[BOUQUINS] Frédéric Clémentz – Le Serment Du Passeur

F. Clémentz - Le Serment du PasseurUne lecture à la demande de son auteur, Frédéric Clémentz, que je remercie pour sa grande patience (j’ai son roman dans les bacs depuis le mois de mai) et sa confiance. Pour son premier roman il se lance dans le thriller psychologique avec Le Serment Du Passeur.
A l’âge de 15 ans Antoine Dévraille est traumatisé par une violente agression dont il est la victime. Sa vie ne sera plus jamais la même. Dix neuf ans plus tard Antoine écrit une lettre à son agresseur mais il va apprendre une nouvelle qui va bouleverser ses plans… et sa destinée.
La première chose qui frappe dans ce roman est son écriture, un style qui vous prend direct au coeur, à l’âme et aux tripes. Une plume trempée dans du vitriol, sans concession mais aussi riche et imagée. Un vrai bonheur pour les yeux. Une phrase d’Antoine pourrait s’adresser directement à son créateur, Frédéric : « Tu voulais que cette chose qui gueulait en toi fasse sa vie sans artifices ni souci du beau. Tu voulais de la matière brute, noble. Tu voulais du sauvage, du vivant. Des mots avec encore de la terre dessus. Des mots pas lavés, pas préparés. Des mots pas éduqués. Libres. »
Quant à moi Frédéric je souhaite que la fin de cette citation s’applique au présent Serment : « Rappelle-toi comme les gens se foutaient de toi quand tu leur disais ça. Et rappelle-toi comme ils te couraient tous après quand tu as été publié. »
Le récit nous place directement dans la peau et l’esprit d’Antoine Drévaille, le moins que l’on puisse c’est que sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. On ne ressort pas indemne d’une telle immersion psychologique. Dérouté, troublé… certes, mais aussi charmé ! Sous le charme de l’intrigue malgré (ou grâce à) une noirceur absolue, mais aussi, je le répète et ne me lasserai de le dire encore et encore, de cette plume d’une redoutable efficacité.
Alors, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ? Si je laisse (encore une fois) la parole à Antoine, la réponse ne laisse aucune place au doute : « Finalement, il avait peut-être raison mon éditeur et ami : le genre humain, ce n’est que du sang et des larmes. Et Simon rajoutait toujours en soupirant : « Du sang, des larmes… et de la merde. » Là-dessus, invariablement et sur un ton à se coltiner deux cents jours de brouillard d’affilée au fin fond de la Bretagne, il balançait cette hilarante citation du philosophe roumain Emil Cioran : « L’homme va disparaître, c’était jusqu’à présent ma ferme conviction. Entre-temps j’ai changé d’avis : il doit disparaître. » »
Mais bon je ne voudrais que Frédéric me reproche d’avoir pondu une critique en lui piquant les répliques d’Antoine ; je vais donc y apporter une petite touche personnelle. Chers lecteurs et lectrices que ces quelques lignes auraient rebuté (même si telles n’étaient pas mon intention première) ayez foi en la sagesse populaire qui affirme que les apparences sont parfois trompeuses. Frédéric Clémentz n’est pas breton (nul n’est parfait) mais il doit faire de sacré bonnes crêpes ; en un peu plus de 200 pages il va offrir deux retournement de situation parfaitement maîtrisés et totalement inattendus. Que du bonheur !
Avec ce premier roman Frédéric Clémentz place la barre très très haut, je ne voudrai pas lui mettre la pression mais on va attendre le suivant avec impatience…

MON VERDICT
jd5Coup double

N’allez surtout pas croire que je chronique les Fred en priorité, c’est une pure coïncidence si les auteurs F. Gynsterblom et F. Clémentz se suivent dans mes posts. Et faites gaffe, j’en ai encore un (F. Ernotte) en stock…

[BOUQUINS] Frédéric Gynsterblom – Nema

F. Gynsterblom - NemaMes prochaines lectures seront consacrées à des romans écrits par des contacts Facebook, que ce soit à leur demande ou de ma propre initiative. C’est Frédéric Gynsterblom qui ouvre le bal avec Nema, son dernier opus. Une lecture dont je suis le seul initiateur.
Marc Labaume est passionné de magie noire, son but ultime : percer les secrets de la magie du sang afin de parvenir à l’immortalité. Pour y parvenir il n’hésitera pas s’enfoncer toujours plus loin dans les rituels les plus obscurs. Il y trouvera des réponses, mais pas celles qu’il cherchait…
J’ai découvert cet auteur avec Help Me, et celui-ci m’avait déjà fait forte impression avec son habile mélange entre thriller et fantastique sur un fond très glauque. Inutile de préciser que, compte tenu de la toile de fond proposée par Nema, l’auteur peut aller encore plus loin. Et il y va ,sans peur et sans reproches !
L’intrigue intègre certaines bases bien réelles, qu’il s’agisse de références citées (j’ai, il y a fort fort fort longtemps, lu quelques essais de l’écrivain Jean-Paul Bourre ayant trait aux sciences occultes… par simple curiosité) ou par des ordres et organisations mentionnés dans le roman (les plus curieux pourront faire quelques recherches via Internet). Bref l’auteur ne s’est pas lancé tête baissée en donnant libre cours à son imagination, il y a eu un vrai travail de recherche autour de l’occultisme et du satanisme. Ceci dit Frédéric Gynsterblom a aussi une imagination débridée qui fera le régal du lecteur à la recherche de sensations fortes…
Bin oui autant vous le dire de suite ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains. Non seulement les thèmes qu’il aborde pourront rebuter les curieux les plus cartésiens, mais en plus l’intrigue est à la fois cash et trash. Âmes sensibles s’abstenir !
Contrairement à ce que l’on pourrait penser à la lecture des premiers chapitres, l’intrigue ne consiste pas uniquement à une descente de plus en plus loin dans l’horreur. D’une part il existe un vrai scénario, qui vous réservera quelques surprises de taille (perso il m’a laissé sur le cul plus d’une fois). D’autre part les personnages bénéficient d’un traitement soigné (dans leur personnalité pas forcément dans leur destinée) qui évite les clichés trop faciles du satanisme. Enfin l’auteur ne se complaît pas dans des descriptions outrancières, juste pour le plaisir de faire plus trash que trash, il y a ce qu’il faut où il faut.
J’ai retrouvé ce qui m’avait plu dans Help Me, notamment un style agréable à lire, sans fioriture mais soigné. Si Help Me aurait pu être plus étoffé sur certains aspects de l’intrigue, ici l’ensemble est très bien dosé, on referme le bouquin sans questions restées sans réponse. Pour tout vous dire je l’ai commencé ce matin et je ne l’ai plus lâché avant le clap de fin.
Ah si j’en ai une petite, pour la route : pourquoi Nema ? C’est pas que ça va m’empêcher de dormir mais je n’ai pas compris (en admettant qu’il y ait quelque chose à comprendre) ce titre.

MON VERDICT
jd4

[BOUQUINS] Samuel Bjork – Je Voyage Seule

S. Bjork - Je Voyage SeuleDirection la Norvège pour l’ultime étape de mon challenge Coupe d’Europe des Livres, en compagnie de Samuel Bjork et son roman Je Voyage Seule.
Quand une fillette de six ans est trouvée pendue à un arbre avec autour du cou l’inscription « Je voyage seule » c’est tout le pays qui est en émoi. L’inspecteur Holger Munch décide de faire appelle à son ancienne partenaire, Mia Krüger afin qu’elle l’aide à résoudre l’enquête. Rapidement pour Mia il ne fait aucun doute que d’autres victimes suivront. Pour Holger et son équipe, une macabre course contre la montre s’engage…
Malgré le bandeau alléchant qui présente ce bouquin comme un « best-seller partout en Europe », il est plus que probable que je serai passé à côté sans lui accorder un regard. Auteur inconnu (et pour cause c’est le premier roman qu’il publie sous ce nom), une couv’ pas franchement évocatrice et un pitch plutôt classique. Pas de quoi m’appâter et moins encore me ferrer… Mais voilà ce titre m’ayant été chaudement recommandé par une lectrice exigeante adepte de thrillers, la donne a changé, ma curiosité a été titillée et mon intérêt éveillé…
D’entrée de jeu Samuel Bjork impose un duo de flics pour le moins atypique, Holger et Mia n’ont pas franchement le profil du héros façon inspecteur Harry. Lui obèse, fume comme un pompier. Elle, dépressive tendance suicidaire, se défonce avec un cocktail à base de médocs et d’alcool. On s’attache tout de suite à ces deux anti-héros.
Puis on découvre le reste de l’équipe de cette brigade. Le gratin de la police criminelle, des enquêteurs de terrain connus et reconnus pour leur efficacité. Et Gabriel, le petit nouveau, un hacker de génie qui accepte de bosser pour la police. Une équipe complémentaire et soudée. Pour une enquête qui s’annonce des plus complexe.
Complexe, l’intrigue l’est aussi par sa densité. On a parfois l’impression que ça part dans tous les sens, sans queue ni tête mais que nenni. L’auteur ne perd pas son fil, tout s’imbrique progressivement avec une redoutable efficacité et surtout sans jamais embrouiller le lecteur, ni l’enfumer pas des raccourcis trop faciles. Les neurones seront rapidement en surchauffe pour démêler le vrai du faux…
Dense mais aussi intense. Si au départ le rythme imposé est plutôt lent (normal il faut que les indices deviennent des pistes… bonnes ou mauvaises), au fur et à mesure que les éléments du puzzle s’imbrique l’intrigue s’accélère. Je peux vous assurer que la seconde moitié du roman vous mettra les nerfs en pelote (et je vous parle même pas des derniers chapitres).
Au final ce roman (et cet auteur) fut une belle découverte, nul doute que je n’attendrais pas aussi longtemps pour me plonger dans le prochain titre de Samuel Bjork, Le Hibou (pour le uniquement en avant-première France Loisirs).

MON VERDICT
jd4d

La finale de l’Euro 2016 ayant eu lieu ce matin (heure locale), c’est l’heure des comptes pour découvrir le bilan de mon challenge Coupe d’Europe des Livres : 7 buts (7 des 11 titres proposés ont été lus entre le coup d’envoi et le coup de sifflet final).

[BOUQUINS] Jacques Expert – Hortense

J. Expert - HortenseJacques Expert a le don de transformer un faits divers sordide en un roman captivant. C’est ce qu’il fait à nouveau dans son dernier roman, Hortense.
La vie de Sophie Delalande bascule en 1993, quand sa fillette de 2 ans, Hortense, est enlevée par son père qui avait quitté le domicile familial quand il a appris que Sophie était enceinte. Vingt deux ans plus tard, Sophie croise Emmanuelle, une jeune femme qui travaille comme serveuse. Elle a alors l’absolue certitude qu’il s’agit de Hortense, elle va alors apprendre à la connaître avant de lui révéler la vérité…
Les chapitres, entrecoupés par les dépositions des différents intervenants, nous placent dans la peau de Sophie, puis de « Hortense » (à partir du chapitre 21). Pourquoi les guillemets à Hortense ? Parce que justement c’est là toute la question, Emmanuelle est-elle vraiment Hortense ? Ou est-ce que Sophie est victime de son obsession ?
Difficile d’imaginer la douleur d’une mère confrontée au même drame que Sophie. Il n’en reste pas moins que plus d’une fois j’ai trouvé le personnage quelque peu troublant, voire même dérangeant. Il faut dire que tout le roman repose sur ces deux femmes, Sophie et Emmanuelle/Hortense, avec en toile de fond le père d’Emmanuelle. L’auteur nous offre une plongée vertigineuse dans la psychologie de ses personnages. Résultat une ambiance souvent oppressante avec beaucoup de questions et de doutes.
Avec peu d’action Jacques Expert crée une véritable tension qui va rapidement ferrer le lecteur pour ne plus le lâcher jusqu’au final. Et quel final ! Totalement inattendu dans le genre renversement de situation. J’ai été sur le cul, tout simplement. Et pourtant, au fil des dépositions on devine assez rapidement un dénouement dramatique, mais la surprise fait quand même l’effet d’une bombe.
C’est le quatrième roman de l’auteur que je lis, et comme à chaque fois je suis bluffé par sa maîtrise et son sens du récit. Les chapitres sont courts, percutants parfois, le bouquin devient rapidement hautement addictif (j’ai lu la seconde partie d’une traite tant j’avais besoin d’avoir des réponses). Jacques Expert confirme qu’il fait partie des incontournables pour moi, pas question de rater ses prochains titres (et éventuellement trouver le temps de lire les précédents).

MON VERDICT
jd4

[BOUQUINS] Didier Van Cauwelaert – Jules

D. Van Cauwelaert - JulesCa faisait déjà un long moment que Jules, le roman de Didier Van Cauwelaert, me faisait de l’oeil des tréfonds de mon Stock à Lire Numérique, mais à chaque fois j’ai reporté à plus tard, priorisant d’autres lectures. Comme tout vient à point à qui sait attendre parait-il, ce « plus tard » est enfin devenu maintenant.
Quatrième de couv’ : À trente ans, Alice recouvre la vue. Pour Jules, son chien guide, c’est une catastrophe. Et en plus on les sépare. Alors, il se raccroche à moi. En moins de vingt-quatre heures, ce labrador en déroute me fait perdre mon emploi, mon logement, tous mes repères. Il ne me reste plus qu’une obsession – la sienne : retrouver la jeune femme qui nous a brisé le cœur.
Jules fait partie de ces romans qui font du bien par où ils passent, c’est un véritable concentré de bonne humeur qui réchauffe le coeur et l’âme. Qui plus est pour moi ça tombe pile poil quand j’avais justement besoin de ça. Je me suis régalé en compagnie de Jules, un chien qui ne manque pas de ressources, ni de roublardise.
Les chapitres alternent entre les points de vue de Zibal et d’Alice avec bien entendu l’omniprésence du labrador (même quand il n’est pas physiquement présent, il reste au coeur du récit). Deux personnages attachants même si de prime abord j’ai eu un peu de mal à trouver Alice sympathique, je l’ai trouvé quelque peu hautaine avant de réaliser que le rempart qu’elle dresse autour d’elle était sa façon de se protéger. Un récit plein de légèreté certes, mais aussi profondément humain, qui se lit quasiment d’une traite (288 pages dans sa version papier), un sourire béat aux lèvres.
Pour le suspense on repassera, on se doute bien vite de ce qu’il va advenir de Zibal et Alice, la romance tendance fleur bleue est de toutes façon accessoire dans ce bouquin ; sous cette apparente légèreté l’auteur rend un brillant hommage aux chiens guides d’aveugle. Du coup on pardonne tout à Jules, même la totale improbabilité de certaines de ses réactions. On s’en fout, on est là pour faire le plein de bonne humeur et à ce titre le contrat est rempli.
Au risque d’enfoncer des portes ouvertes je tiens à signaler que c’est bien Jules le véritable héros de cette histoire, sans lui le bouquin ne vaudrait pas tripette. Grâce à lui ce qui pourrait n’être qu’une comédie romantique un peu mièvre gagne en profondeur (et en bonne humeur). Au final j’ai trouvé en ce bouquin un agréable divertissement ; entre deux thrillers ça fait parfois du bien de faire un break plus léger.

MON VERDICT
jd3d

[BOUQUINS] Ellen Urbani – Landfall

E. Urbani - LandfallIl aura fallu un Book Club pour qu’enfin je me décide à extraire ce Landfall des tréfonds de mon Stock à Lire Numérique. Et pourtant ça faisait quelque temps déjà que le roman d’Ellen Urbani avait rejoint ledit stock, mais je reviendrai plus tard sur le sujet.
Un matin de septembre 2005, Rose fait route vers La Nouvelle-Orléans avec sa mère, Gertrude. Elles vont porter secours aux sinistrés de Katrina. Mais sur la route, leur voiture quitte la chaussée et percute une jeune fille. Cette inconnue, tuée sur le coup, seule et sans le moindre papier d’identité, ne tarde pas à obséder Rose, unique rescapée après l’accident…
De Gallmeister je connais surtout les bouquins de type nature writing mais je n’ai aucun a priori contre l’éditeur, d’autant je n’ai jamais été déçu par les titres que j’ai lu. Et pourtant je n’aurai de prime abord pas accordé un regard à Landfall. Un titre abstrait voire abscons, une auteure dont je n’avais jamais entendu parler et surtout une couv’ qui tire sur le rose fuchsia. De quoi mettre tous mes signaux d’alarme en alerte maximale !
Mais alors comment a-t-il atterri dans mon Stock à Lire Numérique me demanderez-vous ? Ca a commencé par un billet élogieux d’une fée nommée Stelphique, créature bloguesque je suis depuis déjà un moment avec plaisir. Puis il y a eu le coup de coeur d’une certaine Belette Cannibale dont je suis un fidèle suiveur. Enfin le roman a été l’heureux élu du Book Club de juin 2016 (je n’en dirai pas plus, vous connaissez la règle n°1 : on ne parle du Fight Club). Et voilà comment j’en suis arrivé à le lire.
Alors, heureux ? Et comment ! Totalement sous le charme de ce bouquin. C’est la deuxième fois ce mois-ci (après Les Maraudeurs) que je m’aventure dans l’après Katrina et à chaque fois j’en sors complètement boulversifié ! Un roman plein d’humanité qui parvient à éviter tout sentimentalisme mièvre pour nous prendre aux tripes et au coeur ; à ce titre l’écriture est d’une incroyable justesse.
J’avoue sans complexe que dans les premières pages j’ai été plutôt sceptique, ne comprenant pas vraiment où l’auteure voulait nous emmener. Mais rapidement on se prend au jeu, on est sous le charme de ses deux jeunes filles finalement pas si différentes que ça (si ce n’est que l’une est morte alors que l’autre respire la santé… on va pas pinailler pour un détail aussi insignifiant).
Au fil des chapitres on alterne entre Rose et Rosy (la jeune victime). On découvre peu à peu leur parcours réciproque au sein de deux univers diamétralement opposés. Deux jeunes filles qui partagent comme point commun le fait d’avoir été élevées par des mères célibataires, de fait on partage aussi les relations mères-filles unissant Rose/Gertrude et Rosy/Cilla. Quatre personnages haut en couleurs et deux relations différentes.
Tout n’a pas été rose pour Rosy, avant, pendant et après Katrina, elle a dû, avec puis sans Cilla, traverser des heures sombres, puis l’enfer. Difficile de rester de marbre face au courage et à la détermination dont elle fait preuve, on lui pardonnera aisément d’avoir envie baisser les bras dans les moments les plus difficiles. Il faut dire aussi que la description des conditions de survie au coeur et après l’ouragan sont d’un réalisme glaçant, pas surprenant venant d’une auteure ayant une spécialisation dans les traumatismes liés à la survie (en plus de deux années au sein des Peace Corps).

MON VERDICT
jd4d

[BOUQUINS] Michèle Rowe – Les Enfants Du Cap

M. Rowe - Les enfants du CapDirection l’Afrique du Sud pour la prochaine étape de ma Coupe d’Europe des Livres ; avec Les Enfants Du Cap Michèle Rowe signe son premier roman et opte pour un thriller ancré dans la sombre réalité de l’omniprésence de l’insécurité et de la violence dans les grandes métropoles sud africaines.
Alors qu’elle promène son chien, la psychologue et ex criminologue Marge Labuschagne découvre un cadavre, le crâne fracassé. C’est le sergent Persy Jonas, une jeune flic métisse qui ne demande qu’à faire ses preuves, qui est dépêchée sur les lieux. Entre les deux femmes, que tout oppose, la tension est palpable. Et pourtant elles vont devoir unir leurs efforts pour résoudre cette affaire…
Je ne sais pas si l’Afrique du Sud vous fait rêver mais pour ma part c’est un des rares pays du continent africain qu’il me plairait de visiter. Quoique, après avoir lu le roman de Michèle Rowe, mes élans touristiques ont été quelque peu douchés. On y découvre un pays qui peine à panser les cicatrices laissées par des années d’apartheid, un pays où la fracture sociale (et ethnique) semble impossible à réduire. Résultat des courses la délinquance y trouve un terrain propice à son expansion, violences en tout genre, trafics de drogues… Mais aussi corruption à tous les niveaux, expansionnisme immobilier au détriment de l’environnement. Bref pas vraiment un décor de carte postale.
Mais le récit et l’intrigue sont surtout portés par le duo Persy / Marge. Persy, jeune inspectrice qui doit encore faire ses preuves, métisse issue des township, elle galère pour joindre les deux bouts. Marge, psychologue (et criminologue) reconnue, la cinquantaine, une femme blanche qui vit dans les quartiers chics du Cap. Le jour et la nuit. Et pourtant toutes les deux ont bien plus en commun qu’il n’y paraît, à commencer par leur solitude et leur asociabilité chronique, mais aussi et surtout un passé douloureux refoulé (Marge) ou oublié (Persy). On comprend bien avant qu’elles ne le découvrent que ce passé est justement ce qui va les réunir.
Le bouquin nous plonge aussi au coeur d’un commissariat de quartier. Une cahute dans la quelle un effectif réduit s’efforce de faire leur boulot au mieux malgré les moyens de misère mis à leur disposition. Pas étonnant que certains se laissent tenter par l’appât de la corruption et son argent facile (ce qui ne rend pas pour autant le personnage plus sympathique, ça demeure une pourriture finie). Pas étonnant non plus que face à un tel manque de moyens, la racaille s’en donne à coeur joie.
Pour un premier roman, Michèle Rowe tire bien son épingle du jeu avec une intrigue rondement menée et rapidement addictive (et quelques surprises à la clé) et une belle galerie de personnages bien travaillés. En refermant ce bouquin je n’ai pu m’empêcher de penser que j’aimerai bien retrouver le duo Marge/Persy dans de nouvelles enquêtes ; vérification faite sur le site de l’auteure, un second roman est d’ores et déjà disponible en VO, reste à espérer que Albin Michel se penchera sérieusement sur la question.

MON VERDICT
jd4

[BRD] Zootopie

ZootopieUn film d’animation estampillé Walt Disney (avec ou sans Pixar, en l’occurrence sans) est généralement la garantie de passer un excellent moment cinéma. C’est donc confiant que j’ai pris mon billet pour Zootopie avec un trio (expérimenté) aux commandes : Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush.
Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une jeune lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque…
Vous l’aurez compris cette fois Disney lorgne du côté des comédies policières, et plus particulièrement vers les buddy movies ; ces films qui reposent sur la collaboration entre deux personnages que tout oppose. L’Arme Fatale ou encore Bad Boys, ça vous parle je suppose ? Les studios Disney confirment leur immense talent en matière d’animation, on est tout de suite happé par le film, on en viendrait presque à oublier qu’il s’agit d’images de synthèses pour ne se consacrer qu’à l’intrigue…
Il faut dire que Zootopie est l’endroit de tous les possibles à plus d’un titre. Imaginez une ville peuplée uniquement par des animaux dans laquelle prédateurs et proies cohabitent sans accroc. Une ville découpée en différents secteurs ayant chacun leur ambiance visuelle en fonction de ses résidents (de la Place du Sahara à Toundraville… c’est le jour et la nuit).
Le duo de personnages fonctionne impeccablement, avec, comme il se doit, des hauts et des bas dans leurs relations. Sans surprise c’est en apprenant à se connaître et en s’acceptant que leur coopération fera des étincelles.
Les autres personnages ne sont pas laissés pour compte, ils nous offrent une galerie impressionnante par sa diversité. J’ai eu un faible pour le chef de la police, un buffle bourru genre sévère mais juste, le réceptionniste, ou encore, cerise sur le gâteau, Flash, le fonctionnaire paresseux (l’animal, pas le trait de caractère… enfin si, aussi quand même).
L’histoire est prenante, les plus petits se contenteront du divertissement brut de décoffrage alors que les plus âgés se laisseront peut être aller à quelques réflexions… sans pour autant se lancer dans un débat philosophique. Quoi qu’il en soit, les studios Disney nous offrent à nouveau un spectacle familial dont ils ont le secret. Et nous aurions bien tort de nous en priver.

♥♥♥♥

[BOUQUINS] Marc Elsberg – Zero

M. Elsberg - ZeroCe titre va s’inscrire comme défenseur de dernière minute (en remplacement du bouquin de Donato Carrisi qui ne sortira que fin août) dans le cadre de mon challenge Coupe d’Europe des Livres, il m’est en effet tombé entre les mains par le plus grand des hasards, alors que j’avais fini par renoncer à croiser son chemin. So, is Big Brother watching you ? Réponse dans ma chronique de Zero de Marc Elsberg.
Alors qu’elle enquête sur Zero, un groupe d’activiste du Net qui milite pour la protection des données individuelles, Cynthia Bonsant est amenée, après la mort d’un ami de sa fille, à s’intéresser aux activités de la société Freeme, spécialisée justement dans la valorisation et le partage de ces mêmes données. A force de creuser elle va s’attirer les foudres de puissants et dangereux adversaires…
En guise de préambule à son roman, Marc Elsberg rappelle que ce texte est une fiction qui peut se lire comme une dystopie, sachant toutefois que certains outils et certaines procédures, décrits dans le roman existent bel et bien. Pour ma part c’est surtout un bouquin que j’ai lu comme un thriller, une intrigue menée tambour battant, bourrée de suspense et totalement addictive.
Ca fait du bien de lire un roman qui soit à la fois un divertissement (parfois nerveusement éprouvant), une source d’information (on sent que l’auteur s’est richement documenté sur le sujet) et quelque part un appel à la réflexion (pour ne pas dire une mise en garde). Fiction certes, mais pour combien de temps ?
J’ai beaucoup aimé le personnage de Cynthia Bonsant, pas franchement branchée technologie et soudainement confrontée à un monde qu’elle ne connaît pas (heureusement elle pourra compter sur le soutien de sa fille), mais déterminée à découvrir, et révéler, la vérité.
Les nombreux personnages secondaires, aux intérêts divers et variés, ne sont pas laissés pour compte. J’aurai toutefois aimé une présence plus active de Zero, toujours au centre du récit mais finalement assez peu présent. J’ai aimé détester le personnage de Carl Montik, le développeur de Freeme, un mec abject, incapable de la moindre empathie ; pour lui le monde extérieur se résume à des lignes de code qu’il peut manipuler selon son bon vouloir.
Fiction ou prémonition ? On est en droit de se poser la question dans notre société hyper-connectée. Certes les Act Apps de Freeme n’existent pas encore mais quand on voit le succès des applis d’aide au développement personnel ou à la prise de décision (à croire que certains ne sont pas foutus d’aller pisser si leur appli ne leur signale pas que c’est l’heure de la pause pipi), on y arrive lentement mais sûrement.
Et je ne vous parle même pas des accros à FB qui jugent intéressant de renseigner leur profil 796 fois par jour (« je me cure le nez », « je me gratte les couilles », « je mange », « je vais me coucher »… comme si on en avait quelque chose à foutre). La même logique s’applique aussi à Twitter, Instagram, YouTube…
Qui peut dire : « pas moi, pas moi », parmi vous ? Personne, la preuve vous êtes en ce moment même connecté à Internet. Mais ne sombrons pas non plus dans la paranoïa (n’est-ce pas Cynthia ?), inutile de vous vêtir de votre toute nouvelle combi intégrale 100% aluminium ; il y a connecté et cyber-dépendant. Je pense qu’avec un minimum de bon sens et un soupçon d’intelligence on peut limiter au strict minimum notre empreinte numérique.
Je découvre Marc Elsberg avec ce second roman, inutile de préciser qu’il me tarde de lire son premier opus (disponible en français devrai(je préciser) Black Out – Demain Il Sera Trop Tard (tout un programme) ; ça tombe bien il est justement dans mon Stock à Lire Numérique depuis un temps certain.
So, is Big Brother watching you ? Yes, indeed.But…

MON VERDICT
jd4d

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Rêver

F. Thilliez - RêverSans surprise j’ai jeté mon dévolu sur le dernier roman de Franck Thilliez, à peine celui de Maxime Chattam refermé (après une petite journée de transition, le temps de faire le vide dans mon esprit). Place donc à mes impressions de lectures après avoir refermé Rêver.
Entre l’accident de voiture qui a coûté la vie à son père et à sa fille, et une enquête d’enlèvements d’enfants qui piétine, la psycho-criminologue Abigaël Durnan est au bord du gouffre. Victimes de cataplexie, les crises se multiplient ; au point qu’elle même en vient à s’embrouiller entre le monde réel et le monde des rêves…
D’entrée de jeu Franck Thilliez nous prévient qu’il va nous proposer un récit déstructuré, chronologiquement parlant ; l’essentiel de l’intrigue va se dérouler entre le 6 décembre 2014 (l’accident) et le 23 juin 2015 (le lavoir en feu), mais les chapitres ne seront pas présentés dans l’ordre chronologique. Une échelle temporelle vous permettra toutefois de vous situer au fil de la lecture. Ah oui j’oubliais, cerise sur le gâteau, il manque volontairement un chapitre (explication à la fin du roman).
Je sais, vues comme ça les choses peuvent paraître un peu embrouillées mais je vous rassure d’entrée de jeu, tout est parfaitement limpide ; il faut juste ne pas perdre de vue cette fameuse échelle temporelle. Libre à vous par la suite, comme le suggère l’auteur, de reprendre le bouquin dans l’ordre chronologique réel, histoire de voir si la pêche aux indices est plus aisée.
Fidèle à ses habitudes Franck Thilliez nous offre une intrigue parfaitement maîtrisée, riche en rebondissements et autres surprises. Plus d’une fois Abigaël sera amenée à se demander où se trouve la vérité : dans la réalité ou dans les rêves, sachant que sa perception de la réalité peut être altérée par ses rêves et par son traitement contre la cataplexie. Pour nous aussi, lecteur, les questions ne manqueront pas, il va falloir être vigilant pour ne laisser échapper aucun indice. Mais je suis convaincu que même le plus perspicace des lecteurs ne découvrira pas le fin mot de l’histoire avant qu’il ne nous soit révélé.
Pour ma part j’ai rapidement soupçonné certaines de ces vérités mais sans réussir à découvrir le pourquoi du comment de la chose, de simples intuitions, sans l’ombre d’une preuve. Et la vérité s’est révélée encore plus machiavélique que tout ce que j’avais pu imaginer. Il y a toutefois une question que je me suis instantanément posée, avant même que l’accident ne se produise, il faudra toutefois attendre le chapitre 37 pour que Abigaël se la pose à son tour (je n’en dirai pas plus à ce stade de l’enquête).
Pour Abigaël (et nous autres, lecteurs) il va falloir pister deux lièvres à la fois. D’une part la piste de Freddy, le kidnappeur qui détient quatre jeunes victimes et a toujours une longueur d’avance sur les enquêteurs. D’autre part celle du père d’Abigaël qui semble lui avoir caché bien des secrets. Deux pistes qui finiront par se croiser… presque par hasard.
Un récit totalement addictif, impossible de lâcher le bouquin une fois que vous aurez mordu à l’hameçon (et en la matière Franck Thilliez est un maître de l’art quant il s’agit de ferrer ses lecteurs). Du fait de la déstructuration chronologique le rythme est saccadé, mais ça participe justement à l’ambiance unique que se bouquin va distiller dans votre esprit. Dans les derniers chapitres attendez vous toutefois à une brusque montée d’adrénaline.
Bon alors quid du chapitre manquant ? Un gadget plus qu’autre chose, à lire uniquement si vous avez l’impression d’être passé à côté de quelque chose. Pour ma part j’avais compris l’essentiel et deviné le reste, si le chapitre avait intégré au récit il n’aurait fait que confirmer ce que bon nombre de lecteurs thriller-addicts supposaient depuis un moment déjà… c’eut été dommage pour les autres. De la même manière je ne me relancerai pas une lecture chronologique du récit, je referme en effet le bouquin sans que la moindre question n’ait été laissée sans réponse.

MON VERDICT
jd4d