[BOUQUINS] Daniel Kraus – Teigneux

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D. Kraus - Teigneux

Titre : Teigneux
Auteur : Daniel Kraus
Editeur : Fleuve Edtions
Parution : 2018
Origine : USA (2013)
320 pages

De quoi ça cause ?

Cela fait neuf ans que Jo Beth Burke et ses enfants, Ry (19 ans) et Sarah (10 ans), ne subissent plus la colère et la violence de Marvin Burke, mari et père.

Neuf ans que Marvin Burke croupit en prison, en grande partie grâce à l’extraordinaire courage de Ry qui a survécu à une traque mortelle lancée par son paternel. Mais pour Ry rien n’aurait été possible sans l’aide providentielle de trois jouets qu’il a emportés avec lui dans sa fuite, les Trois Inommables.

La ferme familiale dépérit inexorablement, pour Jo Beth et ses enfants, leur seule chance de s’en sortir est de déménager pour aller s’installer en ville et prendre un nouveau départ.

Un espoir de renouveau qui s’effondre lorsque Marvin Burke refait surface dans leurs vies, plus que jamais déterminé à se venger d’eux, et tout particulièrement de Ry…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

J’ai flashé sur la couv’ tout simplement. La quatrième de couv’ a fait le reste, le fait que le bouquin fasse partie de la collection Outre Fleuve a aussi joué en sa faveur.

Ma chronique

Il est des bouquins pour lesquels, au moment de rédiger ma chronique, je me pose sérieusement la question de savoir par où commencer et surtout où aller. Non que je me sois fait chier pendant ma lecture, simplement parce que le bouquin que je viens de lire est un tantinet atypique. Teigneux fait partie de ces livres qui vont me donner du fil à retordre.

La quatrième de couv’ fait état d’un « thriller paranormal« , c’est sans doute une façon d’aborder la question, pour ma part j’ai surtout eu le sentiment de lire un thriller psychologique particulièrement intense. Intense parce qu’il nous invite à partager les pensées d’un esprit fragile, au bord de la rupture, voire de l’implosion.

Si l’aspect paranormal est discutable, il ne fait par contre aucun doute que c’est un bouquin fortement déconseillé aux âmes sensibles. Certaines scènes sont bien trash, voire franchement gore, mais l’horreur n’est jamais gratuite et l’auteur ne joue pas la carte de la surenchère ; ici l’horreur est bel et bien ancrée dans la réalité et mise au service de l’intrigue et des personnages.

Daniel Kraus nous propose un thriller qui se construit autour de la relation entre un père (Marvin) et son fils (Ry), pas franchement le genre de relations « normales » entre papounet et fiston, mais plutôt une relation pervertie, nocive et nuisible fondée sur la peur. Une relation qui ne peut déboucher que sur une confrontation explosive, la question n’est pas tant de savoir qui prendra le dessus, mais plutôt d’évaluer les dommages collatéraux.

L’auteur aurait pu, par facilité, se concentrer sur ses deux personnages centraux et laisser aux autres des rôles plus ou moins subalternes, mais il n’en est rien. Si les personnalités de Jo Beth et Sarah sont définies par le biais de Ry et Marvin, il n’en reste pas moins qu’elles auront un rôle déterminant à jouer tout au long de l’intrigue.

Difficile de parler des personnages sans mentionner les fameux Trois Inommables, le sympathique Monsieur Oursington, le sage Jésus-Christ et Teigneux que son seul nom suffit à définir. Sans risquer de me montrer trop disert sur la question, il ne faut pas être un fin psychologue pour deviner que chacun est une projection de l’esprit de Ry, diverses facettes, plus ou moins enfouies, de sa propre personnalité.

Si vous pensez avoir tout vu et tout lu en matière de thriller, je vous invite à vous plonger dans Teigneux ; je n’irai pas jusqu’à dire que Daniel Kraus réinvente les règles du genre, mais il joue avec et les accommode à sa sauce, une sauce certes atypique, mais qui s’avère finalement fort réussie.

Au risque de passer pour un maso, j’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir ce presque huis clos glauque et oppressant à souhait. Les auteurs qui osent chambouler les règles ne sont pas légion, il serait bien dommage de bouder son plaisir quand on en croise un. Et incontestablement, Daniel Kraus ose, et il le fait bien.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Sara Greem – Hérodias & Le Porteur De Lumière

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Hérodias & Le Porteur De Lumière

Titre : Hérodias & Le Porteur De Lumière
Série : Epopées Avaloniennes – Tome 2
Auteur : Sara Greem
Éditeur : Éditions du 38
Parution : 2018
Origine : France
404 pages

De quoi ça cause ?

Afin de sauver Avalon, Hérodias (accompagnée de son fidèle Hermès), Adalrik, Goulven et le moine Cadoc doivent rejoindre la cité d’Ys afin de convaincre la princesse Dahud de leur ouvrir la porte du royaume des fées.

Pour Hérodias, accéder au royaume des fées est aussi l’unique moyen de retrouver et de sauver son aimé, le seigneur Kai, prisonnier de la magie d’Azgor, mais, elle est en convaincue, vivant.

Un voyage périlleux compte tenu des hordes de chrétiens belliqueux qui envahissent le continent. Mais d’autres dangers, encore insoupçonnés, guettent nos quatre (et demi avec le corbeau) aventuriers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai beaucoup aimé le premier opus de ces Epopées Avaloniennes proposées par Sara Greem. Il est donc tout à fait normal que je sois impatient de retrouver Hérodias et ses compagnons.

Ma chronique

Si le premier volume de ces Epopées Avaloniennes se déroulait exclusivement sur l’ile d’Avalon et ses environs, il en va autrement avec sa suite. En effet, dès le premier chapitre Hérodias et ses compagnons vont devoir quitter l’ile pour un périple qui les mènera plus loin dans le continent (sur les terres du Seigneur Mordred) afin de gagner une autre île mythique de la tradition celtique (surtout bretonne), Ys.

La première étape de leur va donc mener notre fine équipe sur les terres de Mordred, le jumeau maudit de Goulven, celui dont Avalon se défend de prononcer le nom depuis qu’il a tué le roi Arthur, son père. L’occasion pour Sara Greem de nous proposer une version alternative du mythe afin de coller à son propre récit. Après tout quel mal y’a-t-il à détourner une fiction au bénéfice d’une autre fiction ?

De là, embarquement immédiat (ou presque, leur bref séjour chez Mordred ne fut pas de tout repos) pour la cité d’Ys où se déroulera la majeure partie du récit. Une île sur laquelle règne le roi Gradlon, bien que converti à la religion du Dieu unique, il n’impose pas sa foi à son peuple. Ce qui permet à sa fille, la princesse Dahud, de perpétuer les croyances d’Avalon… en apparence du moins.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Hérodias, Adalrik, Goulven et même Cadoc… Pardon ? Côa ? Ah oui, bon sang, mais c’est bien sûr ! J’allais oublier ce brave Hermès. Sorry l’emplumé, l’injustice est réparée. Si ton ramage se rapporte à ton plumage… Côa encore ? Ah, Ok, on ne te la fait pas. Au temps pour moi.

Mais il n’y a pas que de belles retrouvailles au menu, Hérodias et ses compagnons auront la désagréable surprise de découvrir que non surement l’abject Gwénolé les a précédés sur Ys, mais qu’il a en plus su gagner la confiance du roi Gradlon.

Si dans le précédent opus tous les chrétiens semblaient se réunir sous la bannière de Gwenolé, on découvre ici qu’il y en a qui n’apprécient guère ses méthodes, mais le craignent trop pour oser s’opposer à lui. Certains moines pourraient même s’avérer fort sympathiques, si, si c’est possible !

J’ai déjà eu l’occasion de mentionner quelques nouveaux acteurs majeurs de ce second opus, difficile de passer sous silence le fameux « Porteur de Lumière » dont il est question dans le titre, le comte Luigi Siferio. Inutile d’être un latiniste distingué ou théologien avisé pour deviner la véritable identité de celui qui se cache sous ce titre et ce nom.

Au fil de son récit, l’auteure intègre des explications sur la mythologie celte, que ce soit à travers ses personnages ou ses traditions. Explications qui se fondent naturellement dans le récit sans jamais nuire au rythme de l’intrigue (il faut dire aussi que c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup… sans doute mes lointaines origines bretonnes qui se rappellent à moi). Pour ma part je trouve que le mélange des genres (fiction 100% imaginaire et mythologie) fonctionne impeccablement.

Il faut dire aussi que niveau rythme on est servi. Ca bastonne dur au fil des pages, quand les personnages ne croisent pas le fer, c’est la magie qui prend le relai et, soyons fous, parfois nous avons même le droit à des combats mêlant les armes et la magie. On en prend plein les mirettes, et on en redemande !

Est-il besoin de vous dire que j’attends avec impatience le troisième et dernier (?) tome de ces Epopées Avaloniennes ? L’occasion de découvrir enfin le mystérieux royaume des fées et de lever le voile sur toutes les questions demeurant encore sans réponse (nous n’en apprenons guère plus sur les mages d’Azgor dans ce second opus, il faut dire que nos héros ont d’autres chats à fouetter et que certains seront parmi les plus coriaces).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Mirko Zilahy – Roma

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M. ZIlahy - Roma

Titre : Roma
Auteur : Mirko Zilahy
Éditeur : Presses de la Cité
Parution : 2017
Origine : Italie (2016)
432 pages

De quoi ça cause ?

Quand la victime d’un meurtre particulièrement sordide est retrouvée à proximité de la basilique Saint-Paul, le préfet de Rome fait appel au commissaire Enrico Mancini, une légende vivante de la police criminelle italienne et un profiler hors pair.

Mais depuis la mort de son épouse, emportée par un cancer, Enrico Mancini n’est plus que l’ombre de lui même et n’a plus foi en rien. Qui plus est il compte bien s’investir à temps plein sur une autre enquête, la disparition du Dr Carnevali, l’oncologue qui a suivi son épouse.

Devant l’insistance de ses supérieurs, Mancini va monter une équipe et se lancer sur la piste sanglante de celui qui se surnomme lui-même l’Ombre…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est un titre qui m’a été fortement recommandé il y a déjà quelque temps (le gars l’avait lu en italien, forcément ça lui donne un peu d’avance sur la version française). Restait à attendre une sortie numérique en français (non parlo italiano, scusami).

Ma chronique

Force est de constater que si je regarde la répartition géographique des auteurs composant mon Stock à Lire Numérique (oui je sais, j’ai que ça à foutre), l’Italie est fort peu représentée ; mais la qualité compense la quantité avec notamment Donato Carrisi et Sandrone Dazieri.

Je peux d’ores et déjà affirmer que Mirko Zilahy s’inscrit clairement parmi les grands noms du thriller, ou, si vous trouvez que je m’emballe un peu vite, on va dire a minima parmi les auteurs à suivre de très près.

Avec Roma il signe un premier roman quasiment irréprochable, un thriller brillant et efficace qui vous scotchera de la première à la dernière page.

D’entrée de jeu l’auteur impose une ambiance plutôt sombre en plaçant Rome sous une pluie continue. Les scènes de crime, qu’il s’agisse des lieux choisis par l’Ombre ou de son mode opératoire, contribuent largement à ce sentiment de noirceur et de pesanteur.

Mirko Zilahy apporte un soin tout particulier à son personnage principal, Enrico Mancini. On découvre un flic désabusé, rongé par le chagrin et la culpabilité, qui n’a plus foi ni en son métier ni en l’humanité. Un flic qui voudrait bien tout plaquer, mais avant d’avoir résolu le mystère de la disparition du Dr Carnevali. Autant dire que c’est sans aucune conviction qu’il se lance sur la piste de l’Ombre, mais au fil de l’enquête son instinct de chasseur va reprendre le dessus.

Dommage que les autres personnages de son équipe ne soient pas autant étoffés. À vrai dire ce sont surtout les personnages féminins (Caterina De Marchi, photographe pour la police criminelle et coéquipière de Mancini, et Giulia Foderà, juge d’instruction en charge de l’affaire) qui sont les plus aboutis, on découvre ainsi que sous des dehors imperturbables, chacune doit lutter contre ces propres démons.

Je n’irai pas jusqu’à accuser l’auteur de machisme en laissant sous-entendre que les mecs n’ont aucune faiblesse (Enrico Mancini en est la preuve évidente), mais il est vrai que j’aurai apprécié d’en apprendre un peu plus sur la gent masculine qui entoure Mancini.

Dans le même registre, la personnalité de l’Ombre n’est détaillée que par l’intermédiaire du profil psychologique que l’équipe dresse au fil de l’enquête. Les quelques chapitres durant lesquels il a directement voix au chapitre sont dépourvus de tout aspect psychologique, voire même humain, il fait ce qu’il à faire, point barre.

Comme chez Donato Carrisi, la ville de Rome fait quasiment office de personnage à part entière sous la plume de Mirko Zilahy.

Si l’intrigue est rondement menée, l’enquête progressant après la découverte de chaque nouvelle scène de crime, je l’ai trouvé un tantinet linéaire. Une succession d’avancées jusqu’au dénouement, mais aucun réel rebondissement, ni fausse piste explorée.

Je le répète, pour un premier roman l’auteur réussi un à imposer sa griffe et son nom, certes il reste des pistes à améliorer pour convaincre les lecteurs les plus exigeants, mais pour ma part je préfère juger avec tolérance plutôt qu’intransigeance.

Un deuxième roman de l’auteur est déjà disponible en italien, je serai fidèle au rendez-vous lors de sa sortie en version française ; mais sans doute plus intransigeant cette fois…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Shannon Burke – Dernière Saison dans Les Rocheuses

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S. Burke - Dernière saison dans Les Rocheuses

Titre : Dernière Saison Dans Les Rocheuses
Auteur : Shannon Burke
Éditeur : Fleuve Editions
Parution : 2018
Origine : USA (2015)
288 pages

De quoi ça cause ?

1826, Saint Louis (Missouri). A 22 ans William Wyeth rêve d’aventures, de grands espaces et pourquoi pas, de faire fortune. Il décide alors de s’engager dans une compagnie de trappeurs et intégré une brigade pour une saison de chasse. Il va rapidement réaliser à quel point la vie de trappeur n’est pas de tout repos et surtout pas exempte de dangers…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Shannon Burke m’avait littéralement bluffé avec son précédent roman, 911. J’étais curieux de le voir à l’oeuvre dans un registre radicalement différent.

Parce qu’un western de temps en temps ça fait du bien par où ça passe.

Pour la couv’ que j’ai trouvé très belle (à la base il s’agit d’une toile de John Mix Stanley, à découvrir ici).

Ma chronique

Avec 911, son précédent roman, Shannon Burke nous offrait un livre noir à souhait et surtout très contemporain, changement radical de registre avec Dernière Saison Dans Les Rocheuses, un western qui se déroule aux prémices de la Conquête de l’Ouest. Exit les urgentistes et leurs ambulances, welcome aux trappeurs et leurs chevaux.

Le récit est à la première personne, c’est le journal de William Wyeth que nous parcourons. Il partage avec le lecteur sa première saison de trappe au sein d’une brigade expérimentée.

On y découvre les conditions de vie des trappeurs, décrites avec beaucoup de réalisme (on devine le gros travail de documentation auquel l’auteur a dû se livrer). L’Ouest américain est encore un territoire sauvage, occupé au sud par les Mexicains, et au nord par les Britanniques (les frontières avec le Canada sont encore bien floues et sujettes à débat). Dépaysement assuré !

Les british, ah bin parlons-en justement ! Les trappeurs américains et britanniques se livrent à une concurrence féroce et pas toujours cordiale, même si généralement ils évitent les bains de sang lors de leurs confrontations. Faudrait pas causer un incident diplomatique fort malvenu alors que l’épineuse question des frontières doit se poser prochainement…

Et bien entendu il y a les Indiens (bin ouais sinon ça ne serait pas un western), certaines tribus sont amicales, d’autres nettement plus hostiles. Pour s’assurer une saison de trappe pas trop mouvementée, il vaut mieux négocier un pacte de non-agression avec ceux dont on traverse les territoires.

Heureusement le jeune William ne sera pas seul pour affronter et gérer tout ça, il intégrera une brigade au sein de laquelle amitié et solidarité ne sont pas de vains mots.

Les personnages sont soignés, j’ai eu un faible pour Ferris, aussi doué avec un fusil qu’avec un crayon. Et même pour Layton qui peut pourtant devenir exaspérant comme pas possible sans aucune raison valable.

Si Shannon Burke a souhaité dresser un portrait aussi fidèle que possible de la vie de trappeur à cette époque, il reconnaît (et assume) avoir pris quelques libertés avec l’Histoire. Plaçant par exemple des personnages ayant réellement existé là où n’ont pas lieu d’être.

La multiplication des compagnies de trappeurs, de toutes origines, pose aussi la question du respect de la nature. La chasse à outrance a déjà commencé à vider de tout gibier des régions entières.

Une lecture sympathique, mais pas vraiment trépidante; surtout dans la seconde partie du récit, qui sépare deux saisons de trappe, même si je ne me suis jamais ennuyé. La troisième et dernière partie (la plus longue) est heureusement nettement plus rythmée et riche en rebondissements.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Maud Mayeras – Lux

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M. Mayeras - Lux

Titre : Lux
Auteur : Maud Mayeras
Éditeur : Anne Carrière / Fleuve Editions
Parution : 2016 (broché) / 2017 (numérique)
Origine : France
252 pages

De quoi ça cause ?

2016. Antoine Harelde revient à Ceduna, en Australie, pour la première fois depuis 20 ans. Un retour motivé par une idée fixe, presque une obsession : la vengeance.

1996. Antoine, 14 ans, débarque à Ceduna avec sa mère. Antoine y fera la connaissance de Hunter, un garçon un peu plus âgé que lui. Le temps d’un été, grande complicité et une solide amitié va lier les deux jeunes gens. Avant que le rêve ne vire au cauchemar…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il a fallu poireauter plus d’un avant avant qu’une édition numérique du roman ne voie le jour. À tel point que j’avais renoncé à le lire, c’est par hasard que j’ai découvert qu’il était désormais disponible au format epub (merci à 12-21, la branche numérique de Fleuve Editions).

Ma chronique

Il est des bouquins qui savent se faire désirer, incontestablement Lux est de ceux-ci. Fidèle à ma décision de ne pas engraisser les éditeurs qui ne jouent pas le jeu du numérique, j’avais fini par me résigner à ne jamais lire Lux, le troisième roman de Maud Mayeras, et ce malgré la très forte impression que m’avait faite son précédent opus, Reflex. Et v’là t’y pas qu’en début d’année je découvre, totalement par hasard, que le bouquin est disponible au format epub depuis quelques mois. Résultat des courses : mon précieuuuux !

De prime abord on a entre les mains une intrigue plutôt classique sur fond de vengeance, mais n’allez surtout pas croire que Maud Mayeras est du genre à se contenter du minimum syndical ; nul doute que ce roman vous réservera bien des surprises.

Dans la première partie du roman, on alterne entre les événements de 2016 et ceux de 1996 ; de prime abord les raisons qui poussent Antoine à vouloir se venger sont aussi flagrantes que le nez au milieu de la figure. Fin du premier acte, baisser de rideau, on applaudit bien fort.

Quoi ?! Déjà ! Mais c’est du foutage de gueule votre truc !

J’ai dit fin du premier acte, pas fin de l’histoire. Je vous avais pourtant prévenu, l’amie Maud peut se montrer particulièrement retorse quand il s’agit de malmener ses lecteurs (et accessoirement ses personnages). Cette première partie représente un petit tiers du roman, il y en deux autres qui vous inviteront cette fois à voyager en aveugle. Suivez le guide… mais accrochez-vous, car la balade promet d’être mouvementée !

Je ne m’attarderai pas sur la suite du roman afin de laisser entier le plaisir de la découverte, je peux juste vous assurer que l’auteure ne manquera pas de vous surprendre avec certains rebondissements totalement inattendus.

Pour la même raison, je ne peux pas aborder la question des personnages. Antoine est tout sauf un héros made in Hollywood, plutôt le mec lambda sûr d’être dans son bon droit, mais pas convaincu de pouvoir aller jusqu’au bout de ses intentions premières.

Au fil de son périple australien, que ce soit en 1996 ou en 2016, Antoine fera des rencontres qui le changeront à jamais. Pour ma part j’ai eu un faible pour le personnage de Cockie, un aborigène SDF croisé à Ceduna, qui sera amené à jouer un rôle essentiel dans la destinée d’Antoine.

Par contre je peux vous dire que ce roman vous fera voyager, direction l’Australie, mais dans un décor bien loin des paysages de cartes postales pour touristes en goguette. Si comme Antoine vous considérez que Ceduna est le trou du cul du monde, soyez assuré qu’en comparaison à certains patelins de l’outback australien c’est le paradis sur terre !

Maud Mayeras maîtrise sur le bout des doigts son intrigue, difficile de lâcher le morceau une fois que vous y aurez goûté. Même si je me suis régalé j’ai trouvé Lux moins percutant que Reflex, à la décharge de l’auteure il faut reconnaître qu’elle avait placé la barre haut, très haut. D’autre part ces deux romans n’ont aucun point commun, à part bien entendu la plume implacable de Maud, si Reflex pouvait clairement revendiquer son appartenance au thriller, Lux joue davantage dans la catégorie des inclassables, thriller, oui mais pas que…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Andreas Pflüger – Irrévocable

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A. Pflüger - Irrévocable

Titre : Irrévocable
Auteur : Andreas Pflüger
Éditeur : Fleuve Editions
Parution : 2018
Origine : Allemagne (2015)
544 pages

De quoi ça cause ?

Jenny Aaron était flic d’élite au sein du Service, la plus secrète des agences secrètes basées en Allemagne, jusqu’à ce qu’une opération à Barcelone tourne mal. Blessée, elle est désormais aveugle, mais ce jour-là, elle a perdu bien plus que la vue.

Cinq ans plus tard, Jenny Aaron est une profileuse reconnue. Le Service fait appel à elle pour interroger un suspect, accusé d’avoir tué la psychologue de la prison où il est détenu, l’homme a déclaré ne vouloir parler qu’à elle. Le suspect, Reinhold Boenisch, est un homme qu’elle a contribué à faire incarcérer seize ans plus tôt pour quatre meurtres ; sans jamais avoir pu prouver qu’il n’avait pas agi seul. Et aujourd’hui encore il semblerait qu’il ne soit pas celui qui tire les ficelles…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Honnêtement je ne sais pas, ça m’a pris comme une envie de pisser.

J’ai été attiré par la couv’, sobre, mais intrigante, suffisamment en tout cas pour titiller ma curiosité. La quatrième de couv’ a fait le reste. Un choix des plus classique donc.

Ma chronique

Le fait de proposer un thriller ayant pour personnage principal une jeune femme aveugle est plutôt audacieux. Même si Jenny Aaron a été une brillante agente de terrain, aussi à l’aise avec une arme à feu que dans un combat à mains nues… mais ça, c’était avant !

Donc aujourd’hui Jenny Aaron est aveugle, mais elle n’a rien perdu de ses entraînements passés, au contraire elle s’est même encore améliorée. Le plus étonnant est sa parfaite maîtrise des techniques de déplacement et de repérage dans l’espace, techniques inspirées de méthodes bien réelles développées dans le cadre de la rééducation pour les non-voyants.

Et si, histoire d’enfoncer le clou, je vous disais que Aaron souffre aussi d’amnésie rétrograde depuis son retour de Barcelone. Elle ne garde des événements qui se déroulés là-bas de de son passé antérieur que des souvenirs diffus (et une énorme culpabilité liée au fait d’avoir abandonné son collègue et amant, lui aussi blessé lors de l’opération, allant ainsi à l’encontre de toutes les règles du Service). Vous l’aurez compris Andreas Pflüger nous propose un personnage central des plus atypique, un subtil mélange de force, de sagesse (elle s’efforce de suivre la voie du bushido), mais aussi avec ses failles et ses faiblesses.

En face d’elle un tueur machiavélique qui semble dénué tout autant de faiblesses que d’empathie. Un homme froid et calculateur qui ne laisse rien au hasard et ne reculera devant rien pour mener à bien ses plans. Une machine à tuer parfaitement rodée. Mais pourquoi cet acharnement à vouloir détruire Aaron ? Et si les réponses se trouvaient justement dans ce passé oublié d’Aaron…

Chic un méchant très méchant me direz-vous ! Et en effet Holm fait partie de ses salauds que vous vous plairez à détester, tout en voulant en apprendre plus sur ses motivations (il dégage malgré sa cruauté un petit quelque chose qui suscite l’intérêt). Alors que vous ne pourrez que haïr purement et simplement son frère, Sascha, un psychopathe pur et dur de la pire espèce.

Heureusement Jenny ne sera pas totalement seule pour affronter ces deux adorables frangins, elle pourra compter sur le soutien sans faille de ses anciens collègues du Service, notamment celui de Pavlik, ami de toujours et tireur d’élite hors pair.

Si vous souhaitez postuler pour intégrer le Service, vous pouvez oublier ; c’est une agence totalement fictive inventée pour les besoins du roman.

Andreas Pflüger ne laissera aucun répit à ses personnages, il nous propose une intrigue dense, rythmée et riche en rebondissements. Bref tout ce que le lecteur attend de trouver en se plongeant dans un thriller ! Une fois happé par le bouquin, vous aurez bien du mal à décrocher.

Si sur le fond le contrat est rempli avec une redoutable efficacité, la forme peut être un peu déconcertante. Il n’est en effet pas rare que l’auteur passe, sans préavis, de l’intrigue présente à un flashback. Ca peut surprendre, mais en fait c’est aussi une bonne façon de nous mettre à la place de Aaron, parfois, même dans le feu de l’action, des bribes de souvenirs lui reviennent sous forme de flashes.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, aussi bien pour son intrigue rondement menée que pour ses personnages ; comme l’auteur le laisse entendre dans sa postface, « l’histoire d’Aaron n’est pas finie », soyez assurés que je répondrai présent au(x) prochain(s) rendez-vous !

MON VERDICT

[BOUQUINS] Samuel Sutra – Coupable[s]

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S. Sutra - Coupable[s]

Titre : Coupable[s]
Auteur : Samuel Sutra
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2018
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Jean-Raphaël Deschanel, agent du renseignement, est appelé en renfort par la Crim’ de Paris. La brigade du commandant Blay sèche en effet sur une série de crimes faisant jusqu’alors l’objet d’enquêtes distinctes. Or, le dernier corps retrouvé semble faire un lien entre les différentes victimes et orienter l’enquête vers un assassin originaire d’Haïti.

Jean-Raph’ étant lui aussi d’origine haïtienne, il est apparu que son concours pouvait être un atout pour Blay et son équipe…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et que Nathalie m’a généreusement proposé de lire le roman en avant-première (parution le 5 mars 2018). Une offre pareille, ça ne se refuse pas !

Ayant pris beaucoup de plaisir à lire Kind Of Black, j’étais curieux de retrouver l’auteur dans le même registre (polar noir).

Ma chronique

Je tiens avant tout à remercier les éditions Flamant Noir et tout particulièrement Nathalie pour sa confiance renouvelée (ça me va droit au coeur, sincèrement). Et bien entendu aussi pour l’occasion qui m’est donnée de découvrir le dernier roman de Samuel Sutra, Coupable[s], en avant-première.

Même si généralement je m’efforce d’éviter tout spoiler en rédigeant mes chroniques (parfois il vaut mieux rester concis plutôt que de prendre le risque trop en dire), c’est un impératif encore plus présent quand je dois parler d’un bouquin lu en avant-première.

Nous voilà donc en présence d’un agent du renseignement natif d’Haïti, mais adopté dès son plus jeune âge par un couple français et ayant quasiment tout le temps vécu en France. Quand une série de crimes semblant avoir pour fil rouge Haïti met la Crim’ dans l’impasse, c’est donc à lui que l’on fait appel pour venir leur prêter main-forte.

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais moi personnellement quand on me dit Haïti, je pense immédiatement au tremblement de terre de 2010 qui a frappé l’île, détruisant quasiment sa capitale, Port-au-Prince, et faisant plus de 300 000 morts et autant de blessés. Je reconnais volontiers que c’est un peu réducteur comme vision d’un pays et d’un peuple, mais ça n’en reste pas moins vrai.

Du séisme il sera justement question dans ce roman, ou plus exactement de l’aide humanitaire internationale, notamment en matière de reconstruction. Je n’en dirai pas plus, mais on comprend rapidement ce que cache le fameux « Kenscoff ». J’aimerai pouvoir affirmer que ce n’est que fiction, mais ça ne m’étonnerait pas que certaines ordures peu scrupuleuses aient eu recours aux mêmes procédés pour s’en mettre plein les fouilles.

Si Haïti fait office de fil rouge entre les différentes scènes de crime, toute l’intrigue se déroule quant à elle sur le sol français, à Paris et alentours pour être exact. Quatre scènes de crimes qui se distinguent par l’extrême violence des mises à mort. Et une enquête qui va lancer la Crim’ sur la piste d’un cinquième homme, reste à découvrir s’il est la prochaine victime ou l’assassin…

L’essentiel du récit (hormis quelques apartés, un pour chaque victime) est rédigé à la première personne, on vit l’intrigue par le biais de Jean-Raph’, un « administratif » qui va, pour la première fois de sa carrière, se frotter à une enquête de terrain. Forcément ça va le changer et il ne sera pas toujours à l’aise avec les méthodes de ses nouveaux coéquipiers.

Samuel Sutra apporte un soin tout particulier à ses personnages, un exercice de style pas toujours évident dans un récit à la première personne, la personnalité des autres n’est alors que le reflet de ce que le narrateur perçoit. Heureusement pour nous Jean-Raph’ est plutôt perspicace quand il s’agit de cerner ses interlocuteurs.

Je ne vous ferai pas l’affront de dresser un rapide portrait de chacun, autant laisser entier le plaisir de la découverte. Disons que j’ai eu un faible pour le commandant Blay, le flic bourru par excellence, revenu de tout, mais toujours aussi professionnel, un chef respecté (vénéré ?) par ses hommes. Ce serait manquer de galanterie que de ne pas mentionner Vanessa Dubreuil, psychocriminologue qui fera office de « profileuse » sur cette enquête ; la touche de charme de l’équipe, mais elle prouvera rapidement qu’elle n’est pas là pour se contenter de jouer les potiches.

Pour ma part j’ai rapidement des soupçons quant à l’identité du tueur, puis la présomption est devenue certitude. Par contre je tiens à préciser qu’à aucun moment ça n’a gâché mon plaisir de lecture, j’ai même pris beaucoup de plaisir à suivre la progression de l’enquête, à voir comment l’auteur amènerait ses enquêteurs à la même conclusion.

Avec Kind Of Black, Samuel Sutra avait déjà démontré que le polar noir ne lui faisait pas peur, qu’il maîtrisait les règles du genre. Avec Coupable[s] c’est désormais une certitude, l’auteur est une brillante plume de la scène littéraire noire francophone.

Je terminerai cette chronique par un aspect qui peut sembler plus futile, mais qui a toutefois un rôle non négligeable dans la « vie » d’un livre : sa couverture. Je l’avais découverte sur la page Facebook de Flamant Noir et ça a tout de suite fait tilt, je la trouve tout simplement magnifique.

C’est le dixième roman des éditions Flamant Noir que je lis et je ne peux que m’incliner devant la qualité de leur catalogue, non seulement je n’ai jamais été déçu, mais j’ai même eu le droit à quelques belles claques dans la gueule. De quoi m’inciter à suivre leurs prochaines publications, mais aussi, à condition de trouver le temps, de me pencher sur les titres que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire (j’en ai déjà trois en stock, c’est un bon début).

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – La Chance Du Perdant

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C. Guillaumot - La chance du perdant

Titre : La Chance Du Perdant
Série : Le Kanak – Tome 2
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditeur : Liana Levi
Parution : 2017
Origine : France
333 pages

De quoi ça cause ?

Nouvellement mutés à la section « courses et jeux », Jérôme ‘Six’ Cussac et Renato ‘Le Kanak’ Donatelli, prennent tant bien que mal leurs marques. Outre les réseaux légaux, Toulouse abrite aussi un réseau de jeu clandestin sur lequel un homme semble régner en maître absolu : Samuel Gotthi.

Dans le même temps, le capitaine Marc Trichet enquête en solo sur la mort d’un homme broyé dans compacteur à ordures. Tout semble désigner un suicide, mais le capitaine souhaite explorer toutes les pistes avant de clore son affaire.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais adoré Abattez Les Grands Arbres, il me tardait de retrouver Le Kanak et Six dans une nouvelle enquête.

Mais aussi parce que je devais rencontrer Christophe Guillaumot à l’occasion de son passage en NC, tant qu’à faire autant avoir des munitions pour discuter avec lui de ses romans et de ses personnages.

Ma chronique

C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Renato Donatelli et Jérôme Cussac, gentiment placardés à la section des courses et jeux après leur coup d’éclat, au mépris de toute procédure et de toute voie hiérarchique, dans l’affaire des homicides rwandais.

Cette nouvelle affectation permet à l’auteur d’étoffer ses personnages. D’un côté Renato doit gérer les cas de Mama Loma, tiraillé entre la nécessité de la faire soigner en maison de retraite et la promesse de garder le manoir, deux options non cumulables financièrement parlant.

Du côté de chez Jérôme Cussac, les choses vont de mal en pis. Il accepte mal cette mise au placard, lui qui se voyait déjà parmi les têtes d’affiche de la Crim’. Quand il apprend que Juliette, l’agent de la DGSE qui s’est joué de lui (sur ordre) lors de leur précédente rencontre, a été assassinée par des djihadistes alors qu’elle opérait sous couverture en Syrie, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, il craque totalement et glisse inexorablement sur une pente qui pourrait bien être sans retour…

Le Kanak et Six profitent de visites sur le terrain pour étoffer leur équipe de deux nouvelles recrues, recrues forcément atypiques, cela va de soi.

Ainsi le premier adjoint à rejoindre leurs rangs est Jules Letocart, un jeune en formation à l’école de police qui utilise ses talents de magicien (notamment en matière de manipulation de cartes) pour arrondir ses fins de mois en trichant au casino.

Il sera bientôt rejoint par Serge Nicolo, professeur de mathématiques à la retraite passionné de statistiques et de probabilités, son pêché mignon est de truquer les matchs de foot amateurs pour le compte d’un employeur dont il ignore tout.

Et voilà une section courses et jeux en ordre de marche, reste à trouver de quoi l’occuper…

Si l’auteur enrichit ses personnages en nous faisant partager leurs doutes et interrogations, cela ne se fait pas au détriment de l’enquête. Une enquête que mènera l’équipe dans le monde obscur du jeu clandestin, et tout particulièrement des paris clandestins, des paris dont les enjeux ne semblent pas connaître de limites…

Sous la plume de Christophe Guillaumot, la ville de Toulouse devient quasiment un personnage à part entière. Même sans jamais y avoir mis les pieds, j’ai eu l’impression de me balader en terrain connu tant l’auteur parvient à nous faire partager son amour pour « sa » ville.

On y retrouve des personnages déjà rencontrés lors de la lecture du précédent roman (notamment Marc Trichet et l’équipe des stups du Gros Georges) avec toutefois une grande absente, la légiste, Avril Amandier. Au grand dam de Renato ! Bien entendu ce roman nous fera aussi découvrir de nouveaux personnages, des rencontres plus ou moins agréables selon les circonstances.

En nous plongeant dans le monde du jeu, Christophe Guillaumot sait de quoi il parle, étant lui même à la section courses et jeux de la SRPJ de Toulouse. Et sans surprise cela se ressent dans l’écriture, les romans policiers écrits par des auteurs exerçant ou ayant exercé le métier de policier, ont un petit quelque chose en plus qui est inimitable.

Si en plus vous y ajoutez une intrigue totalement maîtrisée, des personnages profondément humains et attachants (ou méprisables, selon l’effet recherché), avec un subtil mélange de sérieux et d’humour, vous obtenez un polar haut de gamme et un auteur qui confirme, voire sublime, son talent narratif.

On retrouve quelques confusions entre les cultures wallisiennes et mélanésiennes, nul doute que le séjour de Christophe Guillaumot en Nouvelle-Calédonie lui fournira plus de matière visant à ancrer son personnage dans la culture canaque. Ceci dit ces erreurs d’aiguillage restent mineures et passeront même totalement inaperçues pour les lecteurs ne connaissant pas la Nouvelle-Calédonie.

J’ai notamment trouvé amusant un passage dans lequel l’auteur mentionne le kava, boisson bien présente dans les rituels coutumiers wallisiens et ailleurs en Océanie, mais aucunement chez les Mélanésiens de Nouvelle-Calédonie. Si sa consommation sur le territoire s’est développée c’est en dehors de tout contexte coutumier ou traditionnel. Les nakamals (bars à kava) ont ouvert en masse, les curieux ont suivi et sont devenus habitués des lieux, que ce soit pour le kava ou pour l’ambiance feutrée et détendue des nakamals.

Que la mère de Renato prépare du kava est déjà en soi un anachronisme, mais que son gamin (Renato) piaille d’impatience pour en goûter me paraît hautement improbable ; ce n’est pas un breuvage totalement anodin, je doute fort que les enfants soient invités à en consommer, même dans un cadre coutumier (qui, je le rappelle, est inexistant en NC).

Tout comme je doute que le kava puisse avoir un quelconque effet réparateur en cas de gueule de bois… surtout pas le matin ! Le kava, hors cérémonie coutumière, se consomme de préférence à la tombée du jour.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Christophe Guillaumot à l’occasion d’une séance de dédicace à la librairie l’As de Trèfle ; étant lecteur exclusivement numérique je n’avais rien à me faire dédicacer, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à échanger quelques mots avec lui. J’espère bien avoir l’occasion de le croiser de nouveau avant son départ, le temps d’un apéro dinatoire (c’est prévu, reste à espérer que ce sera réalisable).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Andy Weir – Artemis

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A. Weir - Artemis

Titre : Artemis
Auteur : Andy Weir
Editeur : Bragelonne
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
332 pages

De quoi ça cause ?

Jazz est coursière sur la cité lunaire d’Artemis, histoire d’arrondir les fins de mois elle joue volontiers les contrabandiers afin de procurer à ses clients des marchandises pas toujours très légales

Quand l’un de ses riches clients lui propose une opération de sabotage, Jazz hésite, mais, face à la forte prime promise, elle finit par accepter. Mais les choses ne vont du tout se passer comme prévu, Jazz va devoir se battre pour sa propre survie, mais aussi pour celle d’Artemis…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’ai adoré Seul Sur Mars du même auteur, il me tardait donc de découvrir son second roman.

Ma chronique

Je n’ai pas de réel programme de lecture en tête, disons que je sais grosso modo quels sont les 3 ou 4 prochains titres que je lirai sans pour autant pouvoir dire dans quel ordre je les accrocherai à mon tableau de chasse. Jusqu’à ce que débarque dans mon Stock à Lire Numérique un « incontournable », le bouquin pour lequel je bouleverserai ce programme déjà bien instable. Artemis fait partie de ces troubles-fêtes, Andy Weir m’avait bluffé avec son premier roman, Seul Sur Mars, il me fallait savoir, sans plus attendre, si l’essai serait transformé ou non.

Andy Weir reste dans la science-fiction, mais se rapproche de nous en situant son action sur la lune, une lune habitée par quelques humains regroupés dans la cité d’Artemis. Cette fois son personnage principal aura donc de la compagnie (pas forcément toujours bienveillante, mais ceci est une autre histoire).

L’auteur nous propose un récit à la première personne, c’est Jazz qui nous raconte son périple avec un subtil mélange de cynisme et de bonne humeur. Je ne sais pas si pour un auteur de sexe masculin il est difficile de se mettre dans la peau d’une femme, mais le fait est que Andy Weir y arrive à merveille. Mais bon, force est de reconnaître que Jazz n’a pas vraiment le profil type de la ménagère pantouflarde. Elle serait plutôt du genre débrouillarde et un brin roublarde.

Avant de nous plonger au coeur de l’intrigue, l’auteur nous invite à suivre Jazz dans son quotidien. Une entrée à la matière plutôt bienvenue pour se familiariser avec Artemis (et par la même une partie de ses habitants) et comprendre les motivations futures de la jeune femme.

On retrouve rapidement la griffe de l’auteur, avec une bonne base documentaire scientifique qu’il réussit à vulgariser et à intégrer à l’intrigue sans jamais que cela devienne indigeste. Je ne sais pas si tout est scientifiquement exact ou plausible, le fait est que ça colle parfaitement au récit, ce qui me suffit amplement (après tout la fiction autorise quelques libertés avec la rigueur scientifique).

Artemis est donc une cité lunaire, du coup on peut clairement situer l’intrigue dans un futur indéterminé mais oubliez les cités futuristes à la Star Wars et consorts. Si les technologies utilisées sont bel et bien futuristes , les conditions de vie des habitants restent assez proches de celle des terriens, en plus contraignantes compte tenu des limites imposées par l’environnement lunaire.

Andy Weir nous propose un récit de science-fiction aussi rythmé qu’un thriller, des intérêts (pas toujours très sains) économiques et politiques (forcément pourris) viendront en effet corser les choses, sans parler d’un puissant syndicat du crime qui n’appréciera pas vraiment que l’on vienne fouiner dans ses affaires.

Heureusement Jazz ne manque pas d’ingéniosité, comme dirait l’autre (grosso modo), « sur Artemis on n’a pas de pétrole mais on a des idées« , le pétrole étant à remplacer par des GPD, la devise en cours sur Artemis. Mais surtout elle ne sera pas totalement seule contre tous, quelques précieux alliés viendront lui prêter main forte.

Pour répondre à mon interrogation première, OUI, l’essai est transformé et brillamment transformé. Andy Weir s’impose comme un acteur majeur de la scène littéraire SF, non seulement il propose des intrigues parfaitement maîtrisées mais il parvient à rendre accessible à tous une des branches les plus élitistes de la SF, la hard science.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sylvain Neuvel – Le Sommeil Des Géants

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S. Neuvel - Le sommeil des géants

Titre : Le Sommeil Des Géants
Série : Les Dossiers Thémis – Tome 1
Auteur : Sylvain Neuvel
Editeur : Le Livre de Poche
Parution : 2017
Origine : Canada (2016)
384 pages

De quoi ça cause ?

Attirée par une étrange lueur bleue, Rose Franklin, onze ans, chute dans un trou. En reprenant ses esprits, elle réalise qu’elle se trouve dans une immense main métallique parcourue de faisceaux lumineux.

Dix-sept ans plus tard, Rose Franklin est devenue une scientifique reconnue. On lui propose de diriger une équipe chargée de percer tous les secrets de cette mystérieuse main. Une mission qui leur réserve bien des surprises…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est Stelphique (à lire ici) qui, la première, m’a fait connaître ce bouquin avec un billet des plus élogieux. Ne le trouvant pas en numérique je suis passé à autre chose en attendant. Et un jour, au fil de mes errances, v’là t’y pas que je le croise chez mon fournisseur préféré… Il ne restait plus qu’à lui trouver une place de premier choix dans mon Stock à Lire Numérique.

Ma chronique

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais commencer pas disséquer le bandeau (cette bande rouge avec une écriture blanche, sur laquelle les commerciaux écrivent tout et n’importe quoi pour attirer les curieux). En l’occurrence il est écrit « Captivant. Entre World War Z et Seul Sur Mars« .

World War Z ? Une histoire d’apocalypse zombie qui se décline sous la forme d’un rapport rédigé par un consultant de l’ONU. Rapport constitué d’extraits d’entretiens, de témoignages… Sur le fond rien à voir avec le présent bouquin, sur la forme par contre on retrouve un roman constitué essentiellement d’entretiens menés par un personnage dont on ne sait rien (et dont on ne saura jamais rien), çà et là d’autres supports viennent combler les blancs.

Seul Sur Mars ? L’histoire d’un mec « oublié » sur la planète Mars et qui doit se démerder pour assurer sa survie. Heu… Bin à l’heure d’aujourd’hui je cherche toujours un quelconque point commun entre le bouquin d’Andy Weir et celui de Sylvain Neuvel.

OK, vous me direz qu’un bandeau soit un tissu de conneries on a l’habitude. Mais ne fuyez pas ce roman à cause d’une stratégie marketing foireuse ; s’il y a bien un mot qui définit à la perfection mon ressenti après avoir refermé ce bouquin c’est tout simplement CAPTIVANT.

Honnêtement je pense que même si je n’avais jamais entendu parler de ce bouquin auparavant, et que l’auteur soit, pour moi, un parfait inconnu, il aurait retenu mon attention au fil de mes errances en librairie ou sur les différentes plateformes d’achat que je fréquente. Impossible en effet de résister à cette superbe couverture, et donc de se pencher sur la quatrième de couv’… et voilà, le tour aurait été joué, j’aurai été ferré !

M’est d’avis que les principales difficultés avec une narration indirecte (par entretiens interposés) se déclinent à la fois au niveau des personnages et de l’intrigue. Concernant les personnages, leur personnalité se définit ici non seulement au travers de leurs propres interventions, mais aussi par le biais du vécu et du ressenti des autres. Quant à l’intrigue, il faut réussir à capter en permanence l’attention du lecteur et donc assurer sa continuité et son rythme.

Sylvain Neuvel relève haut la main ces deux challenges.

Ses personnages ont une réelle profondeur et chacun une personnalité bien affirmée, l’auteur adapte ainsi sa narration à chacun. J’ai eu un faible pour Kara, sans doute pour son côté réfractaire à toute forme d’autorité (bien qu’elle soit militaire), mais aussi pour Vincent, un tantinet asocial et cynique. Même celui qui mène les entretiens nous devient sympathique, malgré une apparente froideur on sent qu’il fera tout son possible pour protéger son équipe.

Difficile de parler des personnages sans mentionner Thémis, comme dirait l’autre « Qui est-il ? D’où vient-il ? Formidable robot. Des temps nouveaux« . Sauf qu’en l’occurrence c’est « elle » (après le sexe des anges, découvrons le sexe des robots… tout un programme) et que la seule certitude que l’on ait à son sujet est qu’elle vient plutôt des « temps anciens » (Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… ça vous rappelle quelque chose ?).

Si l’intrigue peut paraître, de prime abord, relativement classique (la découverte d’un artefact extra-terrestre n’est pas vraiment une innovation dans le monde de la SF), elle n’en demeure pas moins soignée et maîtrisée. L’auteur vous propose un univers dans lequel la science-fiction, le thriller et même la géopolitique se côtoient et se mélangent. Non seulement le tout est cohérent, mais il devient très vite totalement addictif et ne manque ni de rythme, ni de surprises.

Comme son nom ne l’indique pas forcément, Le Sommeil Des Géants est le premier tome d’une trilogie (Les Dossiers Thémis). La mise en bouche est une totale réussite, j’ai adoré me plonger dans ce bouquin (impossible de le lâcher un fois que l’on a mis le nez dedans) et il me tarde de découvrir la suite. D’autant que le cliffhanger final vous laissera très certainement sur le cul !

MON VERDICT