Jacques Expert a le don de transformer un faits divers sordide en un roman captivant. C’est ce qu’il fait à nouveau dans son dernier roman, Hortense.
La vie de Sophie Delalande bascule en 1993, quand sa fillette de 2 ans, Hortense, est enlevée par son père qui avait quitté le domicile familial quand il a appris que Sophie était enceinte. Vingt deux ans plus tard, Sophie croise Emmanuelle, une jeune femme qui travaille comme serveuse. Elle a alors l’absolue certitude qu’il s’agit de Hortense, elle va alors apprendre à la connaître avant de lui révéler la vérité…
Les chapitres, entrecoupés par les dépositions des différents intervenants, nous placent dans la peau de Sophie, puis de « Hortense » (à partir du chapitre 21). Pourquoi les guillemets à Hortense ? Parce que justement c’est là toute la question, Emmanuelle est-elle vraiment Hortense ? Ou est-ce que Sophie est victime de son obsession ?
Difficile d’imaginer la douleur d’une mère confrontée au même drame que Sophie. Il n’en reste pas moins que plus d’une fois j’ai trouvé le personnage quelque peu troublant, voire même dérangeant. Il faut dire que tout le roman repose sur ces deux femmes, Sophie et Emmanuelle/Hortense, avec en toile de fond le père d’Emmanuelle. L’auteur nous offre une plongée vertigineuse dans la psychologie de ses personnages. Résultat une ambiance souvent oppressante avec beaucoup de questions et de doutes.
Avec peu d’action Jacques Expert crée une véritable tension qui va rapidement ferrer le lecteur pour ne plus le lâcher jusqu’au final. Et quel final ! Totalement inattendu dans le genre renversement de situation. J’ai été sur le cul, tout simplement. Et pourtant, au fil des dépositions on devine assez rapidement un dénouement dramatique, mais la surprise fait quand même l’effet d’une bombe.
C’est le quatrième roman de l’auteur que je lis, et comme à chaque fois je suis bluffé par sa maîtrise et son sens du récit. Les chapitres sont courts, percutants parfois, le bouquin devient rapidement hautement addictif (j’ai lu la seconde partie d’une traite tant j’avais besoin d’avoir des réponses). Jacques Expert confirme qu’il fait partie des incontournables pour moi, pas question de rater ses prochains titres (et éventuellement trouver le temps de lire les précédents).
Étiquette : Sonatine
[BOUQUINS] Chuck Palahniuk – Orgasme
Et hop nouvelle escapade dans le sulfureux monde de la littérature érotique, et plutôt bien accompagné sur ce coup puisque l’auteur n’est autre que Chuck Palahniuk et son dernier roman, Orgasme. Tout un programme !
Penny Harrigan est stagiaire dans un cabinet d’avocats quand elle rencontre, dans des circonstances peu flatteuses pour elle, Linus Maxwell, un milliardaire qui vient de rompre avec sa dernière conquête. Contre toute attente il l’invite à dîner, de fil en aiguille leur relation se transforme en liaison. Avec lui elle va découvrir l’extase sexuelle, l’orgasme, sous ses multiples facettes…
Le moins que l’on puisse dire c’est que ce bouquin est pour le moins déconcertant, certes ça ne manque pas d’orgasmes mais ils sont traités comme des expériences scientifiques avec une rigueur totalement déshumanisée. Pas de place pour les sentiments, Penny devient la femme objet par excellence, un terrain d’expérimentation de sex-toys divers et variés. Pas franchement excitant tout ça. Et encore moins romantique.
A titre d’exemple voilà le genre de discours que peut tenir Maxwell : « Ne le prends pas mal, reprit-il à voix basse. Mais regarde-moi un peu ça. Tu as un vagin de compétition. Tes grandes lèvres sont parfaitement symétriques. Ton raphé est sublime. Le frein de ton clitoris et celui des petites lèvres… » Il semblait à court de mots. Il avait la main sur le cœur et poussait de longs soupirs. « D’un point de vue biologique, les hommes raffolent d’une telle homogénéité. Les proportions de tes parties génitales sont idéales. » Pour le commun des mortels ça se résumerait à un laconique : « J’adore ta chatte« …
De part son découpage aussi le bouquin est surprenant, mise en page minimaliste, aucun chapitrage, juste des sauts de lignes çà et là pour séparer les paragraphes. A force de passer de coq à l’âne on a parfois l’impression d’avoir sauté des pages, mais non. Les premières lignes vous mettront tout de suite dans le bain, Penny se fait violer en pleine audience au tribunal, dans l’indifférence générale. Ensuite flashback, on va peut être comprendre ce qui peut expliquer ce type de situation… ou pas.
A noter qu’en VO le titre est moins racoleur qu’en français, Beautiful You, tout simplement, en référence à la gamme de jouets sexuels que va diffuser Maxwell. De même la couverture est moins criarde… mais bon, le résultat est le même.
Il faut aborder le bouquin avec une bonne dose de second degré et le considérer comme une parodie poussée à l’extrême de la déferlante soft-porn spécial ménagère de moins de 50 ans qui fait la joie de ces dames, des libraires et des éditeurs. Franchement le sex-toy comme arme de domination massive ça le fait pas trop niveau crédibilité…
Grosso modo le bouquin se divise en trois parties. On commence par l’initiation de Penny, phase qui implique des expérimentations de plus en plus poussées en vue d’obtenir des orgasmes de plus en plus intenses. Puis il y a la commercialisation des produits Beautiful You et ses conséquences (un peu beaucoup too much). Enfin on assiste à la riposte de Penny qui va affronter son mentor sur son terrain de prédilection (déçu par cette dernière partie et la fin).
A travers son récit abracabrant Chuck Palahniuk nous livre aussi une satire au vitriol de la société de consommation dans laquelle la course au plaisir semble être l’unique raison d’être de certains. Une société qui rend les produits obsolètes prématurément à grand renfort de nouvelles versions, toujours plus performantes… et toujours plus chères que les précédentes.
Exciter la libido masculine a toujours été une stratégie marketing, et ce quel que soit le produit à promouvoir : « Pour vendre telle marque de bière, les médias n’avaient besoin que de montrer des corps féminins idéalisés, et les acheteurs masculins mordaient à l’hameçon. Si cette tactique vieille comme le monde donnait l’impression d’exploiter les femmes et de flatter bassement les appétits masculins, des observateurs avisés avaient vu combien l’esprit des hommes intelligents – leurs idées, leur capacité de concentration, de compréhension – était constamment anéanti par la simple vue d’une poitrine attirante ou de cuisses fermes et lisses. »
J’attendais beaucoup de cette incursion de Chuck Palahniuk dans la littérature érotique (ça reste un bouquin réservé à un public averti), si le style et bel et bien là, l’intrigue vire trop vite à la farce burlesque. Je n’ai que moyennement adhéré, l’orgasme littéraire ne fut pas au rendez-vous.
MON VERDICT

[BOUQUINS] RJ Ellory – Les Assassins
J’ai pris un certain retard dans mes lectures de RJ Ellory (ses trois derniers titres parus chez Sonatine prennent la poussière dans mon Stock à Lire Numérique), il était donc grand temps d’y remédier. Pour y remédier j’ai décidé de commencer par la fin avec Les Assassins, son dernier opus en date (en français, en VO il est sorti en 2009, avant Les Anges De New York).
Alors que l’inspecteur Ray Irving, enquête sur le meurtre sordide d’une adolescente, il apprend par John Costello, enquêteur pour le New York City Herald, que « son » crime, ainsi que deux autres, sont d’exactes reconstitutions de crimes perpétrés par d’illustres tueurs par le passé. Les deux hommes vont devoir unir leurs efforts et leurs connaissances pour stopper le(s) coupable(s) de ces mortelles mises en scène…
RJ Ellory a le don d’explorer les différentes facettes du thriller tout en renouvelant les règles du genre. Aucun de ses romans ne ressemblent aux précédents, et chacun se distingue des autres références du genre. Et c’est exactement ce qu’il fait de nouveau avec Les Assassins, le mythe (et la triste réalité) des serial killers est revisité façon copycat… mais un copycat à inspirations multiples !
Avant d’aller plus loin commençons par un constat qui fait froid dans le dos : « La vérité, c’est qu’il y a quelque chose comme dix-huit mille meurtres commis chaque année aux États-Unis. Ce qui nous fait mille cinq cents par mois, soit environ quatre cents par semaine, cinquante-sept par jour, un toutes les vingt-cinq minutes et demie. Et seuls deux cents par an sont l’œuvre de tueurs en série…« .
Pour mener à bien son intrigue, sur fond de faits réels, l’auteur a dû se livrer à un gros travail de documentation afin de faire cadrer les dates et les modes opératoires des différents tueurs en série qu’il mentionne. Prendre de véritables tueurs en série comme toile de fond donne une autre dimension à l’intrigue ; comme pour nous rappeler que souvent, la réalité dépasse la fiction dans l’horreur.
L’auteur met en scène trois personnages principaux pour nous guider dans son récit. D’abord on trouve l’inspecteur Ray Irving, flic solitaire, bourru et un tantinet asocial qui se voue corps et âme à son boulot. La touche féminine est apportée par Karen Langley, une journaliste au caractère bien trempé qui n’a pas la langue dans sa poche. Enfin on trouve John Costello, victime d’un tueur en série dans son adolescence, il est incollable sur le sujet. De loin l’un des personnages les plus complexes que j’aie croisé dans les romans de RJ Ellory, mais travaillé tout en finesse !
Les personnages secondaires ne sont pas pour autant laissés en plan, tous bénéficient du même traitement visant à leur donner une véritable personnalité. J’aurai toutefois aimé en apprendre davantage sur le Commémorateur mais l’auteur semble avoir pris le parti du constat glaçant que ces gens-là existent et qu’il n’y a rien à expliquer…
L’intrigue est (sans surprise) rondement menée, outre la question de savoir qui est le tueur (ou qui sont les tueurs, allez savoir) on se demande quel sera son prochain crime et de qui il s’inspirera. Autant vous dire que les nerfs seront mis à rude épreuve… mais qu’est-ce que c’est bon !
Un style direct parfaitement adapté au thriller, des chapitres courts et parfois percutants ; tout est fait pour nous garantir une totale immersion dans l’intrigue et nous rendre accro ! Pari réussi Monsieur Ellory, malgré une fin en partie prévisible (tout petit bémol).
MON VERDICT

Autre bémol mineur, adressé cette fois aux numérisateurs des éditions Sonatine (même si je suppose que ça ne leur fera ni chaud, ni froid… en admettant même que ça leur arrive aux oreilles), la présence d’une table des matières complète apporte une réelle valeur ajoutée à la qualité d’un epub. Surtout pour ceux (dont je suis) qui lisent un même livre sur plusieurs supports (PC et liseuse en l’occurrence).
J’ai aussi dans mon Stock à Lire Numérique, de nombreux titres de Stéphane Bourgoin, ce roman m’a donné envie de les découvrir enfin, et tant qu’à faire autant commencer par son ouvrage de référence, Serial Killers, un joli pavé de plus de 1100 pages dans son édition définitive (2014).
[BOUQUINS] Anonyme – Sanchez : Un Conte De Noël
La période s’y prêtant j’ai décidé de me lancer dans la lecture d’un conte de Noël… j’en vois déjà qui se demandent si je n’ai pas pris un coup sur la tête ou si je ne viens pas d’apprendre qu’il ne me reste que quelques jours à vivre. Non, non, rassurez-vous (ou pas) je suis en pleine possession de mes moyens. Dans le titre du post deux mots devraient retenir votre attention, l’auteur, Anonyme (le créateur du Bourbon Kid) et le nom du personnage central, Sanchez (le barman du Tapioca, le bar pourri de Santa Mondega). Vous prenez tout ça, vous mélangez copieusement et vous obtenez Sanchez : Un Conte De Noël… à ne pas mettre entre toutes les mains !
Quelques jours avant Noël, Sanchez reçoit la visite de la Dame Mystique. Celle-ci lui annonce qu’il rencontrera les 3 Anges de Noël, s’il ne suit pas leurs conseils et ne change se décide pas à changer alors il perdra tout. Première mission : se rendre à la soirée de Noël organisée par la société où travaille Flake, sa petite amie. Sauf que la soirée prendra un tour pour le moins inattendu…
En guise de dédicace l’auteur, toujours aussi Anonyme, annonce d’emblée la couleur : « Ce coup-ci, c’est vraiment pour se marrer. » ! Déjà en temps normal (en admettant que les aventures du Bourbon Kid et consorts aient quoi que ce soit qui puisse s’apparenter à un semblant de normalité) on est copieusement servi niveau humour, j’ai hâte de voir ce que ça peut donner !
Si je vous dis des otages dans une tour appartenant à un puissant homme d’affaire nippon, face aux méchants terroristes un homme seul ; ça vous parle ? Piège de Cristal, le film de John McTiernan avec Bruce Willis dans le rôle du gentil. Bon OK ça date de 1988 mais ça reste un putain de bon film d’action ! Remplacez John McLane (Bruce Willis) par Sanchez et vous aurez une meilleure idée du pitch.
Bon OK entre McLane et Sanchez il y a un gouffre… Notre barman préféré n’a pas vraiment l’étoffe d’un héros, il brille plutôt par sa lâcheté et sa crétinerie. Heureusement il ne sera pas si seul que ça et pourra même compter sur l’appui musclé d’alliés qui ne lui sont pas inconnus (de nous non plus d’ailleurs).
Un format court (à peine plus de 100 pages) qui se lit d’une traite. On y retrouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de la saga du Bourbon Kid. Une intrigue aussi rythmée que déjantée, une belle brochette de personnages qui ne manquent pas de pep’s et bien entendu une bonne dose d’humour… pas toujours très raffiné mais qu’est que c’est bon !
Chronologiquement ce conte de Noël se situe juste avant Le Pape, Le Kid Et L’Iroquois, non seulement il est fait état de la prochaine mission du Bourbon Kid et de ses acolytes mais, qui plus est, l’intro est offerte en bonus à la fin du bouquin. En VO il est sorti en décembre 2014, quelques jours avant Le Pape…
MON VERDICT

Anonyme – Le Pape, Le Kid Et L’Iroquois
Et hop encore un invité surprise au programme de mon Challenge retrouvailles, ou plutôt deux invités surprises et de taille… Il s’agit en effet de la rencontre, forcément explosive, entre le Bourbon Kid et l’Iroquois que nous narre notre Anonyme préféré dans Le Pape, Le Kid Et L’Iroquois.
Le Pape doit participer à une soirée de gala organisée par la section ultra secrètes des Opérations fantômes, une menace de mort à l’encontre du souverain pontife signée par l’Iroquois risque fort de ternir la fête. Le Bourbon Kid et une équipe de chasseurs de primes vont tout faire pour contrecarrer les plans de l’Iroquois. Et pendant ce temps là, une bande de malfaiteurs projette aussi de gâcher la petite sauterie pontificale…
J’attendais beaucoup, trop sans doute, de la rencontre entre le Bourbon Kid et l’Iroquois, mais au final je pose le bouquin avec un sentiment mitigé, même si la balance penche davantage vers le positif.
Commençons par la distribution des mauvais points. Autant Le Livre Sans Nom était novateur, autant les romans suivants ont complété la saga en se contentant de surfer sur la vague sans grande originalité. Avec Psycho Killer l’auteur changeait de contexte et pouvait donc laisser libre cours à son imagination débridée. La rencontre des deux univers est juste un brin too much, ça frôle parfois la parodie.
Mon plus grand regret reste le traitement réservé au Bourbon Kid, on le découvre membre des Dead Hunters sans un mot d’explication sur le pourquoi du comment. Qui plus est, tout au long de l’intrigue il est laissé en arrière plan et ses interventions ressemblent à des caricatures de lui même.
Du côté des bons points j’ai apprécié de retrouver les personnages des deux univers, Rodeo Rex et Elvis du côté du Bourbon Kid, Jasmine, Bébé et Jack Munson pour l’Iroquois. Les nouveaux visages sont tout aussi hauts en couleurs, chez les méchants de service vous croiserez Mozart, le Dr Jekyll et Frankenstein… que du lourd ! Sans oublier le pape, qui est l’un des enjeux de ce roman.
L’intrigue est, sans surprise, aussi décalée que déjantée, bourrée d’action mais aussi ponctuée d’un humour bien grinçant, servi par des répliques cinglantes qui font mouche à tous les coups. Bref, malgré un arrière goût de déjà-vu, c’est toujours aussi jouissif à lire. Fidèle à son habitude, l’auteur multiplie les clins d’oeil au cinéma.
Je terminerai cette chronique en précisant que notre Anonyme préféré mérite pleinement son nom, sa véritable identité est toujours un mystère… Bien des noms ont circulé sur le Net, de Quentin Tarantino à David Bowie, mais le mystère reste entier…
MON VERDICT

[BOUQUINS] L.C. Tyler – Mort Mystérieuse D’Un Respectable Banquier Anglais Dans La Bibliothèque D’Un Manoir Tudor Du Sussex
Comme tout challenge que se respecte (en tout cas chez votre humble serviteur), quelques imprévus viennent pimenter le programme. J’en ai déjà quelques uns en vue (des imprévus prévus en quelque sorte… cherchez pas). Je vais commencer par le petit dernier à avoir intégré mon Stock à Lire Numérique, Mort Mystérieuse D’Un Respectable Banquier Anglais Dans La Bibliothèque D’Un Manoir Tudor Du Sussex (c’est bon vous pouvez reprendre votre respiration) de LC Tyler. Troisième enquête du trés atypique duo Ethelred Tressider & Elsie Thirkettle.
Alors qu’Ethelred et Elsie sont invités à une réception, le mâitre des lieux, Robert Muntham, est retrouvé mort dans la bibliothèque, fermée de l’intérieur. La police conclut au suicide mais Ethelred et Elsie décide de creuser la piste du meurtre, auquel cas le coupable ne pourrait être que l’un des huit autres invités présents à la réception…
Intrigue classique type mystère en chambre close, en l’occurrence agrémentée d’une pointe de Cluedo, mais sous la plume de LC Tyler même le scénario le plus classique peut prendre des tournures pour le moins inattendues. Si l’auteur joue à fond la carte de l’humour, il ne néglige pas pour autant l’aspect policier de son intrigue, elle est juste un brin décalée (mais en rien déjantée). Mon allusion au Cluedo n’était pas totalement gratuite, L’agencement de Muntham Court est assez proche du plateau de jeu ; qui plus est l’auteur prend un malin plaisir à brouiller les pistes au fil des pages.
Les habitués retrouveront avec plaisir Ethelred, écrivain de romans policiers un peu maladroit (et limite benêt en présence d’une jolie femme) et Elsie, son agent littéraire, aussi délicate qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine et un sens de la répartie aiguisé. Quant à ceux qui ne les connaissent pas encore, je suis convaincu qu’ils tomberont rapidement sous le charme de ce duo de choc.
On retrouve un récit qui alterne entre les points de vue d’Ethelred et d’Elsie ; outre le changement de police de caractère, le ton employé permet aisément de distinguer les deux personnages. L’auteur adapte véritablement son écriture à ses narrateurs (les différences de point de vue et d’appréciation sont jubilatoires). Cà et là viennent se glisser des chapitres du roman sur lequel Ethelred travaille.
Je ne sais pas si le traducteur ou l’éditeur compte, à chaque nouveau roman de la série, le titre mais si tel est le cas il va falloir prévoir des couvertures plus grandes ! Un bouquin qui se lit tout seul et vous laisse le coeur léger et la tête vide… comme ça fait du bien parfois !
Petits bémols d’ordre purement techniques concernant la version numérique.
Bien que je sois un inconditionnel des éditions Sonatine force est de constater que si leurs ebooks sont de bonne qualité ils restent perfectibles ; ne serait-ce que par l’ajout d’une table des matières complète digne de ce nom. Je sais bien que c’est un détail mais il n’empêche que ça dérange les maniaques dans mon genre (la première chose que je fais après l’achat d’un titre Sonatine ou Super 8 est de mettre la TdM en conformité avec mes attentes via Sigil).
Je vous laisse juge de ce que ça donne en comparant les deux TdM (avant et après) :

J’ai par contre été vachement surpris par la lourdeur de certains codes, notamment dans les pages consacrées au prochain roman d’Ehtelred ; là encore ça ne change strictement en terme de lisibilité du bouquin, mais quand je vois un code pareil ça me colle des frissons… donc je corrige (toujours via Sigil).
A titre d’exemple je vous joint la même portion de texte, avant et après sa réécriture :


Ceci ne m’empêchera pas de rester fidèle à Sonatine, d’autant que leurs catalogue promets encore quelques belles surprises (avec une probable rencontre entre l’Iroquois et le Bourbon Kid… c’est de la balle ! Et du gros calibre !). Et puis j’espère bien y retrouver le prochain LC Tyler (à ce jour il reste encore deux enquêtes d’Ethelred et Elsie inédites en français).
MON VERDICT

[BOUQUINS] Daniel Friedman – Ne Deviens Jamais Pauvre !
Direction la maison de retraite pour la prochaine étape de mon Challenge retrouvailles puisque j’ai opté pour Ne Deviens Jamais Pauvre de Daniel Friedman, second opus consacré à Buck Schatz… Un inspecteur Harry retraité et décrépi ! Mais qui, à défaut d’avoir toute sa tête, ne manque pas de verve. Buck Schatz, 88 ans, se remet péniblement de ses blessures dans une maison de retraite médicalisée. Il va se retrouver, bien malgré lui, au coeur de l’action quand Elie, un braqueur dont il a croisé le chemin cinquante ans plus tôt, vient lui demander son aide… On retrouve un Buck Schatz fortement diminué, il a besoin d’un déambulateur pour se déplacer et a parfois des pertes de mémoire. Pas franchement l’idée que l’on se fait d’un héros de roman policier… Un état des lieux affligeant qui n’a rien pour améliorer son doux caractère de perpétuel râleur asocial. Un dernier détail concernant l’ami Buck, il est juif. On s’en fout me direz-vous ; et bien non car c’est un détail qui a toute son importance pour comprendre la partie du récit qui se déroule en 1965. Ah oui j’ai oublié de vous signaler qu’au fil des chapitres on voyage entre l’année 1965, celle de la première rencontre en Buck et Elie et 2009, l’instant présent de l’intrigue. Cinquante ont passé mais Buck à la rancune tenace quand il s’agit d’Elie : « Je vois trois trucs qui clochent dans ton raisonnement. Primo, j’ai 88 ans. Deuxio, je suis pratiquement grabataire. Et tertio, je ne t’aime pas. » Revenons au judaïsme de nos deux gugusses (Elie aussi est juif). Comme je l’ai signalé une partie de l’intrigue se déroule en 1965, cela fait à peine un an que la discrimination raciale contre les Noirs a été interdite. La pilule a encore du mal à passer chez certains. Cerise sur le gâteau l’intrigue se déroule à Memphis, Tennessee. Un état du Sud des Etats Unis où tout ce qui n’est pas WASP (White – Anglo-Saxon – Protestant) est suspect… Si le roman est porté par Buck et son fichu caractère il n’en est pas moins bâti autour d’une intrigue qui tient la route. La guerre des papys va faire rage ! Pour notre plus grand plaisir.
Ecrit à la première personne, on suit l’intrigue par les yeux (et les pensées) de Buck, le style est décapant mais efficace. Lire le précédent opus, Ne Deviens Jamais Vieux, ne s’impose pas mais ça permet de comprendre dans quelles circonstances Buck s’est retrouvé là où il est. Et puis ce serait dommage de s’en priver, c’est un très bon roman, à l’image de ce second volet (la surprise en plus).
Par certains aspects le personnage de Buck me fait penser à Dave Gurney de John Verdon, on pourrait sans mal imaginer que dans quelques années, Dave sera à l’image de Buck. Tous deux ont un besoin maladif et égoïste de se confronter au danger pour se sentir vivant (et les deux portent difficilement le deuil d’un fils perdu et peuvent compter sur le soutien de leur tendre moitié). Deux personnages que j’aurai plaisir à retrouver aussi longtemps que les auteurs voudront bien nous faire partager leurs aventures.
MON VERDICT
[BOUQUINS] Jacques Expert – Deux Gouttes D’Eau
Retour au polar made in France pour ma prochaine escapade littéraire, en compagnie de Jacques Expert et son dernier roman, Deux Gouttes D’Eau.
Elodie Favereau, 27 ans, est sauvagement assassinée à coups de hache. La vidéo-surveillance permet d’identifier rapidement son assassin : Antoine Deloye, son fiancé. Sauf que celui-ci accuse son frère jumeau, Franck. Pour les commissaires Laforge et Brunet, en charge de l’affaire, une enquête qui s’annonçait simple va se transformer en un inextricable sac de noeuds…
Je suis Jacques Expert depuis qu’il est publié chez Sonatine, c’est donc ma troisième incursion dans son univers littéraire et, autant vous le dire franco, c’est sans la moindre hésitation que je me suis jeté sur ce bouquin (les deux précédents m’ayant fait forte impression).
L’intrigue se découpe selon trois axes, un huis-clos particulièrement tendu au sein du commissariat tandis que les deux frères et les témoins sont entendus par les enquêteurs, l’enquête de terrain pour tenter d’y voir plus clair et enfin de nombreux flashbacks qui nous font découvrir l’enfance et l’adolescence des jumeaux Deloye.
Une intrigue qui repose sur cinq personnages. Franck et Antoine Deloye d’abord, des jumeaux qui sont tout sauf attendrissants, et ceux dès leur plus jeune âge. Des personnalités complexes, impossibles à déchiffrer. Qui dit la vérité ? Qui ment ? Qui est coupable ? Qui est innocent ? Et pour finir : y-a-t-il vraiment un innocent et un coupable ? Une fois l’un, une fois l’autre puis ni l’un ni l’autre… Quoi qu’il en soit les frères Deloye devraient vous faire froid dans le dos.
Du côté des enquêteurs on retrouve les deux commissaires en charge de l’enquête, Robert Laforge et Etienne Brunet. Le second évolue volontairement dans l’ombre du premier mais il est aussi le seul capable de contenir les élans du boss. Parce que le Laforge est un sanguin ! En proie à de fréquentes crises de colère, mais redoutablement efficace, il est à la fois craint et respecté par son équipe. Autant dire que ses confrontations avec les jumeaux ne vont pas arranger son doux caractère.
Et puis il y a Hervé Pauchon, jeune lieutenant ambitieux, le petit nouveau de l’équipe Laforge mais pas de bol le boss l’a d’ores et déjà pris en grippe. C’est lui qui va se démener sur le terrain pour essayer de prouver sa valeur, au risque de se brûler les ailes.
Avec une base relativement minimaliste (un macchab et deux suspects), Jacques Expert, réussit à nous tenir en haleine et à nous amener à maints questionnements et remises en question ; dès qu’une hypothèse germe on se voit contraint de la rejeter quelques pages plus tard ; il maîtrise son intrigue d’une main de maître et nous mène par le bout du nez. Un polar à la limite du thriller psychologique tant il jouera avec vos nerfs.
La fin est conforme au reste de l’intrigue : machiavélique à souhait. En ouvrant ce bouquin j’attendais du polar de haut de gamme, mes attentes ont été comblées… et plus encore !
Je signalerai juste un défaut récurrent dans les versions numériques proposées par Sonatine : l’absence de table des matières. C’est quand même vachement pratique quand on cherche un passage de pouvoir filer directement au chapitre où il se trouve (plus ou moins) plutôt que de faire défiler les pages avec un curseur. Pour certains ça restera un détail insignifiant, pour les e-lecteurs maniaques c’est un manque de respect (et du boulot en plus puisque dans ce cas je l’ajoute manuellement).
[BOUQUINS] Rob Sheffield – Bande Originale
Et hop encore un changement de registre dans un genre plutôt inhabituel pour moi puisqu’il s’agit de l’autobiographie (même si en l’occurrence c’est plus une tranche de vie). Je me suis donc plongé dans Bande Originale de Rob Sheffield.
1989, Rob Sheffield, un étudiant aussi timide que réservé, rencontre Renée Crist, une fan de punk-rock exubérante. Contre toute attente c’est le coup de foudre, un amour renforcé par leur passion commune pour la musique, qui débouche sur un mariage en 1991. Rien de tel pour partager les souvenirs de Rob que de le faire en musique puisque c’est elle qui a rythmé leur (trop brève) vie de couple et la carrière de Rob Sheffield.
Pour tout vous dire en prenant ce bouquin je ne savais pas trop à quoi m’attendre, OK c’est estampillé Sonatine mais on est bien loin de leur répertoire thriller. Soyons fou, osons tout ! Rock n Roll puisque c’est justement la musique qui est mise à l’honneur.
A travers la musique Rob évoque non seulement ses cinq années de bonheur avec Renée , mais aussi des souvenirs plus éloignés et d’autres après le décès de Renée (en 1997, suite à une embolie pulmonaire). Trois période (on pourrait même dire quatre : Avant Renée – Renée et Rob – Le deuil – Nouveau départ) liées par un fil rouge : la musique. Car ce bouquin est avant tout une ode à la musique. D’ailleurs chaque chapitre commence par une playlist, nul doute que vous retrouverez certains titres qui vous ont fait (et vous font sans doute encore) vibrer (à moins d’avoir de sacrées lacunes musicales).
Drôle d’idée de lire une tranche de vie d’un gars dont je n’avais jamais entendu parler, et donc forcément son idylle brisée avec Renée m’était tout aussi inconnue. J’aurai pu battre en retraite dès les premiers chapitres mais c’est exactement l’inverse qui s’est produit, je me suis laissé happé par les mots et bercé par la musique.
Le style de l’auteur respire le naturel, c’est comme s’il écrivait simplement ce que lui dicte son coeur sans fioritures inutiles et du coup forcément on ne partage que plus intensément ses émotions, toutes ses émotions. Et puis il faut tout de même un certain talent pour faire d’une communion un moment excitant ; oui, oui je parle bien de la communion catholique. Cherchez pas il faut le lire pour comprendre.
Comme vous l’aurez sans doute compris (dans le cas contraire il est temps de vous poser des questions sur vous même) la musique est omniprésente dans ce bouquin. Le rock (et tous ses dérivés, « classique », hard, indépendant, underground…) se taille la part du lion mais l’on se laissera flotter aussi sur des rythmes funk, pop, RnB, country et autres ; des années 60 aux années 90 les titres se mêlent sans se soucier d’une quelconque chronologie. Juste au feeling.
Le cinéma est lui aussi souvent (mais dans une moindre mesure) mis à l’honneur au fil des pages. Comme pour la musique il ne s’agit pas forcément d’oeuvres considérées comme majeures par de prétendus experts (souvent auto-proclamés) mais juste de films, d’albums ou de morceaux qui ont su titiller une corde sensible chez Rob. Cette remarque étant juste une occasion de plus de coller un coup de pied au cul aux intégristes culturels de tout poil (mais non ce n’est pas mesquin, par contre c’est gratuit).
Outre la musique et le cinéma ce bouquin est à la fois une splendide déclaration d’amour posthume et un lourd et difficile travail de deuil. Jamais l’auteur ne s’apitoye sur son sort, évidemment qu’il déprime après la mort de Renée, il essaye juste de nous faire partager le sentiment de vide qui l’a alors envahi.
Une fois encore je ne regrette pas d’avoir foncé les yeux fermés dans l’inconnu et une fois encore Sonatine a réussi à me surprendre et à me faire vibrer. Certes pas un chef d’oeuvre mais un agréable moment de lecture. J’en suis le premier surpris.
Qui est Rob Sheffield au fait ? En plus d’être un auteur (trois titres à son actif, dont un cri d’amour à sa femme, ayant la musique comme dénominateur commun), il est aussi un journaliste qui collabore à divers magazines dédiés à la musique, dont le fameux Rolling Stone. Bande Originale est son premier livre, sorti en VO en 2007 (je vous épargnerai le titre original à rallonge). Pour la petite histoire Rob Sheffield s’est remarié en 2006, son épouse, Ally Pollak, une astrophysicienne passionnée de musique. On la croise à la fin du bouquin, elle contribuera largement à la remise sur les rails de Rob, qui ne manque pas de la citer dans ses remerciements.
[BOUQUINS] Shannon Burke – 911
Mais… Mais… Mais… Qu’est-ce qu’il fout là lui ? Il débarque en pleine Coupe du Monde et s’impose d’entrée de jeu ! De quel droit crévindiou ?
C’est pas ma faute c’est encore Sonatine qui m’a pris en traitre. J’errais tranquillement dans mon club de lecture quand soudain je le vis, j’en avais entendu parler et je l’attendais avec impatience. Je n’ai pu, ni voulu, le repousser quand il s’est jeté dans mes bras. Lui ? Mais non je n’ai pas viré ma cuti, bougre d’âne ! Je parle de 911, le roman de Shannon Burke.
Tandis qu’il prépare son concours d’entrée en médecine, Ollie Cross, se fait embaucher comme ambulancier urgentiste à la station 18, au coeur de Harlem. Il va découvrir un monde dont il était loin d’imaginer la rudesse et la noirceur…
911 (nine one one), tout le monde connaît ce numéro que ce soit par le biais de la littérature ou du cinéma. Le numéro unique des urgences aux USA. A ne pas confondre avec le tristement célèbre 9/11 (nine eleven) qui fait référence aux attentats du 11 septembre 2001.
Shannon Burke a été ambulancier à Harlem pendant cinq ans, ce bouquin, croisement de témoignage et de fiction, il le qualifie de catharsis. Une façon comme une autre de se purifier de toute la merde qu’il a vu et enduré durant ces cinq années au 911. Une purge, un exutoire, presque un exorcisme…
Quant à nous, lecteurs innocents et incrédules, on découvre avec Cross la face cachée du 911 et le moins que l’on puisse dire c’est que tout n’est pas rose. Outre les interventions parfois sordides (l’auteur va crescendo dans le glauque), les ambulanciers eux mêmes ne sont pas dépeints comme une sympathique confrérie (ils n’hésitent pas à se tirer dans les pattes, surtout dans les pattes des nouveaux). L’apparente froideur et le cynisme des plus aguerris ne sont parfois (et oui, pas toujours) que des facades (ou des blindages) pour se protéger du quotidien. Sauf que parfois la façade se fissure puis rompt…
Les personnages, essentiellement l’équipe d’ambulanciers, sont finement travaillés, chacun bénéficiant d’une personnalité qui lui est propre. Les vieux de la vieille sont figés dans leurs certitudes et attitudes ; seul Ollie Cross peut encore évoluer (reste à savoir quel exemple il suivra). Les principaux équipiers qu’il croisera sont Rutkovsky, distant mais paternaliste à sa façon avec Ollie, Lafontaine, le cynique désabusé, et Verdis, éternel optimiste un brin idéaliste. D’autres ambulanciers de l’équipe croiseront son chemin, ainsi que des policiers (le flic Pastori est de loin le plus vérolé du bouquin).
De par sa construction le bouquin peut surprendre, aucun chapitrage, juste une succession de situations et d’interventions, mais c’est loin de n’avoir ni queue ni tête. D’une part l’ordre chronologique est respecté, d’autre part cela permet de suivre l’évolution du personnage d’Ollie Cross au contact de ses équipiers et des victimes. Histoire de nous plonger en totale immersion l’auteur prend le parti de nous proposer un récit écrit à la première personne.
Bref du brut de décoffrage, livré sans chichis ni blablas, du noir et encore du noir, teinté de rouge sang, entre violence et désespoir, avec quelques lueurs d’espoir autour de l’esprit d’équipe (fragile) qui anime cette station réputée pour être la plus dure de Manhattan. On peut supposer que l’auteur a volontairement fait dans la surenchère, non dans la description des interventions qu’il expose mais en éliminant celles plus bénignes qui doivent quand même bien exister, même au coeur de Harlem.
Encore une lecture coup de poing qui vous prendra aux tripes et les vrillera jusqu’au point de rupture. C’est dur, c’est cash, parfois dérangeant, souvent troublant… Mais on en redemande. Le genre de bouquin sur lequel on voudrait écrire encore et encore mais où l’on doit réprimer ses ardeurs afin de laisser intact le plaisir de la découverte. Que vous adhériez ou non je suis convaincu que ce bouquin ne vous laissera pas indifférent. Encore une perle rare offerte par Sonatine.
