[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Le Grand Monde

AU MENU DU JOUR


Titre : Le Grand Monde
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2022
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Les fils Pelletier ont quitté la famille et le Liban pour suivre leur propre voie.

Jean est un modeste employé qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut faire de sa vie. Il vit à Paris avec une épouse qui lui mène la vie dure. Pas étonnant qu’avec une telle mégère à la maison, il lui arrive de craquer et de laisser libre cours à ses pulsions.

François aussi est installé à Paris. Pour ses parents il est étudiant à l’école Normale, dans les faits il rêve de se faire une place dans le milieu du journalisme. Et justement, il va se retrouver, par le plus grand des hasards, aux premières loges d’un fait divers à même de défrayer la chronique.

Etienne est parti à Saigon dans l’espoir de retrouver son grand amour. Employé de banque il va découvrir les rouages d’un trafic dont tout le monde s’accommode. Un trafic dont il va lui-même profiter avant de creuser certaines pistes suspectes.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Pierre Lemaitre et qu’il n’était pas question de passer à côté de cette nouvelle saga non-historique (l’auteur se défend d’écrire des romans historiques) consacrée aux trente glorieuses (1945-1975).

Ma Chronique

Après la trilogie Les Enfants Du Désastre qui se déroulait sur la période de l’entre-deux guerres, Pierre Lemaitre fait un bond en avant de quelques années pour initier sa nouvelle saga, Les Années Glorieuses. Comme son nom l’indique fort justement, c’est la période des trente glorieuses qui servira de toile de fond à ce nouveau cycle.

On fait table rase des Maillard, Périncourt et consorts (quoique, vous verrez que le bougre – Pierre Lemaitre – nous réserve quelques étonnantes surprises en lien direct avec sa précédente trilogie) pour faire place à la famille Pelletier.

Et niveau surprises le Pierrot est généreux, il n’y va pas avec le dos de la cuillère pour renverser une situation ou lever le voile sur un mystère. Il n’y a rien à redire, vous en aurez pour votre argent et plus d’une fois vous vous retrouverez les yeux comme des soucoupes et la gueule ouverte tant vous serez pris de court.

Les talents de narrateur de Pierre Lemaitre ne sont plus à démontrer, mais j’ai trouvé qu’il s’était surpassé dans ce roman. Que ce soit dans les dialogues, dans le portrait de ses personnages ou dans la déroulé de l’intrigue, rien n’est laissé au hasard. Et forcément le style et la verve font mouche.

Il faut dire qu’avec la famille Pelletier, l’auteur s’offre un terrain de jeu aux possibilités quasiment illimitées, et il ne se prive de l’exploiter à fond et pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Les parents, Louis et Angèle, vivent à Beyrouth où ils ont fait prospérer leur affaire, une savonnerie reconnue dans tout le Liban. À leur grand dam, les enfants ne veulent pas reprendre le flambeau de l’entreprise familiale… il y en a bien un (Jean l’aîné de la fratrie) qui a essayé, mais le moins que l’on puisse dire c’est que ce ne fut pas concluant.

Il faut dire que Jean n’a pas la fibre industrielle… d’ailleurs on se demande – et lui aussi – quelle pourrait bien être sa fibre et de quel avenir il rêve. Jean, plus ou moins affectueusement surnommé Bouboule, à deux mains gauches et autant de force de caractère qu’une huitre au bord d’une autoroute en pleine canicule. Pour couronner le tout, jean doit supporter les sautes d’humeur et les reproches de son épouse acariâtre, Geneviève.

Pour ses parents Philippe suit un cursus à Normale Sup’, dans les faits il se rêve journaliste. Et par un heureux (allez dire ça à la malheureuse victime) hasard, il va se retrouver au cœur d’un fait divers qui pourrait bien lancer sa carrière. Côté cœur, Philippe est plutôt du genre à papillonner et à butiner çà et là.

Etienne part pour Saigon où la guerre d’Indochine fait rage. C’est qu’il a hâte de rejoindre son beau légionnaire, Raymond. Mais sur place point de Raymond, où qu’il s’adresse on lui oppose une omerta angoissante. Embauché à l’Agence des monnaies, Etienne découvre un trafic lucratif connu de tous (ce qui deviendra, quelques années plus tard, l’affaire des piastres) et décide donc d’en profiter tout en poursuivant ses recherches à propos de Raymond.

Hélène, la petite – dix-huit ans, bientôt dix-neuf – dernière est restée à Beyrouth. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle s’emmerde ferme chez les parents et rêve d’indépendance. Elle aussi souhaite couper le cordon et tracer sa voie…

Beyrouth, Paris, Saigon, ce bouquin est une invitation au voyage (en période de pandémie et de restrictions en tout genre – notamment sur les voyages, ça met du baume au cœur). C’est aussi et surtout le portrait d’une famille et d’une époque de désillusions (après la liesse de la Libération, la dure réalité reprend ses droits). Une saga familiale qui se teinte parfois d’un soupçon de roman policier… même si l’enquête en question est menée par un juge qui a dû trouver son diplôme dans une pochette surprise.

Fidèle à ses habitudes, Pierre Lemaitre apporte le même soin à ses personnages secondaires, une impressionnante galerie de portraits aussi disparates les uns des autres qui contribue largement à donner vie à son intrigue.

Un premier tome tout simplement magistral qui donne vraiment envie de découvrir la suite, nul doute que les Pelletier ont encore beaucoup à nous raconter… à moins que l’auteur ne parte sur une autre piste afin de poursuivre le décryptage des trente glorieuses.

Amis lecteurs, amies lectrices, qui avez lu ce fabuleux roman, oserez-vous avouer que vous aussi vous avez tremblé pour ce pauvre Joseph ? C’est le moment où ceux qui n’ont pas lu le bouquin mais se sont coltinés ma chronique se demandent de quoi je cause. Putain, mais c’est qui ce Joseph ?

MON VERDICT

[BRD] Shang-Chi Et La Légende Des Dix Anneaux

À L’AFFICHE DU JOUR


Titre : Shang Chi Et La Légende Des Dix Anneaux
Réalisation : Destin Daniel Cretton
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Company
Origine : États-Unis
Durée : 2h12

Casting

Simu Liu : Shaun / Shang-Chi
Awkwafina : Katy
Tony Leung : Wenwu
Meng’er Zhang : Xialing
Michelle Yeoh : Ying Nan
Fala Chen : Jiang Li

Le pitch

Shaun est voiturier à Los Angeles, avec sa collège, Katy, ils croquent la vie à plein dents sans se soucier du lendemain. Quand il est attaqué par plusieurs hommes qui lui volent un médaillon que lui avait offert sa mère, Shaun réalise qu’il va devoir renouer avec son passé et affronter son père, puissant chef du groupe terroriste des Dix Anneaux…

Ma chronique

Vous reprendrez bien une part de MCU ? C’est en tout cas ce que l’on a fait en enchaînant sur le film Shang-Chi Et La Légende Des Dix Anneaux. Une totale découverte pour moi, je ne connaissais pas du tout ce personnage de l’écurie Marvel. Encore un personnage n’ayant aucun super-pouvoir mais qui s’illustre par sa maîtrise des arts martiaux.

Si la première partie du film reste assez classique, on y découvre l’amitié entre Shaun et Katy, deux jeunes qui vivent leur vie au jour le jour. Mais Shaun cache un lourd secret lié à son passé, et ce passé va justement le rattraper…

La force du film est le mix entre l’univers Marvel contemporain et des éléments issus de la tradition et folklore chinois ; c’est ce qui donne au film une identité à part entière. Qu’il s’agisse de la forteresse des Dix Anneaux (largement inspirée de celle de Fu Manchu, dont le personnage de Wenwu, le père de Shang-Chi, est une libre adaptation – dans le comics Shang-Chi est le fils de Fu Manchu). Mais plus encore lorsque les personnages découvrent le village caché de Ta Lo, l’occasion de nous en mettre plein les mirettes, qu’il s’agisse des décors ou de la chorégraphie des combats.

Le fait de faire figurer au casting des acteurs phares du cinéma asiatique, tels Tony Leung et Michelle Yeoh, est un choix des plus judicieux. Il est appréciable pour les téléspectateurs de retrouver des visages connus dans des rôles qui leur sont parfaitement adaptés.

Outre les créatures qui peuplent Ta Lo – et les démons qui y sont retenus prisonniers – le principal élément fantastique de l’intrigue restent les anneaux que possède Wenwu. Non seulement ils lui garantissent l’immortalité, mais ils augmentent considérablement ses prouesses de combattant. La confrontation s’annonce aussi difficile qu’inégale pour notre brave Shang-Chi…

Pas évident d’intégrer Shang-Chi au MCU, il faut dire que pour le moment le fil rouge de ce nouveau cycle ne saute pas aux yeux. Dans la première séquence post-générique, Shang-Chi rencontre Bruce Banner (Hulk) et Carol Danvers (Captain Marvel), qui lui annoncent simplement que désormais plus rien ne sera comme avant. Quant à la seconde scène post- générique, elle laisse à penser que Shang-Chi n’en a sans doute pas encore fini avec les Dix Anneaux.

Il n’en reste pas moins que le film et les personnages sont une agréable découverte, comme d’hab. avec les films du MCU, on ne voit pas le temps passer.

Une fois de plus les Studios Marvel ont visé juste au niveau de la rentabilité, avec un budget compris entre 150 et 200 millions de dollars, le film a déjà engrangé plus 432 millions au box-office mondial.

♥♥♥♥

[BOUQUINS] Zygmunt Miloszewski – Inestimable

AU MENU DU JOUR


Titre : Inestimable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Éditeur : Fleuve Éditions
Parution : 2021
Origine : Pologne (2020)
496 pages

De quoi ça cause ?

Zofia Lorentz, une éminente historienne de l’art, est contacté par Bogdan Smuga, un scientifique un brin aventurier, afin de retrouver la trace d’artefacts Aïnous – une ancienne peuplade de Sibérie – que son aïeul aurait rapporté en Europe.

Mais ils ne sont pas les seuls à rechercher ces artefacts, leur adversaire est puissant et ne reculera devant rien pour mettre la main dessus.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça fait un moment que j’ai envie de découvrir l’univers littéraire de Zygmunt Miloszewski (au Scrabble son prénom et son nom feraient un carton), disons que net Galley m’aura mis le pied à l’étrier.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fleuve et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

C’est donc le premier roman de Zygmunt Miloszewski que je lis, même si celui-ci fait intervenir des personnages déjà croisés dans Inavouable, il peut parfaitement se lire indépendamment du précédent (sachez toutefois que dans ce cas, de larges pans de l’intrigue vous seront révélés). J’avoue que je n’avais pas fait gaffe au départ, ce n’est qu’une fois ma lecture déjà bien entamée que je m’en suis rendu compte.

L’avantage que j’ai par rapport à des lecteurs qui connaissent l’auteur, c’est que je n’ai aucun élément de comparaison ; c’est donc d’un œil aussi neutre que vierge que j’aborde ce bouquin.

Le moins que l’on puisse c’est que les choses ne s’annoncent pas sous les meilleurs augures pour Zofia Lorentz au début du présent roman. Non seulement son mari, Karol, a des pertes de mémoire que la médecine n’arrive pas à expliquer, l’ultime espoir serait peut-être une clinique privée dans les Pyrénées françaises. Pour couronner le tout, elle se fait licencier de son poste à la direction du Musée National. Autant dire que la proposition qui lui tombe dessus, aussi insensée qu’elle puisse paraître, est une aubaine financière qu’elle ne saurait refuser.

Une quête moins anodine qu’il n’y parait puisqu’au cœur de ces anciens artefacts aïnous, pourrait se cacher la clé de la survie de l’humanité. Pas étonnant que dans de telles circonstances une puissante multinationale veuille mettre la main sur un sésame synonyme d’encore plus de profits et d’encore plus de pouvoirs. Face à eux, Bogdan Smuga, propose une vision plus humaniste, se proposant d’œuvrer pour le bien de tous sans amasser le moindre kopeck… Hmouais, trop beau pour être vrai me direz-vous, et c’est la même réflexion que je me suis faite, il doit sûrement y avoir anguille sous roche (ou murène sous patate dans sa version tropicale).

Je ne vous cacherai que j’ai mis un certain temps à comprendre où voulait nous mener ZM (marre de faire des copier-coller de son nom à l’orthographe improbable). Le bougre prend son temps, avec parfois de longs chapitres, pour poser le décor et ses personnages. C’est une intrigue façon diesel qui se déroule sous nos yeux, heureusement, une fois que la mécanique se met en branle, le rythme s’accélère, le régime monte dans les tours… pour ne plus retomber avant le clap de fin.

Je ne me prononcerai pas sur la faisabilité ou non de l’extraction et de la multiplication des bactéries de la façon décrite dans le roman (je n’ai pas les compétences scientifiques pour confirmer ou infirmer l’idée… et je m’en tamponne le coquillard) même si ça me semble un peu tiré par les cheveux. De toutes façons il faudrait plus qu’une incohérence scientifique pour que je lâche un bouquin, au nom de la fiction on peut se permettre de prendre quelques libertés avec la sacro-sainte vérité scientifique.

Je ne suis pas climato-sceptique et j’ai bien conscience que ce phénomène, associé à une croissance continue de la population mondiale, nous mène droit dans le mur (la fameuse sixième extinction si chère aux collapsologues ?). Par ailleurs, le peu de foi que j’ai dans le genre humain ne m’encourage pas à envisager l’hypothèse d’une soudaine prise de conscience qui inverserait la tendance. Pour autant, je ne peux pas cautionner une solution telle que celle envisagée dans le roman ; non seulement ça me parait humainement inacceptable, mais ça rappelle un peu trop les heures les plus sombres de l’histoire (et puis Thanos a essayé… ça ne lui a porté bonheur).

Je n’ai pas perdu les pédales, répliqua-t-elle pourtant. Et toi, tu ferais mieux de lire La Servante écarlate, sale crétin, tu verrais à quoi mène ce genre d’idées. Au lieu d’une lutte pour l’eau potable, on aura une lutte pour les femmes fertiles, des viols et une brutalité dont tu n’as pas idée. Et après, regarde Jurassic Park encore une fois et entends à nouveau que « life, uh, finds a way ». Ta bactérie va muter ou on va trouver un antibiotique, les gens vont continuer à se multiplier, mais dans une civilisation basée sur le viol et les violences faites aux femmes. Encore un putain de génie qui veut sauver l’humanité en nous glissant la main dans la culotte.

Finalement, après un début un peu poussif, j’ai trouvé que l’auteur menait rondement son affaire avec son lot de rebondissements et revirements de situation. Une intrigue qui ne mise pas tout sur l’action (parfois un peu too much), les nombreuses thématiques abordées pousseront le lecteur à se poser des questions (et pourquoi pas, à se remettre en question). Les personnages sont bien travaillés y compris les personnages secondaires, qui deviennent même parfois plus attachants que les principaux (mention spéciale à Martin Meller, un navigateur solitaire qui ne devrait laisser personne indifférent).

Une belle découverte qui va me pousser à garder un œil sur les futurs romans de Zygmunt Miloszewski. Et les précédents vous demandez-vous peut-être – je ne vous en vous en tiendrais pas rigueur si vous vous en foutiez comme de l’an Mil. Le cœur me pousse à espérer leur trouver une place dans un futur pas trop lointain, mais la raison me souffle, avec un ricanement sarcastique, d’arrêter de rêver !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Olivier Bocquet & Anlor – Ladies With Guns

AU MENU DU JOUR


Titre : Ladies With Guns
Scénario : Olivier Bocquet
Dessin : Anlor
Éditeur : Dargaud
Parution : 2022
Origine : France
64 pages

De quoi ça cause ?

L’Ouest sauvage n’est pas tendre avec les femmes… Une esclave en fuite, une indienne isolée de sa tribu massacrée, une veuve bourgeoise, une fille de joie et une irlandaise d’une soixantaine d’années réunies par la force des choses. Des hommes qui veulent les maintenir en cage. Des femmes qui décident d’en découdre, et ça va faire mal.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma demande.

Ladies With Guns décline le western au féminin, un western à la sauce Tarantino dans lequel les femmes tiennent la dragée haute aux hommes. Il faut dire que ces messieurs n’ont pas vraiment le bon rôle dans cette histoire imaginée par Olivier Bocquet et mise en images par Anlor.

Vont donc devoir, un peu par la force des choses, faire équipe : une jeune esclave en fuite, une Britannique rescapée d’une attaque d’indiens, une indienne loin des siens, une institutrice à la retraite au caractère bien trempée, et une pute de luxe qui s’est carapatée… dans le genre équipe improbable, au fin fond de l’Ouest sauvage, on pouvait difficilement imaginer un assortiment plus décalé.

Le trait est fin et la mise en couleur plutôt judicieuse, ce qui permet des cases riches en détails mais aussi et surtout une excellente restitution des expressions des personnages.

L’intrigue est un condensé d’action (ça bastonne, ça flingue, ça saigne et ça meurt) qui laisse toutefois la part belle à l’humour… même dans les situations les plus dramatiques.

Clairement une lecture faite pour se faire plaisir, bien ficelée sans non plus trop se prendre au sérieux. Le pari du divertissement est remporté haut la main.

Un bémol toutefois, c’est court, très court même… et ce malgré un format proche des classiques français. Mais ce n’est que le premier tome d’une série, le contexte étant désormais posé, on va voir comment nos cinq nanas font s’adapter à leur nouvelle situation.

— Elles ont tué combien de personnes ?
— J’ai perdu le compte, pourtant les comptes ça me connaît. Ce que je sais… c’est qu’elles ont fait un massacre.
— Et elles n’étaient même pas armées.
— Eh ben ! J’ose pas imaginer ce qu’elles feraient si elles avaient des armes…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Brian Panowich – Vallée Furieuse

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Titre : Vallée Furieuse
Auteur : Brian Panowich
Éditeur : Actes Sud
Parution : 2022
Origine : États-Unis (2020)
432 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il est censé être de repos, l’agent du GBI Dane Kirby est appelé d’urgence par le FBI sur une scène de crime en Floride. Si Kirby est appelé hors de sa juridiction c’est parce que la victime est originaire de Géorgie et surtout qu’elle vient de rafler le pactole dans un championnat clandestin de combat de coqs.

Kirby va devoir faire équipe avec l’agent Roselita Velasquez, ensemble ils vont devoir remonter la piste de l’argent et identifier les auteurs du meurtre. Rapidement ils vont être amenés à s’intéresser au jeune frère de la victime, William Blackwell. Mais ils ne sont pas les seuls à le chercher…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Brian Panowich et que son diptyque Bull Mountain envoyait du lourd…

Ma Chronique

Retour en Géorgie, et plus précisément dans le comté de McFalls, en compagnie de Brian Panowich. On aurait pu penser – espérer – qu’il y ferait bon vivre depuis que Bull Mountain a été débarrassé du clan Burroughs. C’était sans compter sur les Rockdale et leurs combats de coqs aussi illégaux que lucratifs.

Et justement lors du dernier grand tournoi (le slasher pour les initiés), un petit malin a réalisé l’impossible en raflant le pactole grâce à une improbable martingale. Si Eddie Rockdale l’a mauvaise, il fait toutefois contre mauvaise fortune bon cœur… au moins en apparence. Ce n’est pas le cas d’un duo de Philippins qui a perdu gros dans l’histoire et qui ne compte pas en rester là… ça va saigner !

Si on se retrouve en terrain connu et avec des personnages déjà croisés dans Bull Mountain et / ou Comme Les Lions (notamment Darby Ellis, devenu shérif et Dane Kirby), Vallée Furieuse n’est pas directement lié aux précédents romans ; on repart sur des bases nouvelles (saines n’est vraiment pas un mot adapté au contexte).

Si l’ambiance générale de l’intrigue est moins sombre que dans les précédents romans de l’auteur, ce n’est pas pour autant une promenade de santé. Ça envoie du lourd quand même, ça défouraille à tout va, ça saigne et ça meurt (la vie ne tient qu’à un fil dans le nord de la Géorgie). Ajoutez à cela un duo d’enquêteurs que tout oppose, lui le flic de la cambrousse, elle l’agente du grand FBI, arrogante et prétentieuse. Saupoudrez le tout d’un soupçon de corruption et d’une pointe de trahisons. À déguster sans modération !

Contre toute attente c’est aussi un roman qui accorde une place de premier choix à l’amour à travers plusieurs romances. J’en vois déjà qui manquent de s’étouffer, rassurez-vous on est bien loin d’une guimauve à l’eau de rose façon Barbara Cartland.

Les personnages, même s’ils sont parfois aux portes du cliché (je pense notamment aux agents du FBI façon Men in Black), sont bien travaillés avec leurs forces et leurs faiblesses. À commencer par Dane Kirby, avec l’âge son travail de bureau lui convient parfaitement, tout irait pour le mieux s’il ne venait pas d’apprendre qu’il a un cancer. Et le voilà obligé de retourner sur le terrain avec une sale affaire dans les pattes et une partenaire pas vraiment facile à vivre.

Il faut dire que l’agent Roselita Velasquez n’a pas son pareil pour se rendre antipathique dès le premier regard… et ça ne s’améliorera pas vraiment au fil des chapitres. Une vraie tête à claques que l’on arrive, presque malgré nous, à apprécier.

Face à eux, outre le clan Rockdale (des gens peu fréquentables… vaut mieux les laisser faire mumuse avec leurs poulets), un duo de Philippins qui cherche à récupérer le pactole du slasher mais aussi à mettre la main sur la poule aux œufs d’or, William Blackwell.

Le jeune William est un autiste Asperger passionné par les oiseaux et doué à la fois d’un remarquable sens de l’observation et d’une intelligence hors norme. C’est le mélange de ces trois éléments qui ont permis à son frère et à son associé, de remporter la totalité des gains au slasher.

Les personnages secondaires ne sont pas laissés sur le bas-côté, Brian Panowich leur accorde la même attention afin de dépeindre au mieux leur personnalité.

Si globalement je le placerai un cran en dessous de ses aînés, ça reste un très bon roman noir, avec une intrigue parfaitement maîtrisée malgré quelques ficelles un peu grosses. On se laisse volontiers entraîner dans un récit mené à un rythme d’enfer. Difficile de le lâcher une fois qu’il vous aura ferré… et tout est fait (et bien fait) pour que l’on gobe l’appât dès les premières pages.

MON VERDICT

Coup de poing

[BRD] Black Widow

À L’AFFICHE DU JOUR


Titre : Black Widow
Réalisation : Cate Shortland
Production : Marvel Studios
Distribution : Walt Disney Company
Origine : États-Unis
Durée : 2h14

Casting

Scarlett Johansson : Natasha Romanoff / Black Widow
Florence Pugh : Yelena Belova
Rachel Weisz : Melina Vostokoff
David Harbour : Alexei Shostakov / Red Guardian
Ray Winstone : Dreykov

Le pitch

Natasha Romanoff est en fuite depuis la fin de la « guerre civile » qui a fait éclater les Avengers. Alors qu’elle voudrait se faire oublier, elle est attaquée par des mercenaires envoyés par le général Dreykov.

Elle va devoir renouer avec un passé qu’elle croyait enfoui depuis longtemps afin de retrouver sa sœur, Yelena Belova. Ensemble elles projettent de détruire la Chambre Rouge du général Dreykov, une base secrète protégée par de nombreux gardes et les veuves, des combattantes d’élite chimiquement conditionnées pour être d’une obéissance sans faille à Dreykov…

Ma chronique

Ça fait un bail que je ne vous ai pas parlé du MCU. À force de repousser ma chronique de Avengers – Endgame, elle a fini par tomber aux oubliettes (dommage, le film vaut vraiment le détour… et marque la fin d’un cycle). Quant à Spider-Man – Far From Home, il ne m’a que moyennement convaincu, donc j’ai décidé de faire l’impasse.

Place donc au second cycle (La Saga du Multivers) qui s’ouvre avec le film Black Widow. J’étais sceptique à l’idée d’un film dédié au personnage de Black Widow, d’une part parce qu’elle n’est pas super-héros au sens strict du terme (pas de pouvoirs, c’est juste une experte en combats en tout genre), mais aussi et surtout parce qu’elle fait partie des personnages qui trouvent la mort dans Endgame.

D’un autre côté il est vrai que même si Black Widow n’est pas forcément un personnage central du MCU, elle intervient dans de nombreux film de l’univers Marvel, jouant même parfois un rôle décisif dans le déroulé de l’action. Qu’un film lui soit consacré n’est donc sans pas si illégitime que ça.

Force est toutefois de reconnaître que je ne connaissais rien du parcours de Natasha Romanoff et encore moins de son entrée au SHIELD, puis aux Avengers, en tant que Black Widow. Le film lève le voile sur cette zone d’ombre et le moins que l’on puisse c’est que l’on découvre une histoire pas ordinaire du tout.

Chronologiquement l’intrigue se déroule entre Captain America – Civil War et Avengers – Infinity War (l’incontournable séquence post générique se jouera quant à elle après Endgame). Il ne se contente donc pas de nous raconter les jeunes années de Natasha Romanoff et bénéficie de sa propre intrigue qui se déroule loin des yeux des autres Avengers.

Une intrigue à laquelle on se prend rapidement et qui nous fait découvrir des personnages moins connus de l’univers Marvel tels que Yelena Belova Et Red Guardian (personnellement je les ai découvert via le jeu Marvel Strike Force, c’est plutôt cool de pouvoir les relier à des personnages plus connus des profanes) et s’autorise même une totale revisite du Taskmaster. Une intrigue qui mise bien entendu sur le rythme et l’action, et qui démontre qu’il n’y a pas forcément besoin de super-pouvoirs pour dépoter et envoyer du lourd.

L’aspect « familial » apporte un vrai plus à l’intrigue – un peu de douceur dans ce monde de brutes… même si la famille en question n’est pas des plus unie et aimante – et l’on retrouve, çà et là – même au cœur de l’action –, les touches d’humour chères au MCU.

Sans surprise le film est maîtrisé du début à la fin, les scènes d’action sont parfaitement mises en scène, le visuel nous en met plein les mirettes… bref, le contrat est rempli.

Un contrat rempli mais qui, finalement, ne s’avérera pas aussi payant que les studios pouvaient l’espérer. En effet avec un budget conséquent de 200 millions de dollars (ce qui est plutôt « raisonnable » dans le cadre du MCU), le film n’a engrangé que (tout est relatif) 380 millions de dollars au box-office mondial. Pour l’anecdote ce second cycle du MCU semble être en lien direct avec les séries TV de Disney+, ainsi les conséquences de la scène post générique seront à découvrir dans la série Hawkeye.

♥♥♥½

[BOUQUINS] Quentin Bruet-Ferréol – Dieu Est Un Voleur Qui Marche Dans la Nuit

AU MENU DU JOUR


Titre : Dieu Est Un Voleur Qui Marche Dans La Nuit
Auteur : Quentin Bruet-Ferréol
Éditeur : Bouquins
Parution : 2022
Origine : France
448 pages

De quoi ça cause ?

26 mars 1997. Par suite d’un appel anonyme, la police découvre 39 corps dans une villa de San Diego. Le verdict ne laisse aucune place au doute, il s’agit d’un suicide collectif des membres de la secte Heaven’s Gate.

Septembre 1975. Barthélemy est un jeune hippie, un peu paumé, en quête de spiritualité et de mysticisme. C’est sans grande conviction qu’il se rend à une conférence promettant aux humains d’atteindre un « niveau supérieur » via les extraterrestres. Contre toute attente il va être emballé par le discours des deux conférenciers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est Mallock (Jean-Denis Bruet-Ferréol pour l’état civil) qui m’a proposé de découvrir les premiers pas littéraires de son fils, Quentin. Comme le pitch et l’approche façon docu-fiction me plaisaient bien je me suis lancé.

Ma Chronique

Comme l’explique Quentin Bruet-Ferréol dans sa préface, la genèse de ce roman (mais pas que…) est assez particulière :

Tout a commencé le jour où j’ai découvert un site Internet d’outre-tombe : heavensgate.com. Comment pouvait-il être encore en ligne, alors que tous les membres de la secte Heaven’s Gate s’étaient donné la mort un quart de siècle plus tôt ? Mon enquête a donc débuté ainsi : après avoir trouvé l’adresse du webmaster, je lui ai envoyé un courriel, sans grand espoir. Et pourtant.

Suivront six années d’enquête, de rencontres et d’échanges pour remonter aux sources d’Heaven’s Gate et essayer de comprendre – sans porter de jugement – le pourquoi du comment de ce suicide collectif.

L’histoire des Etats-Unis est fortement marquée par les dérives sectaires et les drames qui en ont découlés. Heaven’s Gate ne fut pas le premier exemple… et ne sera sans doute pas le dernier, malheureusement. On peut notamment citer les assassinats commis par Charles Manson et sa « famille » (1969), le suicide collectif de Jonestown organisé par Jim Jones (1978), le siège de Waco (1993)…

L’auteur aurait pu opter pour une énième approche socio-psychologique de l’affaire, mais au lieu d’endormir ses lecteurs à grand renfort de termes savants, d’hypothèses alambiquées et autres décryptages mystico-spirituels, il a opté pour le docu-fiction afin de nous plonger au cœur d’Heaven’s Gate.

Dans ce genre de récit le plus difficile est de trouver le bon équilibre entre la réalité (les faits, les témoignages…) et la fiction. Le récit s’ouvre sur la découverte de la scène de crime par la police de San Diego, le déroulé des événements est parfaitement restitué, on se croirait presque en direct devant une chaîne info (voire à la place des policiers).

Pour la suite Quentin Bruet-Ferréol nous place dans la peau d’un jeune homme un peu paumé qui va se laisser embobiner par les promesses de la secte. Un choix qui permet de suivre le quotidien des adeptes de l’intérieur et d’avoir un aperçu des « enseignements » dispensés par les gourous.

Si l’auteur a fait le choix, tout à son honneur, de rester aussi neutre que possible et de ne porter aucun jugement, je reconnais volontiers qu’en tant que lecteur j’ai eu beaucoup plus de mal à garder mes distances. Sans nier la véracité des faits (les exemples actuels sont malheureusement encore nombreux), je ne comprends pas comment on peut se faire lessiver le cerveau de la sorte (sur fond de pop culture en plus) et en redemander toujours plus.

Il est vrai que suis totalement et viscéralement hermétique à tout discours religieux et à tout ce qui tendrait à s’en rapprocher, mais même en faisant abstraction de cela, je ne peux concevoir d’être privé de mon libre arbitre et de perdre tout sens du commun… Je ne prétends pas être immunisé contre ces conneries – je n’aurai pas cette prétention –, c’est plutôt pour souligner l’habileté malsaines de ces gourous auto-proclamés à manipuler les autres jusque dans leur façon de penser (ce que Quentin Bruet-Ferréol décrypte fort bien soit dit en passant).

Le titre lui-même est un exemple de manipulation par une (très) libre interprétation d’un passage de la Bible qui dit « Le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit » ; qui deviendra, dans la bouche des gourous : « Dieu est un voleur qui marche dans la nuit ». De fait, étant les représentants de Dieu sur Terre, tout leur est permis… CQFD.

Il n’en reste pas moins que le présent docu-fiction est mené d’une main de maître, à défaut de comprendre les uns et les autres, on suit les étapes de leur embrigadement jusqu’à l’issue fatale de mars 1997.

Le gros travail de recherche et de documentation se retrouve dans la narration, mais est parfaitement intégré à la partie fictive de l’histoire ; finalement on parcourt ce récit presque comme on lirait un thriller dont on connaît la fin mais dont on aimerait comprendre le pourquoi du comment d’une telle conclusion. Totalement addictif et captivant du début à la fin.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Denis Zott – La Dame Blanche

AU MENU DU JOUR


Titre : La Dame Blanche
Auteur : Denis Zott
Éditeur : Hugo
Parution : 2022
Origine : France
443 pages

De quoi ça cause ?

L’affaire devait être pliée en deux temps et trois mouvements et surtout rapporter un max de thune à Johnny… de quoi prendre un nouveau départ avec sa meuf et son gosse, sous le soleil de la Thaïlande.

Et pourtant d’entrée de jeu les dés semblent pipés, comme si on voulait leur simplifier la tâche en les conduisant sans embûche jusqu’à leur cible. Le colis qu’il doive embarquer et livrer : une mystérieuse jeune femme au teint de geisha.

Alors qu’ils approchent du point de livraison, c’est l’accident. Les complices de Johnny sont tués, un gamin est grièvement blessé dans le choc avec la voiture des kidnappeurs. Et le colis a disparu.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Denis Zott et que j’avais adoré son précédent roman, Maudite.

Cerise sur le gâteau, la couv’ est sublime.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Bienvenue à Puech Begoù, charmante bourgade du Tarn où les habitants se feront un plaisir de vous accueillir avec le sourire et de partager avec vous leur bonne humeur naturelle et leurs traditions…STOOOP !!! Ça c’est la version office du tourisme, rien à voir avec le bouquin de Denis Zott.

A Puybegon (Puech Begoù en occitan), il y a d’un côté la famille Baron qui tient les rênes de la vie politique et économique du village, à sa tête, Charles Baron, l’intouchable maire de la commune. Intouchable ? Pas pour la famille Renard, ils ne craignent personne mais tout le monde les craint, ils touchent à tous les trafics pourvu que ça rapporte du fric sans faire trop d’efforts, et que ce soit illégal.

Les Renard c’est d’abord Germaine, la mère, une vieille peau acariâtre. Puis il y a les jumeaux, Damien et Martial, et surtout le benjamin, Brice, le fils prodige, tout juste sorti de taule et toujours à l’affût d’un mauvais coup. Enfin il y a Césaire, que toute la famille prend un malin plaisir à traiter – et à maltraiter – comme un esclave.

Un équilibre fragile que chacun s’efforce à maintenir en ignorant le clan adverse. La moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres. Nul n’aurait pu imaginer que cette étincelle prendrait la forme d’une mystérieuse Dame Blanche, et moins encore que c’est sa disparition qui allait provoquer l’Apocalypse de Puech Begoù.

Et au milieu de ce merdier sous haute tension, Johnny Grandin, un voyou à la petite semaine, plus proche des Pieds Nickelés que d’un caïd du milieu. À l’insu de son plein gré, il sera l’allumette d’où jaillira l’étincelle.

Tout ce beau monde constitue un sympathique (?) cocktail explosif à manipuler avec beaucoup de précaution… sauf que Denis Zott va nous passer le tout au shaker, histoire que ça déménage un max.

Vous n’avez là qu’un aperçu des acteurs de l’intrigue concoctée par l’auteur. Bien d’autres intervenants viendront mettre leur grain de sel et se retrouveront embringués au cœur d’un tumulte dont personne ne semble détenir les clés.

Personne ? Sauf Denis Zott bien entendu. Et c’est là où sa narration est exceptionnelle, il nous pousse à imaginer les différentes étapes d’un scénario… avant de les démolir une à une ; jusqu’à la révélation du pot aux roses qui prendra tout le monde de court et redistribuera les cartes.

Il y aurait tant de choses à dire que c’est le genre de chronique qu’il est frustrant d’écrire. on voudrait revenir sur tel ou tel point, sur le rôle de tel ou tel personnage, mais on se contraint au silence pour ne pas risquer d’en dire trop. Franchement spoiler une telle intrigue serait vraiment une énorme maladresse (ou un gros coup de pute… tout dépend es intentions du coupable).

Les personnages sont l’aboutissement d’un véritable travail d’orfèvre, ce qui contribuera largement à entraîner – intentionnellement – le lecteur sur de mauvaises pistes (je vous donne un indice, chez les Renard, il n’y a rien ni personne à sauver… à part ce brave Césaire).

L’intrigue est menée à la perfection. J’ai commencé ce bouquin dimanche en début d’après-midi (juste pour me faire une idée, sachant que je lis peu le weekend) ; dimanche en début de soirée je l’avais terminé. Impossible de le lâcher une fois embarqué dans le tourbillon du récit, et il suffit de quelques pages pour se faire happer.

Avec Maudite Denis Zott avait déjà placé la barre haut, il franchit un palier supplémentaire avec ce nouvel opus. Verdict sans appel, carton plein assuré !

MON VERDICT

Coup double

[BOUQUINS] Isabelle Villain – De L’Or Et Des Larmes

AU MENU DU JOUR


Titre : De L’Or Et Des Larmes
Série : Groupe de Lost – Livre 5
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2022
Origine : France
256 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Luc Provost, le très médiatique entraîneur de gymnastique français, meurt dans un accident de voiture. La thèse du suicide, à seulement six mois des prochains jeux Olympiques de 2024, est très vite écartée.
L’affaire, considérée comme sensible et politique, est confiée au groupe de Lost. Pourquoi vouloir assassiner un homme qui s’apprêtait à devenir un héros national ?

Rebecca et son équipe se retrouvent immergées dans un monde où athlètes et familles vivent à la limite de la rupture avec pour unique objectif l’or olympique. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour l’obtenir.
Jusqu’au jour où le sacrifice demandé devient insurmontable…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Taurnada et que cette maison d’éditions ne m’a jamais déçu… un catalogue riche en pépites !

Parce que c’est Isabelle Villain et que ça me permet de retrouver, pour la troisième fois, le Groupe de Lost au cœur de la tourmente.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

J’aime bien ces auteurs qui nous proposent de suivre l’évolution de leurs personnages à travers plusieurs romans, ça tombe bien car c’est exactement ce que fait Isabelle Villain avec « son » Groupe de Lost. C’est mon troisième rendez-vous avec Rebecca de Lost et son équipe (j’ai raté les deux premiers… mais comme ils ont été réédités par Taurnada, ils figurent dans mon Stock à Lire Numérique).

Après l’armée dans Blessures Invisibles, c’est au tour du sport de haut niveau de passer sur le grill. Il faut dire que le contexte, avec l’approche des JO 2024 à Paris, s’y prête plutôt bien. Pour son intrigue l’auteure s’est inspirée de faits réels survenus aux Etats-Unis… affirmer que ça ne pourrait pas se produire en France serait un déni un peu trop facile, plus proche de la politique de l’autruche que d’une quelconque réalité ! Il faut juste que les langues se délient et passent outre l’omerta du milieu. Une réalité qui commence à sortir de l’ombre depuis quelques années et quelques affaires très médiatisées.

Bien que la gymnastique artistique ne soit pas forcément la discipline la plus populaire auprès du grand public, on comprend rapidement que le choix d’Isabelle Villain ne doit rien au hasard. C’est en effet une discipline qui exige un engagement physique et psychique sans faille des athlètes qui vont malmener leur corps pour gagner aussi bien en force qu’en souplesse. Une discipline surtout où l’âge limite est rapidement atteint pour les sportifs. Enfin c’est aussi un sport dans lequel les athlètes français sont, depuis des années, absents des podiums.

Tout commence par un accident de la route dans lequel l’entraîneur de l’équipe olympique trouve la mort. Accident ? En fait non, il va rapidement s’avérer que le véhicule a été saboté. Mais qui avait intérêt à éliminer celui qui pouvait porter « ses » athlètes sur les plus hautes des podiums olympiques ? Un athlète évincé ? Un parent ? Un concurrent ?

C’est à toutes ces questions, et bien d’autres, que vont devoir répondre Rebecca de Lost et son groupe. Et il faut des réponses rapidement ! Sa hiérarchie lui met la pression, l’affaire est sensible et suivie de près, aussi bien par les médias que par les plus hautes autorités.

Malgré la pression Rebecca de Lost compte bien ne négliger aucune piste et ne faire aucune concession dans sa quête de la vérité. Elle est loin de se douter que l’affaire est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord.

Pour le plus grand plaisir des lecteurs, Isabelle Villain nous offre une intrigue riche en rebondissements avant d’entrer dans le cœur du sujet. Un sujet délicat (pour ne pas dire tabou) qui exigera des faits et des témoignages face à une suspecte qui ne laisse rien transparaître de ses émotions.

Je n’irai pas plus loin dans le déroulé de l’intrigue, certaines indications données précédemment vous ont peut-être mis la puce à l’oreille. Mais je peux pourtant vous assurer que vous n’êtes pas au bout de vos surprises.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé les personnages du Groupe De Lost, leur étroite complicité demeure intacte au fil des enquêtes – même si certains quittent le groupe, remplacés par de nouveaux venus –, on retrouve les problématiques humaines des uns et des autres

Une fois de plus Isabelle Villain met l’humain au cœur de son intrigue, c’est vrai non seulement au niveau du groupe d’enquêteurs, mais aussi au niveau des athlètes sélectionnés pour les Jeux de Paris qui forment un tout parfaitement solidaire et soudé (même si chacun ne perd pas de vue son objectif : un podium olympique, de préférence sur la plus haute marche).

Nul besoin d’être féru de gymnastique, ni même de sport en général (en pratique ou sur petit écran), pour se laisser porter par l’intrigue de l’auteure. Ce bouquin est un thriller bien construit et hautement addictif qui vous scotchera à votre canapé jusqu’à sa conclusion.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Prophétie Des Abeilles

AU MENU DU JOUR


Titre : La Prophétie Des Abeilles
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2021
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Au cours d’une séance d’autohypnose, René Tolédano rencontre son homologue du futur. L’humanité est au bord de l’effondrement, son alter ego lui confie alors la lourde mission de changer le futur, précisant simplement que les réponses se trouvent dans un texte du XIe siècle, La Prophétie des Abeilles, écrit par le chevalier Salvin de Bienne.

Pour avancer dans sa quête, René Tolédano va devoir rencontrer celui qu’il était au XIe siècle avant de remonter la piste de cette fameuse prophétie dont personne, de nos jours, ne semble connaître l’existence…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Bernard Werber, un auteur qui ne m’a jamais déçu à travers ses écrits… même si certains m’ont moins emballé que d’autres.

Après les fourmis et les chats, ce brave Bernard Werber se penche maintenant sur le cas des abeilles. J’étais forcément curieux sous quel angle il aborderait la question.

Ma Chronique

Contrairement à une idée reçue, Albert Einstein se souciait comme de sa première branlette des abeilles ; c’est donc à tort que l’on lui attribue l’affirmation que sans les abeilles, l’humanité n’aurait que quelques années à vivre. Ce n’est toutefois pas une raison pour rejeter en bloc cette idée ; en effet, on sait aujourd’hui que la disparition des abeilles (un phénomène qui s’observe depuis quelques années, pour diverses raisons) aurait de lourdes conséquences sur l’environnement et donc sur le devenir de l’humanité.

Si le grand Albert n’avait pas grand-chose à foutre de la question des abeilles (à sa décharge, il avait d’autres chats à fouetter), Bernard Werber s’est quant à lui penché sur la question pour construire l’intrigue de son nouveau roman. Dommage qu’en guise d’exergue, l’auteur reprenne cette citation indument attribuée à Einstein…

Les lecteurs les plus assidus de Bernard Werber retrouveront le personnage de René Toledano (déjà croisé dans La Boite De Pandore), qui maîtrise désormais parfaitement les techniques d’hypnose régressive (permettant de remonter les vies passées de l’hypnotisé) et travaillant sur une hypnose prospective (idem, pour les vies futures de l’hypnotisé).

D’emblée si vous êtes totalement réfractaire à l’hypnose, passez votre chemin, ce bouquin n’est définitivement pas fait pour vous. Ce n’est heureusement pas mon cas (il était déjà fortement question d’hypnose régressive dans La Boîte De Pandore).

Le moins que l’on puisse dire c’est que les perspectives ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices pour René Toledano ; dans les premiers chapitres, il va plutôt cumuler les tuiles et les imprévus.

J’en vois déjà qui font une moue sceptique, René Tolédano et hypnose régressive, ça a comme un parfum de déjà-vu, non ? Que nenni ami(e)s lecteurs et lectrices ! Bernard Werber vous propose bel et bien une intrigue 100% inédite, qui conduira René Toledano (et ses amis) à rencontrer ses moi antérieurs de la prise de Jérusalem en 1099 jusqu’à la chute de l’Ordre des Templiers (en 1312).

René Toledano ne sera pas seul pour traverser les nombreuses épreuves qui l’attendent, il pourra en effet compter sur le soutien de son ami Alexandre Langevin, féru d’Histoire et actuel président de la Sorbonne, et de la fille de ce-dernier, Mélissa, professeure d’Histoire dans cette même université.

Un périple qui leur fera voir du pays (Israël et Chypre) avant de rentrer en France pour l’ultime étape de la course à la prophétie !

Si l’intrigue reste intéressante à suivre, j’avoue que j’ai parfois été lassé par son aspect répétitif dans son déroulé : deux pas dans le passé, un pas dans le présent et bis repetita, encore et encore. Heureusement que la partie historique (même un peu revisitée) est bien ficelée, sinon je ne pense pas que j’aurai réussi à aller jusqu’au bout.

Dans le même ordre d’idée, les référence au MNEMOS de René Toledano sont beaucoup trop axée sur l’histoire des peuples d’Israël. Je n’ai aucune honte à avouer qu’au bout d’un moment je les ai survolés, ne m’attardant que sur les rares passages susceptibles d’apporter quelque chose à l’intrigue.

Le fait de faire interagir des personnages fictifs avec des personnages historiques n’est pas nouveau, mais Bernard Werber exploite plutôt bien le filon. On se prend aisément au jeu même si j’ai globalement trouvé la genèse de la prophétie un peu tirée par les cheveux.

Je ne m’attarderai pas sur le face à face final, opposant René Toledano et ses amis à leur adversaire… on est davantage dans la farce burlesque que dans la poussée d’adrénaline.

Je n’irai pas jusqu’à dire que je me suis ennuyé à la lecture de ce roman, mais j’ai connu Bernard Werber nettement plus inspiré ; sur ce coup il ne m’a clairement pas emballé. Heureusement l’auteur évite le naufrage grâce à la qualité de la narration, en parfait conteur, il parvient à garder le lecteur en haleine… mais pas suffisamment pour faire oublier les bémols évoqués précédemment.

MON VERDICT

En aparté

Les livres du programme de français qu’on lui imposait de lire ont failli le dégoûter de la lecture.

Ah que voilà une phrase qui trouve une résonnance toute particulière en moi.

Ce ne sont certainement pas les bouquins inscrits au programme scolaire des cours de français qui m’ont donné goût à la lecture… au contraire, à de rares exceptions près, ils auraient plutôt eu tendance à me faire considérer le livre comme un instrument de torture.

Il en va de même pour cette manie des profs de français qui veulent tout expliquer, analyser et décortiquer en oubliant l’essentiel. Lire un livre ce n’est pas comme disséquer une grenouille, il n’y a pas de méthode meilleure qu’une autre, parfois il vaut mieux se laisser porter par les mots et les émotions qu’ils génèrent… quitte à ne pouvoir les verbaliser ensuite.

Heureusement le goût de la lecture m’a été transmis par mes parents et mes grands-parents, c’est donc en prenant mes distances avec les titres imposés par le système scolaire, que j’ai appris à apprécier pleinement la lecture. Je ne saurai dire quels sont les premiers « vrais » livres que j’ai lus, adolescent, mes parents m’avaient abonné à un club du livre qui envoyait à ses membres deux titres par mois, c’est ainsi que j’ai découvert – et dévoré – des auteurs tels que Jack London (Croc Blanc, L’Appel De La Forêt), James Fenimore Cooper (Le Dernier Des Mohicans, La Prairie), Mark Twain (Tom Sawyer) mais aussi la Comtesse de Ségur (L’Auberge De L’Ange Gardien, Le Général Dourakine)… et bien d’autres !