[BOUQUINS] Mallock – Le Principe De Parcimonie

Mallock - Le Principe De ParcimonieLa perspective de retrouvailles avec Mallock (aussi bien l’auteur que son commissaire homonyme) est une quasi certitude de passer un bon moment de lecture. Faute à un emploi du temps qui m’a justement laissé trop peu de temps, j’ai tardé à me lancer dans ce cinquième opus des Chroniques Barbares, Le Principe De Parcimonie.
Afin d’inaugurer leurs nouvelles infrastructures, Mallock et son équipe se voit confier une affaire d’envergure : on a volé La Joconde ! Une opération sans faille qui laisse un blessé grave sur le marbre du Louvres. Rapidement un certain Ockham revendique le vol. Ce n’est que son premier forfait, narguant la police il va aller de plus en plus loin dans sa fureur criminelle…
Pour faire simple le Principe de Parcimonie (aussi appelé Rasoir d’Ockham) peut se résumer à un concept élémentaire : « Les entités ne doivent pas être multipliées par-delà ce qui est nécessaire« . Et c’est exactement ce qu’entend faire Ockham, nettoyer la société de ceux et celles qui la polluent inutilement… en les punissant par là où ils ont péché !
Certes on est dans la fiction mais je ne suis pas certain « que toute ressemblance avec des personnages existant soit purement forfuite » selon la formule d’usage. Un philobobosophe chevelu autoproclamé qui se prend pour un puits de sagesse ; ça ne vous rappelle rien ? Un indice, il adore les tartes à la crème… à moins que ce ne soient les tartes à la crème qui l’adorent. Entre tartes on se comprend !
Si dans ce cas précis le rapprochement saute aux yeux, d’autres victimes d’Ockham peuvent aisément se voir accoler un visage et un nom, ce ne sera pas forcément le même pour tout le monde mais en fouinant dans les tiroirs de la télé-poubelle ou des milieux pourritiques de tout bord vous trouverez votre bonheur. Malheureusement ces espèces ne sont pas en voie de disparition.
Mais je m’égare. N’allez surtout pas croire que je cautionne les actes d’Ockham, pour en arriver à de telles extrémités il faut vraiment avoir un problème au niveau des fusibles. Incontestablement Ockham est fou, un fou furieux qui ira crescendo entre chacun de ses forfaits. Et bien entendu c’est le branle-bas de combat au Fort Mallock, fou peut être, mais loin d’être con. Notre polichinelle sanguinaire ne laisse aucun indice exploitable dérrière lui, au contraire il semble jouer avec la police, et plus particulièrement avec Mallock (le commissaire) dans de macabres mises en scènes.
Sans surprise Mallock (l’auteur) nous entraîne dans une intrigue rondement menée, maîtrisée de A à Z et hautement addictive ; comme l’eau de la Seine la tension monte au fil des chapitres pour ne retomber que dans les dernières pages. Le palpitant et les nerfs seront mis à rude épreuve ; pour notre plus grand plaisir ! La dernière partie est une véritable course contre la montre.
Pourquoi diable est-ce que je vous parle de la Seine et de ses caprices ? En toile de fond de l’intrigue nous avons la crue centennale de la Seine (après l’inondation de 1910, le fleuve semble bien décidé à sortir de son lit histoire de venir lécher les pieds aux parisiens). Visionnaire le Mallock (l’auteur), le bouquin a été écrit en 2014, et en cette année 2016, du 7 au 18 mars, des exercices de simulation grandeur nature vont se dérouler afin de limiter l’impact d’une telle inondation (considérée par les experts comme un « risque majeur que la région sera un jour amenée à connaître« ).
Les lecteurs des précédentes Chroniques Barbares ne seront pas dépaysés par les différents acteurs croisés dans ce roman. Outre l’équipe du Fort, on retrouve Léon, Sigismond et Margot. Et puis bien entendu il y a Mallock himself, un tantinet moins mystique dans cette enquête ; il faut dire que Ockham ne lui laisse guère le temps de se livrer à de longues introspections. Moins gourmand aussi, la recette du jour m’a manqué ! heureusement sa verve et son cynisme habituel étaient bel et bien au rendez-vous.
Mais Mallock (l’auteur) c’est aussi et avant tout un style unique. Une richesse verbale et des tournures de phrase qui se lisent comme on écouterait une mélodie entêtante, obsédante. Les mots nous bercent, chantent à nos oreilles, même quand c’est pour nous infliger les pires horreurs, ça reste beau à lire, une poésie macabre sans la moindre fausse note. Juste sur le cul, une fois de plus ! Mallock vainqueur par KO technique.

MON VERDICT
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Morceau choisi (coupé pour éviter tout spoil et réordonné)

« Ils vous ont châtré, coupé la bite, mon cher commissaire. Avant, souvenez-vous, vous pratiquiez vous aussi le rasoir d’Ockham. Vous aussi, vous en avez coupé des têtes, ramené des scalps. Et puis, peu à peu, on vous a convaincu, commissaire, vaincu, interdit les coups de feu et les mises à mort. Les moutons crétins vous ont arraché les crocs un par un. En bon chien de chasse, vous ramenez maintenant la proie dans votre gueule jusqu’aux pieds de vos maîtres pour qu’ils festoient à votre place. Ne vous laissant que la seule fragrance du sang entre les dents.
C’est l’hypocrisie et la cupidité, la mode et la vanité qui construisent désormais le monde, et ceux que vous défendez, Mallock. Même nus avec des plumes dans le cul, le vrai et le juste n’intéressent plus personne. Tout est faux, tout est danger, leurre, baudruche, fumisterie, vulgarité, deuil et trompe-l’œil. Ne vous faites pas d’illusions, les messes caritatives, les senteurs humanitaires ou les nombreux remugles d’égalité ne sont que les effluves de nos dictatures modernes, commissaire. Et toi, commissaire, c’est eux que tu sers ? Mais qui est le fou dans cette histoire ? Qui est le traître ? Vous ou moi ? »

Le plus douloureux dans cette diatribe, c’était qu’elle correspondait à une vision de lui-même que Mallock redoutait. Celle d’un type aux ordres qui, un jour, ne servirait plus la vérité, ni même la justice, mais leurs grimaces : les lois.

[BOUQUINS] Matthew Mather – Extinction

M. Mather - ExtinctionUne lecture inspirée, une fois de plus, par Yvan même si, je dois bien l’avouer, j’aurai certainement craqué en croisant ce bouquin… mais ce n’est pas une raison ! Serai-je aussi enthousiaste que lui à la lecture d’Extinction de Matthew Mather ?
Alors que les relations sino-américaines sont de plus en plus tendues la ville de New-York est frappée par une forte tempête de neige. Au même moment un virus neutralise totalement internet, quelques jours plus tard l’électricité lâche. Les habitants d’un immeuble organisent tant bien que mal leur survie au milieu du chaos ambiant…
Extinction est à la littérature post-apocalyptique ce que Canada Dry est à la bière… Ca y ressemble à s’y méprendre mais ce n’en est pas ! Et pour cause, point d’apocalypse au sens propre du terme. Il suffit d’une vague de froid conjuguée à l’effondrement d’internet et la société contemporaine, hyper connectée, vacille… avant de céder place au chaos, au fur et à mesure que les conditions de (sur)vie se dégradent. Point de post-apocalyptique puisque, si apocalypse il devait y avoir, on la vit en direct.
A la lecture du pitch j’aurai été tenté de classer ce bouquin en SF mais que nenni, il s’agit bel et bien d’un thriller. Un thriller d’une redoutable efficacité qui fait froid dans le dos, simplement parce qu’à bien y réfléchir la situation décrite n’est pas totalement improbable… au contraire ! Dans ses remerciements l’auteur fait d’ailleurs état d’un « scénario réaliste d’un cyberévénement à grande échelle« .
La grande force de Matthew Mather est de privilégier l’humain plutôt que le sensationnalisme. Pour se faire il nous livre un récit écrit à la première personne, on vit les événements à travers les yeux de Michael qui va s’efforcer de protéger sa femme enceinte et son jeune fils tout en maintenant un semblant de cohésion au sein du groupe de survivants.
En tant qu’êtres humains ordinaire Mike et consorts doivent affronter les maux ordinaires d’un quotidien qui s’enfonce chaque jour dans le pire, tels que la faim, le froid, la peur ou encore le manque total d’hygiène (et son lot de petits et gros désagréments). Mais ils vont aussi devoir face à bien d’autres menaces, la pire étant sans doute leurs semblables. L’homme est un loup pour l’homme à ce qu’on dit, c’est encore plus vrai quand il est confronté à une situation qui le dépasse, certains oublient les élans de solidarité pour ne penser qu’à sauver leur peau… quel que soit le prix à payer !
Si l’auteur joue en priorité la carte de l’humain il n’en néglige pas moins le rythme de son intrigue. Ecrit à la manière d’un journal, au jour le jour, on suit nos survivants confrontés à de nouvelles pénuries, tensions et autres imprévus qui viendront leur pourrir la vie… et éventuellement ébrécher la cohésion du groupe. A ce titre le roman se lit comme un thriller, on est littéralement happé par l’intrigue.
Vous verrez que même confrontés au pire des chaos et avec les moyens du bord, les survivants arrivent à se débrouiller… ce n’est certes pas la vie de château, on est même loin du minimum vital mais ils ne baissent pas les bras. Un pas en avant, l’un après l’autre, ils refusent de se laisser abattre. Pas toujours évident tant l’auteur semble prendre un malin plaisir à ne rien leur épargner niveau coups durs et mauvaises surprises.
Au fil des pages on voit que Matthew Mather, spécialiste en cybersécurité, connaît son sujet sur le bout des doigts. Sous couvert de fiction il améne le lecteur à se poser de vraies questions sur des sujets de fonds. Dans le monde d’aujourd’hui, tout connecté, un effondrement durable d’internet pourrait avoir des conséquences dramatiques. Pas uniquement au niveau individuel, mais bel et bien au niveau national, voire international.
Allons nous assister à l’extinction du genre humain ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à la question. Lisez plutôt ce roman pour avoir la réponse, je suis convaincu que vous aussi vous serez conquis. Bin oui je partage le même enthousiasme que Yvan sur ce titre. Une belle découverte.

MON VERDICT
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Morceaux choisis

Personne n’est préparé à cette situation parce que tout le monde part du principe qu’il y aura toujours quelqu’un pour résoudre le problème.

La peur, ce n’est pas la bonne réponse. Quand on a peur de tout, on a également peur d’agir et, du coup, on renonce à notre liberté.

Le problème vient de ce que nous utilisons la même technologie à la fois pour les réseaux sociaux et pour contrôler les centrales nucléaires. Alors qu’il s’agit de besoins opérationnels complètement différents. On doit faire le maximum pour sécuriser le Net, mais sans déléguer cette entière responsabilité à un pouvoir central (…). Il faut trouver le juste équilibre, et s’efforcer de compliquer la tâche de tous ceux qui seraient tentés, à l’avenir, de piétiner nos droits individuels dans l’univers virtuel.

La violence dont nous avions été témoins n’aurait pas dû me surprendre. L’homme, par nature, est violent. Nous sommes même les premiers de tous les prédateurs qui peuplent la planète. Tous autant que nous sommes, ne devons-nous pas la vie au fait que nos ancêtres ont tué et mangé d’autres animaux, évincé des espèces concurrentes pour assurer leur survie ?

Si la technologie ne pouvait pas régresser, les hommes, eux, en étaient tout à fait capables. Lorsque le monde vacillait, nous pouvions même régresser avec une facilité et une rapidité étonnantes.

Dans le monde d’aujourd’hui, où tout était interconnecté, il suffisait d’abattre quelques piliers porteurs, et c’était tout l’édifice qui menaçait de s’écrouler. Le bon fonctionnement des villes reposant sur ces systèmes intriqués, au moindre pépin, il y avait des morts.

 

 

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Quelqu’Un Pour Qui Trembler

G. Legardinier - Qulqu'un pour qui tremblerDepuis Demain J’Arrête ! j’attends fébrilement ma dose d’humour mitonné à la façon Gilles Legardinier, le cru 2015 s’appelle Quelqu’un Pour Qui Trembler, et j’ai hâte de prendre mon shoot quotidien de bonne humeur.
Quand Thomas apprend qu’il a une fille de 20 ans en France, il quitte le village indien dans lequel il officiait comme médecin volontaire. Mais comment approcher cette jeune femme qu’il ne connait pas et qui ignore sans doute tout de lui ? Pour apprendre à la connaître, il va accepter le poste de directeur d’une modeste maison de retraite située dans la même ville…
Gilles Legardinier à inventé le concept de l’OLIG (Objet Littéraire d’Intérêt Général), ses romans humoristiques devraient être remboursés par la Sécurité Sociale tant ils mettent du baume au coeur. Au terme d’une rude bataille contre moi-même, j’ai opté pour la lecture de quelques chapitres le matin au saut du lit (et éventuellement dans le bain)… Rien de tel pour démarrer la journée avec une pêche d’enfer (et accessoirement faire durer le plaisir) !
D’ores et déjà je peux confirmer que la cuvée 2015 ne déroge pas à la règle, c’est bel et bien un condensé d’émotions et de bonne humeur. Les sourires et fous rires sont au rendez-vous. Gilles Legardinier place la barre très haut quand il s’agit de mettre ses personnages dans les situations les plus tordues (voire même foireuses). Et on redemande !
Comme à l’accoutumée l’auteur apporte beaucoup de soins à ses personnages. Thomas, après 20 ans passés sur le terrain humanitaire est totalement déconnecté des réalités du quoitidien de la France d’aujourd’hui. Ses échanges avec Pauline, l’infirmière de la maison de retraite, une femme pleine de bonne humeur et doté d’un sens de la répartie implaccable, sont parfois à mourir de rire.
Sans oublier les pensionnaires de ladite maisons de retraite, six petits vieux et petites vieilles au caractère bien trempé et aux personnalités très différentes. Six papys et mamies qui se chamaillent parfois mais sont soudés par une solide amitié. Et bien entendu il y a Emma, la fille de Thomas, Romain, son mec et d’autres encore…
Là encore les relations et interactions entre les personnages donnent souvent lieu à de grands moments de poilade. A ce titre la visite de la maison de retraite par une inspectrice des services sociaux est un morceau d’anthologie.
Grâce à un style épuré et direct Gilles Legardinier nous offre un récit plein d’humanité qui se lit tout seul. En l’occurrence pour moi le plus dur fut de résister à la tentation de lire quelques pages de plus avant de me préparer pour aller bosser.

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur

[BOUQUINS] Shane Kuhn – Tenue Décontractée Exigée

S. Kuhn - Tenue décontractée exigéeJe reste dans le format court pour offrir un nouvel invité surprise à mon Challenge retrouvailles, avec Tenue Décontractée Exigée de Shane Kuhn. L’occasion de retrouver John Lago, stagiaire/tueur à gages, dans sa toute première mission.
A 17 ans, John Lago, employé de RH Inc. formé à tuer de toutes les façons possibles et imaginables, se voit confier son premier contrat. Sa cible : Izzy Katz, un producteur de Hollywood qui a escroqué les mauvaises personnes. Sa mission : entrer comme stagiaire au studio de Katz, gagner sa confiance et le neutraliser…
Si vous avez lu (et accessoirement aimé) Guide De Survie En Milieu Hostile (publié par Sonatine et devenu Un Stagiaire Presque Parfait à l’occasion de sa parution en poche chez 10/18), vous ne serez pas dépaysé. On retrouve un récit à la première personne teinté de cynisme et d’humour noir, avec toujours autant de référence cinématographique (il faut dire que le cadre s’y prête plutôt bien).
Bien que courte l’intrigue est menée à un train d’enfer, l’exécution de la cible ne sera pas aussi expéditive que prévue, pour notre plus grand bonheur…
Une fort sympathique mise en bouche qui nous permettra de patienter jusqu’à la sortie du prochain roman de Shane Kuhn (Hostile Takeover vient de sortir aux USA, aucune date annoncée pour une sortie française). Sortie que j’attends avec d’autant plus d’impatience étant donné que l’on retrouvera John Lago, cette fois pour la suite de ses aventures.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Catharina Ingelman-Sundberg – Le Gang Des Dentiers Fait Sauter La Banque

Le Gang des Dentiers fait sauter la BanqueJe poursuis mon Challenge retrouvailles avec un nouvel invité surprise, c’est en effet avec plaisir que je retrouve les cinq braqueurs en déambulateur du Gang des Dentiers dans leur seconde aventure, Le Gang Des Dentiers Fait Sauter La Banque, avec bien entendu toujours Catharina Ingelman-Sundberg aux commandes.
Martha et ses acolytes s’offrent un séjour à Vegas, pas question de faire du tourisme pourtant, le Gang des Dentiers entend bien profiter de leur escapade américaine pour braquer un casino ! Mais de retour en Suède rien ne se passe comme prévu, les déboires s’accumulent. Cerise sur le gâteau nos Robin des Bois du troisième âge emménagent à côté d’un gang de bikers. Heureusement le Gang des Dentiers ne manque ni de ressources, ni de motivation…
Si vous avez aimé Comment Braquer Une Banque Sans Perdre Son Dentier alors vous ne pourrez qu’apprécier ce second volet des aventures de héros pas comme les autres ; dans le cas contraire passez votre chemin car cette suite est encore plus loufoque (le Gang des Dentiers réussit des coups totalement improbables avec une facilité déconcertante).
On retrouve avec plaisir nos cinq petits vieux dynamiques, dans la mesure du raisonnable compte tenu de leur âge avancé mais surtout toujours aussi complices et soudés ; mais aussi d’autres personnages déjà croisés dans le précédent roman (Blomberg, un flic pas très futé, ou encore Anders et Emma les enfants de Stina complices des frasques de leurs aînés presque malgré eux).
Il faudra aussi compter avec de nouveaux venus tout aussi haut en couleurs, dont Lillemor, une voyante qui va semer la zizanie et mettre en péril l’unité de nos héros, ou encore Jorgen et Tompa, des bikers tout en muscles au QI de moule avariée.
Des personnages mis au service d’une intrigue totalement déjantée, riche en rebondissements (mais en stress) et en situations qui vont du cocasse à l’absurde.
L’auteure profite de son intrigue et de diverses situations pour dénoncer les dysfonctionnements d’une société de plus en plus égoïste qui privilégie les riches et les puissants sans se soucier des plus démunis. Facile ? Peut être, mais ça ne coûte rien de le rappeler.
Sans être transcendant voilà un bouquin qui détend les zygomatiques avec des héros forts sympathiques, si jamais le Gang des Dentiers devait reprendre du service alors je serai fidèle au poste.

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Serge Brussolo – Le Suaire Ecarlate

S. Brussolo - Le Suaire écarlatePour cette nouvelle étape de mon Challenge retrouvailles je continue à naviguer entre les genres, cette fois la fiction cotoie l’Histoire en compagnie de Serge Brussolo et Le Suaire Ecarlate, deuxième opus du Cycle de Wallah.
A la mort de la sorcière à l’origine du sort, le don de Wallah disparaît. Libérée de ses obligations d’assassin et protectrice du Baron de Ponserrat, elle rejoint le forain Bézélios. Eternel « honnête truand », Bézélios s’est mis dans l’idée de monter une arnaque religieuse. Un pari qui pourrait se révéler fatal s’il venait aux oreilles de l’inquisiteur Jome le Noir, l’homme d’église a en effet déclaré une guerre impitoyable aux trafiquants de fausses reliques…
Je ne suis pas particulièrement fan des romans historiques, ni même de la période du Moyen Age (une espérance vie qui ne dépasse guère les 30 ans et une Eglise toute puissante… pour moi ça ressemble plus à l’enfer qu’au paradis !) mais il est des auteurs, comme Jean Teulé ou Serge Brussolo, qui, par leur formidable talent de conteur, m’embarquent totalement dans leur récit, quel que soit le contexte.
Au fil des pages la fiction côtoie l’Histoire, on sent que l’auteur s’est bien documenté sur le Moyen-Âge, sans être trop didactique et sans lourdeur, il nous plonge au coeur de son intrigue, parsemant son récit de faits authentiques sur les us et coutumes de l’époque (une époque où l’ignorance populaire faisait les choux gras de l’Eglise).
Dans la première partie du récit Wallah donne un peu l’impression de subir les événements plutôt que d’en être l’actrice ; ça peut surprendre mais ça correspond plutôt bien à son état d’esprit du moment, elle est un peu larguée maintenant qu’elle se retrouve livrée à elle même. Mais elle se reprendra vite quand la troupe se retrouvera embarquées au coeur d’intrigues et complots visant à trouver un héritier légitime au trône de France (on est en pleine guerre de Cent Ans, la situation était pour le moins trouble).
Une intrigue menée sans temps mort, pleine de surprises et de belles trouvailles. Wallah y croisera, comme précédemment, des personnages hauts en couleur ; certains plutôt burlesques, d’autres au contraire qui font froid dans le dos. J’avoue avoir eu un faible pour Masaki, un samouraï maître des poisons plein de sagesse et de bon sens (une bouffée d’oxygène face à l’obscurantisme ambiant). Il pourrait sembler un tantinet déplacé dans le contexte mais grâce au talent de l’auteur sa présence s’intègre parfaitement à l’intrigue.
J’ai passé un trés agréable moment en compagnie de ce bouquin, je ne sais pas si l’auteur compte faire vivre d’autres aventures à Wallah, si tel était le cas je les suivrai avec plaisir. Quoi qu’il en soit ça ne fait que conforter mon envie de découvrir davantage l’univers littéraire de Serge Brussolo, d’autant que l’auteur est des plus prolifiques.

Pour l’indécrottable athée que je suis, les quelques piques que Serge Brussolo adresse à l’Eglise sont plutôt jouissives, il le fait tantôt avec humour, tantôt de façon plus acerbe, selon le personnage qui s’exprime. Je vous livre trois exemples parmi tant d’autres :
« Les paroles de la Bible lui traversent l’esprit : Mangez, ceci est mon corps, buvez, ceci est mon sang. Elle s’est toujours étonnée de ce que les chrétiens ne s’offusquent jamais du caractère cannibale de ce commandement, eux qui n’hésitent nullement à accuser les autres religions de « pratiques abominables ». » (Wallah)
« Il y a beau temps qu’il a compris que les hommes d’Église ont besoin du Diable pour exister. Sans lui, ils ne sont rien. La menace diabolique autorise la prolifération des bûchers. C’est utile quand on veut se débarrasser de ses ennemis politiques… et confisquer leurs biens ! » (Arno)
« Vous n’avez guère l’esprit scientifique, vous, les Occidentaux. La religion tient lieu d’explication commode à tout ce que vous refusez d’étudier. » (Masaki)

MON VERDICT
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[BOUQUINS] David S. Khara – Une Nuit Eternelle

D. Khara - Une Nuit EternelleComme annoncé précédemment c’est sans la moindre hésitation et même avec une certaine fébrilité (faute à l’épilogue des Vestiges De L’Aube) que je me suis plongé dans Une Nuit Eternelle de David S. Khara.
Alors que Barry et Werner consolident leur amitié, un pasteur et son fils sont brutalement assassinés. Le tueur a lui même appelé la police mais ne se souvient de rien. Les deux amis sont encore loin de se douter de la terrible menace qui plane sur eux…
Le décor et les personnages étant plantés l’auteur peut nous plonger directement au coeur de son intrigue. Une intrigue nettement plus ancrée dans le fantastique que la précédente mais tout aussi parfaitement maîtrisée (voire encore mieux même).
C’est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux personnages, et pas seulement chez les méchants, le chef du NYPD, Stanton, a un rôle plus important et Barry va devoir faire équipe avec de nouveaux partenaires.
Vous aurez sans doute remarqué sur la couverture la fameuse croix de l’Ordre du Temple, et peut être vous demandez vous ce que viennent foutre des Templiers à New-York de nos jours. L’auteur répondra à toutes vos interrogations, en revisitant largement au passage la légende qui entoure cet ordre mystique. Et tout s’imbrique avec une aisance déconcertante pour nous accrocher encore plus au récit.
Ce second opus est aussi pour l’auteur de travailler plus en profondeur ses personnages, surtout Werner qui découvre en même temps que nous une partie de son histoire. Peu de passages purement historiques, David S. Khara privilégie l’action et le rythme. Et il nous gâte !
L’auteur a prévu de consacrer une trilogie à Werner Von Lowinsky, je suis curieux de savoir ce qu’il nous réserve pour cet ultime opus (cette fois pas d’épilogue en guise de transition vers la suite), la surprise sera entière. Mais je fais totalement confiance à l’auteur pour nous surprendre et nous régaler.
En attendant je pourrai toujours me plonger dans sa trilogie des Projets, des thrillers historiques qui, d’après ce que j’ai pu lire çà et là, méritent vraiment le détour… Mais comme toujours cela dépendra de ce qui sortira des profondeurs insondables de mon Stock à Lire Numérique.

PS : une chronique un peu tardive, non que j’aie un besoin de méditer longuement sur ce que j’avais à raconter (ce n’est pas le genre de la maison), simplement que les fêtes m’ont pas mal occupé ces derniers temps (comme bon nombre d’entre vous je suppose).

PPS : notez qu’en passant chez Fleuve l’auteur perd son S. comme initiale d’un hypothétique second prénom. Serait-ce le boulet des initiales DSK qui a motivé ce choix ? Notez que j’ai fais le choix de continuer à utiliser son pseudo complet : David S. Khara.

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Ca Peut Pas Rater !

G. Legardinier - Ca Peut Pas Rater !Après mon looong périple au coeur des Collines Noires avec Dan Simmons j’avais besoin d’un peu de légèreté, d’un maximum de pep’s et d’un bouquin qui se lisait tout seul, sans prise de tête et avec un sourire béat aux lèvres. Mon sauveur ? Gilles Legardinier et son dernier opus, Ca Peut Pas Rater !. Une valeur sure au rayon de la bonne humeur.
Marie se fait plaquer par son mec, après un passage à vide elle décide que désormais plus personne ne viendra lui chercher des poux sans en payer les conséquences. Plus question de s’encombrer d’un homme dans sa vie. Sauf que les choses ne se passeront pas exactement comme prévu…
Ce quatrième opus dans le registre humour ne fait que confirmer ce que je savais déjà, Gilles Legardinier a un don incroyable pour nous offrir un condensé de bonheur et de bonne humeur. Je persiste et signe en affirmant que ses bouquins devraient être remboursés par la Sécu (plus encore en ces temps de morosité ambiante). On en arriverait presque à retrouver foi en l’humanité…
De nouveau Gilles Legardinier réussit à nous surprendre en jouant dans un nouveau registre comique. En s’adressant à son lecteur à la première personne et à travers un personnage féminin, on pourrait être tenté de faire un rapprochement avec Demain j’Arrête ! mais le personnage de Marie est tout de même nettement moins déjanté que celui de Julie et fait preuve de plus de maturité dans son analyse des relations humaines (quoique parfois on retrouve le même grain de folie douce).
Car oui, comme dans les autres romans de l’auteur ce sont bien les relations humaines qui tiennent le haut du pavé. Ici, la relation homme-femme au sein du couple est à l’honneur, mais aussi l’amitié et même les relations sociales au sein d’un même espace de travail. Sous couvert d’humour l’auteur nous offre une analyse qui ne manque ni de profondeur ni de justesse, nul doute que tout à chacun devrait s’y reconnaître à un moment ou un autre de son existence.
Et les personnages sont suffisamment nombreux et variés pour permettre à l’auteur de nous inviter à partager quelques tranches de vie avec eux. Marie pourra ainsi toujours compter sur le soutien indéfectible de son amie, Emilie, mais ce sera aussi pour elle l’occasion de découvrir ses autres collègues. A bien y regarder on bosse au milieu de gens que l’on côtoie entre 8 et 10 heures par jour, mais est-ce qu’on les connait vraiment ? Pour ma part sans hésitation la réponse est non, sans doute mon côté ours grognon et asocial qui ressort…
Je referme ce bouquin avec l’esprit léger, le coeur plein d’émotions (et oui l’auteur sait aussi jouer sur tout le registre émotionnel) et un sourire béat aux lèvres. Une lecture ponctuée de sourires et de rires. Je pensais trouver une Marie plus vacharde mais c’est sans le moindre regret que je me suis laissé embarquer dans le périple imaginé par l’auteur ; et une fois de plus je m’incline devant son talent indéniable pour dérider nos zygomatiques en toutes circonstances.
C’est toujours avec un pincement au coeur que je referme un roman de Gilles Legardinier, d’un autre côté ça ne me rend que plus impatient de découvrir le suivant. Qu’il décide de nous offrir une nouvelle tranche de bonne humeur ou un thriller, je serai au rendez-vous.