Désirant étendre mon exploration du catalogue de l’éditeur Fleur Sauvage (jusqu’alors je n’avais lu qu’une seule de leur auteure, Armelle Carbonnel), j’ai longuement hésité entre plusieurs titres qui me faisaient de l’oeil (I’ll be back… aucun doute là-dessus) avant de jeter mon dévolu sur Du Barbelé Sur Le Coeur de Cédric Cham.
Dris sort de prison après cinq années de détention pour trafic de stupéfiants, il est bien déterminé à rentrer dans le droit chemin et gagner sa vie honnêtement. Serge est en liberté surveillée après avoir purgé une peine pour viol sur mineure, lui aussi ne compte pas y retourner, mais il entend bien profiter à fond de sa liberté retrouvée…
Deux anciens taulards, pas franchement des enfants de choeur… le pari de l’auteur est de nous faire ressentir une réelle empathie pour au moins l’un d’eux (impossible pour le second, c’est une merde irrécupérable). Un défi osé, mais relevé haut la main.
Si Dris n’est pas un saint (et ne se pose jamais en victime) il représente le visage humain de la population carcérale. Ces gars qui font des conneries pour un tas de mauvaises raisons (il le reconnaît lui-même : « Ainsi, il tapa dans les stups. Non par goût, car en dehors de quelques joints fumés avec les potes, il ne consommait pas. Mais par calcul. Le bizness rapportait gros et finalement les risques n’étaient pas plus importants.« ), qui en paient le prix par un séjour plus ou moins long derrière les barreaux, mais qui une fois libérés se décarcassent vraiment pour s’en sortir. Ces gars sur qui le destin semble s’acharner à leur jouer des mauvais tours et leur foutre les bâtons dans les roues…
Serge lui est la face la plus obscure de cette même population carcérale : « Un putain de trappeur. Un enculé de pointeur. Une sous merde dans la chaîne alimentaire carcérale. » ! Des raclures qui ne méritent pas que le contribuable paie des impôts pour les envoyer en taule. Plutôt leur couper les couilles et les leur faire bouffer avant de leur coller un coup de surin dans le bide et de les laisser crever dans le caniveau… Au lieu de ça on leur offre des aménagements de peine, des aides en tout genre pour les réinsérer…
Je n’ai pas été surpris d’apprendre que Cédric Cham travaillait dans l’administration pénitentiaire, on sent qu’il maîtrise le jargon et les procédures. Et bien entendu cela contribue grandement à ancrer son roman dans la réalité.
Un polar noir, très noir, mais aussi tristement réaliste et sociétal. Un roman qui vous prendra instantanément aux tripes et vous les vrillera jusqu’à la toute dernière page. Et quand vous le lâcherez enfin ce sera quasiment KO debout. Un coup de poing dans la gueule magistral, superbement écrit (la plume de l’auteur est sans concession, percutante et bouleversante à la fois) et incontestablement un coup de coeur. Un sans-faute du début à la fin (et putain de fin ! KO debout, j’vous dis).
Je m’attendais à du lourd de par certaines critiques très enthousiastes lues sur Babelio et la blogosphère, notamment celle de Loley, on peut dire que j’ai été généreusement servi. Un grand merci à Cédric Cham et à Fleur Sauvage, pour ce moment d’intense lecture. Nul doute que d’autres occasions de mettre en avant cette maison d’édition se présenteront très vite. Quant à l’auteur, j’ai d’ores et déjà son premier roman, La Promesse, en stock.
Catégorie : Bouquins
[BOUQUINS] Winston Groom – Only
Les livres se suivent et ne se ressemblent pas. Au menu du jour, Only de Winston Groom, un titre qui est arrivé dans mon Stock à Lire Numérique un peu par hasard. Un roman que je ne cherchais pas vu qu’avant de mettre la main dessus j’ignorais jusqu’à son existence, mais qui a su faire vibrer la bonne corde sensible (l’amour des animaux) et me convaincre ainsi de me laisser tenter.
C’est une panne d’essence qui vaudra à George et Alice Martin de se rendre dans cette ferme et de tomber sous le charme d’un chiot bobtail qu’ils finiront par acheter… lui sauvant sans le savoir la vie, la mère et le reste de la portée périra empoisonné par la maladresse du fermier. Only, c’est le nom qu’ils lui donneront, va changer la vie de ce jeune couple de banlieusards…
Si je vous dis Winston Groom, ça ne vous parle pas forcément, par contre si je vous dis Forrest Gump il y a de fortes chances que ça vous éveille quelque chose en vous. Avant d’être un film de Robert Zemeckis avec Tom Hanks dans le rôle-titre, Forrest Gump a été un roman signé Winston Groom. De quoi finir de balayer mes ultimes hésitations face à ce roman.
Le roman est relativement court (192 pages dans sa version papier) et se lit quasiment d’une traite. L’écriture et le style de l’auteur y sont pour beaucoup, il sait choisir les mots justes pour aller droit au coeur (j’en profite pour saluer le bon boulot du traducteur, Pierre Szczeciner, soit dit en passant).
L’auteur vous propose ni plus, ni moins, que d’entrer dans la peau d’un chien, mais pas n’importe quel chien ! Only n’en manque pas (de chien), ni de caractère soit dit entre nous (quand il ne veut pas faire quelque chose, nul ne le fera changer d’avis). D’un autre côté il faut bien s’affirmer pour essayer de comprendre les humains (et accessoirement se faire comprendre par eux).
Grosso modo (et surtout sans vouloir spoiler inutilement) le bouquin se divise en deux parties, dans un premier temps vous suivrez le quotidien d’Only chez les Martin, jusqu’au jour où notre cher cabot décidera d’aller voir ailleurs. Un ailleurs qui ne sera pas toujours de tout repos pour un chien habitué à son confort…
De la littérature feel good à quatre pattes qui fait mouche ; en suivant le périple d’Only vous passerez par toute la gamme des émotions. Et c’est sans doute avec une pointe de regrets que vous refermerez ce roman et quitterez ce chien pas tout à fait comme les autres.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Daniel Keyes – Des Fleurs Pour Algernon (audio)
Ca fait déjà quelques temps que l’idée de tenter l’audiobook me titille mais à chaque fois que l’occasion s’est présentée j’ai trouvé un prétexte bidon pour me dérober. Il fallait LE titre qui fasse TILT pour me décider à franchir enfin le cap. Et bin voilà ce titre est enfin arrivé, et c’est de nouveau à un certain Book Club mal famé que je le dois, il s’agit de la nouvelle Des Fleurs Pour Algernon de Daniel Keyes.
Comme ça fait la troisième chronique que je consacre à ce titre (quand on aime, on ne compte pas), je vais donc me dispenser de vous en présenter le pitch.
Pourquoi la nouvelle plutôt que le roman ? Deux raisons à cela. La première, d’ordre strictement commercial, étant que seule cette version existe à la vente ; elle est proposée par Audiolib avec le texte lu par Grégory Gadebois (qui a déjà interprété le rôle de Charlie Gordon au théâtre et au cinéma). Seconde raison, la durée de la lecture, à peine 90 minutes, je peux donc me la faire d’une traite (si la sauce prend… mais là-dessus je suis confiant compte tenu de la qualité du texte).
On se cale confortablement dans le canapé, le casque audio vissé sur la tête et let’s play ! D’entrée je me suis laissé porter par la voix de Grégory Gadebois. La justesse du ton et des intonations fait que l’on vraiment l’impression d’avoir Charlie Gordon en fasse de soi, en train de nous raconter son histoire. Et comme je suis un gars bien élevé, je l’ai écouté sans l’interrompre, jusqu’à ce qu’il nous quitte.
Je craignais que les émotions ne passent moins bien à l’écoute, mais je me trompais, une fois acteur la qualité de la lecture fait que ça nous va droit au coeur. J’ai beau connaître la fin, je n’ai peu m’empêcher d’avoir un pincement au coeur au fur et à mesure que Charlie prend conscience de son déclin.
Pour une première expérience audio, je dois avouer que j’ai été bluffé. Sans toutefois être totalement converti à l’audiobook, rien ne remplace le plaisir de la lecture. Mais j’y reviendrai sans doute pour des textes courts, ou des bouquins que j’ai envie de découvrir sans forcément avoir envie de les lire.
A noter qu’il existe une version audio du roman lue par un bénévole, d’une durée de presque dix heures. J’ai commencé à l’écouter, le lecteur (donneur de voix) s’en sort bien, le ton est juste et évolue en fonction de la situation de Charlie Gordon. Chapeau bas à ces lecteurs bénévoles qui enregistrent des livres audio, non seulement il faut lire de façon intelligible mais aussi trouver le bon ton au bon moment (en l’occurrence dans ce roman c’est essentiel).
[BOUQUINS] Jussi Adler-Olsen – Selfies
« Oh mon Dieu, Oh mon Dieu, je suis en retard ! » pourrais-je sans mentir affirmer en paraphrasant un célèbre lapin blanc (cf Alice Au Pays Des Merveilles), sauf que pour ma part il ne s’agit pas d’un quelconque rendez-vous imaginaire, mais de la lutte inégale qui m’oppose à mon Stock à Lire Numérique. De nombreux auteurs et romans font les frais de ce retard, ce qui explique pourquoi j’ai attendu trois longs mois avant de me lancer dans le septième opus du Département V de Jussi Adler-Olsen, Selfies.
Alors que le Département V est menacé de fermeture pour d’obscures raisons statistiques et budgétaires (raisons que Carl Morck conteste vertement), le comportement de Rose est de plus en plus chaotique et imprévisible. Carl et Assad vont donc devoir enquêter seuls sur un possible lien entre un crime commis douze ans plus tôt et un crime survenu il y a trois semaines et encore en cours d’investigation…
Le tome précédent, Promesse, ne m’avait pas totalement convaincu, j’attendais donc beaucoup de cette septième enquête du Département V. Le résultat fut-il à la hauteur de mes attentes ? La réponse est malheureusement non, sans la moindre hésitation.
Je ne dis pas que le roman est nul, loin s’en faut ; c’est même un bon polar, efficace et parfaitement maîtrisé, mais je ne retrouve pas l’éclat qui faisait des cinq premières enquêtes de véritables coups de coeur.
Il faut bien reconnaître que l’enquête sur laquelle planche le Département V manque cruellement de profondeur par rapport aux précédentes. Sans doute aussi parce que Carl, Assad et Gordon passent beaucoup (trop ?) de temps à enquêter sur le passé de Rose afin de comprendre les raisons de son pétage de plombs.
Ah Rose, cette chère Rose ! On peut dire que plus d’une fois, dans les tomes précédents, j’ai eu envie de lui coller des claques face à ses sautes d’humeur imprévisibles. Il faudra attendre le sixième opus pour avoir un début de réponse permettant d’expliquer le pourquoi du comment de son comportement pour le moins imprévisible, de fait elle était remontée d’un cran dans mon estime. Mais ce n’était que la partie visible de l’iceberg, dans ce tome nous découvrons ce qu’elle a dû subir dans son enfance et sa jeunesse. Et surtout nous plonger au coeur même de l’esprit tourmenté de Rose. Je ne dirai rien de plus mais sachez que j’ai revu mon jugement la concernant, j’en suis même venu à me faire du souci pour elle.
Mais voilà, à force de centrer l’essentiel du roman sur le cas d’un seul personnage les autres en pâtissent forcément un peu (beaucoup ?). A commencer par l’enquête sur l’affaire du pistolet à clous qui est totalement oubliée alors que les choses tendaient à se décanter. J’ai trouvé Carl nettement moins cynique que par le passé, même s’il a encore le don de taper sur les nerfs de sa hiérarchie. Quant à Assad, il a miraculeusement fait des progrès en danois (même si parfois il y a quelques ratés) sans que l’on sache le pourquoi du comment de la chose.
Parallèlement à l’enquête du Département V, une assistante sociale se lance dans une croisade contre les parasites sociaux, déterminée à les éliminer une bonne fois pour toutes. Le lien entre les deux affaires apparaît rapidement aussi visible que le nez au milieu de la figure, mais ça ne suffit pas à donner au roman un second souffle qui lui aurait fait le plus grand bien.
Avant de poursuivre permettez-moi de m’étendre sur cette notion de parasite social. Ne sont pas visés les honnêtes gens qui bénéficient d’aides sociales et se démènent pour essayer d’améliorer leur sort. En l’occurrence il s’agit de nanas superficielles qui usent et abusent des aides sociales pour se pomponner, acheter des fringues et autres conneries du genre… sans faire le moindre effort en vue de réintégrer le système. Dans le cas du présent roman, je dois avouer que plus d’une fois j’ai eu des envies de meurtres concernant les trois greluches visées par Anne-Line Svendsen (l’assistance sociale psychopathe) ; je n’irai pas jusqu’à lui donner raison, mais il s’en faut de peu…
Un septième tome en demi-teinte (comme le précédent) mais cela ne m’empêchera pas d’être fidèle au poste pour les suivants. D’une part parce que ça reste tout de même du polar haut de gamme, et d’autre part parce que l’équipe du Département V fait pleinement partie de ma famille littéraire, du coup je ne compte pas les abandonner avant d’avoir le fin mot de l’histoire.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Jean-Philippe Jaworski – Même Pas Mort !
Au menu du jour un roman découvert grâce à un certain Book Club mal famé. La chose est française, issue de l’imagination de Jean-Philippe Jaworski et s’appelle Même Pas Mort !, premier opus de la trilogie (qui n’en sera pas vraiment une au final) Rois Du Monde.
Bellovèse et ses compagnons de voyage, le guerrier Sumarios et le barde Albios, voguent vers les inhospitalières Iles des Vieilles sur ordre du Grand Druide Comrunos. Bellovèse doit y consulter les oracles Gallicènes afin de comprendre pourquoi la Mort n’a pas voulu de lui alors qu’il a pourtant bel et bien été tué au combat. Malédiction ou bénédiction ?
La première chose qui frappe dans le roman de Jean-Philippe Jaworski est la richesse du vocabulaire utilisé et le grand soin apporté au style ; rien n’est laissé au hasard, tout est fait pour assurer au lecteur une lecture placée sous le signe du plaisir. Je ne vous cacherai pas qu’une telle richesse m’a tout d’abord surpris, puis m’a fait craindre pour le rythme et la fluidité. Craintes rapidement balayées, tout est pesé et mesuré pour un équilibre qui flirte avec la perfection.
La seconde surprise vient de la quasi-absence de contexte, l’auteur nous plonge au coeur de son intrigue sans vraiment prendre le temps de présenter l’univers qu’il souhaite déployer. Un univers dans lequel la fiction cohabite étroitement avec la réalité historique puisque le récit nous propulse au VIe siècle avant Jésus-Christ, au coeur des royaumes celtes, civilisation alors à l’apogée de sa gloire.
Point de fantasy sans apports surnaturels, me direz-vous. Bien d’accord avec vous, vous répondrai-je. Rassurez-vous le surnaturel et bien présent dans ce roman, mais une fois encore l’auteur ne laisse rien au hasard et puise dans la mythologie celtique afin d’intégrer une part de fantastique à son récit. On devine sans peine l’énorme travail documentaire auquel Jean-Philippe Jaworski a dû se livrer dans le but de produire un tout parfaitement cohérent. On est dans un roman de fantasy certes, mais de la fantasy quasi historique… et on s’y croirait vraiment !
N’allez surtout pas croire que Jean-Philippe Jaworski mise tout sur la rigueur historique, je pense que j’aurais l’affaire rapidement si tel avait été le cas, il s’autorise aussi certaine liberté, notamment quand il s’agit de donner la parole à ses personnages. Le langage est alors résolument moderne et pour le moins fleuri… mais bon nous sommes en présence de guerriers, pas de politiciens véreux (pléonasme ?) adeptes de la langue de bois.
Le récit se fait à la première personne, c’est Bellovèse lui-même qui nous conte son périple initiatique. Selon la légende, Bellovèse et son frère, Ségovèse, seraient à l’origine de l’extension des royaumes celtes au-delà des frontières de la Gaule ; la véracité historique de cette légende n’est toutefois pas avérée. Pour rebondir sur ma remarque précédente, une carte en début d’ouvrage aurait été un plus afin de suivre au mieux le périple de Bellovèse.
Un récit que se joue de l’ordre chronologique, se permettant un long retour en arrière afin que l’on apprenne par quelle succession d’événements Bellovése s’est retrouvé « même pas mort ». Un récit découpé en trois longues parties, pour ma part j’avoue que j’aurai apprécié que chacune de ces parties soit elle-même découpée en chapitres (ça facilite la navigation quand on passe d’un support à l’autre). Un bémol minuscule de pure forme, mais je tenais à le dire.
Ce roman reste une belle découverte en offrant non seulement un univers fantasy original mais aussi une écriture éblouissante. Il me tarde de découvrir la suite du cycle…
Et puisque je mentionne la suite, il est temps pour moi de revenir sur la notion de trilogie qui n’en est pas une. Initialement le roman était prévu en trois volumes, chacun correspondant à une période phare du récit (Même Pas Mort est ainsi rattaché à l’enfance des personnages). Toutefois, face au grand nombre de pages du second opus, Chasse Royale, l’auteur a opté pour un découpage en trois tomes (deux sont d’ores et déjà disponibles), préférant privilégier la qualité narrative plutôt qu’un quelconque impératif éditorial. A l’heure d’aujourd’hui, bien malin celui qui pourra dire sous quelle forme se présentera l’ultime opus, La Jument Verte.
MON VERDICT

Morceaux choisis
Qu’est-ce que la guerre ?
Laissons la parole à Bellovèse…
Qu’est-ce que la guerre ? Vos rhapsodes et nos bardes commettent la même erreur : ils ne chantent que les armes, les corps vigoureux, le tourbillon des mêlées, les larmes, les bûchers funéraires. Ils ne retiennent que l’anecdote. Entrer en guerre, c’est comme passer de l’autre côté. C’est gagner un monde voisin, familier et pourtant différent. C’est une pomme surie au milieu de fruits frais. C’est un univers bruissant de rumeurs, d’agitation et d’erreurs ; c’est l’émergence de fraternités factices et de haines irraisonnées. C’est un face à face avec des fantômes inconnus et fuyants. Des greniers abandonnés, des champs livrés aux herbes folles, la peur à chaque détour du chemin, parfois la mort sous la lance d’un ami, parfois la compassion dans le regard de l’ennemi. La guerre, c’est le désordre. C’est le mouvement.
Y’a pas à dire Tigernomagle, le roi des Lémovices, sait y faire pour haranguer les foules :
« La racaille, elle se croit forte ? Elle imagine qu’elle peut me la mettre bien profond ? On va leur montrer, à ces bâtards ! On va leur tomber sur la tronche ! On va leur casser les reins ! Ils veulent jouer à la guerre ? On va les défoncer ! Et quand ce sera fini, je suspendrai leur viande sur mes frontières ! Ils serviront de perchoirs à corbeaux ! »
Ca a quand même plus de gueule qu’un discours de Macron !
Suobnos, un vagabond qui ne manque pas de bon sens :
« Au monde, rien ne va de droit fil. Avez-vous déjà suivi un chemin qui vous mène tout droit à destination ? Avez-vous déjà descendu une rivière qui va se jeter tout droit dans la mer ? Avez-vous déjà vu la lune ou le soleil traverser tout droit le firmament ? Même les étoiles dansent de lentes farandoles. L’existence n’est qu’un immense canevas de lacets, de virages, d’embranchements et de méandres. Tout est capricieux et infléchi, et la vie entière est un entrelacs d’arabesques. Seuls les lances et les javelots sont droits… Mais les lances et les javelots sont des instruments de mort. Eh bien, les histoires sont les reflets du monde, et une belle histoire gire et vagabonde. Il n’y a que les contes sinistres qui vont droit au but, comme un trait jeté pour tuer. »
Ash & Vanille – Le site internet
Si vous me lisez depuis déjà quelques temps vous avez certainement déjà croisé ces deux individus que sont Ash & Vanille… mais si, voyons ! Ce sont les héros de la saga de fantasy océanienne du même nom écrite par Sosthéne Desanges. En plus d’être un auteur talentueux, il est aussi devenu un ami précieux ; c’est donc un juste retour des choses que de parler de son actualité quand l’occasion se présente.
En l’occurrence il a dû revêtir la double casquette de web designer et d’agent marketing afin de promouvoir son travail à travers un nouveau site internet : ashetvanille.com
La chose demande encore à s’étoffer mais visuellement c’est vachement accrocheur !
Si vous ne connaissez pas encore sa saga je vous invite à la découvrir ; l’assurance de plonger dans un univers de fantasy 100% inédit.
Et pas besoin de vivre en Océanie pour profiter pleinement de sa richesse et de sa diversité !
Pour l’occasion nous avons, avec Sosthéne, intégralement retravaillé les fichiers numériques des tomes un et deux afin d’optimiser le code, d’harmoniser la mise en page et de peaufiner la présentation.
[BOUQUINS] Roger Smith – Au Milieu De Nulle Part
Direction l’Afrique du Sud pour cette chronique, sachant que c’est Roger Smith qui nous servira de guide au cours de cette escapade, autant vous attendre à un voyage mouvementé dans les recoins les plus obscurs de l’âme humaine. Au Milieu De Nulle Part, son dernier roman, est venu perturber mon programme de lecture en grillant la priorité à ses congénères qui faisaient déjà la queue.
Quand le président sud-africain tue son épouse alors qu’il est complètement ivre, il sait qu’il peut compter sur Steve Bungu, son éminence grise, pour livrer une autre « vérité » au public et aux médias. Pour appuyer sa version des faits, Bungu persuade Joe Louw, un ancien policier connu et apprécié aussi bien par ses pairs que par l’opinion publique, de se livrer à une contre-enquête bidon. Dans le même temps, l’inspecteur Disaster Zondi est envoyé au fin fond du Kalahari afin d’interpeller Magnus Kruger, un vieux suprématiste blanc qui règne sur une communauté de nostalgiques de l’apartheid.
C’est le troisième roman de Roger Smith que je lis, incontestablement son style direct est toujours aussi efficace pour plonger le lecteur au coeur de l’intrigue, mais je n’ai pas retrouvé la niaque et l’absolue noirceur de Blondie Et La Mort, ou plus récemment d’Un Homme A Terre. Le roman vous réserve bien quelques morts brutales, mais j’ai trouvé que l’ensemble manquait de liant, comme si le récit servait de prétexte à un réquisitoire à charge (et toujours sans la moindre concession) contre l’omniprésence de la corruption qui règne en Afrique du Sud et semble n’épargner aucun secteur (justice, police, gouvernement… tous pourris !).
Un pays qui semble avoir bien du mal à panser les plaies béantes laissées par des années d’apartheid, d’autant que certains nostalgiques attisent les dernières braises dans l’espoir (vain, espérons-le) de voir renaître la suprématie de la race blanche. Le racisme aussi est de fait omniprésent et n’épargne personne, pas seulement Blancs contre Noirs et vice-versa, mais aussi à l’encontre des métis et mêmes entre Noirs selon leurs origines et/ou leur position sociale.
Une fois de plus Roger Smith ne perd à son temps à nous vendre du rêve, il nous plonge au coeur de la réalité sud-africaine, et cette réalité n’est pas toujours belle à voir ! Mais ce n’est certainement pas en se voilant la face que les autorités pourront espérer changer les choses.
Une fois de plus Roger Smith peut se reposer sur des personnages au caractère bien trempé, ni tout noir, ni tout blanc. Dans le coin droit, Joe Louw, une ancienne gloire de la police qui a démissionné après avoir accidentellement abattu une jeune femme tandis qu’il poursuivait un braqueur en fuite. Dans le coin gauche, Disaster Zondi, un flic un peu trop épris de justice, qui, à force de dénoncer le système, se retrouve plus ou moins mis au placard par sa hiérarchie. Au centre, l’arbitre, ou plutôt le marionnettiste, l’intriguant (dans tous les sens du terme) Steve Bungu.
Les personnages plus secondaires ne sont pas pour autant laissés pour compte, ils bénéficient du même traitement en profondeur ; c’est pour laisser intact le plaisir de la découverte que je ne m’épanche pas davantage sur leur cas.
Comprenons-nous bien, Au Milieu De Nulle Part reste un polar haut de gamme, brillamment construit, mais je n’ai simplement pas retrouvé l’effet WAOW que m’avait procuré la lecture des deux autres titres de l’auteur. Je me suis régalé, mais je n’en pas pris plein la gueule.
MON VERDICT

[BOUQUINS] Jay Asher – 13 Reasons Why (Treize Raisons)
C’est un peu par hasard que le bouquin 13 Reasons Why de Jay Asher est arrivé entre mes mains, la série TV du même nom titillait ma curiosité depuis déjà quelques temps, quand j’ai appris qu’à la base il s’agissait d’un roman j’ai opté pour la lecture avant un éventuel visionnage.
En rentrant des cours Clay Jensen, un lycéen, découvre un paquet à son nom, mais sans informations sur l’expéditeur. A l’intérieur, sept cassettes audio dont les faces sont numérotées de 1 à 13 (la face B de la dernière cassette est vierge). Quand il lance la première cassette, il est surpris d’entendre la voix d’Hannah Baker, une lycéenne qui s’est récemment suicidée. La consigne est simple, écouter les cassettes et les envoyer à la personne suivante, faute de quoi les enregistrements seront rendus publics. Sur chaque enregistrement, Hannah désigne une personne et explique en quoi celle-ci est en partie responsable de son geste…
Publié en 2007 aux Etats-Unis, le roman devra attendre 2010 pour être disponible en français sous le titre 13 Raisons, cette version rebaptisée du même nom que la série TV est une réédition de 2017 visant uniquement à surfer sur le succès de la série.
Viser un public ado (n’y voyez rien de péjoratif, c’est l’auteur lui-même qui le revendique) avec un roman ayant pour thème central le suicide des jeunes (une bien triste réalité, inutile de vouloir se voiler la face) est un choix audacieux. De quoi leur filer le bourdon, d’autant plus que l’on sait pertinemment, dès les premières pages, que Hannah va aller jusqu’au bout de son geste… et ne va pas se rater.
Le récit alterne entre le témoignage audio de Hannah et les réactions de Clay, et la grande question qui ne cessera de le turlupiner (et nous aussi au passage) : pourquoi est-il sur cette liste ? Patience… la réponse viendra en temps et en heure.
Le risque avec ce genre de récit est principalement de sombrer dans un excès de pathos, l’idée n’est pas de pousser le lecteur à se jeter sous les roues d’un camion-citerne avant d’avoir refermé le bouquin (ni même après). Jay Asher a évité cet écueil en adoptant le ton juste dans sa narration, certes la lecture n’est pas un franc moment de rigolade (outre le suicide, l’auteur évoque aussi le viol et le harcèlement en milieu scolaire), elle saura vous toucher sans pour autant vous faire broyer du noir.
Bien que n’étant plus ado depuis fort fort fort longtemps j’ai beaucoup aimé ce roman, nul doute que si je l’avais commencé pendant mes congés je l’aurai dévoré d’une traite, mais bon deux jours pour le lire ce n’est déjà pas si mal comme délai.
Imaginez-vous à la place de ce brave Clay, une personne que vous connaissez (sans vraiment la connaître) se suicide et vous envoie des enregistrements dans lesquels elle désigne ceux et celles qui l’ont poussé à commettre l’irréparable… et vous faites partie de ces personnes ! Non seulement vous découvrez la souffrance de la victime, mais vous connaissez désormais ceux qui en sont responsables et pourquoi. Ca ne doit pas être simple de continuer à les regarder sans un certain ressentiment et une pointe de culpabilité.
Prise isolément certaines de ces « raisons » peuvent paraître futiles ou anodines, au pire une mauvaise plaisanterie ; mais ce serait faire abstraction de l’effet boule de neige. Ces petits riens du tout mis bout à bout finissent par faire un grand quelque chose.
Une lecture qui m’a donné envie de découvrir la série TV si l’occasion se présente, mais il y a quand même un truc qui me laisse perplexe à propos de la série : pourquoi une deuxième saison ? D’après ce que j’ai lu la saison une se termine sur la dernière cassette, je ne vois pas bien l’intérêt de proposer une suite… à part bien entendu l’appât du gain !
MON VERDICT

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras L’Ange
Ah que voilà un roman que j’attendais avec une réelle impatience ! Tu Tueras L’Ange de Sandrone Dazieri est en effet la suite directe de Tu Tueras Le Père, l’une des mes lectures les plus marquantes de l’année 2015 mais aussi et surtout le titre inaugural de la collection La Bête Noire de Robert Laffont.
Un train parti de Milan arrive en gare de Rome de nuit, aucun mouvement de passagers en provenance de la classe affaire. Et pour cause, ils sont tous morts, empoisonnés par un gaz neurotoxique. L’attentat est rapidement revendiqué par Daesh, mais pour la commissaire Colomba Caselli, intégrée à l’équipe en charge de l’enquête, il reste des zones d’ombres qui contredisent la thèse officielle. Pour confirmer ses doutes, elle fait appel à Dante Torre qui ne tarde pas à repérer des incohérences. Colomba et Dante vont devoir mener leur propre enquête, avec leurs propres moyens, aucun officiel ne souhaitant contredire la thèse de l’attentat…
Avant d’aller plus loin je tiens à préciser qu’il est impératif d’avoir lu Tu Tueras Le Père avant de se lancer dans ce second opus, qui plus est c’est un excellent bouquin, ce serait dommage de s’en priver ! Au niveau des personnages nous sommes donc en terrain connu, c’est un plaisir de retrouver Colomba et Dante (plus phobique que jamais), un duo d’enquêteurs pour le moins atypique.
Des retrouvailles un tant soit peu plombées par des non-dits et des tensions entre nos deux héros, je reconnais volontiers que Colomba fait parfois preuve d’une arrogance à la limite du supportable, mais il faut aussi reconnaître que partager le quotidien de Dante ne doit pas être du tout repos. De nouveau l’auteur donne une forte dimension psychologique à son roman, qu’il s’agisse de l’évolution du relationnel entre nos deux héros, du rapport de Colomba à sa hiérarchie (il faut dire qu’à ce niveau elle doit faire face à du lourd en matière d’immobilisme et d’obstination aveugle), et plus encore quand il s’agit de comprendre leur adversaire.
En face d’eux, Giltiné (du nom de l’ange de la mort lituanien), une jeune femme à la personnalité tourmentée (au vu de son passé, on peut le comprendre) mais aussi implacable que machiavélique dans l’exécution de son plan. J’aurai apprécié une plongée plus approfondie dans la personnalité de Giltiné. Certes on peut comprendre son désir de vengeance, on pourrait même être tenté d’y adhérer, mais il y a un peu trop de dommages collatéraux pour que l’empathie prenne vraiment.
Une intrigue certes un peu plus conventionnelle que celle du Père (qui était presque exclusivement centré sur le personnage de Dante) mais rondement menée et hautement addictive. Sandrone Dazieri intègre des éléments et des faits bien réels à son récit, vous serez sans doute surpris de découvrir que le plus impensable n’est peut être pas 100% issu de l’imaginaire de l’auteur (même si un peu romancé, fiction oblige).
A la fin de notre lecture beaucoup de questions restent encore sans réponse concernant le passé et l’identité de Dante ; le troisième et dernier opus n’en sera que plus attendu. D’autant que celui-ci s’achève sur un cliffhanger final de la mort qui tue… Viiite Monsieur Dazieri, la suite (vite mais pas bâclé, nous serons intraitables sur ce point).
MON VERDICT


[BOUQUINS] Katie Khan – S’Accrocher Aux Etoiles
Super 8 est un éditeur qui a le don de nous proposer des cocktails littéraires parmi les plus inattendus, et le pire c’est que ça fonctionne toujours aussi bien que la toute première fois. Avec S’Accrocher Aux Etoiles Katie Khan, l’auteure de cet OLNI, vous propose de découvrir un récit de science-fiction saupoudré de comédie romantique et plein d’humanité.
Carys et Max sont perdus dans l’espace, reliés entre eux par un cordon et avec une réserve d’air de 90 minutes. Comment et pourquoi en sont-ils arrivés là ? Réussiront-ils à regagner leur vaisseau avant de suffoquer ? Si vous voulez des réponses : embarquement immédiat !
Carys et Max ont 25 ans, ils s’aiment d’un amour fou, tout va bien dans le meilleur des mondes me direz-vous ? Dans ce futur incertain, au coeur d’Europia (une contraction entre une Europe étendue et une utopie), leur amour est interdit ; pour se conformer aux lois sur le couple, ils doivent attendre d’avoir 35 ans avant d’envisager de vivre ensemble ! Pas glop vous en conviendrez, mais ça n’explique pas comment ils se retrouvent là-haut, dans une situation franchement pas glop du tout !
Au fil des chapitres vous partagerez les souvenirs de Carys et Max, de leur rencontre à ces foutues 90 dernières minutes. Au fil des chapitres, les minutes s’écouleront dans un inexorable compte à rebours…
Max et Carys n’avaient rien pour tomber amoureux l’un de l’autre, le contraire eut été étonnant, les meilleures comédies romantiques commencent avec un couple improbable… mais elles ne se terminent (heureusement) pas toutes dans un remake de Gravity !
Le monde de demain, tel que présenté par l’auteure est loin d’être un monde idyllique ; si Europia vous donne des frissons avec son modèle perverti d’idéal pour tous, sachez que c’est encore la partie du monde qui s’en tire le mieux, les Etats-Unis et le Moyen-Orient se sont en effet mutuellement anéantis à grand renfort de bombardements en tout genre.
Bienvenue dans la première comédie romantique d’anticipation ! Ca peut surprendre, mais ça fonctionne, pour ma part la magie a opéré de façon quasi instantanée. Déjà parce que l’auteure évite l’écueil de l’étalage massif de guimauve et de bons sentiments à donner la nausée à un bisounours ! Au lieu de ça elle nous offre une fable humaniste construite avec intelligence, sans une once de mièvrerie ou de sentimalentisme outrancier.
Vous l’aurez compris, Carys et Max sont dans un foutu merdier, mais l’auteure ne surjoue pas non plus la carte du dramatique et du pathos ; c’est la foi en leur amour qui fait vibrer notre jeune couple, leur came, c’est l’autre ! L’auteure n’hésite pas à recourir à de nombreuses touches d’humour histoire de faire retomber la tension sans toutefois nuire à l’émotion.
Si le récit est porté par Max et Carys, les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés en plan, qu’il s’agisse des parents (qui viendront encore accentuer le fossé qui sépare nos Roméo et Juliette de l’espace) ou de leurs amis (Liu et Liljana principalement), mais pour ma part j’ai eu un faible pour Kent, le petit frère de Max.
J’ai un pour ce roman la même tendresse que celle ressentie en lisant Il Y A Un Robot Dans Le Jardin de Deborah Install, proposé justement par le même éditeur. Peut-être que je m’adoucis en vieillissant, à moins qu’il s’agisse de savoir apprécier chacun des petits instants de bonheur que nous offre le temps qui passe. Quoi qu’il en soit, Katie Khan a su faire vibrer la bonne corde au bon moment chez moi, merci à Super 8 pour cette belle découverte.


