’ai lu que Jules et sa suite (Le Retour De Jules), je n’aurai donc pas la prétention de connaître l’auteur qui a déjà signé plus d’une trentaine de romans (auxquels on peut ajouter notamment six pièces de théâtre et huit essais) ; il n’en reste pas moins que je trouve sa plume très agréable à lire.

Ajoutez à cela une intrigue qui se déroule alors que les français doivent composer avec un confinement imposé par le gouvernement afin de freiner la propagation de l’épidémie de Covid-19.

Ce bouquin tient davantage du conte ou de la fable philosophique que du roman à proprement parler, de fait la longueur du récit est parfaitement adaptée au format choisi. Davantage de pages auraient fini par rendre l’ensemble indigeste ; en effet le premier jugement de Lucas sur sa partenaire de confinement peut parfaitement s’appliquer au roman dans son ensemble :

Tout son discours est à dormir debout, certes, mais il se greffe sur une situation planétaire tellement surréaliste qu’il en devient, sinon crédible, du moins conforme à la folie ambiante.

Dans le même état d’esprit si je reconnais ne pas forcément être en total désaccord avec l’avis d’Audrey / Pléiade concernant certains aspects du complotisme, il ne faut pas non plus que ça serve de prétexte à un grand déballage de portnawak :

C’est très commode, le complotisme. C’est une vaste décharge à ciel ouvert, où il est difficile de pratiquer le tri sélectif. L’hystérie des extrémistes et les élucubrations paranos y neutralisent par contagion les alertes dérangeantes, les vérités illicites, les arguments trop convaincants pour être réfutés autrement que par l’opprobre et l’amalgame.

En l’occurrence Didier Van Cauwelaert ne nous épargne aucun poncif du genre quand il s’agit d’alimenter son fourre-tout complotiste, tout y passe, de la nocivité d’un déploiement massif de la 5G jusqu’au futur vaccin « pucé » (et obligatoire cela va de soi) afin d’assurer la traçabilité des futurs inoculés… Il y a un gouffre entre gober toutes les couleuvres que nos têtes pensantes voudraient nous faire avaler et la paranoïa complotiste ; une fois encore c’est le nombre de pages plutôt réduit qui sauve (in extremis) le bouquin du naufrage.

Je ne vous dirai pas que « l’explication rationnelle » de l’expérience vécue par Lucas m’a pris de court, elle s’imposait comme l’unique porte de sortie possible. J’avoue toutefois avoir apprécié le petit clin d’œil final qui ne ferme pas toutes les portes à une approche moins cartésienne des choses.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Estelle Tharreau – La Peine Du Bourreau

AU MENU DU JOUR

E. Tharreau - La peine du bourreau

Titre : La Peine Du Bourreau
Auteur : Estelle Tharreau
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

McCoy est « bourreau » au Texas. Après 42 ans passés dans le couloir de la mort, il reçoit la visite officieuse du Gouverneur Thompson qui doit se prononcer sur la grâce du condamné numéro 0451.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada, une raison qui se suffirait à elle-même.

Parce que c’est Estelle Tharreau et que j’avais adoré son précédent roman, Mon Ombre Assassine.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée et l’opportunité de découvrir ce roman en avant-première (parution le 1er octobre).

Comme de nombreux lecteurs, j’ai l’habitude de lire des romans d’auteurs français dont l’action se situe aux États-Unis (c’est sans doute encore plus vrai pour les lecteurs de thrillers) et cela ne me dérange pas outre mesure. Je pense toutefois pouvoir affirmer que jamais je n’ai autant eu l’impression de lire un roman 100% américain qu’en lisant le dernier bébé d’Estelle Tharreau.

L’auteure se penche sur le fonctionnement du système judiciaire américain, et plus particulièrement celui du Texas, un des états qui met le plus de zèle à appliquer la peine de mort. Dans son avertissement, en préambule à l’intrigue proprement dite, Estelle Tharreau précise que si les criminels mentionnés dans son roman sont fictifs, elle s’est attachée à rester fidèle au fonctionnement de la machine judiciaire. Et ça sent de la première à la dernière page de son bouquin, le réalisme est glaçant.

En donnant voix à des personnages 100% made in Texas, c’est le Vieux Sud qui s’exprime… avec ses opinions souvent tranchées et sans appel qui ne manqueront de hérisser le poil des lecteurs. Un choix totalement assumé qui vient renforcer l’immersion dans son intrigue et son impressionnant réalisme (non, je ne radote pas… j’insiste uniquement parce qu’il le vaut bien).

Un roman qui s’inscrit dans l’actualité du moment alors que le mouvement Black Lives Matter tient encore le haut de l’affiche (un mouvement parfaitement légitime mais trop souvent galvaudé par certaines prises de position en France) et que de plus en plus de français se disent favorables à un rétablissement de la peine de mort. Difficile de faire plus actuel, n’est-il point ?

Au fil des chapitres le lecteur alternera entre deux arcs narratifs, le récit du bourreau et les souvenirs du condamné à mort.

Le bourreau (ou exécuteur de peine dans sa dénomination officielle plus édulcorée) c’est McCoy, 42 ans de service dans le couloirs de la mort et de nombreuses exécutions à son actif. À la demande du gouverneur il va raconter son parcours à travers les rencontres (et souvent les exécutions) les plus marquantes qui ont jalonné sa carrière. Mais pas que… au fil des ans il finira par ne plus du tout avoir foi dans le système judiciaire qu’il est sensé servir.

Le condamné à mort a renoncé à son patronyme pour se faire appeler Ed 0452 (son numéro d’écrou), en silence il se souvient de son parcours hors du commun ; ou comment un jeune homme encore plein d’illusions devient employé du bureau du shérif avant de se transformer en tueur en série et finalement se retrouver dans le couloir de la mort.

Ce bouquin m’a quasiment pris aux tripes d’emblée pour ne plus me lâcher jusqu’au clap de fin, difficile, pour ne pas dire impossible, de rester de marbre face à un récit d’une telle intensité. Après chacun voit midi à sa porte quant à ses prises de positions sur la question de la peine de mort ; ce roman a au moins le mérite de remettre les choses en perspective et de faire réfléchir le lecteur (à défaut de le faire changer d’avis).

Je mentirai si je disais que la fin m’a pris de court, je la voyais se profiler comme une évidence. Il n’en reste pas moins qu’elle est particulièrement bien trouvée et vient renforcer un récit déjà intense et émotionnellement chargé.

Une totale réussite à laquelle je ne peux décemment pas accorder autre chose que la note maximale et un coup double (coup de cœur / coup de poing) amplement mérité.

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

La mort, on s’habitue à la voir, mais pour la souffrance, c’est plus long. Je ne sais même pas si c’est possible.

Tuer pour sauver la vie d’innocents pouvait être une façon d’aimer et de protéger.

Ce qui est juste et la justice sont deux choses très différentes.

« Vous avez déjà vu le certificat de décès d’un condamné à mort, Gouverneur ? »
Imperceptiblement, Thompson fit non de la tête.
« Dans la case “cause de la mort”, l’administration inscrit “HOMICIDE”. »

Et pour finir sur un ton un peu plus décalé mais totalement raccord avec le thème du bouquin, je cède la place au regretté Franquin avec une planche extraite de ses Idées Noires :

Idées Noires 1/2
Idées Noires 2/2

[BOUQUINS] Cyril Massarotto – Les Dédicaces

AU MENU DU JOUR

C. Massarotto - Les Dédicaces
Titre : Les Dédicaces
Auteur : Cyril Massarotto
Éditeur : Flammarion
Parution : 2020
Origine : France
263 pages

De quoi ça cause ?

Claire collectionne les livres dédicacés, que le signataire soit l’auteur ou un anonyme, elle recherche avant tout les dédicaces qui racontent une histoire (réelle ou imaginée).

Quand elle tombe sur un roman de Frédéric Hermelage, elle est surprise par l’audace (voire l’outrecuidance) de la dédicace que l’auteur adresse à une certaine Salomé. En lisant le roman elle découvre une écriture à l’opposé de la dédicace, tout en finesse et subtilité.

Claire va lors tout mettre en œuvre afin de rencontrer « incognito » Frédéric Hermelage afin d’essayer de mieux cerner le personnage.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai beaucoup aimé Dieu Est Un Pote A Moi et sa « suite », Le Petit Mensonge De Dieu, de Cyril Massarotto. D’autres romans de l’auteur sont depuis venus grossir les rangs de mon Stock A Lire Numérique sans toutefois s’extraire du lot. Il était donc temps pour moi de le découvrir dans un autre registre…

Ma Chronique

Si, comme moi, l’intégrisme culturel vous fout la gerbe, si les auteurs, critiques et lecteurs qui tirent à boulets rouges sur la littérature populaire (et ses auteurs) vous donnent des envies de meurtres, pris au premier degré ce roman ne manquera pas de vous piquer les yeux et de vous brûler les mains !

À travers les jugements sans appels émis par Claire (lectrice), Frédéric (auteur) et Marc (éditeur), les auteurs populaires tels Guillaume Musso, Marc Lévy, Amélie Nothomb ou encore Anna Gavalda (pour ne citer qu’eux) se font dézinguer sans qu’ils aient l’ombre d’une chance de se défendre. Et je ne vous parle même pas de tout le mal qu’ils pensent de la littérature feel-good (à leurs yeux littérature et feel-good sont deux notions impossibles à associer, c’est tout juste si ces bouquins méritent un méprisant feel-good books pour les qualifier).

Et pourtant je me suis régalé en parcourant ces quelques pages ! Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il m’apparaît impossible de ne pas prendre de tels propos au second degré, deux raisons à cela :

1 – il faudrait vraiment être un connard prétentieux pour défendre noir sur blanc cette position, et je ne pense pas que Cyril Massoratto entre dans cette catégorie (les mêmes mots écrits par une tête à tarte comme BHL ne m’auraient certainement pas fait sourire) ;

2 – sans vouloir le vexer, Cyril Massoratto ne peut décemment pas affirmer être le fils spirituel de Céline, Sartre, Camus, Balzac ou Zola. Pour autant que je sache son œuvre s’inscrit davantage dans la littérature populaire que dans la « grande littérature » (les guillemets viennent juste souligner le dégoût que m’inspire ce terme).

Vous l’aurez compris, Les Dédicaces est un roman qui place la littérature au premier plan. Qu’il s’agisse du livre en tant qu’objet (le numérique n’a pas sa place dans le cœur de Claire), du rapport entre le lecteur et le livre, du lecteur et de l’auteur et inversement, de l’auteur et de ses lecteurs…

Au fil des pages il sera aussi question de la relation homme-femme dans le couple, là encore Claire n’est pas vraiment le parfait exemple de la nana épanouie… même si, au vu de son ex, le contraire eut été étonnant ! Une relation qui doit se construire autour d’un juste équilibre entre l’idéal fantasmé et le réel.

N’en déplaise à Cyril Massarotto, son roman est un bouquin qui fait du bien à lire, qui vous donne le sourire et la pêche pour la journée (vous noterez que je ne l’ai pas qualifié de feel-good). Le style épuré et direct de l’auteur (ainsi que l’épaisseur du bouquin) permet de le lire quasiment d’une traite.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Luna Joice – Community

AU MENU DU JOUR

L. Joice - Community
Titre : Community
Auteur : Luna Joice
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
298 pages

De quoi ça cause ?

3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.

Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?

Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit. Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est d’abord la couv’ qui a retenu mon attention. Si le pitch est plutôt un classique du genre (la promesse d’un monde idéal qui va finalement révéler ses failles), j’ai toutefois eu envie de découvrir cette énième vision dystopique du monde de demain.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Écrit à la première personne, le roman nous propose de vire l’intrigue via le personnage de Lyah. Une jeune femme plutôt attachante au caractère bien trempée mais qui fait souvent penser, surtout dans la première partie du récit, à une ado de 16/17 ans davantage qu’à une jeune adulte.

Les premiers chapitres, jusqu’aux résultats de l’Assignation, permettent de définir le cadre de l’intrigue et notamment la vie au quotidien sous contrôle total de Community. Une vision idéalisée de l’avenir qui suscitera d’emblée une certaine méfiance chez tout lecteur un tantinet libre-penseur.

C’est après son Assignation que Lyah va découvrir ce qui se cache réellement derrière Community, notamment à quel point, au nom du bien commun, l’humain a été privé de tout ce qui fait de lui un individu à part entière. Des questions et des thèmes à fort potentiel sont soulevés au fur et à mesure que Lyah doute du bien-fondé de Community, malheureusement ils ne sont abordés que superficiellement par des réponses toutes faites apportées à la va-vite.

Dans les derniers chapitres du roman, Lyah va donc – sans surprise – vouloir se dresser contre le système. Là encore tout va trop vite, tout semble trop simple, elle ne rencontre quasiment aucune opposition et expédie le truc en deux temps et trois mouvements.

Vous l’aurez compris c’est mitigé que je referme ce bouquin. Une lecture qui n’en demeure pas moins sympathique mais qui laisse l’impression d’être complètement passée à côté d’un fort potentiel. Ce n’est pas avec Community que Luna Joice gravera son nom au panthéon des maîtres de la dystopie tels que H.G. Wells, George Orwell, Ray Bradbury, Ira Levin ou encore Margaret Atwood pour ne citer qu’eux (pardon à ceux et celles que j’ai injustement oublié).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Edmonde Permingeat – Ecrit Dans Le Sang

AU MENU DU JOUR

E. PErmingeat - Ecrit dans le sang
Titre : Ecrit Dans Le Sang
Auteur : Edmonde Permingeat
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2020
Origine : France
456 pages

De quoi ça cause ?

La jeune Maya tombe en panne un soir d’été à proximité du manoir de la famille Rascol, en pleine campagne tarnaise. Hugo, le fils d’un des propriétaires des lieux, lui propose de se joindre à eux le temps que sa voiture soit réparée.

Mais, à peine installée la belle rousse va tout mettre en œuvre pour exacerber les tensions latentes et dresser les membres de la famille Rascol les uns contre les autres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai découvert Edmonde Permingeat avec son précédent roman, Sans Mon Ombre, et que j’avais envie d’aller plus avant dans l’exploration de son univers littéraire.

Ma Chronique

Comme dans son précédent roman, Sans Mon Ombre, Edmonde Permingeat nous propose de découvrir un thriller qui n’en est pas vraiment un tant il joue (et déjoue) avec les règles du genre. Une fois de plus c’est aussi pour elle l’occasion d’exposer les travers d’une famille qui, vue de l’extérieur, étale une respectabilité irréprochable.

Rien de tel pour faire exploser le voile des apparences qu’une pièce rapportée, qui, en l’occurrence, prendra l’apparence d’une jolie rousse à qui l’on donnerait (presque) le bon dieu sans confession. Maya, la jolie rousse en question, n’hésitera pourtant pas à user (et abuser) de ses appas pour faire imploser la respectable famille Rascol… il faut dire que le terrain était plutôt fertile, disons que Maya aura été l’étincelle qui met le feu aux poudres.

Il faut bien reconnaître que, pour nous brosser le portrait de la famille Rascol, Edmonde Permingeat ne trempe pas sa plume dans les pastels mais opte plutôt pour les nuances sombres et acides. Il n’y a guère que Clément, le frère cadet, et sa famille qui trouvent grâce à ses yeux (et aux nôtres du coup).

Les deux autres frangins, Stéphane et Frédéric, sont juste puants de suffisance. La femme de Frédéric n’est guère plus qu’une pimbêche au QI équivalent à celui d’une palourde morte, leurs jumeaux sont l’archétype des gosses pourris gâtés que l’on a envie de baffer (et plus si affinités). De son côté Stéphane a eu le bon goût d’opter pour le célibat et de ne pas se reproduire.

Si on devine rapidement et sans peine les motivations de Maya (un mobile vieux comme le monde), son plan n’en reste pas moins machiavélique. L’auteure réussit à rendre la famille Rascol tellement détestable que l’on en viendrait presque à approuver les actes de Maya (j’ai bien dit presque… dommage toutefois pour ce brave couillon de Mathieu, le fils de Clément).

Si le déroulé de l’intrigue reste globalement assez prévisible (avec toutefois quelques revirements de situation inattendus), j’ai trouvé que le final était particulièrement bien trouvé ; il permet en effet de remettre en perspective l’ensemble du récit.

Edmonde Permingeat brosse un profil psychologique impitoyable des personnages de son roman, à tel point que parfois ça peut paraître un peu surjoué, pour ne pas dire franchement cliché. Mais globalement ça fonctionne plutôt bien.

Via les personnages de Marion et Hugo, l’auteure aborde à nouveau le thème de la gémellité (qui était déjà au cœur de l’intrigue de Sans Mon Ombre) et le lien qui unit les jumeaux… même si, sang de Rascol oblige, le présent lien est perverti.

Malgré quelques défauts mineurs, le roman s’avère rapidement être un véritable page-turner, difficile en effet de résister à l’envie de « découvrir » le fin mot de l’histoire. Le style de l’auteure contribue grandement à une lecture fluide. Tous les ingrédients sont réunis pour vous assurer un bon moment sans avoir à surchauffer les neurones.

MON VERDICT