[BOUQUINS] Dan Simmons – L’Echiquier Du Mal

D. Simmons - L'Echiquier Du MalCa fait un bail que je ne suis pas revenu faire un tour du côté de mon challenge SF (manque de temps et trop de livres qui me font de l’oeil), il est temps de pallier cette lacune avec L’Echiquier Du Mal de Dan Simmons. Roman que beaucoup considèrent comme étant son chef d’oeuvre.
Face à une série de meurtres inexpliqués à Charleston la police piétine. Aucun lien entre les victimes et une suspecte, Mélanie Fuller, semble s’être volatilisée dans la nature. Pour le shérif Rob Gentry c’est l’impasse. Jusqu’à ce qu’il rencontre Natalie Preston, la fille d’une victime, et Saul Laski, un psychiatre rescapé des Camps de la Mort, qui va leur faire des révélations étonnantes. Tous trois vont lancer à la poursuite de ces mystérieux « vampires psychiques », mais ils ne sont pas les seuls à rechercher Mélanie Fuller…
J’avais les trois livres qui composent L’Echiquier Du Mal depuis déjà quelques temps dans mon Stock à Lire Numérique, une fois de plus c’est France Loisirs qui aura déclenché l’étincelle qui m’a poussé à m’y plonger enfin en proposant une intégrale en un seul volume (1300 pages, papier fin et petite police de caractère… joli pavé).
Alors science fiction ou fantastique ? Pour ma part j’opterai plutôt pour la seconde option car Dan Simmons revisite un thème cher au fantastique : le vampire. Mais ne chipotons pas pour une simple question de genre, ce bouquin mérite bien mieux que de se retrouver le cul entre deux chaises genres (en fait on pourrait aussi ajouter un soupçon de thriller, une pointe horrifique avec un puissant arrière goût de roman noir).
L’auteur prend son temps pour poser son intrigue (quasiment tout le livre I), par moment il faut s’accrocher pour savoir où il veut en venir mais croyez moi ça en vaut largement la peine. Quand la machine se met en branle ça décoiffe, si le rythme n’est pas toujours haletant il distille une telle tension que l’on ne ressent aucun ennui. Au contraire, ces alternances dans le rythme deviennent rapidement un point fort.
J’ai mentionné plus haut que Dan Simmons revisitait le thème du vampire, n’allez pas croire qu’il est l’inventeur du vampire à la guimauve, ses « vampires psychiques » sont largement aussi malfaisants que Dracula et consorts. Ils prennent le contrôle de leurs victimes, leur faisant faire leur quatre volontés, s’en servant parfois comme arme contre leurs adversaires, et les abandonnent comme un vieux slip kangourou, le plus souvent en ayant pris soin d’orchestrer leur mort. Le point commun entre ces individus doués du Talent (le nom donné à leur don) : ils appartiennent tous à l’élite, de part leur fortune ou leur position dans la société (parfois même les deux) et semblent n’avoir aucun sens moral.
Je ne perdrais pas mon temps à vanter le style de Dan Simmons, enfoncer les portes ouvertes n’est pas vraiment ma tasse de thé… Je n’ai pas le recul nécessaire pour dire s’il s’agit ou non du chef d’oeuvre de l’auteur mais il est évident que c’est un bouquin qui flirte allègrement avec l’excellence (une intrigue originale, riche et totalement maîtrisée, des personnages soigneusement travaillés).
Entre autres récompenses littéraires L’Echiquier Du Mal compte à son actif le prix Bram Stoker du meilleur roman (1989) et le prix Locus du meilleur roman d’horreur (1990).
Si vous vous inquiétez de savoir si un bouquin écrit en 1989 n’a pas pris un coup de vieux avec les années, je vous rassure de suite, hormis quelques antiquités technologiques du XXème siècle (machine à écrire, téléphone à cadran, appareil photo argentique…) l’intrigue n’a pas besoin d’un lifting pour rester percutante.
Petit bémol qui n’a rien à voir avec l’auteur et son intrigue, la version France Loisirs que j’ai lue comporte un paquet de lacunes au niveau relecture et correction. Erreurs que je n’ai pas retrouvées dans la version numérique (TAZ).

[TV News] American Horror Story – Coven

AHS - CovenEt c’est parti pour la troisième saison de la série de Ryan Murphy et Brad Falchuk, American Horror Story, intitulée Coven. Une troisième saison (13 épisodes de 45 minutes) que l’on s’est faite en un week-end, il faut dire qu’une fois pris par l’intrigue il devient difficile de lâcher l’affaire.
Zoe (Taissa Farmiga) intègre l’école pour jeunes filles spéciales de Cordelia Foxx (Sarah Paulson). Elle y rejoint trois autres apprenties qui vont devoir apprendre à développer et maîtriser leurs dons de sorcellerie. La donne change quand Fiona (Jessica Lange), la mère de Cordelia et actuelle Suprême de l’Assemblée, débarque. Celle-ci sent que ses pouvoirs l’abandonnent et que la prochaine Suprême pourrait bien se trouver parmi ces apprenties ; sauf qu’elle n’est pas décidée à passer la main.
Pour cette troisième saison on revient à une thématique plus fantastique après le côté assumé et revendiqué thriller psychologique de Asylum. Fantastique oui, horrifique, un peu mais pas du tout flippant, c’est d’avantage le côté divertissement qui est mis en avant ; les créateurs de la série semblent vouloir donner un ton nouveau à chaque saison. Et ça marche impeccablement !
Si la sorcellerie se taille la part du lion dans cette saison, ce n’est pas le seul thème abordé, l’esclavage tient aussi une part importante dans l’intrigue. c’est d’ailleurs de cette situation que débuteront le conflit entre l’Assemblée et le Vaudou. Et bien entendu la chasse aux sorcières sera aussi de la partie.
L’aspect psychologique n’est pas laissé en plan du fait des relations complexes entre les personnages. Sorcières et vaudou se tirent dans les pattes. Les sorcières devront aussi se méfier de Fiona qui apparaitra rapidement comme une menace majeure (et encore puissante). Enfin, même entre apprenties l’ambiance n’est pas toujours au beau fixe, elle se dégrade même au fur et à mesure que les épreuves pour désigner la future Suprême se rapprochent.
On retrouve aussi les flashbacks qui tiennent de nouveau une place importante dans l’intrigue, notamment au niveau du conflit entre Delphine Lalaurie (excellente et détestable Kathy Bates) et Marie Laveau (Angela Bassett), la prêtresse vaudou.
Quelques mots sur le casting pour terminer cette chronique, comme vous avez pu le constater en lisant ces quelques lignes, on retrouve des acteurs des saisons précédentes dans de nouveaux rôles plus ou moins fournis. Mais les auteurs nous réservent quelques surprises de poids avec de nouvelles têtes ; à ce titre la plus grande surprise aura certainement été la présence de Stevie Nicks (la chanteuse du groupe Fleetwood Mac), qui incarne son propre rôle (et pour ne rien gâcher participe activement à la bande son).
Bref vous l’aurez sans doute compris, AHS confirme être une série aussi complète que aboutie, autant du point de vue de ses intrigues que de l’esthétique. Honnêtement même en fouillant bien je ne trouve rien à y redire, je suis fan. A ce titre je ne peux que me réjouir d’apprendre que la série a été renouvelée pour une quatrième saison.

[BOUQUINS] Un DSK (Doublé Stephen King) au programme

Comme vous le savez sans doute le chroniquage de nouvelles ce n’est pas ma tasse de thé, mais quand la chose est signée Stephen King ça change la donne. Si en plus je tombe sur deux titres disponibles exclusivement en numérique, c’est l’occasion rêvée de vous offrir un tir groupé.

Double SKSale Gosse

Albin Michel (Mars 2014) – 3.99 €
Une nouvelle livrée en primeur aux fans français et allemands en remerciement de leur fidélité.
Qu’est-ce qui a bien pu pousser George Hallas, comptable jusqu’alors sans histoires, à flinguer devant témoins un gamin ? Condamné à mort, il ne s’est jamais expliqué sur les raisons de son acte. A quelques jours de son exécution il fait appel à son avocat, Leonard Bradley, afin de lui confier sa confession. Une confession qui va au-delà de tout ce que pouvait imaginer l’avocat…
Avec cette courte nouvelle (112 pages) Stephen King confirme qu’il est un exceptionnel conteur. Le sort de George Hallas est prévisible (ce qui ne l’empêche pas d’être l’une des scènes les plus intenses du roman), la « surprise » finale aussi, mais cela ne nuit en rien à notre envie d’en savoir plus sur le cheminement de George Hallas. Un récit relativement classique mais rondement mené.
Si l’univers carcéral n’est pas totalement étranger à Stephen King, je pense notamment à la nouvelle Rita Hayworth Et La Rédemption De Shawshank (extraite du recueil Différentes Saisons) ou encore au roman-feuilleton La Ligne Verte, dans cette nouvelle il ne sert que de toile de fond au récit, l’essentiel se déroule à l’extérieur. Qu’importe, l’auteur décrit ce milieu avec une précision glaciale.
Alors folie ou possession (ou un truc du genre) ? A la lecture de cette nouvelle on est bien entendu tenté de croire en la version de George Hallas, mais mettez-vous à la place de Leonard Bradley, si un tueur d’enfant vous livrait une telle confession, le croiriez-vous sur parole ?
En bonus on le droit à un extrait du prochain roman de Stephen King, Joyland (sortie en mai 2014), un roman publié directement au format poche aux Etats-Unis, mais comme d’hab, les éditeurs français ne ratent pas une occasion de traire les vaches à lait que nous sommes… En attendant l’extrait lu me laisse perplexe, pas assez long pour se faire une idée de la chose, en encore moins pour me faire bavé d’impatience ; mais c’est Stephen King, donc je craquerai. C’est gravé dans le marbre !

Un Visage Dans La Foule (co-écrit avec Stewart O’Nan)

Bragelonne (Mars 2014) – 2.99€
Au tour d’une nouvelle écrite à quatre mains, en collaboration avec Stewart O’Nan, de passer au grill.
Depuis la mort de son épouse Dean Evers n’a plus que la TV et ses matchs de baseball pour compagnie nocturne. Rien à redire jusqu’à ce qu’il se mette à apercevoir, chaque soir, un visage connu dans la foule des spectateurs. Jamais le même, mais tous ont deux points communs : ils sont morts et surtout ils lui renvoient son passé en pleine gueule…
Une histoire courte (44 pages) sur fond de baseball (un peu indigeste pour le profane que je suis) qui gagne en profondeur au fil des pages. A travers un récit plein d’humanité (bien que fortement teinté de fantastique) les auteurs mettent leur personnage face à ses responsabilités et surtout face à ses erreurs passées. Facile de lui jeter la pierre mais qui peut prétendre être blanc comme neige ?
Petit bémol au niveau de la mise en page plutôt minimaliste (quelques sauts de ligne histoire d’aérer le texte auraient été un plus appréciable), dommage, d’autant plus que Bragelonne n’est pas novice en matière de numérique.
Quelques mots purement anecdotiques pour conclure. Stewart O’Nan est un inconditionnel de Stephen King, c’est lui qui lui aurai envie de se lancer dans l’écriture. Non seulement il lui a dédié son roman The Speed Queen (1997) mais en plus le King est un des personnages principaux du récit. En 2004, tous deux fans de baseball, ils co-écrivent un essai (Faithfull) consacré aux Red Sox de Boston. Cette nouvelle est leur première collaboration sur une oeuvre de fiction.

A la base j’avais prévu un triplé du King mais malheureusement la nouvelle inédite A La Dure (incluse dans la version poche du recueil Nuit Noire, Etoiles Mortes), pourtant annoncée en numérique à la même date que le bouquin (le 12 mars) a été repoussée à une date ultérieure. A défaut d’info plus précise quant à l’ultérioté de la chose je me suis contenté d’un duo royal.

[BOUQUINS] Yrsa Sigurdardottir – Je Sais Qui Tu Es

Y. Sigurdardottir - Je Sais Qui Tu EsMême si mon Stock à Lire Papier est nettement moins impressionnant que son alter ego numérique (sauf gros craquage non dispo en édition numérique je me contente des achats chez France Loisirs) il faut quand même que je pioche dedans de temps en temps histoire de le faire fondre, et retrouver le plaisir d’une lecture d’un « vrai » livre. C’est donc à France Loisirs que je dois cette chronique venue du froid, l’auteure, Yrsa Sigurdardottir (et encore là je l’écris avec l’alphabet français), est islandaise et son bouquin s’appelle Je Sais Qui Tu Es.
Un couple, Gardar et Katrin, entreprend de rénover une maison abandonnée dans les sauvages fjords de l’ouest de l’Islande. Leur amie Lif les suit parce qu’elle cherche à faire le deuil de son mari, récemment décédé. Tous trois ont une chose en commun : ils s’attendent à être seuls. Très vite, une présence inquiétante se manifeste dans les parages…
Le roman alterne, d’un chapitre à l’autre, entre deux intrigues. D’une part on a notre trio parti retaper une bicoque sur une île paumée au milieu de nulle part, une île supposée déserte au coeur de l’hiver, mais ils vont rapidement s’apercevoir qu’ils ne sont pas seuls et que cette présence inattendue n’est pas franchement amicale. D’autre part on suit le Dr Freyr, un psychiatre qui prête main forte à la police sur une enquête sur un suicide, une enquête qui pourrait être liée, d’une façon ou d’une autre, avec la disparition, trois ans plus tôt et toujours inexpliquée, du fils du Dr Freyr et peut être même d’une autre disparition, tout aussi mystérieuse, survenue il y a 60 ans. Quel est le lien entre ces deux intrigues ?
D’une grande patience tu devrais faire preuve pour avoir la réponse, ce n’est que dans les derniers chapitres que l’on découvre ce fameux lien. L’auteure nous offre une intrigue qui navigue entre le thriller et le fantastique (sauce maison hantée) sans que l’on sache vraiment de quoi il retourne. Mais surtout elle mise tout sur l’ambiance qui, d’un côté comme de l’autre, devient de plus en plus oppressante et ne manquera de vous prendre aux tripes. Le rythme imposé est relativement lent mais à aucun moment on ne s’ennuie justement en raison de ce climat presque malsain qui, peu à peu, prend ses aises (et à nous le malaise). La dernière partie s’emballe, et nous avec, les révélations s’enchaînent et nous font découvrir l’intrigue sous un angle nouveau.
Bref l’auteure nous entraîne dans les terres reculées de l’Islande pour un séjour pour le moins glaçant, et pas uniquement à cause du froid hivernal. Un pari largement réussi pour Yrsa Sigurdardottir, une pointe de regret toutefois au niveau de la toute fin du bouquin, j’aurai aimé plus de détails sur le devenir de certains des personnages…

[BOUQUINS] Joe Hill – Nosfera2

J. Hill - Nosfera2Comme je l’avais indiqué lors de ma chronique de la nouvelle Plein Gaz j’étais curieux de découvrir l’univers littéraire de Joe Hill, fils de l’illustre Stephen King. Pour se faire j’avais deux options, présentes dans mon Stock à Lire Numérique, soit me plonger dans son premier titre, Fantômes, un recueil de nouvelles, soit commencer par son dernier roman, Nosfera2 (NOS4A2 en VO, dans les deux cas prononcez Nosferatu). Comme vous pouvez le constater j’ai retenu la seconde option.
Il suffit à la jeune Vic McQueen d’enfourcher son vélo et de traverser le vieux pont couvert (le Raccourci) non loin de chez elle pour se retrouver à l’endroit auquel elle pensait avant de s’engager dans le tunnel. Quant à Charlie Manx, il embarque les enfants à bord de sa Rolls rutilante et les dépose au pays où c’est tous les jours Noël, Christmasland ; mais là-bas le bonheur se paie au prix fort. Quel est le lien Vic et de Charlie ?
Le prologue nous ramène à 2008 et nous met tout de suite dans le bain, attachez vos ceintures, âmes sensibles s’abstenir. Ensuite l’auteur nous offre un voyage dans le temps, entre 1986 et 2012, afin de suivre  les parcours (parfois tumultueux) de Vic et de Charlie (et notamment leur première rencontre). La dernière partie (un peu moins de la moitié du bouquin) nous renvoie dans le présent, quelques jours de juillet 2012 ou tout, ou presque, va se jouer.
Si Joe Hill a décidé de prendre un nom de plume c’est pour éviter de se retrouver cataloguer au simple rang de fils de, un secret rapidement éventé face au succès quasi immédiat de ses écrits. Je peux vous assurer que l’auteur est le digne fils (successeur ?) de son père, d’autant qu’il officie lui aussi dans le fantastique horrifique et maîtrise déjà parfaitement toutes les ficelles du genre. A vrai dire par moment j’en arrivais presque à oublier que je ne lisais pas un titre de Stephen King mais bel et bien de son rejeton.
L’auteur nous offre un intrigue partagée entre le réel et l’imaginaire, mais Christmasland (que l’on ne découvre que dans les dernières pages du roman) est loin de ressembler au Pays des Bisounours, ce serait un peu comme si, sous des airs de fête, vous attiriez les gamins dans la gueule du Croque Mitaine. Et dans ce rôle le personnage de Charlie Manx est un cocktail de perversité déshumanisée et de folie. En face de lui Vic est loin d’incarner l’innocence, elle a connu un parcours plutôt agité et n’a pas toujours su faire les bons choix. Pour ma part j’ai un faible pour le personnage de Lou, un geek obèse qui vous fera craquer dès sa première apparition.
Une intrigue parfaitement menée, avec quelques moments de tension palpable qui mettront vos nerfs à rude épreuve. Des personnages bien travaillés, qu’il s’agisse des personnages principaux ou de ceux qui joueront un rôle plus secondaire (mais déterminant). L’auteur privilégie l’ambiance et le rythme aux envolées lyriques, le fantastique est revendiqué et assumé mais le rythme imposé est digne des meilleurs thrillers.
En bonus les pages de titre des différentes parties du bouquin sont superbement illustrées par Gabriel Rodriguez, d’autres illustrations viennent enrichir le roman (dont un dessin d’enfant qui dégage une aura malsaine superbement rendue).
Le traducteur est passé à côté d’un clin d’oeil au dernier roman de Stephen King, Docteur Sleep, en traduisant The True Knot par l’Echeveau au lieu du Noeud Vrai. Je ne sais pas si c’est volontaire ou juste maladroit mais en tout cas, avec une telle tournure, la phrase ne sonne plus comme un hommage à son illustre paternel : « Je connais aussi l’Écheveau, qui parcourt les routes et œuvre plus ou moins dans la même branche que moi. Je leur fiche la paix et réciproquement. » Pour l’anecdote en VO le roman de Joe Hill a été publié avant celui de Stephen King.
Après le père et le fils, il va maintenant falloir que je me penche sur l’univers littéraire de la mère, Tabitha King. Je n’en ai entendu que du bien et pourtant je n’ai jamais trouvé l’opportunité de plonger le nez dans un de ses romans, une lacune à réparer au plus vite ! Quant à Joe Hill, nul doute qu’il reviendra errer dans les colonnes de mon blog.

[BOUQUINS] Stephen King – Docteur Sleep

S. King - Docteur SleepEst-il besoin de signaler que je trépignais d’impatience à l’idée de me plonger dans le dernier Stephen King, Docteur Sleep, depuis le temps qu’il me faisait de l’oeil du haut de mon Stock à Lire Numérique il fallait bien que je finisse par craquer ! Qui plus est, histoire d’attiser encore plus ma curiosité, le bouquin est présenté comme la suite de Shining.
Danny Torrance, devenu adulte, chasse ses vieux démons avec un autre démon qui a pourtant contribué au naufrage son père : l’alcool. De petits boulots en petits boulots, de cuites en cuites, il débarque un jour à Frazier, un trou perdu du New Hampshire, bien décidé à essayer de se poser. Une douzaine d’années plus tard, débarrassé de son vice et maître de son Don, Dan rencontre Abra, une fillette de 12 ans elle aussi dotée de pouvoirs mystérieux mais traquée par le Noeud Vrai, des immortels qui veulent absorber son énergie jusqu’à la tuer…
Ma première réaction, à l’annonce de la sortie du bouquin et avant même sa parution en VF, aura été un peu désabusée. J’me suis dis qui si même Stephen King tombait dans la « facilité » de la suite (même 36 ans après Shining) alors on est bien mal barré, mais d’un autre côté, le King étant le King, il saurait certainement nous surprendre. Et puis merde c’est le King, je ne peux décemment pas passer à côté d’un de ses bouquins !
Après de longs (10% du bouquin) mais utiles préliminaires (c’est le traducteur qui appelle ça comme ça, pas moi bande de pervers(es)) qui retracent le parcours chaotique de Danny depuis les événements de l’Overlook (lire Shining n’est pas impératif mais il serait dommage, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, de passer à côté d’un grand cru de Stephen King) on entre de plain pied dans une intrigue divisée en quatre parties (la chose fait quand même 600 pages).
Inutile de vous préciser que c’est superbement écrit et que les personnages sont travaillés en profondeur, merde on parle du King pas de BHL ! Bref ça se lit tout seul alors penchons nous plutôt sur l’intrigue à proprement parler.
Dans les premiers chapitres l’on suit donc l’évolution de Danny Torrance au fil des ans, avec ses hauts et ses bas. Ensuite en parallèle on assiste à celle de la naissance à ses douze ans, et quelques chapitres consacrés au Noeud Vrai (de vraies têtes de noeuds c’est indiscutable). Ce n’est que plus tard que ces trois destinées vont se croiser et s’affronter  : Dan et Abra d’un côté, le Noeud Vrai de l’autre. Je sais que (exceptionnellement) mon pitch avance loin dans l’histoire mais c’est aussi le cas de la quatrième de couv’ et honnêtement je ne vois pas comment faire autrement sans laisser de côté toute la partie concernant Abra. Le décor et les personnages sont ainsi plantés.
L’intrigue est d’une incroyable diversité, avant que Dan et Abra n’unissent leurs efforts contre les têtes de noeuds (des méchants que vous adorerez détester, Rose, leur chef, plus que tout autre), on assiste au combat de Dan contre l’alcoolisme (avec l’aide des AA), puis à ses efforts pour dompter le Don et le mettre au service des autres (d’où le titre du roman). Sans doute moins stressante que Shining je peux vous assurer que cette nouvelle histoire du King vous prendra rapidement aux tripes, une fois happé pour le bouquin vous ne pourrez plus le lâcher.
Comme souvent Stephen King réussit quelque chose qui ne ressemble à aucun autre de ses romans, pour un résultat qui frôle atteint l’excellence (c’est simple pour moi c’est un sans faute), une fois de plus il est au sommet de son art. J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Dan Torrance (surtout sa version apaisée) et j’ai adoré le personnage d’Abra qui combine à merveille la fragilité de son âge et la force de son Don.
Deux versions, l’epub commercial d’origine et une version corrigée par un amateur passionné qui a annoté les principales modifs qu’il a effectué. Le résultat est assez impressionnant, il faut croire que Albin Michel (qui publie aussi les VF de Tom Clancy) paie ses traducteurs au lance-pierre ou les recrute en Ouzbékistan.

[BOUQUINS] Anthelme Hauchecorne – Baroque ‘n’ Roll

A. Hauchecorne - Baroque 'n' RollVoilà un bouquin dont le visuel aura fait le plus gros du travail, ne connaissant pas l’auteur je serai passé à côté sans cette couv’, le titre et la quatrième de couverture ont fait le reste et me voilà en train de chroniquer Baroque ‘n’ Roll, un recueil de nouvelles, ou plutôt devrais-je dire un cercueil de nouvelles pour reprendre les mots de l’auteur, Anthelme Hauchecorne.
Ce cercueil/recueil propose quinze nouvelles piochant allégrement dans le vaste genre SFFF ou S3F (Science-Fiction, Fantasy et Fantastique), l’auteur nous propose un vaste éventail du bestiaire du genre puisque l’on croisera au fil des pages : des diablotins, un vampire, des zombies, une fée, des extra-terrestres, et autres bestioles exotiques, même des superhéros ! L’auteur joue aussi sur les ambiances, on passe sans transition de l’humour (noir forcément) à quelque chose de plus brut, voire angoissant. Seule l’écriture reste la même (heureusement sinon on pourrait se demander si notre gars ne souffrirait pas de schizophrénie avancée), le ton est léger, ponctué de quelques remarques acidulées (voire franchement acides) de l’auteur. Si le genre est connu je peux toutefois vous assurer toutefois que l’originalité est belle et bien au rendez-vous, certaines trouvailles ne manqueront pas de vous surprendre…
L’auteur annonce la couleur dans son prologue avec deux définitions (que j’abrège ici) :
– Baroque : se dit de quelque chose d’irrégulier, de bizarre.
– Rock ‘n’ Roll : apologie de la transgression.
Prenez une dose de chacun de ces ingrédients, mélangez bien le tout et régalez-vous !
Avant d’entrer dans le vif du sujet l’auteur nous propose un rapide « historique » de chacune des nouvelles constituant ce recueil, quasiment toutes (il y en a une d’inédite dans le lot) sont issues d’anthologies, de fanzines ou webzines, publiées ici dans leur version d’origine ou retouchée pour l’occasion. La touche d’originalité de cette présentation tient au fait que l’auteur nous indique aussi l’ambiance musicale qui l’a inspiré au cours de la phase d’écriture (d’où le titre je suppose).
Je ne vais pas vous faire un topo sur chacune des quinze nouvelles, ça prendrait des plombes et ça n’avancerait pas à grand chose au final. Comme pour tout recueil de ce genre les différents récits sont inégaux, chacun appréciera plus ou moins, selon son propre ressenti. Pour ma part je n’ai relevé aucune fausse note, j’ai bien entendu mes préférences mais aucune nouvelle du présent volume ne m’a ennuyé ou déçu ; le choix de l’originalité et la variété dans la façon de traiter les divers thèmes abordés y sont sans doute pour beaucoup, le fait est que je me dois de tirer mon chapeau à Anthelme Hauchecorne, moi qui ne suis pas vraiment un amateur de recueil de nouvelles je me suis bien éclaté avec celui-ci.
Un second recueil/cercueil, Punk’s Not Dead, est annoncé pour le quatrième trimestre 2013, je m’en vais donc guetter les rayonnages de mes cimetières/librairies favoris afin de ne pas rater sa sortie, ensuite il sera toujours temps pour moi de me pencher sur ses romans si l’occasion se présente…

[BOUQUINS] Dan Wells – Nobody

D. Wells - NobodyEt une trilogie de plus bouclée avec ce troisième et dernier volet de la chasse aux démons façon John Cleaver, je me suis en effet rué sur Nobody de Dan Wells dès que je l’ai aperçu. Le tome précédent, Mr Monster, se terminait sur un cliffhanger prometteur j’avais donc hâte de découvrir la suite…
John W. Cleaver, plus que jamais convaincu d’être un potentiel tueur en série, se prépare à la confrontation avec Nobody, la démone qu’il a provoqué. Quand l’Homme de Main, un tueur en série, commence à sévir à Clayton le jeune chasseur de démon pense qu’il doit s’agir de Nobody ; reste à savoir qui trouvera l’autre en premier et pour John à éviter, autant que faire se peut, que les victimes ne se multiplient…
L’auteur continue de jouer habilement avec le mélange des genres : fantastique, thriller et humour (noir mais pas que). Le décor étant déjà planté on entre directement dans le vif du sujet, avec une chasse au démon pleine de surprises, de fausses pistes, et de rebondissements. Mais surtout on découvre un John Cleaver qui essaye de se sociabiliser aux côtés de Marci bien qu’il soit toujours incapable de mettre des mots sur ses sentiments pour elle. Un John tiraillé justement entre Marci et Brooke. Cette nouvelle dimension, plus empathique, du personnage, apporte un souffle de nouveauté à l’ensemble.
Plus encore que dans les deux précédents romans John se trouve personnellement impliqué dans son face à face démoniaque, à ce titre les derniers chapitres sont de loin les plus intense de la trilogie, John se trouve face à un dilemme auquel personne n’aimerait être confronté. Et nous heureux lecteurs restons suspendus au page, blindés d’adrénaline ! Alors happy end or not ? Puis quoi encore ! Si vous voulez le savoir il va falloir que vous lisiez le bouquin, et tant qu’à faire profitez-en pour lire la trilogie complète. Tout ce que je peux vous dire c’est que cette fin, heureuse ou non, est grandiose, un bouquet final totalement réussi.
Cet ultime opus est de loin le plus sombre des trois, mais aussi le plus intense au niveau de la charge émotionnelle (bin oui j’ai été à deux doigts de verser une petite larmiche). Franchement je ne peux que vous recommander cette trilogie aussi originale que riche. Les personnages, les situations, les dialogues, tout est parfaitement maîtrisé ; mine de rien l’auteur a dû sacrément se documenter sur les serial killers, ses réflexions sur le sujet ne semblent pas dénuées de bon sens.
Et maintenant Monsieur Wells ? Les deux premiers volumes d’une nouvelle trilogie ainsi qu’un roman « one-shot » sont d’ores et déjà sortis aux Etats-Unis, il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour qu’un éditeur se rue dessus et nous les propose bientôt en français (la trilogie en question, Partials, semble jouer à fond la carte du fantastique post-apocalyptique donc je ne suis pas certain que les Editions Sonatine soient intéressées).