[BOUQUINS] Loiseau & Rambaud – L’Énorme Enquête

Un garde forestier est retrouvé mort dans la rue, un couteau planté dans la poitrine. Mais la rigidité cadavérique a été tellement rapide que le corps n’est pas tombé au sol. Et, si le couteau, qui s’est plié sous l’impact, a traversé le torse de la victime en y faisant des détours, il n’a touché aucun organe vital. Une bien mystérieuse enquête s’annonce pour Commissaire et Inspecteur.

Je remercie les éditions Delcourt et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

D’emblée l’accroche des éditions Delcourt annonce la couleur : « Tous les éléments sont réunis pour une Énorme Enquête plongée dans l’absurde, dans la lignée des Nuls. » Et le moins que l’on puisse dire c’est que cette enquête ressemble effectivement davantage à La Cité De La Peur qu’à du polar pur jus façon Scorcese ou De Palma.

Adeptes d’intrigues tarabiscotées passez votre chemin, ici vous aurez surtout le droit à une succession de gags où l’improbable côtoie l’absurde, et ce aussi bien dans les situations que dans les dialogues. À commencer par les enquêteurs surnommés simplement Inspecteur et Commissaire (mais l’on croisera aussi FBI et bien sûr l’inévitable Tueur).

Autant je considère le film des Nuls, La Cité De La Peur, comme un joyau d’humour absurde et déjanté ; autant j’ai eu un peu plus de mal avec cette BD. Certes difficile de ne pas sourire devant l’imagination débridée de Lorrain Loiseau, mais force est de constater que l’ensemble manque cruellement de cohésion et de profondeur.

J’ai aussi eu du mal avec le dessin hyper simpliste de Yann Rambaud, notamment concernant le manque d’expressivité des personnages. Que le dessinateur joue sur les différentes teintes de gris n’a rien de rédhibitoire, en revanche j’aurai vraiment apprécié qu’il accorde plus de soins à ses personnages.

Nul doute que les auteurs ont dû s’éclater pour nous concocter cet album (jusqu’à la dernière page, ils jouent avec les codes). Merci à eux pour cet instant de bonne humeur mais je reste tout de même sur ma faim au niveau de l’intrigue épaisse comme une feuille de papier toilette bon marché.

[BOUQUINS] Bécu & Trifogli – Morpheus

Depuis l’apparition du virus Morpheus, l’humanité est condamnée au sommeil vingt heures par jour. Pour tenter de survivre à ce chaos, les principales capitales ont déclaré leur indépendance dans une Europe au bord de l’implosion.

A Prague, la mercenaire Juliette tente d’offrir une vie décente à sa fille en multipliant les missions périlleuses et en prenant des drogues pour rester éveillée. Sa rencontre avec le professeur Ivanov lui redonne l’espoir d’éradiquer le virus et de sauver sa fille.

Commence alors pour eux une course frénétique à travers le no-man’s land européen, avec plusieurs groupes armés à leurs trousses…

Je remercie Les Humanoïdes Associés et la plateforme Net Galley pour leur confiance.

Yann Bécu s’est inspiré de l’univers imaginé lors de l’écriture de son roman Les Bras De Morphée pour construire le scénario de Morpheus.

Dans ce monde post-apocalyptique le méchant virus n’a pas éradiqué l’humanité mais la condamne à de longues phases de sommeil (20 heures par jour). Les grandes capitales européennes ont déclaré leur indépendance et vivent quasiment en autarcie. Le reste de l’Europe est devenu un vaste no man’s land où la survie s’organise tant bien que mal.

L’histoire commence à Prague, on y rencontre Juliette, une jeune femme qui vit seule avec sa fille, Chloé, et leur bot Teacher. Pour gagner sa vie elle exerce le métier de chasseuse, une espèce de mercenaire officielle. Elle vient justement se voir confier une mission consistant à déjouer les plans de Trolls (des terroristes opposés au pouvoir et à la science).

C’est au cours de cette mission qu’elle va sauver la vie du Pr Yuri Ivanov, un scientifique qui travaille depuis des années sur la recherche d’un remède à Morpheus. Recherches qui étaient quasiment abouties avant l’attaque des Trolls et la destruction de ses échantillons d’ADN archas (des humains naturellement immunisés contre le virus). Juliette y voit l’opportunité de soigner sa fille, mais cela implique de se rendre à Berlin alors qu’il est formellement interdit de quitter sa cité d’origine.

L’intrigue est originale en sortant du cadre post-apocalyptique habituel, les personnages sont bien travaillés (pas toujours évident de restituer des traits de personnalité via le format graphique).

Si je devais y trouver un bémol, je pourrais, en pinaillant, reprocher à l’intrigue une certaine linéarité. Les jours se suivent et se ressemblent avec leur lot de mauvaises rencontres tandis que la relation entre Juliette et Yuri évolue.

Le découpage irrégulier des différentes planches donne toutefois une réelle dynamique à l’intrigue. Ajoutez à cela le dessin très fin et soigné de Francesco Trifogli (aussi bien dans le traitement des décors que des personnages), associé à une mise en couleurs irréprochable d’Axel Gonzalbo et vous aurez une petite pépite, visuellement parlant.

Belle trouvaille aussi qu’est le traitement réservé aux bots, avec le temps (et les conséquences du virus), ils ont acquis une part d’humanité qui est parfaitement dosée pour interagir avec leurs interlocuteurs humains et entre eux.

Au niveau des surprises un peu moins agréables mais qui ouvrent toutefois de belles perspectives, ce roman graphique semble être le premier opus d’une série à venir. Dommage que rien ne l’indique sur la couv’ ou la page de titre, le lecteur le découvre en butant sur une fin des plus abruptes. Yapuka attendre la suite…

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – Noir Comme L’Orage

Après une nuit d’orage, alors que la saison touristique commence à peine, des corps sont découverts sur l’île d’Oléron et ses alentours, attachés à des pieux métalliques plantés dans le sable face à l’océan, foudroyés. Sept dépouilles au total. Et des modes opératoires très proches.

Le capitaine Max Fontaine, en poste à la PJ de La Rochelle, va aussitôt être chargé de l’affaire. Sa priorité : trouver le lien qui unit les victimes pour espérer remonter jusqu’à leur assassin. Il ne se doute cependant pas de la douloureuse épreuve personnelle qu’il s’apprête à traverser, ni de la solitude, de l’impuissance et de la rage qui vont l’habiter durant cette enquête. Car de nombreux obstacles se dresseront sur sa route avant qu’il puisse accéder à la vérité.

Parce que c’est Sonja Delzongle, une belle et grande plume de la littérature noire.

J’ajouterai la magnifique couv’ illustrée par une photo de Dean Gill, un authentique chasseur d’orages (voir son site), qui capte d’emblée le regard.

Je remercie chaleureusement les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ça commence fort avec quatre scènes de crimes et sept victimes. Un point commun relie ces macabres mises en scène, l’arme du crime – nettement moins commune que le fameux point –, qui n’est autre que la foudre. Vous vous en doutez la coupable n’est pas Mère Nature…

C’est le capitaine Max Fontaine et son équipe qui vont hériter de cette délicate enquête. Une enquête qui s’annonce complexe au vu du peu d’indices à disposition des policiers… et de la mauvaise volonté de certains de leurs interlocuteurs.

Du fait de son parcours personnel, le personnage de Max avait a priori tout pour attirer l’empathie des lecteurs, mais sa tendance à l’autoapitoiement aura été rédhibitoire pour moi.

Heureusement que son adjoint, Thomas Bergerac, n’est pas affligé du même syndrome de Caliméro. J’ai beaucoup aimé ce personnage, gentil et dévoué, mais aussi un peu fonceur.

Le personnage le plus trouble et le plus complexe reste incontestablement celui de Bénédicte Saint-Roch.  En refermant le bouquin, le voile n’est pas complètement levé sur les multiples facettes de cette personnalité hors norme.

D’autres personnages du roman vous réserveront quelques surprises, parfois bonnes, souvent mauvaises, mais je ne vous en dirai pas plus.

Comme souvent avec Sonja Delzongle, la dimension humaine occupe une place de premier choix dans ce roman. le parcours de Max s’y prête fort bien, mais l’auteure va au-delà de cette différence. Il y sera aussi question d’amour, d’amitiés, de relations familiales (souvent compliquées), de tolérance (et d’intolérance). Et comme le monde n’est pas tout rose, elle saura, avec son talent habituel, disséquer les aspects les plus sombres de l’âme humaine.

Une seconde intrigue, sous la forme d’un double homicide, va venir se greffer à la trame principale du récit. Autant l’enquête autour des foudroyés vous tiendra en haleine jusqu’au clap de fin, autant ce double meurtre ne vous réservera aucune surprise (on devine d’entrée de jeu la personne qui se cache derrière ce crime… il faut dire l’auteure en fait une parfaite tête à claques).

Sonja Delzongle a décidé de situer son intrigue en 2025, ce n’est certes qu’un détail sans importance sur le déroulé des événements, mais je m’interroge tout de même sur ce choix. Pourquoi ne pas avoir situé son intrigue de nos jours ?

À la lecture du roman, on devine un gros travail de documentation préalable autour des orages et des différents phénomènes qui y sont liés (dont la foudre bien entendu). C’est parfois technique, mais ça reste parfaitement compréhensible pour le profane (que je suis, soit dit en passant).

Si l’intrigue principale est rondement menée, je dois toutefois avouer que la fin m’a un peu donné l’impression de tomber comme un cheveu sur la soupe. Sur le coup je suis resté plus que perplexe devant cet ultime revirement de situation.

C’est la principale raison pour laquelle je me suis donné quelques jours pour rédiger la présente chronique (en général je ne prends aucun recul, j’écris à chaud). Je ne voulais pas que ce bémol final vienne ternir mon ressenti global.

[BOUQUINS] Olivier Bocquet & Anlor – Ladies With Guns – Tome 3

Mises au fer comme des criminelles sanguinaires, Kathleen, Daisy, Chumani et Cassie sont envoyées au pénitencier. Mais dans cet enfer de travaux de force et d’humiliations, l’hostilité des gardiens et la convoitise des détenus sont bousculées par l’arrivée de ces détenues d’un autre genre. A priori, pas le lieu idéal pour faire d’heureuses rencontres.

Mais ça, c’est sans compter leur petit caractère et aussi qu’une lady manque à l’appel…

Rien ne va plus pour nos ladies de l’Ouest ! Quatre d’entre elles ont été capturées par les autorités et sont expédiées dans un pénitencier. Seule Abigaïl a réussi à échapper aux chasseurs de primes lancés à leurs trousses.

Notre « brave » directeur va se retrouver bien emmerdé face à ces nouvelles arrivées dans son établissement. C’est le genre de surprise dont il se serait volontiers passé. Forcément, l’arrivée de quatre nanas dans un univers exclusivement masculin – des détenus aux gardiens en passant par le personnel administratif –, risque de faire quelques étincelles. D’autant que ces messieurs sont graves en en manque… mais nos quatre ladies ne comptent pas s’en laisser compter, elles vendront leur peau chèrement !

Un tome très différent des deux précédents du fait du contexte. Les ladies – sans leurs guns – vont devoir affronter le harcèlement et la lubricité des humains dans un milieu des plus hostiles. Mais aussi déterminées soient-elles à rendre coups pour coups, elles ont bien conscience que leurs jours sont comptés entre ces murs. Vous l’aurez compris, leur seule issue reste l’évasion… plus facile à dire qu’à faire.

On retrouve le cocktail justement dosé entre action et humour, avec ce petit quelque chose en plus qui rend nos ladies plus attachantes que jamais. Je vous rassure tout de suite on retrouve aussi la griffe Tarantino-like dans la dernière partie du bouquin.

Au fil des flashbacks qui émailleront le récit, nous découvrirons un épisode de la vie d’esclave d’Abigaïl.

Les dessins d’Anlor et la mise en couleurs par Elvire De Cock donnent vie à l’intrigue imaginée par Olivier Bocquet. On retrouve une mise en page non uniforme qui s’adapte parfaitement aux différentes phases du récit.

Ce troisième opus marque la fin du premier cycle de la série. C’est donc avec grand plaisir que je retrouverai nos cinq ladies, aussi déjantées que sympathiques, pour de nouvelles aventures. Une série qui décline à la perfection le western au féminin – et un tantinet féministe !

[BOUQUINS] Christophe Royer – Famille Décomposée

À Lyon, au cimetière de Loyasse, un homme est retrouvé assassiné près de la tombe d’un célèbre guérisseur. Découvert par sa mère, tout porte à croire que ce meurtre n’est que le début d’une longue cabale déclenchée contre la famille Daventure.

De par sa complexité, cette nouvelle affaire est un défi de taille pour le commandant Nathalie Lesage et son équipe.

Dans les rues d’un Lyon aussi secret que mystérieux, où la petite histoire va croiser la grande, cette enquête va bouleverser la vie de notre héroïne…

Trois mots pour répondre à cette question : Taurnada, Royer et Lesage.

Taurnada parce que c’est une maison d’édition chère à mon cœur dont le catalogue regorge de pépites.

Christophe Royer parce que j’ai beaucoup aimé ses quatre précédents romans. Et de fait, celui-ci est la quatrième enquête mettant en scène Nathalie Lesage.

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée depuis déjà quelques années (un échange commencé en 2017 avec le livre de Thierry Poncet, Zykë – L’Aventure).

Après une escapade albigeoise des plus périlleuse, retour au bercail pour cette nouvelle enquête. Nathalie Lesage retrouve la ville de Lyon et son équipe avec la découverte d’un corps laissé en évidence sur la tombe d’un célèbre guérisseur. Une mise en scène qui avait pour seul objectif que ce soit la mère de la victime qui découvre le cadavre.

Une fois de plus Christophe Royer s’inspire du passé historique de la capitale des Gaules (titre que la ville de Lyon a porté jusqu’en l’an 297… il faut croire que les habitudes ont la dent dure) et y ajoute une pointe d’ésotérisme elle aussi extraite de la réalité lyonnaise.

Ainsi le fameux Maître Philippe (Nizier-Anthelme Phlippe de son vrai nom) et son disciple Papus (né Gérard Encausse) ont bel et bien existé, leur réputation ayant même largement dépassé les limites de la ville de Lyon pour s’étendre à l’international. De même, l’ordre des martinistes, quoique plutôt discret, existe bel et bien et aurait même encore une réelle influence à Lyon.

Bien entendu, le personnage de Raspoutine, à la réputation parfois sulfureuse, est lui aussi un personnage historique. Même si dans le roman il ne fait aucun doute que son prétendu descendant n’est qu’un gros mytho qui use de cette influence pour asseoir son autorité sur la bande de décérébrés qui l’entoure (le tout appuyé par quelques accès de colère durant lesquels il laisse libre court à sa violence).

Revenons donc à nos moutons. Le roman s’ouvre sur un rendez-vous galant obtenu via un site de rencontre, Nathalie Lesage s’y rend à contrecœur, tout ayant été manigancé par son amie Diane avec la complicité de Cyrille. Une rencontre qui va d’abord faire sourire – l’heureux élu étant un grand costaud qui arrive vêtu d’un kilt en cuir – mais comme le dit fort bien le dicton « l’habit ne fait pas le moine ».

Rapidement, Nathalie est rappelée par la dure réalité de son métier avec une victime sur laquelle le ou les coupables semblent s’être acharnés plus que nécessaire. Devant le manque d’indice l’enquête piétine même s’il semble évident que c’est la famille Daventure qui est visée par cette macabre mise en scène.

Cette famille qui se cache sous un semblant de respectabilité et de religiosité (la matriarche ne jure que par Maître Philippe, le citant à n’en plus finir à la moindre occasion) m’a beaucoup fait penser à la chanson Ces Gens-Là de Jacques Brel. Tout pour la façade, mais quand on commence à creuser c’est une autre vérité qui se révèle.

Et puis, et puis, et puis il y a Frida… Sauf qu’elle s’appelle Romy dans le roman, une adolescente recueillie par les Devanture à la mort de son père. Une ado qui se donne des airs de rebelle, mais qui rêve de voler de ses propres ailes pour partir loin de cette famille de cinglés.

Une gamine qui ne devrait laisser personne indifférent tant elle est attachante. Pour vous dire, même Nathalie Lesage baisse la garde face à cette ado qui n’est pas sans lui rappeler l’adolescente qu’elle était.

L’intrigue est rondement menée, captivante de bout en bout. On se doute bien qu’il y anguille sous roche et que cette foutue anguille va nous coller une paire de claques monumentale. Et pourtant, je n’avais pas imaginé quelque chose d’aussi glauque !

Pour les lecteurs qui fréquentent Nathalie Lesage depuis déjà quelque temps (depuis ses débuts pour ma part), on assiste à une évolution des plus positive pour le personnage. Il était temps que Christophe Royer lui accorde sa part de bonheur. Mais pas question pour autant qu’il lui offre une retraite prématurée, j’espère bien la retrouver pour d’autres enquêtes.

[BOUQUINS] Louis-San – Jiken – Horreur Et Faits Divers Au Japon

Connaissez-vous Shoko Asahara, le gourou millénariste, Issei Sagawa, le cannibale, Sada Abe, la geisha tueuse ou encore Masahiko Takahashi, le « Jack l’Éventreur » japonais ?

Ces noms ne vous évoquent peut-être rien, mais je peux vous assurer qu’après avoir lu leur histoire, vous ne pourrez plus les entendre sans ressentir un frisson le long de votre échine…

Je m’appelle Louis-San et j’ai rassemblé dans ce recueil dix faits divers parmi les plus effroyables de l’histoire du Japon.

J’ai toujours (d’aussi loin que je m’en souvienne en tout cas), été fan des émissions et bouquins relatant des affaires criminelles. Pour tout vous dire, mon addiction a commencé avec Pierre Bellemare que j’écoutais sur Europe 1 (« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… » comme le chantait le grand Charles).

J’ai plusieurs bouquins de ce type dans mon Stock à Lire Numérique, ayant reçu celui-ci à Noël j’ai décidé de lui accorder la primeur.

Quelques mots sur l’auteur avant d’entrer dans le vif du sujet. Sous le pseudo de Louis-San se « cache » Louis Szajner, un vidéaste web franco-japonais. Passionné par la culture nippone, il anime plusieurs chaines YouTube et sévit aussi sur d’autres réseaux sociaux (Instagram, Tik Tok, Twitch…).

À l’origine Jiken (fait divers en japonais) est le pilote d’une série audio diffusée par Audible. Le bouquin est une compilation des 10 affaires criminelles les plus marquantes de l’histoire du Japon. Vous découvrirez donc, par ordre d’apparition :

  • Shoko Asahara, le gourou de la secte Aum (1995)
  • Issei Sagawa, le cannibale (1981)
  • Sada Abe, la geisha tueuse (1936)
  • Miyuki Ishikawa, la sage-femme criminelle (1947)
  • Seito Sakakibara, l’enfant tueur (1997)
  • Kato Tomohiro, le massacre d’Akihabara (2008)
  • Junko Furuta, l’étudiante suppliciée (1989)
  • Masumi Hayashi, l’empoisonneuse au curry (1998)
  • Masahiko Takahashi, le « Jack l’éventreur » japonais (1968)
  • Chikako Ishikawa, la professeure disparue (1978)

Pour ma part je ne connaissais que les trois premiers cas, le premier parce que l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo avait fait la une des journaux au niveau international, le second parce que les faits se sont déroulés à Paris et avaient pas mal défrayé la chronique à l’époque, enfin, le troisième a été adapté au cinéma dans le film L’Empire Des Sens de Nagisa Oshima (1976) – film vu bien avant d’avoir l’âge requis.

Pour chacune des affaires décrites, Louis-San commence par exposer les faits avant de revenir sur le parcours de son personnage central (criminel ou victime selon les cas) et se termine sur le verdict rendu par la justice.

Au besoin le récit est ponctué par quelques explications sur les traditions et la culture nippones – il est vrai que leurs modes de vie, de pensée et de fonctionnement peuvent être parfois déconcertants pour les non-initiés.

L’exposé est concis et précis, il nous plonge en totale immersion dans le récit. C’est exactement ce que j’attends de ce genre de lecture.

Les articles sont enrichis d’illustrations signées Nogi San, une artiste traditionnelle et digitale spécialisée dans l’art d’inspiration japonaise. En l’occurrence les dessins, en noir et blanc avec parfois quelques touches de rouge, complètent parfaitement le récit.

Ajoutez à tout cela une sélection d’affaires très différentes les unes des autres et vous obtiendrez un bouquin qui devrait combler les amateurs de True Crime… et les autres ! Nul besoin d’être japonophile pour apprécier ces récits.

Si par hasard Louis-San penchait sur un second tome (il doit bien y avoir matière dans l’histoire criminelle nippone), je serai au rendez-vous.

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Lux

Les scientifiques comme les religieux ne peuvent expliquer ce qu’elle est ni d’où elle vient. Elle va transformer pour toujours le quotidien du monde entier, en particulier l’existence d’une mère et de sa fille.

Tout en posant la question qui nous obsède tous… Nos vies ont-elles un sens ?

Parce que c’est Maxime Chattam et qu’avec ce roman il confirme que sortir de sa zone de confort ne l’effraye pas outre mesure. Rien que pour ça j’ai envie d’approuver sans réserve…

Ajoutez à cela une quatrième de couv’ des plus énigmatique et le tour est joué.

Depuis déjà quelques années Maxime Chattam n’hésite pas à sortir de sa zone de confort, quitte à surprendre ses lecteurs. Le Coma Des Mortels, Le Signal ou encore L’Illusion sont les exemples les plus récents de ces sorties de route, des fois ça passe… d’autres fois ça casse. C’est aussi ça le prix de l’audace.

Lux s’inscrit clairement dans cette veine même s’il est difficile de caser le roman dans une case prédéfinie. L’idée de base en fait bel et bien un roman d’anticipation, mais ce serait trop réducteur de se limiter à ça… et pour tout vous dire, même si le futur en question n’est pas daté, on devine qu’il n’est pas très éloigné de notre époque au vu des technologies déployées.

Ajoutez à cela un fond de dérèglement climatique qui s’intègre parfaitement à l’intrigue sans une once de militantisme politico-écolo. Maxime Chattam reste dans le domaine de l’écologie au sens noble du terme, avant que cette notion ne soit pervertie par l’idéologie politique.

On pourrait aussi qualifier le roman de plaidoyer pour le droit à la différence à travers le personnage de Romy. Sans oublier la relation quasi fusionnelle qui la lie à sa mère, Zoé, une auteure en mal d’inspiration depuis déjà quelque temps.

Il est évident que depuis la guerre en Ukraine la russophilie n’a plus vraiment le vent en poupe – merci Vlad, le tyran du Kremlin. Ce n’est pas ce roman qui va vous pousser à davantage d’empathie pour nos lointains voisins. L’unique personnage russe jouant un rôle actif dans le déroulé de l’intrigue étant de très loin le plus antipathique (et encore je suis poli, ce serait plutôt un gros enculé hors compétition). Toutefois je ne ferai point d’amalgame de bas étage entre le peuple et la culture russe et la créature Poutine.

On s’attache facilement aux personnages principaux (Zoé, Romy et Simon) et à leur quête de la vérité sur l’origine de cette mystérieuse sphère, l’intrigue et globalement bien ficelée et addictive. Pour faire court, c’est une lecture agréable, mais il manque un petit je ne sais quoi pour que l’emballement soit total.

Le bouquin se termine sur une fin que je qualifierai d’ouverte qui me convient parfaitement. Un choix susceptible de ne pas plaire à tout le monde, afin d’y remédier Maxime Chattam propose un chapitre bonus permettant de découvrir « sa vérité » sur Sphère. Je l’ai lu par curiosité et j’avoue préférer « ma vérité »… même si, avec le recul et l’un des derniers éléments de l’épilogue, ça ne pouvait pas vraiment coller.

Le roman se veut un hommage à René Barjavel et tout particulièrement à La Nuit Des Temps, je ne saurai me prononcer sur ce point, n’ayant toujours pas eu l’occasion de lire ce roman alors qu’il me fait de l’œil, du fond de mon Stock à Lire Numérique, depuis plusieurs années.

[BOUQUINS] Hanna, Boivin & Georges – Douze

Fin de la saison, le grand hôtel de luxe perdu dans les Alpes ferme ses portes… Mais pas pour tout le monde. Douze étranges invités font leur entrée. Agents gouvernementaux, anciens policiers, assassins professionnels, ils sont tous les invités de l’Hydre, un insaisissable tueur caché derrière son masque. Les hostilités peuvent commencer.

Je remercie les éditions Delcourt et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Douze convives (onze hommes et une femme) invités à un diner dans un hôtel privatisé pour l’occasion, un moment sympa entre amis en perspective ? C’est pas vraiment le menu que nous réservent les auteurs de cette BD. Les invités sont en effet tous des tueurs confirmés (assassins, agents du gouvernement, mercenaires…) et leur hôte n’est autre que l’Hydre, le chef masqué d’une organisation criminelle majeure. Au douzième coup de minuit les douze invités auront carte blanche pour s’entretuer, il devra n’en rester qu’un…

Comme vous pouvez le constater l’idée de base, bien que classique, est plutôt prometteuse. Un huis clos meurtrier où tous les coups sont permis, une histoire que n’aurait pas reniée Agatha Christie mais qui tourne vite à la John Woo.

La BD se divise en deux parties. La première permet de faire connaissance avec les invités, de leur arrivée à l’hôtel jusqu’au retour dans leurs chambres après le diner. La seconde nous invite à assister à un jeu de massacre impitoyable.

Là encore la construction semble plutôt judicieuse, oui mais non… Les deux parties sont en effet très mal équilibrées. La première est beaucoup trop longue (plus de trente pages) et parfois même répétitive, alors que la seconde (de loin la plus prometteuse) semble trop vite expédiée et aurait méritée d’être plus étoffée. Dommage on reste un peu sur notre faim en refermant le bouquin. D’autant que, paradoxalement, nous en apprendrons assez peu sur nos douze convives.

Heureusement la fin, totalement inattendue, nous permet de finir sur une note plutôt positive. Je n’en dirai pas plus, même sous la torture (sauf si vous m’offrez des Ferroro Rocher).

Inévitablement le décor (un hôtel dans les Alpes) fait penser à l’Overlook de Shining (Stephen King). Pour un peu on aurait même le droit à la version asiatique des jumelles Grady avec les fidèles assistantes de l’Hydre.

Pour rester dans les références, le personnage de l’Hydre n’est pas sans rappeler le fameux Keyser Soze du film Usual Suspects (Bryan Singer). Comme dans le film, tout deviendra limpide pour le lecteur à la fin du bouquin.

Le dessin est fin, précis et détaillé, les personnages sont soignés et Hervé Boivin parvient à restituer leurs émotions à la perfection. Rien à redire non plus sur la mise en couleurs, c’est propre et net. Dans l’ensemble le visuel est irréprochable, après la lecture on se surprend même à revenir en arrière pour apprécier le détail de certaines scènes.

Dans les capture des planches de la BD en fin de chronique, je me suis volontairement limité à la première partie, ça aurait été dommage de vous donner des indices sur les futures victimes.

Le cadre

Le dîner

[BOUQUINS] Olivier Descosse – Le Cirque Du Diable

Massif de la Meije. Un corps congelé, entièrement nu, retrouvé par des surfeurs lors d’un ride dans le Cirque du Diable. Le lieu est inaccessible et connu pour les légendes funestes qui l’entourent. Au même moment dans le Haut-Var, trois cadavres calcinés sont découverts au fond d’une bergerie abandonnée, en pleine forêt.

La première affaire est confiée à Paul Cabrera, policier de la Crime qui a fait ses armes à la BAC Nord et se déplace uniquement en Harley ; la seconde à Chloé Latour, cheffe de groupe à la brigade criminelle de Marseille, dont la classe et la froideur suscitent défiance et jalousie.

La glace, le feu… Et si ces deux énigmes n’en faisaient qu’une ? Des sommets inviolés aux ZAD sauvages, des as de la glisse aux groupes survivalistes, Paul Cabrera et Chloé Latour réalisent d’étranges recoupements. Avec une certitude : le ou les assassins disposent de capacités physiques hors du commun.

Pour le plaisir de retrouver Chloé Latour que j’ai rencontré dans le précédent roman d’Olivier Descosse, Peurs En Eaux Profondes. Un personnage que j’ai appris à apprécier et qu’il me tardait de retrouver.

Je remercie les éditions XO et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son nouveau roman, Olivier Descosse renoue avec deux de ses personnages récurrents. Deux pour le prix d’un… what else ? C’est Paul Cabrera – héros de trois romans publiés entre 2003 et 2005 –, qui va enquêter sur la scène de crime des Hautes-Alpes. Pour sa part, Chloé Latour – découverte l’an dernier dans Peurs En Eaux Profondes –, va devoir élucider le mystère autour d’un triple homicide dans le Haut-Var.

Deux flics qui bossent à la Crim’ de Marseille, mais ne se connaissent que de nom… et de réputation. Au fil des parties découpant le roman, le lecteur va alterner entre deux enquêtes distinctes. Il faudra quasiment attendre les deux tiers du bouquin pour que leurs enquêtes respectives ne fassent qu’une et que nos deux flics de choc (chacun à sa façon) se rencontrent et enquêtent de concert.

Paul et Chloé avaient chacun des a priori sur l’autre, leur coopération plus ou moins forcée, va leur permettre d’apprendre à se connaître et à se respecter. Deux personnalités affirmées qui vont s’avérer complémentaires sur une enquête particulièrement complexe et face à un tueur implacable.

J’ai bien aimé l’opposition des caractères de ces deux enquêtes qui, soit dit en passant, vont devoir mener sans l’aide directe de leurs équipes respectives. Ils pourront heureusement compter sur le renfort humain et matériel de la gendarmerie de Briançon.

Même si Chloé Latour est toujours minée par son passé douloureux, j’ai trouvé le personnage plus apaisé et moins directif que dans le précédent roman. Ou alors c’est que je me suis habitué aux petits travers de la nana.

Force est de constater qu’en matière de perversité meurtrière Olivier Descosse n’y va pas avec le dos de la cuillère. Deux de « ses » victimes feront en effet l’objet d’une mise à mort particulièrement atroce.

L’auteur nous concocte une intrigue qui tourne autour de thèmes qui sont dans l’air du temps, tel que l’écologie, la collapsologie et une pointe de survivalisme. Mais pas que… Une intrigue plutôt bien ficelée qui vous réservera quelques surprises au fur et à mesure que le voile se lèvera et que les implications des uns et des autres se préciseront.

Il est vrai que la nature en général, et la montagne en particulier, fait partie intégrante de l’intrigue. D’autant que le fameux Cirque du Diable est sujet à d’anciennes superstitions qui en font un endroit maudit.

Les chapitres sont courts, le style est direct, pas de fioritures pour égarer le lecteur, le fond avant la forme. Un choix généralement payant en matière de thriller, et la recette fonctionne parfaitement dans le présent roman.

J’ai lu une critique du roman dans laquelle le lecteur en question soulignait des erreurs de l’auteur concernant le fonctionnement et l’organisation de la Légion étrangère. N’étant pas expert en la matière je ne me prononcerai pas, une chose est sûre je n’ai rien trouvé de choquant susceptible de nuire au déroulé et à la crédibilité de l’intrigue.

Dans une interview publiée sur le site des éditions XO, Olivier Descosse promet que Chloé Latour et Paul Cabrera seront de retour dans de futurs romans, mais chacun de leur côté cette fois. Je ferai en sorte de répondre présent pour ces rendez-vous futurs, et qui sait, peut-être que d’ici là je prendrai le temps de découvrir les précédentes enquêtes de Paul Cabrera.

[BOUQUINS] Rémy D’Aversa – Chiaroscuro

Novembre, Lyon plongée dans un brouillard inquiétant.

Le capitaine de police Santonino Roccasecca est envoyé de toute urgence dans le VIIème arrondissement de la ville où trois têtes viennent d’être découvertes dans un congélateur. Le tueur en série, un certain Hector Bahiamantis, s’est défenestré, non sans avoir décapité, au préalable, sa propre mère qu’il a surprise en train d’appeler la police.

Coup de folie ? Coup de panique ? Sans doute… Tout le monde est soulagé, Bahiamantis ne pourra plus nuire. Mais bientôt, d’autres têtes sont découvertes dans des endroits stratégiques de Lyon. Les crimes sont signés d’une reproduction de Caravaggio, le peintre italien. Au dos, un message manuscrit à l’attention des policiers, et sur chacune des cartes, des empreintes. Celles de la future victime.

Commence alors une course contre la montre effrénée. L’inspecteur Roccasecca arrivera-t-il à temps ?

Parce que j’avais bien aimé la précédente enquête du capitaine Roccasecca, Géronimo. J’étais curieux de le retrouver avec son équipe, confronté un nouveau défi criminel.

J’ai fait connaissance avec le capitaine Roccasecca de la PJ de Lyon, à l’occasion de sa première apparition littéraire dans le roman Géronimo (ma chronique). Une rencontre plutôt convaincante qui m’a donné envie de le retrouver sur d’autres enquêtes.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Santonino Roccasecca, un brin provocateur et anticonformiste, mais surtout bon vivant qui succombe sans modération aussi bien aux plaisirs de la bonne chère (entre lui et sa voisine, leurs petits plats vous mettront l’eau à la bouche) autant qu’aux délices de la chair (avec Chiara, sa voisine, escort de luxe et maîtresse attitrée, Clotilde, la procureure et maîtresse occasionnelle ou encore Marie, son ex-femme).

Sa nouvelle affaire réunissait tous les ingrédients pour être bouclée aussi vite qu’elle s’était ouverte. Un tueur en série qui se suicide après avoir décapité sa mère, trois têtes dans un congélateur et un journal intime. Bon débarras ! Sauf que les choses vont sérieusement se corser quand de nouvelles têtes décapitées vont faire leur apparition…

Dès lors les enquêteurs vont se retrouver confrontés à un tueur en série insaisissable qui semble prendre un malin plaisir à narguer la police. S’en suit un jeu de chat et de la souris parsemé de cadavres.

J’ai trouvé l’intrigue plus aboutie que la précédente, il faut dire aussi que l’affaire est nettement plus complexe et réservera aux policiers son lot de fausses pistes.

Au niveau des personnages Rémy D’Aversa développe presque exclusivement les personnalités de Santonino, Chiara et Marie. Les membres de l’équipe d’enquêteurs sont quelque peu laissés sur le bas-côté, nous n’apprendrons pas grand-chose de leurs caractères et vécus.

Il n’en reste pas moins que Blanchet en amoureux transi de la belle Chloé m’a fait sourire plus d’une fois. J’ai aussi apprécié les interventions du légiste, Andoni Urcelay (il faut dire qu’il est pas mal sollicité sur cette affaire).

J’avoue que le titre m’intriguait, ne voyant pas du tout à quoi il pouvait faire référence. En tout cas une chose est sûre, il ne s’agissait pas d’un chef indien cette fois… ni d’un chat. Une spécialité culinaire italienne ? Que nenni ! Si vous n’avez pas succombé à l’appel de Google, vous apprendrez en temps et en heure qu’il est parfaitement adapté à l’intrigue et au tueur en série du roman.

Je terminerai par un petit bémol qui porte davantage sur la forme que sur le fond, les correcteurs et correctrices des éditions Alter Real ont laissé passer quelques coquilles qui piquent les yeux. Dommage que Antigone n’ait pas eu l’occasion de jeter un œil au manuscrit avant publication du bouquin.

Quoi qu’il en soit, cela ne m’empêchera pas de répondre présent pour la prochaine enquête de ce cher Santo.