Je ne connaissais ni l’auteur, ni le bouquin, et pourtant le voilà propulsé dans les sommets de mon Stock à Lire Numérique ; à qui la faute ? Une certaine Belette Cannibale qui sévit en Belgique (elle devrait renommer son blog, l’île de la tentatrice) ! Pfff comme si je n’avais pas assez de bouquins en attente… De quoi que je cause ? Bin c’est écrit dans le titre et en plus y’a l’image juste là (←) ; t’es con ou quoi ? Ca s’appelle Chiennes De Vies et c’est le premier bouquin de Frank Bill.
Sous-titré Chroniques Du Sud De L’Indiana, ce recueil propose 17 nouvelles, des textes courts mais intenses et percutants, écrits au noir de chez noir avec une bonne dose de vitriol. On est bien loin du Guide du Routard, n’espérez pas apprendre à pêcher le poisson-chat ou à chasser le raton-laveur, nope vraiment pas de quoi nous donner envie de faire un détour par l’Indiana… Bienvenue au pays des rednecks !
La mise en bouche, avec trois nouvelles qui tournent autour du Clan des Hill (que l’on retrouvera çà et là au fil des récits), vous mettront de suite dans l’ambiance. Drogue, sexe et hémoglobine à gogo. Le ton est donné et le reste n’apportera pas franchement un rayon de soleil dans les ténèbres de l’âme humaine (parfois une faible lueur d’espoir). Buveurs de lait-fraise passez votre chemin, ici ça carbure au bourbon et à la meth.
Ces 17 nouvelles dressent une galerie de portraits unique en son genre (certains personnages apparaissent dans plusieurs nouvelles). Parfois des types attachants, parfois des salopards de la pire engeance. Des textes malheureusement bel et bien ancrés dans la réalité, la plume de l’auteur, trempée dans le vitriol, est, à ce titre, d’une redoutable efficacité.
Le souci avec les recueils de nouvelles tient parfois à leur qualité souvent inégale, ici aucune fausse note (et pourtant je ne suis généralement pas fan des nouvelles… sauf quand elles sont signées Stephen King). La même noirceur et la justesse habite chacun de ces textes, chacune de ces tranches de vies démolies. Ouais parfois la vie est une chienne, en l’occurrence l’auteur nous sert 17 tranches de vies bien boucanées ; à chaque fois il fait mouche et réussit à nous surprendre.
Frank Bill nous dresse un portrait sans concession (mais heureusement non exhaustif… enfin je l’espère) d’une région qu’il connaît bien, puisque il y vit. Force est de reconnaître qu’il a bien la gueule de l’emploi avec sa barbe fournie et sa chemise de bûcheron (et la carrure qui va avec).
Je m’attendais à du lourd, je n’étais pas été déçu ; il ne me reste plus qu’à me plonger dans Donnybrook, le premier roman de l’auteur (les lecteurs du présent recueil devineront de quoi il retourne) ; mais avant ça on va prendre le temps de souffler un peu, après 17 claques dans la gueule faut un temps de récupération avant de remonter sur le ring. Nan la Belette décidément je ne te remercie pas, deux pour le prix de… deux ! (nan j’déconne, merci pour cette découverte).
[BOUQUINS] Henri Loevenbruck & Fabrice Mazza – Sérum : Saison 1
Ca fait un moment que les six épisodes de la première saison de Sérum, roman-feuilleton/série TV signé Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza, squattent mon Stock à Lire Numérique. Il aura fallu profiter d’une escapade à France Loisirs pour que je m’offre l’intégrale de la saison 1 en en seul volume, et que je me lance dans sa lecture.
Le détective Lola Gallagher enquête sur une tentative de meurtre mais la victime est totalement amnésique suite aux blessures reçues. Lola va alors faire appel aux services du Dr Arthur Draken, un psychologue et hypnothérapeute qui a mis au point un plan de traitement très personnel et non approuvé par la profession, toutefois il garantit à Lola d’obtenir des résultats grâce à son fameux sérum…
Les auteurs ont fait le pari de proposer un feuilleton numérique diffusé au rythme d’un épisode par mois sur une période de six mois par saison (l’ensemble devant compter six saisons). Au niveau de l’écriture le challenge est largement remporté, c’est rythmé à souhait, plein der rebondissements et autres cliffhangers ; on se croirait devant un épisode de 24 Heures Chrono.
L’intrigue se densifie au fil des pages et avec l’apparition de nouveaux personnages, la banale tentative d’assassinat cachant un commplot d’envergure international. On n’en finit pas de se demander quelle est la finalité du fameux complot et surtout qui en est à l’origine. Franchement je ne regrette pas d’avoir attendu l’intégrale de cette première saison avant de m’y plonger, ça évite la frustration liée à l’attente.
Histoire de renforcer la ressemblance avec une série TV les auteurs vous invitent à écouter la bande son du roman (composée par Henri Loevenbruck), il suffit de scanner un flashcode via son smartphone ou sa tablette pour être redirigé vers le morceau concerné. Vous pouvez aussi écouter la bande son et partager d’autres interactivités en vous connectant au site Serum Online. Dommage toutefois d’avoir fait le choix d’un site en flash sachant que ce support n’est plus compatible avec les tablettes Androïd.
Les personnages sont suffisamment soignés pour être crédibles et offrir au lecteur des personnalités diverses. Qu’il s’agisse de Lola, excellente détective quoique un peu tête brûlée ou de Draken, le psy cynique qui n’hésite pas à franchir la ligne blanche pour faire avancer les choses. Les personnages plus secondaires sont nombreux mais tout aussi bien travaillés (je pense notamment à Philip Detroit, le collègue fouineur, et accessoirement amant, de Lola mais aussi à Sam Loomis, un agent du FBI pour le moins atypique). Bref je ne vous ferai pas le tour du casting, il y a un paquet de monde et tous mérite le détour.
Henri Loevenbruck a commencé par la fantasy jeunesse (avec La Moïra et Gallica) avant de se lancer dans le thriller (j’ai été bluffé par L’Apothicaire et la trilogie Arie Mackenzie squatte mon Stock à Lire Numérique depuis un bail). Fabrice Mazza quant à lui est tombé dans la marmite des énigmes quand il était petit, depuis il propose à ses lecteurs de se triturer les méninges pour résoudre des énigmes en tout genre (Le Grand Livre Des Enigmes ou encore Pas De Panique C’Est Logique).
Vous vous demandez peut être si toutes les questions que vous serez amenés à vous poser trouveront leur réponse dans cette première saison ; sur ce point je veux bien lever le voile vu que la réponse s’impose d’elle même : c’est NON (sinon quel intérêt de prévoir cinq saisons de plus ?) ; au contraire vous refermez le bouquin avec encore plus de questions ! Par contre là où le bât blesse c’est que depuis novembre 2012, date de sortie du dernier épisode de la première saison, c’est le silence radio absolu. Ca peut refroidir les futurs lecteurs, moi même si je m’étais penché sur la question avant de me lancer j’aurai sans doute été moins enthousiaste.
Coupe du Monde 2014
Ras le bol des pubs en faux portugais juste histoire d’être dans l’air du temps.
Faut se faire une raison, 4 semaines durant on va se bouffer du foot à toutes les sauces.
Pas ici ! Promis, juré, craché. Je ne dirai pas un mot sur cette compétition.
J’aime pas le foot et j’assume.
Pourquoi ce post ?
Pour rien… Depuis quand j’aurai besoin d’une bonne raison pour écrire des conneries ?
[BOUQUINS] Timur Vermes – Il Est De Retour
En errant dans les rayonnages de votre librairie préférée il est difficile de rester indifférent à la couv’ et au titre de ce bouquin, Il Est De Retour, signé Timur Vermes. La frange, la moustache dessinée par le titre, aucun doute possible sur l’identité de ce fameux « Il »… Et oui c’est bien lui.
Berlin, été 2011. Adolf Hitler reprend connaissance dans un terrain vague au coeur d’une Allemagne qu’il ne connait plus. Si le pays a changé ce n’est pas le cas du führer, bien déterminé à reprendre les choses en main. Pour se faire il va user et abuser de l’arme d’abrutissement massif ultime qu’est la télévision…
Avant d’aller plus loin je vous invite à méditer cette phrase de Pierre Desproges : « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui« . Si vous n’adhérez pas, si le second (voire plus) degré est un concept étranger pour vous, non seulement je vous plains mais en plus je vous invite à passer votre tour sur ce coup.
Deuxième mise au point concernant l’auteur, Timur Vermes est certes allemand et certes trop jeune (né en 1967) pour avoir connu la seconde guerre mondiale, mais il est aussi juif, je doute fort que la Shoa lui soit totalement inconnue et plus encore qu’il ait besoin de leçons de morale prétendument bien pensante. Si vous voulez connaitre le pourquoi du comment de son choix il suffit de taper son nom dans Google, les articles le concernant ne manquent pas et sont globalement bien ficelés.
Dernier point à ne pas perdre de vue, historique cette fois. En 1933 Hitler n’a pas pris le pouvoir par la force ou les armes, il a été démocratiquement élu. Son programme était clairement affiché dans Mein Kampf, y compris la solution finale. Ca ne change rien au fait qu’il soit dans le top ten des plus grands salopards de l’Histoire (avec Staline, Mao et Pol-Pot).
Bon si malgré ces mises en garde vous avez pris le bouquins avec une certaine appréhension et y avez vu une ode au nazisme alors dans ce cas vous êtes tout bonnement incurable, désolé de vous l’annoncer sans prendre de gants. Nicht mein Gott ! L’humour ne passera pas par vous…
Je ne dis pas qu’il faut être un âne pour ne pas lire ce bouquin (il y a un tas de raisons qui peuvent vous poussez à l’éviter) ou ne pas l’avoir aimé (chacun ses goûts, je respecte les vôtres) ; simplement ayez de vrais arguments pour motiver votre décision plutôt que des clichés faciles.
Aucun message politique sous-jacent, le propre de la satire est justement de taper là où ça fait mal. Car c’est bel et bien ce que vous lirez en parcourant ce bouquin, une satire de la société contemporaine et du pouvoir des médias sur les foules. Qu’ils vous encensent ou vous diabolisent, vous aurez à coup sûr un fan club grandissant. Le but du jeu n’est pas seulement de faire rire mais aussi de faire réfléchir et éventuellement d’alerter.
Ma motivation première en prenant ce bouquin tenait d’avantage à une simple curiosité qu’à un réel intérêt ; l’intérêt n’est venu qu’au fil des pages et des sourires. Un intérêt qui s’est parfois émoustillé du fait de quelques longueurs et de digressions germano-germaniques (heureusement un glossaire est proposé à la fin du bouquin afin d’y voir un peu plus clair) qui risquent de décourager le lecteur non germanophile.
L’auteur ne fait pas les choses à moitié en prenant le parti d’écrire son bouquin à la première personne, comme si c’était Hitler qui nous livrait ses pensées et projets. Le but avoué étant de donner plus authenticité à son récit. Pari réussi au point d’en être parfois troublant. Une provocation de plus assumée par l’auteur.
Au final une lecture pas désagréable mais ni transcendant, ni indispensable ; aucun regret toutefois, ma curiosité a été satisfaite. Dommage que l’auteur n’ait pas opté pour une fin plus aboutie, sur le coup on reste sur notre faim ce qui est toujours un peu frustrant au moment de refermer un livre.
Le bouquin peut d’ores et déjà se targuer d’être une belle machine commerciale, plus d’un millions d’exemplaires vendus en Allemagne, traduit en 35 langues et les droits pour une adaptation au cinéma déjà acheté par Constantin Film.
[BOUQUINS] Emma Healey – L’Oubli
Un titre découvert au hasard d’une visite sur le site des éditions Sonatine (un premier point positif) au menu du jour. L’Oubli, premier roman de l’auteure britannique Emma Healey. La couv’ très sobre a tout de suite capté mon regard, enfin la quatrième de couv’ a fini de me convaincre.
Maud, une octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, est obligée de tout noter si elle ne veut pas perdre ses repères. Un de ses petits mots la tracasse, elle a en effet noté que son amie, Elizabeth, a disparu. Personne ne la prend au sérieux quand elle fait part de son inquiétude. C’est seule, avec sa mémoire et ses souvenirs qui se délitent, qu’elle va devoir trouver les réponses à ses questions, et d’autres réponses à des questions oubliées depuis longtemps…
Pour un premier roman la jeune (28 ans) anglaise réussit un véritable tour de force, une expérience de lecture unique en son genre, presque troublante et vraiment poignante. En effet l’auteure écrit son livre à la première personne afin de nous faire vivre son intrigue à travers le regard et l’esprit de Maud. Un esprit mis à mal par la maladie d’Alzheimer. Et c’est justement là que l’auteure brille, sa plume et son style sont plein de justesse et d’une redoutable efficacité. On vit pleinement les émotions et le trouble de Maud au fur et à mesure que son esprit s’enlise.
Plutôt osé de choisir comme personnage principal d’un thriller une octogénaire qui n’est plus en pleine possession de ses moyens. Les phases de lucidité alternent avec les trous noirs. C’est sans doute la fragilité du personnage qui nous le rend si attachant, ça et le talent de l’auteure qui nous plonge dans sa peau et dans sa tête.
Pour ce qui est de l’intrigue on a deux disparitions pour le prix d’une, celle d’Elisabeth, survenue de nos jours, et celle de Sukey, la soeur ainée de Maud, disparue en 1946. De fait on alterne en permanence entre le passé (les souvenirs de Maud semblent épargnés par la maladie) et le présent. Difficile d’imaginer que ces deux événements puissent être liés, mais d’un autre côté l’auteure laisse planer le doute au fil des pages. Avant de répondre à la question. L’autre grande question que l’on se pose concerne Elisabeth ; a-t-elle vraiment disparu ou est-ce que Maud se fait des idées ? Là encore vous aurez la réponse en temps et en heure.
N’attendez pas un thriller où ça canarde à tout va, à plus de 80 piges et avec Alzheimer comme copain de jeu ce n’est pas très prudent de manier le M16 ou le lance-roquettes. Ici on fait dans la subtilité, dans la psychologie ; et dans le genre c’est une totale réussite. Un sujet grave traité efficacement, plein d’émotions sans jamais sombrer dans le mélo, on s’autorise même parfois un sourire sans se vouloir moqueur.
Décidément Sonatine reste un éditeur plein de ressources, j’ai été scotché du début à la fin, certes les brusques montées d’adrénaline n’étaient pas au programme, mais il n’empêche que j’ai pris énormément de plaisir à parcourir ce roman aussi étonnant qu’original.
[BOUQUINS] Maxime Chattam – La Patience Du Diable
Il est des auteurs pour lesquels je n’hésite pas à bousculer les priorités de mon Stock à Lire Numérique, Maxime Chattam fait partie de ces privilégiés. C’est donc tout naturellement que son dernier opus, La Patience Du Diable, s’est retrouvé en tête de peloton, le temps de boucler la lecture en cours et hop.
Un go-fast intercepté dans lequel la drogue a été remplacée par des fragments de chair humaine soigneusement découpés. Deux ados sans histoire qui font un carnage dans un TGV avant de se donner la mort. Et si un fil reliait ces deux affaires ; et si ce n’était que le début d’une nouvelle déferlante criminelle. Ludivine Vancker, lieutenant à la SR de Paris, et son équipe vont de nouveau se retrouver en première ligne face au Mal…
On retrouve donc le personnage de Ludivine Vancker et quelques autres croisés dans La Conjuration Primitive, sans être à proprement parler une suite, la présente intrigue se déroule 18 mois après l’affaire *e. Si vous n’accrochez pas au personnage il faudra bien vous faire une raison, Maxime Chattam a d’ores et déjà fait savoir que Ludivine serait au centre de plusieurs romans, il n’exclut d’ailleurs pas que sa route puisse de nouveau croiser celle de Joshua Brolin (ça s’est déjà fait à la fin du précédent opus). Pour ma part, ça me fait d’avantage baver d’impatience que fuir la queue entre les pattes…
Une fois de plus l’auteur nous invite à visiter les ténèbres de l’âme humaine, et qui de mieux pour nous guider dans ce dédale obscur que le maître des lieux, Satan ? Mais non rassurez vous Maxime Chattam ne nous offre pas un délire mystico-religieux mettant en scène le Diable (si Dieu a le droit à une majuscule il me semble légitime que son alter ego malfaisant bénéficie du même privilège). Il nous plonge dans le satanisme avec son lot d’illuminés persuadés de servir leur Maître ; sauf que dans le cas présent les illuminés en question sont de dangereux psychopathes. Et si le fameux Maître existait vraiment (je parle là d’une existence physique comme vous et moi, et non d’un concept spirituel) ? Au fil des pages on en vient à se poser la question.
Le fait que Maxime Chattam maîtrise les ficelles du genre n’est pas un scoop. Il le prouve encore une fois avec une intrigue parfaitement maitrisée, rythmée, glauque, macabre (très fort le coup du boucher) et pleine de rebondissements. Une intrigue parsemée de nombreuses morts brutales. Je suis sidéré par l’imagination de l’auteur quand il s’agit d’exécuter ses personnages, simple quidam ou élément clé, nul n’est à l’abri de la plume faucheuse du maître du jeu, pervers à souhait. Bref on est ferré dès les premières pages, tendu comme un string jusqu’au dénouement.
Depuis La Conjuration Primitive le personnage de Ludivine s’est endurci mais aussi renfermé, désormais profileuse (formée par Mikelis), elle est littéralement obsédée par son travail. Malgré tout elle reste un personnage plutôt attachant, sans doute parce que sa cuirasse cache une grande sensibilité et une âme tourmentée. Quoi qu’il en soit j’aurai plaisir à la retrouver aussi longtemps que l’auteur nous le proposera.
Comme souvent dans les séries ayant un même personnage central les romans peuvent se lire indépendamment mais je conseille toutefois de respecter l’ordre de parution afin de conserver intact le plaisir de la découverte (certains épisodes de La Conjuration Primitive sont remis sur le tapis). Pas vraiment une suite mais ce roman s’inscrit bel et bien dans la continuité du précédent, Maxime Chattam poursuit son décryptage du Mal, un Mal amplifié par l’effet de masse et plus accessible dans le monde d’aujourd’hui.
[BOUQUINS] Jack Ketchum – Fils Unique
J’ai découvert Jack Ketchum avec le roman Une Fille Comme Les Autres qui s’inspirait d’un fait divers particulièrement sordide, une lecture éprouvante, voire dérangeante. Notre homme remet le couvert avec Fils Unique, lui aussi inspiré d’une histoire vraie bien vicelarde.
Lydia pense avoir enfin trouvé le bonheur. Son mari, Arthur, semble le meilleur des hommes. Leur jeune fils est merveilleux. Les années passant, la façade s’effrite, et son mari, sûr de sa toute-puissance, resserre son emprise sur sa famille. Prête à tous les sacrifices et même à se mettre en danger, Lydia fera tout pour tirer son fils de ses griffes. Mais Arthur n’est pas homme à renoncer à ce qui lui appartient…
L’auteur ne nous plonge pas directement au coeur de son intrigue, les premiers chapitres décrivent, en parallèle, les jeunes années de Lydia et Arthur, jusqu’à leur rencontre. Ce n’est qu’après la naissance de leur fils que la situation va commencer à se dégrader de plus en plus rapidement.
Quand il s’agit de nous plonger dans la violence ordinaire la plume de Jack Ketchum est toujours aussi efficace et percutante, ne perdons jamais de vue qu’il s’agit à la base d’une histoire vraie, c’est qui renforce l’horreur de la situation. On s’enfonce crescendo dans le sordide et la violence. L’auteur ne fait pas dans la dentelle ni dans la langue de bois, il expose les faits bruts de décoffrage sans chercher à ménager ses lecteurs mais sans non plus faire dans la démesure.
Ici il n’y a pas lieu de se poser la question de savoir qui est du bon côté de la barrière ou pas, Arthur n’a aucune excuse pouvant justifier ses agissements contre sa femme et contre son fils. Le reste c’est le combat d’une mère pour sauver sa propre peau et celle de son fils. D’abord un combat juridique, mais même si la justice devait les abandonner Lydia ne reculerait devant rien pour protéger son gamin. Difficile de trouver quoi que ce soit de rationnel, et plus encore de juste, dans les décisions de justice rendues tout au long de cette affaire ; la justice aveugle a merdé sur toute la ligne (je ne m’étendrai pas d’avantage sur la question afin de ne pas dévoiler trop d’éléments de l’intrigue, pourtant il y aurait bien à dire et à redire. Au lieu de ça je laisse à l’auteur le dernier mot sur la question : « Toute cette histoire m’a fichu en rogne. Et j’aime écrire sous l’effet de la colère« ).
Le bouquin est court mais intense, même globalement je l’ai trouvé moins éprouvant qu’Une Fille Comme Les Autres ça reste un livre à ne pas mettre entre toutes les mains. Encore une lecture dont on ne sort pas indemne… Par moment j’me demande si je ne suis pas maso.
Pour la petite histoire Jack Ketchum fait partie de ces rares auteurs que Stephen King encense (il le considère comme « le deuxième plus important écrivain américain vivant, derrière Cormac McCarthy » et comme « le type le plus effrayant vivant en Amérique« ), je ne sais pas pour vous mais perso ce genre de référence ça me parle. Le King a même écrit la préface d’Une Fille Comme Les Autres, dans Fils Unique il est cité dans les remerciements.
Merci aux éditions Bragelonne qui permettent aux lecteurs français de découvrir le talent de Jack Ketchum, même s’il nous a fallu patienter prés de 15 ans (Fils Unique est sorti en VO en 1995 et en VF en 2009) ; heureusement que ses récits sont intemporels.
J’ai d’ailleurs relevé quelques cafouillages au niveau de la date de publication. La page de copyright fait état d’une première publication en VO en 1985. Date qui semble d’entrée de jeu improbable puisque l’auteur situe l’action en 1995 et dans la postface dit avoir été inspiré par un documentaire diffusé en 1994 sur HBO, ledit doc relatait des faits datant de 1989. Sur le site de l’auteur la première publication est bien signalée en 1995. Enfin, sur Wikipedia, on trouve Only Child (le titre du bouquin au Royaume Uni) en 1985 et Strangehold (le premier titre US du bouquin) en 1995…
[BOUQUINS] Graeme Simsion – Le Théorème Du Homard
Changement total de registre le temps que mes constantes (rythme cardiaque et tension nerveuses) redescendent à des niveaux normaux après avoir fortement rudoyées par la lecture de Je Suis Pilgrim. Rien de tel pour se faire que de s’offrir une séance de musculation zygomatique (en clair se payer une bonne tranche de rire), il me semble avoir sorti de mon Stock à Lire Numérique le titre parfait ce genre d’exercice. La chose s’appelle Le Théorème Du Homard et est signée Graeme Simsion.
A 39 ans, Don Tillman, brillant professeur de génétique, est toujours à la recherche de la femme idéale. Il faut dire qu’il est tellement psycho-rigide qu’il en devient inapte à toute relation sociale normale. Il en va de même pour la future heureuse élue, elle devra répondre à des critères bien spécifiques. Et c’est tout le contraire de Rosie Jarman, la trentaine, étudiante en psycho le jour et barmaid la nuit, à la vie dissolue, qui croisera son chemin presque par hasard…
Encore un australien et encore un premier roman (mais cette fois l’essentiel de l’histoire se déroule en Australie)… Et encore une réussite (les droits ont déjà été achetés en vue d’une adaptation au cinéma) ! La comédie romantique (et la romance d’une façon générale) ne figure pas franchement dans mes genres littéraires de prédilection, mais, curieux de tout, j’aime parfois m’aventurer hors des sentiers battus. Parfois (souvent) c’est l’occasion de quelques belles découvertes, ce qui est confirmé avec ce bouquin.
Ecrit à la première personne, il nous présente les choses telles que Don les vit et les interprètes. C’est justement dans leur interprétation que l’on se rend compte que plus socialement inadapté et en total décalage avec la réalité, tu meurs ! Même moi à côté de lui je fais figure d’amateur ; et pourtant, en gros ours grognon, je fais le minimum syndical en matière d’efforts d’intégration sociale, ma politique serait plutôt : « Je suis comme je suis, j’assume. A prendre ou à laisser. » (la version longue est un peu plus longue est pas toujours très polie dans sa formulation).
Est-ce que sa rencontre avec Rosie va lui permettre de profiter pleinement et simplement de la vie, et d’éjecter le tronc de sequoia qu’il a dans le cul ? Heu… C’est une comédie romantique pas un psycho-drame, la réponse est évidente avant même de commencer à lire le bouquin. Est-ce que ça se confirme au fil des pages ? Si tu veux savoir, tu vas chercher le bouquin et tu le lis.
Le bouquin repose essentiellement sur le paradoxe entre Don et Rosie, leur façon de voir la vie étant radicalement différente on le droit à quelques échanges qui, parfois, flirtent avec l’absurde. D’autres personnages interviennent dans l’histoire dont le couple, Gene (un peu gros beauf et beaucoup queutard… mais pas méchant) et Claudia (ses conseils sont bien plus pertinents), les seuls amis de Don.
Pas de grande surprise au rendez-vous, on retrouve tout les classiques de l’amour impossible revus et corrigés par la comédie dramatique. Même si on ne s’esclaffe pas à tout bout de champ, un sourire quasi permanent nous accompagne au fil de cette lecture pleine de fraîcheur et de bonne humeur.
Cerise sur le gâteau c’est vraiment bien écrit, une lecture agréable et fluide (ça se lit tout seul) ; parfois ça fait du bien ces petites bouffées d’oxygène dans ce monde de brutes (surtout dans mes choix de lecture les brutes). J’ai passé un très bon moment avec ce bouquin et je ne peux que vous le recommander si vous cherchez une escapade littéraire sans prise de tête. A défaut de m’avoir tuer ce homard m’a fait beaucoup de bien.
Un petit exemple de l’ampleur du handicap social de Don : « Il est presque impossible d’établir des comparaisons pertinentes entre les niveaux de bonheur, surtout sur de longues périodes. Pourtant, si on m’avait demandé quel avait été le jour le plus heureux de ma vie, j’aurais cité sans hésitation la première journée que j’avais passée au Musée d’histoire naturelle de New York. Je m’étais rendu dans cette ville à l’occasion d’un colloque, à l’époque où je préparais mon doctorat. Le deuxième plus beau jour de ma vie avait été le deuxième jour que j’y avais passé, et le troisième le troisième jour. » Et encore ce n’est pas le pire (au premier regard le gars jauge son interlocuteur, homme ou femme, sur une estimation de son âge et de son indice de masse corporelle)…
Vous vous demandez peut être d’où vient le titre, simplement d’une des exigences de Don quant à la sélection de la femme idéale, le mardi au dîner c’est salade de homard, une des règles de son Système de Repas Normalisés (je vous laisse le plaisir de découvrir les détails de la chose).
[BOUQUINS] Terry Hayes – Je Suis Pilgrim
L’accueil unanimement enthousiaste reçu par ce bouquin a suffi à titiller ma curiosité, il était grand temps que je plonge mon nez dans c’te chose et m’en fasse ma propre idée. Ah oui, j’allais oublier, la chose en question s’appelle Je Suis Pilgrim et est signée Terry Hayes.
Pilgrim est le nom de code d’un ancien responsable de La Division, une agence de renseignement ultra secrète, aujourd’hui jeune retraité. Expert en criminologie et en médecine légale, il a écrit un ouvrage de référence sur le sujet. Appelé sur une scène de crime il ne tarde pas à apprendre que l’assassin, une femme, s’est inspirée de son livre pour commettre le crime parfait. Commence alors une traque dont il ne soupçonne ni l’ampleur, ni les enjeux…
Pas de mise en bouche, on entre directement dans le vif du sujet, à savoir une scène de crime particulièrement sordide. On peut alors légitimement s’attendre à une chasse à l’homme (ou plutôt à la femme) et tout ce qui va avec, que nenni ! Trop classique ! Au lieu de ça le narrateur, Pilgrim himself, nous fait partager ses souvenirs, ses missions au sein de La Division, et en freelance. Je suppose que vous vous demandez si Terry Hayes n’aurait pas fumé la moquette. Que nenni de nouveau ! Le gars sait exactement ce qu’il fait et nous mène là où il veut par le bout du nez. Non seulement les souvenirs de Pilgrim sont passionnants (et peuplés de grandes figures du terrorisme contemporain, tels que les sympathiques Mollah Omar et Ben Laden) mais en plus ils sont plus ou moins liés à cette fameuse scène de crime et au reste. Comment ? Et puis quoi encore ? Rien de rien, je ne dirai rien. Si ce n’est que l’auteur sait y faire pour rendre son bouquin hautement addictif !
Au niveau des personnages on suit un parallèle un tantinet manichéen entre la progression de Pilgrim (incarnation du Bien) et celle du Sarrasin (son alter égo du côté obscur). Deux hommes déterminés à arriver à leurs fins, on se doute que la rencontre sera explosive…
Plus les pages défilent et plus la chasse à l’homme se transforme en course contre la montre, tandis que le scénario apocalyptique imaginé par le Sarrasin se met en branle. Et nous brave lecteur égaré on pourrait presque sentir la tension devenir palpable, nos nerfs seront mis à rude épreuve ! Un pur régal !
Le bouquin est relativement épais (600 pages bien remplies) mais le découpage en chapitres courts et percutants (en plus d’une intrigue sans temps mort) permet une lecture fluide. Le page turner par excellence, on a toujours envie d’en savoir plus et on ne lâche le bouquin qu’à regrets (si je l’avais lu pendant mes congés je suis certain que j’en serai venu à bout en deux jours).
Terry Hayes,anglo-australien (il a la double nationalité), signe là un premier roman parfaitement maîtrisé. Il faut dire que notre homme sait manier la plume puisqu’il est aussi scénariste (et accessoirement producteur) pour le cinéma (on lui doit notamment les scénarios de Mad Max 2, Calme Blanc, Payback et From Hell pour ne citer que les blockbusters) et pour la télévision. C’est difficile à expliquer mais son roman se lit comme on pourrait voir un thriller au cinéma, pas de chichis ou de baratin inutiles, un style trés visuel pour happer directement le spectateur/lecteur. Ca peut plaire ou déplaire, pour ma part je vote pour un sans faute (hormis quelques fautes de la part du traducteur qui semble avoir certaines lacunes orthographiques et grammaticales).
Je ne suis pas un adepte des classements, mais incontestablement Je Suis Pilgrim restera pour moi un must de cette année littéraire 2014.
– Edit du 6 juin 2014 –
Après un échange aussi courtois qu’intéressant avec Sophie Bastide-Foltz, la traductrice du bouquin, je tiens à faire deux choses :
– Remercier les traducteurs et traductrices, c’est grâce à leur travail et à leur passion que l’on peut s’évader aussi souvent dans les pages d’un livre
– Renvoyer la faute sur les relecteurs et correcteurs, c’est leur boulot de corriger les éventuelles coquilles.
J’espère avoir bientôt l’occasion de laisser une professionnelle vous parler de son métier.
[BOUQUINS] Stephen King – Joyland
Pour l’inconditionnel que je suis la parution d’un nouveau roman de Stephen King est toujours un moment très attendu, malgré une mise en bouche un peu terne à l’occasion de la sortie de Sale Gosse, je me suis rué sur Joyland, et c’est plutôt confiant que je m’y suis plongé.
Pour Devin Jones, étudiant (et accessoirement puceau) de 21 ans, l’été 73 aurait pu être l’été de toutes les déprimes puisqu’il venait de se faire plaquer par celle qu’il considérait naïvement comme la femme de sa vie. Mais son emploi à Joyland, un parc d’attractions sur Heaven’s Bay, pourrait bien changer le cours des choses…
D’entrée de jeu l’épaisseur du bouquin peut surprendre les adeptes du King, avec un peu plus de 300 pages on est bien loin des pavés habituels ; court roman ou longue nouvelle ? Je miserai d’avantage sur la première option, l’auteur prend le temps de poser ses personnages, son décor et son intrigue.
Durant toute la première partie (difficile à délimiter vu que le bouquin n’est pas chapitré, mais on peut dire jusqu’à la journée du 4 juillet) on découvre le quotidien de Devin Jones à Joyland, ponctué par quelques phases d’auto-apitoiement sur sa condition de puceau, puis sur celle de puceau plaqué (on lui pardonne, un type qui écoute The Doors et les Pink Floyd ne qu’être un mec bien)… Déconcertant venant du King mais c’est tellement bien écrit (et, pour une fois, bien traduit) que l’on ne s’ennuie pas une minute tout en se demandant où l’auteur compte nous emmener. Rassurez vous les choses se précisent par la suite, l’intrigue se teinte d’un soupçon de fantastique sans toutefois sombrer dans l’horrifique.
Ecrit à la première personne, on vit les souvenirs de Devin, les rencontres et les événements via l’adulte qu’il est devenu (il raconte son séjour à Joyland une quarantaine d’années plus tard, de nos jours). Contrairement à 22/11/63 le contexte temporel ne joue pas un rôle primordial dans ce bouquin, que l’intrigue se déroule dans les années 70 ou de nos jours ne change pas vraiment la donne.
Pour tout vous dire ce roman est plutôt inclassable, tant dans l’oeuvre de Stephen King (il ne ressemble à rien de ce qu’il a déjà fait) que dans un genre en particulier (une pointe romanesque, un soupçon de fantastique et quelques pincées de policier… secouez le tout et vous obtiendrez Joyland). Mais il n’en reste pas moins que le King reste un conteur hors pair qui excelle faire vibrer les bonnes émotions au bon moment chez le lecteur et à surprendre encore et encore.
Peut être pas le meilleur cru de Stephen King mais un bouquin diablement efficace, même s’il faut peut être prendre un peu de recul pour l’apprécier pleinement. Déconcertant pour en revenir à mon premier qualificatif, et c’est sans doute ce qui le rend si intéressant.
Petit bémol à adresser à l’éditeur (Albin Michel), qu’est-ce que c’est que cette quatrième de couv’ odieusement racoleuse et limite mensongère ? « Les clowns vous ont toujours fait peur ? L’atmosphère des fêtes foraines vous angoisse ? Alors, un petit conseil : ne vous aventurez pas sur une grande roue un soir d’orage… » A se demander si on a bien lu le même bouquin.