[BOUQUINS] Romain Puértolas – L’Extraordinaire Voyage Du Fakir Qui Etait Resté Coincé Dans Une Armoire Ikea

R. Puèrtolas - L'Extraordinaire Voyage Du Fakir...J’ai mis à profit mes derniers jours de congés (la reprise demain va être dure, après trois semaines de glande totale) pour me plonger dans un titre qui a fait quelques va-et-vient dans mon Stock à Lire Numérique, le temps de trouver une version correcte lisible sur tous supports. Ce fut périlleux mais l’attente en valait la peine, place donc à ma chronique de L’Extraordinaire Voyage Du Fakir Qui Etait Resté Coincé Dans Une Armoire Ikea, titre à rallonge que l’on doit à Romain Puértolas.
Ajatashatru Lavash Patel, un fakir du Rajasthan, un tantinet escroc et imposteur, se rend à Paris, aux frais de sa communauté, dans le but de s’acheter un nouveau lit à clous chez Ikea. Le type étant fauché comme les blés, hormis un faux billet grotesque destiné à payer son achat, il décide de passer la nuit dans le magasin. Une décision qui va complètement chambouler ses plans…
Commençons par le mauvais point, d’autant qu’il n’incombe pas à l’auteur mais à l’éditeur, Le Dillettante. Proposer une quatrième de couverture qui résume le bouquin de A à Z est un choix qui me dépasse ; jamais je n’aurai imaginé qu’un tel niveau de crétinerie marketing puisse être atteint !
De prime abord j’ai tout de suite pensé à un périple improbable un peu à la façon de Jonas Jonasson, et sur ce point je n’ai pas été déçu, on retrouve des éléments communs entre les deux auteurs (intrigue rocambolesque, personnages hauts en couleurs…), mais il y a chez Romain Puértolas et son fakir une dimension plus sociale (même si je n’adhère pas totalement à son propos, cela n’engage que moi et ne m’a pas empêché d’apprécier le récit).
Au fil de son périple, qui le conduira de Paris à Tripoli, en passant par Londres (ou presque) et Rome, et avant son retour en France, le personnage d’Ajatashatru évolue tout au long de l’intrigue, le roublard s’humanise au contact des autres et découvre les vertus de l’altruisme. Ne vous fiez pas aux apparences, à aucun moment on ne tombe dans la mièvrerie à deux balles.
Un récit plein d’humour, de malice mais aussi d’humanité (avec une pointe d’émotions, juste ce qu’il faut) et d’intelligence. La plume et le style sont légers, une fois que vous aurez plongé le nez dans le roman vous ne pourrez plus le lâcher avant la dernière page (d’autant qu’il est relativement court, 252 pages). Que demander de plus pour finir ces congés sur une note de bonne humeur ? Sinon un rab de congés !

[BOUQUINS] Frédéric Mars – Le Sang Du Christ

F. Mars - Le Sang Du ChristChangement total de registre puisque j’ai décidé de m’attaquer à l’un des premiers romans de Frédéric Mars, Le Sang Du Christ. J’ai apprécié ses thrillers contemporains (Non Stop et Le Manuel Du Serial Killer), du coup ma curiosité m’a naturellement poussé vers ce thriller historico-religieux.
Dans une ferme à de Jérusalem, un homme est sacrifié selon le rituel réservé à l’agneau pascal. Mais sur son front, on peut voir un triangle marqué au fer et, à côté du cadavre calciné, une poterie égyptienne. Ce supplicié, c’est Jean de Gamala, héritier légitime du trône de David. Un homme qui avait disparu depuis plus de vingt ans. Soupçonné du crime, son frère Jacques tente de démasquer par lui-même le meurtrier. Pour ce faire il pourra compter sur l’aide de Sara, sa jeune mais débrouillarde nièce…
Bien que revendiquant haut et fort mon athéisme je ne me prive de lectures plus ou moins religieuses de temps en temps, du moment que cela sert une intrigue bien foutue. D’autant que, dans le cas présent, j’étais surtout curieux de découvrir une autre facette de Frédéric Mars.
L’auteur combine des personnages issus de son imagination avec des figures historiques (Jésus bien entendu, mais aussi Pilate et Hérode), de même histoire et Histoire se mêlent habilement. Pour être tout à fait franc se bouquin risque de faire grincer des dents les fervents catholiques plus que les athées, il détourne certains épisodes de la Bible (que j’ai lu aussi, avant de me proclamer athée il fallait que je sache ce que je rejetais) de façon plutôt radicale (je pense notamment à la destinée de Jean le Baptiste) et le personnage même de Jésus n’est pas franchement un saint homme. Ca va hurler à l’hérésie dans les chaumières (même si l’auteur cite ses sources à la fin du bouquin) !
L’intrigue démarre six jours avant la fête de la Pâque juive, les derniers jours de la vie (revisitée) de Jésus. Bien que parfois un peu tirée par les cheveux ladite intrigue, mystico-policière, parvient toutefois à nous tenir en haleine avec ses énigmes et ses rebondissements multiples et variés. Enigmes et rebondissements ? Diantre mais c’est du Dan-Brown-like, heu oui mais non, c’est moins chiadé quand même.
Les personnages sont bien travaillés, non seulement Jacques et Sara mais aussi les personnages secondaires. Les us et coutumes israélites me semblent convaincants, ainsi que le contexte historique global ; mais bon je suis loin d’être un expert dans ces matières…
Bien qu’étant naturellement attiré par les intrigues plus contemporaines j’ai pris plaisir à cette petite visite dans l’espace et le temps.

[BOUQUINS] Ian Manook – Yeruldelgger

I. Manook - YeruldelggerA la base ce roman de la rentrée littéraire n’était pas prévu dans mon Stock à Lire Numérique, mais à force de lire, çà et là, des critiques élogieuses,  dont celle de Gruz, et sachant que nous avons des goûts littéraires plus que proches, j’ai fini par craquer pour ce Yeruldelgger de Ian Manook. C’est l’occasion de poursuivre le voyage, sauf que cette fois la destination est beaucoup plus exotique puisque l’on file direct vers la Mongolie et ses steppes…
Yeruldelgger, commissaire à la crim’ d’Oulan Bator, est appelé dans les steppes alors qu’il enquêtait sur le meurtre sauvage de trois chinois. Là-bas il découvre le corps d’une fillette, un crime qui le ramenè directement vers son propre drame personnel, l’assassinat de sa fille cadette quelques années plus tôt. Au fil de son enquête Yeruldelgger et son équipe vont découvrir que les deux affaires pourraient être liées…
Vous trouvez sans doute que notre héros porte un prénom à coucher dehors, pour votre peine je vous condamne à psalmodier cent fois son nom complet : Yeruldelgger Khaltar Guichyguinnkhen. Au moindre raté on remet le compteur à zéro. Ah oui avec l’accent mongol svp ! Z’êtes pas prêt d’aller vous coucher bande d’ingrats.
Bon autant vous le dire tout de suite ce polar/thriller sera certainement l’un de mes coups de coeur de l’année (faut dire qu’il y en a eu pas mal cette année). Pour une première incursion dans le genre l’auteur réussit un coup de maître. Bon voilà ça c’est fait, étoffons un peu maintenant.
La première bonne surprise vient de l’incroyable profondeur des personnages. Yeruldelgger d’abord, flic brisé de l’intérieur, aussi têtu que bourru mais enquêteur hors pair (il me fait un peu penser au Harry Hole de Jo Nesbo). Ses alliées de charme et de choc, Oyun, sa collègue, et Solongo, légiste et compagne de Yeruldelgger (leur relation est assez bizarre). Mon coup de coeur va sans hésitation à Gantulga, gamin des égouts d’Oulan-Bator, un allié aussi précieux que débrouillard pour Oyun et Yeruldelgger.
La seconde bonne surprise, je devrai plutôt dire claque vient de l’intrigue elle même. Une intrigue incroyablement complexe maîtrisée du début à la fin, juste ce qu’il faut de rebondissements pour nous tenir en haleine. Vraiment un polar haut de gamme, peut être pas aussi cash que du Chattam mais vous aurez tout de même le droit à quelques scènes pas piquées des hannetons.
Avec Yeruldelgger Ian Manook nous invite à découvrir une Mongolie aux multiples facettes. Oulan-Bator, la capitale, où les buildings modernes poussent aux côtés des vestiges rustiques et sans âme de l’occupation communiste. Un peuple moderne mais aussi ancré dans ses traditions nomades et chamanes. On aurait presque envie de prendre un billet d’avion pour un petit détour touristique.
L’auteur soulève aussi une question pour le moins intéressante, selon notre lieu de vie et notre culture nous n’avons pas la même vision de l’Histoire. Pour l’Occident le pire « boucher » de tous les temps est certainement Hitler alors que la seconde guerre mondiale est un épisode ignoré par la plupart des Mongols. En Mongolie les « bouchers » s’appellent plutôt Staline et Mao.
Extrait pour illustrer mon propos :
– Comment pouvons-nous ignorer l’holocauste de six millions de Juifs ? s’était-il indigné à l’époque.
– Parce que ce n’est pas notre histoire, avait répondu tristement Solongo.
– Six millions de morts, comme cela peut-il ne pas être notre histoire à nous aussi ?
– Notre histoire à nous, elle est plus proche des quatre-vingts millions de morts de Staline, et des centaines de millions de morts de Mao et des autres. L’histoire des Juifs n’est pas la nôtre. Toute leur guerre n’était pas la nôtre non plus !
Je suis convaincu que le bouquin vaudra beaucoup de son succès (plus que mérité) au Net, un auteur inconnu, un titre à coucher dehors, une couv’ pas vraiment percutante : tout était fait pour qu’il passe inaperçu (ou presque). Et bien je suis heureux de faire partie de ceux qui vont propager la bonne parole.
Pour l’anecdote j’ai découvert que la boisson traditionnelle mongole est le suutei tsaï, un thé noir au lait, salé, dans lequel ils ajoutent du beurre ou de la farine. Ca vous dit de goûter ? Moi, je passe mon tour. D’une façon générale la gastronomie mongole est très exotique, certains plats ont l’air plutôt appétissants mais pas évident de trouver les ingrédients (le boodog est à base de marmotte).
Albin Michel a réussi à convaincre l’auteur de faire de Yeruldelgger un personnage récurrent, j’ai vraiment hâte de découvrir la suite. Après tout le bouquin s’achève en laissant un gros point d’interrogation dans l’esprit des lecteurs.

[BOUQUINS] Maxime Chattam – Autre-Monde : Neverland

M. Chattam - NeverlandAh que voilà un titre que j’attendais avec impatience, d’autant que le tome précédent laissait nos héros dans une situation plus que critique, retour à la saga de Maxime Chattam, Autre-Monde avec son sixième opus, Neverland.
Après le naufrage du Vaisseau-Vie, la situation des Pans venus d’Eden est plus que compromise, d’autant que l’Alliance des Trois n’est plus. Tobias est porté disparu, nul ne sait s’il a survécu à l’incendie. Ambre est prisonnière du Maester Morkovin qui compte l’utiliser pour servir ses propres ambitions. Matt, escorté par les Pans rebelles, est en route pour Neverland. Et pendant ce temps là la menace d’Entropia se renforce de jour en jour…
L’auteur nous plonge directement dans le coeur de l’action, reprenant son récit exactement là où se terminait Oz. Pendant une partie du roman nous suivrons l’action selon deux points de vue : celui de Matt et celui d’Ambre, le jeune couple ayant été séparé. Alors quid de l’Alliance des Trois ? Si vous voulez le savoir il va falloir lire le bouquin.
Comme toujours depuis le début de la saga Autre-Monde l’auteur réussit encore à nous surprendre, l’univers qu’il a créé s’enrichit au fil des tomes, l’intrigue est dense, pleine de surprises et de rebondissements mais jamais inutilement complexe. Et bien entendu l’auteur introduit de nouveaux lieux (les plus marquants de ce sixième opus étant Neverland et la cité de Mangroz) et de nouveaux personnages (mention spéciale à Gaspar, le leader charismatique de Neverland et à coup de coeur à Lili).
Vous l’aurez compris ce volume ne dépareille pas dans la saga, on est tenu en haleine du début à la fin (une fin nerveusement très éprouvante). Au cours de la lecture on passe pour toutes les gammes de l’émotion, du rire aux larmes. Petit plus de ce roman, on découvre les similitudes et les différences qu’il existe entre les conséquences de la Tempête sur les USA et l’Europe ; notamment au travers des personnages de Matt et Gaspar.
Même si le suspense final est moins stressant que dans le précédent opus, j’ai vraiment hâte de lire le septième tome, avec toutefois un petit pincement au coeur en sachant que ce sera aussi le chapitre final de la saga. Nul doute que Maxime Chattam nous offrira un bouquet final digne de ce nom. Une lueur d’espoir dans les remerciements, l’auteur n’exclut pas la possibilité d’un spin-off consacré à Gaspar…
Nouveau clin d’oeil à Peter Pan avec Neverland, si ici c’est le fief des Pans européens, dans Peter Pan c’est le nom original du Pays Imaginaire. je doute fort qu’il s’agisse d’une coïncidence…

[BOUQUINS] Gilles Legardinier – Et Soudain Tout Change

G. Legardinier - Et Soudain Tout ChangeEn voilà un qui a bien failli voler la vedette à Franck Thilliez lors de la dernière ligne droite vers le sommet de mon Stock à Lire Numérique avant se faire griller in extremis par Psycho Killer. Changement total de registre puisque j’ai opté pour Et Soudain Tout Change de Gilles Legardinier, je fais aveuglément confiance à l’auteur pour une séance de musculation zygomatique !
Camille, 17 ans, mène sa vie d’adolescente entre sa famille et sa bande d’amis avec toute l’insouciance propre à cette période de notre vie. Où l’on ignore encore toute l’inconsistance de nos grands questionnements du moment. Un âge où l’on n’est plus un(e) enfant mais pas encore un(e) adulte. Une période de transition, loin de se douter que ce fragile équilibre peut voler en éclats pour X raisons…
Honnêtement si cette histoire n’avait pas été signée Gilles Legardinier je serai passé à côté du bouquin sans même y jeter un oeil. Mais l’auteur a su me rendre accro tant il parvient à se mettre dans la peau de ses personnages et à nous faire vivre des situations du quotidien (ou presque) vues sous un angle unique en son genre. Et une fois encore son don fait des miracles, on s’y croit vraiment et on partage intensément les émotions de Camille.
L’écriture et le style de l’auteur réussissent toujours à nous arracher des fous rires qui nous font passer pour de doux dingues vis à vis des spectateurs involontaires de nos bidonnages ; le résultat est encore pire si on essaye de se retenir, on en vient à ressembler à un constipé qui ferait une crise d’apoplexie sur le trône, les joues gonflées par le rire prisonnier, le corps agité de soubresauts douteux et les yeux baignés de larmes.
Mais l’auteur sait utiliser les séquences les plus loufoques pour nous faire partager des pensées plus profondes, à travers Camille bien entendu mais aussi toute sa bande de potes confrontés à des situations exceptionnelles qui les feront gagner en maturité et en profondeur. De ses trois romans estampillés humour celui-ci est sûrement le plus intense au niveau émotionnel, l’auteur aborde un sujet grave qui ne devrait pas préoccuper des adolescents, les larmes qui viendront baigner vos joues ne seront pas que des larmes de joie.
Autre signature humoristique de l’auteur on retrouve les couvertures colorées mettant en scène un chat, un chaton en l’occurence, le premier dans une situation « normale » pour un félin (pas de bonnet péruvien sur la tête, pas de confiturier en cuivre dans lequel il est assis… juste un chaton surpris par une coccinelle).
L’auteur nous promet un nouveau titre comique pour 2014, je brûle d’impatience de le découvrir, les trois précédents ont été de totales réussites (j’ai lu celui-ci d’une traite, en une journée), je lui fais aveuglément confiance pour nous embarquer dans son prochain délire. En 2015, il devrait signer son retour au thriller, là encore je l’attends de pieds fermes.
Ne zappez pas le mot de la fin de l’auteur, déjà par respect pour sa personne et son travail, mais aussi parce que présentement il se livre à coeur ouvert sur une partie de sa vie.

[BOUQUINS] Franck Thilliez – Puzzle

F. Thilliez - PuzzleEt bin voilà mon petit Franckie, tu as fini par atteindre les sommets de mon Stock à Lire Numérique. Après quelques hésitations j’ai fini par décider que je prendrai les trois prétendants à la première place dans l’ordre d’arrivée dans ma bibliothèque virtuelle, honneur donc à Franck Thilliez d’ouvrir le bal avec son nouveau roman, Puzzle.
Ilan et Chloé formaient un jeune couple spécialisé dans les chasses au trésor et autres jeux en réalité alternée (JRA). Alors qu’ils se sont séparés depuis plus d’un an et que Ilan a abandonné cette passion dévorante, Chloé débarque et lui annonce qu’elle pense avoir trouvé l’entrée du plus secret des JRA : Paranoïa. Il se laisse entraîner dans cette ultime chasse au trésor qui ne tarde pas à apparaître bien plus périlleuse qu’un simple jeu, mais il est trop tard pour faire machine arrière…
En chroniquant Vertige, le précédent roman « isolé » de Franck Thilliez, j’ai fait le rapprochement avec le film Saw, si je devais me livrer à la même démarche ici c’est incontestablement le film The Game (David Fincher – 1997) qui me viendrait à l’esprit. Toutefois, comme pour Vertige et Saw, Puzzle et The Game reposent sur une base assez proche mais conservent chacun une identité propre. L’autre point commun entre Vertige et Puzzle est un huis-clos, oppressant à souhait où chacun doute de l’autre (et nous on doute de tout et de tout le monde).
Comme à son habitude l’auteur nous entraîne dans une intrigue aussi dense que complexe, difficile de démêler le vrai du faux ; on serait tenté de suivre le conseil de Lucas Chardon, un des personnages du roman : « Vous n’y comprenez pas grand-chose en l’état actuel des choses. Mais n’ayez crainte, les pièces du puzzle vont se mettre en place progressivement, les unes après les autres.« . Mais même en se laissant porter par le courant, et avec Franck Thilliez la vie n’est pas un long fleuve tranquille mais plutôt un océan déchainé, je peux vous garantir que les méninges vont chauffer à blanc.
Je ne sais pas de quoi il retourne dans les Sharko et Hennebelle mais ses romans isolés ont pour point commun d’aller fouiner au plus profond de la psychologie et du psychisme. De fait on en vient à douter de tous les personnages (8 joueurs), tous sans exceptions semblent baignés dans les mensonges et les non-dits. C’est retors, pour ne pas dire pervers, mais pour nous lecteur ça reste un régal à découvrir.
Que dire justement de nos deux héros principaux ? Commençons par Chloé qui reste longtemps difficile à cerner, plus secrète, ses réelles motivations ne sautent pas aux yeux et forcément cela nous amène à remettre souvent en question le personnage. Ilan n’est guère mieux loti, son passé est tout aussi trouble (lui même s’emmêle les pédales dans son parcours), perturbé par un drame il semble un tantinet parano, à moins que ? Une fois impliqué dans le jeu il se comporte parfois comme le dernier des blaireaux, mais bon d’un autre côté c’est sa négligence (pour être poli) qui fait avancer l’intrigue donc on ne va pas s’en plaindre.
La faim m’a un peu laissé sur ma fin, un indice était trop aisément déchiffrable à mon goût mais j’avoue tout même avoir pas mal remis ma conclusion en question au fil des pages pour finalement en douter totalement jusqu’à la révélation finale. Il n’en reste pas moins que j’ai été happé par ce bouquin, une fois entamé je n’ai plus pu le lâcher !
Franck Thilliez a poussé « le jeu » jusqu’à démarrer chacun des 64 chapitres par le dessin d’une pièce de puzzle, il a par la suite affirmé que l’assemblage du puzzle constituait un indice important, donc à faire de préférence après la lecture du roman. L’assemblage en soi n’est pas un problème, 64 pièces avec un motif « réaliste » c’est un puzzle pour enfants de 5 à 6 ans (source Ravensburger) ; le hic étant plutôt d’obtenir lesdites pièces. Pour les possesseurs du bouquin en version papier ça risque d’être coton : soit vous êtes un barbare fini et vous tailladez le bouquin à coup de scalpel (Sacrilège ! Vade retro !!!) ; soit vous prenez le temps de décalquer chaque pièce, puis de les découper. Pour les possesseurs d’une version numérique, il « suffit » de copier les différentes pièces sur votre disque dur (via Sigil il suffit de quelques clics), via un logiciel de retouche on les détoure (là encore aucun souci, les pièces ont un contour noir sur fond blanc) et après « y a plus qu’à » (dans l’idéal il faudrait même les vectoriser afin de pouvoir les manipuler comme de vraies pièces de puzzle)… Par contre si vous voulez tenter l’expérience je confirme le conseil de l’auteur : faites le après avoir lu roman.

[BOUQUINS] Karine Giebel – Post Mortem

K. Giebel - Post MortemAprès François Troudic et ses Harengs De Ploucamor, je reste dans la nouvelle policière mais dans un registre plus « brut de décoffrage » puisque je jetterai mon dévolu sur Post Mortem de Karine Giebel. Disponible seule en version numérique, elle a été publié chez Pocket sous le titre Maîtres Du Jeu, avec J’Aime Votre Peur (déjà publiée dans le recueil L’Empreinte Sanglante) en première partie.
Morgane Agostini, une actrice très en vogue, hérite d’un inconnu une maison en Ardèche, au grand dam du frère du défunt qui ne cache pas sa colère. A la demande du défunt, Morgane et son mari se rendent sur les lieux. Sur place leur hôte leur a préparé un jeu de piste post mortem…
Il est rare que je chronique des nouvelles, difficile en effet de pondre un post conséquent sur un texte de quelques pages,  aussi réussi soit-il. En l’occurrence il n’y a rien à redire, Karine Giebel réussi à vous entrainer dans un intrigue bourrée de rebondissements qui mise d’avantage sur son ambiance et les tensions psychologiques que sur l’action pure et dure. Jusqu’aux dernières lignes on est bluffé par le nombre de retournements de situation présents en si peu de pages. De même les personnages ont une réelle profondeur, aucun n’est tout blanc ou tout noir, un peu comme dans la vraie vie en fait.
Cette courte mais intense (et oui encore) histoire de vengeance(s) constitue une excellente mise en bouche en attendant le prochain roman de Karine Giebel ; sans doute pas pour toute suite vu que l’excellent Purgatoire Des Innocents est paru en mai 2013. Laissons lui le temps de nous mitonner un thriller aux petits oignons.
Bon je vous quitte pour aujourd’hui sur cette courte chronique, pleure pas mon petit Franckie, je te jure que c’est toi le prochain sur ma liste…

[BOUQUINS] François Troudic – Les Harengs De Ploucamor

F. Troudic - Les Harengs De PloucamorBeaucoup de beau monde se dispute le haut de mon Stock à Lire Numérique, Franck Thilliez a  en effet été rejoint par Gilles Legardinier et par R.J. Ellory et pourtant c’est François Troudic et ses Harengs De Ploucamor qui leur grille à tous la politesse. WTF ? Un auteur inconnu et un premier roman ! Plusieurs raisons à ce revirement, la première et la principale étant que ce bouquin est bien parti pour être le prochain élu de l’AlexandriZ’s Book Club, la seconde tient dans ses 44 pages que je devrai torcher en un deux coups de cuillères à pot et la troisième est que tout dans ce bouquin m’intrigue.
Quid du synopsis ? Heu… Je passe ! Vous aurez donc en guise de présentation les premières lignes du roman :
Elle est venue frapper à ma porte vers trois heures du matin.
— Salut, je m’appelle Géraldine, on ne se connaît pas mais je suis la fille des voisins. J’ai perdu mes clés et je n’ose pas rentrer chez moi de peur de réveiller mon beau-père qui est insomniaque.
N’écoutant que mon grand cœur, j’ai abandonné mon Spirou et lui ai généreusement proposé de l’héberger.
Comment dire ? C’est court mais intense, jouissif même, un véritable orgasme littéraire ! 44 pages de sourires et de rires mais autant vous le dire d’entrée de jeu il faut aimer l’humour décalé, voire complétement déjanté. Quand François se lance à la recherche de Géraldine il est loin de s’imaginer que son périple sera aussi rocambolesque que dangereux. Heureusement il pourra compter sur son ami de toujours, Pioupiou le canard vibrant et son nouvel ami, Michou le cornichon au vinaigre. Bin quoi, j’vous avions prévenu, non ?
La couv’ vous met directement dans l’ambiance avec ses faux airs de feue la collection Série Noire, laissez vous donc tenter par ce polar armoricain hors du commun (ne cherchez pas Ploucamor dans un Atlas du Morbihan, le village est purement fictif) ; non seulement vous aurez le droit à une séance de musculation zygomatique mais en plus vous ne regarderez plus jamais les cornichons comme avant (un peu comme les clowns après la lecture de Ca). Le hasard (?) a voulu que ce bouquin tombe comme un cornichon sur une tartine de rillettes en pleine rentrée littéraire, je lui souhaite une large diffusion par le bouche à oreilles, nul doute que je vais contaminer mon entourage.
Que vous dire sur l’auteur ? Bin rien, parce qu’en fait on ne sait rien de lui… ou presque ! Mais ça seuls les plus curieux et les plus courageux pourront le découvrir, il suffit de s’aventurer là où il sévit sous couvert d’un pseudonyme (et oui la célébrité n’a pas que des avantages, le pauvre doit vivre caché pour vivre heureux).
Si j’ai réussi à éveiller votre curiosité sachez que vous trouverez cet OLNI distribué gratuitement sur de nombreuses plate-formes (dont ELG, le site de référence des ebooks libres et gratuits). Quant à moi j’ai hâte lire la suite des aventures de François Troudic.

[BOUQUINS] Bernard Werber – Les Micro-Humains

B. Werber - Les Micro-HumainsLa lutte pour le sommet de mon Stock à Lire Numérique fut rude entre Bernard Werber et Franck Thilliez ; deux titres que j’attendais de pieds fermes et finalement j’ai décidé de privilégier mon challenge SF en optant pour Les Micro-Humains, la suite (ce qui a aussi beaucoup pesé dans mon choix) de Troisième Humanité, de Bernard Werber donc.
Un an après le succès de l’opération de sauvetage à Fukushima la société Pygmée Prod et ses Emachs ont le vont en poupe, les micro-humains sont loués pour des interventions diverses et variées là où l’homme ne peut intervenir. Une vidéo diffusée sur Youtube, montrant un adolescent torturant et tuant des micro-humaines va complétement changer la donne, les Emachs n’étant pas considérés comme des créatures humaines vont remettre en question leur soumission aux Grands…
On retrouve tous les personnages déjà rencontrés dans le premier opus, dont Emma 109, l’Emach « affranchie » et bien entendu la Terre qui continue à nous raconter son histoire et celle de l’humanité. Les chapitres sont entrecoupés par des articles de l’ESRA, tantôt drôles, tantôt sérieux mais toujours instructifs.
Le décor étant planté on plonge directement au coeur de l’action dans un récit plus mouvementé et plus rythmé que le précédent, les rebondissements ne manquent pas. Les chapitres courts, associés au style de l’auteur, assurent une lecture fluide, c’est d’autant plus agréable que le bouquin devient très vite addictif.
J’aime beaucoup le jugement de l’auteur (ou du moins de ses personnages) sur la religion des hommes qu’il qualifie de « truc artificiel pour soumettre les hommes faibles et leur faire renoncer à leurs responsabilités et leur libre arbitre« . C’est d’ailleurs ainsi que l’auteur imagine la naissance des grandes religions, des dogmes imposés aux petits humains (nous) par leurs créateurs, des géants atlantes, afin de les soumettre. Même le nom du Pape est un pied de nez à la religion : Pie 3.14.
Je terminerai cette chronique par une énigme récurrente (apparue dans Les Fourmis et reprise ici) extraite de l’ESRA : comment faire un carré avec seulement trois allumettes ? Sans les casser cela va de soi… Pour information il y a deux solutions. Vous trouverez facilement la réponse sur le Net mais triturez vous un peu les méninges avant.
Et bin voilà, il n’y a plus qu’à attendre la suite… La fin est moins abrupte que dans le premier tome, l’attente devrait être plus supportable.

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Au Revoir Là-Haut

P. Lemaitre - Au Revoir Là-HautLes livres se suivent et ne se ressemblent pas. Jusqu’ici Pierre Lemaitre s’est surtout imposé dans le thriller, notamment avec la trilogie (plus un demi) consacrée au Commandant Verhoeven, mais v’là-t’y pas que pour cette rentrée littéraire 2013 le gars change son fusil stylo d’épaule en nous proposant Au Revoir Là-Haut. Du coup la chose a rejoint les sommets de mon Stock à Lire Numérique, la curiosité est trop forte pour passer à côté de ce bouquin.
Novembre 1918. A quelques jours de l’armistice, parce qu’il a vu quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir, Albert Maillard a bien failli mourir, enterré vivant ; il devra son salut à l’intervention d’Edouard Péricourt qui le tirera in extremis de ce sale pas. Un geste courageux qui vaudra à Edouard un éclat d’obus dans la gueule, qui lui arrachera une partie du visage. Nos deux compagnons d’infortune ne le savent pas encore mais c’est le début d’une grande histoire d’amitié et d’entraide, empruntant parfois des chemins bien tortueux…
Autant vous le dire de suite, si vous attendez un roman historique passez votre chemin, l’auteur reconnait volontiers avoir pris quelques libertés avec l’Histoire (« L’exactitude, je m’en fous, ce que je veux c’est la vérité« ). En matière de vérité l’auteur sait y faire, on se croirait vraiment au début de la période d’après-guerre (ou plutôt d’entre deux guerres, mais ça les protagonistes ne le savent pas encore). Le regard de Pierre Lemaitre (et de ses deux héros) est désabusé, qu’il s’agisse des soldats qui se sont battus pour la France mais dont la France, une fois la guerre finie, se fout éperdument (aujourd’hui encore, deux fois par an, pour se donner bonne conscience, on dépose une gerbe au pied du monument aux morts). Les héros se doivent d’être jeunes et fringants, pas de place pour les gueules cassées ; c’est pas bon pour l’image !
Difficile de classer ce roman dans un genre particulier, comme je l’ai dit plus haut c’est avant tout une histoire d’amitié qui sort de l’ordinaire. Quant au style, la plume de Pierre Lemaitre se fait tour à tour, drôle, acerbe ou cynique ; parfois il se permet même des apartés pour s’adresser directement au lecteur. Que la situation soit tragique ou amorale, l’auteur parvient toujours à nous tirer un sourire, il affirme « s’être beaucoup amusé » en écrivant ce livre et ça se sent, pari réussi puisque pour nous, lecteurs, sa lecture est purement et simplement jouissive.
Si le duo constitué par Albert et Edouard est plutôt atypique il fonctionne plutôt bien, à tel point que même si leur escroquerie est totalement amorale (surtout dans un contexte pareil), on ne peut s’empêcher d’espérer que la chance leur sourit enfin… tant pis si c’est au prix d’une monumentale arnaque ! A contrario on brûle d’impatience de voir Pradelle, responsable de tous leurs maux et pourri jusqu’à la moelle à tous les niveaux, se brûler les ailes et s’écraser comme une merde. L’auteur exaucera-t-il nos voeux ? Ne comptez pas sur moi pour répondre à cette question.¨
Pierre Lemaitre combine habilement la fiction (l’arnaque montée par Albert et Edouard) et l’Histoire (les magouilles de Pradelle s’inspirent de faits réels) pour lier son intrigue. La morale, ou plutôt l’amorale, de son histoire : « La guerre c’est bon pour le commerce, surtout après !« . Il y aura toujours des profiteurs qui trouveront le moyen de se faire du fric sur le malheur des autres.
Je ne sais pas si Pierre Lemaitre compte se remettre au polar un jour (je l’espère sincèrement) mais il semblerait qu’il ait dans l’idée de produire une sorte de fresque « historique » qui couvriront la période 1920-2020 ; d’ores et déjà l’auteur envisage une dizaine de titres. reste à savoir s’ils seront entrecoupés de thrillers ou s’il se consacrera pleinement à son projet. En tout cas le roman inaugural risque fort bien de marquer cette rentrée littéraire 2013 et peut être même de récolter un prix littéraire. Quoi qu’il en soit j’ai hâte de découvrir les prochains opus de sa fresque…