[BOUQUINS] Fredrik Backman – Vieux, Râleur Et Suicidaire – La Vie Selon Ove

F. Backman - Vieux, Râleur et SuicidaireIl est des titres qui s’imposent comme une évidence, allez savoir pourquoi ; en ouvrant mon catalogue France Loisirs je tombe sur Vieux, Râleur Et Suicidaire – La Vie Selon Ove écrit par Fredrik Backman, comment voulez-vous que je puisse résister ? Tout m’interpelle danse ce bouquin, le titre, la couv’, le pitch…
Depuis la mort de sa femme et sa mise à la retraite, Ove ne trouve plus vraiment de sens à la vie. Quoi de plus normal dans ces cas-là que de vouloir se suicider ? Les plans morbides d’Ove seront toutefois contrariés par l’arrivée surprise dans sa vie d’un chat et de nouveaux voisins…
Vieux ? Je ne suis plus franchement de première main du haut de mes 46 piges. Râleur ? Ca me semble un état normal pour un vieil ours grincheux et asocial tel que moi. Suicidaire ? Heu non pas encore… à moins de considérer le Jack Daniel’s comme l’arme d’un crime pas encore commis (je ne saurai vous dire l’état d’avancement de la chose). Ajoutez à cela un auteur nordique qui s’écarte du polar (oui je sais que c ‘est un énooorme cliché). Je ne pouvais que craquer !
On pourrait ajouter au titre maniaque et routinier mais ça ferait peut être un peu long. J’ai tout de suite adoré le personnage d’Ove ainsi que son entourage dont il se passerait bien parfois (souvent). A l’instar d’un Gilles Legardinier, Fredrik Backman nous offre un bouquin qui met du baume au coeur et vous laisse avec un sourire béat une fois la dernière page tournée (à regret).
L’auteur ne nous invite pas seulement à découvrir le quotidien de Ove, au fil des pages c’est sa vie que l’on partage. Une vie vide de sens dès le moment où il perd son père et jusqu’à ce qu’il rencontre Sonja (qui deviendra sa femme), une vie encore plus vide lorsque celle-ci s’éteint trop tôt et jusqu’à sa rencontre avec le chat et ses voisins.
« Il était un homme en noir et blanc. Elle était les couleurs. Toutes les couleurs. »
« Si quelqu’un lui avait posé la question, il aurait répondu qu’il ne vivait pas avant elle. et après non plus. »
Indéniablement un livre plein de bonne humeur, mais aussi plein d’émotions. Je n’ai aucune honte à avouer qu’il m’a même tiré une larmiche de temps en temps. Mais il m’a surtout fait sourire et même rire.
Fredrik Backman nous vient de Suède et signe là son premier roman qui a fait un carton dans son pays d’origine, je lui souhaite le même succès, amplement mérité, dans la francophonie. Il a deux autres titres à son actif, non encore traduits à ce jour, s’ils sont du même acabit que celui-ci il me tarde de les découvrir !

[BOUQUINS] Nathalie Hug – L’Enfant-Rien

N. Hug - L'Enfant-RienJe reste dans le roman court mais avec un total changement de registre. Avec L’Enfant-Rien, Nathalie Hug se lance dans l’écriture en solo dans un genre bien loin des thrillers qu’elle signe à quatre mains avec son mari, Jérôme Camut. Il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité…
Adrien guette chaque semaine l’arrivée du père de sa demi-sœur, dans l’espoir de recueillir un regard, une parole ou un geste tendre mais sans jamais rien obtenir de cet homme qui l’ignore. Le jour où sa mère se fait renverser par une voiture et tombe dans le coma, la possibilité d’une vie nouvelle s’ouvre à lui. Mais Adrien peut-il vraiment trouver sa place dans une famille qui n’est pas la sienne ?
D’entrée de jeu vous pouvez constater, si vous me suivez depuis déjà quelque temps, que ce n’est pas franchement dans mes habitudes de lecture. Non que j’éprouve un quelconque rejet pour ce genre de récit, c’est juste qu’on ne peut pas tout lire et qu’il faut savoir faire des choix. Sans la signature de Nathalie Hug je serai passé à côté de ce bouquin. A tort ou à raison ? Je vous laisse décider à la lecture des lignes qui vont suivre.
Nathalie Hug a fait le choix d’une écriture à la première personne afin de nous faire partager les pensées et la vision des choses d’Adrien ; le résultat est bluffant, vraiment criant de vérité et forcément plein d’émotions.
EmotionS, et j’insiste sur le S final, est bien le maître mot de ce roman, court mais intense, on en prend la gueule avec Adrien. Un brave gamin de 10 ans à la santé fragile (une néphropathie visiblement) qui n’a jamais connu son père et vit avec une mère qui n’est que l’ombre d’elle même (avant l’accident déjà). Arrivé dans cette nouvelle famille (celle du père de sa demi-soeur, Isabelle, son aînée) il ne demande qu’à être accepté et aimé mais ne rencontre qu’une froide indifférence. Adrien, l’Enfant-Rien comme il se qualifie lui même, nous offre un cri où se mêlent amour et désespoir, un cri qui ne manquera de nous prendre aux tripes.
« Le mo­ment d’ac­cep­ter l’in­évi­table était ar­rivé. Notre mère n’exis­tait pas. Isa­belle avait la sienne, belle et gaie, éprise d’un homme, et moi, j’avais la mienne, bri­sée et vide, mon fan­tôme triste et so­li­taire. » C’est en ses termes que Adrien définit sa mère après avoir vu des photos de sa vie d’avant.
Adrien confronté à un homme qui ne veut rien savoir de lui (on devine rapidement le pourquoi du comment de la chose ; à défaut de l’excuser on peut le comprendre) mais surtout à une tante qui est une vraie vipère, une langue de pute dans toute sa médiocrité. A travers ces quelques pages vous partagerez avec Adrien des moments forts qui ne devraient pas vous laisser indifférent et nul doute que la fin vous laissera sur le cul.
« Je m’ap­pelle Adrien. Dans Adrien, il y a rien.« 
En lisant les remerciements j’ai été surpris d’y trouver les prénoms de Clara et Louis, les deux enfants de la tétralogie Les Voies De L’Ombre ; seraient-ce « eux » qui lui ont donné l’envie de se lancer en solo ?

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Pas De Pitié Pour Martin

K. Slaughter - Pas De Pitié Pour MartinJe n’ai pu résister à la tentation de voir ce que Karin Slaughter pouvait faire quand elle s’éloigne de son genre de prédilection (le thriller) et de ses personnages habituels (Sarah Linton et Will Trent) ; c’est donc un mélange d’avidité et de curiosité que je me suis plongé dans Pas De Pitié Pour Martin.
Martin Reed, 36 ans, est un individu lambda, invisible, quand il n’est pas la cible des railleries de ses collègues ou de sa mère acariâtre chez qui il vit encore. Tout change le jour où il se retrouve suspecté du meurtre d’une de ses collègues. Tout le monde semble convaincu de sa culpabilité sauf la détective An Albada en charge du dossier…
Vu comme ça on pourrait penser que Karin Slaughter reste dans le polar/thriller mais que nenni, Pas de Pitié Pour Martin est au thriller ce que le Canada Dry est à l’alcool. Ca y ressemble fort mais ça n’en est pas ! L’auteure joue à fond la carte de l’humour, un humour qui se consomme noir et fait un bien fou aux zygomatiques (la scène de l’interrogatoire est à pleurer de rire au vu des prouesses de l’avocat commis d’office).
Tandis que Karin Slaughter prend un malin plaisir à jouer avec les règles d’un genre qu’elle maîtrise sur le bout des doigts, elle en profite aussi pour rendre hommage à d’autres grands nom de la littérature policière. Même avec un humour omniprésent l’auteure nous propose une intrigue qui tient plutôt bien la route, notamment grâce à une galerie de personnages hors normes, pour ne pas dire pathétiques (Martin en tête, un loser puissance 10 mais aussi un personnage terriblement attachant).
N’espérez pas un suspense à couper au couteau, vos nerfs ne devraient pas être mis à trop rude épreuve, comme je l’ai déjà indiqué (ça doit être l’âge, je radote) ce sont vos zygomatiques qui intéressent Karin Slaughter. N’attendez pas non plus LE livre de l’année (il date de 2009), prenez le simplement pour ce qu’il est : une pause détente sans prise de tête avec quelques sourires (les éclats de rire en public j’évite… surtout à la bibliothèque) à la clé.
Le roman est court et se lit d’une traite, sans se presser afin de prendre le temps d’en savourer toutes les subtilités (on se surprend à espérer quelques pages de plus au moment de le refermer). En lisant les répliques cinglantes de la mère de Martin je visionnais parfaitement dans le rôle le personnage de Berta (Conchata Ferrell) dans la série Mon Oncle Charlie, Alan (Jon Cryer) ferait un bon Martin avec quelques kilos en plus.

[BOUQUINS] Elspeth Cooper – Les Chants De La Terre (La Chasse Sauvage 1)

E. Cooper - Les Chants De La TerreCela fait un moment que je n’ai pas tâté un peu de fantasy, rien de tel qu’un Book Club pour y remédier puisque l’heureux élu du mois d’août a été Les Chants de La Terre, premier opus de la tétralogie La Chasse Sauvage d’Elspeth Cooper.
Gair est condamné à mort pour sorcellerie mais sa peine est commué, il sera marqué au fer et banni de la Ville Sainte. Il pourra compter sur l’aide d’Alderan, un mystérieux vieillard qui semble en savoir bien plus qu’il ne veut le dire. Ensemble ils rejoindront l’Ordre du Voile où Alderan et ses pairs apprendront à Gair à maîtriser ses talents magiques…
De prime abord ce bouquin avait tout pour me tenter, un éditeur qui fait référence dans le genre (Bragelonne), une couv’ sublime et un pitch alléchant ; alors comment se fait-ce que je sois passé à côté ? Hmmm sans doute parce que les libraires de la place sont plutôt frileux en matière de fantasy, ils ne misent que sur les valeurs n’ayant plus rien à prouver (Le Trône de Fer ou L’Epée de Vérité par exemple). Reste à savoir maintenant si le contenu va tenir toutes ses promesses.
D’ores et déjà il faut savoir que le propre de la fantasy est de proposer une intrigue qui se déroule univers imaginaire, ce qui implique de poser les bases de ce monde (pas seulement sa géographie mais aussi son organisation politique et religieuse et les différents peuples qui y vivent). Ca peut être fastidieux (pour ne pas dire franchement chiant) à moins que les infos ne soient disposées çà et là dans le récit, avec une parcimonie étudiée. C’est le cas présentement, on découvre cet univers régi par ses propres lois au fil des pages et de l’intrigue, ça passe comme une lettre à la poste.
On découvre donc un monde où l’Eglise impose sa loi ce qui implique bien entendu une bonne dose d’obscurantisme et d’hypocrisie (ce n’est pas forcément de la fiction d’accorder religion avec obscurantisme et hypocrisie), de fait la magie n’est pas vraiment vue d’un bon oeil par ces grenouilles de bénitier. Mais bon comme on est dans le domaine de la fantasy il faut bien qu’il y ait magie et sortilèges.
Tout est à l’image de l’univers imaginé par Elspeth Cooper, l’auteure joue la carte de la simplicité (vous n’aurez pas une ribambelle de personnages à mémoriser, ni alliances entre races et/ou factions). Une simplicité qui n’a rien de superficiel, servie par une intrigue qui, à défaut d’être totalement originale, tient bien la route avec son lot de surprises et d’émotions, mais aussi et surtout par une écriture enchanteresse (un grand merci à Caroline Nicolas, pour la qualité de sa traduction).
Peut être que l’adepte forcené de fantasy restera quelque peu sur sa faim (on est loin de la complexité et de la richesse du Trône de Fer par exemple), nul doute que le profane et le fan moins exigeant y trouvera son bonheur. Personnellement ça a été mon cas (alors que je me revendique fan absolu de la saga de George R.R. Martin) ; ce premier tome pose les bases d’une intrigue qui ne peut que se développer par la suite (on devine qu’il reste beaucoup à découvrir avec notamment le Royaume Caché), une très bonne mise en bouche qui donne envie de poursuivre l’aventure en compagnie de Gair.
Si vous vous demandez d’où vient le titre sachez que les Chants de la Terre désigne la source de la magie (une musique et des couleurs que l’utilisateur tisse selon ses besoins), quant à la Chasse Sauvage il vous faudra attendre la dernière partie du bouquin pour savoir ce à quoi elle se rapporte.
Un bémol ? Une fin peut être un peu trop abrupte mais je vous laisse vous faire votre propre opinion de la chose. Globalement une totale réussite, je sais que je me répète mais pourquoi devrai-je me montrer avare en compliments ?
A ce jour seul les deux premiers volumes de la série sont disponibles chez Bragelonne (et accessoirement dans mon Stock à Lire Numérique), le troisième devrait faire son apparition dans les prochains mois. Concernant le quatrième et dernier, il faudra se montrer patient, celui-ci n’étant pas encore publié en anglais. C’est là que le bât blesse avec les sagas de fantasy, à un moment ou à un autre on se retrouve confronté à la frustration de l’attente… Mais bon ça reste raisonnable d’espérer une sortie courant 2015/2016, à titre de comparaison et avec une bonne dose d’optimisme, on peut envisager le livre 6 du Trône de Fer sur la même période et il faudra encore prendre son mal en patience avant d’ouvrir le septième et dernier (?) volume.

[BRD] Hunger Games – L’Embrasement

Hunger Games 2Le premier film m’ayant convaincu je me suis naturellement laissé tenter par ce second opus, Hunger Games – L’Embrasement, réalisé par Francis Lawrence.
Pour les districts Katniss (Jennifer Lawrence) est devenue un symbole de la résistance au grand dam du Capitol et du Président Snow (Donald Sutherland) qui entend mater par la force toute rébellion. Le Capitol décide alors d’organiser une édition spéciale des Hunger Games, les tributs seront sélectionnées parmi les vainqueurs des précédents jeux. Katniss, désignée d’office pour le District 12, retrouve Peeta (Josh Hutcherson) qui s’est porté volontaire…
Je ne saurai exactement dire pourquoi mais cette fois la sauce a eu du mal à prendre. Le personnage de Katniss semble longtemps avoir le cul entre deux chaises du coup on aurait tendance à lui suggérer de se sortir les doigts du cul justement plutôt que de courber l’échine. Les jeux en soi ont un arrière goût de déjà-vu et les multiples pièges de l’arène sont franchement too much…Heureusement on évite le naufrage grâce à la rébellion naissante et aussi grâce à l’acteur Philip Seymour Hoffman qui incarne le Haut Juge Heavensbee.
Si les 2h20 du premier film étaient passées comme une lettre à la poste les 2h26 de ce second opus ont parfois été dures à avaler. Le film n’est pas pour autant mauvais, ça reste plutôt bien ficelé et divertissant mais j’en attendais d’avantage ; il fait plutôt office de mise en bouche en vue du troisième et dernier volet (qui se déclinera en deux films, en espérant qu’ils auront de quoi tenir la longueur plutôt que de faire du remplissage).
Ce sentiment mitigé m’a donné envie de me rabattre sur les bouquins de Suzanne Collins afin de constater si je retrouve cette même pointe de déception, mais vous savez ce que c’est quand on a une PàL aux profondeurs insondables…

[BOUQUINS] Hugh Howey – Silo

H. Howey - SiloRetour à mon challenge SF avec un invité surprise, du pur jus SF cette fois, promis juré. Un titre à côté duquel je serai certainement passé sans un regard si je n’avais pas été intrigué par la quantité de critiques élogieuses qui foisonnent sur le Net. Place donc à ma chronique de Silo de Hugh Howey, premier volume d’une trilogie annoncée.
Dans un futur apocalyptique indéterminé les rescapés vivent dans d’immenses bunkers souterrains. Les seules images qu’ils reçoivent de l’extérieur sont celles, inhospitalières et floues, transmises par d’anciennes caméras de surveillance. Cependant certains doutent de la réalité de ces images, pour eux, comme pour les dissidents, une seule alternative : la sortie. Un aller simple vers la mort ou vers l’inconnu ?
La genése du bouquin mérite que l’on s’y attarde un moment avant d’entrer dans le vif du sujet. En 2011, Hugh Howey met en ligne une nouvelle qui pose les bases de ce qui deviendra Silo, le roman. L’accueil est enthousiaste, les internautes réclament une suite à l’auteur. Bon prince celui-ci s’exécute et se lance dans l’écriture de quatre nouveaux épisodes. Les cinq épisodes sont compilés dans un roman, divisé en cinq parties, qui deviendra rapidement un best seller international. Best-seller qui aujourd’hui se décline aussi sous la forme d’un Comics et dont les droits d’adaptation pour le cinéma seraient en cours de discussion.
Vous l’aurez compris on est clairement dans la dystopie post-apocalyptique, un semblant de société formatée régie par une autorité toute puissante (un maire et un shérif… à moins que le vrai pouvoir ne soit ailleurs) qui impose sa vision des choses. Toute remise en cause du système vaudra au coupable l’exclusion du silo, synonyme de mort. Un schéma classique du genre me direz-vous. Certes (même les survivants « souterrains » ne sont pas vraiment un scoop) mais l’auteur réussit à faire du neuf avec du vieux, on trouve une réelle originalité dans ce récit (tant dans sa construction que dans son intrigue).
En fait on est à mi-chemin entre le roman et le recueil de nouvelles, chaque partie suit un ordre chronologique ayant pour fil rouge le fameux silo et certains personnages sont récurrents d’un texte à l’autre (atttention à ne pas trop vous attacher, l’auteur souffre du syndrome de GRR Martin), les deux premiers épisodes peuvent sembler indépendants mais restent solidement ancrés à l’ensemble. Au final on est bel et bien en présence d’un roman, un peu à l’image d’un roman-feuilleton.
Le premier épisode place la barre très haut en répondant du même coup à la question concernant la survie à l’extérieur. Le second est certes moins rythmé du point de vue action mais il pose les bases de l’organisation et du fonctionnement du silo. Les trois suivants repassent à la vitesse supérieure et proposent une histoire continue, ça file même crescendo au fil des pages. La tension est palpable et les rebondissements sont légion.
Le silo ? Un énorme cylindre de 144 étages reliés par un escalier métallique en colimaçon. Trois parties (bas, milieu et haut) qui représentent trois niveaux de hiérarchie, du plus anodin au plus puissant. Bien que l’on soit résolument dans un monde futuriste ne vous attendez à découvrir un foisonnement de haute technologie révolutionnaire, pour tout dire c’est presque le contraire, hormis la conception même du silo la technologie semble avoir fait un bond en arrière de plusieurs années.
Les personnages s’étoffent au fil des épisodes, j’ai eu coup de coeur pour Juliette mais j’ai pris tout autant de plaisir à détester Bernard, tout comme j’ai souvent maudit la passivité de Lukas. La preuve que l’auteur parvient à vous prendre dans les mailles de son filet. Il réussit à nous offrir un bouquin de SF qui a la même intensité qu’un thriller et la même noirceur qu’un roman noir ; un régal !
La question du pourquoi et du comment du silo est à peine abordée, comme souvent dans la dystopie, les informations sont délivrées au compte goutte et ne suffisent pas à répondre à toutes les questions que l’on serait amené à se poser. Mais rassurez-vous, le second opus de la trilogie, Origines, déjà disponible (et dans mon Stock à Lire Numérique), est une préquelle qui devrait combler les vides.
En commençant ce premier opus (après avoir longuement hésité entre l’ordre chronologique et l’ordre de parution), je me suis demandé si j’aurai envie d’enchaîner directement sur le suivant (ou le précédent selon l’option choisie plus haut). Peut être pas tout de suite histoire de continuer à varier les plaisirs mais très rapidement, je peux vous le garantir au vu du plaisir que j’ai eu à parcourir ce premier volume.
Je connaissais l’éditeur Actes Sud essentiellement par le biais de sa collection Actes Noirs, dédiée au polar et au thriller et comprenant de nombreux auteurs nordiques dans son catalogue ; avec la collection Exofictions, dont Silo est le titre inaugural, l’éditeur ouvre brillamment et intelligemment ses portes à la SF.
Je ne sais pas si une curiosité typographique que j’ai relevé est propre à la version numérique ou si elle existe aussi dans le livre papier, parfois le tiret semi-cadratin (–) est utilisé en lieu et place des points de suspension (…) ; ça surprend un peu mais rien de rédhibitoire.

[BRD] Gravity

GravityChangement de registre pour le dernier film du weekend, ça faisait un bail qu’il me faisait le l’oeil du coin de sa jaquette, il était donc grand temps que je découvre Gravity de Alfonso Cuaron.
Alors qu’ils sont sur une intervention sur le télescope Hubble le Commandant Kowalsky (George Clooney) et le Docteur Stone (Sandra Bullock) reçoivent l’ordre de regagner immédiatement leur navette. Mais avant qu’ils ne puissent obéir des débris flottants pulvérisent la navette. Les deux astronautes se retrouvent seuls dans l’espace, coupés du monde…
Je suppose que si je vous dis que vous allez prendre une monumentale claque visuelle je ne vous apprendrai rien. Magnifique, tout simplement. On s’y croirait, même si nous n’échangerions pour rien au monde le confort de notre canapé contre les conditions de survie du Dr Stone.
Ah oui, désolé mesdames mais le beau George tire rapidement sa révérence. Quasiment tout le film repose sur les épaules de Sandra Bullock et elle le porte admirablement, donnant une véritable profondeur à son personnage (pas évident quand on n’a personne à qui donner la réplique).
Bon OK c’est beau et bien joué mais est-ce que c’est intéressant ? Voir une nana flotter dans l’espace pendant 90 minutes, très peu pour moi. Gravity c’est bien plus que ça, il y a un vrai scénario, un vrai rôle au service d’une véritable intrigue. Et d’une intrigue foutrement bien menée.
Pour le spectateur lambda, à la recherche d’un bon moment de cinéma, le film tient toutes ses promesses et parait fidèle à ce que pourrait être la réalité dans de telles conditions (merci à la NASA qui a fournit aux équipes une importante documentation technique). Bien sûr il y a toujours le pinailleur de service ou l’enculeur de mouches qui va soulever telle ou telle invraisemblance. Mais on s’en fout ! On est en présence d’une fiction. Je laisserai le dernier mot à James Cameron qui qualifie Gravity de « meilleur film sur l’espace jamais réalisé« .
Si je n’ai toujours pas réussi à vous convaincre je vous invite à vous reporter aux chiffres qui sont à même de faire rêver tout réalisateur. Gravity c’est 100 millions de budget et plus de 716 millions au box office mondial. Un film récompensé par les prix les plus prestigieux de la profession (dont 7 Oscar, excusez du peu : meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleure photographie, meilleurs effets visuels, meilleur montage…).

[BRD] Supercondriaque

SupercondriaqueRestons dans la comédie et la bonne humeur pour la suite de notre escapade cinéphile, au programme : Supercondriaque, le quatrième long métrage de Dany Boon (qui est aussi scénariste).
Romain Flaubert (Dany Boon) est maladivement hypocondriaque, au grand dam de son seul ami, qui est aussi son médecin traitant, le Dr Dimitri Zvenska (Kad Merad). Pour se débarrasser de cet ami encombrant, le médecin va essayer de le pousser dans les bras d’une femme. Mais pas facile de trouver la victime idéale qui supportera les phobies de Romain…
Le duo des Ch’tis se reforme donc le temps d’une comédie qui devrait faire moins de bruit que son illustre ainée. Non que le film soit mauvais, loin s’en faut, mais il reste relativement classique dans son traitement.
Les gags font mouche, les acteurs sont plutôt convaincants (mention spéciale à la touche féminine du casting avec Alice Pol, qui joue le rôle d’Anna, la soeur der Dimitri). On pourra être irrité par les distorsions faciales à répétition de Dany Boon, n’est pas Jim Carey qui veut, avec lui ça passe, ici ça aurait plutôt tendance à casser (les pieds, voire un peu plus haut éventuellement).
Une pause divertissante, agréable pour les zygomatiques mais qui sera bien vite oubliée.

[BRD] Le Crocodile Du Botswanga

Le Crocodile Du BotswangaPour notre première pause cinéphile du weekend nous avons décidé de jouer la carte de l’humour avec Le Crocodile Du Botswanga, de Fabrice Eboué et Lionel Steketee.
Didier (Fabrice Eboué), un agent sportif de seconde zone, peut se targuer d’avoir trouvé la future star du foot en la personne de Leslie Konda (Ibrahim Koma). Sur l’invation du Président Bobo (Thomas Ngijol), les deux hommes se rendent en visite au Botswanga, une république bananière perdue au coeur de l’Afrique. Le Président-Dictateur a d’autres ambitions pour l’enfant du pays, il aimerait le voir intégrer l’équipe nationale et compte sur Didier pour intervenir en sa faveur…
Comme vous pouvez le constater on retrouve la même équipe que dans le film Case Départ et j’ai eu le même ressenti mitigé. Ca se laisse regarder, on a le droit à quelques gags bien trouvés mais il manque un petit quelque chose pour la sauce prenne sur la durée. Un divertissement sympathique qui ne devrait pas rester pas dans les annales de la comédie à la française.
Il y a une bonne idée de base mais insuffisamment exploitée, de plus j’ai du mal à décider si le duo Eboué/Ngijol en fait trop ou pas assez. Bref inutile que je m’attarde d’avantage.

[BOUQUINS] Beatrice Sparks – L’Herbe Bleue

B. Sparks - L'Herbe BleueComme d’hab j’aime me laisser promener au gré de mes humeurs et envies, d’un registre à l’autre, dans le choix de mes lectures. Aujourd’hui au programme un bouquin dont je n’avais jamais entendu parler avant de m’extasier devant La Faux Soyeuse d’Eric Maravélias. Certains comms, çà et là, faisaient référence à L’Herbe Bleue de Beatrice Sparks ; curieux que je suis il a fallu que j’aille jeter un oeil sur la chose.
Une ado de quinze ans tient son journal intime. Un déménagement, nouvelle maison, nouvelle école. Difficile de se faire de nouveaux amis. Mal dans sa peau. Un soir elle prend du LSD à l’insu de son plein gré. Le trip lui plaît. Pourquoi pas un joint ? Juste pour essayer. De fil en aiguille elle s’enfonce encore et encore…
D’abord publié anonymement en 1971, sous la forme d’un journal intime d’une ado qui sombre dans l’univers de la drogue, ce n’est que des années plus tard que Beatrice Sparks, une psychologue américaine, reconnaîtra en être l’auteur et l’avoir écrit en mixant plusieurs récits de ses patients. Elle publiera plusieurs autres journaux intimes abordant des sujets sensibles concernant les jeunes.
Une chose est certaine c’est vraiment écrit dans un style proche de l’adolescence (d’une ado qui sait écrire pas d’un pantin lobotomisé au langage SMS ou au wesh-à-gogo… Ah oui ça n’existait pas, normal) On partage les petits tracas propres à cet âge, du moins dans la première partie du journal. La gamine est parfois soûlante à se la jouer en martyre persécutée, pôv’ piti Caliméro ! Heu non… en fait en fait on a plutôt envie de la choper par le colback et de lui suggérer de se sortir les doigts du cul. Flashback : souviens toi de ta propre adolescence, ce n’est pas pour rien que l’on appelle ça l’âge bête ; toi aussi tu as dû être une tête à claques, même pour ceux qui t’aimaient, parfois (que celui ou celle qui a dit souvent se dénonce !). Zeeen !
Puis la came entre en jeu, sournoise, insidieuse, vénéneuse. Un trip au LSD qui lui fait côtoyer les étoiles, les tranquillisants le soir, les stimulants la journée, le speed… Entre juste pour essayer et trop tard j’suis accro, il n’y a qu’un pas, un tout petit pas que l’on franchit sans s’en apercevoir (« Tous les gosses stupides qui se figurent qu’ils peuvent simplement s’amuser à y goûter n’existent en réalité que d’une prise à une autre. Quand on a commencé, il n’y a plus de vie possible sans drogue, mais c’est une existence dégueulasse d’es­clave« ). Quant à nous, lecteurs, nous ne pouvons que suivre la descente aux enfers de cette gamine. On en arrive à espèrer, sans trop y croire, qu’elle verra enfin le bout du tunnel et se tira sans bobo de cet enfer (à ce titre j’aura apprécié une fin plus étoffée mais était-ce vraiment nécessaire ?).
L’auteure a pris le parti du journal intime pour pouvoir livrer un témoignage aussi proche que possible de la réalité, sans jugement, sans critique et sans solution miracle. Rien que les faits, bruts de décoffrage, avec des mots simples mais percutants. Entre moments de lucidité, de défonce et de manque. L’objectif avoué est simple : faire renoncer celui ou celle qui veut juste essayer. Et pour ceux qui ont déjà un pied dans la merde ? Soit c’est déjà trop tard, soit il faudra des méthodes plus radicales pour les sortir de là.
Pas aussi explosif que La Faux Soyeuse mais le public visé n’est pas le même, et de fait, le langage utilisé non plus. Une texte court (lu en une journée) et intemporel, à défaut d’avoir un but éducatif il peut se targuer d’être un bon outil de prévention, du coup ce bouquin qui devrait être obligatoire dans tout cursus scolaire (bin merde alors, c’est moi qui vient d’écrire ça ? Oui. Et je persiste et signe), presque un bouquin d’utilité publique. Et La Faux Soyeuse quelques années plus tard (on va dire Beatrice Sparks au collège et Eric Maravèlias au lycée), en guise de piqûre de rappel ! Si avec ça ton gosse à encore envie d’essayer, juste pour voir, alors noir c’est noir…

PS : pour la première fois je me suis autocensuré. A l’origine la dernière phrase de cette chronique était : Si avec ça ton gosse à encore envie d’essayer, juste pour voir, alors il ne reste que l’euthanasie comme option !