[BOUQUINS] Harriet Tyce – Blood Orange

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H. Tyce - Blood Orange
Titre : Blood Orange
Auteur : Harriet Tyce
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2019
Origine : Angleterre
400 pages

De quoi ça cause ?

Allison Wood est avocate pénaliste, sa carrière est en passe de connaître un nouvel essor avec une première affaire de meurtre à plaider.

Mais sa réussite professionnelle se fait au détriment de sa vie de couple et de sa vie familiale, d’autant qu’elle ne parvient pas à mettre fin à la relation toxique qu’elle entretient avec son amant.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu.

Un titre sollicité auprès de Net Galley début mars, acceptation tardive reçue le 18 avril.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur réponse favorable et leur confiance.

Il est des bouquins qui me font craquer instantanément pour leur personnage et d’autres qui, au contraire, me le font prendre en grippe ; Blood Orange appartient à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, le personnage d’Allison m’a hérissé le poil. Qu’elle s’envoie en l’air avec un amant qui ne semble pas avoir grand-chose à foutre de sa petite personne, qu’elle se bourre la gueule à la moindre occasion, qu’elle soit une piètre épouse et plus encore une piètre mère… ça ne joue certes pas en sa faveur, mais ça aurait pu passer. C’est plutôt son inconstance (voire son inconsistance) qui l’enfonce plus que tout le reste.

La nana a bien conscience de merder dans les grandes largeurs, mais semble incapable de se tenir à ses bonnes résolutions qui la poussent à vouloir changer. Impossible de ne pas la voir comme un monstre d’égoïsme un peu idiote.

Je n’ai pas eu beaucoup plus d’empathie pour le mari cocu, Carl ; son côté monsieur propre, psychorigide et adepte de la morale à deux balles, m’a de suite semblé trop parfait pour être honnête.

Pas davantage de considération pour Patrick, l’amant. D’entrée de jeu le gars ne semble pas clair même s’il l’assume pleinement.

Je tiens toutefois à préciser que même si je n’ai ressenti aucune empathie pour les personnages principaux, cela ne m’a nullement empêché de passer un agréable moment en compagnie de ce bouquin.

L’intrigue va s’articuler autour de deux axes, avec d’un côté la sphère privée d’Allison (sa vie de famille) et de l’autre l’aspect purement juridique (l’affaire de meurtre dont elle a la charge). Ces deux facettes sont bien dosées, mais ne réservent pas de grandes surprises (voire même franchement prévisible sur certains aspects) ; même si je ne m’attendais pas au revirement final.

Harriet Tyce opte pour un récit à la première personne en nous faisant vivre son intrigue par le biais d’Allison. Malgré un manque évident d’originalité et de surprise, le récit est suffisamment addictif pour nous donner envie d’aller toujours plus avant afin de suivre le déroulé des événements et ses dénouements.

Un premier roman plutôt convaincant qui me donne envie de suivre l’auteure si jamais elle décidait de poursuivre sur la voie de l’écriture (a priori il n’y a pas de raison pour qu’elle y renonce).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques Expert – Le Jour De Ma Mort

AU MENU DU JOUR

J. Expert - Le Jour De Ma Mort
Titre : Le Jour De Ma Mort
Auteur : Jacques Expert
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

En ce 28 octobre, Charlotte est convaincue qu’elle va mourir aujourd’hui même, de mort violente qui plus est. C’est en tout cas ce que lui a prédit un voyant lors d’un séjour au Maroc, trois ans plus tôt.

Quand elle apprend qu’un tueur en série s’attaque à des femmes blondes ayant entre 25 et 30 ans et possédant un chat, elle réalise qu’elle correspond exactement au profil des victimes. Charlotte est bien décidée à tout mettre en oeuvre pour déjouer cette funeste prédiction…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine ET parce que c’est Jacques Expert ; un duo gagnant qui ne m’a jamais déçu.

Parce que l’éditeur et Net Galley ont accepté de donner une suite favorable à ma demande.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Déjà visuellement la couv’ m’a tapé dans l’œil, je la trouve à la fois sobre (une éphéméride à la date du 28 octobre) et intrigante (les tâches sur l’éphéméride). Tout à fait le genre de couv’ qui m’aurait poussé à m’intéresser de près à ce bouquin si je ne connaissais pas l’auteur.

J’ai eu plus d’une fois l’occasion de constater que Jacques Expert avait un incroyable talent quand il s’agissait de nous plonger dans la psyché de ses personnages ; avec ce nouveau roman, non seulement il confirme sa maîtrise en la matière, mais il pousse même l’analyse psychologique jusqu’à son paroxysme.

La quatrième de couverture parle du nouveau piège de Jacques Expert ; le mot est parfaitement adapté à la situation, du moins en ce qui concerne Charlotte. On découvre une jeune femme apparemment bien dans sa peau et dans sa tête (un peu nunuche peut-être) qui mène une vie pépère sans histoire avec son nouveau mec et son chat. Un cauchemar la tire de son sommeil, puis lui revient en mémoire la prédiction du voyant marocain ; à partir de là elle va se retrouver piégée par ses propres doutes et questionnements. Inquiétude, angoisse, paranoïa, jusqu’aux portes du délire de persécution (tout le monde devient suspect à ses yeux, elle se retrouve seule contre tous) ; elle s’enfonce crescendo dans un enfer qu’elle construit de toutes pièces, occultant ainsi toute possibilité de raisonnement rationnel.

L’auteur nous livre une intrigue à deux voix, puisqu’il est question d’un tueur en série autant le laisser s’exprimer. On découvre un homme froid, implacable, calculateur, mais aussi, il faut bien l’avouer, un tantinet imbu de lui-même. Notre tueur en goguette a décidé que le moment était venu d’éliminer sa quatrième victime (Charlotte ?), mais il devra composer avec de nombreux imprévus (un comble pour quelqu’un qui aime que tout soit réglé comme du papier à musique).

La plupart du temps les personnages sont seuls, confrontés à leurs seules pensées, et c’est bien là que l’on se rend compte que l’auteur sublime son don à décortiquer les méandres de l’esprit humain. Il nous livre un espèce de huis clos psychologique, piégeant son personnage face à lui même, face à ses questions, ses doutes et ses peurs.

Jacques Expert ne fait rien pour vous rendre ses personnages sympathiques, Charlotte aura même parfois le don de vous taper sur les nerfs tellement son comportement apparaît irrationnel et irraisonné. Quant au tueur, il fait simplement ce pour quoi il est fait, donc normal de n’éprouver aucune empathie pour lui…

Au fil des chapitres de nombreuses questions viendront vous tourmenter les neurones, des soupçons aussi… puis des doutes. 320 pages qui vous mettront les nerfs en pelote, le temps d’une journée où rien ne va se passer comme prévu.

J’ai lu ce roman d’une traite, impossible de le lâcher une fois que l’on a mis le doigt dans l’implacable mécanique imaginée par Jacques Expert. Bluffé et piégé j’ai été !

PS : j’ai plus flippé pour Grishka, le chat, que pour Charlotte ; c’est grave docteur ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Joël Macron – Killarney 1976

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J. Macron - Killarney 1976
Titre : Killarney 1976
Auteur : Joël Macron
Éditeur : Éditions Nouvelle Bibliothèque
Parution : 2018
Origine : France
226 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il fait du tri dans ses affaires, Joël, le narrateur, replonge dans ses souvenirs. Notamment son séjour en Irlande, en 1976, et sa rencontre avec Mano, un scientifique iranien qui deviendra son ami et lui fera de troublantes confidences.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est une succession de hasards qui m’a emmené à solliciter ce roman auprès de Net Galley, et un soupçon de curiosité vis-à-vis du catalogue de l’éditeur.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Nouvelle Bibliothèque et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour être tout à fait honnête, ma relation avec ce roman est partie sur de mauvaises bases. Quelle déception de découvrir que l’éditeur ne le propose qu’au format PDF. Aujourd’hui, proposer à des lecteurs numériques un fichier PDF c’est comme proposer à un amateur de champagne un mousseux éventé ; ça frôle l’insulte ! II faut vivre avec son temps messieurs les éditeurs, le PDF c’était avant

Le bouquin étant relativement court j’ai pris sur moi. Non pas en acceptant de le lire au format PDF (j’suis pas encore maso), mais en lui offrant une conversion maison au format epub. Ça demande un peu de travail, mais le gain en confort de lecture mérite bien de tremper les mains dans le cambouis.

Afin de finaliser la conversion, ajustement de la mise en page, corrections diverses et variées, j’ai survolé le roman et j’avoue avoir été pris d’un doute ; cette première approche ne m’a pas franchement donné envie d’aller plus avant dans la découverte. Pas question de me laisser rebuter par un a priori négatif, si je veux chroniquer ne mon âme et conscience ce bouquin, je dois le lire.

Ah que voilà un bouquin qu’il est difficile de classer dans une case plutôt qu’une autre. Net Galley le répertorie en science-fiction, c’est à la fois un peu ça et bien plus que ça. Difficile de faire la part des choses entre le récit autobiographique (l’auteur se prénomme lui aussi Joël) et les éléments de pure fiction ; le mieux étant encore de se laisser porter par le récit.

De par les origines iraniennes de Mano, il est beaucoup question de la situation en Iran dans le roman. Le régime du Shah est sur le déclin, le peuple manifeste de plus en plus vivement son ras-le-bol des fastes (et des frasques) du pouvoir alors qu’il crève la dalle… et pendant ce temps-là, les islamistes se frottent les mains et avancent leurs pions sur l’échiquier politique.

Comme l’auteur le fait dire à Mano, l’avenir du pays ne se profile pas sous les meilleurs auspices :

Je pense que le Shah se retrouvera bientôt isolé. Mais ce qui suivra m’effraie encore plus. Et les vrais malheurs de mon pays sont devant nous.

Mais avant tout ce bouquin est l’histoire d’une amitié presque fusionnelle entre Joël et Mano. Au fil des chapitres on partage les souvenirs du narrateur et de ce petit groupe d’amis qui croquent la vie à pleines dents.

C’est aussi une ode à l’Irlande (ses paysages et ses traditions) et aux Irlandais, un pays que je ne connais pas, mais qui a toujours suscité un certain intérêt auprès de moi (tout comme l’Écosse, deux terres de rugby… et de whisky). Je me serai volontiers invité à leur table chez Paddy, siroter avec eux quelques Guinness en profitant de la chaleur d’un feu de tourbe et en se laissant bercer par la musique traditionnelle.

J’abordais cette lecture à reculons, mais finalement j’ai rapidement été sous le charme, le bouquin est court et de fait se lit quasiment d’une traite.

Cette lecture m’aura permis de finaliser mon fichier epub mais aussi de corriger diverses coquilles qui ne sont pas le fait de la conversion (fautes d’orthographes et de typographie, mise en page parfois incertaine) ; pour être tout à fait franc ça m’aurait foutu les boules d’acheter un livre papier et de constater qu’il comportait encore autant d’erreurs. Force est de dénoncer de sérieuses lacunes au niveau de la relecture et des corrections. Un tel manque de finition va forcément impacter (en mal) mon verdict final.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Lise Pradère – En Quête D’Elena

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L. Pradère - En Quête D'Elena
Titre : En Quête D’Elena
Auteur : Lise Pradère
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2019
Origine : France
280 pages

De quoi ça cause ?

Une jeune femme, Elena Vassiliev, est retrouvée morte dans son appartement de la région parisienne. L’enquête est confiée au commandant Gignac du SRPJ Nanterre.

Plus l’enquête avance, plus elle va s’avérer complexe et avoir de multiples ramifications, que ce soit dans le monde des affaires, dans les hautes sphères du pouvoir ou encore dans le milieu du crime organisé.

Intrigué par le profil de la victime, Gignac ne négligera aucune piste afin de faire éclater la vérité au grand jour.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir, un éditeur cher à mon cœur que je suis quasiment depuis la première heure.

Parce que Lise Pradère vient d’intégrer le catalogue de l’éditeur, c’est toujours un plaisir de découvrir un(e) nouvel(le) auteur(e).

Petit plus non négligeable, sans être pour autant décisif, je trouve que la couv’ est très belle.

Grâce à l’accès privilège que m’a accordé Flamant Noir sur Net Galley, je peux découvrir sans attente et en avant-première (parution le 29 avril) ce roman.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Flamant Noir (avec un merci tout particulier à Nathalie) et Net Galley pour leur confiance.

Flamant Noir offre à Lise Pradère et à son roman une seconde jeunesse, En Quête D’Elena a en effet d’abord vu le jour en 2017 en auto-édition grâce à la plateforme IggyBook. Un second souffle qui devrait lui permettre de toucher un public plus large et, c’est tout le bien que je lui souhaite en tout cas, de prendre réellement son envol.

Pour être tout à fait franc, je n’avais pas prévu de lire ce roman dès maintenant, c’est par curiosité que je l’ai ouvert, je comptais lire le premier chapitre juste pour voir ce que ça donnait. Sauf que j’ai été immédiatement happé par l’intrigue et les personnages, plus moyen de le lâcher avant de connaître le fin mot de l’histoire !

Il faut dire que le commandant Antoine Gignac est un personnage à qui l’on s’attache rapidement.

Dans le privé il est divorcé et père d’un ado, il est resté très proche de son ex-femme et entretient une relation fusionnelle avec son fils (avec qui il partage une passion pour le rugby). Originaire du Sud-Ouest il a parfois bien du mal à se faire au tumulte de la vie parisienne.

Professionnellement il est efficace, persévérant et un tantinet électron libre ; dans cette affaire il va développer une relation particulièrement intense avec la victime, pas question pour lui de renoncer à son enquête, quels que puissent être les éventuels enjeux supérieurs de l’affaire.

Heureusement il ne sera pas seul pour mener à bien son enquête, il peut en effet compter sur le soutien sans faille de son équipe et même de sa hiérarchie.

Tous les personnages sont impeccablement travaillés, quel que soit leur niveau d’implication dans le déroulé de l’intrigue.

Une intrigue à dimensions multiples qui entraînera le lecteur de la région parisienne au large de la Norvège en passant par l’Isère ; sans oublier le Turkménistan qui reste en toile de fond.

Une intrigue qui va s’orienter vers plusieurs pistes, du crime passionnel au crime organisé, en passant par l’assassinat politique. Rien n’est laissé au hasard, Lise Pradère garde le cap sans jamais faillir. Bien malin celui qui saura démêler le vrai du faux dans ce sac de nœuds.

Un récit richement documenté, mais toujours accessible, il faut dire que le style de l’auteur s’accorde parfaitement à une lecture d’une grande fluidité (pour ma part je l’ai dévoré le temps d’un weekend).

J’ai lu dans une interview de Lise Pradère qu’elle souhaitait mettre à nouveau en scène le personnage d’Antoine Gignac, j’espère sincèrement que son passage chez Flamant Noir lui permettra de donner suite à son projet. Je ne vous cacherai pas que je n’aurai rien contre le fait de le retrouver sur une (et plus si affinités) nouvelle enquête.

Le hasard de mes lectures a voulu que je croise, coup sur coup, un personnage nommé Karim Amrani (déjà présent dans le roman de Guillaume Musso) ; pas de bol pour ses éventuels homonymes, dans les deux cas l’individu n’a pas vraiment le profil du gendre idéal.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Niklas Natt och Dag – 1793

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N. Natt och Dag - 1793
Titre : 1793
Auteur : Niklas Natt och Dag
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Suède (2017)
448 pages

De quoi ça cause ?

Automne 1793. Mickel Cardell, vétéran de guerre revenu du front avec un bras en moins, extrait des eaux boueuses d’un lac de Stockholm un cadavre atrocement mutilé.

L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi réputé pour sa droiture atteint d’une tuberculose au stade terminal. Pour espérer mener à bien son enquête, il va devoir convaincre Mickel Cardell de lui prêter main-forte…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Est-ce encore besoin de poser cette question quand l’éditeur est Sonatine ? Tout simplement parce qu’il le vaut bien comme dirait l’autre…

Parce que ce roman illustre parfaitement la richesse et la diversité du catalogue de l’éditeur. Certes c’est un polar, genre de prédilection de Sonatine, mais un polar qui vous invite à découvrir la Suède en cette fin de XVIIIe siècle…

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous me dites « littérature nordique », je pense instinctivement littérature policière (incluant les romans noirs et les thrillers) ; je sais que c’est plutôt réducteur, d’autant que j’ai lu des auteurs scandinaves qui ne font dans le polar (je pense notamment à Jonas Jonasson et Fredrik Backman, qui sont plus habitués à jouer avec nos zygomatiques qu’avec nos nerfs)… mais c’est comme ça, on va dire que c’est l’effet Millénium (loin de moi l’idée de prétendre que Stieg Larson a été un précurseur du polar nordique).

Je ne sais pas vous, mais personnellement j’aurai été bien incapable de vous faire un topo, même sommaire, sur le contexte historique de la Suède en 1793. Un choix qui ne doit pourtant rien au hasard comme nous l’explique Niklas Natt och Dag dans sa postface (et comme nous le constaterons à la lecture du roman).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je ne peux que m’incliner devant le monumental travail de documentation que doit demander la rédaction d’un roman historique, il faut à la fois rester fidèle à l’Histoire et accepter de prendre quelques libertés avec la réalité afin de coller aux besoins de la fiction. A ce titre l’auteur tire formidablement son épingle du jeu, en combinant des personnages et des faits ayant existé et d’autres, issus de son imagination ; dès les premières pages, on est en totale immersion dans le Stockholm au crépuscule du XVIIIe siècle.

Malgré la présence d’une carte (très belle, soit dit en passant) de Stockholm au début du roman, il faut un peu de temps pour prendre ses marques (il faut dire que les différents quartiers de la ville portent des noms à coucher dehors pour le lecteur non scandinave). Cela ne nuit en rien au plaisir de la lecture, il n’est d’ailleurs pas indispensable de chercher à se repérer pour apprécier pleinement ce bouquin.

Une intrigue portée par deux enquêteurs que tout oppose, mais qui s’avéreront complémentaires (une recette qui a maintes fois prouvé son efficacité) ; Mickel Cardell se laisse guider par la force et l’instinct alors que chez Cecil Winge est plutôt commandé par l’esprit et la réflexion. Deux fortes personnalités qui se dévoileront et s’affirmeront au fil des chapitres.

D’autres personnages sont appelés à jouer un rôle essentiel dans la résolution de l’énigme à laquelle sont confrontés Winge et Cardell ; toutefois je préfère ne pas approfondir ce sujet. Le plaisir de la découverte n’en sera que plus grand (même si parfois éprouvant).

L’intrigue est parfaitement maîtrisée par l’auteur, il mène le lecteur là où il veut le mener et au rythme qu’il a choisi de lui imposer. Le roman s’articule en quatre parties, la dernière étant la suite directe de la première ; les deux autres étant des flashbacks dont le rapport avec l’enquête ne saute pas tout de suite aux yeux… Laissez vous guider par Niklas Natt och Dag, la traversée sera parfois houleuse, mais rien n’est laissé au hasard.

Un voyage dans le temps et dans l’espace fortement teinté de noir (pour l’ambiance générale du récit) et de rouge (pour le sang versé). Forcément on n’en sort pas totalement indemne, ça secoue un peu, mais il faut bien se l’avouer, c’est ce que nous recherchons avec ce genre de roman.

Pour l’auteur le challenge (loin d’être gagné d’avance pour un lecteur un tantinet hermétique à l’Histoire comme moi) est remporté haut la main. Immersion totale dans l’intrigue, j’ai rarement autant regretté de ne pas avoir plus de temps libre à consacrer à une lecture.

Un coup double (coup de cœur et coup de poing) amplement mérité !

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Edmonde Permingeat – Sans Mon Ombre

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E. Permingeat - Sans Mon Ombre
Titre : Sans Mon Ombre
Auteur : Edmonde Permingeat
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2019
Origine : France
440 pages

De quoi ça cause ?

Lors d’une dispute Alice, tue accidentellement sa sœur jumelle, Célia. Alice, qui a toujours pris ombrage de sa sœur, fait disparaître le corps et décide de prendre sa place.

Elle ne tarde pas à découvrir que, au-delà des apparences, la vie de Célia était loin d’être idyllique. Mais Alice est déterminée à tout mettre en oeuvre afin que son rêve ne se transforme pas en cauchemar…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions de L’Archipel sont désormais partenaires de Net Galley.

Leur premier titre proposé étant un thriller psychologique, j’ai sauté sur l’occasion pour leur souhaiter la bienvenue.

Ma demande ayant été acceptée, il ne me restait plus qu’à me lancer à la découverte de ce roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions de L’Archipel et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation pour ce titre.

Le roman s’ouvre un meurtre, ou plus exactement violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner pour reprendre le terme juridique approprié. Un début plutôt classique pour un thriller, même si on connaît l’assassin (Alice), son mode opératoire (une rafale de claques dans la tronche) et son mobile (une jalousie maladive à l’encontre de sa sœur).

La suite logique des choses serait qu’il y ait enquête, et ben non. Pas vu, pas pris pour ainsi dire, et les amateurs du genre le savent mieux que personne : pas de bras, pas de chocolat… ah non, c’est pas ça ; voilà qui devrait être plus approprié : pas de corps, pas d’homicide ! Soit dit en passant cette dernière affirmation n’a strictement aucune valeur légale, c’est juste plus compliqué de prouver le crime en l’absence de cadavre.

Edmonde Permingeat nous offre donc un thriller qui n’a rien de policier, son credo avec ce roman c’est de tout miser sur l’aspect psychologique de l’intrigue. La force d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, aucun droit à l’erreur sinon la sauce risque de ne pas prendre. Et l’auteure tire parfaitement son épingle du jeu dans ce domaine, la mayonnaise prend et s’avérera même succulente (n’allez pas vous imaginez que je bouffe de la mayo à la louche… rien que d’y penser ça me flanque la nausée).

Bien qu’écrit à la troisième personne, le roman vous invite à vivre l’intrigue à travers le personnage d’Alice. Une femme dotée d’une forte personnalité et d’un tempérament plutôt fougueux, elle s’efforce de mener une vie sans contraintes ni attaches et surtout sans jamais se soucier des autres. Une vie à l’opposée de celle que mène sa sœur, Célia, femme au foyer effacée qui s’occupe de ses deux filles. Et pourtant Alice ne peut s’empêcher de jalouser cette sœur qu’elle surnomme avec mépris l’autre ; l’accusant même de l’empêcher de s’épanouir pleinement tant elle lui fait de l’ombre.

Comme vous pouvez le constater, Alice n’est pas franchement une blanche colombe et l’auteure ne fait rien pour nous la rendre plus sympathique. Le fait qu’elle bute sa frangine dès les premières lignes du roman ne jouera pas franchement en sa faveur.

Donc notre chère Alice décide, une fois son sinistre forfait accompli, d’endosser la vie de Célia sans toutefois renoncer complètement à être elle-même. L’occasion pour elle de découvrir que, au-delà des apparences, sa sœur ne vivait pas une vie idyllique. Son quotidien était meublé de faux-semblants, non-dits, mensonges, tromperies, trahisons… une vérité insoupçonnable vue de l’extérieur !

Mais il en faut plus que ça pour que Alice renonce à son plan. Là où Célia courbait l’échine, elle va montrer les crocs… mais point trop n’en faut si elle ne veut pas prendre le risque de se trahir.

Il faut dire qu’elle est tombée au milieu d’un sacré panier de crabes vérolés ! Un mari qui la cocufie sans vergogne et prend un malin plaisir à la rabaisser et l’humilier. Une belle-mère et une belle-sœur qui sont de véritables langues de putes. On est loin de la famille formidable ! Et ce n’est guère plus reluisant du côté des amis…

Edmonde Permingeat nous livre une chronique familiale glauque à souhait, mais parfaitement maîtrisée. Le bouquin devient rapidement addictif, difficile en effet de lâcher prise avant de savoir comment tout ça va se terminer.

J’aurai aimé un final encore plus sombre, je trouve en effet que certains personnages s’en sortent bien mieux qu’ils ne le méritent. Un choix de l’auteure histoire de confirmer l’adage : bien mal acquis ne profite jamais. Une morale amorale en quelque sorte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Anthony Neil Smith – Lune Noire

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A. Neil Smith - Lune Noire
Titre : Lune Noire
Auteur : Anthony Neil Smith
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA (2008)
304 pages

De quoi ça cause ?

Billy Laffite est adjoint au shérif du comté de Yellow Medicine. Il a une vision très personnelle de la loi et n’hésite pas à franchir la ligne jaune pour arriver à ses fins.

Quand son amie, Drew, lui demande d’aider son petit copain, une petite frappe notoire qui s’est une fois de plus mis dans la merde, il n’hésite pas avant de prendre les choses en mains, bien décidé à gérer la question à sa manière.

Billy Laffite ne le sait pas encore, mais il vient de mettre les pieds dans une mécanique qui le dépasse largement. Quand les premiers cadavres font leur apparition, il est déjà trop tard pour faire machine arrière…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, comme d’hab.

Avant même la parution du bouquin, j’avais flashé sur sa couv’.

Parce que j’adore les flics borderline (et plus si affinités).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre… oups on rembobine, me suis trompé de bande !

Au commencement (comprendre au début du présent bouquin), on fait connaissance avec Billy Laffite alors qu’il est détenu par le FBI. On apprend assez rapidement que Laffite n’est pas franchement du genre incorruptible, loin s’en faut ! Du coup on a envie de comprendre comment il est arrivé là…

Vous vous demandez peut-être si je ne suis pas en train de vous faire un bis repetita de ma chronique de Corruption, le roman de Don Winslow, qui fut mon coup de cœur 2018. Que nenni ! Je reconnais volontiers que les deux romans débutent de façon assez similaire, mais Anthony Neil Smith s’engage rapidement sur une voie radicalement différente de celle empruntée par Don Winslow.

Si vous aimez les romans noirs bien noirs (humour compris) ? Vous en avez marre de ces héros qui pensent et lavent plus blanc que blanc ? Vous voulez un héros bad ass pur jus ? Alors incontestablement Lune Noire est le bouquin qu’il vous faut !

Histoire de vous plonger au cœur de l’action Anthony Neil Smith opte pour un récit à la première personne, vous voilà dans la peau de Billy Laffite. Un costume qui peut parfois piquer aux entournures, plus encore que l’horrible pull en laine miteux offert par mamie à Noël dernier !

Passe encore que Billy soit roublard, menteur, fonceur, magouilleur, queutard, un poil alcoolo, un brin suicidaire… j’en passe et des meilleurs ! Il est aussi et surtout doté d’un tempérament sanguin qui va systématiquement privilégier l’instinct à la réflexion ; pour le meilleur (parfois) ou pour le pire (souvent)…

Le genre de gars que l’on serait tenté de prendre en grippe d’entrée de jeu ; eh bien non ! Je n’irai pas jusqu’à dire qu’à force de voir les choses à sa manière ou fini par adopter sa façon de faire et de penser, mais il n’en reste pas moins que l’auteur sait y faire pour nous rendre son antihéros sympathique et attachant (même si parfois on a envie de lui foutre des baffes).

Tout comme je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est foncièrement bon dans le fond (ou alors il faut creuser longtemps) mais il n’en reste pas moins qu’il a un grand cœur. La preuve ? C’est en voulant aider une amie (avec, il est vrai, une arrière-pensée lubrique) qu’il se retrouve impliqué dans une affaire de sûreté nationale et de terrorisme.

Face à lui, l’agent fédéral Franklin Rome, convaincu plus que de raison (à ce stade c’est même maniaco-obsessionnel) que Laffite est en lien direct avec ce réseau terroriste. Sûr de son bon droit Rome va tout mettre en oeuvre pour obtenir des aveux.

Le bouquin ne se limite pas une confrontation entre Laffite et Rome, il est bien plus dense que cela et fait intervenir de nombreux autres acteurs. C’est volontairement que je passe sous silence le cœur même de l’intrigue et le rôle de ces autres personnages. C’est un roman qui mérite d’être effeuillé progressivement afin d’en savourer chaque instant… laissons au seul lecteur la seule jouissance de le déflorer à son rythme.

Quand je suis arrivé à la fin du roman mon premier réflexe a été de me dire : « Ah bin merde alors, c’est déjà fini« . Il faut dire que ce final sonne un peu comme le top départ d’un second round. Et second round il y aura bel et bien puisque Sonatine va nous proposer de retrouver Billy Laffite en septembre avec le roman Bête Noire. Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, un troisième tome est déjà disponible en VO ; on peut légitimement espérer le voir figurer dans le prochain catalogue de l’éditeur.

Avec ce roman Sonatine ose, une fois de plus, proposer un titre qui sort des sentiers battus, et c’est justement pour ça que l’on aime cette maison d’édition.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] John Wainwright – Une Confession

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J. Wainwright - Une confession
Titre : Une Confession
Auteur : John Wainwright
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA (1984)
272 pages

De quoi ça cause ?

Source : 4ème de couverture

À cinquante ans, John Duxbury est secrètement déçu par son existence. Son travail est devenu une routine, son mariage sombre dans la grisaille, il ne sait plus comment être heureux.

Bientôt, c’est un drame qui s’abat sur lui. Alors qu’il est en vacances avec sa femme, Maude, celle-ci fait une chute mortelle. Quelques temps plus tard, un homme se présente au commissariat. Il a été témoin des faits et prétend que c’est John qui a poussé sa femme dans le vide. L’inspecteur Harker, chargé de l’enquête, s’engage à corps perdu dans la recherche de la vérité, jusqu’à l’ultime face-à-face.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine serait une réponse qui se suffirait à elle-même.

Parce que John Wainwright est l’auteur de A Table ! et que Claude Miller s’est inspiré de ce roman pour réaliser l’excellent Garde A Vue ; une inoubliable confrontation verbale et psychologique entre Lino Ventura (le flic) et Michel Serrault (le suspect) sur des dialogues de Michel Audiard. Culte !

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée. J’espérais proposer une chronique en avant-première, mais mon emploi du temps professionnel m’a privé de cette opportunité.

Le bouquin s’articule autour d’une alternance de chapitres passant d’une version des faits (un accident ?) à l’autre (un meurtre ?). John Duxbury affirme que la mort de sa femme est accidentelle et nous expose ses vues dans son journal intime. Pour Harry Harker, l’inspecteur chargé de démêler le vrai du faux dans cette affaire, les choses ne sont pas simples ; pour se faire sa propre idée, il va décortiquer les faits et poser des questions à qui de droit, sans forcément y mettre les formes.

Et toi ami lecteur qui vas tu croire ? Tout semble en effet indiquer que John Duxbury n’est pas un mauvais bougre alors que le côté pitbull de Harker n’encourage pas vraiment à l’empathie. Mais force est de reconnaître que c’est un aussi sacré bon enquêteur qui ne prend pas sa tâche à la légère, pas question de lâcher le morceau avant d’être sûr de son fait ! Du coup le lecteur hésite et doute au fil des chapitres, on sent que la confrontation finale ne sera pas une promenade de santé ; et sur ce coup John Wainwright tient toutes ses promesses et va même au-delà. Bien malin celui ou celle qui pourra dire en toute honnêteté « Je le savais » ou « J’en étais sûr » au moment où la vérité sera révélée.

Et dire que le public français aura dû attendre 35 ans pour découvrir cette pépite ! Mais après tout peut-être sommes-nous, avec le recul, plus à même d’apprécier pleinement l’ambiance délicieusement eighties qui se dégage du roman. Mais ne vous fiez pas aux apparences, John Wainwright saura mettre vos nerfs à rude épreuve au fil des pages.

Un roman porté par ses personnages plus que par son intrigue à proprement parler, peu d’action, mais une dimension psychologique juste énorme et superbement maîtrisée par l’auteur. Je serai tenté de définir ce roman comme un polar noir minimaliste, minimaliste étant alors à prendre comme un compliment. Il démontre en effet qu’une intrigue relativement simple, sans déployer une débauche de séquences-chocs, mais portée par des personnages forts peut faire mouche avec autant de force qu’un thriller sanguinolent.

John Wainwright a été un auteur des plus prolifiques avec plus de 83 romans à son actif, seule une petite douzaine d’entre eux ont bénéficié d’une traduction en français. Du coup je me demande combien de pépites du genre sont encore méconnues du public francophone.

Un roman est relativement court (moins de 300 pages), découpé en quatorze parties qui vont à l’essentiel ; une écriture riche qui n’use pas de figures de style inutilement pompeuses. Bref, tout est fait pour assurer une lecture fluide et agréable.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Amélie Antoine – Raisons Obscures

AU MENU DU JOUR

A. Antoine - Raisons Obscures
Titre : Raisons Obscures
Auteur : Amélie Antoine
Éditeur : XO Éditions
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Juin 2017. Un coup de téléphone de la police va voir le quotidien des familles Kessler et Mariani s’effondrer.

Quelques mois plus tôt, à l’occasion de la rentrée des classes. C’est pour la famille Kessler l’occasion de prendre un nouveau départ après leur récent déménagement. Jusqu’à ce que Laetitia, la mère, croise par hasard son premier amour de jeunesse.

Dans la famille Mariani c’est Frédéric, le père qui doit composer avec une mise au placard professionnelle et Claire, la mère, avec les aboiements incessants du chien du voisin.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour me sortir de ma zone de confort (polars et thrillers) et parce que ça faisait déjà quelque temps que j’avais envie de découvrir l’univers, très éclectique, d’Amélie Antoine.

Parce que les éditions Xo et Net Galley ont répondu favorablement à ma demande.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Une histoire de familles en apparence ordinaires qui n’avait, de prime abord, pas grand-chose pour me séduire. D’un côté madame cède au démon de midi en retombant dans les bras de celui qui fut son premier amour. De l’autre monsieur essaye de donner le change face à une mise au placard professionnelle qui le mine bien plus qu’il ne voudrait se l’avouer.

C’est ce à quoi laisse penser toute la première partie de ce bouquin. Des histoires sommes toutes assez banales, mais heureusement fort bien écrites. Sous la plume d’Amélie Antoine, ses personnages prennent véritablement vie, on partage leurs moments de questionnements et de doutes comme s’ils étaient nos voisins (sauf que je suis un tantinet ours asocial et que je limite à la stricte courtoise mes contacts avec mes voisins).

Mais cette apparente normalité tranquille n’est que la partie visible de l’iceberg. Les parents Kessler et Mariani ne voient pas (et nous non plus du coup) qu’un véritable drame est en train de couver sous les non-dits et les mensonges pour continuer de donner le change.

Dans la seconde partie de son roman, l’auteure donne la parole aux enfants, Sarah Mariani et Orlane Kessler. Et le voile se lève sur la partie immergée de l’iceberg, le lecteur assiste impuissant (et un tantinet énervé il faut bien se l’avouer) à un drame dont on devine (en partie seulement) les conséquences tragiques.

Un drame malheureusement tout aussi ordinaire de nos jours puisqu’il est question de harcèlement scolaire. Brimade après brimade, humiliation après humiliation, on sent l’issue fatale pointer le bout de son nez sans rien pouvoir faire pour renverser la vapeur et changer le cours des choses. Rarement j’ai autant espéré me tromper sur la fin d’un roman… sans ce foutu coup de fil qui ouvre le bouquin, et qui clôt la première partie, on aurait presque pu y croire.

Là encore la plume d’Amélie Antoine est implacable. Elle nous plonge dans les pensées d’une persécutrice qui ne se rend pas vraiment compte du mal qu’elle fait, et d’une persécutée qui s’enfonce inexorablement sur un chemin sans retour. Une expérience nerveusement éprouvante, mais un formidable talent de conteur devant lequel je ne peux que m’incliner.

Il serait tentant de jeter la pierre aux parents en les accusant d’être tellement focalisés sur leurs « petits » tracas qu’ils n’ont pas vu ce qui se jouait quasiment sous leurs yeux ; mais bien malin(e) celui ou celle qui peut affirmer, en toute honnêteté, que ça n’aurait jamais pu arriver à ses propres enfants. Surtout quand, comme c’est le cas ici, l’enfant victime prend sur lui.

Amélie Antoine le dit fort justement dans son interview sur le site de l’éditeur :

La question à laquelle j’avais envie – besoin – de réfléchir, c’était celle de savoir (sans aucun jugement) comment il est possible de passer complètement à côté de la souffrance de son enfant, comment on peut penser le connaître et se rendre compte – trop tard – qu’il n’en est rien…

Et un peu plus tard dans le même entretien :

Certes, les parents Kessler et Mariani sont pris par d’autres choses, comme n’importe quels êtres humains, mais ils n’en sont pas moins aimants ou attentifs… De l’autre côté, il y a des enfants qui se taisent, qui se murent dans le silence, qui ne veulent pas déranger, pas trahir, pas se montrer faibles…

Un roman qui, contre toute attente, m’a pris aux tripes. Mais comme je suis aussi un tantinet maso sur les bords, il m’a aussi donné l’envie d’aller plus avant dans la découverte des romans d’Amélie Antoine.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Dathan Auerbach – Bad Man

AU MENU DU JOUR

D. Auerbach - Bad Man
Titre : Bad Man
Auteur : Dathan Auerbach
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
448 pages

De quoi ça cause ?

Ben, 15 ans, se rend au supermarché accompagné de son petit frère, Eric, 3 ans, il suffit d’une seconde d’inattention pour que ce dernier disparaisse sans laisser la moindre trace.

Cinq ans plus tard, Ben est embauché comme magasinier dans ce même supermarché. Le jeune homme n’a jamais renoncé à l’idée de retrouver son frère disparu ; cet emploi pourrait être l’occasion d’explorer de nouvelles pistes dans sa quête de la vérité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est en parcourant le calendrier des sorties que je suis tombé sur ce bouquin. Comme souvent c’est d’abord la couv’ qui a retenu mon attention, le pitch n’a fait qu’attiser un peu plus ma curiosité et mon intérêt.

Les éditions Belfond et Net Galley ayant répondu favorablement à ma demande, j’avais alors toutes les cartes en main pour voir si ce roman tiendrait toutes ses promesses.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley qui ont accepté ma sollicitation.

Ne passez pas votre chemin avec un dédaigneux : « encore une histoire de disparition » ; vous passeriez à côté de l’essence même de ce roman. Certes le bouquin s’ouvre sur un enfant qui disparaît, très probablement victime d’un enlèvement ; mais si le point de départ est relativement classique, la suite des événements l’est nettement moins…

Exit l’enquête de police au lendemain de ladite disparition. Au lieu de ça Dathan Auerbach démarre véritablement son intrigue cinq ans après la disparition d’Eric. On retrouve Ben, un grand frère rongé par la culpabilité (avérée ou non, la question ne manquera pas de revenir sur le tapis au fil des chapitres) mais qui garde au fond de lui l’espoir de retrouver son frangin.

Il faut dire qu’il n’est pas aisé pour Ben de se reconstruire au sein de sa famille, chacun gérant à sa façon la douleur et la peine. Pour Clint, son père, essayer de ne pas évoquer ce qui s’est passé pourrait être la voie vers la guérison. Alors que Deirdra, sa belle-mère, semble entretenir sa douleur en vouant un véritable culte à Eric ; et en considérant Ben comme l’unique responsable de sa disparition.

L’auteur livre le portrait d’une famille explosée par le drame qui les a frappés, un portrait poignant à la fois par sa justesse que par sa dureté. Une famille étouffée par les non-dits qui peine, à renouer de véritables liens (le veulent-ils vraiment ?). Une famille au bord de l’implosion, à travers le portrait que nous dresse l’auteur on devine que le moindre pet de travers peut faire voler en éclat cet équilibre de façade.

Le fait que Ben trouve un job précisément dans le supermarché où Eric a disparu ne va certainement pas contribuer à la bonne ambiance familiale. Mais ce sera aussi pour Ben l’occasion de s’extirper de ce cocon familial anxiogène… quoique, les événements pourraient bien s’avérer encore plus éprouvants pour un jeune homme déjà bien malmené par la vie.

Bien qu’écrit à la troisième personne le roman vous invite à partager l’expérience vécue par Ben, et le moins que l’on puisse dire c’est que la traversée en sa compagnie ne sera pas de tout repos. Si le plus souvent vous aurez envie de le soutenir dans ce qu’il traverse, force m’est d’avouer que j’ai eu parfois envie de lui cogner la tête contre les murs pour lui faire comprendre qu’il ne pouvait que faire fausse route.

Il est des romans avec lesquels vous vous laissez (mal)mener par l’auteur sans réellement chercher à démêler le sac de nœuds dans lequel il vous embarque; d’autres au contraire où vous ne pourrez vous empêcher, au fil de la lecture, d’échafauder des hypothèses encore et encore… quitte à ce qu’elles soient complètement contradictoires les unes par rapport aux autres et parfois même contraires à votre intime conviction. C’est exactement l’effet que m’a fait le roman de Dathan Auerbach, impossible d’être simple spectateur de son intrigue… Et je ne vous cacherai pas que si je me suis approché de la vérité, j’étais loin d’imaginer que la clé de l’énigme serait aussi tordue (dans le bon sens du terme).

La majeure partie du roman va se dérouler au sein de ce fameux supermarché, en dehors des heures d’ouverture ; Ben y rencontrera des collègues de travail et devra bien entendu côtoyer son patron. Si certains personnages vous apparaîtront plus sympathiques que d’autres, vous ne pourrez vous empêcher, tout comme Ben, de vous poser, tôt ou tard, des questions sur chacun d’entre eux.

L’accroche du roman fait référence au Shining de Stephen King, si la comparaison peut sembler audacieuse il n’en reste pas moins vrai que ce supermarché finira par devenir aussi flippant que l’Overlook Hotel ; bien que situé dans un milieu nettement moins hostile. On en arriverait presque à le considérer comme étant un personnage (malsain) à part entière de l’intrigue.

Bad Man est le second roman de Dathan Aurbach, mais le premier traduit en français. S’il n’est pas exempt de défauts (certains points auraient mérités d’être approfondis), ça reste pour moi une fort sympathique découverte. Un thriller à l’intrigue rondement menée qui n’en finira pas de vous faire tourner en bourrique.

MON VERDICT