[BOUQUINS] Maxime Girardeau – Persona

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M. Girardeau - Persona

Titre : Persona
Auteur : Maxime Girardeau
Éditeur : Fayard (Mazarine)
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Franck Somerset, commissaire à la Crim’ du 36, est appelé sur une scène crime peu ordinaire. En effet, la victime est vivante mais elle a été torturée et mutilée avec un acharnement aussi sadique qu’expert.

En plus de son équipe habituelle, Franck va pouvoir compter sur le renfort d’Elga Salustri, cadre supérieure chez Google et particulièrement au fait de tout ce qui tourne autour du milieu d’où vient la victime…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch me semblait des plus prometteurs. Une impression renforcée par la campagne de promotion organisée par Fayard qui nous promettait un « Seven à Paris »… c’est pas rien comme référence.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À mon sens le film Seven, réalisé par David Fincher en 1995 est l’un des thrillers les plus couillus de ces dernières années, à ce titre il reste (et restera) dans les annales du genre. Alors forcément quand l’éditeur fait la promotion de Persona en le qualifiant de « Seven à Paris », ça ne peut que titiller ma curiosité… mais attention à ne pas se planter, on s’attend à ce que l’élève (Maxime Girardeau) soit à la hauteur du maître !

L’intrigue du roman est tellement ancrée autour des GAFAM (Google – Amazon – Facebook – Apple – Microsoft) – ces cinq géants de l’informatique qui collent des ulcères à notre Manu élyséen et brouille ses relations avec son homologue yankee, Donald – que la promo aurait presque pu se permettre d’écrire Seven 2.0.

Il n’y a pas que la brutalité du mode opératoire et les mises en scène orchestrées par leurs auteurs qui permettent de rapprocher le roman de Maxime Girardeau du film de David Fincher (en ce sens Maxime Girardeau monte d’un cran dans la perversité puisque son John Doe laisse ses victimes en vie… dans un corps hors d’usage). En effet Franck Somerset porte le même nom que l’inspecteur incarné par Morgan Freeman dans le film, et plus avant dans l’intrigue nous croiserons un certain Tom Mills, agent de la DEA, Mills étant aussi le patronyme du personnage incarné par Brad Pitt dans Seven.

Ah oui, j’oubliais un détail, et non des moindres, Persona est le premier roman de Maxime Girardeau. D’une part il prouve avec un évident brio qu’il est encore possible de surprendre (à défaut d’innover) dans un genre où l’on pourrait être tenté de penser (à tort, fort heureusement pour nous) que tout a déjà été dit. D’autre part il confirme que le thriller français a encore de beaux jours devant lui, et n’a pas à rougir de la concurrence anglophone. Pour un coup d’essai, on peut faire pire…

Si l’auteur ne fait rien pour rendre ses personnages attachants, j’ai tout de même eu un faible pour Franck Somerset, un flic à l’ancienne, un tantinet désabusé par le monde 2.0 qui l’entoure. Elga Salustri quant à elle n’est pas particulièrement antipathique mais elle est tellement imprégnée de cet univers propre aux GAFAM, qu’elle semble parfois vivre dans un autre monde, un monde qui tend parfois à privilégier le virtuel à l’humain.

Par contre Maxime Girardeau sait y faire pour que le personnage de Kahl Doe (faut-il y voir un clin d’œil au John Doe de Seven ?) soit en tout point méprisable. Un suspect idéal ? J’ai immédiatement pensé que la ficelle était trop flagrante (oui je sais, je pléonasme). Mais je peux me planter… j’dis ça, j’dis rien.

Non seulement l’auteur garde un contrôle absolu sur ses personnages et son intrigue, mais il se distingue aussi par sa plume qui ne manque ni de piquant ni de cynisme ; il porte un regard sans concession sur le monde d’aujourd’hui et sur ses dérives (avérées ou potentielles).

Le fait que l’auteur soit particulièrement bien informé quant au fonctionnement de ces GAFAM ne doit rien au hasard, il a en effet une longue expérience professionnelle marketing en leur sein.

Je vous laisse découvrir l’origine du titre en lisant le bouquin, à moins que vous ne connaissiez déjà ce terme qui fait à la fois référence à la psychologie (Jung) et aux stratégies marketing. Un indice : l’accroche « Je sais qui tu es » qui figure sur la couv’ du bouquin vous tend une sacrée perche. Mais non, pas la poiscaille ! Vous ne pensez décidément qu’à bouffer et à bai… (Saint Valentin oblige, j’ai pas pu m’en empêcher… oui je sais, je suis un indécrottable romantique).

Vous l’aurez compris, j’ai été totalement emballé par ce bouquin (même s’il n’est pas exempt de défauts mineurs), la référence à Seven était audacieuse, mais force est de reconnaître que l’élève fait honneur à son maître. Du coup je n’hésiterai pas, et ce sera mon dernier mot (Jean-Pierre, Camille… et les autres), à dire que ce roman est foutrement couillu !

Un premier roman prometteur (bin oui j’ai menti, ce n’était pas mon dernier mot) qui place la barre haute pour les suivants. Cerise sur le gâteau, Maxime Girardeau n’exclut pas de possibles retrouvailles dans un prochain roman…

MON VERDICT
Coup de poing

En aparté

J’espère que la version numérique mise à disposition sur Net Galley n’est pas la version finalisée du roman. Outre certains problèmes mineurs de codage (insécables notamment), il y a quelques coquilles résiduelles dont beaucoup de mots coupés qui figurent en l’état dans le texte (be-soin au lieu de besoin par exemple).

Et deux exemples plus dérangeants, ci-dessous :

« Une odeur de moisissure le submergea. Elle lui piquait les narines. Elle se répandait partout. Elle grignotait les plaintes, boulottait les plafonds, s’infiltrait sous les papiers peints jaunis. »
M’est d’avis que la moisissure est bien plus attirée par les plinthes que par les plaintes.

« Sa tête commença par cartographier les dimensions de la pièce rectangulaire : une trentaine de mètres carrés, avec 5 mètres de large et 46 de profondeur environ. »
Commençons par un petit rappel mathématique (géométrie plus exactement) concernant le calcul de la surface d’un rectangle : S(urface) = L(ongueur) x l(argeur).
Donc une pièce de 46 mètres sur 5 correspond à une surface de 230 (46 x 5) m²… Ce qui me semble foutrement grand pour un espace censé être confiné.
Du coup on va considérer que ladite pièce mesure 30 m² et que sa largeur est bien de 5 mètres ; on arrive donc à une profondeur (longueur) de 6 mètres (30 = L x 5 d’où L = 30 / 5 = 6).

[BOUQUINS] Fromental & Berthet – De L’Autre Côté De La Frontière

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Fromental/Berthet - De L'autre côté de la frontière
Titre : De L’Autre Côté De La Frontière
Scénario : Jean-Luc Fromental
Dessin : Philippe Berthet
Éditeur : Dargaud
Parution : 2020
Origine : France
72 pages

De quoi ça cause ?

François Combes, un auteur français de romans policiers, va se retrouver bien malgré impliqué dans une affaire de meurtre d’une prostituée de Nogales, ville frontière entre les USA et le Mexique. Son ami, Jed Peterson, fait en effet figure de principal suspect pour la police.

Quand un second corps est découvert, l’étau se resserre encore davantage autour de Peterson. Combes va se faire aider par Estrellita, une jeune domestique qui travaille pour lui, afin d’avoir des infos sur ce qui se trame de l’autre côté de la frontière.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Dargaud et Net Galley pour leur confiance, l’occasion pour moi de découvrir cette bande dessinée en avant-première (parution le 6 mars).

J’avoue humblement que je ne connaissais aucun des auteurs, c’est la curiosité qui ‘a poussé à solliciter ce titre proposé parmi quelques autres BD. Simplement parce qu’il m’a paru être le plus « adulte » du lot. Une façon aussi de souhaiter la bienvenue aux éditions Dargaud sur la plateforme Net Galley.

Si en matière de romans je fais une allergie chronique au format PDF, je reconnais que pour les BD et romans graphiques ça passe plutôt bien même si le format n’est pas optimum (si j’avais le choix, je privilégierais un format CBR ou CBZ). Il n’en reste pas moins que PDF lu avec STDU Viewer constitue une bonne alternative.

Je reconnais volontiers que développer une intrigue policière qui tienne la route sur une soixantaine de planches peut être un exercice délicat. Contrairement au roman qui permet de prendre son temps pour tisser un écheveau plus ou moins complexe autour du cadre et des personnages, dans la BD il faut condenser les infos afin d’aller à l’essentiel.

En cela le duo Fromental / Berthet tire plutôt bien son épingle du jeu. Le déroulé de l’intrigue est plutôt bien pensé et le dénouement devrait surprendre plus d’un apprenti Sherlock (en grande partie pour la raison évoquée précédemment, les indices sont quasiment inexistants). J’avoue que pour ma part j’étais partie vers une autre hypothèse, beaucoup plus (trop ?) classique.

La narration est assurée par Estrellita, une jeune domestique mexicaine qui travaille pour François Combes et que ce dernier mettra à contribution afin de faire progresser ses recherches en vue de prouver l’innocence de son ami.

Le trait est fin et précis même si parfois les personnages m’ont semblé un tantinet inexpressifs par manque de détails dans les visages. Ce petit bémol ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement cette BD.

Après la BD Jean-Luc Fromental nous offre une brève présentation de la ville de Nogales et de son histoire, il y fait notamment état d’un certain Georges Simenon qui s’installera non loin de là entre mai 1948 et juin 1949. Et profitera alors sans modération de tous les plaisirs qu’offre Nogales.

MON VERDICT

Fromental/Berthet

[BOUQUINS] Roy Braverman – Freeman

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R. Braverman - Freeman

Titre : Freeman
Auteur : Roy Braverman
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
520 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’un ouragan balaie Patterson, un patelin de Louisiane, un homme cagoulé s’introduit au domicile de Sobchak, le redoutable parrain du crime organisé local, et lui dérobe deux millions de dollars en cash.

Dans le même temps Freeman reçoit un joli pactole de la part de Mardiros, un collecteur de dettes missionné par Hunter pour lui remettre l’argent.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Roy Braverman qui perpétue l’aventure US entamée avec Hunter et poursuivie avec Crow. Deux titres avec lesquels j’avais pris un pied d’enfer, j’espérais qu’il en serait de même avec ce nouvel opus.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance. Même si la présente chronique a bien failli ne pas voir le jour.

En effet sur Net Galley le bouquin était initialement proposé au format PDF ; comme c’était le cinquième titre consécutif que je recevais sous cette forme antédiluvienne, j’avais purement et simplement décidé de faire l’impasse sur sa lecture plutôt que de galérer à la réalisation d’un epub maison.

Quelques semaines plus tard le bouquin était disponible au format epub, il a ainsi pu rejoindre la (longue) file d’attente des titres en stand-by. Mon emploi du temps personnel et ma volonté d’alterner entre SP et autres romans ont fait que je n’ai pas eu le temps de me pencher sur le cas Freeman plus tôt (et encore, j’ai pris sur moi pour que Stephen King ne lui grille pas la priorité).

Le personnage de Freeman n’est pas inconnu des lecteurs de Roy Braverman, on le croise en effet dans Hunter, il est le père d’une des victimes présumées de Hunter et traque le fugitif pour lui faire avouer ce qu’il a fait de Louise, sa fille.

Les lecteurs retrouveront avec plaisir l’inénarrable Mardiros, déjà croisé dans Crow, collecteur de dettes (ne dites pas chasseur de primes, ça le vexe) arménien à la langue bien pendue, et toujours prompt à surprendre ses interlocuteurs (et accessoirement le lecteur).

Pour le reste changement de climat, après les tempêtes de neige du grand nord américain, l’intrigue pose ses valises en Louisiane, avec ses airs de jazz et ses cyclones dévastateurs. Une fois de plus la nature fait quasiment office de personnage à part entière dans le roman, avec sa faune pas toujours sympathique (le bayou est en effet un terrain propice aux alligators… n’est-ce pas Tyson ?).

Cette fois, outre la nature sauvage, Roy Braverman donne littéralement vie à La Nouvelle-Orléans, mais pas celle des guides touristiques, c’est plutôt les nombreux côtés obscurs de la ville qui l’inspirent.

Contrairement aux deux précédents romans, l’intrigue de celui-ci ne tourne pas autour d’un personnage unique. On pourrait même dire que Freeman n’est qu’un acteur parmi d’autres qui gravitent autour du vol du fric de Sobchak. Même ce braquage audacieux n’est en quelque sorte que la partie visible de l’iceberg.

Outre Freeman, Louise et Mardiros que nous connaissons déjà, deux enquêteurs, partenaires sans être amis, vont jouer un rôle déterminant dans le déroulé de l’intrigue. Deux flics que tout oppose à part le fait que chacun se bat pour une cause qui lui est chère. Beauregard s’est juré de se consacrer en priorité sur les dernières semaines de sa femme qui se meurt d’un cancer en phase terminale. Howard passe ses nuits à chercher des pistes qui pourraient expliquer la disparition de son jeune frère, un an plus tôt.

Autant j’ai trouvé Beauregard sympathique, autant Howard m’est souvent apparu comme un sinistre connard qui ferait mieux de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de l’ouvrir.

Il serait injuste de ne pas mentionner Sobchak, celui qui règne sur le crime organisé en Louisiane et ailleurs, un peu (beaucoup) vénèr de s’être fait piquer deux patates alors que se jouait une importante transaction avec un cartel colombien. Si vous êtes amateur de cocktails (ce qui n’est pas mon cas), vous aurez en bonus le droit à de nombreuses recettes fort bien documentée par Sobchak himself, expert autoproclamé en mixologie (terme qui désigne l’art de préparer des cocktails).

Bien d’autres personnages gravitent autour de ce petit monde, il serait trop long et un tantinet divulgâchant (berk, je déteste ce mot) de vous dresser une bio (avec la nécro en bonus pour certains) exhaustive de chacun.

L’intrigue est riche en rebondissements en tout genre, mais là encore le traitement est très différent de celui de Hunter et Crow. Les deux premiers opus jouaient la carte d’une hyper violence parfaitement  décomplexée et assumée, celui opte pour une approche plus mature et surtout plus humaine de l’intrigue. Ce qui n’exclut pas certaines morts violentes et sanguinolentes…

Ces approches différentes ont été un peu déconcertantes dans un premier temps, me laissant l’impression de lire un roman totalement détaché des deux précédents, mais c’était sans compter sur le talent (et le style narratif très visuel) de Roy Braverman qui balayera bien vite cette impression et saura rapidement vous convaincre que sa façon de traiter le récit est la bonne… voire même la meilleure !

Si ce troisième tome vient clore sa trilogie américaine, j’espère que Patrick Manoukian (aka Ian Manook) ne remisera pas totalement son pseudonyme version US et ses personnages ; certains semblent avoir encore beaucoup de choses à raconter…

MON VERDICT

[BOUQUINS] Pierre Lemaitre – Miroir De Nos Peines

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P. Lemaitre - Miroir De Nos Peines

Titre : Miroir De Nos Peines
Série : Les Enfants Du Désastre – Tome 3
Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Parution : France
Origine : 2020
544 pages

De quoi ça cause ?

Avril 1940. Louise Belmont est une jeune institutrice qui arrondit les fins de mois en travaillant comme serveuse à La Petite Bohème.

C’est là qu’elle rencontre un vieux médecin à la retraite, un habitué des lieux. L’homme lui fait alors une proposition pour le moins inattendue. Et contre toute attente Louise l’accepte. Une décision qui va complètement chambouler son quotidien bien tranquille…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le troisième et dernier tome de la trilogie Les Enfants Du Désastre. Les deux précédents opus, Au Revoir Là-Haut (2013) et Couleurs De L’Incendie (2018) m’avaient totalement emballé. Il me tardait donc de découvrir le mot de la fin de cette saga aux heures noires de l’Histoire de France.

Ma Chronique

Les lecteurs d’Au Revoir Là-Haut se souviennent peut-être de Louise Belmont, elle avait alors 10 ans et était élevée par sa mère, veuve de guerre. À la fois intriguée et attirée par les curieux locataires que sa mère hébergeait alors.

On la retrouve donc âgée de la trentaine, elle a perdu sa mère il y a peu, elle ne croit plus en l’amour et semble ne pas attendre grand-chose de la vie en général. C’était sans compter sur le talent de Pierre Lemaitre qui va la confronter à une situation pour le moins déstabilisante (une proposition qui pourrait sembler indécente mais ne l’est finalement pas tant que ça). Elle va alors faire un choix lourd de conséquences aux répercussions qu’elle est loin d’imaginer…

Chacun des volumes constituant cette trilogie peut être lu indépendamment des autres. Ils ont tous un début et une fin et s’intéressent à des personnages différents. Une chose est certaine, tous méritent amplement le détour.

Contrairement aux précédents romans, celui-ci ne se concentre pas sur le destin d’un personnage unique. Outre Louise Belmont, on suivra Gabriel et Raoul, deux soldats devenus déserteurs presque à l’insu de leur plein gré, Désiré, un habile mythomane qui sera tour à tour avocat, chargé de communication pour le Ministère de l’Information et prêtre, Fernand, un garde mobile qui rêve d’offrir une vie meilleure à son épouse. Et bien d’autres qui seront appelés à jouer un rôle plus ou moins important dans le déroulé de l’intrigue.

Peu à peu les liens se précisent entre certains personnages, pour d’autres le fil rouge reste plutôt flou.

Le roman s’ouvre sur une situation plutôt favorable dans l’esprit des autorités françaises, la ligne Maginot freinera l’avancée des troupes allemandes (qui n’attaqueront que sur un front unique), la vaillante armée française saura repousser l’envahisseur teuton… mais quand les armées du Reich donnent l’assaut c’est la débandade totale ! Plusieurs lignes de front sont ouvertes, les forces françaises sont soit écrasées, soit dépassées ; rien ne semble pouvoir stopper la marche en avant des troupes allemandes.

Pierre Lemaitre décrit avec énormément de réalisme l’exode des populations civiles qui fuient l’avancée de l’envahisseur allemand. Comme il l’a déjà fait dans les deux précédents opus de cette trilogie, il n’hésite pas à ponctuer d’humour même les situations les plus dramatiques.

Pour revenir aux personnages je reconnais avoir mis un certain temps à m’attacher à Louise, mais finalement elle est beaucoup moins nunuche que l’on pourrait le penser de prime abord, et saura s’adapter à des situations pour le moins inhabituelles et parfois mêmes extrêmes.

Dans le même ordre d’idée j’ai eu du mal à apprécier le personnage de Raoul, même s’il s’améliore au fil des chapitres et finirait presque par nous devenir sympathique, l’épisode du singe m’est resté au travers du gosier.

Indéniablement le personnage le plus attachant et le plus truculent du roman demeure Désiré, un mythomane hors pair capable d’endosser n’importe quel rôle en un temps record et de s’éclipser avant que le vent ne tourne en sa défaveur.

J’ai aussi eu un faible pour M. Jules, le patron de La Petite Bohême, un grincheux au grand cœur.

Globalement je serai tenté de dire que ce Miroir De Nos Peines m’a un peu moins emballé que les deux précédents opus de la série ; il faut dire que la barre était haute, voire très haute. Il n’en reste pas moins que j’ai pris énormément de plaisir à lire ce bouquin, je vous le recommande donc vivement. Ne serait-ce que pour apprécier la qualité de l’écriture de Pierre Lemaitre.

Une trilogie qui n’a été clairement nommée par son auteur qu’à l’issue du second tome, avant on parlait simplement de Trilogie De L’Entre-Deux Guerres.  Dans une interview accordée au Journal du Québec, Pierre Lemaitre explique pourquoi il a finalement choisi comme titre Les Enfants Du Désastre :

« J’avais choisi de faire un premier roman qui se passerait au tout début des années 20. C’est seulement ensuite que je me suis intéressé à l’entre-deux-guerres, une période durant laquelle toutes les générations de jeunes ont été sacrifiées. Ils ont eu une première guerre, ils ont assisté à la montée du nazisme, et hop, on leur colle une deuxième guerre. Bref, 30 ans de désastre. »

Et maintenant ? Il semblerait que l’auteur ne soit pas encore décidé à se remettre au thriller, son ambition initiale étant de proposer une saga littéraire s’étendant de 1920 à 2020, ce sont les Trente Glorieuses qui lui tendent les bras pour son (ses) prochain(s) roman(s).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Coyote – Litteul Kevin : Intégrale Fluide Glacial

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Litteul Kevin

Titre : Litteul Kevin – Intégrale : volume 1
Auteur : Coyote
Éditeur : Fluide Glacial (Audie)
Parution : 2017
Origine : France
208 pages

Titre : Litteul Kevin – Intégrale : volume 2
Auteur : Coyote
Éditeur : Fluide Glacial (Audie)
Parution : 2018
Origine : France
176 pages

De quoi ça cause ?

« Une famille, des amis, des gens que j’aime et qui m’aiment, du rire, des amours, des emmerdes… et plein de rock ‘n roll !!! Bref… j’adore ma vie ! »

Ma Chronique

Comme indiqué dans le titre de cette chronique, il s’agit de l’intégrale des albums publié par Fluide Glacial, soit les 7 premiers tomes (publiés entre 1993 et 2003) des aventures de Litteul Kevin, regroupés en 2 volumes (les 4 premiers pour le tome 1 et les 3 derniers pour le tome 2).

Le mensuel Fluide Glacial m’aura permis de découvrir de nombreux auteurs de BD dont je suis rapidement devenu complètement fan. Outre Coyote je citerai entre autres Maester (Sœur Marie-Thérèse), Tronchet (Jean-Claude Tergal), Foerster, Goossens, Héran, Larcenet… et bien d’autres que j’oublie.

J’étais un lecteur assidu de Fluide il y a quelques années, tant et si bien que je connaissais quasiment toutes les planches de Litteul Kevin avant d’acheter les albums. Cette intégrale me permet de les redécouvrir en version couleur.

Difficile de donner un âge à Kevin, on sait juste qu’il est au collège. Son univers tourne d’abord autour de ses parents, Chacal (Gérard pour l’état-civil) et Sophie, avec qui il entretient une relation totalement fusionnelle. Il partage le reste de son temps entre ses copains, Charly et Cahuète, et Le Club, un club de motards fondé par son père et Gros Hulk, son ami d’enfance.

Peu à peu d’autres personnages récurrents viendront grossir les rangs. À commencer, dès le second album, par Frida, la petite sœur de Gros Hulk, étudiante en médecine qui fera occasionnellement office de nounou pour Kevin (à l’annonce de sa venue il l’imagine comme une sorte de « Gros Hulk en jupe, avec des lunettes et des nichons »… avant de tomber sous son charme). Suivront Vanessa, une copine de classe de Kevin (tome 3) qui ne le laisse pas totalement indifférent, des voisins un peu coincés et un peu voyeurs (tome 3), Colette (tome 4), la mère de Sophie qui ne porte guère son gendre dans son cœur (et c’est réciproque) et Le Chien (tome 5), un toutou aussi adorable que incontinent.

On suit avec plaisir les tribulations de tout ce petit monde en famille, entre amis, en soirée, en vacances… bref tout ce qui fait le quotidien de Monsieur-Tout-Le-Monde ; sauf que le quotidien de Litteul Kevin est tout sauf ordinaire.

Coyote se revendique comme étant le fils spirituel de Gotlib, et l’on retrouve certaines similitudes dans le dessin, un trait caricatural mais d’une incroyable précision, chaque vignette foisonne de détails.

J’étais à la fois curieux et dubitatif à l’idée de découvrir les planches en couleurs, après tout le noir et blanc c’est un peu la griffe Fluide Glacial. Dès les premières pages mes doutes se sont envolés, c’est comme si redécouvrais chaque planche.

Litteul Kevin fait partie de ces BD que je ne me lasse pas de lire et relire, et surtout ça m’éclate toujours autant. Cette redécouverte m’a procuré autant de plaisir que lors de la première lecture. Cerise sur le gâteau, chaque volume de la présente intégrale se termine par quelques pages de bonus (articles, interviews, planches…).

Trois autres albums (tomes 8 à 10) ont été publiés entre 2009 et 2013 par Le Lombard, une maison d’éditions située à Bruxelles. En 2015 Litteul Kevin est devenu prématurément orphelin suite au décès de Coyote (arrêt cardiaque).

MON VERDICT

LK - Planche

[BOUQUINS] Christophe Guillaumot – Que Tombe Le Silence

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C. Guillaumot - Que tombe le silence
Titre : Que Tombe Le Silence
Série : Le Kanak – Tome 3
Auteur : Christophe Guillaumot
Editeur : Liana Levi
Parution : 2020
Origine : France
304 pages

De quoi ça cause ?

Renato Donatelli, le Kanak, est désormais seul à la section courses et jeux du SRPJ de Toulouse. Ses deux collègues, recrutés le temps d’une enquête sont partis voguer sous d’autres cieux, et Jérôme ‘Six’ Cussac envisage sérieusement de quitter la police afin de couler le parfait amour avec sa compagne, May.

Tout bascule lorsque Six est arrêté par l’IGPN qui le soupçonne d’être mêlé à l’exécution d’un caïd du milieu. Le Kanak va tout mettre en branle, au mépris de la hiérarchie et des procédures, pour tirer son ami de ce mauvais pas…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver le Kanak pour une troisième enquête. Il n’aura fallu que deux romans pour que Christophe Guillaumot et son Kanak deviennent pour moi des incontournables de la littérature policière francophone.

Ma Chronique

Ah que voilà un bouquin qui débarque comme un chien dans un jeu de quilles ; je savais qu’il devait paraître courant janvier mais j’avoue que j’avais oublié la date exacte et m’étais préparé un petit programme visant à rattraper le retard accumulé chez Net Galley. Sauf que quand j’ai vu Que Tombe Le Silence était dispo, il a grillé la priorité à tout le monde.

En guise de préambule j’invite les lecteurs qui n’auraient pas lu les précédents romans de la série, Abattez Les Grands Arbres et La Chance Du Perdant, à combler cette lacune avant de découvrir le présent roman. Ce n’est pas que cela s’impose vraiment, mais c’est une série qui gagne a être découverte dans l’ordre chronologique… surtout au vu des événements survenant dans ce troisième opus.

Dans ce troisième roman Christophe Guillaumot ne ménage pas ses personnages. Il faut dire que l’intrigue est bien plus intense et complexe que dans les précédents romans ; attendez-vous à quelques revirements de situation totalement imprévisibles.

De fait Renato, notre Kanak préféré, va en prendre plein la gueule (nous aussi au passage). Ce n’est pas tant physiquement qu’il sera secoué, mais plutôt moralement… et à plus d’un titre. Mais Renato, tel un roseau, plie mais ne rompt pas.

Si le roman est essentiellement centré sur le personnage de Renato Donatelli, il ne sera heureusement pas complètement seul pour faire face à l’adversité. Il pourra notamment compter sur le soutien sans faille de Jacquie, une flic des Stups au caractère bien trempé. Et comme tout n’est pas noir dans ce monde de brutes, le rayon de soleil du Kanak sera Avril Amandier, la légiste qui fait battre son petit cœur de gros dur, revenue de son séjour en Catalogne.

Un autre personnage fera son grand retour sur le devant de la scène, un retour inattendu (à défaut d’être inespéré) et une alliance de circonstance avec Renato encore plus inattendue.

Une intrigue qui permet à Christophe Guillaumot de pointer du doigt les conditions de travail des policiers qui, outre un travail exigeant physiquement et moralement, doivent aussi composer avec une défiance croissante d’une certaine population (oubliée la vague « Je suis flic » de 2015) et les coupes budgétaires.

Tout part à vau-l’eau, aucune section n’échappe aux restrictions budgétaires. Un fourgon a perdu sa portière latérale, faute d’être remplacée elle a été remise en place avec les moyens du bord, maintenue à l’aide de ceintures de sécurité. Les heures de ménage ont été revues à la baisse, terminé la serpillière quotidienne, les agents d’entretien font au pas de course la tournée des poubelles de bureau, pas plus. Les notes de service pleuvent : interdiction d’imprimer pour économiser les toners et le papier, recommandation d’utiliser le start and go au feu rouge pour consommer le moins d’essence possible, demande faite à tous de prendre son mal en patience et d’attendre que les primes dues, vieilles de six mois, apparaissent enfin sur les bulletins de salaire.
Bien sûr, les policiers râlent, surtout lorsque les politiques annoncent à ceux qui veulent les croire des augmentations d’effectifs, des enveloppes supplémentaires ou une baisse des tâches administratives. Poudre aux yeux et balivernes. L’édifice ne tient pas sur des piliers de béton, mais sur la conscience professionnelle des flics. Malgré tous les obstacles, ils font le job.

Une situation dégradée qui conduit certains policiers à mettre fin à leurs jours (54 suicides en 2019). Sur le sujet j’ai été abasourdi d’apprendre qu’un policier qui se donne la mort n’est pas considéré mort en service et n’a de fait pas le droit à une ultime minute de silence de la part de ses frères d’arme.

Comme je suis de bonne humeur et que j’ai décidé d’être gentil je ne vous dirai pas tout le mal que je pense des connards jaunâtres qui gueulaient aux policiers « Suicidez vous ! » lors de leurs manifestations. À gerber !

Au vu du déroulé de l’intrigue et de son dénouement, j’ai craint de devoir faire le deuil de futures enquêtes du Kanak ; Christophe Guillaumot rassure ses lecteurs à la fin du roman. Renato will be back ! Et je ne vous gâche pas qu’il me tarde de découvrir comment il va rebondir… d’autant qu’il subsiste de nombreuses situations à décanter.

On trouve encore quelques confusions mineures entre les cultures mélanésiennes et wallisiennes, mais ça reste anecdotique et surtout ça ne gâche en rien le plaisir de cette lecture et l’envie de connaître le fin mot de l’histoire.

En revanche Monsieur Guillaumot (oui je suis vénér, donc pas de Christophe et pas de tutoiement) sachez que la Kanaky n’existe que dans l’esprit des indépendantistes. Je doute fort qu’un policier au service de l’état français emploie le terme Kanaky pour désigner la Nouvelle-Calédonie, fut-il lui-même Kanak (j’aurai même tendance à affirmer que ce serait encore plus étonnant venant d’un policier calédonien). Un impair (en espérant qu’il ne s’agisse que de cela) qui me reste en travers de la gorge.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Isabelle Villain – Blessures Invisibles

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I. Villain - Blessures invisibles

Titre : Blessures Invisibles
Série : Groupe de Lost – Tome 4
Auteur : Isabelle Villain
Éditeur : Taurnada
Parution : 2020
Origine : France
253 pages

De quoi ça cause ?

Le major Maraval est retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, son arme à la main.

La thèse du suicide est pourtant très vite abandonnée par le groupe du commandant Rebecca de Lost, et les pistes militaires et familiales se multiplient.

Dans le même temps, le « tueur au marteau », demeuré silencieux depuis l’enterrement du capitaine Atlan, décide de reprendre du service.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver le groupe de Lost, un groupe découvert fin 2018 avec le précédent roman (troisième du nom dans la série), Mauvais Genre.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Taurnada, et tout particulièrement Joël, pour leur confiance renouvelée. J’aurai pu (et peut être même dû) lire et chroniquer ce roman en avant-première, mais comme souvent en période de congés, j’ai pris beaucoup de retard dans mes lectures entre fin décembre et mi-janvier.

Le hasard a voulu que ce roman traite lui aussi du syndrome de stress post traumatique (SSPT) mais Isabelle Villain aborde la question sous un autre angle ; une approche beaucoup plus humaine qui ne peut que susciter l’empathie pour les victimes.

Un syndrome qui fait encore trop souvent l’objet d’un déni évident de la part de certains militaires, comme l’auteure le fait dire à un de ses personnages, un ancien militaire interrogé dans le cadre de la mort du major Maraval :

Je vais vous dire un truc. Le SSPT, ça n’existe pas. C’est une connerie inventée par des faibles en retour de mission. Des gars qui ne sont tout simplement pas faits pour la vie militaire. Des gars qui feraient mieux d’aller bosser dans un bureau, 35 heures par semaine.

Ou comme le soulignera la femme de la victime quelques chapitres plus tard :

Le problème avec le SSPT, c’est que la plupart des gens ne le reconnaissent pas. Le burn-out n’est plus tabou dans la vie civile, alors pourquoi est-ce si compliqué chez les militaires ?

Une enquête qui poussera donc le groupe de Lost à se frotter à l’armée, sauront-ils faire en sorte que les langues se délient au cœur de la « Grande Muette ». Histoire de me coucher moins con ce soir, j’ai appris grâce à ce roman d’où venait ce surnom de grande muette ; comme je suis sympa je partage avec vous cette courte pause culturelle :

En 1848, le gouvernement a accordé le droit de vote à tous les hommes. À tous, sauf aux militaires. Pour qu’ils ne se barrent pas aux quatre coins du pays au moment des élections, qu’il disait… Et surtout pour ne pas prendre parti dans les luttes politiques. La France avait décidé qu’on devait fermer notre gueule. Le gouvernement a même permis aux femmes de voter un an avant nous. C’est tout dire… Alors on a conservé cette tradition du silence. Un soldat doit fermer sa gueule. Un point, c’est tout !

Mais l’enquête autour de la mort d’Alexandre Maraval ne se limitera pas à l’armée, les enquêteurs vont aussi devoir interroger ses proches et son entourage familial. Un programme plutôt chargé au menu. Sans compter sur le retour (annoncé à la fin du précédent opus) du « Tueur au marteau », plus déterminé que jamais à se frotter à Rebecca de Lost.

Une double enquête qui donnera maintes opportunités à Isabelle Villain de brouiller les pistes et même d’orienter ses enquêteurs (et ses lecteurs) vers de fausses pistes. L’auteure maîtrise son intrigue de bout en bout, telle une chef d’orchestre virtuose, elle bat la mesure et impose le rythme sans la moindre fausse note.

Incontestablement l’autre point fort du roman réside dans ses personnages. L’auteure apporte énormément de soin à dresser leurs personnalités et à faire évoluer leurs relations. Je pense notamment à la relation entre Rebecca et Tom, forcément rendue compliquée par la conclusion du précédent opus. Mais aussi à la relation quasi fusionnelle qui existe au sein de groupe de Lost, plus soudé que jamais, tant par le défi des enquêtes à résoudre, que par le décès brutal d’Antoine Atlan.

J’ai dévoré le bouquin en deux bouchées ; j’aurai pu n’en faire qu’une, mais il fallait bien que je justifie mon salaire en allant bosser. J’ai vibré intensément avec le groupe de Lost, en totale immersion au sein de l’équipe.

Les deux premiers tomes ayant fait l’objet d’une réédition par Taurnada, je me les suis offert sans la moindre hésitation. Reste à trouver le temps de leur trouver une petite place au sein du programme de mes futures lectures.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Alain Damasio – Les Furtifs

AU MENU DU JOUR

A. Damasio - Les Furtifs
Titre : Les Furtifs
Auteur : Alain Damasio
Éditeur : La Volte
Parution : 2019
Origine : France
687 pages

De quoi ça cause ?

Si Lorca Varèse s’est démené pour intégrer l’armée sur le tard, c’est dans l’espoir de prouver que sa fille, Tishka, disparue il y a deux ans, est bien vivante et que sa disparition est liée aux furtifs. Des « créatures » méconnues du grand public malgré leurs capacités infinies, mais qui se figent et se minéralisent dès qu’elles sont vues par un humain.

Le Récif est une unité de l’armée spécialisée dans la chasse aux furtifs, pour mener à bien sa mission, Lorca va devoir convaincre ses équipiers et sa hiérarchie qu’il faut aborder les furtifs différemment, essayer de les comprendre plutôt que de les chasser…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

En 2004 Alain Damasio publiait La Horde Du Contrevent, un bouquin rapidement acclamé comme un must-read du genre (ou peut-être des genres si l’on intègre l’ensemble des littératures de l’imaginaire sous l’acronyme SFFF). Sorti en numérique en 2012, le bouquin a finalement rejoint mon Stock à Lire Numérique il y a quelques années… avant de sombrer dans les insondables méandres de l’oubli.

Ayant raté le coche de La Horde (ce n’est que partie remise… mais remise jusqu’à quand ? Je ne saurai dire), je tenais à ne pas passer à côté du second roman de l’auteur, Les Furtifs. Roman que les fans de La Horde attendaient depuis plus de 15 ans !

Ma Chronique

Si instinctivement je devais résumer cette lecture en un seul mot, c’est laborieux qui me viendrait à l’esprit. Un roman commencé dans sa version numérique en novembre dernier, achevé aujourd’hui dans sa version papier !

Paradoxalement mon ressenti global reste très positif malgré quelques points noirs. Le principal étant les fantaisies typographiques voulues par l’auteur qui rendent certains passages quasiment illisibles sur liseuse (à moins de se flinguer les yeux à décrypter le texte)… heureusement que ça passe un peu mieux via Calibre. Il n’en reste pas moins qu’après un peu plus de 200 pages lues, je me suis rabattu sur la version papier du roman.

Je me doute bien que numériser un tel bouquin doit être une sacrée prise de tête, mais ça n’excuse toutefois pas certaines lacunes dans le code. La plus dérangeante étant de loin les multiples styles pour identifier une ligne blanche entre deux paragraphes. Déjà que l’auteur en use et abuse, si en plus de ça les sauts varient en hauteur ça devient rapidement usant pour les yeux… d’autant qu’on ne retrouve pas cette variation dans le bouquin papier.

Enfin certains styles ne sont appliqués que partiellement au bloc de texte concerné. Genre trois lignes en italique et/ou sans serif et retour à un style normal avec serif au sein de même paragraphe. Là encore c’est une anomalie inhérente à la version numérique.

Pour archiver ma version numérique retouchée, j’ai corrigé les deux derniers points soulevés ; en revanche j’ai respecté les digressions typographiques inhérentes aux différents intervenants, même s’il faut bien reconnaître qu’elles n’apportent strictement aucune valeur ajoutée au récit… au contraire.

La société décrite par Alain Damasio (des métropoles revendues à des grandes marques commerciales, des citoyens hyper-connectés et donc traçables à tout moment) est plutôt bien présentée ; difficile de résister à l’envie de rejoindre ceux qui luttent contre ce système. Dommage que l’auteur finisse par se tirer une balle dans le pied à force de répétitions qui semblent davantage prétexte à poser ses idées personnelles (que je qualifierai soit de soixante-huitardes sur le retour, soit d’écolo-bobos-gauchos utopistes) plutôt que de réellement faire avancer l’intrigue.

Malgré un début un peu lourdingue, les choses se décantent quand commence enfin la véritable recherche de Tishka. Le bouquin devient réellement passionnant, d’autant que le rythme va crescendo tandis que de nouveaux éléments viennent se greffer à l’intrigue. Pour les raisons évoquées plus haut j’ai mis plus d’un mois à lire les 200 / 250 premières pages du roman alors que je me suis avalé les suivantes en l’espace de quelques jours.

Avec ce roman Alain Damasio met en avant des thèmes universels qui devraient trouver écho chez chaque lecteur : la famille, l’amitié, la loyauté, la tolérance. Et des thèmes plus sociétaux tels que l’écologie, la liberté d’expression et de mouvement, les convergences douteuses entre le pouvoir politique et le pouvoir économique, la place de l’individu dans la société.

Les Furtifs peut aussi se percevoir comme une ode au son, qu’il s’agisse de la voix (parlée ou chantée) ou de la musique (sous toutes ses formes, de la plus travaillée à la plus brute). À noter d’ailleurs qu’avec le roman vous aurez un lien et un code de téléchargement permettant de se procurer l’album du livre, Entrer Dans La Couleur. Il ne s’agit pas d’une version audio du roman, mais bel et bien d’un complément audio permettant de prolonger l’expérience furtive.

L’autre point fort du roman réside incontestablement dans ses personnages. Si les effets typographiques rattachés aux différents narrateurs font plus de mal que de bien au récit, l’auteur prête à chacun de ses personnages une personnalité et un phrasé qui n’appartiennent qu’à lui (ce qui ne fait que renforcer le superflu de la typographie individualisée).

Il y a bien évidemment en tête de cortège, le couple Lorca / Sahar ; d’abord séparé par leur réaction face à la disparition de Tishka (le père refuse de croire en la mort de leur fille alors que la mère finit par s’y résigner), puis plus soudé que jamais dans leur quête commune pour la retrouver.

J’ai beaucoup aimé le duo de chasseurs du Récif composé par Hernan Agüerro et Saskia Larsen. j’ai eu un peu plus de mal avec le dernier traqueur, Nér Arfet, car plus difficile à cerner avec précision.

Difficile de résister à la fougue contagieuse de Toni Tout-fou et plus encore de ne pas fondre de plaisir face au personnage de Tishka.

Si Alain Damasio sait y faire pour rendre ses personnages attachants, il est tout aussi habile quand il s’agit de vous en faire prendre d’autres en grippe. Sur ce point je n’en dirai pas plus afin de ne pas risquer de dévoiler certains tournants de l’intrigue.

Une belle et riche découverte malgré quelques bémols non négligeables ; ça reste une lecture qui demande un réel investissement personnel pour être pleinement appréciée (n’espérez pas dévorer le roman d’une traite… prenez plutôt le temps de le déguster à votre rythme).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Dumond, Vignolle, Mardon – Les Bijoux De La Kardashian

AU MENU DU JOUR

Les bijoux de la Kardashian
Titre : Les Bijoux De La Kardashian
Scénario : François Vignolle & Julien Dumond
Dessin : Grégory Mardon
Éditeur : Glénat
Parution : 2018
Origine : France
148 pages

De quoi ça cause ?

3 octobre 2016, alors qu’elle est en déplacement à Paris pour la Fashion Week, Kim Kardashian est victime d’un cambriolage. Les voleurs partiront avec un butin de plus de 9 millions d’euros en bijoux.

Face à la pression médiatique internationale, la BRB (Brigade de Répression du Banditisme) parisienne va faire de cette enquête une priorité…

Ma Chronique

Si pour les bouquins je me revendique 100% lecteur numérique, force m’est de reconnaître que pour les BD et romans graphiques le format papier reste indétrônable ; il n’y a que sous cette forme que j’apprécie pleinement la lecture.

Je ne suis pas un adepte des rubriques people et autres potins mondains, je me contrefous de la vie de Kim Kardashian ; du coup je n’ai pas du tout suivi cette histoire de vol de bijoux (j’en ai entendu parler et j’ai zappé, tout simplement). Le Père Noël ayant déposé cette BD au pied du sapin, je m’en vais réparer cette terrible lacune culturelle.

Cette BD nous fait revivre ce fait divers ultra médiatisé, mais aussi et surtout l’enquête de police visant à identifier les voleurs et accessoirement retrouver les bijoux. Après cette lecture j’en viendrai presque à regretter de ne pas m’être davantage intéressé à cette histoire que je n’aurai jamais soupçonné d’être aussi rocambolesque.

Les auteurs se sont visiblement bien documentés sur les dessous de cette affaire, ils nous plongent vraiment au coeur de l’enquête, une enquête qui réservera bien des surprises à la police ! J’ai trouvé les nombreuses touches comiques parfaitement adaptées à la situation qui frôle parfois le voyage en absurdie.

Le décalage entre la victime, starlette de la télé-réalité et des réseaux sociaux, et ses agresseurs, de vieux braqueurs à l’ancienne, est tellement énorme qu’il ne peut que prêter à sourire. La rencontre improbable entre deux mondes que tout oppose ; pour illustrer mon propos, il suffit de savoir que ces Pieds Nickelés braquos n’avaient jamais envisagé que leur vol déchaînerait à ce point les passions.

— Comment elle gagne sa vie déjà ?
— J’sais pas, elle chnaps chatte…
— Elle quoi ?

— Elle est sur internet !
— Ah ouais.

Niveau graphique le trait grossier (presque caricatural) se prête bien à l’histoire qui nous est racontée. Le scénario est traité avec beaucoup de soins, notamment au niveau des personnages et de leurs relations.

— N’empêche, autant de moyens pour une starlette qui a pas pris ses précautions pour se protéger… c’est un peu too much, tout ça ?
— Arrête ! C’est une super enquête.
— Oui, mais je me demande ce que ça aurait donné si c’était une vieille dame que s’était fait dépouiller de sa boîte à bijoux.
— Ah, ça, c’est sûr… si c’était mamie Tromblon qui s’était fait braquer, elle aurait pas eu les faveurs de Lagerfeld ou de Kassovitz pour lui saper le moral.

J’ai passé un agréable moment avec cette BD, un pari qui n’était pas gagné d’avance vu l’intérêt que je porte à la Kardachiante. Bravo aux auteurs qui nous offrent un divertissement richement documenté.

Bijoux Kardashian

MON VERDICT

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – L’Art Du Meurtre

AU MENU DU JOUR

C. Duchamp - L'Art Du Meurtre
Titre : L’Art Du Meurtre
Auteur : Chrystel Dubois
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2020
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !

Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur d’art – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.

Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le titre et le pitch m’ont attiré, l’idée de mélanger la beauté de l’art et l’horreur du crime est plutôt audacieuse sur le papier… je voulais voir ce que ça donnait dans les faits.

Ma Chronique

Je remercie les éditions l’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée et l’occasion de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 16 janvier).

Un roman reçu au format PDF que j’ai entrepris de convertir au format epub pour profiter pleinement de ma lecture. Je venais de finaliser la chose quand j’ai découvert qu’il était désormais disponible en epub via Net Galley. C’est donc cette version que j’ai lue, la mienne est passée à la corbeille sans appel.

Et si on commençait par faire les présentations avant d’entrer dans le vif du sujet. Avec les trois personnages principaux qui portent cette intrigue. Deux femmes flics au caractère bien trempé, liées par une amitié indéfectible malgré quelques divergences de point de vue. Et un marchand d’art qui passera de suspect potentiel à consultant officieux… et plus si affinités !

Audrey Durand est lieutenante à la PJ, mais aussi une passionnée d’art. Son métier est sa raison d’être, obstinée elle dissimule ses blessures passées derrière des excès en tout genre (alcool, cannabis, médocs, plans cul sans lendemain…) qui ne manquent pas d’inquiéter ses proches. Pour elle, il ne fait aucun doute que l’art est le fil rouge qui relie les différentes scènes de crime.

À commencer par Patricia Levêque, capitaine à la PJ, supérieure et amie d’Audrey. Mariée et mère de deux grands enfants, elle va devoir composer avec le retour inopiné de son cadet qui a opté pour une vie de marginal. Pas franchement convaincue par la vague théorie artistique défendue par Audrey, elle va pousser son équipe à explorer d’autres pistes.

Joël Dunière est un marchand d’art étroitement lié, de par sa profession, aux deux premières victimes. Une position qui lui vaudra de passer pour un suspect potentiel avant de se rapprocher d’Audrey et de l’aider à creuser la piste artistique.

Puis il y a le reste de l’équipe, tiraillé entre les intuitions d’Audrey et les ordres de Patricia. Chrystel Duchamp apporte beaucoup de soins à ses personnages, elle nous brosse ainsi une galerie de portraits pleine de vie et d’humanité.

Mais l’auteure de néglige pas pour autant ses scènes de crime, combinant adroitement un réel sens esthétique et la sauvagerie des meurtres.

Je ne suis pas spécialement amateur d’art et ne connais pas grand-chose aux différents courants artistiques, mais il n’en reste pas moins que j’ai trouvé cette intrigue très bien ficelée et captivante. Je suis parti curieux (voire dubitatif), je referme ce bouquin totalement convaincu.

Alors que le fin mot de l’histoire nous est révélé, je pestais intérieurement en me disant qu’elle (Chrystel Duchamp) ne pouvait pas nous faire un coup pareil. C’était sans compter sur l’ultime rebond qui vient combler les vides en laissant le lecteur en état de KO technique.

Une version epub qui aurait mérité un travail de finition un peu plus abouti, notamment au niveau des insécables qui sont pratiquement inexistants. Concrètement c’est quasiment invisible pour le lecteur (hormis quelques retours à la ligne un peu hasardeux), toutefois les insécables font partie intégrante des bonnes pratiques de la typographie numérique et contribuent de fait à optimiser le plaisir de la lecture.

MON VERDICT