[BOUQUINS] Dan Smith – Le Village

D. Smith - Le VillageDifficile de ne pas succomber à l’appel des nouveautés quand il s’agit de piocher notre prochaine lecture, du coup les titres les plus anciens s’enfoncent encore un peu d’avantage dans les méandres de la PàL, jusqu’à disparaître dans les limbes de l’oubli. Heureusement de temps en temps une lecture commune permet à ces bouquins, injustement oubliés, de refaire surface. C’est ainsi que Le Village de Dan Smith a pu retrouver le chemin vers la lumière et arriver entre mes mains.
Hiver 1930. Vyriv, Ukraine. Lors d’une sortie chasse, Luka, un vétéran de la guerre civile russe, et ses deux fils tombent sur un homme à l’agonie, dans le chariot de l’homme deux enfants, morts, assassinés. Luka décide de venir en aide à l’homme, mais l’arrivée de cet étranger et des deux enfants morts dans le village ne va pas être sans conséquence au sein d’une communauté déjà menacée par l’arrivée imminente de l’Armée Rouge…
Avant de rentrer dans le coeur du sujet il me semble important de bien situer le contexte historique. Staline est aux commandes de la Russie, il impose sa vision d’un communisme déshumanisé, multipliant les chasses à l’homme pour X raison (opposants politiques, poètes, curés, intellectuels, propriétaires terriens… tout file dans le même goulag) et sa politique de collectivisation à tout bout de champs. Ceux qui vivent, ou plutôt survivent, dans les zones encore épargnées par sa tyrannie dévastatrice, savent que chaque jour les rapproche de l’inéluctable purge menée par ses troupes. Bref le climat idéal pour que la paranoïa règne sans partage.Et dire que aujourd’hui certains ukrainiens sont nostalgiques de la Russie, il doit vraiment leur manquer des neurones, à moins qu’ils n’aient abusé de vodka frelatée… C’est un peu comme si des polonais se mettaient à regretter l’Allemagne nazie.
Ensuite le décor joue aussi un rôle primordiale, l’hiver au fin fond de l’Ukraine c’est limite décor post apocalyptique tellement la nature est hostile. Bin oui n’allez pas croire que tout le bouquin se passe dans le village, assis au coin du feu… que nenni, direction la steppe enneigée pour une chasse à l’homme pour le moins éprouvante et riche en rebondissements..
Du coup forcément dans un contexte et un environnement pareil il n’y a pas d’autres choix que de s’endurcir pour survivre, Luka l’explique d’ailleurs fort justement à l’un de ses fils : « Les faibles femmes, chez nous, ça n’existe pas. Quant aux hommes d’ici, ils sont capables de transformer leur cœur en pierre. » Et en effet les personnages qui peuplent ce récit ne sont pas des pieds tendres, Luka n’échappe pas à la règle, il peut parfois se montrer dur même s’il essaye de rester humain et juste, en prise permanente avec son passé de soldat et les souvenirs qui le hantent.
Au cours de la traque chacun devient tour à tour chasseur et proie, mûs par une même détermination, survivre… et éliminer l’autre. Chaque fois qu’une embellie semble vouloir se pointer, c’est un autre cauchemar qui commence pour Luka.
Le choix d’un récit à la première personne nous plonge encore plus intensément au coeur de l’intrigue. Il faut dire que l’auteur n’y va pas de mains mortes quand il s’agit de jouer avec nos nerfs et nos émotions. Il m’a fallu un peu de temps pour entrer pleinement dans l’intrigue (on va dire les cinq premiers chapitres, sur les trente six que compte le bouquin) mais une fois ferré je n’ai lâché temporairement le bouquin qu’à regrets, n’ayant qu’un hâte : y retourner au plus vite.
Le Village (titre original The Child Thief) est le premier roman de Dan Smith traduit en français, un subtil mélange entre thriller, roman noir et roman historique hautement addictif. J’espère que ses autres titres seront bientôt disponibles en français, inutile de préciser qu’après un tel coup de coeur ma curiosité en alerte rouge…

[BOUQUINS] David S. Khara – Les Vestiges De L’Aube

D. Khara - Les Vestiges De L'AubeUne petite plongée dans les tréfonds du Stock à Lire Numérique histoire de remonter à la surface un des nombreux titres injustement oubliés. Au programme du moment, Les Vestiges De L’Aube de David S. Khara.
Barry Donovan, flic au NYPD, n’est plus que l’ombre de lui même depuis qu’il a perdu sa femme et sa fille dans les attentats du 11 septembre 2001. Pour couronner le tout il se voit confier une enquête qui s’annonce aussi complexe que délicate. Seules ses conversations virtuelles avec Werner Von Lowinsky, un mystérieux aristocrate, semblent à même de lui apporter un apaisement bienvenu…
Depuis le départ l’auteur avait annoncé son intention de faire une trilogie autour du personnage de Werner Von Lowinsky, et c’est justement la sortie récente du second opus, Une Nuit Eternelle, qui m’a motivé à me lancer dans ce roman.
Avant d’entrer dans le vif du sujet j’aimerai faire une petite parenthèse sur le parcours de ce bouquin. Il s’agit du premier roman de David S. Khara, bien qu’écrit en 2001 il lui faudra attendre 2010 avant d’être publié (chez Rivière Blanche). Une nouvelle version sortira en 2011 chez Michel Lafon avec six chapitres inédits et cinq complètement remaniés. Pour un bouquin de 246 pages et 34 chapitres (dans sa version 2011), ça représente un sacré boulot de réécriture.
L’auteur nous offre un thriller fantastique, et ce à plus d’un titre. D’une part parce que Werner est un vampire (ce n’est pas un scoop, il nous l’apprend dans les premières pages du roman), ce qui donne à David S. Khara tout loisir de revisiter le mythe tout en lui restant fidèle dans les grandes lignes (bien que pas foncièrement mauvais, Werner ne donne pas dans la guimauve non plus). D’autre part parce que l’intrigue est en béton armé, construite autour de l’enquête de Barry mais aussi autour de l’amitié entre les deux hommes. Je pourrai ajouter la construction même du roman qui alterne les passages écrits à la troisième personne lorsque Barry est au centre de l’intrigue et ceux rédigés à la première personne, qui nous font vivre les faits à travers le regard (et les pensées) de Werner.
Pour un auteur français, vivant en France, David S. Khara parvient à rendre parfaitement crédible sa vision de Manhattan post 11 septembre ; une ville et ses habitants encore blessés, qui cicatrisent lentement mais sûrement. Et ce n’est pas là le seul aspect historique du roman, par le biais de Werner la Guerre de Sécession est largement abordée. On devine un important travail de documentation parfaitement imbriqué dans l’intrigue.
Enfin, en si peu de pages, l’auteur aborde un nombre impressionnants de thèmes qu’ils soient humains (la solitude, le deuil, l’amitié) ou sociétaux (le plus important étant certainement la dualité entre la Loi et la Justice).
Il ne me reste plus qu’à enchaîner avec Une Nuit Eternelle, ce que je compte faire sans tarder. Mais avant cela je vous offre en bonus la couv’ de la version 2010 des Vestiges De L’Aube.

Les Vestiges De L'Aube (2010)

[BOUQUINS] Karine Giebel – Satan Etait Un Ange

K. Giebel - Satan Etait Un AngeRetour à des romans plus consistants (en terme d’épaisseur) même si le dernier opus de Karine Giebel, Satan Etait Un Ange, est loin d’être un pavé.
Une fois n’est pas coutume je vais vous proposer un extrait de la quatrième de couv’. Dans la même voiture, sur une même route, deux hommes que tout semble opposer et qui pourtant fuient ensemble leurs destins différents. Rouler droit devant, admirer la mer. Faire ce qu’ils n’ont jamais fait. Vivre des choses insensées. Vivre surtout…
C’est le troisième roman de Karine Giebel que je lis et, pour le moment, non seulement je n’ai jamais été déçu mais elle a su à chaque fois me surprendre en jouant sur différents registres du thriller. En l’occurrence l’intrigue est presque secondaire dans ce roman, c’est le côté intimiste qui prime sur l’action, la relation improbable, voire impossible, dans un autre contexte entre deux individus que tout oppose (l’auteure parle fort justement d’un « couple insolite, formé par l’errance, la douleur« ).
Comme le roman repose sur les épaules de ses deux héros qui sont tout sauf héroïques, lui donner une véritable profondeur psychologique était primordial pour en assurer la crédibilité. Karine Giebel relève haut la main le challenge, elle parvient à rendre ses personnages crédibles au point d’en devenir presque palpables.
D’un côté on a François, à l’aube de la cinquantaine il a la vie dont il toujours rêvé, jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il souffre d’une tumeur au cerveau inopérable. Condamné à court terme, il décide de tout quitter le temps de faire le point, résigné, effrayé. Fuir un funeste destin qu’il sait inéluctable.
De l’autre Paul, à peine 20 ans, peut être un peu plus. Lui aussi fuit mais l’auteure distille des infos sur son compte au compte gouttes. Parfois on a enviez de lui foutre des baffes (à Paul pas à Karine Giebel) mais à la lumière de son parcours on comprend mieux.
Mais ce roman n’est pas que psychologique, on a bel et bien une intrigue digne d’un thriller en toile de fond. Une intrigue dont on découvre toute la mesure au fil des chapitres. Une intrigue noire à souhait qui, presque malgré nous, nous tiendra en haleine jusqu’au clap de fin.
Le style de l’auteure fait de ce roman un vrai régal à lire, sans doute pas un thriller qui mettra vos nerfs à rude épreuve mais une belle histoire d’amitié qui fait du bien là où elle passe. On prend un véritable plaisir à partager tour à tour les pensées de François et de Paul.
Sans être clairement situé dans le temps on peut, sans se méprendre, situer l’intrigue vers la fin des années 90, début du vingt et unième siècle. Le franc est encore de rigueur et ça clope à tout va…

[BOUQUINS] Muriel Houri – Menace

M. Houri - MenaceEncore un titre qui titillait ma curiosité et un éditeur que je m’étais promis de découvrir, l’occasion de faire d’une pierre deux coups. Place donc à ma chronique de Menace, un thriller signé Muriel Houri.
Entre Léo et Thomas, un père veuf depuis deux ans et son fils de douze ans, les relations oscillent entre compliquées et franchement tendues. Léo espère que ces vacances en compagnie d’Esther, sa compagne depuis peu, et Morgane, la fille de cette dernière, permettront d’apaiser les tensions.
Ah que voilà un bouquin qui justifie pleinement son titre. Dès les premières pages on sent une espèce de menace latente, au fil des chapitres ladite menace se précise, se fait même de plus en plus présente, de plus en plus pesante. Et nous on jubile en même tant qu’on stresse !
Ce thriller peut se vanter d’avoir une énorme dimension psychologique. On vit l’intrigue tour à tour à travers le personnage de Léo et celui de Thomas. Des personnalités bien trempées, usées jusqu’à la moelle par les non-dits et les secrets dont on partage le ressenti. Esther et Morgane font plus figure d’acteurs, elles sont bel et bien présentes mais presque en arrière plan, elle n’existent que par Léo et Thomas.
Puis il y a ce mystérieux voisin (dont on devine l’identité avant que l’auteur ne nous mette sur la voie), lui aussi nous fait vivre l’intrigue via son esprit tourmenté. Il deviendra rapidement le principal instigateur de la menace qui plane sur nos « braves » vacanciers.
Il n’y a que dans les derniers chapitres que le rythme s’accélère brutalement, avant la tension est purement psychologique, tout se joue sur les relations entre les protagonistes.
La plume de l’auteure est redoutablement efficace quand il s’agit de jouer avec nos nerfs. Histoire d’en rajouter une couche, les chapitres commencent par un indicateur de menace qui va crescendo (de 4 à 100%). Franchement une fois pris par ce bouquin vous ne pourrez plus le lâcher avant la fin. Et quelle fin ! Génialissime tout simplement.
J’aurai difficilement pu trouver mieux pour découvrir l’éditeur Flamant Noir, il va sérieusement falloir que je me penche sur les autres titres de son catalogue…

[BOUQUINS] Frédéric Gynsterblom – Help Me

F. Gynsterblom - Help MeAu menu du jour un invité surprise dont je ne connaissais ni l’auteur, ni le bouquin ; je me suis laissé tenter par, dans l’ordre, un coup de coeur d’un contact Facebook, une couv’ sur laquelle j’ai tout de suite flashé (une femme prostrée au premier plan, dans l’ombre, en arrière plan, une ombre menaçante) et un pitch attrayant. La chose s’appelle Help Me et est signée Frédéric Gynsterblom.
Sabine Ferrière est enquêtrice pour une fondation privée s’étant donné pour objectif de neutraliser les pires tueurs en série. En se lançant dans une nouvelle enquête qui toucche de près la Fondation, la jeune femme va devoir replonger dans les ténèbres de son propre passé…
Petite info pratique pour commencer, il semblerait que le titre ne soit désormais disponible que via un achat en ligne sur le site Lulu.com, vous aurez le choix entre une version brochée (15 €) et une version numérique (3,50 €) ; j’ai tout naturellement opté pour cette seconde option, et pas seulement en raison du prix nettement plus avantageux…
Vous aurez alors entre les mains un roman relativement court (160 pages), un thriller horrifique mâtiné de fantastique. Le mix est plutôt habile mais je préfère prévenir, certains lecteurs n’apprécient pas trop ce qui sort des sentiers battus…
Même si les premières pages peuvent sembler confuses de prime abord, elles parviennent à ferrer le lecteur rapidement. Peu à peu les choses se mettent en place, entre présent, souvenirs et cauchemars. Plus les pages défilent et plus on est accro ! Pour tout vous dire j’ai lu le bouquin quasiment d’une traite, pas moyen de le lâcher avant d’avoir le fin mot de l’histoire. Il aurait peut être gagné à être plus étoffé par endroits mais l’auteur a préféré jouer la carte du rythme, et il a réussi son pari haut la main.
Le personnage de Sabine est de loin le plus travaillé, il faut dire que ses séquelles psychologiques et physiques laissent de la marge à l’auteur. Parfois au détriment des autres personnages de l’intrigue (ce qui est quelque peu redondant avec ma remarque précédente concernant le nombre de pages). J’ai notamment regretté que la Fondation Carver ne soit pas d’avantage exploitée, Sabine ayant tendance à bosser en solo. Il y a, avec cette Fondation, un potentiel pour une ou plusieurs suites…
Si l’intrigue n’est pas clairement située géographiquement l’auteur quant à lui est un pur produit francophone puisqu’il nous vient de Belgique. Encore un gars que je compte suivre de près.
Tout n’est peut être pas parfait mais il n’en reste pas moins que je me suis régalé en lisant ce bouquin. Une dernière remarque avant de vous laisser vaquer vos occupations : âmes sensibles s’abstenir, même si les scènes de violence ne sont pas forcément décrites par le menu on en mesure aisément toute l’horreur.
Petite parenthèse pour les maniaques du code dans les fichiers epub, je n’ai pas pris le temps de le faire mais il me semble que celui peut être fortement allégé par quelques retouches via Sigil. Je me pencherai sur la question un de ces jours… peut être…

[BOUQUINS] Mallock – Le Massacre Des Innocents

Mallock - Le Massacre Des InnocentsAu chapitre des valeurs sures je peux placer les Mallock (l’auteur et son commissaire homonyme), aussi en ouvrant cette seconde Chronique Barbare, Le Massacre Des Innocents, j’avais la certitude que j’aurai le droit a du costaud.
Un peu partout en France les scènes de crime se multiplient, des individus sans histoires semblent pris d’une soudaine folie meurtrière. Actes isolés ou complot de grande envergure ? Terrorisme, sectes, attaques virales ? Aucune piste n’est négligée par Mallock et son équipe. Difficile d’aller de l’avant quand rien ne semble lier les différents massacres, et pire encore, la situation s’aggrave de jour en jour…
Autant vous le dire de suite l’ami Mallock nous livre une intrigue qui pourrait faire rougir les plus grands auteurs de thrillers. A vrai dire au début j’ai crains que la situation n’échappe à l’auteur qui nous offrirait alors une pirouette abracadabrante comme porte de sortie. Que nenni ! Désolé d’avoir douté du talent pourtant jamais démenti de Mallock. Au contraire l’auteur nous livre « son » enquête la plus richement documentée (avec tout de même quelques inspirations mallockiennes çà et là), on croirait avoir un roman de Maxime Chattam entre les mains. Une comparaison pas totalement fortuite de ma part, comme Maxime Chattam, Mallock réussit à diluer des informations techniques et scientifiques sans jamais être saoulant ou didactique à l’excès. D’ailleurs me direz-vous, une épidémie criminelle n’est pas sans rappeler La Conjuration Primitive de Chattam. Certes… mais la comparaison s’arrête là, tout simplement.
N’oublions pas la griffe Mallock qui vient sublimer une intrigue déjà promise au firmament, une plume unique en son genre. Une plume qui va à l’essentiel mais sur un ton presque chantant, une écriture qui parviendrait presque à rendre poétique la plus sordide des scènes de crime (en l’occurrence on est servi, son Diable Rouge est un pervers de la pire espèce qui laissera bon nombre de macchabées dans son sillage). Une plume qui parvient nous faire sourire même quand tout fout le camps.
Autre force de Mallock (le flic cette fois), son équipe de choc, son Fort, son groupe de sang ! Un Mallock sans ses fidèles lieutenants c’est un peu comme une bière sans mousse… et servie tiède qui plus est ! On retrouve avec plaisir cette relation quasi fusionnelle qui les unit (pourtant dans le genre patron exigeant, voire plus si affinités, le Mallock atteint des sommets).
Autre point commun aux enquêtes de Mallock, Mallock himself ! Dis comme ça ça peut paraitre soit évident, soit inutile (voire complètement con), mais chaque Chronique Barbare de l’auteur est l’occasion de plonger un peu plus profondément dans l’âme de son commissaire préféré. Un gars tout en paradoxes, un ours au grand coeur qui a bien du mal à cohabiter avec lui même. Et cette faiblesse, masquée sous une rudesse implacable, contribue grandement au charme du personnage.
Enfin, même si ça se situe en arrière plan de l’intrigue générale, chaque chronique nous offre une escapade gastronomique. On a en effet le droit dans chacune au moins une recette détaillée d’un plat que se mitonne le commissaire. Et il fait dans la cuisine gourmande, pas dans le hautement diététique macrobiotique insipide mais dans la cuisine des terroirs, celle qui affole nos papilles !
Une Chronique Barbare en compagnie des Mallock est une expérience unique avec un point commun : la certitude de se régaler. Cette seconde enquête ne fait que renforcer ma certitude. Pour l’anecdote je conseillerai de lire ses fameuses Chroniques Barbares dans l’ordre chronologique des intrigues, d’abord les deux versions poche publiées par Pocket, puis les deux titres diffusées par Fleuve Editions… Quant à moi, il va falloir que e me fasse une raison, les aventures numériques de Mallock commenceront à la troisième enquête… à moins de tomber sur des versions numériques artisanales au fil de mes errances…

[BOUQUINS] Jérôme Camut & Nathalie Hug – Le Sourire Des Pendus (W3 – T01)

Eurekaaa ! J’ai vaincu ma PàL papier… Bon OK je n’ai que peu de mérites vu que je n’achète quasiment que des numériques depuis belle lurette, sauf exceptions : titre non dispo en numérique, format poche (si condition 1 remplie et édition poche dispo) et visite trimestrielle à France Loisirs (en faisant en sorte que la condition 1 soit remplie mais pas la condition 2). Un achat papier demande désormais une longue réflexion et un travail de fouilles presque archéologiques !!!

J. Camut & N. Hug - Le Sourire Des PendusLe petit dernier du moment (jusqu’à la prochaine vague) est donc W3 : Le Sourire Des Pendus, écrit à quatre mains par Jérôme Camut et Nathalie Hug. Tant qu’à faire j’ai gardé le meilleur pour la fin… Et je doute de m’être trompé sur ce choix.
Quel est le point commun entre l’assassinat d’un avocat sulfureux dix ans plus tôt, la disparition de la journaliste Lara Mendès et ce qui semble être un triple suicide familial par pendaison ? De prime abord aucun, mais en fouinant sous la surface il s’avère que ces trois affaires gravitent autour du monde du porno underground…
Les CamHug ont su reconquérir mon coeur avec le très réussi Murs de Sang, je comptais sur ce nouveau titre pour confirmer la tendance. A vrai dire je m’attendais même à du lourd au vu des réactions enthousiastes lues çà et là (c’est toujours un risque de déception de placer la barre de ses attentes très haut). Avant d’aller plus avant dans cette chronique je vais lever le voile sur ma réaction globale : du lourd je voulais, du lourd j’ai eu et même plus encore !
Histoire de brouiller les pistes (sans jamais embrouiller le lecteur) l’intrigue principale se divise en une multitude d’intrigues secondaires (un peu comme si vous laissiez tomber une bille de mercure sur votre bureau), les liens entre elles ne sont pas toujours évident à deviner mais tout finit par se mettre en place naturellement.
Ajoutez à cela une impressionnante galerie de personnages tous parfaitement travaillés (j’ai un faible pour Léon Castel, allez savoir pourquoi). Là encore chacun commence dans sa case puis empiète peu à peu sur les plates bandes des autres ; une fois encore les auteurs savent s’y prendre pour que tout passe comme une lettre à la poste sans anicroches.
Le pavé est épais (750 pages) mais découpé en chapitres courts qui sautent souvent d’une situation à une autre. Les auteurs ont opté pour une écriture d’une remarquable fluidité, le bouquin se lit tout seul (si je n’avais pas eu un emploi du temps de folie je l’aurai sans doute bouclé en deux ou trois jours).
Sous couvert de leur intrigue glauque à souhait les CamHug nous invitent à plonger dans un univers tout aussi malsain et dérangeant : celui des Snuff Movies. Même si le bouquin n’est pas aussi cash que La Promesse Des Ténèbres de Maxime Chattam, il reste toutefois à déconseiller aux âmes sensibles. C’est aussi l’occasion pour les auteurs, du moins à travers leurs personnages, de porter un regard acéré sur la socièté en général (si le snuff existe c’est qu’il y a une demande, idem pour la prostitution enfantine), la justice (aveugle et parfois trop laxiste et procédurière) et les médias (des charognards qui ne jurent que par leur audience)…
Si comme moi vous vous demandez ce qu’est ce fameux W3, évitez de lire la quatrième de couv’ trop bavarde pour conserver intact le mystère. Ce sera mon seul bémol, le résumé donne un indice qui casse l’effet de surprise (mais je n’en dirai pas plus).
Ah si j’ai un autre bémol… Je veux la suite !!! En fait quand vous refermerez le bouquin vous aurez le sentiment de n’avoir lu qu’une mise en bouche de ce que les auteurs nous réservent pour la suite (voire les suites, plus probablement). Sur ce point aussi je les attends au tournant, le premier volet des Voies de l’Ombre m’avait laissé sur le cul mais lors des trois suivants le soufflé est tombé, lentement mais sûrement. Toutefois je pars confiant, ce premier opus ouvre les portes à un incroyable potentiel et surtout il y a encore tant de questions restées sans réponse (je pense notamment au cas de Ilya Kalinine)… Verdict dans les prochains mois.

Une descente à France Loisirs est prévue dans les prochains jours, de quoi redonner des couleurs à ma PàL… Mais avant tout : priorité absolue à Mallock et son Massacre des Innocents !

[BOUQUINS] Bill Loehfelm – Face Au Mal

B. Loehfelm - Face Au MalMa PàL papier diminue aussi vite que mon Stock à Lire Numérique augmente, ça me donne l’occasion d’aller piocher dans les achats France Loisirs laissés (à tort ou à raison ?) en stand-by. C’est donc au tour de Face Au Mal de Bill Loehfelm de passer sur le grill.
Maureen, serveuse dans un club de Staten Island, surprend à la fin de son service son patron et Frank Sebastian, un politicien qui a le vent en poupe, dans une situation plus que compromettante. Le lendemain elle apprend que son boss est mort dans des circonstances louches. Quand des gros bras de Sebastian débarquent chez elle, elle réalise alors qu’elle est la prochaine sur la liste. Sur qui peut elle vraiment compter face à un ennemi aussi puissant que Sebastian ?
Encore une avant-première France Loisirs, mais depuis le temps qu’il prend la poussière dans ma PàL je suppose que le bouquin est dispo en librairie depuis un moment. Quoi qu’il en soit autant jouer cartes sur table d’entrée de jeu : ce bouquin n’a rien d’exceptionnel, si vous le ratez vous ne perdrez pas grand chose…
L’intrigue me semblait prometteuse, quoique relativement classique, mais son traitement manque cruellement de profondeur et de surprises. L’auteur arrive à nous donner l’envie de connaître le fin mot de l’histoire mais sans plus.
Les personnages sont creux et ridiculement manichéens (à peut être celui de l’inspecteur Waters, le seul qui ait un semblant de consistance). Sebastian est l’archétype du méchant pas beau de série B, sadique, pervers, sûr de lui, ambitieux… au point d’en devenir stupide. Le pire dans l’affaire reste le personnage de Maureen, alors qu’elle aurait mérité le plus d’attention de la part de l’auteur (après tout c’est son perso principal), tout en elle sonne creux, on frôle le trou noir. Difficile d’avoir une quelconque empathie pour une palourde échouée sur le sable chaud à marée basse…
C’est le troisième roman de Bill Loehfelm et le premier traduit en français, on ne peut pas vraiment dire que la mise en bouche soit une réussite. Pas certain d’avoir envie d’aller en avant dans l’univers littéraire de l’auteur. On ne peut pas viser juste à tous les coups… Heureusement les top sont plus fréquents que les flop !

[BOUQUINS] Maud Mayeras – Reflex

M. Mayeras - ReflexEncore un bouquin qui doit son arrivée dans ma bibliothèque à la blogosphère, je ne connaissais pas l’auteure (dont c’est le second roman) et la couv’ ne m’attirait pas plus que ça ; je serai certainement passé à côté de Reflex de Maud Mayeras sans lui accorder un regard… C’était sans compter sur la multitude des tentateurs qui sévissent sur le Net, ils savent se montrer très persuasifs face à l’innocent et fragile lecteur que je suis !
Iris Baudry est photographe à l’identité judiciaire, elle se plonge corps et âme dans son boulot pour essayer de vivre avec la mort de son fils, assassiné onze ans plus tôt. Appelée sur une scène de crime, il lui semble reconnaître le mode opératoire de l’assassin de son fils…
Avertissement : lire ce bouquin demande une bonne dose de masochisme ! Il faut en effet aimer en prendre plein la gueule, Maud Mayeras n’économise pas les coups et sait taper là où ça fait mal. Vous sortirez de Reflex comme un pantin désarticulé, KO technique assuré !
D’un autre côté je ne peux pas dire que je n’avais pas été prévenu, le mot qui revient le plus souvent sur la blogosphère autour de ce bouquin est uppercut. Sauf que l’uppercut en question vous est prodigué par Mjöllnir¹, et qu’il reviendra souvent vous fracasser la pointe du menton.
Le bouquin nous propose de suivre deux intrigues qui, de prime abord, ne semblent pas avoir grand chose en commun (même si on se doute bien qu’il y a anguille sous roche). D’un côté on suit le parcours (et les souvenirs) d’Iris de nos jours (écrit à la première personne). De l’autre on fait la connaissance de Julie, une gamine de douze ans qui se fait violer en septembre 1919 et les conséquences que cela aura (vu de l’extérieur). Si vous découvrez le fil rouge alors là je vous tire mon chapeau !
Le rapport de la mère à l’enfant est omniprésent dans le bouquin. Qu’il s’agisse d’Iris, qui tente, tant bien que mal, de combler la mort de son fils par une totale immersion dans un boulot plutôt glauque (« Pour oublier son rire, j’ai tenté de comprendre ceux qui avaient cherché à l’effacer. Pour oublier son visage, j’en ai cherché d’autres plus abîmés. Pour oublier la douceur de sa peau, je me suis entourée de corps froids. Et pour oublier son odeur, j’ai choisi la puanteur de la mort.« ). Ou encore de la haine (et il y a de quoi la haïr cette vielle garce aigrie) qu’éprouve Iris pour sa mère (« Je n’ai jamais aimé ma mère. Cette façon qu’elle avait de vous humilier, de vous faire mal sans que jamais personne d’autre que vous ne le remarque. (…) Je l’ai détestée si fort, j’ai entretenu ma haine, je l’ai toujours bien nourrie pour qu’elle ne faiblisse pas, qu’elle ne s’éteigne pas.« ). Même dans la partie du récit qui se déroule dans le passé ce thème revient à plusieurs reprises et sous divers aspects que je vous laisse découvrir (et oui je n’envisage pas que vous puissiez avoir envie de passer votre chemin).
N’espérez pas un thriller qui dézingue du méchant (et un ou deux gentils çà et là) à tout va, on flirte d’avantage avec les normes du roman noir. C’est le style de l’auteure qui auréole ce bouquin d’une véritable aura de puissance, il vous bouffe de l’intérieur et vous en redemandez, encore et encore. Maud Mayereas aurait-elle inventé le roman succube (ou incube pour la gente féminine) ?
Si l’aspect investigation de l’intrigue n’est pas omniprésent je peux toutefois vous assurer que l’on ne s’ennuie pas une minute au fil des pages et qu’il n’y a ni longueurs, ni bla-bla inutile. Maud Mayeras va capter votre attention dès les premières pages, vous serez alors sous le charme de son écriture, entre hypnose et transe au fur et à mesure que la tension monte, jusqu’au coup de grâce final qui s’étire, faisant table rase de vos certitudes et hypothèses pour vous laisser sur le cul, la gueule figée dans un sourire béat.
Le personnage d’Iris ne fait pas vraiment penser à l’inspecteur Harry, non seulement elle n’est pas flic, mais en plus elle ne porte pas d’arme. Ajoutez à cela un léger complexe à s’exprimer lié à son bégaiement. Mais n’imaginez pas pour autant une frêle et fragile nana, elle puise sa force dans sa détermination à découvrir la vérité au sujet de la mort de son fils (ce qui l’aménera à déterrer bien d’autres secrets). Iris ne manque pas de caractère et n’aime pas grand chose (de nombreux chapitres commencent par Je n’aime pas…) mais cela ne l’empêche de dégager une incroyable humanité, du coup on s’y attache et on partage encore plus intensément ses émotions…
Un petit bémol ? Bon allez puisque vous insister. Rien à redire au niveau du bouquin à proprement parler, mille merci à Maud Mayeras pour cette lecture d’une rare intensité. En fait le bémol s’adresse plutôt aux éditions Anne Carrière qui semblent bouder le numérique, j’aurai bien vu Reflex bien au chaud dans ma liseuse.
En fin de bouquin l’auteure nous propose une bande originale, sans doute pour accompagner la lecture, même si en général je préfère lire dans ma bulle, entouré par le silence, je suis convaincu que s’il y avait eu de la musique autour de moi pendant que je lisais Reflex, je ne l’aurai pas entendue. J’ai été totalement absorbé par ce bouquin, la bulle est devenue le plus imperméable des bunkers.

¹ Mais qui est donc ce Mjöllnir ? Ou plutôt qu’est-ce donc ? Si vous avez répondu sans hésitation à cette question et sans passer par la case Google, alors vous êtes soit un passioné de mythologie nordique, soit un expert dans les super-héros de Marvel. Le rapport entre ces deux univers ? Thor et son fameux marteau à manche court, ustensile qui répond au doux nom de Mjöllnir. Comment ça je m’égare ? Et alors c’est bien un parking ici, non ?

[BOUQUINS] JC Hutchins & Jordan Weisman – Chambre 507

Hutchins & Weisman - Chambre 507Il aura suffi de quelques critiques plutôt enthousiastes pour que je chamboule mon programme de lecture (OK j’avoue que ledit programme repose sur des bases mouvantes, pour ne pas dire franchement instables), poussant ainsi en avant un petit nouveau de mon Stock à Lire Numérique : Chambre 507, un thriller écrit à quatre mains par JC Hutchins et Jordan Weisman.
Zach Taylor est art-thérapeute à Brinkvale, un sinistre institut psychiatrique qui héberge les pires psychopathes. Il se voit confier l’expertise psychiatrique de Martin Grace, accusé de douze meurtres et aveugle depuis deux ans (ce qui coïncide avec la fin des crimes). L’accusation repose exclusivement sur le fait qu’il avait prévenu les victimes avant leur mort sans lésiner sur les détails. Alors, innocent clairvoyant ou coupable machiavélique ?
Brinkvale, Long Island (NY) ? Un petit coin de paradis : « L’ins­ti­tut psy­chia­trique Brinkvale n’avait pas été bâti au-des­sus de la car­rière, mais de­dans. Neuf étages de folie furieuse, à hur­ler, à s’en faire bouillir la cer­velle, em­pi­lés dans la roche sur soixante mètres de hauteur. »
Ses résidents ? Que du beau monde : « Mais en 1875, le trou en ques­tion re­tint l’in­té­rêt d’alié­nistes dé­bor­dés qui cher­chaient un lieu tran­quille, caché aux re­gards du pu­blic, où abriter la po­pu­la­tion crois­sante des fous cri­mi­nels qui sé­vis­saient en ville. Des pa­tients soit trop at­teints pour la pri­son, soit trop dan­ge­reux pour les mo­destes asiles mu­ni­ci­paux. Car en fin de compte, même les can­ni­bales, les vio­leurs en série, les né­cro­philes, les bu­veurs de sang, les schi­zoïdes ul­tra­vio­lents et les gou­rous cha­ris­ma­tiques doivent bien dor­mir quelque part. »
Bon maintenant que le décor est posé on va pouvoir entrer dans le vif du sujet. Attachez vos ceintures, le voyage ne sera pas de tout repos !
Au chapitre des personnages je commencerai par Martin Grace, de loin le plus énigmatique et le plus complexe. Un bloc de marbre. Un iceberg. Avant de le rencontrer on découvre son parcours, et déjà les premières questions affluent. Le premier contact entre Zach et Martin nous plonge tout de suite dans le grand bain. Un bain glacé. Dans des eaux noires. Entouré d’un air vicié. Ce fut bref mais intense ; comme Zach on en ressort « sonné, désarçonné« . Et ça ne fait que commencer…
Passons à Zach Taylor maintenant. Après une jeunesse tumultueuse et rebelle (les relations avec son paternel sont toujours tendues), il semble enfin avoir trouvé sa place. Inutile de vous préciser que pour lui sa rencontre avec Martin Grace va marquer le début d’une descente en enfer, une plongée en apnée dans l’antre de la folie et de la phobie. Une plongée dans les sombres secrets de Martin Grace mais aussi dans ceux de sa propre famille. Heureusement pour éviter de sombrer il pourra compter sur le soutien de son frère, Lucas (un extravagant, adepte du parkour, qui a plus d’un tour dans son sac) et sa nana, Rachael (une geek pour qui l’informatique n’a bien entendu aucun secret). Un trio auquel on ne peut qu’accrocher, ils sont autant complices que complémentaires ; mais surtout ils apportent un peu de lumière dans les ténèbres et un peu de légéreté (avec quelques touches d’humour qui font mouche) dans ce magma oppressant.
Ecrit à la première personne, les auteurs nous proposent de vivre leur intrigue par le biais de Zach ; le résultat est pour le moins percutant. On partage ses questionnements, ses remises en question et ses peurs tandis qu’il creuse le passé de Grace et celui de sa famille. Les auteurs prennent un malin plaisir à brouiller les pistes et à jouer crescendo avec nos nerfs (âmes sensibles s’abstenir).
Il faut dire que l’intrigue est franchement tarabiscotée et menée de main de maître, une fois accroché (et ça va très vite), on ne lâche le bouquin qu’à regrets, espérant pouvoir le reprendre au plus vite. Un thriller foutrement efficace qui vous poussera souvent à vous demander si on est encore dans le rationnel ou si on a basculé dans la quatrième dimension (afin de laisser intact le suspense je ne répondrai pas à cette question).
Certes la fin ne répond sans doute pas à toutes les questions, je soupçonne qu’il s’agisse là d’un geste délibéré des auteurs (plutôt qu’un manque d’inspiration) afin de laisser une porte ouverte à une interprétation personnelle ; c’est une option qui ne m’a pas frustré outre mesure.
A noter que les droits d’adaptation au cinéma ont été achetés par Gore Verbinski (en tant que producteur), espérons qu’il saura s’entourer d’une équipe qui restituera toute la noirceur et la rudesse du roman ; pour rappel Verbinski est surtout connu pour être à l’origine de la saga Pirates des Caraïbes et de Lone Ranger pour Disney, inutile de préciser qu’on ne joue pas vraiment dans la même catégorie avec Chambre 507.
M’est d’avis que cette toute jeune maison d’édition (née en avril 2014 avec Fabrice Colin comme directeur éditorial), Super 8, n’a pas fini de nous surprendre. En tout cas perso je zieute déjà avidement vers plusieurs autres titres de son catalogue. Il y a fort à parier que le petit nouveau ne tardera pas à jouer dans la cour des grands grâce à une ligne éditoriale des plus prometteuses : « inoculer à la littérature mainstream la dose de surnaturel (fantastique, horreur, anticipation, galère post-apocalyptique, etc.) que cette dernière réclame sans le savoir.«