[BOUQUINS] David Messager – Article 122.1

D. Messager - Article 122.1Une découverte estampillé avant-première France loisirs, lue le temps d’un week-end, Article 122.1 de David Messager au programme de cette chronique du lundi matin.
Quand un corps calciné est découvert dans les catacombes le commandant Estelle Lacroix, de la PJ de Paris, devine un mode opératoire similaire à celui de Mygale, un tueur en série qui la fascine et à ce jour jamais identifié. Cependant certains faits feraient plutôt pencher pour un imitateur. Mygale est-il de retour ? S’agit-il d’un imitateur ? Si oui, ce dernier ne risque-t-il pas de faire sortir Mygale de son silence ?
Premier point à éclaircir, le titre. L’article 122-1 du Code Pénal fait référence à la responsabilité pénale en cas de trouble psychique : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. »
L’auteur nous livre là un premier roman particulièrement bluffant, un thriller psychologique et psychiatrique de très haut niveau. Il faut dire David Messager (pseudo de plume) est juge d’instruction, qui plus est il a été membre d’une commission départementale des hospitalisations psychiatriques. Autant dire qu’il s’aventure sur un terrain connu, et cela se ressent au niveau de son intrigue d’une vraisemblance à couper le souffle.
Si vous voulez une nuance entre réalisme et vraisemblance je vous renvoie à une phrase de l’auteur : « Je pense que le lecteur a davantage besoin de vraisemblance que de réalisme. (…) Mais au fond, la réalité dépasse souvent la fiction. » Dans la partie coupée (…) il indique qu’un récit 100% réaliste serait chiant à mourir (heu… pas vraiment en ces termes mais j’interprète librement le fond de sa pensée).
L’intrigue nous scotche dès les premières pages et jouera habilement avec nos nerfs et nos certitudes au fil des chapitres. Un scénario machiavélique à souhait servi par des personnages tout aussi criants de vérité et sujets au doute (difficile d’appréhender avec justesse le personnage d’Estelle Lacroix… parfois sympathique, parfois hystérique. Victime, coupable ou les deux à la fois ?).
Ajoutez à cela un style simple mais efficace qui nous plonge au coeur de l’intrigue et permet une lecture parfaitement fluide ; je puis vous assurer qu’une fois plongé dans le bouquin vous aurez du mal à le lâcher. L’auteur n’a sans doute pas encore la maîtrise d’un Chattam, Grangé ou Thilliez pour nous mettre les nerfs à vif mais pour un premier roman il m’a laissé sur le cul.
Un second roman est en préparation, je ne saurai vous dire s’il est toujours au stade embryonnaire ou, à contrario, quasiment bouclé ; une chose est sure j’ai vraiment hâte de le découvrir.

[BOUQUINS] Hervé Commère – Imagine Le Reste

H. Commère - Imagine Le ResteDepuis le temps que je lis les éloges de ce bouquin il fallait bien que je me lance, une fois de plus c’est Gruz qui a tiré le premier ! C’est donc totalement confiant, à la limite de l’inconscience même, que je me suis plongé dans Imagine Le Reste de Hervè Commère.
Karl et Fred sont deux zonards qui survivent à coup de petits boulots et autres combines plus ou moins ambitieuses/foireuses. Quand Fred débarque un matin avec un sac bourré de billets ils savent que c’est le moment ou jamais de changer de vie. Sauf que le fric a été volé à un caïd « brutal et subtil« . Et, cerise sur le gâteau, nos deux couillons se font piquer leur caisse avec la thune dedans…
En général j’essaye dans mes présentations de bloquer entre les 10 ou 20 premiers pour-cents du bouquin histoire d’en dire le moins possible tout en posant le décor. Ca ne marche pas à tous les coups, parfois je dois aller au-delà de cette limite imposée sinon mon pitch ne voudrait rien dire, je l’ai fait cette fois sans regrets.
Le premier coup de coeur est visuel avec cette couv’ d’une route lambda qui se fond dans l’horizon, et au-dessus ce titre qui est en soi une invitation au rêve. De suite l’imagination se met en branle, on donne une vie et une histoire à cette portion de route. Après cet interlude imaginatif il est temps de découvrir dans quoi l’auteur souhaite nous embarquer.
Avant même d’entrer dans le coeur de l’intrigue on tombe sous le charme de la plume de l’auteur, c’est foutrement bien écrit, plein de poésie même dans les moments les plus désespérés. Juste ce qu’il faut de figure de style pour que les mots viennent nous susurrer leur mélodie des oreilles au coeur sans escale et sans jamais sombrer dans le surjoué balourd.
Le bouquin est divisé en quatre parties, chacune suivant les pérégrinations du magot. Dès que l’on pose le bouquin, le temps de souffler, l’imaginaire se remet en branle, on invente la suite des événements et les connexions. A peine replongé dans l’intrigue que l’on oublie nos hypothèses bancales, on se laisse balader avec plaisir par l’auteur un sourire béat aux lèvres, bercé par les mots et la musique…
ACTE 1. On ouvre le bal avec Karl et Fred, nos deux zonards qui sont bien loin d’avoir inventé le fil à couper le beurre. Mais ils sont sympas malgré tout, pour eux ce blé c’est avant tout l’occasion de prendre un nouveau départ et de vivre leurs rêves. Une solide amitié les lie, on partage leurs galères et leur insouciance. Puis c’est la douche froide, que dis-je glacée ! Ca va pas Monsieur Commère ! C’est un truc à choper une hydrocution.
ACTE 2. On fait la connaissance de Nino, un chanteur à la voix d’or qui doute de son talent. Il se retrouve embringué dans une histoire qui le dépasse mais pour lui ce pactole est un tremplin vers la reconnaissance, une opportunité unique de se lancer dans la musique et d’en vivre. Mais vous pouvez compter sur l’auteur pour venir perturber les plans de notre artiste en herbe.
ACTE 3. Finis les petits joueurs. Place à Serge, le propriétaire initial du sac et son précieux butin. Inutile de préciser qu’il est un tantinet en rogne de s’être fait voler comme un bleu. Pour lui ce sac et ce fric c’est son bien le plus précieux, la prunelle de ses yeux. Quand j’vous dis que le Serge est en rogne le mot est faible. Il bout, il écume, c’est la rage personnifiée.
ACTE 4. Baisser de rideau. Pas une vraiment fin en apothéose mais encore quelques surprises à la clé et surtout aucune déception à la clôture du bouquin, que du plaisir, un immense plaisir. Mais je n’en dirai pas plus…
Un bouquin inclassable, un thriller par bien des aspects mais bien plus que ça, j’aime le terme OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) et je trouve particulièrement bien adapté à ce roman.
Incontestablement un bouquin qui restera longtemps gravé dans mon coeur et mon esprit. Si je devais résumer mon ressenti en une phrase je m’en tiendrai à celle-ci, extraite du bouquin : « Ima­gi­ner le reste était une chose merveilleuse. Faire tout ce que l’on peut pour voir en face son des­tin s’ac­com­plir était une chose plus belle en­core. » Rien de ce que vous pourrez imaginer sera aussi fort que ce que vous lirez.
J’ai découvert l’univers littéraire de l’auteur avec ce titre (son quatrième roman), nul doute que, si l’occasion se présente, je me plongerai avec plaisir dans ses titres précédents. A défaut je guetterai les suivants…

[BOUQUINS] Christopher Smith – On Ne Meurt Que Deux Fois

C. Smith - On Ne MEurt Que Deux FoisCa faisait un moment que les bouquins de Christopher Smith titillaient ma curiosité, il faut dire que le gars est qualifié de « génie culturel » par… Stephen King ! Adjugé vendu ! Je prends une grande inspiration et je me lance dans On Ne Meurt Que Deux Fois.
Une soirée entre copines tourne au cauchemar pour Patty Jennings et Cheryl Dunning. Patty est victime d’un odieux chantage qui pourrait détruire sa vie. Cheryl est au milieu des bois avec deux dégénérés à ses trousses. Mais Cheryl connait ces bois et leurs dangers, ils pourraient être des alliés précieux contre ses poursuivants…
Un court bouquin (l’équivalent de 150 ou 200 pages en version brochée) assez classique au final mais tout de même vachement bien maîtrisé. Je m’attendais à plus trash mais l’auteur réussit quand même à maintenir une tension constante de la première à la dernière page.
Des personnages, nous ne savons que le strict nécessaire et c’est suffisant, à aucun moment on se retrouve face à un vide que l’on aimerait combler. L’auteur parvient à nous tenir en haleine tout en nous offrant quelques flashbacks permettant de revivre l’essentiel des parcours de ses « acteurs ».
On se retrouve avec un quatuor dans les rôles principaux, avec d’un côté Cheryl et Patty, les victimes, séparées dès les premières pages ; de l’autre Ted et Kenneth, des pervers illuminés comme on les aime. D’autres personnages feront leur apparition dans le récit et influenceront plus ou moins activement le cours de l’intrigue.
Je m’attendais à plus flippant mais ça reste globalement bien ficelé, on a tout le tant envie d’en savoir plus, aussi bien sur le sort de Patty que sur celui de Jenny, du coup une fois happé par le bouquin soyez assuré qu’il ne vous lâchera pas. Le plus flippant reste les deux dégénérés qui égrainent des citations bibliques pour justifier leurs actes, le gus qui a écrit l’Ancien Testament est le plus grand psychotique de tous les temps !
A l’occasion il faudrait que je mette la main sur la série Fith Avenue du même auteur, les six titres semblent indépendants mais il faudrait que je fouine histoire de vérifier qu’il n’y ait pas un fil rouge caché… mais bon d’ici là j’ai encore pas mal de lecture en stand-by, dont 11 champions potentiels !
Ce titre n’est disponible qu’en numérique, par contre la série Fith Avenue existe en français au format papier.

[BOUQUINS] René Manzor – Celui Dont Le Nom N’Est Plus

R. Manzor - Celui Dont Le Nom N'Est PlusEncore un titre qui fait un peu office d’invité surprise dans mon programme fluctuant des prochaines lectures ; la couv’ m’a fait de l’oeil et le ptich a achevé le travail de séduction. Le contenu fut-il à la hauteur de l’emballage ? Vous le saurez en lisant ma chronique de Celui Dont Le Nom N’Est Plus de René Manzor.
Deux meurtres en deux jours, le même mode opératoire sacrificiel mais deux coupables différents, chacun était un proche de sa victime et ne se souvient de rien. Le détective McKenna de Scotland Yard se voit contraint de faire équipe avec Dahlia Rhymes, criminologue au FBI, afin de démêler cette embrouille…
Le nom de René Manzor me disait bien quelque chose tout en ayant la certitude de n’avoir jamais rien lu de lui (il n’a écrit que deux romans  à ce jour). Une petite googlelisation m’a de suite rafraîchit la mémoire, monsieur est scénariste et réalisateur pour le cinéma et la télévision. On lui doit (scénario et réalisation) notamment l’excellent film Le Passage (1986) avec Alain Delon et Alain Musy (le fils de René Manzor). Il est aussi à l’origine du clip de la chanson du film, On se retrouvera, écrite par Jean-Félix Lalanne et interprétée par Francis Lalanne (les frères de René Manzor, René Lalanne de son vrai nom)… Une affaire de famille en quelque sorte.
Mais revenons à nos moutons et au roman. Comme je l’ai dit plus haut l’univers littéraire de l’auteur est pour moi une découverte, et je peux d’ores et déjà affirmer qu’il s’agit d’une découverte que je ne suis pas prêt d’oublier. René Manzor nous offre un thriller qui peut se targuer d’être du très haut de gamme, on flirte avec l’excellence même.
Une intrigue qui vous prend aux tripes (c’est le cas de le dire vu le mode opératoire des « éventreurs ») dès les premières pages et ne vous lâche plus avant que vous n’ayez terminé le bouquin (et quelle fin ! Grandiose !). Soit dit en passant une fois que vous aurez commencé à le lire vous aurez du mal à le lâcher, plus les chapitres défilent, jouant avec nos nerfs, plus on a envie d’en savoir plus.
Ici les coupables sont aussi des victimes, des pantins manipulés par un marionnettiste et c’est après lui que les enquêteurs vont devoir courir, l’identifier et comprendre ses motivations. La traque sera tout sauf un long fleuve tranquille et nous réserve bien des surprises. Certains éléments se sont avérés relativement prévisibles mais ça n’a en rien gâché le plaisir que j’ai eu à savourer ce roman.
On croise trois personnages principaux, en effet outre McKenna et Dahlia, l’avocat des « pantins », Nils Blake, joue aussi un rôle primordial dans l’intrigue. L’auteur donne à ses héros une incroyable justesse, avec leurs forces et leurs faiblesses, ils sont quasiment réels à nos yeux.
Enfin le style de l’auteur contribue aussi à l’efficacité de son roman. Il faut que la lecture soit aussi fluide et rythmée que l’enquête, pas de fioritures inutiles, pas de complaisance non plus dans le trash (l’essentiel est dit, notre imagination fait le reste). Pari réussi monsieur Manzor !
Bref un sans faute et encore un gros coup de coeur littéraire de 2014.

[BOUQUINS] Henri Loevenbruck & Fabrice Mazza – Sérum : Saison 1

H. Loevenbruck & F. Mazza - Sérum S1Ca fait un moment que les six épisodes de la première saison de Sérum, roman-feuilleton/série TV signé Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza, squattent mon Stock à Lire Numérique. Il aura fallu profiter d’une escapade à France Loisirs pour que je m’offre l’intégrale de la saison 1 en en seul volume, et que je me lance dans sa lecture.
Le détective Lola Gallagher enquête sur une tentative de meurtre mais la victime est totalement amnésique suite aux blessures reçues. Lola va alors faire appel aux services du Dr Arthur Draken, un psychologue et hypnothérapeute qui a mis au point un plan de traitement très personnel et non approuvé par la profession, toutefois il garantit à Lola d’obtenir des résultats grâce à son fameux sérum…
Les auteurs ont fait le pari de proposer un feuilleton numérique diffusé au rythme d’un épisode par mois sur une période de six mois par saison (l’ensemble devant compter six saisons). Au niveau de l’écriture le challenge est largement remporté, c’est rythmé à souhait, plein der rebondissements et autres cliffhangers ; on se croirait devant un épisode de 24 Heures Chrono.
L’intrigue se densifie au fil des pages et avec l’apparition de nouveaux personnages, la banale tentative d’assassinat cachant un commplot d’envergure international. On n’en finit pas de se demander quelle est la finalité du fameux complot et surtout qui en est à l’origine. Franchement je ne regrette pas d’avoir attendu l’intégrale de cette première saison avant de m’y plonger, ça évite la frustration liée à l’attente.
Histoire de renforcer la ressemblance avec une série TV les auteurs vous invitent à écouter la bande son du roman (composée par Henri Loevenbruck), il suffit de scanner un flashcode via son smartphone ou sa tablette pour être redirigé vers le morceau concerné. Vous pouvez aussi écouter la bande son et partager d’autres interactivités en vous connectant au site Serum Online. Dommage toutefois d’avoir fait le choix d’un site en flash sachant que ce support n’est plus compatible avec les tablettes Androïd.
Les personnages sont suffisamment soignés pour être crédibles et offrir au lecteur des personnalités diverses. Qu’il s’agisse de Lola, excellente détective quoique un peu tête brûlée ou de Draken, le psy cynique qui n’hésite pas à franchir la ligne blanche pour faire avancer les choses. Les personnages plus secondaires sont nombreux mais tout aussi bien travaillés (je pense notamment à Philip Detroit, le collègue fouineur, et accessoirement amant, de Lola mais aussi à Sam Loomis, un agent du FBI pour le moins atypique). Bref je ne vous ferai pas le tour du casting, il y a un paquet de monde et tous mérite le détour.
Henri Loevenbruck a commencé par la fantasy jeunesse (avec La Moïra et Gallica) avant de se lancer dans le thriller (j’ai été bluffé par L’Apothicaire et la trilogie Arie Mackenzie squatte mon Stock à Lire Numérique depuis un bail). Fabrice Mazza quant à lui est tombé dans la marmite des énigmes quand il était petit, depuis il propose à ses lecteurs de se triturer les méninges pour résoudre des énigmes en tout genre (Le Grand Livre Des Enigmes ou encore Pas De Panique C’Est Logique).
Vous vous demandez peut être si toutes les questions que vous serez amenés à vous poser trouveront leur réponse dans cette première saison ; sur ce point je veux bien lever le voile vu que la réponse s’impose d’elle même : c’est NON (sinon quel intérêt de prévoir cinq saisons de plus ?) ; au contraire vous refermez le bouquin avec encore plus de questions ! Par contre là où le bât blesse c’est que depuis novembre 2012, date de sortie du dernier épisode de la première saison, c’est le silence radio absolu. Ca peut refroidir les futurs lecteurs, moi même si je m’étais penché sur la question avant de me lancer j’aurai sans doute été moins enthousiaste.

[BOUQUINS] Emma Healey – L’Oubli

E. Healey - L'OubliUn titre découvert au hasard d’une visite sur le site des éditions Sonatine (un premier point positif) au menu du jour. L’Oubli, premier roman de l’auteure britannique Emma Healey. La couv’ très sobre a tout de suite capté mon regard, enfin la quatrième de couv’ a fini de me convaincre.
Maud, une octogénaire atteinte de la maladie d’Alzheimer, est obligée de tout noter si elle ne veut pas perdre ses repères. Un de ses petits mots la tracasse, elle a en effet noté que son amie, Elizabeth, a disparu. Personne ne la prend au sérieux quand elle fait part de son inquiétude. C’est seule, avec sa mémoire et ses souvenirs qui se délitent, qu’elle va devoir trouver les réponses à ses questions, et d’autres réponses à des questions oubliées depuis longtemps…
Pour un premier roman la jeune (28 ans) anglaise réussit un véritable tour de force, une expérience de lecture unique en son genre, presque troublante et vraiment poignante. En effet l’auteure écrit son livre à la première personne afin de nous faire vivre son intrigue à travers le regard et l’esprit de Maud. Un esprit mis à mal par la maladie d’Alzheimer. Et c’est justement là que l’auteure brille, sa plume et son style sont plein de justesse et d’une redoutable efficacité. On vit pleinement les émotions et le trouble de Maud au fur et à mesure que son esprit s’enlise.
Plutôt osé de choisir comme personnage principal d’un thriller une octogénaire qui n’est plus en pleine possession de ses moyens. Les phases de lucidité alternent avec les trous noirs. C’est sans doute la fragilité du personnage qui nous le rend si attachant, ça et le talent de l’auteure qui nous plonge dans sa peau et dans sa tête.
Pour ce qui est de l’intrigue on a deux disparitions pour le prix d’une, celle d’Elisabeth, survenue de nos jours, et celle de Sukey, la soeur ainée de Maud, disparue en 1946. De fait on alterne en permanence entre le passé (les souvenirs de Maud semblent épargnés par la maladie) et le présent. Difficile d’imaginer que ces deux événements puissent être liés, mais d’un autre côté l’auteure laisse planer le doute au fil des pages. Avant de répondre à la question. L’autre grande question que l’on se pose concerne Elisabeth ; a-t-elle vraiment disparu ou est-ce que Maud se fait des idées ? Là encore vous aurez la réponse en temps et en heure.
N’attendez pas un thriller où ça canarde à tout va, à plus de 80 piges et avec Alzheimer comme copain de jeu ce n’est pas très prudent de manier le M16 ou le lance-roquettes. Ici on fait dans la subtilité, dans la psychologie ; et dans le genre c’est une totale réussite. Un sujet grave traité efficacement, plein d’émotions sans jamais sombrer dans le mélo, on s’autorise même parfois un sourire sans se vouloir moqueur.
Décidément Sonatine reste un éditeur plein de ressources, j’ai été scotché du début à la fin, certes les brusques montées d’adrénaline n’étaient pas au programme, mais il n’empêche que j’ai pris énormément de plaisir à parcourir ce roman aussi étonnant qu’original.

[BOUQUINS] Maxime Chattam – La Patience Du Diable

M. Chattam - La Patience Du DiableIl est des auteurs pour lesquels je n’hésite pas à bousculer les priorités de mon Stock à Lire Numérique, Maxime Chattam fait partie de ces privilégiés. C’est donc tout naturellement que son dernier opus, La Patience Du Diable, s’est retrouvé en tête de peloton, le temps de boucler la lecture en cours et hop.
Un go-fast intercepté dans lequel la drogue a été remplacée par des fragments de chair humaine soigneusement découpés. Deux ados sans histoire qui font un carnage dans un TGV avant de se donner la mort. Et si un fil reliait ces deux affaires ; et si ce n’était que le début d’une nouvelle déferlante criminelle. Ludivine Vancker, lieutenant à la SR de Paris, et son équipe vont de nouveau se retrouver en première ligne face au Mal…
On retrouve donc le personnage de Ludivine Vancker et quelques autres croisés dans La Conjuration Primitive, sans être à proprement parler une suite, la présente intrigue se déroule 18 mois après l’affaire *e. Si vous n’accrochez pas au personnage il faudra bien vous faire une raison, Maxime Chattam a d’ores et déjà fait savoir que Ludivine serait au centre de plusieurs romans, il n’exclut d’ailleurs pas que sa route puisse de nouveau croiser celle de Joshua Brolin (ça s’est déjà fait à la fin du précédent opus). Pour ma part, ça me fait d’avantage baver d’impatience que fuir la queue entre les pattes…
Une fois de plus l’auteur nous invite à visiter les ténèbres de l’âme humaine, et qui de mieux pour nous guider dans ce dédale obscur que le maître des lieux, Satan ? Mais non rassurez vous Maxime Chattam ne nous offre pas un délire mystico-religieux mettant en scène le Diable (si Dieu a le droit à une majuscule il me semble légitime que son alter ego malfaisant bénéficie du même privilège). Il nous plonge dans le satanisme avec son lot d’illuminés persuadés de servir leur Maître ; sauf que dans le cas présent les illuminés en question sont de dangereux psychopathes. Et si le fameux Maître existait vraiment (je parle là d’une existence physique comme vous et moi, et non d’un concept spirituel) ? Au fil des pages on en vient à se poser la question.
Le fait que Maxime Chattam maîtrise les ficelles du genre n’est pas un scoop. Il le prouve encore une fois avec une intrigue parfaitement maitrisée, rythmée, glauque, macabre (très fort le coup du boucher) et pleine de rebondissements. Une intrigue parsemée de nombreuses morts brutales. Je suis sidéré par l’imagination de l’auteur quand il s’agit d’exécuter ses personnages, simple quidam ou élément clé, nul n’est à l’abri de la plume faucheuse du maître du jeu, pervers à souhait. Bref on est ferré dès les premières pages, tendu comme un string jusqu’au dénouement.
Depuis La Conjuration Primitive le personnage de Ludivine s’est endurci mais aussi renfermé, désormais profileuse (formée par Mikelis), elle est littéralement obsédée par son travail. Malgré tout elle reste un personnage plutôt attachant, sans doute parce que sa cuirasse cache une grande sensibilité et une âme tourmentée. Quoi qu’il en soit j’aurai plaisir à la retrouver aussi longtemps que l’auteur nous le proposera.
Comme souvent dans les séries ayant un même personnage central les romans peuvent se lire indépendamment mais je conseille toutefois de respecter l’ordre de parution afin de conserver intact le plaisir de la découverte (certains épisodes de La Conjuration Primitive sont remis sur le tapis). Pas vraiment une suite mais ce roman s’inscrit bel et bien dans la continuité du précédent, Maxime Chattam poursuit son décryptage du Mal, un Mal amplifié par l’effet de masse et plus accessible dans le monde d’aujourd’hui.

[BOUQUINS] Terry Hayes – Je Suis Pilgrim

T. Hayes - Je Suis PilgrimL’accueil unanimement enthousiaste reçu par ce bouquin a suffi à titiller ma curiosité, il était grand temps que je plonge mon nez dans c’te chose et m’en fasse ma propre idée. Ah oui, j’allais oublier, la chose en question s’appelle Je Suis Pilgrim et est signée Terry Hayes.
Pilgrim est le nom de code d’un ancien responsable de La Division, une agence de renseignement ultra secrète, aujourd’hui jeune retraité. Expert en criminologie et en médecine légale, il a écrit un ouvrage de référence sur le sujet. Appelé sur une scène de crime il ne tarde pas à apprendre que l’assassin, une femme, s’est inspirée de son livre pour commettre le crime parfait. Commence alors une traque dont il ne soupçonne ni l’ampleur, ni les enjeux…
Pas de mise en bouche, on entre directement dans le vif du sujet, à savoir une scène de crime particulièrement sordide. On peut alors légitimement s’attendre à une chasse à l’homme (ou plutôt à la femme) et tout ce qui va avec, que nenni ! Trop classique ! Au lieu de ça le narrateur, Pilgrim himself, nous fait partager ses souvenirs, ses missions au sein de La Division, et en freelance. Je suppose que vous vous demandez si Terry Hayes n’aurait pas fumé la moquette. Que nenni de nouveau ! Le gars sait exactement ce qu’il fait et nous mène là où il veut par le bout du nez. Non seulement les souvenirs de Pilgrim sont passionnants (et peuplés de grandes figures du terrorisme contemporain, tels que les sympathiques Mollah Omar et Ben Laden) mais en plus ils sont plus ou moins liés à cette fameuse scène de crime et au reste. Comment ? Et puis quoi encore ? Rien de rien, je ne dirai rien. Si ce n’est que l’auteur sait y faire pour rendre son bouquin hautement addictif !
Au niveau des personnages on suit un parallèle un tantinet manichéen entre la progression de Pilgrim (incarnation du Bien) et celle du Sarrasin (son alter égo du côté obscur). Deux hommes déterminés à arriver à leurs fins, on se doute que la rencontre sera explosive…
Plus les pages défilent et plus la chasse à l’homme se transforme en course contre la montre, tandis que le scénario apocalyptique imaginé par le Sarrasin se met en branle. Et nous brave lecteur égaré on pourrait presque sentir la tension devenir palpable, nos nerfs seront mis à rude épreuve ! Un pur régal !
Le bouquin est relativement épais (600 pages bien remplies) mais le découpage en chapitres courts et percutants (en plus d’une intrigue sans temps mort) permet une lecture fluide. Le page turner par excellence, on a toujours envie d’en savoir plus et on ne lâche le bouquin qu’à regrets (si je l’avais lu pendant mes congés je suis certain que j’en serai venu à bout en deux jours).
Terry Hayes,anglo-australien (il a la double nationalité), signe là un premier roman parfaitement maîtrisé. Il faut dire que notre homme sait manier la plume puisqu’il est aussi scénariste (et accessoirement producteur) pour le cinéma (on lui doit notamment les scénarios de Mad Max 2, Calme Blanc, Payback et From Hell pour ne citer que les blockbusters) et pour la télévision. C’est difficile à expliquer mais son roman se lit comme on pourrait voir un thriller au cinéma, pas de chichis ou de baratin inutiles, un style trés visuel pour happer directement le spectateur/lecteur. Ca peut plaire ou déplaire, pour ma part je vote pour un sans faute (hormis quelques fautes de la part du traducteur qui semble avoir certaines lacunes orthographiques et grammaticales).
Je ne suis pas un adepte des classements, mais incontestablement Je Suis Pilgrim restera pour moi un must de cette année littéraire 2014.

– Edit du 6 juin 2014 –
Après un échange aussi courtois qu’intéressant avec Sophie Bastide-Foltz, la traductrice du bouquin, je tiens à faire deux choses :
– Remercier les traducteurs et traductrices, c’est grâce à leur travail et à leur passion que l’on peut s’évader aussi souvent dans les pages d’un livre
– Renvoyer la faute sur les relecteurs et correcteurs, c’est leur boulot de corriger les éventuelles coquilles.
J’espère avoir bientôt l’occasion de laisser une professionnelle vous parler de son métier.

[BOUQUINS] Bernard Minier – Glacé

B. Minier - GlacéIl aura fallu un Book Club pour que je me lance enfin dans un roman de Bernard Minier, ses trois titres tournant autour du personnage de Martin Servaz autant commencer par le début. Place donc à ma chronique de Glacé.
Le commandant Martin Servaz de la SRPJ de Toulouse est appelé sur une scène de crime peu ordinaire. En effet la « victime » est un jeune pur-sang appartenant à un influent homme d’affaire de la région. Le cheval a été décapité, sa carcasse dépecée exhibée, à 2000 mètres d’altitude, sur le portique du téléphérique d’une centrale hydroélectrique appartenant au propriétaire…
Avant d’aller plus loin je tiens à préciser que ma présentation n’aborde qu’un aspect de l’intrigue. En parallèle à l’enquête de Servaz, on suit l’arrivée de Diane Berg, nouvellement embauchée comme psychologue au centre psychiatrique pénitentiaire du Dr Wargnier, un établissement proche de la scène de crime. Du coup forcément on peut supposer que tôt ou tard ces deux intrigues vont se télescoper.
Je vous rassure l’intrigue ne va pas tourner uniquement autour d’un canasson mort, l’auteur s’en sert comme d’une mise en bouche annonciatrice d’une affaire bien plus complexe que l’on pourrait le supposer. Bernard Minier sait y faire pour nous tenir en haleine, son arme n’est pas l’action mais plutôt l’ambiance et la tension psychologique. Il mène sa barque à son rythme, brouille parfois les pistes et ménage les imprévus.
L’autre force de l’auteur réside dans ses personnages, à commencer par Martin Servaz. La quarantaine, un brin hypocondriaque, empâté, maladroit et très mauvais tireur ; ce n’est pas vraiment un clone de l’inspecteur Harry, du coup on s’identifie plus facilement à lui et ses faiblesses nous le rendent encore plus sympathique. Le personnage le plus intrigant et le plus difficile à cerner est incontestablement Julian Hirtmann.
Le cadre, les Pyrénées au coeur de l’hiver, neige et brume, blanc et glacé, joue aussi beaucoup dans l’ambiance que l’auteur nous impose.
Ce qui m’a le plus frappé dans ce bouquin est le portrait sans concession, et visiblement bien documenté, de la prise en charge psychiatrique en France. Ca fait froid dans le dos.
Pour un premier roman l’auteur réussi un coup de maître, j’aurai beaucoup de plaisir à retrouver ses personnages dans les romans suivants, surtout s’ils sont du même gabarit que celui ci.
Petit bémol qui n’est peut être pas du fait de l’auteur, l’usage abusif des tirets demi-cadratins, notamment dans les dialogues, alors que de simples virgules auraient été plus adaptées d’un point de vue typographique. Idem avec une multiplication pas forcément souhaitable des mots en majuscules, là encore c’est surtout dans les dialogues que le bât blesse.

[BOUQUINS] Mallock – Les Visages De Dieu

Mallock - Les Visages De DieuJe ferai mon deuil d’une intégrale Mallock dans ma bibliothèque numérique, mais pas question par contre de faire l’impasse sur les débuts littéraires des Mallock. J’ai donc commandé cette réédition chez Pocket de la première enquête littéraire de celui qui est en passe de devenir mon commissaire préféré, Les Visages De Dieu et je n’ai pu résister à l’envie de me plonger dans sa lecture à peine la chose réceptionnée.
Un tueur en série particulièrement barbare sévit dans Paris, l’enquête piétine tandis que les crimes s’enchaînent. Le dossier est confié au commissaire Mallock et à son équipe. Ils vont tout reprendre à zéro afin de mettre fin aux agissement du tueur, mais celui-ci a l’art de brouiller les pistes…
Je m’attendais à découvrir le premier coup d’éclat du grand Mallock mais en fait au début du roman il est déjà quasiment une légende du 36. Une légende déjà blessée par ses drames personnels. Bref on retrouve l’ours Mallock tel qu’on le connait déjà. Ma foi ce n’est pas pour me déplaire, c’est une valeur sure !
Du coup si on retrouve notre Mallock tel qu’on l’a quitté (ou presque), rien d’étonnant  ce que les habitués soient aussi de la partie, qu’il s’agisse de son équipe du Fort (impliquée dès le départ dans l’affaire du Maquilleur) ou de ses amis, Mordome, le légiste, Léon, le libraire et bien entendu Margot, sa dame de coeur.
Sans surprise on retrouve aussi la plume affutée et fleurie de Mallock, l’auteur. C’est toujours un régal de le lire, d’autant que, une fois de plus, il nous offre une intrigue pas piquée des hannetons avec un tueur en série particulièrement retors. Et cette fois pas de coupable désigné, au contraire l’objectif premier de la Mallock Team est d’identifier leur adversaire.
Une fois de plus Mallock  nous offre un thriller haut de gamme, peut être pas aussi immersif que les deux derniers mais ça reste du lourd. Je ne epux pas vraiment expliquer ce ressenti alors je dirai simplement que notre ami Mallock est comme un grand cru classé, il se bonifie avec le temps.
Pour l’anecdote cette édition, parue chez Pocket en février 2014, est la troisième édition du roman, une version finale remaniée et complétée (plus du double de page par rapport à la première édition parue en 1999). Initialement il s’agissait de la seconde Chronique Barbare de Mallock mais visiblement l’auteur a décidé de modifier le cours des choses à l’occasion de cette réédition. La première Chronique Barbare, Le Massacre Des Innocents, se retrouvera donc chronologiquement décalée en seconde position (sortie prévue chez Pocket en octobre 2014 ; j’y serai !). Compliqué n’est-il point ? J’ai totale confiance en l’auteur pour que ce remaniement (non ministériel) passe comme une lettre à la poste (dans le cas contraire je ne manquerai pas de râler).
Dites m’sieur Mallock, est-ce-qu’un jour vous nous ferez partager les permiers pas de Mallock au 36 ? Ou au moins la ou les affaires qui lui ont permis d’atteindre la norotiété qu’on lui connait ? Notamment cette fameuse affaire du NAP qui a expédié notre ours préféré de l’autre côté de l’Atlantique…