Bien déterminé à rattraper le retard accumulé avec les sorties de la collection La Bête Noire, je me lance à la découverte de leur dernier opus, Les Filles Des Autres, premier roman de l’américaine Amy Gentry.
Julie Whitaker, 13 ans, est kidnappée en pleine nuit dans la maison familiale, sous le regard impuissant et terrifié de sa jeune soeur, Jane. L’enquête de police s’enlise, la famille se résigne à accepter l’indicible. Huit ans plus tard, alors que les Whitaker préparent un repas en famille, une jeune fille se présente à leur porte. Pour eux il ne fait aucun doute qu’il s’agit de Julie. Sauf peut être pour Anna, la mère, qui relève quelques zones d’ombres dans le récit de Julie. Suffisamment pour que le doute s’installe…
Voilà clairement un bouquin, qui, s’il n’avait pas été estampillé Bête Noire, n’aurait sans pas retenu mon attention. Auteure inconnue (normal c’est son premier roman), un pitch intéressant mais somme toute assez classique mais surtout une couv’ très moyenne, pour ne pas dire franchement moche (mais qui prend tout son sens une fois que vous aurez refermé le bouquin).
J’en vois déjà (oui toi là-bas, au fond à droite) qui soupirent d’un air blasé en marmonnant : « pfft et vas-y pour une énième chronique de thriller psychologique ». Hé bin oui, encore un thriller psychologique, j’aime ça et j’assume, et pis merde c’est chez moi ici, j’fais c’que j’veux ! Plus sérieusement je vais tenter de vous convaincre qu’il est encore possible de surprendre les lecteurs dans un genre pourtant maintes fois exploité et remanié…
Comme je le disais l’intrigue ne brille pas vraiment par son originalité : « Julie disparaît, Julie réapparaît ; mais est-ce vraiment Julie ? » Et pourtant de part sa construction je peux vous assurer que vous allez être happé par ce bouquin, s’il parvient à vous ferrer vous ne lâcherez plus avant de connaître le fin mot de l’histoire. Et d’ici là vous n’en finirez pas de vous poser des questions, parfois vous aurez des certitudes, puis le doute reprendra ses droits. Et peu à peu les différentes pièces du puzzle se mettent en place.
Un récit construit à deux tons (qui vient d’imiter une sirène de police ? Dehors !). On suit l’intrigue présente, racontée à la première personne par Anna, la mère de famille en proie au doute quant à l’identité de sa « fille ». Un récit entrecoupé par des flashbacks présentés par ordre antéchronologique (du plus récent au plus ancien), des flashbacks dont Anna ignore tout et dont je ne dirai rien afin de laisser intact le plaisir de la découverte (un mot de trop et c’est tout l’effet de surprise qui s’effondre).
Amy Gentry excelle à fouiner dans les profondeurs de l’esprit d’Anna, en creusant le présent elle exhumera un passé qu’elle aurait peut être souhaité ne jamais connaître. Une femme pleine de détermination, quitte à se retrouver seule contre tous, à découvrir la vérité, même si celle-ci risque de détruire sa famille déjà fragilisée.
La couv’ annonce « un roman à suspense », rien à redire sur ce point, le suspense est bel et bien présent et entretenu quasiment jusqu’à la dernière page.
J’espère que ces quelques lignes vous donneront envie de découvrir ce bouquin, pour un premier roman l’auteure place la barre très haut. Certes pas totalement exempt de défaut (j’ai trouvé le manque d’implication de la police peu convaincant au vu de l’enchaînement des événements) mais il mérite amplement sa place au sein d’une collection telle que la Bête Noire.
Étiquette : Littérature américaine
[BOUQUINS] Lee Martin – Cet Eté-Là
Comme vous le savez sans doute mon Stock à Lire Numérique à tendance à connaître une croissance exponentielle, du coup quand vient l’heure de choisir sa prochaine lecture c’est toujours un déchirement, et forcément on oublie certains titres et certains éditeurs. Comme ça faisait un moment que je ne m’étais pas penché sur le catalogue de Sonatine j’ai décidé de rectifier le tir avec Cet Eté-Là de Lee Martin.
Trente ans plus tôt, dans une petite bourgade de l’Indiana. La jeune Katie Mackey, 9 ans, disparaît alors qu’elle était sortie faire une course à vélo. Même si la police a rapidement interpellé un suspect, la disparition de Katie reste un mystère. Aujourd’hui, en recoupant les faits et divers témoignages, la vérité va peut être enfin éclater…
Un faits divers, des témoignages, des faits (connus ou reconstitués) et de fil en aiguille la vérité qui refait surface. J’aime beaucoup ce concept de roman choral qui permet au lecteur de jouer les apprentis journalistes (ou apprentis détectives selon ses ambitions). Une forme (et un fond) qui n’est pas sans me rappeler le roman Qui ? de Jacques Expert, construit sur le même principe et déjà publié par Sonatine.
La principale difficulté, pour l’auteur qui veut se lancer dans ce genre de roman, consiste à affecter un style distinct à chacun des intervenants afin que l’on puisse les identifier sans forcément avoir besoin de se référer au nom du chapitre. C’est malheureusement là que le bât blesse avec Cet Eté-Là, et ce sera certainement mon seul reproche, le style (efficace et concis) est trop uniforme, on a du mal à s’identifier aux personnages, un peu comme si c’était une seule et même personne qui nous relatait les événements…
Bon ça c’est fait. Une fois n’est pas coutume j’ai commencé par souligner le point négatif, sans doute parce que je tiens à tempérer mon reproche. En effet l’attribution d’un style propre à chaque intervenant eut été un plus plutôt qu’un point réellement négatif. Cela ne m’a nullement empêché de prendre beaucoup de plaisir à lire ce bouquin et de me sentir en totale immersion dans l’intrigue.
Les principaux intervenants sont au nombre de trois : M. Dees, un enseignant solitaire qui donnait des cours d’été à Katie, Gilley, le frère aîné de Katie et Clare, une veuve qui a par la suite épousé le principal suspect du crime. Chacun se livre au lecteur, s’adressant directement à lui, comme s’il était dans votre salon, évoquant non seulement ses souvenirs mais aussi ses états d’âmes. A ce titre on peut souligner un gros travail de l’auteur sur la psychologie de ses personnages, ce qui vient en partie contrebalancer l’absence de style personnalisé.
L’intrigue est bien construite même si l’on ne peut pas vraiment dire que l’on ait le droit à d’énormes surprises au fil des révélations ; on supposait beaucoup sans toutefois avoir une idée précise du déroulement des événements. Ca n’en reste pas moins un récit addictif qui se lit quasiment d’une traite (malheureusement les obligations professionnelles et personnelles ne permettent pas toujours ce genre d’immersion intégrale). Nul doute qu’au fil des pages vous serez projeté à Tower Hills dans les années 70, nul doute que vous aussi aurez envie de comprendre ce qui est arrivé à Katie…
MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean Hegland – Dans La Forêt
Votre mission si vous l’acceptez : proposez-moi un roman qui combine un contexte post apocalyptique et un récit 100% fidèle à l’esprit nature writing cher à Gallmeister. Ah oui j’oubliais un dernier détail : l’ensemble doit tenir la route ! Pour son premier roman, Jean Hegland a décidé de relever ce pari un peu fou, c’est ce grain de folie qui m’a incité à me lancer à la découverte de Dans La Forêt.
Nell et Eva sont deux soeurs âgées de 17 et 18 ans. Le monde et la civilisation, tels qu’elles les ont connus se sont effondrés. Depuis la mort de leurs parents elles subsistent tant bien que mal dans la maison familiale, isolée au coeur de la forêt de Redwood (Californie). Mais comment organiser sa survie quand tous les repères connus sont devenus obsolètes ?
Quoi de plus naturel pour nous que d’appuyer sur un interrupteur pour avoir de la lumière ou tourner un robinet pour avoir de l’eau ? On ne prête même plus attention à ces gestes du quotidien, au confort moderne qui nous entoure et nous facilite grandement l’existence. Pas question d’y renoncer, ce sont des acquits ! En y réfléchissant bien, il n’y a là aucun acquis, si le modèle économique, sociétal et humain venait à s’effondrer l’interrupteur et le robinet ne fourniraient plus leurs précieuses énergies. Rapidement on se retrouverait livrés à nous mêmes pour assurer notre survie.
Le récit est volontairement intemporel, ça pourrait être demain, dans dix ans, cent ou mille, peut être même jamais. Il en va de même pour les circonstances de cet effondrement, il est vaguement question de guerres, d’émeutes, de crise économique et d’épidémies… peu de certitudes et beaucoup de rumeurs.
Le récit est à la première personne, c’est le journal de Nell que nous lisons. Elle y raconte leur quotidien et leur survie mais aussi des épisodes de leur vie d’avant, quand le monde tournait encore rond, quand leurs parents étaient encore en vie.
Nell et Eva avaient un avenir tout tracé, l’avenir qu’elles s’étaient choisi : Eva dansera dans le corps de ballet de San Francisco tandis que Nell entrerait à Harvard. Alors pour conjurer le sort, en attendant que les choses reviennent comme avant, Eva s’entraîne toute la journée dans son studio, au seul son d’un métronome et Nell lis inlassablement l’encyclopédie.
Au fil des pages, et du temps qui passe, on suit l’évolution de l’humeur des deux soeurs, il y a d’abord l’espoir d’un retour à la normale prochain, au fur et à mesure que celui-ci s’amenuise c’est l’abattement et la résignation qui s’installeront. A ce point il n’y a guère d’alternative, seules deux options primaires (pour ne pas dire primales) sont de mise : survivre ou mourir ! Se battre ou se laisser mourir !
Jean Hegland nous livre aussi une ode à la nature, certes elle peut parfois se montrer cruelle, mais si on apprend à l’apprivoiser elle peut se révèler d’une incroyable richesse et receler de nombreuses ressources qui viendront agrémenter le quotidien. A ce titre la forêt devient quasiment un personnage du roman plus qu’un simple lieu, un personnage qui évolue au fil des saisons.
Au-delà de l’aspect post-apocalyptique et nature writing, Dans La Forêt est aussi et surtout un véritable roman initiatique qui vous fera vivre un véritable tourbillon d’émotions ; vous partagerez les rires et les larmes de Nell et Eva. Merci à Gallmeister pour cette belle découverte, dire qu’il aura fallu attendre 21 ans pour découvrir ce titre en français (première publication aux USA en 1996).
MON VERDICT

Morceau choisi
Je me souviens de m’être débarrassée d’habits déchirés, tachés ou qui n’étaient plus à la mode. Je me souviens d’avoir jeté de la nourriture – d’avoir raclé des monceaux de nourriture de nos assiettes dans le bac à compost – simplement parce qu’elle était demeurée intacte sur l’une de nos assiettes pendant toute la durée d’un repas. Comme je regrette ces corbeilles à papier pleines à ras bord, ces reliefs de plat. Je rêve d’enfourner des sachets entiers de raisins secs, de brûler douze bougies à la fois. Je rêve de me laisser aller, d’oublier, de ne me préoccuper de rien. Je veux vivre avec abandon, avec la grâce insouciante du consommateur au lieu de m’accrocher comme une vieille paysanne qui se tracasse pour des miettes.
[BOUQUINS] Lincoln Child – La Bête D’Alaska
Petit changement de dernière minute dans mon périple en compagnie de l’éditeur Ombres Noires, plutôt que de revenir à Michaël Mention pout cette ultime (mais temporaire) étape, j’ai privilégié la découverte en optant pour La Bête D’Alaska de Lincoln Child.
Au cours d’une expédition en Alaska, une équipe scientifique découvre une créature difficilement identifiable prise dans une gangue de glace. Les sponsors de l’expédition, une chaîne de télévision, décident d’exploiter le filon que représente une telle expédition en tournant un documentaire. L’arrivée des équipes de tournage dans l’ancienne base militaire va quelque peu bouleverser le quotidien des scientifiques…
C’est le premier roman de Lincoln Child que je lis, je ne savais donc pas vraiment à quoi m’attendre. L’intrigue faisant intervenir un personnage récurrent de l’auteur (Jeremy Logan, énigmologue de son état) j’ai supposé un thriller plus ou moins ésotérique façon Da Vinci Code. Et bien que nenni, point vraiment d’énigme ou de symbole à déchiffrer, en lieu et place l’auteur nous propose un thriller fantastique qui n’est pas sans rappeler le film The Thing de John Carpenter (1982).
Pour rester au chapitre des énigmes la série Jeremy Logan compte actuellement quatre titres, tous dispo en français. Bien que La Bête D’Alaska soit le dernier en terme du publication en français, il est le second de la série en version originale. Les tomes 1 et 3 ont été publié par Michel Lafon (respectivement en 2007 et 2013), c’est Ombres Noires qui prendra le relais en 2015 pour le quatrième opus, avant de nous proposer ce « chaînon manquant » en 2016.
Petite piqûre de rappel pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas The Thing, le film confronte une équipe scientifique isolée dans une station de recherche en Antarctique à un monstre surgelé qui a décidé de sortir de son long sommeil cryogénique.
Remplacez l’Antarctique par l’Alaska et vous obtenez le même cadre aussi isolé que inhospitalier. Saupoudrez le tout de quelques humains qui font autant de cibles potentielles. Lâchez une méchante bestiole au milieu de tout ce petit monde. The show must go on !
Force est de reconnaître que dans ce second volet de ses aventures notre énigmologue se fait voler la vedette par les chercheurs (Evan Marshall fait davantage office de personnage central de l’intrigue) mais aussi par les militaires et l’équipe de tournage. Sans doute le climat qui ne lui convient pas…
A défaut d’être totalement novatrice l’intrigue reste maîtrisée et suffisamment addictive pour que l’on ait envie d’en savoir plus et de connaître le fin mot de l’histoire. La galerie de personnages offre des personnalités diverses et variées, certains vous seront sympathiques, d’autres un peu moins et d’autres carrément exécrables. Là encore on a ce qu’il faut pour nous donner envie d’aller toujours plus en avant dans le récit.
Enfin l’auteur profite de son intrigue, et de son cadre, pour nous sensibiliser au réchauffement climatique. Confortablement vautrés dans nos canapés le concept peut nous sembler très théoriques, d’autres subissent rudement cette triste réalité. D’autres thèmes scientifiques et humains sont abordés avec plus ou moins de profondeur.
Un bon moment de lecture sans pour autant être indispensable. Suffisant toutefois pour me donner envie d’aller plus avant dans l’univers littéraire de Lincoln Child (en solo ou en duo avec Douglas Preston) et de m’intéresser de plus près au cas Jeremy Logan.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Elizabeth George – L’Etrange Talent De Janet Shore
D’Elizabeth George je ne connais que les enquêtes de Lynley (et encore, je n’en ai lu que 3), avant de m’attaquer au dernier opus j’ai décidé de sortir des sentiers battus et de m’offrir L’Etrange Talent De Janet Shore en guise de mise en bouche.
Enfant chétive et régulièrement malade, Janet Shore trouve le réconfort dans les livres. C’est ainsi qu’elle se découvre le don de se projeter dans les romans qu’elle lit et même de pouvoir interagir avec les personnages de l’histoire. Elle commettra toutefois une erreur : en parler à Monie, sa meilleure amie…
Ce qui surprend de prime abord est le nombre de pages (le poids d’une fichier numérique n’est pas forcément proportionnel au nombre de pages), tout juste 53. On est donc clairement dans le format nouvelle ; le prix (moins de 7 €) aurait dû me mettre sur la voie.
Deuxième surprise de taille, la forme. Le récit se présente en effet comme un conte (exit les enquêtes policières) mais aussi et surtout une ode à la littérature et aux livres. A vrai dire je me demande même comment il s’est retrouvé au catalogue d’Ombres Noires (comme le laisse supposer leur nom ils sont plutôt spécialisés dans le roman noir)…
Quel lecteur passionné n’envierait pas le don de Janet ? Imaginez le topo : « Janet était en vérité capable de se transporter dans la scène à proprement parler. Et pas en qualité d’observatrice passive, notez bien, mais en participant pleinement à l’histoire. » Une totale interaction avec vos héros préférés et la possibilité de changer le cours du récit !
Bien entendu il y a de nombreuses références littéraires au fil des pages, j’ai reconnu certains titres pour les avoir lus ou en avoir entendu parler, d’autres me sont passés largement au-dessus de la tête sans toutefois nuire à ma lecture du bouquin.
De temps à autres Janet se permet des commentaires pas toujours sympathiques (voire franchement grinçants) sur certains personnages de romans et sur certains titres qu’elle juge indignes de son don (50 Nuances De Grey par exemple mais aussi le Da Vinci Code).
Une courte escapade littéraire dans le monde des livres, fort sympathique et divertissante. Certes je m’attendais à quelque chose de plus sombre (éditeur oblige) mais, passé l’effet de surprise, j’ai apprécié ce moment de détente.
MON VERDICT

Avec ce titre j’ouvre une série de lectures dédiées aux éditions Ombres Noires, suivront dans l’ordre :
Bienvenue A Cotton’s Warwick de Michaël Mention
Rouge Armé de Maxime Gillio
En Douce de Marin Ledun
Le Carnaval Des Hyènes de Michaël Mention (oui, encore lui)
J’aviserai ensuite selon les aléas de mon Stock à Lire Numérique… de nouveaux titres pourraient venir jouer les invités surprise.
[BOUQUINS] Craig Clevenger – Le Contorsionniste
Un titre découvert au hasard des propositions dans le cadre d’un Book Club. Auteur et éditeur inconnus, couv’ très quelconque ; rien pour retenir mon attention de prime abord. Par contre le pitch semble sympa, certaines critiques, et non des moindres (cf la revue de presse proposée sur le site de l’éditeur), ne tarissent pas d’éloges mais aussi et surtout des réactions enthousiastes de la part des lecteurs de ce fameux Book Club. Et voilà comment Le Contorsionniste de Craig Clevenger s’est retrouvé entre mes mains.
Daniel Fletcher se réveille dans un lit d’hôpital après une overdose médicamenteuse, comme toujours dans ces cas-là il va devoir passer un « entretien de routine » avec un psy afin de déterminer s’il s’agissait d’un surdosage accidentel ou d’un suicide. Daniel Fletcher n’existe pas, son vrai nom est John Vincent, un véritable caméléon capable de s’inventer et d’endosser en un tourne-main une nouvelle identité et les souvenirs qui vont avec…
C’est un scandale !!! Pourquoi a-t-il fallu 14 longues années pour que ce bouquin soit enfin disponible en français ? Et en plus c’est un éditeur modeste (Le Nouvel Attila) qui s’y colle. Un grand merci à eux et chapeau bas pour le travail accompli (je pense notamment au traducteur, Théophile Sersiron). Mesdames, messieurs, Le Contorsionniste a tout pour devenir un livre culte ; vous en doutez ? Lisez-le et on en reparlera.
Un roman totalement inclassable, à la fois thriller psychologique et roman noir, mais aussi bien plus que ça. Alternant humour et situations extrêmement tendues, l’auteur joue aussi bien avec nos émotions qu’avec nos nerfs. Un OLNI est ce qui définirait le mieux ce bouquin impossible à caser dans un genre prédéfini, et pour cause, il obéit à ses propres règles (un sacré tour de force pour un premier roman).
Ce n’est par hasard que j’ai employé le terme caméléon dans ma présentation du bouquin. Difficile en effet de ne pas penser à la série Le Caméléon dans laquelle le héros, Jarod, endosse une nouvelle identité/personnalité à chaque épisode. John Vincent est une sorte de Jarod puissance 10, il peaufine chaque changement d’identité jusque dans les moindres détails, à grand renfort de (faux) justificatifs.
Mais qui est exactement John Vincent et pourquoi ces multiples changements d’identité ? Ah que voilà une question que vous n’aurez de cesse de vous poser au fil des pages. Il faut dire que John (ah oui j’ai oublié de vous signaler que le bouquin était écrit à la première personne) aime tourner autour du pot quand il nous raconte son histoire. Mais n’allez surtout pas croire qu’il s’autorise ces nombreux flash-backs sans avoir une bonne raison de le faire. N’oubliez pas que notre gars ne laisse jamais rien au hasard. Les réponses viendront en temps et en heure, de fil en aiguille.
Si je peux vous donner un conseil, laissez-vous simplement guider par l’auteur et le récit de John, inutile de vous triturer les neurones pour essayer d’anticiper les explications du narrateur, dégustez simplement le parcours (chaotique) de John Vincent, à votre rythme.
Le rythme du récit en quant à lui plutôt lent, presque hypnotique (je dirai presque envoûtant) mais à aucun moment ennuyant, loin s’en faut l’auteur sait focaliser toute notre attention et notre vigilance sur son intrigue (totalement addictif comme bouquin). Aussi la brusque accélération dans les derniers chapitres nous prend quelque par surprise. Et que dire de l’ultime revirement ? Grandiose, tout simplement magistral.
Craig Clevenger profite de son récit et de son héros atypique pour se livrer à un réquisitoire à charge contre le processus d’évaluation psychiatrique et d’internement. Même les systèmes éducatifs et judiciaires en prennent pour leur grade au passage. Si vous avez encore des illusions sur la grandeur du Rêve Américain ce roman devrait achever de les balayer d’une pichenette.
J’ai salué le travail de traduction de Théophile Sersiron car je suppose qu’il n’a pas dû être simple de jongler avec un texte pareil. Chaque personnalité qu’endosse John à sa façon de se comporter et de parler. Changement de style lorsque John (Daniel Fletcher) fait face au psy qui tente de percer ses secrets (un face à face verbal, non verbal et psychologique), ou quand il nous raconte son histoire ou s’adresse au lecteur pour lui confier les secrets de son « talent ».
Une belle découverte (pour ne pas dire une révélation) de cette fin d’année 2016. Dommage que la sortie de ce roman ait été aussi peu médiatisée, j’espère que la blogosphère lui offrira toute la publicité qu’il mérite. Pour ma part je confluerai en empruntant à Michel Sardou ce refrain (Chanson Le Successeur) pour vanter le travail de l’auteur : « Et il est jeune, il est bon, il est beau. Quel talent, quelle leçon, quel salaud ! ».
Un grand merci à DP (il se reconnaîtra s’il passe dans le coin), Book-Clubber émérite mais discret, qui m’a fait découvrir ce formidable roman.
MON VERDICT


[BOUQUINS] Gillian Flynn – Nous Allons Mourir Ce Soir
En découvrant un nouveau titre de Gillian Flynn au catalogue 2016 des éditions Sonatine ma face a dû afficher un sourire béat… et sans doute un peu idiot ! D’autant plus que le titre était plutôt prometteur : Nous Allons Mourir Ce Soir. Avec trois romans à son actif non seulement l’auteure signe un sans faute mais en plus son écriture et ses intrigues se magnifient d’un titre à l’autre. Elle a en effet placé la barrer très haut avec son premier titre, Sur Ma Peau, pour flirter avec l’excellence avec son troisième en dernier titre en date : Les Apparences.
Bref, tout ça pour vous dire que j’attendais un nouveau roman avec impatience… et donc que je suis un peu tombé des nues en apprenant que Nous Allons Mourir Ce Soir était une nouvelle ; quatre ans d’attente pour 72 pages à se mettre sous la dent. Haut les coeurs, on y croit quand même !
D’entrée de jeu on peut dire que Gillian Flynn nous surprend, sa narratrice (qui restera anonyme tout au long du récit) commence en effet son histoire de façon assez abrupte : « Si j’ai cessé de branler des mecs, ce n’est pas parce que je n’étais pas douée pour ça. J’ai cessé de branler des mecs parce que j’étais la meilleure. »
Vous vous demandez peut-être comment on devient branleuse professionnelle… exactement comme on devient serveuse ou cadre supérieur : « J’avais répondu à une petite annonce pour un boulot de réceptionniste. En fin de compte, « réceptionniste », ça voulait dire « pute ». » Pas vraiment une vocation mais il faut bien faire bouillir la marmite : « Franchement, je préférerais être bibliothécaire, mais je m’inquiète pour la sécurité de l’emploi. Les livres, ça pourrait bien être temporaire ; les bites sont éternelles. »
Bon admettons, mais alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? « J’ai abandonné parce que, quand vous pratiquez 23 546 branlettes sur une période de trois ans, le syndrome du canal carpien, ça devient une réalité. »
Forcément avec ce genre de travail de proximité, notre narratrice a eu le temps de développer un certain talent, non seulement pour astiquer les manches, mais aussi pour lire en ses interlocuteurs comme dans un livre ouvert. Afin de ménager son poignet, fragilisé par ce travail manuel de haute précision, elle décide tout naturellement de se lancer dans la voyance (non je n’ai pas dit que toutes les voyantes ont commencé par tâter des paires de couilles avant de passer aux boules de cristal).
Désolé pour cette longue ouverture, mais il fallait que je montre à la hauteur de ce que propose ce petit bijou qu’est Nous Allons Mourir Ce Soir. On entre véritablement dans le vif du sujet quand notre voyante de pacotille (non je n’ai pas dit que toutes les voyantes étaient de pacotille… arrêtez de m’interrompre à tout va) rencontre Susan Burke, une riche bourgeoise qui semble avoir quelques soucis avec son beau-fils et/ou leur nouvelle maison. Du coup notre voyante se verrait bien dans la peau d’un exorciste (non… je ne dirai rien sur les exorcistes) ; mais elle ignore dans quel merdier elle vient de s’engager…
Avec cette nouvelle Gillian Flynn réussit un véritable tour de force mêlant humour, cynisme, manipulation, mensonge et bien des questionnements dans un condensé hyper addictif. Et c’est bien là mon seul et unique regret, je reste persuadé que l’auteur avait matière à étoffer certaines transitions (format oblige l’histoire prend parfois des raccourcis un peu abrupts) et l’ensemble de son récit afin d’en faire un (excellent) roman. Peut être pas un truc de 500 pages mais bien 250 / 300 pages… voilà qui aurait comblé plus d’un lecteur, même si je suis parfaitement conscient que ça ne demande pas la même somme de travail pour l’auteure.
Il n’en reste pas moins que cette nouvelle est une réussite, un véritable plaisir à se laisser emporté par un tourbillon dont on a du mal à discerner le vrai du faux (qui manipule qui ? d’où vient la menace ? Miles ou Susan ? les deux hypothèses sont plausibles). L’auteure s’offre même le culot de ne pas totalement lever le voile sur ces interrogations, la fin ouverte laisse au lecteur le soin de se faire sa propre opinion. Et le pire c’est que ce n’est pas frustrant, au contraire on se prend volontiers au jeu (quitte à relire certains passages afin de vérifier quelques détails troublants).
Nous Allons Mourir Ce Soir brille par son originalité et mérite amplement le Edgar-Allan-Poe Award remporté en 2015 dans la catégorie meilleure nouvelle (pour la petite histoire en 2016 c’est la nouvelle Necro de Stephen King qui a remporté ce prix).
MON VERDICT

[BOUQUINS] Colin Winnette – Là Où Naissent Les Ombres
Je ne suis pas du genre à me laisser influencer par les accroches commerciales mais j’avoue que la promesse du Washington Post, d’un roman qui « révolutionne le genre du western » a titillé ma curiosité et rapidement propulsé sur les hauteurs de mon Stock à Lire Numérique le roman de Colin Winnette, Là Où Naissent Les Ombres.
Brooke et Sugar sont frères et chasseurs de primes. Suite à un accrochage en ville ils sont contraints de trouver refuge en forêt histoire de se faire oublier. Un matin ils retrouvent, allongé entre eux, un gamin, nu et amnésique. Bon an, mal an, les deux frères vont accepter qu’il les accompagne. mais avec eux le voyage ne sera pas de tout repos…
Ah que voilà un roman qu’il n’est pas simple de présenter, à tel point qu’on peut se demander si le gars qui a rédigé la quatrième de couv’ chez Denoël a bien lu le bon bouquin…
Si vous aimez les romans noirs et les western alors ce bouquin est fait pour vous, l’auteur vous propose en effet un western d’une noirceur absolue qui vous prendra aux tripes dès les premières pages. Le genre de noirceur d’où ne perce aucune source d’espoir, pas même une étincelle ; une plongée en aveugle dans les tréfonds les plus obscurs de l’âme humaine.
Un sentiment renforcé par une forme brute de décoffrage qui n’est pas sans rappeler La Route de Cormac McCarthy, aucun chapitrage et une mise en page minimaliste (un saut de ligne pour passer d’un personnage à l’autre, un retrait en début de paragraphe et puis basta).
Même le style contribue à ce sentiment de malaise diffus, l’écriture est froide, l’auteur nous expose les faits sans fioriture (ce qui n’empêche pas une grande richesse dans le vocabulaire) ; comme s’il souhaitait garder ses distances avec ses personnages par crainte que leur noirceur ne déteigne sur lui. Un ressenti qui n’est pas sans rappeler l’effet que m’avait fait Sukkwan Island de David Vann.
Et pourtant une fois le bouquin commencé je n’ai plus pu le lâcher, hypnotisé par cette intrigue (où plutôt par cette succession d’événements) d’où personne ne sortira indemne. Peut être que je suis maso à rechercher du noir toujours plus noir.
On peut sans trop de risque de se tromper situer le récit dans l’Ouest américain du XIXème siècle même si nous n’avons quasiment aucun repère, ni géographique, ni temporel. Peut être une façon de souligner que la noirceur de l’âme humaine ne connaît aucune frontière spatio-temporelle…
De la même façon il est difficile de s’attacher aux personnages, mais là encore on sent une volonté délibérée de l’auteur de vouloir imposer une certaine distance. On saura finalement assez peu de choses concernant Brooke et Sugar (mais attendez vous quand même à un retournement de situation qui devrait vous laisser sur le cul). Difficile, pour ne pas dire impossible, de faire un tri entre les gentils et les méchants, ici nous ne sommes pas dans le tout blanc et tout noir mais plutôt dans une large palette de nuances de gris.
C’est le premier roman de l’auteur traduit en français, en VO c’est son cinquième et dernier titre en date (paru en 2015). Je ne sais pas si Denoël (ou tout autre éditeur francophone) compte publier les précédents mais si tel était le cas alors je serai fidèle au rendez-vous.
Je comprendrais parfaitement que mon enthousiasme laisse de marbre certains de mes visiteurs craignant une overdose de noirceur, tout comme je ne serai pas surpris que certains lecteurs ne partagent pas mon engouement pour ce roman… Si je peux donner un conseil aux futurs lecteurs potentiels : évitez de vous lancer dans un moment de blues à l’âme !
MON VERDICT


[BOUQUINS] Stefan Petrucha – Deadpool : Apocalypse Chiots
Je connaissais bien des déclinaisons de l’univers Marvel (comics, films, séries TV ou encore dessins animés) mais jamais encore je n’avais vu une adaptation en roman. Une idée que l’on doit aux éditions Huginn & Muninn et c’est sous la plume de Stefan Petrucha que Deadpool fait ses premiers pas romanesques avec Apocalypse Chiots, une aventure aussi déjantée que son (super) héros.
Quand d’adorables chiots se transforment en mutants géants et destructeurs, le SHIELD n’a d’autre choix que de faire appel à Deadpool pour affronter une pareille situation de crise. Sa mission : trouver les chiots avant qu’ils ne se transforment et neutraliser les mutants… et rien que les mutants !
Au risque de décevoir les puristes j’ai découvert le personnage de Deadpool via le film homonyme et j’ai tout de suite accroché à cette personnalité complètement déjanté et à un univers très second degré. Enooorme coup de coeur pour le film mais malgré tout j’avais quelques doutes quant à une adaptation en roman.
Bien entendu le bouquin est écrit à la première personne, Deadpool, parfaitement conscient d’être un personnage de fiction, s’adresse directement au lecteur avec son franc parler habituel et son humour ravageur (le tout bien – trop ? – aseptisé afin de toucher un public plus large). Notre mercenaire sociopathe s’offre même le luxe d’être un tantinet schizo, à ce titre il est fait un très bon usage des polices de caractère afin de d’identifier les voix qui cohabitent avec Deadpool et lui causent souvent. Il ne faudra que quelques pages pour balayer les doutes qui me titillaient.
Je n’irai pas non plus crier au chef d’oeuvre, disons que c’est une lecture agréable et divertissante (rires et sourires ont été de la partie), ce qui n’est déjà pas si mal. Une lecture qui m’a donné envie de revoir le film, il va falloir que je m’offre le blu-ray en attendant le second volet (prévu pour mars 2018).
Je ne m’attarderai pas sur l’intrigue qui n’est que prétexte à laisser Deadpool faire son numéro… un prétexte qui oscille entre l’absurde et le burlesque. A noter toutefois qu’en guest stars nous aurons le droit à un passage express mais remarqué de deux Avengers, Hulk et Spiderman.
L’éditeur a lancé sa collection Marvel avec deux univers qui ont cartonné au box office, le second roman de la collection, sorti en même temps que Deadpool, est en effet consacré aux Gardiens de la Galaxie. Peu à peu l’univers littéraire de Marvel s’étoffe avec les sorties de Civil War et de Dr Strange (encore des cartons au box office).
MON VERDICT

[BOUQUINS] Stephen King – Le Bazar Des Mauvais Rêves
Quand j’ai appris qu’un nouveau Stephen King était annoncé j’ai tout de suite pensé au dernier opus de la trilogie Bill Hodges mais rapidement j’ai déchanté (en partie, faut pas déconner on parle du King quand même) en découvrant qu’il s’agissait d’un recueil de nouvelles, Le Bazar Des Mauvais Rêves.
Sur les vingt nouvelles proposées j’en connaissais quatre, deux via une VF officielle (Sale Gosse et A La Dure) et deux en fan-trad (Mile 81 et Billy Barrage). L’occasion d’ailleurs de constater que les fan-trad étaient d’excellente facture, mais sans non plus parvenir à réaliser l’impossible. D’un côté j’avais apprécié Mile 81, je l’ai redécouvert avec plaisir ; de l’autre j’avais trouvé Billy Barrage profondément chiant, je l’ai survolé à nouveau (et en diagonale) avec exactement le même ressenti.
Comme souvent, pour ne pas dire toujours, en présence d’un recueil de nouvelles on a du bon et du moins bon, ce Bazar ne déroge pas à la règle. Ceci dit je ne suis sans doute pas le meilleur public pour ce genre de bouquin, je reste en effet assez peu réceptif aux nouvelles… mais je reconnais volontiers que Stephen King excelle dans cet exercice. Avec ce recueil il confirme cette totale maîtrise, n’hésitant pas à mélanger les genres et mêmes les styles narratifs. On découvrira même deux poèmes de l’auteur… sur ce dernier point je confirme ce que lui même reconnais volontiers : la poésie n’est pas son point fort !
La véritable force de ce recueil tient davantage dans la forme que dans le fond. Stephen King se livre en effet à un « presque échange » avec les lecteurs. Outre une introduction en forme de déclaration d’amour à la nouvelle, chaque titre est précédé d’un texte de présentation plus ou moins long. Ca donne un côté intimiste à l’ensemble.
Un King nouvelliste égal à lui même qui devrait réussir à surprendre même ses fans les plus assidus. Je ne vous livrerai pas une chronique détaillée de chacune des nouvelles, globalement j’ai passé un agréable moment en compagnie de Stephen King (hormis avec Billy Barrage mais ça c’est surtout parce que je suis totalement hermétique au baseball), certaines nouvelles peuvent même se targuer de flirter avec l’excellence (je pense notamment à Ur, Morale, La Dune, Nécro et d’autres encore). J’espérais un recueil qui me ferait oublier le très moyen Nuit Noire, Etoiles Mortes, j’ai été servi au-delà de toute espérance (et je ne m’en plaindrais pas).
A noter que la version poche devrait compter un titre de plus si l’éditeur suit son homologue américain.