[BOUQUINS] Laurent Pépin – L’Angélus Des Ogres

AU MENU DU JOUR


Titre : L’Angélus Des Ogres
Auteur : Laurent Pépin
Éditeur : Flatland
Parution : 2021
Origine : France
102 pages

De quoi ça cause ?

Et si sa rencontre avec Lucy, une thanatopractrice anorexique et adepte d’une curieuse sorcellerie, pouvait enfin sauver le narrateur des Monstres qui le hantent…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite de Monstrueuse Féérie, un roman totalement atypique qui nous offre une plongée en totale immersion dans une folie heureusement pas du tout ordinaire…

Ma Chronique

Avec Monstrueuse Féérie, Laurent Pépin nous proposait de découvrir un roman à nul autre semblable. Avec cette suite, l’auteur continue d’explorer les méandres de l’esprit dérangé de son narrateur.

Sans surprise on retrouve un cheminement de pensée très particulier, surtout quand il s’agit de réinterpréter certaines réalités. On découvre assez vite que les monstres de l’enfance du narrateur n’étaient que la partie visible de l’iceberg, au fond se cache un monstre plus redoutable et plus puissant que tous les autres réunis.

Un monstre dont il persiste à nier l’existence afin de se protéger (et se protéger de noirs souvenirs), mais aussi de protéger les autres. Et notamment Lucy, sa nouvelle amie, thanatopractrice de profession qui souffre d’une forme grave d’anorexie depuis la perte de son bébé (là encore il faut parfois savoir lire entre les lignes).

Un récit plus sombre que le précédent, dans lequel les souvenirs sont moins profondément enfouis sous diverses réinterprétations. Un récit noir mais plein de poésie dans sa narration (une poésie souvent sous acide mais une poésie toutefois bien réelle). Ne serait-ce que pour cet exercice stylistique aussi original que complexe, le roman de Laurent pépin mérite que l’on s’attarde sur lui.

Lucy veut libérer le narrateur de ses montres, le narrateur veut sauver Lucy de son anorexie. Leur complicité et leur amour peuvent-ils les libérer de leur passé et leur offrir un nouveau départ ? Ou, au contraire, est-ce que leur relation ne peut que leur être nuisible à tous les deux.

Les lecteurs qui ont réussi à ne pas s’enfuir devant le côté totalement atypique de Monstrueuse Féérie, retrouveront facilement leurs marques avec ce nouvel opus. Peut-être est-ce pour cela que le récit nous parait plus limpide, moins abscons.

La magie est toujours de la partie dans ce second roman, Lucy, anorexique le jour, se métamorphose en une ogresse affamée à partir de minuit. Mais même ces banquets gargantuesques ne parviennent à avoir raison du mal qui la ronge.

Laurent Pépin se questionne sur les dangers de la pensée unique, certes le raisonnement du narrateur s’applique à l’intérieur du centre psychiatrique dans lequel il est interné (même si à son niveau il se considère comme un « patient-salarié » du centre) ; il est toutefois aisé pour le lecteur de pousser la réflexion au sein de la société actuelle et son « bien penser » nauséabond.

Que ceux et celles qui n’ont pas accroché à Monstrueuse Féérie passent leur chemin, ce n’est pas ce roman qui les réconciliera avec la verve inimitable de l’auteur. Si vous n’avez pas eu l’occasion de le lire je vous invite à le faire avant de vous lancer dans cet Angélus Des Ogres. Pour ma part je ne regrette pas d’avoir répondu présent pour ce deuxième opus, et c’est avec plaisir que je serai au rendez-vous du troisième et dernier volume, Clapotille.

SI généralement je fuis comme la peste les bouquins reçus au format PDF, je reconnais que pour les textes courts je veux bien faire l’effort d’une conversion maison en epub. J’ai envoyé le résultat à Laurent Pépin, libre à lui (et à son éditeur) d’en faire ce que bon leur semble.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Anne-Marie Mitchell – Le Piéton Du 36

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Piéton Du 36
Auteur : Anne-Marie Mitchell
Éditeur : Lucien Souny
Parution : 2022
Origine : France
144 pages

De quoi ça cause ?

Paris 2019. Le commissaire Noé Jaurèle et le lieutenant Léo Paulin sont appelés sur une scène de crime. Les rares indices retrouvés sur place semblent avoir été laissés à dessein par l’assassin.

Pas le temps de souffler qu’une deuxième victime est identifiée. Aucun doute possible, c’est bien le même assassin qui a frappé à quelques heures d’intervalle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À la base c’est la couv’ qui a titillé ma curiosité, la quatrième de couv’ n’a fait que confirmer mon envie de me pencher sur ce bouquin.

Ce seront quelques échanges avec l’auteure, Anne-Marie Mitchell, qui achèveront de me convaincre.

Ma Chronique

Le Piéton du 36 c’est le commissaire Noé Jaurèle, un surnom qu’il doit à son amaxophobie (la peur de conduire) bien connue de tous.

Pour revenir à mon amaxophobie – qui est, au cas où tu serais trop paresseux pour ouvrir un dictionnaire, la peur maladive de mettre les mains sur un volant –, sais-tu que deux cents millions d’animaux meurent chaque année sur les routes d’Europe, tués par d’abjects écrabouilleurs ?

Jaurèle est un flic à l’ancienne qui se méfie de tout ce qui touche aux nouvelles technologies. Un flic bourru à souhait qui n’a pas son pareil pour manier l’argot, totalement accro à Dolce, son chat chartreux. Fan de Brassens et fervent admirateur de Georges Simenon et de son héros fétiche, le commissaire Maigret.

N’ayant jamais lu Simenon et ne connaissant Maigret que par écran interposé (au cinéma sous les traits de Jean Gabin, à la télévision sous ceux de Jean Richard puis de Bruno Cremer), les nombreuses références à l’auteur et à son personnage m’ont laissé de marbre, mais cela ne m’a nullement empêché d’apprécier ce bouquin.

Sinon je suis piéton (pas amaxophobe, juste piéton sans aucun permis de conduire), ailurophile totalement assumé et non exclusif, grand fan de Brassens et, plus généralement, amoureux de la langue française. Ajoutons à cela un tantinet asocial et vous aurez un aperçu de ce qui me rapproche d’un personnage comme Noé Jaurèle.

En revanche s’il y a bien une différence sur laquelle je ne transigerai pas c’est que quand je vais à la boulangerie je commande un pain au chocolat, pas une chocolatine (vade retro !!!).

Si l’enquête de police ne révolutionnera sans doute pas le genre, elle n’en reste pas moins très bien construite, j’avoue d’ailleurs sans la moindre honte m’être totalement laissé berner sur la fin (mes soupçons se sont orientés sur le mauvais suspect… ce qui était certainement une volonté de l’auteure).

Le roman brille surtout par la qualité et la beauté de son écriture ; les dialogues sont purement et simplement jouissifs (je pense notamment aux échanges en Jaurèle et son lieutenant ou encore entre le commissaire et son ami médecin-légiste). C’est un plaisir qui ravira les amoureux de la langue française.

Il faut dire que Anne-Marie Mitchell apporte un soin tout particulier à ses personnages. À l’inverse de son boss, le lieutenant Léo Paulin est un as en informatique. Le légiste, Edwin Joubert, habitué à parler à ses cadavres en cours d’autopsie n’est pas san rappeler Ducky Mallard de la série NCIS. Vous croiserez aussi un libraire pour le moins atypique et très dissert.

Enfin vous découvrirez un autre aspect de Noé Jaurèle une fois dans l’intimité qu’il partage avec son chat. Un personnage plus fragile qui doit composer avec les blessures du passé que le temps n’efface jamais totalement.

Un roman que l’auteure ancre aussi fortement dans notre réalité pas toujours réjouissante, l’occasion de lancer quelques piques bien senties çà et là… sans toutefois s’attarder en de vaines polémiques.

Le roman est court et se dévorera (ou plutôt se dégustera) d’une traite et vous laissera un baume bienfaisant au cœur et à l’âme tant les mots continueront de chanter à vos oreilles. Et pourquoi pas écouter quelques chanson de Brassens en refermant ce roman ? Ne serait-ce que pour prolonger le plaisir de notre belle langue.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gérald Bronner – Comme Des Dieux

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Titre : Comme Des Dieux
Auteur : Gérald Bronner
Éditeur : Grasset
Parution : 2022
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Une émission de téléréalité pour se choisir un Messie ? C’est l’idée folle et géniale lancée par une église évangélique américaine. Le principe en est simple : après un gigantesque casting mené dans le monde entier, treize candidats choisis pour leurs aptitudes extraordinaires, réelles ou prétendues, concourent dans l’émission He is alive ! et c’est aux téléspectateurs de voter pour le Messie des temps modernes. Notre Messie.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un choix qui s’est joué 100% au feeling, le pitch m’a paru prometteur et j’ai foncé.

Gérald Bronner est plutôt spécialisé dans les ouvrages de sociologie (étant sociologue lui-même, cela n’a rien d’étonnant). Son premier roman, Comment Je Suis Devenu Un Super-Héros (2007), a été initialement adapté pour le cinéma en 2020 et finalement diffusé sur Netflix en 2021 (crise sanitaire et restrictions liées à celle-ci obligent).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Avec ce roman Gérald Bronner s’essaye pour la seconde fois à la fiction, je reconnais sans aucune honte n’avoir pas lu son premier roman, Comment Je Suis Devenu Un Super Héros, mais j’ai vu le film que j’avais trouvé fort sympathique soit dit en passant.

Il est évident que l’athée viscéral que je suis espérait un scénario qui prend ses distances avec les préceptes religieux ; je misais beaucoup sur l’esprit rationnel de l’auteur pour aller dans ce sens.

Et sur ce point j’ai eu le nez creux, Gérald Bronner explique de façon claire et concise certaines notions de sociologie appliquées aux sectes et plus largement à toute forme de croyance. Il ne va d’ailleurs pas que s’intéresser aux croyances / superstitions en appliquant la sociologie à différents comportements humains… Ça aurait pu être rébarbatif pour les non-initiés, c’est juste captivant (didactiquue sans être pompeux) !

Le narrateur, Jeff Jefferson, est un modeste universitaire d’origine franco-américaine, alors qu’il vient de se faire plaquer par sa femme et virer de son job, il va se retrouver engagé sur le show de téléréalité He is alive !. Un spectacle orchestré par l’Église des jours nouveaux (un mouvement auquel il avait consacré sa thèse quelques années plus tôt), durant lequel 13 candidats vont s’affronter dans l’espoir d’être élu – par le public – Messie des temps modernes.

Et ce brave Jeff va s’impliquer bien plus que de raison dans ce grand show télévisé, au risque de se brûler les ailes et d’y perdre le peu d’âme qu’il lui reste…

J’aurai aimé plus de cynisme autour du programme qui offre une occasion rêvée de pointer du doigt les dérives de la téléréalité (associées à des dérives idéologiques / théologiques). Ce ne fut pas le choix de l’auteur et le résultat n’en demeure pas moins convaincant (mais il aurait pu être plus mordant).

Le show et tout ce qui tourne autour pourrait constituer la première partie de l’intrigue (une grosse moitié du bouquin). La seconde partie va plutôt s’articuler autour de ce nouveau Messie 2.0… l’occasion de réaliser que le costard de prophète n’est pas toujours évident à porter.

Gérald Bronner nous plonge dans l’esprit de son narrateur, on partage ses joies, ses doutes, ses peines, ses instants de pure félicité comme sa détresse (parfois physique, souvent psychologique).

Je ne m’étendrai pas sur l’autre personnage phare du roman, notre fameux Messie, afin de préserver le plaisir de la découverte. Je peux juste toutefois vous dire que l’on bien loin des enseignements de son prédécesseur punaisé…

Pour l’anecdote, le périple messianique de nos héros va les amener à croiser la route – et à changer le funeste destin – de la secte Heaven’s Gate (qui au centre de l’excellent docu-fiction Dieu est Un Voleur Qui marche Dans La Nuit signé Quentin Bruet-Ferréol).

Le style de l’auteur est agréable et abordable ce qui permet une grande fluidité de lecture, on en viendrait même à se surprendre de l’aisance avec laquelle on enchaîne les chapitres.

Je conçois volontiers que certains lecteurs puissent passer à côté de ce bouquin (voire plus), pour ma part j’ai bien accroché mais ce n’est pas pour autant que je le conseillerai aveuglément.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Christophe Agnus – L’Armée D’Edward

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Titre : L’Armée D’Edward
Auteur : Christophe Agnus
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2022
Origine : France
514 pages

De quoi ça cause ?

Le même jour, vingt personnalités de premier plan – politiciens, hommes et femmes d’affaires, stars du rap ou de la télé – disparaissent subitement et de manière inexpliquée.

Qui se cache derrière ces enlèvements ? Quelles sont les revendications de cette secrète « Armée d’Edward » ? Et que va-t-il advenir des disparus ?

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’à force de lire des critiques très positives, voire franchement dithyrambiques, il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur ce bouquin qui était passé entre les mailles de mes vigilances.

Et forcément quand Yvan, Aude et The Cannibal Lecteur sont emballés, je ne vois pas comment je pourrai résister plus longtemps !

Ma Chronique

Alerte générale ! POTUS a été enlevé !!! Non POTUS n’est pas mon doudou favori (je vous rassure, je n’ai pas de doudou). Ce n’est pas non plus le caniche de tata Odette (je n’ai pas non plus de tata Odette… ni de caniche). POTUS n’est autre que Mick Faeker, le président des États-Unis (President Of The United States).

Ainsi commence le roman de Christophe Agnus. Pour un premier roman l’auteur place la barre haut et s’attaque à un genre assez peu répandu au sein de la sphère littéraire francophone : le techno-thriller. Un défi doublement couillu pour se lancer dans l’arène, mais un défi remporté haut la main !

Il faut dire que ce brave (pas si brave que ça) POTUS n’est pas le seul à s’être mystérieusement volatilisé. Dix-neuf autres personnalités de différents milieux (politique, économie, spectacle) ont disparu par le monde. Qui se cache derrière une opération d’une telle envergure ? Et quelles seront ses revendications ?

Ces actions chocs sont revendiquées par l’Armée d’Edward (que les midinettes en rut dégoulinantes de guimauve renfilent leurs culottes à fleurs, rien à voir avec le vampirique Edward Cullen), une organisation jusqu’alors inconnue dirigée par un certain Omen et disposant de moyens quasiment illimités.

D’entrée de jeu Christophe Agnus redistribue les cartes, les méchants terroristes / kidnappeurs sont les vrais gentils de l’histoire, leurs victimes, les autorités et les agences de renseignements endossent (une fois n’est pas coutume) le costume des méchants. Et le pire c’est que ce tour de passe-passe ne choque pas outre mesure, on se prend au jeu, pour une fois on a vraiment envie que ce soient les supposés terroristes qui gagnent la partie.

Dans le même ordre d’idée, si tout ne semble pas toujours crédible, la plume de l’auteur sait y faire pour que l’on ait juste envie de se laisser guider par l’intrigue, sans chercher à creuser la faisabilité ou non de tel ou tel point de détail.

Si l’Armée d’Edward réserve un traitement spécial à Mick Faeker, c’est surtout pour qu’il prenne conscience des inepties de sa politique. Il faut dire que le gars est très inspiré par un certain Donald ‘Cheezel‘ Trump, qui a lui aussi occupé la Mason Blanche le temps d’une mandature qui n’a pas laissé que des bons souvenirs aux américains (et accessoirement aux autres aussi).

Les autres kidnappés seront regroupés sur une île du Pacifique avec le strict minimum pour assurer leur survie : des abris rudimentaires, de l’eau, du riz et les ressources naturelles à disposition. Ça ne vous rappelle pas vaguement quelque chose ? Bon sang, mais c’est bien sûr ! Koh Lanta, le jeu de survie diffusé par TF1 et animé par Denis Brogniart. Et effectivement nos apprentis survivants vont être filmés H24, à l’insu de leur plein gré. Comme dans le jeu télévisé, confrontés à la survie, ce sont bien leurs instincts les plus primaires qu’ils laisseront s’exprimer.

Une intrigue qui fait la part belle aux nouvelles technologies, que ce soit l’Armée d’Edward ou les autorités et agences de renseignements, ils ne lésineront pas sur les moyens. Les uns pour espionner et anticiper les réactions de leurs adversaires, les autres pour essayer de comprendre tout ce qui se cache derrière une opération d’une pareille envergure.

Au-delà de l’action pure et dure (qui ne manque pas), il y aussi le message que porte cette fameuse Armée d’Edward, un appel au respect des lois en vigueur qu’il s’agisse de lutte contre la corruption ou de protection de l’environnement. Un message à portée écologique au sens noble du terme (loin de ses perversions politiques). Un message qui pousse le lecteur a encore plus d’empathie pour ces terroristes.

Il faut bien reconnaître que le traitement des personnages est un tantinet manichéen ; là où ça complote dans l’ombre à l’abri du Bureau Ovale, où les kidnappés se tirent dans les pattes (et plus si affinités), les rangs de l’Armée d’Edward opposent une solidarité à toute éprouve. Mais une fois encore, ce n’est pas grave, on accepte le topo les yeux fermés !

Alors oui ça a indéniablement quelque chose de jouissif de voir la plus puissante administration du monde et ses agences de renseignement tournées en ridicule, se faire égarer sur de fausses pistes parfois grosses comme une maison et avoir toujours un coup de retard sur leur adversaire.

Certes le roman n’est pas exempt de défauts mineurs, mais on les oublie rapidement pour se laisser porter par l’intrigue, sans doute parce qu’on a tout simplement envie d’y croire. Il n’en reste pas moins que pour un premier roman, Christophe Agnus réussi un véritable tour de force en imposant, de la première à la dernière page, un rythme de folie qui ne faiblira jamais. Du coup on enchaine les chapitres (un chapitre, une journée) pour en savoir toujours plus, et on dévore inlassablement les 500 pages du bouquin.

MON VERDICT

Coup de poing

[BOUQUINS] Harold Schechter & Eric Powell – Ed Gein – Autopsie D’Un Tueur En Série

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Titre : Ed Gein – Autopsie D’Un Tueur En Série
Scénario : Harold Schechter & Eric Powell
Dessin : Eric Powell
Éditeur : Delcourt
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2021)
288 pages

De quoi ça cause ?

Le 16 novembre 1957 Ed Gein est arrêté pour le meurtre de Bernice Worden, une commerçante de Plainfield. Les policiers ne le savent pas encore mais ce qu’ils vont découvrir dépasse l’entendement.

Comment Ed Gein en est-il arrivé là ?

Ma Chronique

Je remercie les éditions Delcourt et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

À la base je n’avais pas prévu de lire ce bouquin tout de suite, j’ai eu le malheur de l’ouvrir « juste pour voir »… et je n’ai plus pu le refermer avant de l’avoir terminé ! Et du coup je me le suis fait quasiment d’une traite.

Il faut dire que je suis le client idéal pour ce genre de bouquin, j’ai toujours été intéressé par le phénomène des serial killers. J’étais donc particulièrement curieux de voir comment le cas Ed Gein pourrait être traité au format roman graphique.

Avec deux victimes officiellement reconnues, Ed Gein n’est pas un serial killer au vu de la nomenclature admise du terme puisqu’il faut avoir au moins fait trois victimes. Toutefois les faits de nécrophilie qui lui sont reprochés (ainsi que de sérieux doutes sur d’autres victimes potentielles) justifient qu’il soit malgré tout considéré comme tel. Sans parler de l’impact qu’il aura ultérieurement sur la production cinématographique et plus largement sur la pop culture (cf. plus bas).

Plutôt que de miser sur le sensationnalisme, l’intégralité du roman graphique se présente comme une analyse factuelle de l’affaire Ed Gein basée sur les documents officiels et les extraits de journaux de l’époque et agrémentée d’éléments de fiction afin de consolider le récit. Un gros travail de documentation parfaitement synthétisé et scénarisé par Harold Schechter.

Le récit se décline sur onze chapitres qui couvriront une grande partie de la vie d’Ed Gein, il est complété par des annexes (un entretien avec un psychiatre ayant suivi Ed Gein et un autre avec une voisine) et un carnet de croquis préliminaires au roman.

De l’enfance d’Ed Gein on peut retenir un père alcoolique et parfois violent, mais surtout une mère complètement bigote et autoritaire (la grenouille de bénitier version XXL). Pas franchement le foyer des Bisounours, mais Ed Gein vouait une adoration totale à sa mère… son décès en 1945 aura sans doute suffi à faire péter des câbles déjà pas très bien connectés les uns aux autres.

Par la suite l’enquête et le procès essayeront de dessiner un profil psychologique d’Ed Gein mais plonger démêler l’écheveau qui constitue l’esprit de Gein ne sera pas une sinécure. D’autant que le gars n’aura de cesse de se contredire et semble incapable de la moindre empathie.

De fait, aujourd’hui encore il subsiste quelques zones d’ombre autour de l’affaire Ed Gein, de sérieux soupçons sur d’autres victimes potentielles qui n’ont jamais pu être identifiées, de même on ne sait pas avec certitude jusqu’où ses penchants nécrophiles ont pu le pousser… Comme le résume fort justement un journaliste à la fin du roman :

Dans les faits, le type a tué deux femmes, déterré plusieurs corps et fabriqué des choses avec leur peau. C’est ça, les faits.
À part ça…
Le seul à vraiment savoir ce qui s’est passé dans cette maison… C’est Ed Gein.

Le fait de ne pas chercher à diaboliser à tout prix Ed Gein rend le récit encore plus glaçant, ce n’est pas un monstre l’auteur de ces horreurs mais un gars presque comme vous et moi.

Le roman ne se focalise pas uniquement sur Ed Gein et sa personnalité aussi complexe que trouble, il s’intéresse aussi à l’impact qu’aura l’affaire sur les habitants de Plainfield. Des habitants qui, pour la plupart, considéraient Ed Gein un type gentil mais pas très fûté… bien loin de s’imaginer les horreurs qu’abritaient la vieille ferme des Gein.

Le dessin d’Eric Powell est juste sublime, le trait hyper réaliste restitue à la perfection les émotions des personnages, le choix des nuances de gris est parfaitement adapté au récit. Là encore il n’y a aucune surenchère sur l’aspect horrifique des faits, tout est parfaitement dosé. C’est un régal pour les yeux.

Concernant le choix du titre j’avoue avoir une petite préférence pour la version originale : Did You Hear What Eddie Gein Done ? que l’on pourrait traduire par Vous avez entendu (entendu dire) ce qu’Ed Gein a (aurait) fait ?. Toutefois, il est vrai que l’analyse a posteriori des actes d’Ed Gein pourrait, quelque part, s’apparenter à une autopsie même si celle-ci est plus psychologique que physique.

Avant Ed et Psychose, les monstres des films venaient systématiquement d’ailleurs : Transylvanie, Allemagne, Angleterre… Ou de l’espace.
Sous les traits de Norman Bates, Ed Gein introduisit quelque chose de nouveau et de révolutionnaire sur le grand écran : le monstre américain pure souche. La terreur voisine.
Norman Bates ne fut pas la seule icône de film d’horreur que Gein inspira. Il servit également de modèle pour Leatherface et son masque en peau humaine dans Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, ainsi que Jame Gumb alias Buffalo Bill, le tueur en série qui coud un costume en peau à partir des corps écorchés de ses victimes féminines dans Le Silence des agneaux de Thomas Harris.
Mais l’influence culturelle d’Ed fut plus vaste encore. Si Psychose donna naissance au genre “slasher”, la figure d’Ed Gein se dresse derrière chaque psychopathe brandissant un couteau, une hache ou un couperet ayant hanté les écrans dans les décennies qui suivirent.

Dans la même veine, j’ai en stock les quatre titres de la collection Stéphane Bourgoin présente les serial killers publiés chez Glénat, qui s’intéressent à Ted Bundy, Michel Fourniret (retiré depuis sur décision de justice), Gerard Schaefer et Edmund Kemper. 

MON VERDICT


[BOUQUINS] Christophe Royer – La Quatrième Feuille

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Titre : La Quatrième Feuille
Auteur : Christophe Royer
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
306 pages

De quoi ça cause ?

À quelques jours de son premier vernissage, Sophie a tout pour être heureuse. Avec l’aide de Carole, son amie de toujours, elles peaufinent les derniers détails avant le grand jour.

Un drame va alors faire remonter à la surface un passé qu’elle pensait définitivement oublié. La descente aux enfers ne fait que commencer…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que je ne refuse jamais leurs propositions de découvrir un de leurs titres… qui bien souvent s’avèrent être d’excellente qualité.

Parce que j’ai beaucoup aimé les deux précédents romans de Christophe Royer, d’autant que ce celui-ci permet de découvrir l’auteur aux manettes d’une intrigue totalement indépendante des précédentes.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Avec ce nouveau roman Christophe Royer délaisse temporairement (c’est lui qui le dit… et le répète, dans ses remerciements) le personnage de Nathalie Lesage.

Si l’auteur laisse son personnage fétiche profiter d’un repos bien mérité, il reste clairement dans le registre du thriller avec La Quatrième Feuille. Et plus particulièrement du thriller psychologique, poussant à l’extrême la notion de personnalité toxique.

Au départ il y avait trois adolescentes, amies inséparables, Sophie, Carole et Béatrice, les trois drôles de dames comme elles se plaisaient à s’identifier. Pour symboliser leur amitié indéfectible, elles dessinaient un trèfle à trois feuilles, formé de trois D imbriqués.

Puis Maud est arrivée, sans cheval ni grand chapeau (faut être vieux pour comprendre), les trois drôles de dames devinrent quatre drôles de dames et le trèfle gagna une quatrième feuille. Si dans la culture populaire le trèfle à quatre feuilles est un porte-bonheur, ici il sera plutôt porteur de drames et de destruction.

Mais je brûle les étapes en vous disant cela, c’est la seconde partie du roman qui vous fera découvrir toute l’histoire passée de ces (pas toujours) drôles de dames.

Le roman démarre plutôt sous les meilleurs auspices pour Sophie qui prépare fébrilement son premier vernissage avec l’aide de Carole. Mais voilà, quelques jours avant l’ouverture de l’expo c’est le drame, Carole est agressée et le local incendié.

Après le flashback constitué par la seconde partie du roman, les deux suivantes vont se concentrer exclusivement sur l’enquête présente.

Et quelle enquête ! Nul doute qu’elle saura surprendre même le plus aguerri des amateurs de thrillers. Il faut dire que l’auteur ne ménage pas ses personnages et ses lecteurs. Comme les policiers chargés de l’enquête, nous serons face à une énigme d’apparence insoluble (ils ont une coupable toute désignée mais son alibi est inattaquable).

Christophe Royer décortique avec beaucoup de justesse le processus de manipulation psychologique que peut déployer une personne toxique pour asseoir son emprise sur les autres. Mais cette fois la victime se rebiffe et ne se laisse pas embobiner, ce qui va enfoncer l’autre dans un délire de persécution et une folie destructrice.

Heureusement le process est poussé à l’extrême pour les besoins de l’intrigue… quoique l’auteur nous apprend que son roman est inspiré de faits réels ; où s’arrête la réalité et où commence la fiction ? Bonne question… lui seul connaît la réponse.

J’ai souvent eu l’occasion de le dire, et je ne cesserai de le répéter, la clé de voûte d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, c’est leur crédibilité qui fera que l’intrigue fonctionne (ou à contrario s’effondre). Là encore Christophe Royer ne laisse rien au hasard mais je ne m’attarderai pas sur la question afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Comme souvent avec les titres de Taurnada, j’ai dévoré le bouquin d’une traite, totalement happé par l’intrigue, de la première à la dernière page. Une pépite de plus dans le coffre déjà bien rempli des éditions Taurnada.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Robert Galbraith – Sang Trouble

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Titre : Sang Trouble
Série – Cormoran Strike – Livre 5
Auteur : Robert Galbraith
Éditeur : Grasset
Parution : 2022
Origine : Angleterre (2020)
928 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il visite sa famille dans les Cornouailles, Cormoran Strike est abordée par une inconnue qui l’implore de l’aider à retrouver sa mère, disparue ans des circonstances encore inexpliquées en 1974.

Après en avoir discuté avec son associée, Robin Ellacott, et bien que n’ayant jamais eu à travailler sur des cold cases, Strike accepte de reprendre l’enquête.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le cinquième opus des enquêtes de Cormoran Strike et de Robin Ellacott. Non seulement les intrigues sont bien fichues, mais en plus on prend plaisir à assister à l’évolution des personnages.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Grasset et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé le duo d’enquêteurs que forment Cormoran Strike et Robin Ellacott. Pour la première fois ils vont devoir plancher sur un cold case, le Dr Margot Bamborough a en effet mystérieusement disparu un soir de 1974, alors qu’elle quittait le cabinet médical dans lequel elle exerçait. C’est à la demande de sa fille, Anna, que Strike et Robin vont accepter de remonter et démêler les fils de l’enquête.

Comme souvent quand on est confronté à une série, certains lecteurs peuvent se poser la question de la nécessité d’avoir lu les tomes précédents ou si cela reste accessoire. Très honnêtement, même si cela ne s’impose pas nécessairement, je vous invite à lire les précédents tomes de la série dans l’ordre. C’est la meilleure façon d’apprécier pleinement la situation des personnages.

Si les affaires sont plutôt florissantes pour nos deux détectives associés, d’un point de vue personnel ce n’est pas vraiment la joie. Galanterie oblige je commencerai par Robin, empêtrée dans un divorce qui n’aurait dû être qu’une formalité, mais c’était sans compter sur la fierté mal placée de son ex, Matthew, qui semble prendre un malin plaisir à faire traîner les démarches.

De son côté Strike n’est guère mieux loti. Il est au chevet de sa tante, qu’il considère comme une mère, atteinte d’un cancer en phase terminale. Un malheur n’arrivant jamais seul, il va aussi devoir composer avec les soudains élans familiaux de son géniteur et les états d’âme de son ex, Charlotte, plus suicidaire et pleurnicharde que jamais.

En plus de la disparition du Dr Bamborough, l’agence doit assurer le suivi des affaires en cours ; heureusement que Strike et Robin pourront compter sur leur équipe en renfort même s’ils devront parfois, eux aussi, mouiller la chemise. Des affaires qui sont bien plus que de simples digressions de l’intrigue principale, ce sont elles qui contribuent à faire bouillir la marmite et, pour certaines, elles sont loin d’être aussi anodines que l’on pourrait le supposer de prime abord.

Matthew étant moins présent dans le présent roman, on aurait pu craindre l’absence d’une tête à claques de service ; je vous rassure tout de suite, il a un trouvé un digne successeur en la personne de Saul Morris, l’un des enquêteurs sous-traitant de l’agence. Difficile, pour ne pas dire impossible, d’imaginer plus beauf que ce type.

En reprenant l’enquête sur la disparition du Dr Bamborough, Strike et Robin vont rapidement se retrouver confrontés à un enquêteur obsessionnel, convaincu que le coupable ne peut être que Dennis Creed, un tueur en série qui n’a pas encore livré tous ses sombres secrets. Une obsession qui le poussera à manipuler les témoins et à suivre de vagues pistes ésotériques afin que les faits viennent, envers et contre tout, corroborer ses soupçons.

Ne pouvant se fier au seul rapport d’enquête, Strike et Robin vont devoir interroger les témoins précédemment entendus par la police. À condition bien sûr que ceux-ci soient toujours en vie et de parvenir à leur mettre la main dessus. Les témoignages, parfois contradictoires, vont pousser les enquêteurs à examiner de nombreuses pistes, dont celle d’une famille qui régnait sur le crime organisé dans les années 70.

À partir de là les enquêteurs vont s’engager dans un jeu de pistes labyrinthique dans lequel ils auront bien du mal à démêler le vrai du faux. Décortiquant chaque témoignage obtenu afin de le comparer à celui livré au moment des faits, au rapport d’enquête et aux notes (plus ou moins absconses) de l’inspecteur Talbot. De quoi s’arracher les cheveux et y perdre son latin… mais il faudra plus que ça pour décourager notre duo de choc.

Et au milieu de tout ça on suit l’évolution de la relation entre Strike et Robin, une relation sur fond de valse-hésitation, un pas en avant et deux pas en arrière ; tantôt on souffle le chaud, tantôt on souffle le froid. L’aspect personnel est encore fois (peut-être même plus que jamais) au centre de l’intrigue mais sans que cela ne vienne casser le rythme.

Niveau adrénaline, on ne peut pas vraiment dire que le palpitant et les nerfs soient mis à rude épreuve ; l’enquête se déroule sans grosse montée de stress pour nos deux enquêteurs, jamais ils ne se retrouveront réellement en danger.

Une intrigue rondement menée qui réserve quelques surprises (j’avoue que je ne m’attendais pas du tout au final), si l’adrénaline n’est pas au rendez-vous, l’ennui non plus. On se laisse volontiers entraîner par l’enquête et les déboires personnels de Strike et Robin, du coup les 900 (et plus si affinités) pages passent comme une lettre à la poste.

Bien entendu je serai au rendez-vous pour leur sixième enquête (prévue pour cette année en VO), en espérant toutefois quelque chose d’un peu plus nerveux.

D’ici là, si l’occasion se présente, il faudrait que je me penche sur la série TV C.B. Strike qui compte déjà quatre saisons (une pour chacun des précédents romans) avec une cinquième annoncée (dédiée à Sang Trouble cela va sans dire).

MON VERDICT

[BRD] Les Éternels

À L’AFFICHE DU JOUR


Titre : Les Éternels
Réalisation : Chloé Zhao
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Company
Origine : États-Unis
Durée : 2h36

Casting

Gemma Chan : Sersi
Richard Madden : Ikaris
Angelina Jolie : Thena
Barry Keoghan : Druig
Kumail Nanjani : Kingo
Lia McHugh : Sprite
Brian Tyree Henry : Phastos
Lauren Ridloff : Makkari
Ma Dong-Seok : Gilgamesh
Salma Hayek : Ajak

Le pitch

Depuis l’aube de l’humanité, les Éternels, un groupe de héros venus des confins de l’univers, protègent la Terre. Lorsque les Déviants, des créatures monstrueuses que l’on croyait disparues depuis longtemps, réapparaissent mystérieusement, les Éternels sont à nouveau obligés de se réunir pour défendre l’humanité…

Ma chronique

Quand y en a plus, y en a encore… c’est une fois de plus le MCU qui sera mis à l’honneur de notre escapade cinéphile. Avec encore un groupe de super-héros dont je n’avais jamais entendu parler, Les Éternels ; à ma décharge ils ne sont pas censés se mêler des affaires des humains (même quand Thanos détruit la moitié de l’humanité d’un claquement de doigt).

De fait le film détonne quelque peu dans ce MCU (et je vois mal comment Les Éternels peuvent trouver leur place, à moins de continuer de suivre leur propre voie). Notre bande de visiteurs spatiaux a débarqué sur Terre en 5000 ans avant JC (Jésus Christ, pas Jacques Chirac) en Mésopotamie, pendant des milliers d’années ils vont défendre l’humanité – à l’insu de son plein gré – en traquant les Déviants. Une fois la menace disparue, ils vont se séparer, se fondre dans la masse et vivre leur vie (éternelle) au milieu des humains… à chacun de trouver sa place.

Du coup on alterne entre l’intrigue présente qui voit réapparaître les Déviants, dans une forme plus évoluée, et va donc exiger que les Éternels se regroupent pour affronter ensemble cette nouvelle menace, et des flashbacks qui nous permettent de suivre le parcours des Éternels aux côtés des humains. Un double arc narratif plutôt bien pensé qui souligne le côté « à part » de ce film.

Sans surprise le contrat divertissement est rempli avec des scènes d’action bien dosées, ponctuées par quelques touches d’humour, le tout servi par un visuel irréprochable. Une intrigue qui va au-delà du simple divertissement quand les Éternels découvrent leur véritable rôle sur Terre.

Au niveau visuel et effets spéciaux j’aurai juste un petit bémol concernant le Domo, le vaisseau des Éternels. Franchement les gars vous étiez pris par le temps pour nous pondre un vulgaire parallélépipède qui ressemble plus au monolithe qui apparaît en introduction du film 2001, Odyssée De L’Espace en version XXL qu’à un vaisseau spatial.

Parmi les interprètes des Éternels on trouve aussi bien des stars qui tiennent le haut de l’affiche depuis longtemps (et dont la présence est quelque peu surprenante dans un tel film… surtout en ce qui concerne Angelina Jolie), que des stars moins connues du grand public. Un casting et un panel de personnages très (trop ?) hétéroclite qui fait la part belle à la mixité (aussi bien d’un point de vue ethnique que sexuel).

Les grands méchants de l’histoire, les Déviants, sont 100% en images de synthèse, seul Kro (rien à voir avec une bière alsacienne bien connue), leur chef de file, qui fait office de Déviant 2.0, bénéficie d’une voix off (les autres s’expriment surtout par grognements et borborygmes divers et variés).

Au milieu de tous ces personnages cosmiques, il y a peu de place pour les simples humains. À noter toutefois la présence (presque anecdotique) au casting de Kit Harrington (qui s’est fait connaître grâce à la série TV Game Of Thrones), et celle, plus présente, de Harish Patel qui interprète le valet de Kingo.

Nous retrouverons bien entendu les incontournables scènes post-générique, sans vous en dévoiler la teneur je tiens toutefois à préciser que l’on découvre que la présence de Lit Harrington au casting pourrait bien ne pas être simplement anecdotique.

Le contrat Marvel est une fois de plus relevé, on ne voit pas passer les 2h36 du film et la promesse d’une suite nous tient en haleine – reste à savoir si (et si oui, comment) les Éternels rejoindront le cycle multivers du MCU ou s’ils suivront leur propre voie.

S’agissant du MCU j’aime bien finir mes chroniques en parlant gros sous (au vu des montants c’est peu de le dire). Les Éternels a bénéficié d’un budget de 200 millions de dollars, à ce jour le box-office mondial affiche un « modeste » score de 402 millions de dollars.

Si, comme moi, ces histoires de gros sous vous intéressent, je vous invite à consulter cette page Wikipédia qui vous indique, pour chaque film du MCU, divers chiffres du box-office (États-Unis et Canada / Reste du monde / Total) et le budget. Ne vous inquiétez pas si vous avez une sensation de vertige, certains chiffres ont de quoi donner le tournis.

♥♥♥½

[BOUQUINS] Claire Bauchart – Le Manuscrit MS620

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Manuscrit MS620
Auteur : Claire Bauchart
Éditeur : Filature(s)
Parution : 2022
Origine : France
205 pages

De quoi ça cause ?

1920. Herta Mertil, militante féministe et auteure au succès d’estime, purge sa peine au bagne de l’Île des Pins. Quelques jours avant de rendre son dernier souffle, elle achève son ultime texte : un manuscrit codé.

1980. Nouméa. Suzanne, la petite-fille d’Herta s’est fait la promesse de décrypter le texte de son aïeule avant sa mort. Le temps presse car un « cancer à un stade avancé », la bouffe de l’intérieur.

2011. Washington DC. Hortense, une brillante étudiante passionnée de mystères et de criminologie (tout particulièrement les cold case), cherche, elle aussi, à décoder ce mystérieux manuscrit.

2019. Singapour. Bérénice, experte en cybersécurité et en cryptologie se voit confier par son employeur la mission de décrypter le manuscrit pour le compte d’un client. Une tâche qu’elle prend comme un affront visant surtout à l’écarter d’un projet qui lui tenait particulièrement à cœur.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

À votre avis ? Il est question de l’île des Pins et de Nouméa… c’est fait pour moi ! Au-delà de tout chauvinisme déplacé, j’aime bien ces histoires de codes secrets et de symboles à déchiffrer.

Ma Chronique

Quand je pense codes et symboles à décrypter c’est l’auteur Dan Brown et son personnage de Robert Langdon qui me viennent immédiatement à l’esprit. D’entrée de jeu je tiens à préciser que si l’intrigue du présent roman n’est pas aussi dense et complexe que celles imaginées par Dan Brown, Claire Bauchart tire toutefois bien son épingle du jeu en nous livrant un bouquin bien ficelé et très agréable à lire (pas besoin de sortir les Doliprane, tout est parfaitement et clairement expliqué).

Une intrigue chorale à trois voix (un peu plus en réalité) qui vous fera voyager de l’île des Pins à Paris, en passant par Washington et Singapour. Le fil rouge étant ce fameux manuscrit et son code qui pourrait bien lever le voile sur les circonstances du crime d’Herta Mertil. Mais vous verrez que ce n’est pas le seul fil rouge permettant de lier les époques.

Au niveau des personnages (dans l’ordre antéchronologique) j’ai bien aimé les acteurs de 2019, et tout particulièrement Bérénice. J’ai eu plus de mal avec Hortense (2011) qui, aussi brillante soit-elle, apparait bien souvent comme imbue d’elle-même et prétentieuse. Impossible de ne pas s’attacher à Suzanne (1980), un peu plus de mal au départ avec son fils (Émile) et sa belle-fille (Rachel), mais ils remonteront rapidement dans mon estime.

On se laisse bien volontiers porter par l’intrigue même si, pour ma part, j’ai assez vite compris le secret de Herta Mertil. Pour le reste on se prend au jeu et on échafaude des hypothèses au fil des chapitres.

J’avoue que j’ai été vachement surpris que le terme nyctaginaceae, qui constituerait la clé d’une partie du code ait donné autant de fil à retordre à Hortense et Bérénice (respectivement en 2011 et 2019). Une simple recherche Google suffisait à répondre à la question (c’est la première chose que j’ai faite quand ce mot est apparu dans le bouquin).

Concernant le décryptage des symboles j’avais bien envisagé que chaque figure devait représenter une lettre mais j’avoue très honnêtement ne pas avoir poussé plus loin ma recherche… je ne l’aurai pas fait même en ayant l’intégralité du texte sous le nez, c’est bien trop fastidieux. En revanche Bérénice expose de façon claire et précise la méthode dans son explication.

Une intrigue attachante et captivante que vous aurez bien du mal à lâcher… rassurez-vous le bouquin est relativement court, pas de nuits blanches en perspective !

Au-delà de son intrigue, ce roman est aussi une ode aux femmes et à leurs combats, d’abord pour gagner leurs libertés (de travailler, de se marier, de voter…), puis pour davantage d’égalité, dans tous les domaines. Pour porter son message l’auteure peut compter sur ses personnages féminins qui ont un caractère bien trempé et savent ce qu’elles veulent.

Je ne connaissais pas du tout Claire Bauchart, ce bouquin m’a donné envie de plonger plus avant à la découverte de son univers littéraire, il va falloir que je me penche sur la question afin de voir si certains de ses précédents romans sont susceptibles de m’intéresser.

Un de mes petits plaisirs (sadiques) quand je lis un roman se déroulant en Nouvelle-Calédonie, et à plus forte raison écrit par un(e) auteur(e) qui n’a jamais mis les pieds sur le Caillou, est de dénicher les erreurs qui trahissent cet état de fait. Claire Bauchart n’échappera pas à cette chasse aux intrus, un jeu qui se veut bon enfant, sans la moindre arrière-pensée :
– Point de sable blanc sur la plage de l’Anse Vata, juste du sable lambda (et malheureusement de moins en moins de plage),
– Difficile de flâner en fin d’après-midi dans les allées du marché municipal, il ferme à 13 heures,
– Jamais vu de litchi de la taille d’une balle de tennis… du ping pong à la rigueur.
Comme vous pouvez le constater, il n’y a rien qui soit de nature à perturber le lecteur, c’est même plus anecdotique qu’autre chose.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Cai Jun – Comme Hier

AU MENU DU JOUR


Titre : Comme Hier
Auteur : Cai Jun
Éditeur : XO
Parution : 2022
Origine : Chine (2017)
398 pages

De quoi ça cause ?

13 août 1999. Une lycéenne disparaît…
13 août 2012. Une adolescente est retrouvée sans vie dans un parc d’attractions…
13 août 2017. Un professeur d’informatique, son épouse et leur fils de cinq ans meurent dans un incendie…

Trois drames qui ont tous eu lieu dans la rue Nanming. seraient-ils liés les uns aux autres ? L’inspecteur Ye Xiao, chargé de l’enquête sur la dernière affaire, doit répondre à tout prix à cette question.

Très vite, la jeune Sheng Xia vient l’épauler. Cette hackeuse de génie est décidée à venger la mort de l’enseignant avec lequel elle a programmé Comme Hier : une application de réalité virtuelle qui permet à chacun de voyager dans sa mémoire profonde et les souvenirs des autres…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que son précédent roman publié par XO, La Rivière De L’Oubli m’avait paru prometteur malgré quelques bémols mineurs. J’étais donc curieux de voir si ce nouveau roman tiendrait la route…

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Ah que voilà une chronique qui va me donner du fil à retordre… J’ai eu un mal fou à « entrer » dans ce bouquin et pourtant l’intrigue en elle-même me donnait envie d’en savoir plus.

La lecture fut parfois laborieuse sans que je puisse vraiment m’expliquer le pourquoi du comment du truc.

Je pourrais mentionner le fait d’être passé à côté de nombreuses références à des artistes (auteurs, acteurs…) chinois et à leurs œuvres qui me sont totalement inconnus, mais je ne crois pas, parce qu’en fait je m’en fous royalement.

En revanche j’ai retrouvé le même défaut que dans La Rivière De L’Oubli, Cai Jun a tendance à se répéter et à la longue ça devient saoulant : on a pigé que Sheng Xia a une tumeur au cerveau et qu’elle peut caner à tout moment… pas besoin de nous rebattre les oreilles avec ça à chaque chapitre !

Plus probablement un mix entre réel et virtuel qui a du mal à trouver son point d’équilibre, certains passages virtuels auraient pu être raccourcis afin d’éviter cette désagréable sensation de déjà-vu d’un chapitre à l’autre.

Passons maintenant aux points positifs, qui viennent largement contrebalancer ces bémols. À commencer par l’intrigue qui est globalement bien ficelée, non seulement les personnages vont devoir tirer au clair les meurtres de 2017, mais aussi essayer de comprendre le lien qu’il peut y avoir avec les événements de 1999 et 2012. Une intrigue qui vous réservera son lot de rebondissements et de surprises.

J’ai beaucoup aimé le trio de personnages qui mène la danse. Un inspecteur de police un tantinet désabusé, une jeune hackeuse au caractère bien trempé (et au langage fleuri) et un brillant neurochirurgien qui préfère agir dans l’ombre plutôt que de s’exposer.

Impossible de ne pas mentionner Ouyang Xiaozhi, la Démone disparue en 1999, qui servira de guide à Sheng Xia, la Démone de 2017, dans le monde virtuel de Comme Hier. Une mention spéciale à Sishen, le chien de Sheng Xia qui va prendre activement part à l’intrigue.

Mais le véritable tour de force de Cai Jun et de nous plonger en totale immersion dans la Chine du XXIe siècle ; dépaysement garanti pour les Occidentaux ! Un pays où les traditions perdurent et cohabitent avec l’essor des nouvelles technologies.

Le style de l’auteur est parfaitement adapté au thriller, il ne s’embarrasse pas de fioritures et va à l’essentiel… même si parfois il pourrait faire encore plus concis.

Globalement le ressenti final reste positif, la qualité de l’intrigue, les personnages et le contexte prennent le dessus sur les bémols cités plus hauts… mais ceux-ci n’en restent pas moins désagréables.

MON VERDICT