[BOUQUINS] Deborah Install – Il Y A Un Robot Dans Le Jardin

D. Install - Il y a un robot dans le jardinDans la famille « les éditeurs chez qui j’ai un retard monstrueux« , je demande Super 8. Bonne pioche ! Ma dernière chronique date en effet de décembre 2015 alors que j’achète (presque) systématiquement tous leurs titres… Commençons par leur premier bébé de l’année 2017 histoire de me faire pardonner, la chose s’appelle Il Y A Un Robot Dans Le Jardin et est signée Deborah Install.
Un matin Ben Chambers découvre qu’un robot a élu domicile dans son jardin. Au grand dam de son épouse Ben se prend d’affection pour ce robot. Quand elle le quitte, il décide de partir en Californie, sur les traces du créateur de Tang, le robot. Il ignore encore que ce sera la première étape d’un improbable voyage qui changera sa vie…
Le hasard (si, si, je viens de le découvrir à l’instant) a voulu que ma dernière chronique d’un titre de Super 8 porte sur un roman de SF atypique, Prime Time de Jay Martel, et de fait je remets le pied à l’étrier avec un autre récit de SF tout aussi atypique mais dans un registre différent.
Alors pourquoi lui plutôt qu’un des 17 autres titres de l’éditeur qui attendent d’être lus et chroniqués ? D’une part par facilité, c’est le dernier sorti (c’était quand j’ai commencé ma lecture), il n’a donc pas encore eu le temps de se retrouver noyé sous la masse des nouveaux entrants. Mais ce n’est pas la seule raison ayant motivé mon choix, le titre a tout de suite titillé ma curiosité et je suis tombé sous le charme de sa couverture. Et pis c’est tout !
Si j’ai employé le terme atypique pour définir ce roman, ce n’est pas un hasard. Certes on est bel et bien dans un contexte de science-fiction, mais je suis convaincu que ce bouquin a tous les ingrédients pour séduire un public bien plus large que les seuls adeptes du genre (pour tout dire, les puristes pourraient même être un tantinet déconcertés par cette lecture).
Deborah Install ose un cocktail pour le moins improbable en mixant science-fiction et feel good ; et ça fonctionne tellement bien que l’on est même pas surpris par le mélange des genres, on adhère immédiatement, tout simplement.
A travers un tour du monde riche en surprises, Ben et Tang vont apprendre à se connaître. Se connaître l’un et l’autre mais aussi se connaître soi-même et évoluer. La relation entre Ben et Tang est une véritable ode à l’amitié, une amitié qui se teintera parfois d’une paternaliste.
Si le personnage de Ben nous apparaît comme sympathique, il faut bien reconnaître qu’il est loin d’être facile à vivre : égoïste, égocentrique, fainéant, m’en-foutiste… Par bien des aspects il semble être resté bloqué dans sa phase ado pourri-gâté.
Mais l’auteure délivre aussi un message de tolérance, presque une revendication au droit à la différence. Dans une société où l’on ne jure que par les androïdes hyper-sophistiqués, Tang, petit robot fait de bric et de broc, ne passe pas inaperçu. Et pourtant il vous réservera bien des surprises.
Une histoire qui, incontestablement devrait plaire à un public de 7 à 77 ans, et pour cause il y a plusieurs niveaux de lecture possibles : les plus jeunes se contenteront d’une lecture au premier degré d’une sympathique fable futuriste, quant aux plus âgés, ils ne devraient pas être insensibles aux messages sous-jacents évoqués précédemment.
Un livre bourré de bons sentiments, sans (ou presque) une once de violence, mais aussi et surtout sans mièvrerie, ni sentimentalisme inutile. A l’image de l’écriture de son auteure, simple mais élégante, et de son style, drôle mais pétillant d’intelligence. Pour un premier roman, on peut dire que Deborah Install a réussi son pari ; que du bonheur !
Oooh I feel good ! So good, so good !

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Richard Adams – Watership Down

R. Adams - Watership DownAu menu du jour une chronique que j’aurai pu intituler « Mieux vaut tard que jamais » puisque que c’est le roman de Richard Adams, Watership Down, qui aura titillé ma curiosité.
Fyveer prévient son frère Hazel qu’un grand danger plane sur leur garenne mais sans pouvoir lui en dire davantage sur la nature de cette menace. Le Maître de la garenne refusant d’évacuer les lapins, seuls quelques volontaires acceptent de suivre Hazel et Fyveer dans ce voyage vers l’inconnu…
Watership Down a été publié pour la première fois en 1972 au Royaume Uni (un tirage plus que modeste à 2500 exemplaires). Le succès viendra deux ans plus tard, en 1974 avec une publication aux Etats-Unis assurée par une grosse maison d’édition (Macmillan) ; en un an le roman passera le cap du million d’exemplaires vendus. En France il faudra attendre 1976 pour que Flammarion propose une traduction de Pierre Clinquart sous le titre Les Garennes De Watership Down. Avec la présente édition, publiée par Monsieur Toussaint Louverture en 2016, on peut découvrir le texte dans une version revue et corrigée par Pierre Clinquart.
Avant cette nouvelle édition on estimait que le roman s’était vendu, de part le monde, à plus de cinquante millions d’exemplaires. Un joli succès pour ce qui ne fut au départ qu’une histoire que Richard Adams racontait à ses filles.
Le hasard a voulu que je me lance das cette lecture courant décembre 2016, l’auteur est décédé le 24 décembre dernier à l’âge (plus qu’honorable) de 96 ans.
Franchement si on m’avait dit que je me laisserai captiver par une histoire de lapins en goguette, au mieux j’aurai affiché ma moue la plus sceptique qui soit, au pire j’aurai carrément ris au nez de mon interlocuteur. Sérieux quoi, j’ai passé l’âge pour ce genre d’histoire… Et bin j’aurai eu tout faux !
Si l’on retrouve bien tous les ingrédients d’un récit de fantasy, je n’irai pas non jusqu’à comparer Watership Down au Seigneur des Anneaux ou au Trône de Fer ; l’intrigue est nettement moins complexe en compagnie de nos valeureux lapinous. Il n’en reste pas moins que Richard Adams nous propose un beau récit d’aventure qui flirte même avec le voyage initiatique, un mix totalement addictif et captivant (le délai pour le lire n’est dû qu’à la période festive qui a largement empiété sur mon temps de lecture).
Au niveau des personnages (oui je sais, ce sont essentiellement des lapins) on trouve une galerie de personnalités variées mais complémentaires. A la tête de la troupe on trouve Hazel, le leader charismatique qui sait qu’il n’a pas le droit de se laisser abattre par les épreuves, il lui faut en permanence motiver ses compagnons de voyage. Fyveer, son jeune frère, fait office de mystique du groupe depuis sa vision. Bigwig et Silvère sont les gros bras de la troupe, ils ne reculeront devant aucun danger pour permettre à leurs amis de progresser. Dandelion s’avérera être un conteur hors pair qui ravira ses compagnons (et nous même, lecteurs) avec les légendes de Shraavilshâ (l’équivalent lapin de notre Robin des Bois).
Au fil de leur périple riche en rebondissements en tout genre, nos amis lapinous feront de nombreuses rencontres, certaines amicales (j’ai adoré le personnage de Keehar) d’autres nettement moins sympathiques. Il faut bien reconnaître que pour des lapins en vadrouille, les dangers ne manquent pas, à commencer bien entendu par l’homme et ses acolytes à quatre pattes (chiens et chats), mais même loin des hommes les dangers ne manquent pas, renards, belettes, faucons… et même d’autres lapins !
L’écriture et le style de l’auteur assurent une lecture d’une grande fluidité, d’autant que Richard Adams joue habilement avec les changements de rythme au fil des chapitres.
Vous l’aurez compris les lapins de Watership Down auront su tirer de son hibernation mon âme d’enfant ; j’ai craqué et leur accorde sans hésitation mon premier coup de coeur de cette année 2017.
En 1996, Richard Adams a publié Tales From Watership Down, un recueil de nouvelles liées encore inédit en français. Avec un peu de chance l’éditeur se penchera sur la question et permettra aux lecteurs français de retourner à leur garenne préférée.
2017 permettra aux fans de Watership Down de retrouver leurs lapins favoris sur petit écran, ABC et Netflix travaillent en effet sur une mini-série en 4 épisodes d’une heure chacun. Je sais d’ores et déjà que je serai au rendez-vous devant ma TV.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Robert Galbraith – La Carrière Du Mal

R. Galbraith - La Carrière du MalC’est avec un réel plaisir que j’ai retrouvé Robert Galbraith (alias JK Rowling) et son duo d’enquêteurs, Cormoran Strike et Robin Elleacott, pour leur troisième enquête : La Carrière Du Mal.
Alors que la date de son mariage approche, Robin reçoit à l’agence un étrange colis dont le contenu va fortement l’ébranler, et pour cause, il contient en effet une jambe de femme coupée à hauteur du genou. Alors que la police privilégie une piste, Cormoran et Robin vont se concentrer sur trois autres hypothèses. Est-ce que l’un des trois hommes ciblés par Strike est coupable ? Si oui, lequel ? Une seule certitude : le coupable ne reculera devant rien pour anéantir Cormoran Strike…
Le second opus était un cran au dessus de son aîné, ce troisième roman confirme la tendance en plaçant la barre encore plus haut. A ce rythme là les lecteurs seront de plus en plus impatients et sans doute aussi de plus en plus exigeants. Les lecteurs qui doutaient de la capacité de JK Rowling à se détacher de Harry Potter peuvent être rassurés, elle s’est parfaitement appropriée le duo Cormoran / Robin.
Comme amorcé dans le second tome, la relation Cormoran / Strike se fait de plus en plus dans le cadre d’une collaboration d’égal à égal. Leurs personnalités aussi évoluent, on en apprend davantage sur leur passé réciproque ; il faut dire que les trois supects sont en lien direct avec le passé de Strike. C’est d’ailleurs dans cette complicité, avec des hauts et des bas, qu’ils surmonteront ce qui s’avérera être leur enquête la plus glauque.
Il faut bien reconnaître que les trois suspects ciblés par Strike représentent la lie de l’humanité, des ordures finies qui ne devraient même pas avoir le droit de vivre, à moins de les enfermer de le plus paumé des bunkers et d’en détruire l’unique clé…
Une intrigue rondement menée par l’auteure qui parvient à nous tenir en haleine de la première à la dernière page. Même si le rythme n’est pas forcément haletant de la première à la dernière page, l’avancée de l’enquête, et le devenir des personnages, suffisent à nous donner envie d’aller toujours plus en avant dans le roman.
Chaque chapitre est mis en exergue par un ou deux vers des chansons du groupe de rock américain Blue Oyster Cult (BOC). Le groupe occupe d’ailleurs une place de premier choix dans l’intrigue elle même. Le titre du roman lui même fait référence à un titre du groupe, Career Of Evil. Du coup ça m’a donné envie de plonger plus avant dans l’univers musical des BOC… Je manque encore de recul pour me faire une opinion argumentée mais de prime abord ça se laisse écouter, un cocktail original entre hard rock et rock psychédélique.
Comme annoncé au début de ce post, j’ai hâte de retrouver Cormoran Strike pour une quatrième enquête… et bien d’autres encore si elles sont toutes de cette trempe !

MON VERDICT
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[BOUQUINS] LS Hilton – Maestra

LS HIlton - MaestraC’est plutôt enthousiaste que je me suis rué sur le roman Maestra de LS Hilton, d’une part parce qu’il se présente comme un thriller érotique, et d’autre part parce qu’il figure au catalogue de la Bête Noire, une toute jeune collection de Robert Laffont qui ne m’a réservé quelques belles surprises littéraires.
Le jour Judith Rashleigh travaille dans une prestigieuse salle des ventes londonienne. Le soir elle devient Lauren et officie comme hôtesse dans un bar miteux. Son destin va changer quand un riche client va s’enticher d’elle…
Ah que voilà un bouquin qui me laisse sur un sentiment mitigé. Dire que je n’ai pas aimé serait un mensonge, il serait plus juste de dire que je m’attendais à autre chose, à quelque chose de plus rythmé surtout… de mieux, tout simplement. Il faut attendre la seconde moitié du roman pour que les choses se décantent enfin vraiment. Heureusement une fois que ça démarre le rythme reste constant.
Là où le bât blesse c’est justement qu’avant ça il faut se coltiner la première partie. Suivre la pauvre petite fille partie de rien et devenue pas grand chose… qui étale sa fortune (ou plutôt celle des autres) en se pavanant dans de la Haute Couture. Et vas-y que je te cite telle marque ici, puis telle autre là… Si ça fait rêver certain(e)s, moi ça m’a plutôt filé la nausée cet étalage façon m’as-tu-vu. Désolé mais le luxe n’est vraiment pas mon trip.
Donc pour apprécier les côtés thriller et roman noir il faudra se montrer patient ; quid de l’érotisme alors ? Il est bien présent et assumé, plutôt bien dosé, l’auteure évite les écueils de la surenchère. Le mélange des genres se fait sans heurts.
Ecrit à la première personne, le roman veut nous faire vivre l’intrigue via le personnage de Judith. Un regard qui ne manque ni de cynisme, ni d’humour mais insuffisant toutefois pour que je puisse éprouver la moindre empathie pour elle. Du coup forcément je suis peut être passé à côté de l’aspect immersion… Le style n’est pas désagréable, loin s’en faut, la lecture s’avère même plutôt fluide.
Maestra est le premier opus d’une trilogie. Malgré mon accueil mitigé je lirai la suite ; la seconde partie du roman, nettement plus rythmée et intense, a su resserrer les liens d’une confiance qui se délitait au fil des pages.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] RJ Ellory – Les Assassins

RJ Ellory - Les assassinsJ’ai pris un certain retard dans mes lectures de RJ Ellory (ses trois derniers titres parus chez Sonatine prennent la poussière dans mon Stock à Lire Numérique), il était donc grand temps d’y remédier. Pour y remédier j’ai décidé de commencer par la fin avec Les Assassins, son dernier opus en date (en français, en VO il est sorti en 2009, avant Les Anges De New York).
Alors que l’inspecteur Ray Irving, enquête sur le meurtre sordide d’une adolescente, il apprend par John Costello, enquêteur pour le New York City Herald, que « son » crime, ainsi que deux autres, sont d’exactes reconstitutions de crimes perpétrés par d’illustres tueurs par le passé. Les deux hommes vont devoir unir leurs efforts et leurs connaissances pour stopper le(s) coupable(s) de ces mortelles mises en scène…
RJ Ellory a le don d’explorer les différentes facettes du thriller tout en renouvelant les règles du genre. Aucun de ses romans ne ressemblent aux précédents, et chacun se distingue des autres références du genre. Et c’est exactement ce qu’il fait de nouveau avec Les Assassins, le mythe (et la triste réalité) des serial killers est revisité façon copycat… mais un copycat à inspirations multiples !
Avant d’aller plus loin commençons par un constat qui fait froid dans le dos : « La vérité, c’est qu’il y a quelque chose comme dix-huit mille meurtres commis chaque année aux États-Unis. Ce qui nous fait mille cinq cents par mois, soit environ quatre cents par semaine, cinquante-sept par jour, un toutes les vingt-cinq minutes et demie. Et seuls deux cents par an sont l’œuvre de tueurs en série…« .
Pour mener à bien son intrigue, sur fond de faits réels, l’auteur a dû se livrer à un gros travail de documentation afin de faire cadrer les dates et les modes opératoires des différents tueurs en série qu’il mentionne. Prendre de véritables tueurs en série comme toile de fond donne une autre dimension à l’intrigue ; comme pour nous rappeler que souvent, la réalité dépasse la fiction dans l’horreur.
L’auteur met en scène trois personnages principaux pour nous guider dans son récit. D’abord on trouve l’inspecteur Ray Irving, flic solitaire, bourru et un tantinet asocial qui se voue corps et âme à son boulot. La touche féminine est apportée par Karen Langley, une journaliste au caractère bien trempé qui n’a pas la langue dans sa poche. Enfin on trouve John Costello, victime d’un tueur en série dans son adolescence, il est incollable sur le sujet. De loin l’un des personnages les plus complexes que j’aie croisé dans les romans de RJ Ellory, mais travaillé tout en finesse !
Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés en plan, tous bénéficient du même traitement visant à leur donner une véritable personnalité. J’aurai toutefois aimé en apprendre davantage sur le Commémorateur mais l’auteur semble avoir pris le parti du constat glaçant que ces gens-là existent et qu’il n’y a rien à expliquer…
L’intrigue est (sans surprise) rondement menée, outre la question de savoir qui est le tueur (ou qui sont les tueurs, allez savoir) on se demande quel sera son prochain crime et de qui il s’inspirera. Autant vous dire que les nerfs seront mis à rude épreuve… mais qu’est-ce que c’est bon !
Un style direct parfaitement adapté au thriller, des chapitres courts et parfois percutants ; tout est fait pour nous garantir une totale immersion dans l’intrigue et nous rendre accro ! Pari réussi Monsieur Ellory, malgré une fin en partie prévisible (tout petit bémol).

MON VERDICT
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Autre bémol mineur, adressé cette fois aux numérisateurs des éditions Sonatine (même si je suppose que ça ne leur fera ni chaud, ni froid… en admettant même que ça leur arrive aux oreilles), la présence d’une table des matières complète apporte une réelle valeur ajoutée à la qualité d’un epub. Surtout pour ceux (dont je suis) qui lisent un même livre sur plusieurs supports (PC et liseuse en l’occurrence).

J’ai aussi dans mon Stock à Lire Numérique, de nombreux titres de Stéphane Bourgoin, ce roman m’a donné envie de les découvrir enfin, et tant qu’à faire autant commencer par son ouvrage de référence, Serial Killers, un joli pavé de plus de 1100 pages dans son édition définitive (2014).

[BOUQUINS] Claire North – Touch

C. North - TouchUne couv’ qui m’intriguait, un pitch qui m’a parlé… Et voilà comment Touch de Claire North (un des pseudos utilisés par Catherine Webb) s’est retrouvé d’abord dans mon Stock à Lire Numérique, puis en lecture et enfin en chronique ici.
Kepler est un fantôme, d’un simple contact physique il peut se transférer dans le corps des autres. Mais il ne prend que leur corps, ni leur personnalité, ni leurs souvenirs. Alors que l’on vient de lui tirer dessus, il se transfère dans le corps de son assassin tandis que son hôte précédent passe de vie à trépas. En fouillant dans les affaires de Nathan Coyle, son hôte bien malgré lui, il découvre qu’une organisation, Aquarius, s’est donnée pour mission d’éliminer les fantômes. Kepler est déterminé à contrecarrer leur plan tout en faisant comprendre à Nathan Coyle qu’il a été trompé par les siens. Les dossiers d’Aquarius sont un tissu de mensonges…
Bien que la couv’ mentionne Thriller, la notion même de fantôme fait davantage pencher la balance vers le fantastique et la science-fiction. Mais il est vrai que le rythme du récit s’apparente clairement à celui d’un thriller, l’intrigue est menée tambour battant, riche en surprises et rebondissements, autour d’un thème pour le moins original.
Le personnage de Kepler est particulièrement soigné, on vit l’intrigue à la première personne, à travers son regard mais aussi à travers les différents hôtes qu’il utilisera pour arriver à ses fins. De même on assiste à l’évolution de la relation entre Kepler et Coyle, que ce soit lorsqu’il endosse sa peau, ou qu’il échange avec lui via un hôte de passage. D’autre part le récit est entrecoupé de flashbacks qui retracent la longue et mouvementée existence de Kepler, notamment à travers ‘hôtes qu’il a vraiment appris à aimer.
La notion de fantôme est bien exploitée même si j’aurai aimé en savoir un peu plus sur la question. Pourquoi et comment devient-on fantôme ? Il en va de même pour le mystérieux Galilée, au final on ne comprend pas vraiment ce qui le motive. Ces quelques questions sans réponses auraient sans doute méritées quelques pages de plus, une chose est certaine, les réponses auraient conféré au bouquin un parfum d’excellence.
Il n’en reste pas moins que j’ai passé un très bon moment avec ce bouquin, du coup ça m’a donné envie de découvrir son roman précédent, Les Quinze Premières Vies D’Harry August… Ca tombe bien il figure déjà dans mon Stock à Lire Numérique !

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Arthur Machen – Le Grand Dieu Pan

A. Machen - Le Grand Dieu PanComme annoncé hier, après la lecture de Revival, je me suis rué sur Le Grand Dieu Pan de Arthur Machen, un livre qui, de son propre aveu, a hanté la vie de Stephen King. Impossible de résister plus longtemps, il me fallait le lire au plus vite.
Le docteur Raymond modifie par la chirurgie l’esprit d’une jeune femme, Mary, pour lui permettre de voir le monde tel qu’il est réellement. À la suite de l’opération, Mary perd la raison après avoir vu le dieu Pan. Des années plus tard, une jeune femme fait son entrée dans la société londonienne et ruine la vie de plusieurs hommes fortunés. (Source : Wikipedia).
Avant de lire Revival je n’avais jamais entendu parler d’Arthur Machen et de son roman, il m’était donc impossible de le situer dans le temps. Un premier jet paraît dans une revue en 1890, il faudra attendre 1894 pour que la version définitive, corrigée et complétée, soit publiée. Bin voilà je me coucherai moins con ce soir ! Merci Wikipedia.
Une lecture vite expédiée étant donné que la chose se concentre sur une petite centaine de pages. Le Grand Dieu Pan est considéré comme un classique des récits d’horreur, désormais je pourrai dire que je l’ai lu. Mais ai-je pour autant été convaincu ?
Dans sa construction le récit fait penser à Lovecraft, c’est l’ambiance qui prime sur la démonstration. L’horreur est suggérée plutôt que décrite. Un exercice certes pas très « visuel » mais qui doit nécessiter une bonne dose de talent pour fonctionner. Et ici en l’occurrence ça fonctionne même si j’ai un peu buté sur le style au début.
L’auteur maintient un suspense permanent autour de la mystérieuse Helen Vaughan, qui est -elle ? Ou pire, qu’est-elle ? D’où vient cette peur indicible qu’elle semble inspirer ? Autant de questions qui font que l’on avale les pages et les chapitres, avide de révélations. Et sur ce coup je suis resté sur ma faim, la fin ne m’a pas du tout convaincu.
Je ne pense pas que ce récit hantera longtemps ma vie et mes nuits… à vrai dire ça m’étonnerait même qu’il ne me hante plus d’une fraction de seconde. Sans doute qu’au XIXème siécle ce genre de récit pouvait être dérangeant mais aujourd’hui il faut plus que ça pour ébranler les lecteurs habitués à la littérature horrifique.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Jessie Burton – Miniaturiste

Une lecture faite dans des conditions un peu particulières, en hommage à une personne qui fréquentait certains mêmes lieux de perdition littéraire que moi et brutalement décédée le mois dernier. Nous ne nous connaissions pas mais je prenais un réel plaisir à lire ses messages plein de retenue et de pertinence (une bouffée d’air frais quand l’ambiance est plombée par des trolls et des polémiques à deux balles). Elle avait posté une critique dithyrambique de ce livre sur le forum, et aujourd’hui il est au programme du Book Club de septembre 2015. Repose en paix Ariel.

J. Burton - MiniaturisteBon je sais que c’est le genre d’intro qui plombe l’ambiance mais j’y tenais absolument, donc voilà qui est fait. Et maintenant place à ma chronique de Miniaturiste de Jessie Burton. Serai-je aussi enthousiaste que Ariel ? Je vous promets par contre une critique rédigée et notée en totale impartialité.
Amsterdam, novembre 1686. Nella Oortman quitte sa campagne pour la capitale afin d’y rejoindre son époux, Johannes Brandt, un riche commerçant. A son arrivée l’accueil est glacial, la maison semble sans âme et, cerise sur le gâteau, Johannes n’a même pas daigné se libérer pour l’accueillir. Quelques jours plus tard son époux lui offre une maison de poupée, exacte réplique de leur grande demeure…
Si vous me lisez depuis déjà quelques temps vous aurez compris que ce n’est pas vraiment mon style habituel de lecture… franchement quelle idée saugrenue d’aller se balader dans un Amsterdam du XVIIème siècle ! Et je reconnais sans la moindre honte que je m’y suis aventuré presque à reculons, mais dès les premières pages mes appréhensions se sont envolées. D’une part grâce au style de l’auteure qui signe là un premier roman pour le moins original mais surtout d’une lecture aisée et agréable. Mais aussi et surtout l’auteure sait s’y prendre pour tenir son lecteur en haleine, pas par une intrigue dopée à l’adrénaline, loin s’en faut, elle mise plutôt sur une ambiance pesante qui dégage une impression de mal être (sensation renforcée par les silences qui répondent aux questions de Nella). Bref on sent bien qu’il y a anguille sous roche dans cette piaule et dans cette famille… Et bien entendu on crève d’envie de connaître le(s) fin(s) mot(s) de l’histoire.
On sent que l’auteure a dû faire un sacré travail de documentation pour restituer avec un tel réalisme la société et les moeurs amstellodamois du XVIIème siècle. On y découvre une société engoncée dans les carcans du calvinisme, puante de puritanisme et d’hypocrisie ; parfois ça frôle même la crétinerie la plus crasse. A vous de juger : « Arnoud confirme que les biscuits en forme d’hommes et de femmes, de garçons et de filles ont été bannis des commerces, en même temps qu’on fermait les échoppes des vendeurs de poupées sur le Vijzeldam. Ça aurait un rapport avec les catholiques, dit-il, une histoire de fausses idoles et de supériorité de l’invisible sur le tangible. »
Johannes portera un jugement sans appel sur Amsterdam qu’il qualifie de « cage invisible, dont les barreaux sont faits d’une hypocrisie meurtrière » et la mentalité de ses habitants qu’il résume ainsi : « Le comportement de chacun est observé en permanence. Et toute cette bigoterie – les voisins qui surveillent leurs voisins, tressant des cordes pour tous nous ligoter ! »
Une société qui n’a pas une très haute opinion de la gente féminine à en croire certains propos : « Certaines peuvent travailler, s’écrie Marin. Elles s’éreintent à la tâche et ne sont payées que la moitié de ce que gagnerait un homme. Les femmes ne peuvent rien posséder, elles ne peuvent faire de procès. La seule chose dont on nous croit capables, c’est de produire des enfants, qui ensuite deviennent la propriété de notre mari. »
Heureusement l’intrigue ne repose pas uniquement sur cette ambiance pesante, lentement mais sûrement l’auteure lève le voile sur certains secrets de la famille Brandt ; chaque révélation semble les précipiter vers une succession de drames que l’on devine inévitables sans réussir toutefois à les cerner avec précision (il faut dire que le prologue, qui se déroule en janvier 1687, commence par un enterrement… ça aide à supposer que les choses vont mal tourner).
Jessie Burton s’attache aussi à soigner la présentation et la personnalité de ses personnages. Bien entendu elle donne la primeur à Nella, qui débarque en jeune fille fragile et perdue dans un contexte d’indifférence, voire de mépris, à son égard ; mais qui, peu à peu et par la force des choses, va devoir s’affirmer pour éviter le naufrage. Elle résume assez bien sa propre situation : « Parfois, dans cette maison, je vois des filets de lumière, comme si on me donnait quelque chose. D’autres jours, l’ignorance me plonge dans l’obscurité la plus totale. »
Les autres occupants de la maison, Johannes, sa soeur, Marin et les deux domestiques (qui sont bien plus que cela), Cornelia et Otto, vont eux aussi se dévoiler petit à petit. Mais le personnage le plus énigmatique reste bien entendu la mystérieuse miniaturiste ; les questions ne manquent pas la concernant. Mais je ne vous dirai pas si on a toutes les réponses en fin de lecture…
C’est pas franchement convaincu que j’ai ouvert ce livre et pourtant je le referme avec un air béat figé sur la tronche. J’ai été happé par l’histoire et les personnages sans ressentir le moindre ennui, au contraire il a même un côté sacrément addictif. Et surtout, quitte à me répéter, j’ai été sous le charme de l’écriture de l’auteur ; un grand merci à Dominique Letellier pour la qualité de sa traduction.
Pour un premier roman, Jessie Burton, du haut de son jeune âge (elle est née en 1982), réussit un impressionnant tour de force qui devrait séduire même les plus réfractaires aux fictions historiques, cette chronique en est la preuve !
La genèse de ce roman aussi captivant que atypique mérite que l’on s’y attarde, c’est lors d’une visite au Rijksmuseum d’Amsterdam que Jessie Burton est tombée en admiration devant la maison de poupées de Petronella Oortman. Dès lors elle a décidé de lui consacrer un récit qu’elle mettra quatre années à finaliser, une fiction créée de toute pièce autour du personnage de Petronella Oortman.

MON VERDICT
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Je vous invite à cliquer sur la photo ci-dessous pour découvrir ladite maison de poupées… le travail de finition est impressionnant !

Petronella Oortman dollhouse

Pour la voir avec encore plus détails je vous invite à visiter le site du Rijksmuseum.

[BOUQUINS] Tom Sharpe – Wilt 3

T. Sharpe - Wilt 3Une petite cure de bonne humeur et de fou rire au programme de mon Challenge retrouvailles, puisque l’heureux élu n’est autre que Wilt 3 de Tom Sharpe, nul doute que les péripéties déjantées de la famille Wilt vont faire chauffer les zygomatiques.
Quand une héritière de bonne famille est retrouvée morte d’une overdose au Tech, la police se met en branle. Pour le très zélé inspecteur Hodge, il ne fait aucun doute que Henry Wilt est plus impliqué dans cette affaire qu’il ne le laisse croire…
Après le très noir Blondie Et La Mort j’avais besoin de quelque chose de léger, l’humour ravageur de Tom Sharpe s’est quasiment imposé d’office ; ça tombait d’autant mieux que j’avais inscrit Wilt 3 au programme de mes retrouvailles littéraires.
C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la famille Wilt, Henry, Eva et leur quatre gamines débordantes d’énergie et d’inventivité (et avec un solide sens de la répartie). Et fort heureusement en leur compagnie n’est pas un long fleuve tranquille ! L’auteur prend un malin plaisir à les confronter aux situations les plus improbables ; nous offrant de fait quelques scènes d’anthologie (si je devais n’en retenir qu’une ce serait la réaction de Wilt après avoir ingurgité, à l’insu de son plein grè, un stimulant sexuel).
Au niveau des personnages secondaires on retrouve notre brave inspecteur Flint, mais cette fois il a le droit à un peu de répit en se tenant éloigné de la famille Wilt. C’est son collègue, l’inspecteur Hodge, qui va faire les frais de la confrontation avec les Wilt ; inutile de préciser qu’il n’en sortira pas indemne !
Je craignais de m’ennuyer un peu mais c’était sans compter sur le talent de Tom Sharpe, à l’absurde des situations viennent s’ajouter des dialogues hauts en couleurs (et parfois tès imagés). Franchement je me suis autant marré que lors des deux précédents opus et c’est avec plaisir que je continuerai le voyage en compagnie de Wilt.
Sous titré Wilt prend son pied, ce troisième opus vous fera assurément prendre le vôtre. Difficile de rester à l’humour so british de l’auteur, tantôt tout en finesse, tantôt brut de décoffrage. Fous rires assurés… Vous voilà prévenus si vous voulez tenter de lire ce bouquin en public, il va falloir prendre sur vous pour rester de marbre…

MON VERDICT
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[BOUQUINS] L.C. Tyler – Mort Mystérieuse D’Un Respectable Banquier Anglais Dans La Bibliothèque D’Un Manoir Tudor Du Sussex

LC Tyler - Mort mystérieuse...Comme tout challenge que se respecte (en tout cas chez votre humble serviteur), quelques imprévus viennent pimenter le programme. J’en ai déjà quelques uns en vue (des imprévus prévus en quelque sorte… cherchez pas). Je vais commencer par le petit dernier à avoir intégré mon Stock à Lire Numérique, Mort Mystérieuse D’Un Respectable Banquier Anglais Dans La Bibliothèque D’Un Manoir Tudor Du Sussex (c’est bon vous pouvez reprendre votre respiration) de LC Tyler. Troisième enquête du trés atypique duo Ethelred Tressider & Elsie Thirkettle.
Alors qu’Ethelred et Elsie sont invités à une réception, le mâitre des lieux, Robert Muntham, est retrouvé mort dans la bibliothèque, fermée de l’intérieur. La police conclut au suicide mais Ethelred et Elsie décide de creuser la piste du meurtre, auquel cas le coupable ne pourrait être que l’un des huit autres invités présents à la réception…
Intrigue classique type mystère en chambre close, en l’occurrence agrémentée d’une pointe de Cluedo, mais sous la plume de LC Tyler même le scénario le plus classique peut prendre des tournures pour le moins inattendues. Si l’auteur joue à fond la carte de l’humour, il ne néglige pas pour autant l’aspect policier de son intrigue, elle est juste un brin décalée (mais en rien déjantée). Mon allusion au Cluedo n’était pas totalement gratuite, L’agencement de Muntham Court est assez proche du plateau de jeu ; qui plus est l’auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes au fil des pages.
Les habitués retrouveront avec plaisir Ethelred, écrivain de romans policiers un peu maladroit (et limite benêt en présence d’une jolie femme) et Elsie, son agent littéraire, aussi délicate qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine et un sens de la répartie aiguisé. Quant à ceux qui ne les connaissent pas encore, je suis convaincu qu’ils tomberont rapidement sous le charme de ce duo de choc.
On retrouve un récit qui alterne entre les points de vue d’Ethelred et d’Elsie ; outre le changement de police de caractère, le ton employé permet aisément de distinguer les deux personnages. L’auteur adapte véritablement son écriture à ses narrateurs (les différences de point de vue et d’appréciation sont jubilatoires). Cà et là viennent se glisser des chapitres du roman sur lequel Ethelred travaille.
Je ne sais pas si le traducteur ou l’éditeur compte, à chaque nouveau roman de la série, le titre mais si tel est le cas il va falloir prévoir des couvertures plus grandes ! Un bouquin qui se lit tout seul et vous laisse le coeur léger et la tête vide… comme ça fait du bien parfois !

Petits bémols d’ordre purement techniques concernant la version numérique.

Bien que je sois un inconditionnel des éditions Sonatine force est de constater que si leurs ebooks sont de bonne qualité ils restent perfectibles ; ne serait-ce que par l’ajout d’une table des matières complète digne de ce nom. Je sais bien que c’est un détail mais il n’empêche que ça dérange les maniaques dans mon genre (la première chose que je fais après l’achat d’un titre Sonatine ou Super 8 est de mettre la TdM en conformité avec mes attentes via Sigil).
Je vous laisse juge de ce que ça donne en comparant les deux TdM (avant et après) :
TdM Sonatine

J’ai par contre été vachement surpris par la lourdeur de certains codes, notamment dans les pages consacrées au prochain roman d’Ehtelred ; là encore ça ne change strictement en terme de lisibilité du bouquin, mais quand je vois un code pareil ça me colle des frissons… donc je corrige (toujours via Sigil).
A titre d’exemple je vous joint la même portion de texte, avant et après sa réécriture :
Code avant
Code après

Ceci ne m’empêchera pas de rester fidèle à Sonatine, d’autant que leurs catalogue promets encore quelques belles surprises (avec une probable rencontre entre l’Iroquois et le Bourbon Kid… c’est de la balle ! Et du gros calibre !). Et puis j’espère bien y retrouver le prochain LC Tyler (à ce jour il reste encore deux enquêtes d’Ethelred et Elsie inédites en français).

MON VERDICT
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