[BOUQUINS] Roy Braverman – Crow

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R. Braverman - Crow
Titre : Crow
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2019
Origine : France
364 pages

De quoi ça cause ?

Étant bien incapable de proposer l’esquisse d’un pitch, je vais me contenter de faire un copier-coller de la quatrième de couverture :

Des déserts arides du Mojave jusqu’aux Brooks Mountains dans le nord de l’Alaska, du pays des crotales au territoire des ours et des loups, une chasse à l’homme haletante et sans pitié. Traqueur ou traqué, homme ou femme, prédateur ou victime, peu importe : le système ne pardonne jamais. Surtout pas aux innocents !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la suite de Hunter, j’avais adoré l’ambiance générale du roman (très noire, un peu barrée, mais totalement assumée) et les personnages.

Ma Chronique

C’est avec grand plaisir que je me replonge dans les profondeurs sauvages de l’Alaska afin de retrouver Hunter et Crow… et quelques autres personnages déjà croisés dans le précédent opus.

Avant d’entrer dans le vif du sujet je répondrai à la question que les lecteurs potentiels peuvent se poser en découvrant ce titre : faut-il avoir lu Hunter avant de lire Crow ? Sans hésitation ma réponse est OUI, cet opus étant quasiment la suite directe du précédent. Qui plus est Hunter vous garanti un grand moment de lecture si vous aimez les histoires qui dépotent et envoient du lourd.

Roy Braverman (aka Ian Manook, ou encore Patrick Manoukian pour l’état civil) nous plonge d’entrée de jeu au cœur de son intrigue et au cœur de l’action. Au fil des chapitres on fait connaissance avec de nouveaux personnages, notamment ceux qui gravitent autour de la ville de Fairbanks (dont la sherif Sarah Malkovich et la ranger Sally Longhorn) et on retrouve certains personnages déjà croisés dans Hunter (dont Delesteros et Collins, virés du FBI après le fiasco de Pilgrim’s Rest). J’avoue avoir eu un faible pour le personnage de Mardiros, un chasseur de prime collecteur de dettes arménien qui ne manque ni de ressources, ni d’obstination.

Les chapitres défilent ainsi sans que l’on croise Hunter ou Crow, le premier se manifeste de façon certaine à la fin du chapitre 17 et le second au cours du chapitre 26 (sur un total de 60 chapitres). Rassurez-vous, leur absence n’empêche nullement l’intrigue de se mettre en place et de se développer.

Je ne m’attarderai pas davantage sur les personnages, il faut juste savoir que Fairbanks est un véritable nid à rednecks, de bons vieux péquenots de base amoureux de leurs flingues plus que de leur femme. Roy Braverman force volontairement le trait pour pointer du doigt cette Amérique profonde qui a fait de Donald Trump son président…

Ceux qui ont aimé Hunter retrouveront avec plaisir les mêmes ingrédients, un max d’action, une galerie de personnages qui vaut vraiment le détour, beaucoup de second degré et les inévitables touches d’humour noir. N’allez surtout pas croire que ce second opus n’est pas qu’une resucée du précédent, ça défouraille toujours autant, mais le récit s’articule autour d’axes radicalement différents, donnant par la même plus d’importance et plus de profondeur aux personnages.

Dans ce roman la nature est partie prenante à part entière, que ce soit par les décors, une beauté qui peut cacher bien des pièges mortels, les aléas climatiques (et plus si affinités) ou par sa faune omniprésente.

Un pur moment de divertissement servi par une écriture toujours aussi visuelle, au fil de la lecture on a le sentiment de visualiser le déroulé des événements ; et une fois de plus on en prend plein les mirettes… et on redemande ! Avec Crow, l’auteur confirme son formidable talent de conteur.

Roy Braverman nous avait promis une trilogie, l’ultime opus étant annoncé pour 2020, je suis franchement curieux (et tout aussi impatient) de découvrir quelles surprises il nous réserve…

MON VERDICT
Coup double

Morceaux choisis :

Extraits du chapitre 10

Malkovich prend son téléphone et appelle le légiste.
— Moore ? Malkovich ! Des résultats pour l’autopsie ?
— Vous ne passez pas me voir ?
— Attention Moore, cette insistance pourrait passer pour du harcèlement. Tu as l’intention de me harceler, Moore ?
— Non, non, bien sûr que non, shérif…
— Dommage pour toi, Moore, tu ne sais pas ce que tu perds.
— Shérif, je voulais juste vous montrer mon…
— Ton quoi, Moore ? Tu voulais me montrer ton quoi ? Attention à ce que tu vas dire, mon garçon.
— Mon rapport, bredouille le jeune légiste, juste un rapport !
— Un rapport, Moore, tu me proposes un rapport, maintenant ? Décidément !
— …
— Moore ?

 

— Ce pauvre gamin a peur de se faire bouffer par une cougar, c’est sûr, même si officiellement l’espèce vient d’être déclarée éteinte.
— Tu plaisantes !
— Le mercredi 23 novembre 2016, par un communiqué de l’US Fish and Wildlife Service. Aucune apparition depuis 1930. Out, le cougar !
— Mais comment va-t-on appeler les femmes comme moi alors ? plaisante Malkovich.
— Des vieilles ? propose Amber.

[BOUQUINS] Lise Pradère – En Quête D’Elena

AU MENU DU JOUR

L. Pradère - En Quête D'Elena
Titre : En Quête D’Elena
Auteur : Lise Pradère
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2019
Origine : France
280 pages

De quoi ça cause ?

Une jeune femme, Elena Vassiliev, est retrouvée morte dans son appartement de la région parisienne. L’enquête est confiée au commandant Gignac du SRPJ Nanterre.

Plus l’enquête avance, plus elle va s’avérer complexe et avoir de multiples ramifications, que ce soit dans le monde des affaires, dans les hautes sphères du pouvoir ou encore dans le milieu du crime organisé.

Intrigué par le profil de la victime, Gignac ne négligera aucune piste afin de faire éclater la vérité au grand jour.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir, un éditeur cher à mon cœur que je suis quasiment depuis la première heure.

Parce que Lise Pradère vient d’intégrer le catalogue de l’éditeur, c’est toujours un plaisir de découvrir un(e) nouvel(le) auteur(e).

Petit plus non négligeable, sans être pour autant décisif, je trouve que la couv’ est très belle.

Grâce à l’accès privilège que m’a accordé Flamant Noir sur Net Galley, je peux découvrir sans attente et en avant-première (parution le 29 avril) ce roman.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Flamant Noir (avec un merci tout particulier à Nathalie) et Net Galley pour leur confiance.

Flamant Noir offre à Lise Pradère et à son roman une seconde jeunesse, En Quête D’Elena a en effet d’abord vu le jour en 2017 en auto-édition grâce à la plateforme IggyBook. Un second souffle qui devrait lui permettre de toucher un public plus large et, c’est tout le bien que je lui souhaite en tout cas, de prendre réellement son envol.

Pour être tout à fait franc, je n’avais pas prévu de lire ce roman dès maintenant, c’est par curiosité que je l’ai ouvert, je comptais lire le premier chapitre juste pour voir ce que ça donnait. Sauf que j’ai été immédiatement happé par l’intrigue et les personnages, plus moyen de le lâcher avant de connaître le fin mot de l’histoire !

Il faut dire que le commandant Antoine Gignac est un personnage à qui l’on s’attache rapidement.

Dans le privé il est divorcé et père d’un ado, il est resté très proche de son ex-femme et entretient une relation fusionnelle avec son fils (avec qui il partage une passion pour le rugby). Originaire du Sud-Ouest il a parfois bien du mal à se faire au tumulte de la vie parisienne.

Professionnellement il est efficace, persévérant et un tantinet électron libre ; dans cette affaire il va développer une relation particulièrement intense avec la victime, pas question pour lui de renoncer à son enquête, quels que puissent être les éventuels enjeux supérieurs de l’affaire.

Heureusement il ne sera pas seul pour mener à bien son enquête, il peut en effet compter sur le soutien sans faille de son équipe et même de sa hiérarchie.

Tous les personnages sont impeccablement travaillés, quel que soit leur niveau d’implication dans le déroulé de l’intrigue.

Une intrigue à dimensions multiples qui entraînera le lecteur de la région parisienne au large de la Norvège en passant par l’Isère ; sans oublier le Turkménistan qui reste en toile de fond.

Une intrigue qui va s’orienter vers plusieurs pistes, du crime passionnel au crime organisé, en passant par l’assassinat politique. Rien n’est laissé au hasard, Lise Pradère garde le cap sans jamais faillir. Bien malin celui qui saura démêler le vrai du faux dans ce sac de nœuds.

Un récit richement documenté, mais toujours accessible, il faut dire que le style de l’auteur s’accorde parfaitement à une lecture d’une grande fluidité (pour ma part je l’ai dévoré le temps d’un weekend).

J’ai lu dans une interview de Lise Pradère qu’elle souhaitait mettre à nouveau en scène le personnage d’Antoine Gignac, j’espère sincèrement que son passage chez Flamant Noir lui permettra de donner suite à son projet. Je ne vous cacherai pas que je n’aurai rien contre le fait de le retrouver sur une (et plus si affinités) nouvelle enquête.

Le hasard de mes lectures a voulu que je croise, coup sur coup, un personnage nommé Karim Amrani (déjà présent dans le roman de Guillaume Musso) ; pas de bol pour ses éventuels homonymes, dans les deux cas l’individu n’a pas vraiment le profil du gendre idéal.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Guillaume Musso – La Vie Secrète Des Ecrivains

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G. Musso - La vie secrète des écrivains
Titre : La Vie Secrète Des Écrivains
Auteur : Guillaume Musso
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2019
Origine : France
352 pages

De quoi ça cause ?

Raphaël Bataille débarque sur l’île de Beaumont dans l’espoir de rencontrer son idole, l’écrivain Nathan Fawles.

Fawles a cessé d’écrire il y a plus de vingt ans, alors qu’il était au faîte du succès. Depuis il vit reclus sur l’île, limitant au strict minimum tout contact avec les autres résidents.

Quand le cadavre d’une femme, victime d’un meurtre, est découvert, les autorités décident d’imposer un blocus maritime à Beaumont. Un fait-divers tragique qui, contre toute attente, va rapprocher Raphaël et Nathan. Pour le meilleur et pour le pire…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Guillaume Musso. Je le suis avec intérêt depuis 2012, surtout depuis qu’il a décidé de se frotter à la littérature policière. Si ses premiers pas dans le genre furent un peu hésitants, on l’a vu gagner en assurance au fil des romans, tout en restant fidèle à lui même.

J’ai trouvé la couv’ très bien foutue, à la fois sobre et percutante. Comme dirait ce brave Jeannot, reste à savoir si le ramage se rapporte au plumage

Ma Chronique

Comme pour son précédent roman, La Jeune Fille Et la Nuit, Guillaume Musso nous livre une intrigue 100% franco-française (enfin presque… mais je ne m’épancherai point davantage sur ce point). Ce n’est certes pas un élément déterminant, mais ça reste tout de même un petit plus non négligeable (même si en l’occurrence l’île de Beaumont n’existe que dans l’imagination de l’auteur).

Avec ce roman Guillaume Musso ose enfin jouer avec les codes de la littérature policière, même s’il ne révolutionne pas le genre (faut pas pousser non plus) on ne peut que se satisfaire de ce regain de confiance en soi et, n’ayons pas peur des mots, de cette audace qui faisait parfois défaut dans ses précédents romans.

Un constat d’autant plus jouissif que l’auteur reste fidèle à son écriture simple et décomplexée ; résultat des courses on prend autant de plaisir à lire ce roman qu’il semble en avoir pris à l’écrire. Un style d’une grande fluidité qui ne l’empêche pas de brouiller les pistes de son intrigue qui, plus d’une fois, nous surprendra par ses rebondissements.

Un thriller qui met l’écriture et la lecture à l’honneur. Outre le fait que ses héros soient écrivains (confirmé pour Nathan, aspirant pour Raphaël), et qu’un de ses personnages soit un libraire plutôt old-style, on trouve disséminées dans le roman de nombreuses citations toujours placées à bon escient.

Il sera aussi question des nouvelles habitudes des lecteurs, avec notamment la montée en puissance du numérique que le libraire voit comme une menace pour son avenir :

Et puis, soyons réalistes : pourquoi s’emmerder à venir dans une librairie quand vous pouvez vous faire livrer un bouquin en trois clics sur votre iPhone !

Ce même libraire qui se place en défenseur de la « vraie littérature » (vous savez déjà tout le bien que je pense de cet intégrisme culturel), au grand dam de Raphaël (un avis certainement partagé par Guillaume Musso) :

Bien sûr, la fameuse « vraie littérature »… Il y avait toujours un moment avec les gens comme Audibert où cette expression – ou celle de « vrai écrivain » – revenait sur le tapis. Or je n’avais jamais laissé à personne le droit de me dire ce que je devais lire ou pas. Et cette façon de s’ériger en juge pour décider ce qui était de la littérature et ce qui n’en était pas me paraissait d’une prétention sans bornes.

Le top revenant à Nathan Fawles qui porte un regard désabusé sur la profession d’écrivain :

— Pour le même prix, je vais pourtant te donner un autre conseil : fais autre chose de ta vie que de vouloir devenir écrivain.
— C’est ce que me disent tout le temps mes parents.
— Eh bien, ça prouve qu’ils sont moins cons que toi.

Ou encore :

Si tu crois que les écrivains possèdent les vertus morales qu’ils prêtent à leurs personnages, tu es vraiment naïf. Et même un peu con.

Et une dernière (ma préférée) pour la route :

Comme Margaret Atwood, je pense que vouloir rencontrer un écrivain parce qu’on aime son livre, c’est comme vouloir rencontrer un canard parce qu’on aime le foie gras.

Que ce soit au niveau de ses personnages ou de son intrigue, l’auteur nous livre un sans-faute que vous aurez bien du mal à lâcher (pour ma part je l’ai lu quasiment d’une traite). Du plaisir à l’état brut, c’est à regret que l’on voit apparaître le mot fin (après un épilogue en forme de clin d’œil uchronique à la hauteur du roman).

MON VERDICT

En addenda à cette chronique, je n’ai pu résister à l’envie de partager le propos de Gérard Collard, libraire, mais aussi éminent chroniqueur littéraire, sur sa page Facebook (merci à Aude, c’est grâce à son partage que j’ai pu prendre connaissance de ce message) :

J’adore les retournements de veste, l’hypocrisie, l’opportunisme, ce sens de la flatterie qui sonne faux de ce monde de l’édition 2019 !!! Une vraie comédie humaine, un mix des précieux ridicules et des tartufes de Molière ! Un concentré d’hypocrisie assez impressionnant. Que n’ai je pas entendu, quand il y a quelques années, je vantais les mérites d’un roman de Guillaume Musso ! Vendu, démago, manque de goût, provocateur, populaire… j’en passe et des pires ! Ce qui n’était pas pour me déplaire, je l’avoue. Et depuis quelques jours, ne sont-ce pas les mêmes qui maintenant louent la qualité de ce Musso qui aurait changé… et bien non , Musso n’a pas changé ! Il a toujours été un excellent raconteur d’histoire, avec des personnages bien dans notre époque et qui la vivent avec tous ses problèmes et dans lesquels on peut se retrouver ! Un écrivain qui a le sens du rythme, du suspense, qui nous fait passer souvent un bon moment, sans prétention, mais efficacement. Si avoir du talent, c’est ennuyer le lecteur, alors c’est certain cet homme n’en n’a aucun ! Ne vous méprenez pas, le genre groupie ou fan inconditionnel n’est pas mon genre, je n’apprécie pas tout dans ce qu’il a écrit, mais il y a quelque chose de commun à beaucoup de ses romans, c’est cette impression qu’il prend un immense plaisir à nous raconter ses histoires et qu’IL n’est pas comme certains de ces écrivains pleurnichards de métier qui ne cessent de nous gaver a longueur d’émissions dites littéraires avec la difficulté, le calvaire d’écrire, le sacerdoce, le sacrifice à propos de romans faussement profonds qui sentent la sueur, destinés à un petit cénacle qui ne cesse de se lamenter sur la médiocrité des lecteurs, de certains critiques ou libraires… au moins cet homme a la pudeur et la politesse de nous éviter ce genre de clichés. Cerise sur le gâteau, il n’a pas ce melon qui oblige certains à passer par les portes-fenêtre tellement leur tête a gonflé… on peut aimer certains livres de Musso et Stendhal, il n’y a pas de petits et de grands plaisirs, il y a d’abord le plaisir, la vie est trop courte pour s’en priver et basta pour ceux qui ne sont pas d’accord !!!

[BOUQUINS] Edmonde Permingeat – Sans Mon Ombre

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E. Permingeat - Sans Mon Ombre
Titre : Sans Mon Ombre
Auteur : Edmonde Permingeat
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2019
Origine : France
440 pages

De quoi ça cause ?

Lors d’une dispute Alice, tue accidentellement sa sœur jumelle, Célia. Alice, qui a toujours pris ombrage de sa sœur, fait disparaître le corps et décide de prendre sa place.

Elle ne tarde pas à découvrir que, au-delà des apparences, la vie de Célia était loin d’être idyllique. Mais Alice est déterminée à tout mettre en oeuvre afin que son rêve ne se transforme pas en cauchemar…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions de L’Archipel sont désormais partenaires de Net Galley.

Leur premier titre proposé étant un thriller psychologique, j’ai sauté sur l’occasion pour leur souhaiter la bienvenue.

Ma demande ayant été acceptée, il ne me restait plus qu’à me lancer à la découverte de ce roman.

Ma Chronique

Je remercie les éditions de L’Archipel et Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation pour ce titre.

Le roman s’ouvre un meurtre, ou plus exactement violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner pour reprendre le terme juridique approprié. Un début plutôt classique pour un thriller, même si on connaît l’assassin (Alice), son mode opératoire (une rafale de claques dans la tronche) et son mobile (une jalousie maladive à l’encontre de sa sœur).

La suite logique des choses serait qu’il y ait enquête, et ben non. Pas vu, pas pris pour ainsi dire, et les amateurs du genre le savent mieux que personne : pas de bras, pas de chocolat… ah non, c’est pas ça ; voilà qui devrait être plus approprié : pas de corps, pas d’homicide ! Soit dit en passant cette dernière affirmation n’a strictement aucune valeur légale, c’est juste plus compliqué de prouver le crime en l’absence de cadavre.

Edmonde Permingeat nous offre donc un thriller qui n’a rien de policier, son credo avec ce roman c’est de tout miser sur l’aspect psychologique de l’intrigue. La force d’un thriller psychologique réside dans ses personnages, aucun droit à l’erreur sinon la sauce risque de ne pas prendre. Et l’auteure tire parfaitement son épingle du jeu dans ce domaine, la mayonnaise prend et s’avérera même succulente (n’allez pas vous imaginez que je bouffe de la mayo à la louche… rien que d’y penser ça me flanque la nausée).

Bien qu’écrit à la troisième personne, le roman vous invite à vivre l’intrigue à travers le personnage d’Alice. Une femme dotée d’une forte personnalité et d’un tempérament plutôt fougueux, elle s’efforce de mener une vie sans contraintes ni attaches et surtout sans jamais se soucier des autres. Une vie à l’opposée de celle que mène sa sœur, Célia, femme au foyer effacée qui s’occupe de ses deux filles. Et pourtant Alice ne peut s’empêcher de jalouser cette sœur qu’elle surnomme avec mépris l’autre ; l’accusant même de l’empêcher de s’épanouir pleinement tant elle lui fait de l’ombre.

Comme vous pouvez le constater, Alice n’est pas franchement une blanche colombe et l’auteure ne fait rien pour nous la rendre plus sympathique. Le fait qu’elle bute sa frangine dès les premières lignes du roman ne jouera pas franchement en sa faveur.

Donc notre chère Alice décide, une fois son sinistre forfait accompli, d’endosser la vie de Célia sans toutefois renoncer complètement à être elle-même. L’occasion pour elle de découvrir que, au-delà des apparences, sa sœur ne vivait pas une vie idyllique. Son quotidien était meublé de faux-semblants, non-dits, mensonges, tromperies, trahisons… une vérité insoupçonnable vue de l’extérieur !

Mais il en faut plus que ça pour que Alice renonce à son plan. Là où Célia courbait l’échine, elle va montrer les crocs… mais point trop n’en faut si elle ne veut pas prendre le risque de se trahir.

Il faut dire qu’elle est tombée au milieu d’un sacré panier de crabes vérolés ! Un mari qui la cocufie sans vergogne et prend un malin plaisir à la rabaisser et l’humilier. Une belle-mère et une belle-sœur qui sont de véritables langues de putes. On est loin de la famille formidable ! Et ce n’est guère plus reluisant du côté des amis…

Edmonde Permingeat nous livre une chronique familiale glauque à souhait, mais parfaitement maîtrisée. Le bouquin devient rapidement addictif, difficile en effet de lâcher prise avant de savoir comment tout ça va se terminer.

J’aurai aimé un final encore plus sombre, je trouve en effet que certains personnages s’en sortent bien mieux qu’ils ne le méritent. Un choix de l’auteure histoire de confirmer l’adage : bien mal acquis ne profite jamais. Une morale amorale en quelque sorte.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Art Et Décès

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S. Hénaff - art et Décès
Titre : Art Et Décès
Série : La Brigade Capestan – Tome 3
Auteur : Sophie Hénaff
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : France
320 pages

De quoi ça cause ?

Anne Capestan s’est mise en disponibilité afin de goûter pleinement aux joies de la maternité. Toutefois quand son amie et collègue, Eva Rosière, en disponibilité le temps d’un tournage, se retrouve accusée de meurtre, elle n’hésite pas à interrompre, de façon plus ou moins officielle, son congé parental…

Sa gamine sous le bras, Anne Capestan réintègre sa brigade et prend les choses en mains. Pas facile toutefois de combiner efficacement son rôle de mère et celui d’enquêtrice. Les Poulets Grillés investissent le plateau de tournage qui est aussi la scène de crime…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le troisième roman mettant en scène la Brigade Capestan et que j’avais vraiment apprécié les deux précédents, Poulets Grillés et Rester Groupés.

Ma Chronique

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé l’équipe la plus barrée de la Crim’ parisienne (et plus si affinités) ; j’espérais bien retrouver tous les ingrédients qui m’avaient séduit dans les deux précédents opus, à commencer par un ton franchement décalé parfaitement assumé.

Le bouquin s’ouvre sur l’accouchement d’Anne Capestan et d’entrée de jeu Sophie Hénaff me rassure : sérieux s’abstenir !

Capestan sentit monter une nouvelle vague, elle ferma les yeux, verrouilla les mâchoires. La contraction planta ses griffes et actionna les vérins, propulsant le feu dans tous les membres. Paul, le nez penché sur ses pieds, marmonna :
– Qu’est-ce qu’elles me font mal ces pompes.
Au prix d’un effort immense, Capestan desserra les dents :
– Paul, je t’aime tu sais, mais je te jure que si tu me parles encore UNE fois de tes chaussures…

Ceux et celles ayant déjà eu affaire à la fine équipe des Poulets Grillés ne seront pas dépaysés ; pour les autres je ne saurai que trop vous recommander de lire d’abord Poulets Grillés, puis Rester Groupés avant de vous lancer dans ce roman. Ceci dit ça ne s’impose pas, ce bouquin peut tout à fait être lu indépendamment des précédents… j’dis ça, j’dis rien.

Je disais donc que les habitués s’aventureront en terrain connu. C’est plutôt positif dans le sens où la bonne humeur reste de rigueur tout au long du bouquin, avec une équipe d’enquêteurs aux personnalités et aux méthodes pour le moins originales. Le revers de la médaille étant l’absence relative de surprise ; la seule nouveauté par rapport aux précédents romans étant de voir Anne Capestan s’investir dans son rôle de mère. Ce qui donne lieu à quelques scènes fort réjouissantes, mais cela ne nous empêche pas de rester quelque peu sur notre faim.

Nos Poulets Grillés vont donc se retrouver à mener l’enquête dans un monde qui a de quoi faire rêver (sur le papier en tout cas) puisqu’ils vont se retrouver en plein tournage d’un film. L’occasion de découvrir la face cachée (réelle ou supposée) du cinéma, derrière le strass et les paillettes, mais sauront-ils résister à l’appel des feux de la rampe ?

Il n’en reste pas moins que même si l’intrigue strictement policière est plutôt bien menée, elle reste relativement linéaire et manque de piquant. Là encore on a l’impression que tout est mis en oeuvre pour que la maternité de Capestan éclipse tout le reste.

Malgré ces quelques bémols j’ai passé un agréable moment avec ce bouquin, prétendre le contraire serait un mensonge éhonté. Sophie Hénaff a su, une fois de plus, me faire rire et sourire, mais globalement il m’a manqué un p’tit truc en plus pour que je sois totalement sous le charme.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gaëlle Perrin-Guillet – Haut le Choeur

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G. Perrin-Guillet - Haut Le Choeur
Titre : Haut Le Chœur
Auteur : Gaëlle Perrin-Guillet
Éditeur : Rouge Sang (2013)
Édition révisée : Taurnada (2019)
Origine : France
244 pages

De quoi ça cause ?

Source : 4ème de couverture.

« Quand je sortirai, tu seras la première prévenue… Je saurai te retrouver. »

Depuis qu’Éloane Frezet, la tueuse en série la plus abjecte de ces dernières années, a prononcé ces mots, Alix Flament vit dans l’angoisse que la criminelle sanguinaire s’évade de prison…

Alors, quand la journaliste reçoit un coup de téléphone d’Éloane en pleine nuit, elle comprend que la meurtrière va honorer sa promesse…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions Taurnada font partie de ces éditeurs que je suis avec assiduité, tout particulièrement leurs thrillers de la collection Au tourbillon des mots ; des titres qui m’ont déjà valu quelques belles découvertes et, cerise sur le gâteau, ne m’ont jamais déçu.

Joël, l’éditeur, m’ayant gentiment proposé de me faire parvenir un SP en échange d’une chronique, je me suis empressé d’accepter son offre.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée.

Publié initialement aux éditions Rouge Sang en 2013 et récompensé du prix Dora Suarez en 2014, Haut Le Chœur est aujourd’hui quasiment introuvable. Gaëlle Perrin-Guillet et Taurnada lui offrent une seconde jeunesse avec cette réédition entièrement revue et corrigée.

Une fois de plus Taurnada nous propose de découvrir un thriller original et mené tambour battant sans le moindre temps mort. Un roman court, mais intense… et brutal ! Il faut dire que certaines mises à mort sont particulièrement perverses (sans parler des précédentes victimes des tueurs, dont la seule mention suffit à faire froid dans le dos).

Au fil des chapitres (courts et percutants), Gaëlle Perrin-Guillet passe d’un personnage à l’autre pour nous faire vivre l’intrigue de son point de vue plutôt que de se focaliser sur un personnage central. Si cette approche apporte une réelle dynamique au récit et à son déroulé, elle empêche toutefois de vraiment s’attacher aux personnages. Construire un thriller en misant avant tout sur le rythme est un choix plutôt cohérent ; et sur ce point l’auteure réussit un véritable coup de maître.

Outre Alix Flament et Éloane Frezet le lecteur devra aussi compter sur l’équipe d’enquêteurs dirigée par Gautier Ruiz et Stéphane Noisel, mais aussi sur Camille Vivier, une jeune profileuse chargée d’assister la police et Flavien Bernet, le mari d’Alix, légiste de son état en charge des autopsies des victimes de Frezet.

Dans le monde des crimes en série la parité n’est pas de mise ; la gent masculine est en effet beaucoup plus représentée que leurs homologues féminins. Force est de constater que chez Taurnada la tueuse en série a le vent en poupe, en effet le précédent roman lu, Mon Ombre Assassine, mettait déjà en scène une tueuse en série… Quoi qu’il en soit, s’agissant de Nadège Solignac ou d’Éloane Frezet, elles n’ont pas à rougir de leur parcours meurtrier ni de leur degré de perversité malsaine.

Pour faire avancer leur enquête, les flics doivent comprendre la nature de l’oeuvre de la tueuse, et de son mentor avant elle. Pour ma part je dois avouer que le titre du roman, associé à la couverture, m’a tout de suite mis sur la voie. Je tiens à préciser que cela ne m’a nullement empêché de profiter pleinement de cette lecture.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Amélie Antoine – Raisons Obscures

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A. Antoine - Raisons Obscures
Titre : Raisons Obscures
Auteur : Amélie Antoine
Éditeur : XO Éditions
Parution : 2019
Origine : France
384 pages

De quoi ça cause ?

Juin 2017. Un coup de téléphone de la police va voir le quotidien des familles Kessler et Mariani s’effondrer.

Quelques mois plus tôt, à l’occasion de la rentrée des classes. C’est pour la famille Kessler l’occasion de prendre un nouveau départ après leur récent déménagement. Jusqu’à ce que Laetitia, la mère, croise par hasard son premier amour de jeunesse.

Dans la famille Mariani c’est Frédéric, le père qui doit composer avec une mise au placard professionnelle et Claire, la mère, avec les aboiements incessants du chien du voisin.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Pour me sortir de ma zone de confort (polars et thrillers) et parce que ça faisait déjà quelque temps que j’avais envie de découvrir l’univers, très éclectique, d’Amélie Antoine.

Parce que les éditions Xo et Net Galley ont répondu favorablement à ma demande.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions XO et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Une histoire de familles en apparence ordinaires qui n’avait, de prime abord, pas grand-chose pour me séduire. D’un côté madame cède au démon de midi en retombant dans les bras de celui qui fut son premier amour. De l’autre monsieur essaye de donner le change face à une mise au placard professionnelle qui le mine bien plus qu’il ne voudrait se l’avouer.

C’est ce à quoi laisse penser toute la première partie de ce bouquin. Des histoires sommes toutes assez banales, mais heureusement fort bien écrites. Sous la plume d’Amélie Antoine, ses personnages prennent véritablement vie, on partage leurs moments de questionnements et de doutes comme s’ils étaient nos voisins (sauf que je suis un tantinet ours asocial et que je limite à la stricte courtoise mes contacts avec mes voisins).

Mais cette apparente normalité tranquille n’est que la partie visible de l’iceberg. Les parents Kessler et Mariani ne voient pas (et nous non plus du coup) qu’un véritable drame est en train de couver sous les non-dits et les mensonges pour continuer de donner le change.

Dans la seconde partie de son roman, l’auteure donne la parole aux enfants, Sarah Mariani et Orlane Kessler. Et le voile se lève sur la partie immergée de l’iceberg, le lecteur assiste impuissant (et un tantinet énervé il faut bien se l’avouer) à un drame dont on devine (en partie seulement) les conséquences tragiques.

Un drame malheureusement tout aussi ordinaire de nos jours puisqu’il est question de harcèlement scolaire. Brimade après brimade, humiliation après humiliation, on sent l’issue fatale pointer le bout de son nez sans rien pouvoir faire pour renverser la vapeur et changer le cours des choses. Rarement j’ai autant espéré me tromper sur la fin d’un roman… sans ce foutu coup de fil qui ouvre le bouquin, et qui clôt la première partie, on aurait presque pu y croire.

Là encore la plume d’Amélie Antoine est implacable. Elle nous plonge dans les pensées d’une persécutrice qui ne se rend pas vraiment compte du mal qu’elle fait, et d’une persécutée qui s’enfonce inexorablement sur un chemin sans retour. Une expérience nerveusement éprouvante, mais un formidable talent de conteur devant lequel je ne peux que m’incliner.

Il serait tentant de jeter la pierre aux parents en les accusant d’être tellement focalisés sur leurs « petits » tracas qu’ils n’ont pas vu ce qui se jouait quasiment sous leurs yeux ; mais bien malin(e) celui ou celle qui peut affirmer, en toute honnêteté, que ça n’aurait jamais pu arriver à ses propres enfants. Surtout quand, comme c’est le cas ici, l’enfant victime prend sur lui.

Amélie Antoine le dit fort justement dans son interview sur le site de l’éditeur :

La question à laquelle j’avais envie – besoin – de réfléchir, c’était celle de savoir (sans aucun jugement) comment il est possible de passer complètement à côté de la souffrance de son enfant, comment on peut penser le connaître et se rendre compte – trop tard – qu’il n’en est rien…

Et un peu plus tard dans le même entretien :

Certes, les parents Kessler et Mariani sont pris par d’autres choses, comme n’importe quels êtres humains, mais ils n’en sont pas moins aimants ou attentifs… De l’autre côté, il y a des enfants qui se taisent, qui se murent dans le silence, qui ne veulent pas déranger, pas trahir, pas se montrer faibles…

Un roman qui, contre toute attente, m’a pris aux tripes. Mais comme je suis aussi un tantinet maso sur les bords, il m’a aussi donné l’envie d’aller plus avant dans la découverte des romans d’Amélie Antoine.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Jon Marcello – Mais Qui Etes-Vous M. DB Cooper ?

AU MENU DU JOUR

J. Marcello - Mais qui êtes-vous M. DB Cooper ?
Titre : Mais Qui Êtes-Vous M. DB Cooper ?
Auteur : Jon Marcello
Éditeur : Auto-édition
Parution : 2018
Origine : France
260 pages

De quoi ça cause ?

1971. Dan Cooper embarque à bord d’un Boeing 727 reliant Portland à Seattle. Peu après le décollage, il informe une hôtesse qu’il possède une bombe qu’il fera sauter à moins qu’on lui remette une rançon de 200 000 $ lorsque l’avion se posera à Seattle…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je connais (virtuellement, mais quand même) Jon Marcello et que je lui avais promis de lire son roman. Une promesse que je peux enfin honorer, sachant que je suis le seul responsable du délai écoulé entre ladite promesse et le passage à l’acte.

Cerise sur le gâteau, je connais aussi la préfaceuse (cherchez pas, le titre est AOP à usage unique et nominatif) qui n’est autre qu’une certaine Belette bien connue dans la sphère de la blog litt’.

Ma Chronique

Si en France le personnage de Dan Cooper est peu connu (je ne parle de son homonyme aviateur et héros de bandes dessinées), il semblerait qu’aux États-Unis il ait gagné sa place dans les annales du grand banditisme et jouisse d’une réelle reconnaissance populaire (de nombreux ouvrages lui sont d’ailleurs consacrés).

En l’occurrence je serai tenté d’affubler le mot banditisme d’un honorable B majuscule ; pourquoi donc me demanderez-vous ? Indéniablement les grands noms du côté obscur exercent une certaine fascination auprès du grand public (cf le cas Mesrine qui était pourtant loin d’être un enfant de chœur), plus encore ceux qui ont réussi leur coup sans arme, ni haine, ni violence (le plus célèbre étant d’entre eux, en France, étant sans doute Albert Spaggiari, le cerveau du casse de la Société Générale de Nice) ; c’est à ceux-ci que va mon respect et mon B majuscule.

Avec son braquage aérien particulièrement audacieux et totalement inédit, Dan Cooper s’offre le tiercé gagnant qui fait sa réputation et sa légende :
– Pas d’arme, pas de victime, pas de sang versé
– Une opération réussie
– Un coupable jamais identifié
Ça force le respect non ? Pour ma part je m’incline humblement devant un tel panache…

Avec un tel pedigree, pas étonnant que le personnage ait été source d’inspiration pour tant d’auteurs outre Atlantique. Il faut dire que l’immense zone de terra incognita autour du bonhomme (concrètement on ne connaît de lui que le braquage) offre un terrain propice à la fiction. C’est donc sur ce terrain fertile que s’est aventuré Jon Marcello, adaptant les faits aux besoins de son roman.

Un roman qui se divise en deux parties. Dans la première vous ferez connaissance de Silver, vous découvrirez pourquoi un gars ordinaire décide, le temps d’une opération jamais tentée auparavant, d’endosser l’identité de Dan B. Cooper. Une opération soigneusement préparée afin de ne rien laisser au hasard. Suivra le déroulé détaillé (bravo pour le travail de documentation sur le sujet) de ce qui fut le premier (et dernier ?) braquage aérien.

On a beau savoir que Dan Cooper a réussi son casse aérien et avoir envie de croire qu’il a survécu à son saut en parachute, on ne peut s’empêcher de dévorer cette première partie, et même douter avec Silver par moments. Les faits connus sont impeccablement encadrés par les éléments de pure fiction.

La seconde partie quant à elle est 100% fictionnelle puisqu’il s’agit pour Jon Marcello d’inventer l’après-braquage. Une étape cruciale qui peut bien souvent s’avérer fatale pour les apprentis criminels :

Il comprit alors pourquoi tant de criminels se faisaient pincer, ils avaient mis toutes leurs forces dans la préparation, mais avaient fait l’impasse sur l’après, imaginant que les dollars les protégeraient.

Le principal souci étant en l’occurrence de transformer un magot empoisonné (les billets de la rançon ont été identifiés par la banque et le FBI) en argent propre. L’étape obligatoire étant alors le blanchiment de l’argent ; plus facile à dire qu’à faire à moins de fricoter avec le grand banditisme ou les hautes sphères de la politique…

Cette seconde partie se lit véritablement comme un thriller, l’auteur gère parfaitement la tension inhérente à la situation et propose un « après » à la fois crédible et cohérent. Difficile en effet d’imaginer se frotter aux requins du crime sans y laisser quelques plumes (je n’en dirai pas plus afin d’éviter tout spoil malvenu)…

J’ai passé un très agréable moment de lecture en compagnie de ce bouquin, la plume de Jon Marcello fait mouche en maintenant le lecteur en alerte de la première à la dernière page. Quelques touches d’humour, bienvenues, viennent apporter un peu de légèreté à l’intrigue.

L’auteur m’a donné envie d’en savoir plus sur ce mystérieux Dan B. Cooper, force est cependant de constater que les sources francophones sur le sujet ne sont pas légion ; à défaut j’ai envie de croire à la version proposée par Jon Marcello.

Le côté amateur de l’écriture contribue au charme et à la cohésion de l’ensemble, sans doute parce que ça colle bien avec l’amateurisme de DB Cooper. Si ce dernier a réussi, avec son braquage, à entrer dans l’histoire ; je souhaite à Jon Marcello, avec son roman, une reconnaissance amplement méritée.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Antoine Renand – L’Empathie

AU MENU DU JOUR

A. Renand - L'Empathie
Titre : L’Empathie
Auteur : Antoine Renand
Éditeur : Robert Laffont
Parution : France
Origine : 2019
464 pages

De quoi ça cause ?

Anthony et Marion sont enquêteurs au sein du 2ème district de la police judiciaire de Paris, plus communément appelé « Brigade du viol », en charge des affaires de crimes sexuels et viols en série.

Et justement un violeur en série sévit actuellement dans les rues de Paris. Le lézard, comme l’ont surnommé les policiers, pénètre la nuit chez ses victimes avant de les agresser. Des agressions d’une extrême violence que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la Bête Noire et que je n’ai jamais été déçu par les titres de cette collection proposée par Robert Laffont. Même si je reconnais volontiers avoir accumulé beaucoup de retard dans l’exploration de leur catalogue.

Ma Chronique

Un titre sollicité depuis le 11 janvier auprès de l’éditeur via Net Galley ; faute de retour de leur part, j’ai décidé de prendre les devants et de me lancer dans la lecture de ce roman qui me faisait vraiment envie.

Une fois n’est pas coutume, commençons par parler de statistiques (déformation professionnelle ?), avec des chiffres qui font froid dans le dos :

(…) en France, 75 000 viols avaient lieu chaque année, soit 206 par jour ; 1 femme sur 6 serait victime d’un viol au cours de sa vie, ou d’une tentative de viol ; 80 % des victimes étaient bien entendu des femmes.
La moitié de ces victimes l’était de façon répétée avec, dans 8 cas sur 10, un agresseur qu’elles connaissaient bien : un ami, ami de la famille, membre de la famille… Et tous les milieux étaient touchés, prolos comme bourgeois, anonymes comme grands de ce monde….
Enfin et surtout, 90 % des femmes violées ne portaient pas plainte.

Et un constat tout aussi glaçant :

Si tous les agressés ne deviennent pas agresseurs, il est extrêmement rare qu’un tueur ou un violeur en série n’ait pas été lui-même victime de sévices pendant son enfance. Le Mal se copie, se reproduit.

Sans avoir la prétention d’être représentatif de quoi que ce soit, j’avoue avoir lu relativement peu de thrillers ayant pour thème le viol. C’est peut être uniquement dû à un manque d’opportunités (je n’en ai croisé que quelques-uns qui m’aient donné envie de les lire) ou alors parce que je considère le violeur comme un être profondément abject ne méritant ni respect ni clémence. Non que j’éprouve une quelconque empathie pour les assassins, disons que ce que je ressens à l’encontre des violeurs est plus viscéral.

L’accroche en couverture promet qu’après avoir lu le bouquin nous ne dormirons plus jamais la fenêtre ouverte… OK, mais quand ton appart n’est pas climatisé et qu’il fait plus de 30° la nuit, tu fais comment pour éviter de mariner dans ta sueur toute la nuit ? J’ai bien l’intention de continuer à dormir la fenêtre ouverte et à poil qui plus est (voilà vous savez tout sur mes habitudes nocturnes).

Au fil des chapitres vous ne croiserez pas un violeur, mais deux ; et tous les deux ont un sinistre palmarès de plusieurs victimes. Le premier est rapidement arrêté, une ordure de moins en circulation, mais à côté du second, le fameux lézard (ou plutôt alpha comme il se surnomme lui-même), il ferait presque office de petit joueur. Alpha ne s’exprime que dans la violence et l’humiliation, chaque scène de crime repoussant toujours plus loin les limites de l’horreur.

Vous l’aurez compris ce roman nous réserve quelques scènes avec une forte dose de violence et de perversité, mais l’auteur ne donne pas pour autant dans la surenchère gratuite ; cette violence qui se déchaîne est mise au service de l’intrigue.

Une intrigue qui pourrait passer pour relativement classique avec une enquête de police qui piétine et un criminel qui se joue aussi bien de ses victimes que des policiers qui le traquent. Mais ce côté classique de l’intrigue n’est qu’un trompe-l’œil ; c’est quand le voile des apparences se dissipe que le roman exprime pleinement sa force et son originalité.

Une force qui repose pour beaucoup sur ses personnages et leurs secrets, des secrets qui nous seront révélés au compte-goutte via quelques flashbacks. Un roman presque intégralement porté par le personnage d’Anthony Rauch, un flic efficace, mais plutôt discret qui cache bien des secrets. Un personnage atypique pour lequel vous ne pourrez que ressentir une sincère empathie.

Mais l’auteur ne néglige pas pour autant ses autres personnages, tous bénéficient d’une attention particulière et sont traités avec beaucoup de soin. Certains vous apparaîtront sympathiques (je pense notamment à Marion, la collègue d’Anthony), d’autres plus mitigés (le personnage le plus complexe étant sans nul doute Louisa, la mère d’Anthony) et enfin il y aura ceux que vous ne pourrez que détester (à ce titre alpha occupe sans partage la plus haute marche du podium).

Pour un premier roman, Antoine Renand réussit un véritable coup de maître avec un thriller qui n’hésite pas à bousculer les règles du genre et qui, tout en assumant un côté résolument noir, brille l’humanité qui s’en dégage. Un thriller psychologique qui flirte avec l’excellence.

La Bête Noire ouvre le bal de l’année 2019 avec un titre parfaitement maîtrisé qui n’a pas à rougir face aux ténors du genre.

MON VERDICT
Coup de poing

– Edit du 12 février 2019 –

Merci aux éditions Robert Laffont et à la plate-forme Net Galley qui viennent de répondre favorablement à ma demande.

[BOUQUINS] Jonathan Theroude – Terminus

AU MENU DU JOUR

J. Theroude - Terminus
Titre : Terminus
Auteur : Jonathan Theroude
Éditeur : Éditions Nouvelle Bibliothèque
Parution : 2018
Origine : France
221 pages

De quoi ça cause ?

Vincent Kaplan avait tout pour être heureux… puis il a tout foutu en l’air, bêtement.

Une erreur et ses conséquences qu’il a voulu noyer dans l’alcool, encore et encore… Mais aujourd’hui, après quinze années d’errance, il est déterminé à se reprendre en main…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au risque de vous paraître bizarre, je dirai que je n’en sais rien… J’ai choisi ce bouquin à l’instinct, sans vraiment savoir de quoi il parlait.

La couv’ m’a tapé dans l’œil (aïe, ça fait mal) avec son gars qui pénètre dans un tunnel dont on ne voit pas l’issue. Faut il y voir une métaphore avec la mort et sa fameuse lumière blanche si l’on en croit les témoignages post EMI (Expériences de Mort Imminente) ?

Ma Chronique

Je remercie les éditions Nouvelle Bibliothèque et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma demande.

Le bouquin reçu étant au format PDF j’ai d’abord été tenté de ne pas le lire. Finalement j’ai remonté mes manches, pris mon courage à deux mains et… créé une version epub maison. Du coup plus rien ne s’opposait à ce que je lise ce bouquin sollicité sur un coup de tête.

Un bouquin classé dans la catégorie thriller, mais je serai plutôt tenté de dire que c’est un roman noir qui décrit le parcours tristement ordinaire d’un homme tout aussi ordinaire. Un gars qui avait tout pour être heureux (vu de l’extérieur en tout cas), qui fout tout en l’air sur une connerie (une erreur certes banale, mais ça n’en reste pas moins une grosse connerie) et pense trouver refuge dans l’alcool ; la spirale infernale de l’alcoolisme fera le reste (sur ce point il n’a pas encore complètement touché le fond, il a encore un job et un appart).

Sans forcément éprouver une quelconque empathie pour le personnage de Vincent Kaplan (qui reste un concentré d’égocentrisme pendant la quasi-totalité du roman), je n’ai pas pour autant eu envie de le clouer au pilori. Comme dirait l’autre (le punaisé sur sa croix) : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! ».

Les chapitres alternent entre le présent (Vincent Kaplan trouve une planche de salut au sein d’une cellule des Alcooliques Anonymes) et les flashbacks qui nous font revivre son ascension et sa dégringolade. Il est alors facile de se dire « bien fait pour sa gueule » (nul besoin de sortir de Normale Sup’ pour deviner la nature de son erreur), pour ma part j’ai préféré m’attacher à ses efforts pour s’en sortir.

Mon terme « parcours ordinaire » ne s’adresse heureusement pas à tout le monde, je cible plutôt ceux et celles (mesdames vous n’êtes pas à l’abri d’une connerie) qui ratent le coche à un instant T et espèrent que l’alcool leur fera oublier leur erreur et ses conséquences. Il n’en reste pas moins que les derniers chapitres vont brutalement extraire Vincent Kaplan de cette « normalité ». Je ne saurai dire exactement pourquoi et comment, mais j’ai senti venir ce choc final (sans doute au nom de la fameuse Loi de l’Emmerdement Maximum qui affirme que tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal).

Soit dit en passant j’ai trouvé le personnage de Marie, la fille de Vincent, pas forcément très bien lotie dans son traitement. La nana est tout de même un tantinet parano au niveau de sa relation à autrui, et pas franchement futée (quelle idée de s’endormir lors d’un trajet si tu ne descends pas au terminus). J’dis ça, j’dis rien…

Un coup de tête qui se solde par une agréable surprise, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce bouquin ; la preuve, je l’ai dévoré quasiment d’une traite.

MON VERDICT