[BOUQUINS] Céline Cléber – Douce France – L’Étincelle

Tout commence un soir d’été, lorsqu’un jeune désœuvré, proche du milieu islamiste, allume l’étincelle qui manquait pour embraser une France divisée et anxieuse. Progressivement, sous les coups de boutoir d’une petite minorité d’extrémistes violents, tout le pays entre en guerre civile. Les autorités, partagées entre le cynisme, la lâcheté et l’incompréhension, ne parviennent pas à endiguer le conflit qui voit des territoires entiers entrer en sécession. Quelques individus tentent cependant, jours après jours, d’enrayer la chute, mais y parviendront-ils ?

Le lecteur entre dans les coulisses du pouvoir, en découvre les ressorts et s’interroge sur les risques pesant sur les capacités de réaction d’institutions qui n’ont que l’apparence de la solidité, fragilisées par la conjugaison de la lâcheté et de l’irresponsabilité des individus qui les constituent.

Parce que c’est un nouveau scénario de l’effondrement de la France. L’auteure évoluant en contact direct avec les hautes sphères du pouvoir on peut légitimement supposer que les réactions politiques et les décisions qui suivront s’inscrivent dans un arbre des possibles… pas franchement rassurant dans tous les cas.

Quelques mots sur l’auteure avant d’entrer dans le vif du sujet. Céline Cléber est un pseudonyme, elle est haut fonctionnaire et, dans le cadre de ses fonctions, est amenée à côtoyer les « têtes pensantes » du pouvoir en France. De fait elle connaît parfaitement les rouages de la machine étatique, si elle admet volontiers, en avant-propos, avoir retenu la pire des hypothèses ce n’est pas pour autant que celle-ci est hautement improbable… surtout quand on voit la mollesse de nos politiques.

À l’image de Laurent Obertone (Guérilla) et de Franck Poupart (Demain Les Barbares), l’étincelle qui fera tout basculer est allumée par un proche des milieux islamistes… J’imagine déjà certains bien-pensants au bord de la nausée, prêts à hurler à la stigmatisation et à l’islamophobie (exactement comme certains acteurs du présent roman). Enlevez vos œillères messieurs dames, bien que latente, la menace n’en est pas moins réelle.

Un drame récupéré par les milieux islamistes pour dénoncer l’islamophobie grandissante de la société française et appeler les musulmans à se protéger par tous les moyens. Un exécutif timoré qui ne veut froisser personne et jouer, quel que soit le prix à payer, la carte de l’apaisement. Des forces de l’ordre et une des forces armées bridées par les consignes de ce même exécutif. Tous les signaux sont au vert pour que les choses aillent de mal en pis.

C’est justement cette escalade que Céline Cléber va s’efforcer de détailler, étape par étape, compromission après compromission… la mécanique de l’embrasement se met en branle, et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Certaines voix s’élèveront contre les décisions de l’exécutif, certaines actions seront même entreprises (Bevet Breizh ! Vive la Bretagne ! Fidèle à sa devise régionale : Kentoc’h mervel eget bezan saotret – Plutôt la mort que la souillure). Mais le mal est déjà profondément ancré et l’exécutif ne verra pas d’un très bon œil ces initiatives contraires à ses consignes d’apaisement (renoncement ?).

L’auteure apporte beaucoup de soins à la personnalité des ses acteurs et leurs relations / interactions. Des personnages plus complexes que l’on pourrait le penser de prime abord. Il y a ceux qui exploiteront les failles du système pour maintenir la tension à son comble tout en s’autoproclamant victimes du système. Ceux qui devront faire un choix entre leurs obligations professionnelles et leurs convictions. Puis il y a tout le cercle politique, on abat ses cartes lentement mais sûrement, sans jamais perdre de vue les possibilités de booster sa carrière.

Comme le précise fort justement Céline Cléber, certaines de ses créations politiques pourraient vous faire penser à de véritables personnalités politique de premier plan. Ce n’est pas un choix totalement fortuit.

Plus les chapitres défilaient et plus je me disais qu’un seul opus ne suffirait pas pour trouver une voie de sortie, quelle qu’elle soit. Effectivement on referme le bouquin sur une situation plus explosive que jamais, j’espère que l’auteure nous offrira une suite très prochainement.

Petit bémol à l’intention des équipes de correction des éditions Toucan. Vous ne vous êtes pas trop foulé sur ce coup les gars, il reste pas mal de coquilles qui piquent les yeux et la mise en page serait perfectible (je ne supporte pas ces phrases ajoutées immédiatement à la suite d’un dialogue, sans saut de page).

Quand Laurent Obertone nous plongeait dans le feu de l’action avec sa trilogie Guérilla, Céline Cléber nous invite dans les coulisses (d’un côté comme de l’autre) en se reposant sur son expérience et sa connaissance des milieux. Une approche différente, plus inédite, mais tout aussi intéressante.

Une mise en bouche prometteuse mais je serai tenté de dire que le plus dur reste à faire : trouver une sortie de crise tout aussi convaincante que cette étincelle. Je suis confiant, on verra si la suite me donnera raison…

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Prime Time

Alors que des millions de téléspectateurs regardent le 20h sur la chaîne nationale, un homme masqué, la voix déformée, prend en otage le présentateur vedette.

Si le direct est coupé, il le tue.

Parce que c’est Maxime Chattam, une raison suffisante pour me faire craquer.

Imaginez le topo : vous êtes devant la télé, en attente du 20 heures de TF1 (je prends la première comme référence du fait de la proximité avec le nom de la chaîne dans le roman, MD1). Générique, les titres présentés par Gilles Boulleau et le déroulé du journal commence comme tous les jours. Soudain un individu masqué, sorti de nulle part, braque son arme sur ce brave Gilles et le prend en otage. Son premier ultimatum donne le ton, si la chaîne coupe le direct, le journaliste sera abattu.

Ça jette un froid n’est-il point ? Et maintenant posez-vous la question de savoir quelle sera votre réaction et surtout répondez-y en toute honnêteté. Est-ce que vous éteignez le poste et passez à autre chose ou est-ce que vous attendez la suite, scotché à votre écran ?

C’est le point de départ du dernier roman de Maxime Chattam, vous l’aurez compris il sera beaucoup question du poids des médias dans la société contemporaine, leur influence sur le public et leur « moralité ». Jusqu’où peut-on aller pour satisfaire son audience ? Et accessoirement les actionnaires.

Pour donner un maximum de crédibilité à son intrigue, l’auteur s’est immergé dans les coulisses d’un journal télévisé. A l’image des icebergs, ce que l’on voit (le JT à l’écran) n’est qu’une infime partie de tout ce qui se joue avant (préparation et ordonnancement des reportages), pendant (en coulisse toute une équipe est mobilisée) et après (en l’occurrence nous ne le verrons pas dans le déroulé de l’intrigue du roman mais le sujet est abordé lors d’échanges entre les personnages).

Il est de coutume qu’une œuvre de fiction démarre par l’avertissement suivant : « Toute ressemblance avec des faits et des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourrait être que le fruit d’une pure coïncidence. » Difficile cependant de ne pas faire le rapprochement entre Paul Daki-Ferrand, journaliste vedette et charismatique de la chaîne MD1, avec PPDA à la grande époque de TF1. Plus encore compte tenu des événements qui suivront dans le roman. Fortuite coïncidence ? Hmouais, faut le dire vite alors.

Sur ce point l’auteur s’explique dans un entretien à Télé-Loisirs : « (…) l’avantage de la fiction, c’est qu’elle permet de dire ce qu’on veut et ce qu’on pense. Des choses qu’on a envie de dire, que l’on ressent, qu’on a en soi, et après, chacun les interprète comme il veut. »

En plus des médias, le second grand acteur du roman de Maxime Chattam est le GIGN, notamment la cellule de médiation. Là encore l’auteur a pu bénéficier d’une immersion au sein du groupe d’élite de la Gendarmerie Nationale afin de coller au mieux à leur réalité. À ce titre le roman peut être perçu comme un légitime hommage au GIGN.

L’auteur tisse une intrigue qui va se densifier au fil des événements, une grande partie se joue à huis-clos dans les coulisses du JT. Devant l’ampleur de l’affaire le GIGN et la Section de Recherche (SR) de la Gendarmerie vont être amenés à collaborer étroitement. Ce sont les investigations de la SR qui nous permettent de sortir des studios de MD1… mais question pour autant de souffler un peu, eux-aussi vont être sur la brèche.

Pour tisser son intrigue Maxime Chattam se repose sur un binôme constitué de Charléne, cheffe d’édition chez MD1, et Yanis, négociateur du GIGN. Ce-dernier va en effet servir de mentor à la jeune femme qui va devenir leur lien avec le preneur d’otage, Kratos.

Bien entendu d’autres personnages auront leur mot à dire et leur rôle à jouer. L’auteur ne laisse rien au hasard pour rendre son récit redoutablement addictif. Et la sauce prend rapidement, une fois ferré, vous aurez bien du mal à lâcher le roman.

Un très bon cru ce Maxou 2024 !

[BOUQUINS] Thomas Cantaloube – Les Mouettes

Depuis un drame personnel, le capitaine Yannick Corsan est relégué à un simple rôle de formateur à la DGSE. Mais au sein du Service Action, le retour sur le terrain n’est jamais loin, surtout quand on a la confiance du directeur des opérations, Marcel Gaingouin.

À la suite du sabotage d’une usine d’armement conduit par ses soins en Serbie, le renseignement français acquiert la conviction que le groupe djihadiste GSIM prépare une attaque d’envergure au Mali. Une situation d’autant plus préoccupante que Canaque, un jeune agent clandestin, est parvenu à infiltrer l’organisation terroriste, et qu’il est hors de question que celui-ci participe à un attentat. La DGSE n’a pas le choix : elle doit lancer l’exfiltration secrète de Canaque sous les ordres de Corsan.

Confronté à des enjeux diplomatiques et géopolitiques majeurs, ce dernier réussira-t-il sa mission fantôme avant de se faire rattraper par les siens ?

Le pitch me semblait prometteur, même si la référence à la série Le Bureau Des Légendes m’a laissé quelque peu dubitatif.

Je n’ai rien contre cette série qui jouit par ailleurs d’une excellente réputation, disons simplement que je ne l’ai jamais regardée et que je ne la regarderai sans doute jamais. Un refus qui tient à un nom : Kassovitz. Je ne peux pas l’encadrer, à ce niveau c’est viscéral, si je vois sa tronche je coupe le son et l’image.

Je remercie sincèrement les éditions Fleuve et la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée. Et accessoirement pour leur patience au vu du temps que j’ai mis pour enfin proposer un retour de lecture.

D’ores et déjà je tiens à préciser que le fait de ne pas avoir vu Le Bureau Des légendes n’est en rien un obstacle. Si on retrouve dans le roman des personnages présents dans la série (notamment les cadres du Service Action), l’intrigue du bouquin est complétement dissociée de celle de la série et aucune allusion n’est faite au show télévisé.

Thomas Cantaloube nous invite à une immersion dans les arcanes de la DGSE – et tout particulièrement de son Service Action – bluffante de réalisme. Oubliez l’image véhiculée par James Bond et consorts, la vie d’espion est vachement moins glamour, et parfois bien moins trépidante (sauf au cœur d’une opération clandestine forcément).

L’essentiel de l’intrigue est porté par le capitaine Yannick Corsan, un agent qui réintègre le SA après un passage à vide lié à la disparition de son épouse. Un officier qui a déjà fait ses preuves sur le terrain mais qui a tendance à se comporter parfois en électron libre. Heureusement son supérieur et mentor, Marcel Gaingouin, directeur des Opérations, accepte de couvrir ses élans d’improvisation.

L’on découvre aussi au fil des pages et des événements les rouages internes de la DGSE avec notamment cette obsession pour compartimenter l’information ; rares sont ceux à connaître l’ensemble des tenants et des aboutissants d’une opération, chacun sait ce qu’il a besoin de savoir pour mener sa mission à bien.

Le cœur de l’action se situera au Mali après le départ des forces armées française de l’Opération Barkhane, sur place de nombreux signaux laissent à penser qu’un gros coup se prépare, les différents groupes djihadistes et autonomistes semblant prêts à oublier leur différents pour une attaque conjointe contre Bamako.

Dans ce milieu dégoulinant de testostérone, la touche féminine est apportée par le personnage de Mélanie Mathis de la Direction Technique, une jeune recrue qui va faire ses premiers pas sur le terrain auprès de l’équipe de Corsan.

Plus j’avançais dans ma lecture, plus je me disais que Thomas Cantaloube avait de quoi faire de son équipe des personnages récurrents. En refermant le bouquin je suis convaincu qu’il ne peut en être autrement, l’auteur ne peut décemment pas laisser ses lecteurs devant une telle révélation sans y apporter des réponses.

Un roman richement documenté qui parvient, plus ou moins, à démythifier la DGSE, ou tout au moins lui donner un visage humain à travers une galerie de portraits particulièrement soignée. Une fois plongé au cœur de l’action, vous aurez bien du mal à lâcher ce bouquin.

Un peu de vocabulaire made in DGSE pour clore cette chronique. Une légende est un agent infiltré sous une fausse identité dans une structure ou d’une organisation souvent hostile. Une mouette est un agent impliqué dans une opération clandestine.

[BOUQUINS] Paul Clément – Même Pas Peur

Vous avez peur du noir ? De l’inconnu ? De la Mort ?
Du haut de ses dix ans, Ethan, lui, n’a peur de rien. D’absolument rien.
Pas même du monstre qui, un soir, apparaît dans sa chambre.
Face à cette abomination venue de nulle part, aucun effroi ne l’envahit ; il ne ressent que de la curiosité… Une curiosité que rien ou presque, ne saurait arrêter. Une curiosité qui pourrait pourtant entraîner la fin de l’Humanité…

Parce que c’est Paul Clément, un auteur que je suis depuis son premier roman, Les Décharnés – Une Lueur Au Crépuscule. Même Pas Peur est le cinquième roman de l’auteur que je lis ; j’ai fait l’impasse sur sa série Les Orphelins De Windrasor, pour me concentrer sur ses titres horrifiques.

Avec Même Pas Peur Paul Clément continue d’explorer les vastes territoires de la littérature horrifique, si l’on considère le diptyque Les Décharnés comme un titre unique, pas un roman de l’auteur ne ressemble aux précédents, c’est encore le cas avec ce nouvel opus qui va entraîner le lecteur vers un nouvel univers anxiogène.

J’avoue qu’à la lecture des premiers chapitres j’ai été un peu décontenancé, ça ressemble plus à une histoire pour grands enfants façon Chair De Poule qu’à un véritable récit d’horreur. C’est au seizième chapitre à l’occasion d’un repas de famille particulièrement animé, que Paul Clément abat ses atouts et plonge son récit dans une ambiance nettement plus gore et glauque.

À partir de là les choses vont aller crescendo, l’auteur n’offrira que peu de répit à ses jeunes héros et à ses lecteurs. Il faut dire que le double terrain de jeu qu’il a imaginé lui ouvre bien des portes, surtout quand il s’agit de découvrir et de parcourir le monde des monstres. Un monde qui obéit à ses propres règles et n’exclut quelques mauvaises rencontres.

Pour la première fois Paul Clément fait le choix de mettre en avant des enfants, ou plus exactement des jeunes adolescents. Ethan pourra ainsi compter sur le soutien indéfectible de ses trois amis de toujours, il devra aussi s’occuper de son jeune frère. Tous vont se retrouver dans une aventure qui le dépasse et dont les enjeux vont bien au-delà de leur seule sécurité. Si Ethan ne connait pas la peur, il demeure un enfant et sera amené à prendre de mauvaises décisions lourdes de conséquences.

Au niveau des personnages j’ai aussi eu un faible pour les « gentils » monstres que sont Malheur et Diogène. Ils vont accepter d’aider Ethan malgré leurs craintes (l’absence de peur et les poussées de colère de l’adolescent sont des armes mortelles contre les monstres) pour préserver l’équilibre entre les deux mondes.

Ce roman est certainement le plus sombre dans la jeune bibliographie de Paul Clément, déjà parce qu’il confronte l’innocence de l’enfance à la mort et à la destruction, souvent à des morts qui impactent directement les personnages. Ainsi sur tous les plans – famille et amis – Ethan va payer le prix fort face aux événements qui vont le frapper de plein fouet.

Je ne vous dirai rien sur la fin du roman si ce n’est que, pour ma part, je suis convaincu qu’elle est la meilleure des options envisagées.

Encore une fois Paul Clément tire parfaitement son épingle du jeu, peut-être quelques longueurs et redondances dans le monde des monstres, un bémol noyé dans les masses des nombreux aspects positifs du roman.

[BOUQUINS] Jodorowsky & Giménez – La Caste Des Métabarons – Tomes 5 à 8

Depuis des siècles, les Castaka exploitent seuls la planète Marmola, grâce au secret de l’épyphite, une huile antigravitationnelle qui leur permet de manipuler le marbre comme s’il ne pesait rien. Lorsque l’existence de l’épyphite est dévoilée à la galaxie, c’en est fini de la tranquillité de la famille, et l’histoire des méta-barons va commencer, dans le sang, la mort, et la trahison, quand tous les vautours de la galaxie vont les assiéger pour leur arracher leur secret.

L’année 2024 du blog s’est achevée sous le signe du roman graphique, 2025 s’ouvre de même avec ce second opus de l’intégrale de La Caste Des Méta-Barons. Il devrait en être de même pour ce début janvier, ayant la ferme intention de découvrir le diptyque des Monstres d’Emil Ferris.

Ces quatre tomes constituent la seconde et dernière partie de La Caste Des Méta-Barons, publiés entre 1998 et 2003 ils vous invitent à poursuivre l’histoire des méta-barons en découvrant, tour à tour (et parfois en destins croisés), les destins de Tête d’Acier, Aghora et Sans-Nom, le dernier de la lignée.

Un quotidien fait de violence et de combats, d’une part en raison du processus initiatique des méta-barons qui leur impose d’endurer maintes souffrances afin de prouver leur valeur, avec en guise d’ultime épreuve un duel à mort contre son propre père. Le méta-baron étant par essence un mercenaire, œuvrant principalement au service de l’Empire, il devra aussi affronter les envahisseurs qui menacent Terra 2014. Sans parler de divers complots et trahisons internes qui viendront alimenter un emploi du temps déjà bien chargé.

On retrouve le même univers graphique fortement empreint de biotechnologie qui fait parfois penser au génialissime H.R. Giger (à qui l’on doit notamment le xénomorphe du film Alien ainsi que son vaisseau).

L’histoire des méta-barons nous est toujours contée par Lothar et Tonto, les deux robots qui attendent le retour de leur maître, Sans-Nom. Les deux tas de ferrailles sont toujours aussi prompts à se chamailler à grand renfort de noms d’oiseaux robotiques.

Le huitième et dernier tome marque clairement la fin d’un cycle… et pour moi la fin de mon immersion dans l’univers des méta-barons, je passe mon tour pour la série Méta-Baron qui rebondit sur la conclusion de la présente série.

Les couvertures originales des tomes 5 et 6

Les couvertures originales des tomes 7 et 8

[BOUQUINS] Larcenet – La Route

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites, censés les aider dans leur voyage. Sous la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l’humanité. Survivront-ils à leur périple ?

Le roman de Cormac McCarthy est pour le moins atypique, une adaptation visuelle pouvait sembler un défi impossible à relever. En 2009 John Hillcoat a relevé le défi avec une adaptation sur grand écran portée par Viggo Mortensen dans le rôle du père, même si on ne retrouve pas totalement le côté désespéré du roman, le résultat est plutôt satisfaisant. En 2024 c’est Manu Larcenet qui se frotte au challenge avec cette adaptation en roman graphique.

Je connais Manu Larcenet essentiellement via son travail au sein de l’équipe de Fluide Glacial… Inutile de vous dire que le changement de registre est radical.

Comme le roman la version graphique peut être déconcertante, des dialogues minimalistes, un décor où tout est mort, peu d’action et aucun texte de narration. Comme l’explique fort justement Larcenet, ce sont ses dessins qui ont remplacé le texte de McCarthy.

Et force est de constater que l’effet est d’une redoutable efficacité, chaque planche est un régal pour les yeux. On scrute chaque case afin d’y déceler le moindre détail, sans difficulté l’histoire s’écrit petit à petit. Le pari était osé mais ça fonctionne à la perfection.

On retrouve toute la noirceur et le désespoir du roman, la seule éclaircie vient de la relation entre ce père et son fils. Leur longue marche vers le sud, vers un avenir plus incertain que jamais où chaque pas peut les exposer à une mauvaise rencontre.

Seuls une poignée d’humains a survécu à l’apocalypse, la cendre a achevé de détruire toute forme de vie qui aurait échappé au cataclysme. Parmi les survivants certains ne reculeront devant rien pour assurer leur survie, des hordes traquent en effet les rescapés pour s’en nourrir.

Au départ Larcenet avait opté pour le noir et blanc mais selon lui ça donnait trop de noirceur au récit, il a donc préféré jouer sur les nuances de gris, parfois avec quelques touches colorées judicieusement choisies. Pour les curieux la version noir et blanc est aussi proposée à la vente avec une couverture différente (une vue de profil du visage du père).

Le roman de McCarthy m’avait fait l’effet d’une magistrale claque dans la tronche, cette adaptation de Larcenet est un uppercut qui m’a laissé KO debout. C’est un pur chef d’œuvre, je n’irai pas jusqu’à dire que l’auteur arrive à transformer l’horreur en beauté, mais il lui confère une esthétique incontestable.

Chose rare chez moi, après avoir refermé le bouquin je suis revenu sur certaines planches afin d’y déceler des détails qui auraient pu échapper à une première lecture.

[BOUQUINS] Venayre & Micol – Les Crieurs Du Crime

Paris, février 1907. Une fillette a disparu du côté de Ba-Ta-Clan. La police est sur le coup et, en cet âge d’or de la presse française, les reporters aussi.

Quand on retrouve le corps, l’émotion est à son comble. L’assassin a avoué. Il s’appelle Soleilland.

De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer son exécution. Mais le gouvernement prépare justement un projet d’abolition de la peine de mort.

« L’affaire Soleilland » qui sert de base à ce roman graphique est malheureusement bien réelle (cf. la page Wikipédia consacrée à A. Soleilland), sachez d’entrée de jeu que si vous cherchez les sensations fortes d’une enquête de police ou d’une enquête journalistique vous pouvez passer votre chemin.

Les auteurs se servent de ce fait-divers et de leur héros, un petit reporter – fait-diversier – qui se rêve romancier, pour retracer l’évolution de la presse écrite entre la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Avec notamment la mise en avant des faits-divers comme argument de vente… et plus il y a de détails sordides, plus c’est racoleur et plus ça se vend bien.

Au cours de cette période la presse écrite française va « s’américaniser », avec l’apparition des interviews dans les articles et la course au scoop.

La presse jouait déjà sur le sentiment d’insécurité autour des gangs d’apaches qui sévissaient à Paris, cette affaire va amplifier la tendance. L’indignation et l’émoi suscités par cette sordide affaire entraîneront même des répercussions sur les débats politiques de l’époque : le président de la République, Armand Fallières, avocat de profession et abolitionniste convaincu, espérait faire abolir la peine de mort ; son projet de loi sera finalement rejeté par la Chambre des Députés.

D’autres thèmes sociétaux seront abordés au fil des échanges entre les personnages, il sera notamment question de la place de la femme dans le monde professionnel, l’évolution des textes de loi avec la reconnaissance de l’infanticide, évolution aussi des forces de police. Le truc qui m’a le plus surpris a été de découvrir que la morgue était alors ouverte au public, sa visite était même conseillée par les guides touristiques, c’est en mars 1907 que son accès sera restreint.

Les dessins à la gouache nous plongent au cœur de Paris au début du XXe siècle, chaque journée s’ouvre d’ailleurs sur une double page représentant une scène de vie ou des bâtiments parisiens (dont le Ba-Ta-Clan qui deviendra plus tard le Bataclan).

A la fin du récit trois pages de notes viennent éclairer les plus curieux sur divers points évoqués par les personnages.

Je referme ce bouquin plutôt satisfait par cette découverte, sans être trop didactiques, les auteurs nous apprennent une foule de détails qui viennent enrichir notre culture générale.

[BOUQUINS] Franck Chanloup – La Reine Des Apaches

La vie de Mathilde Latrouvé débute par treize ans d’indifférence et de froideur. De l’orphelinat, dont elle finit par s’enfuir, elle ne garde que son surnom : la Rouquine. Dure à cuire et remarquablement intelligente, la gamine devient bientôt la meneuse d’une bande d’apaches : les Loups de la Butte.

Ces voyous parisiens vivent d’arnaques et de vols, mais ils ont du panache, des idées, et surtout, ils sont solidaires à la vie à la mort. Alors quand Mathilde subit la sauvagerie de Valentin, chef d’un gang de proxénètes, on peut être sûr que la vengeance des Loups sera aussi impitoyable que violente. Quitte à plonger Paris dans le chaos.

Parce que je connais et suis Franck, via Facebook et la blogosphère, depuis de longues années.

Parce que son précédent roman, Les Enchaînés, m’avait fait forte impression.

Je remercie Franck Chanloup et les éditions Au Vent des Îles pour l’envoi de ce roman en service presse. Désolé pour ce retour tardif mais l’actualité calédonienne, doublé du rush des fêtes de fin d’année, ont retardé la publication de cette chronique.

Quand Franck m’a annoncé la sortie prochaine de son second roman, je m’attendais à retrouver Victor et ses amis pour la suite des Enchaînés. Je mentirai en disant que je n’ai pas ressenti une petite – et très brève – pointe de déception en découvrant qu’il changeait totalement d’univers à l’occasion de ce nouvel opus. Pas question pour autant de renoncer à suivre Franck dans cette nouvelle aventure littéraire.

Si j’ai mentionné la brièveté de cette insidieuse pointe de déception, c’est parce qu’elle s’est envolée dès la lecture des premières pages du roman. En effet, afin de coller à ses personnages et à son intrigue Franck adopte l’argot de Paname pour donner vie à son roman. C’est un véritable bonheur pour les amoureux de la langue française, et force est de reconnaitre que ça a plus de gueule que le babillage djeun’s d’aujourd’hui.

Si la forme est bel et bien au rendez-vous, le fond n’est pas en reste. Nul doute que vous ne resterez pas indifférent face à ce groupe d’apaches que sont les Loups de la Butte, certes ce sont des voyous – et pas des tendres – mais ils s’efforcent de rester fidèle à leur ligne de conduite – hors des clous, mais avec des limites – et de garder un certain panache. Ce qui va devenir de plus en plus évident au fur et à mesure que vous croiserez leurs rivaux.

Franck accorde beaucoup de soins à ses personnages, chaque Loup aura ainsi sa propre personnalité et son propre parcours de vie. A commencer bien entendu par leur chef de file, Mathilde. J’avoue avoir eu un faible pour Gros-Louis et Matthias, le petit nouveau de la bande.

L’intrigue aussi est à la hauteur de nos attentes, un long prologue vous invite à suivre les débuts de Mathilde, puis vous découvrirez le quotidien des Loups, entre affrontements entre gangs, cambriolages et autres roublardises. Franck met l’accent sur la cohésion du groupe et l’esprit de solidarité qui prime entre eux.

La vie d’une bande d’apaches n’est pas un long fleuve tranquille, surtout quand leurs rivaux s’associent pour leur faire payer au prix fort leurs précédentes victoires. C’est là que l’intrigue va devenir plus noire, voire prendre parfois une tournure franchement dramatique.

Vous l’aurez compris, la lecture de ce roman vous fera passer par un large panel d’émotions, du rire aux larmes selon la formule consacrée.

Je ne peux conclure cette chronique sans saluer le formidable travail de documentation de Franck, nul effort à fournir pour faire un bond dans le passé et découvrir la ville de Paris au début du XXe siècle. Immersion réussie sans la moindre fausse note.

Même si la présente intrigue se déroule bien loin de la Nouvelle-Calédonie, Franck s’autorise un clin d’œil au Caillou dans son roman.

On a raté le coche pour partager une mousse en terrasse, maintenant que tu vogues sous d’autres cieux et une nouvelle aventure professionnelle, on aura du mal à rattraper le coup. Il n’en reste pas moins que je répondrais présent sans la moindre hésitation à l’occasion de la sortie de ton prochain roman.

[BOUQUINS] Jean Reno – Emma

Rien ne prédestinait Emma à vivre une telle aventure. Masseuse dans un centre de thalassothérapie en Bretagne, et encore bouleversée par la disparition de sa mère, elle est envoyée, à 28 ans, au sultanat d’Oman pour former les équipes d’un centre de bien-être. À la tête de cet établissement luxueux, le très séduisant fils d’un ministre influent.

Mais celle dont les mains font des merveilles se retrouve au cœur d’une incroyable affaire d’état. Pourchassée par des hommes du palais de Mascate, elle devient la femme à abattre. Face aux pièges qui lui sont tendus, une autre Emma se révèle alors. Redoutable. Intrépide. Et qui pourrait bien faire le bonheur des services secrets français…

Je reconnais sans complexe que c’est la curiosité qui m’a poussé vers ce bouquin. Plus que le pitch à proprement parler, c’est surtout l’envie de découvrir une nouvelle facette de Jean Reno qui a motivé mon choix de lecture.

Comme la plupart d’entre nous je connais Jean Reno en tant qu’acteur dont la carrière a d’abord été boostée par Luc Besson qui lui confiera des rôles secondaires dans Le Dernier Combat et Subway avant de le mettre en avant dans Le Grand Bleu, Nikita et Léon. Mais c’est surtout son interprétation de Godefroy de Montmirail dans Les Visiteurs de Jean-Marie Poiré qui marquera les esprits (et les zygomatiques) du public.

Au vu de la grande diversité des rôles qu’il a pu interpréter au fil de sa carrière d’acteur, il était difficile d’imaginer quel ton il donnerait à Emma, son premier roman. S’agissant d’un thriller d’espionnage, j’espérais retrouver une certaine noirceur dans le traitement de son intrigue.

Nous allons donc faire connaissance avec Emma, une masseuse dans un centre de thalassothérapie du Morbihan. D’emblée on découvre un personnage fortement marqué par un drame personnel et qui traîne depuis un lourd sentiment de culpabilité. Un personnage que l’auteur parvient facilement à rendre attachant avec son côté électron libre. Et puis elle a un chat, c’est donc forcément quelqu’un de bien !

De fil en aiguille (et surtout après une séance de massage) notre sympathique Emma va se retrouver à Oman où va elle va devoir former l’équipe en charge des massages dans un impressionnant complexe de thalassothérapie. Les choses sérieuses peuvent alors commencer…

C’est presque à l’insu de son plein gré que la formatrice va se retrouver à jouer les espionnes au service de la France. Je reconnais volontiers que l’ensemble est plutôt agréable à lire, mais n’espérez pas de brusques montées d’adrénaline, ça reste globalement très gentillet.

Si je ne crache sur de la guimauve en friandise (aaah les Chamallows de Haribo), j’en suis nettement moins friand quand elle s’invite dans une intrigue où elle ne s’imposait pas. Une touche de romance à la James Bond ça passe, mais quand ça dégouline de toute part on frôle l’indigestion. J’ai parfois eu la désagréable impression d’avoir un bouquin Harlequin entre les mains.

À sa décharge Jean Reno avoue avoir eu dans l’idée d’écrire avant tout une histoire romantique, pas de bol pour moi j’ai lu cette interview après avoir lu le roman.

Ce serait malhonnête de ma part de dire que ce bouquin est condamné au naufrage ou aux oubliettes, franchement je ne me suis pas ennuyé un seul instant en le lisant. Je le referme juste avec une pointe de déception face à des attentes non satisfaites.

Même si l’auteur reste dans le vague quant à une éventuelle suite, la fin laisse une porte grande ouverte à un prochain retour d’Emma 007. Malgré un ressenti mi-figue, mi-raisin je répondrai présent en espérant que les faiblesses de ce premier roman seront rectifiées.

[BOUQUINS] Julien Guerville – Mordre

Dans un monde dévasté, Zaïn et son père Yaoru roulent vers Asram. Là-bas, un groupe de survivants aurait trouvé un remède contre la maladie qui ronge Yaoru et lui fait perdre peu à peu son humanité. Père et fils affrontent le froid, le manque de tout. Et les Z qui peuvent surgir à tout moment.

Au long de cette odyssée en terre hostile, Yaoru voit sa vie défiler devant ses yeux : son enfance au cœur des marais, son père tueur de reptiles, la lutte des chamans contre la nature, qu’ils disaient coupable de tous les maux. Dans son délire fiévreux, il prend conscience des décisions qui ont modelé son destin, celui de son fils et peut-être celui de l’humanité tout entière.

S’il est vrai que la littérature post-apocalyptique sauce zombiesque foisonne de titres divers et variés, c’est un domaine auquel peu d’auteurs francophones viennent se frotter. C’est donc essentiellement poussé par la curiosité que je me suis plongé dans ce roman.

Je remercie les éditions Julliard et la plateforme Net Galley pour leur confiance.

J’avoue très honnêtement qu’en sollicitant ce roman je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, le pitch est suffisamment explicite pour situer l’intrigue dans un monde post-apocalyptique en proie à des méchants zombies affamés de chair fraîche. Force est de constater que ce n’est pas vraiment le genre de prédilection des écrivains français, même si certains ont su brillamment tirer leur épingle du jeu (l’exemple le plus récent qui me vient à l’esprit étant le diptyque Les Décharnés de Paul Clément).

En revanche c’est un thème qui ne cesse d’inspirer les auteurs outre-Atlantique, tant et si bien que l’on en arrive à se demander si tout a déjà été fait et raconté en matière de zombies (ils ont même osé le zombie à la sauce guimauve). Mordre, le roman de Julien Guerville vient à point nommé nous prouver qu’il est encore possible de surprendre et d’innover en matière d’apocalypse zombie.

Difficile, pour ne pas dire impossible, de situer le récit aussi bien dans le temps que dans l’espace même si la notion de bayou fait inévitablement penser à la Louisiane. Mais sommes-nous vraiment dans le même monde que celui du roman ? Rien n’est moins sûr – ce qui tendrait plutôt à être rassurant, vu la tournure que prennent les événements.

L’auteur ose jouer la carte du post-apocalyptique écologique, la mutation zombie étant la conséquence plus au moins directe du fait que les hommes se soient détournés de la nature au profit de dieux qu’ils ont inventés. Dit comme ça j’ai bien conscience que ça peut paraître un peu bancal, mais je vous garantis que la sauce prend bien à la lecture du roman.

Au fil des chapitres on alterne entre l’intrigue présente (Zaïn et son père, infecté, sont à la recherche d’une cité sanctuaire) et l’histoire de la famille de Zaïn, son père, Yaoru et le grand-père. Une histoire indissociable du marais et ses crocodiles. D’abord en tant que proies puisque le grand-père est le dernier des Kaijus (les plus grands chasseurs de crocodiles, le bras armé des chamans dans leur guerre contre la nature qu’ils jugent hostile). Une tradition transmise de père en fils jusqu’à ce que Yaoru lance un pavé dans la mare et marque la fin d’un cycle en privilégiant l’élevage au sein d’une ferme qui ne cesse de prospérer. Une histoire de famille au sein de laquelle la communication père-fils est des plus ténues…

Si le relationnel entre les vivants est l’un des thèmes principaux de l’intrigue, le côté post-apo zombiesque ne sert pas uniquement de faire valoir. La survie est bel et bien la préoccupation majeure de Zaïn et Yaoru au cours de leur quête d’Asram, un sanctuaire qui ferait presque office d’Eden au vu de la prolifération Z. Une survie qui passera bien souvent par la confrontation directe avec d’autres survivants.

Si l’origine du fléau Z offre une approche inédite (à ma connaissance en tout cas), on retrouve tous les codes du genre au fil des pages. Julien Guerville parvient à les adapter à son propos en nous livrant un ensemble plutôt convaincant… même s’il demande un peu de temps d’adaptation de la part des lecteurs.

Pas non plus de quoi révolutionner le genre mais le roman vaut le détour ne serait-ce que pour découvrir sa vision du « monde d’avant » et les funestes conséquences de l’idolâtrie des hommes. J’avoue volontiers que c’est un propos qui trouve facilement écho dans ma façon de percevoir les choses en général, et plus particulièrement les religions.