[BOUQUINS] Dathan Auerbach – Bad Man

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D. Auerbach - Bad Man
Titre : Bad Man
Auteur : Dathan Auerbach
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
448 pages

De quoi ça cause ?

Ben, 15 ans, se rend au supermarché accompagné de son petit frère, Eric, 3 ans, il suffit d’une seconde d’inattention pour que ce dernier disparaisse sans laisser la moindre trace.

Cinq ans plus tard, Ben est embauché comme magasinier dans ce même supermarché. Le jeune homme n’a jamais renoncé à l’idée de retrouver son frère disparu ; cet emploi pourrait être l’occasion d’explorer de nouvelles pistes dans sa quête de la vérité…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

C’est en parcourant le calendrier des sorties que je suis tombé sur ce bouquin. Comme souvent c’est d’abord la couv’ qui a retenu mon attention, le pitch n’a fait qu’attiser un peu plus ma curiosité et mon intérêt.

Les éditions Belfond et Net Galley ayant répondu favorablement à ma demande, j’avais alors toutes les cartes en main pour voir si ce roman tiendrait toutes ses promesses.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley qui ont accepté ma sollicitation.

Ne passez pas votre chemin avec un dédaigneux : « encore une histoire de disparition » ; vous passeriez à côté de l’essence même de ce roman. Certes le bouquin s’ouvre sur un enfant qui disparaît, très probablement victime d’un enlèvement ; mais si le point de départ est relativement classique, la suite des événements l’est nettement moins…

Exit l’enquête de police au lendemain de ladite disparition. Au lieu de ça Dathan Auerbach démarre véritablement son intrigue cinq ans après la disparition d’Eric. On retrouve Ben, un grand frère rongé par la culpabilité (avérée ou non, la question ne manquera pas de revenir sur le tapis au fil des chapitres) mais qui garde au fond de lui l’espoir de retrouver son frangin.

Il faut dire qu’il n’est pas aisé pour Ben de se reconstruire au sein de sa famille, chacun gérant à sa façon la douleur et la peine. Pour Clint, son père, essayer de ne pas évoquer ce qui s’est passé pourrait être la voie vers la guérison. Alors que Deirdra, sa belle-mère, semble entretenir sa douleur en vouant un véritable culte à Eric ; et en considérant Ben comme l’unique responsable de sa disparition.

L’auteur livre le portrait d’une famille explosée par le drame qui les a frappés, un portrait poignant à la fois par sa justesse que par sa dureté. Une famille étouffée par les non-dits qui peine, à renouer de véritables liens (le veulent-ils vraiment ?). Une famille au bord de l’implosion, à travers le portrait que nous dresse l’auteur on devine que le moindre pet de travers peut faire voler en éclat cet équilibre de façade.

Le fait que Ben trouve un job précisément dans le supermarché où Eric a disparu ne va certainement pas contribuer à la bonne ambiance familiale. Mais ce sera aussi pour Ben l’occasion de s’extirper de ce cocon familial anxiogène… quoique, les événements pourraient bien s’avérer encore plus éprouvants pour un jeune homme déjà bien malmené par la vie.

Bien qu’écrit à la troisième personne le roman vous invite à partager l’expérience vécue par Ben, et le moins que l’on puisse dire c’est que la traversée en sa compagnie ne sera pas de tout repos. Si le plus souvent vous aurez envie de le soutenir dans ce qu’il traverse, force m’est d’avouer que j’ai eu parfois envie de lui cogner la tête contre les murs pour lui faire comprendre qu’il ne pouvait que faire fausse route.

Il est des romans avec lesquels vous vous laissez (mal)mener par l’auteur sans réellement chercher à démêler le sac de nœuds dans lequel il vous embarque; d’autres au contraire où vous ne pourrez vous empêcher, au fil de la lecture, d’échafauder des hypothèses encore et encore… quitte à ce qu’elles soient complètement contradictoires les unes par rapport aux autres et parfois même contraires à votre intime conviction. C’est exactement l’effet que m’a fait le roman de Dathan Auerbach, impossible d’être simple spectateur de son intrigue… Et je ne vous cacherai pas que si je me suis approché de la vérité, j’étais loin d’imaginer que la clé de l’énigme serait aussi tordue (dans le bon sens du terme).

La majeure partie du roman va se dérouler au sein de ce fameux supermarché, en dehors des heures d’ouverture ; Ben y rencontrera des collègues de travail et devra bien entendu côtoyer son patron. Si certains personnages vous apparaîtront plus sympathiques que d’autres, vous ne pourrez vous empêcher, tout comme Ben, de vous poser, tôt ou tard, des questions sur chacun d’entre eux.

L’accroche du roman fait référence au Shining de Stephen King, si la comparaison peut sembler audacieuse il n’en reste pas moins vrai que ce supermarché finira par devenir aussi flippant que l’Overlook Hotel ; bien que situé dans un milieu nettement moins hostile. On en arriverait presque à le considérer comme étant un personnage (malsain) à part entière de l’intrigue.

Bad Man est le second roman de Dathan Aurbach, mais le premier traduit en français. S’il n’est pas exempt de défauts (certains points auraient mérités d’être approfondis), ça reste pour moi une fort sympathique découverte. Un thriller à l’intrigue rondement menée qui n’en finira pas de vous faire tourner en bourrique.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Stephen King – L’Outsider

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S. King - L'Outsider
Titre : L’Outsider
Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
576 pages

De quoi ça cause ?

Le viol et le meurtre sauvage du petit Frank Peterson secouent la petite ville de Flint City (Oklahoma). Toutes les preuves scientifiques accusent Terry Maitland, le populaire coach sportif ; il n’en faut pas davantage à la police et aux services du procureur pour décider de procéder à une arrestation spectaculaire.

Alors qu’ils pensaient que l’affaire serait rapidement bouclée, Terry Maitland réfute l’accusation ; non seulement il a un alibi en béton, mais de nombreux témoignages confirment sa version des faits…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Stephen King et que je suis un fan inconditionnel depuis des années.

Pour oublier la déception causée par son dernier roman, Sleeping Beauties, et retrouver un KING au sommet de son art.

Ma Chronique

Je n’ai jamais perdu foi dans le talent de Stephen King, je vais donc considérer que Sleeping Beauties aura été un accident de parcours. Un accident presque effacé par le très bon roman court, Gwendy Et La Boîte A Boutons, mais j’espérais beaucoup de son nouveau vrai roman.

Alors, verdict ? Est-ce que L’Outsider a fini de balayer mes doutes ? Sans hésitation la réponse est un grand OUI franc et massif. Avec ce roman on retrouve un Stephen King au summum de son art. La quintessence du King ! Et j’exagère à peine…

Histoire de donner le ton d’entrée de jeu, Stephen King ne vous fera pas passer par le pédiluve ; non, il vous balancera direct dans le grand bassin ! L’Outsider s’ouvre en effet sur un crime particulièrement sordide, sordide par son mode opératoire, mais aussi et surtout par sa victime qui est un gamin de onze ans.

Nous voilà donc en présence d’une enquête de police qui s’annonce plutôt conventionnelle pour les amateurs du genre… mais il ne faut pas se fier aux apparences, surtout quand le Maître du Jeu se nomme Stephen King. En fait d’office les choses paraissent trop évidentes pour être uniquement ce qu’elles paraissent être. Et la suite des événements ne tardera pas à nous donner raison.

Nous voilà en présence d’un accusé que tout accuse de façon irréfutable, et ce même accusé qui a un alibi tout aussi indiscutable… Exit le polar classique, bienvenue dans l’univers du King !

Même si le bouquin continue alors à ressembler à un polar pur et dur, il ne faut pas sortir de Normale Sup’ pour comprendre que l’explication ne peut être rationnelle. La vérité est ailleurs comme diraient les agents Mulder et Scully (X-Files).

Avant de nous plonger dans cet ailleurs, fortement teinté de fantastique, Stephen King va nous offrir une douche froide. Un rebondissement certes pas totalement imprévisible, mais auquel subsistait un mince espoir d’échapper… Décidément l’auteur semble plus déterminé que jamais à n’accorder aucun répit à ses lecteurs (et le pire c’est qu’on en redemande).

Je ne m’épancherai pas davantage sur l’intrigue, sachez simplement que l’auteur la mène de bout en bout d’une main de maître sans le moindre temps mort. Soyez assuré qu’il n’a pas fini de malmener ses personnages, et nous avec accessoirement.

Une bonne intrigue ne suffit pas toujours à faire un bon roman, il faut aussi que les personnages soient mitonnés aux petits oignons pour lier la sauce. Et en l’occurrence ils viennent littéralement sublimer l’intrigue, tant par leur profonde que par l’évolution (parfois contrainte et forcée… mais c’est pour la bonne cause) de leurs relations.

Fidèle à son habitude, Stephen King place au fil de son récit quelques références à ses précédents romans. Il va même un peu plus loin cette fois en faisant directement intervenir Holly Gibney dans le déroulé de son intrigue. Si vous avez lu la trilogie Bill Hodges, nul doute que vous vous souviendrez de son inénarrable acolyte (si vous ne l’avez pas encore lue, je vous suggère de vous ruer dessus, vous ne le regretterez pas).

Bien que Stephen King se revendique fan de Stanley Kubrick, il a toujours affirmé haut et fort qu’il détestait le film Shining, qui, selon lui, ne respecte pas l’esprit de son roman. Monsieur King aurait-il la rancune tenace ? Une remarque de Holly, en forme de pique, pourrait en effet le laisser supposer :

J’ai déjà vu Les Sentiers de la gloire une dizaine de fois, au moins. Un des meilleurs films de Kubrick. Bien meilleur que Shining et Barry Lyndon, si vous voulez mon avis.

Pour rester dans la catégorie des clins d’œil, j’ai du mal à croire que le panneau de signalisation « MARYSVILLE 1280 HABITANTS » soit une pure coïncidence ; la référence au roman de Jim Thompson, Pottsville, 1280 habitants, est un peu trop flagrante pour n’être que le fruit du hasard.

Chaque fois que j’ai dû me détacher de ce bouquin, je l’ai fait à regret tant il me tardait de découvrir la suite. Résultat des courses, il m’a fallu à peine plus de deux jours pour dévorer les presque 600 pages ; et encore, je suis convaincu que si je l’avais entamé en période de congés je me le serai avalé d’une traite.

Avec ce roman l’auteur s’offre une forme de retour aux sources tout en proposant une oeuvre totalement nouvelle et originale. De quoi définitivement rassurer son public, ses muses (quelles qu’elles soient) n’ont pas fini de lui inspirer de belles et terrifiantes histoires. Mais aussi et surtout des histoires d’une redoutable efficacité.

Même en voulant pinailler je ne parviens pas à trouver de reproches à adresser à ce roman ; comme je vous le disais au début de cette chronique, c’est la quintessence du King. Une totale réussite sans la moindre fausse note.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Chi Wei-Jan – Rue Du Dragon Couché

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Chi Wei-Jan - Rue Du Dragon Couché
Titre : Rue Du Dragon Couché
Auteur : Chi Wei-Jan
Éditeur : Calmann-Lévy
Parution : 2019
Origine : Chine (2011)
464 pages

De quoi ça cause ?

À l’aube de ses 50 ans, Wu Ch’eng renonce à sa carrière dans l’enseignement et à son confort pour s’installer comme détective privé dans un quartier pauvre de Taipei.

Sa première cliente est une mère de famille qui s’inquiète du fait que sa fille, depuis peu, refuse de parler à son père. Wu va alors prendre l’homme en filature afin de comprendre le pourquoi du comment du différend familial.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

En plus de solliciter des titres que j’ai dans le collimateur, je compte mettre à profit l’offre Net Galley pour découvrir de nouveaux horizons, des titres à côté desquels je serai peut-être passé sans m’arrêter.

La couv’ du présent bouquin m’a fait de l’œil, la curiosité a fait le reste… Les éditions Calmann-Lévy et Net Galley ayant accepté ma demande, j’ai pu embarquer pour Taiwan.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Calmann-Lévy et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma demande.

Si vous voulez profiter pleinement de ce bouquin, je vous invite à ne pas lire la quatrième de couverture. En effet celle-ci est beaucoup trop bavarde et pas forcément représentative de l’intrigue.

Si, comme moi, vous ne connaissez pas Taiwan alors le dépaysement va être assuré avec ce roman. L’auteur nous plonge au coeur de la culture et des us et coutumes du moins chinois des territoires Chinois. Une île tiraillée entre tradition et modernisme, entre Orient et Occident.

À force de lire des polars et thrillers, j’ai croisé toutes sortes de privés, mais force est de reconnaître que jamais encore je n’en avais croisé un qui ressemble à Wu Ch’eng, le héros imaginé par Chi Wei-jan. Non seulement le gars décide, quasiment sur un coup de tête, de s’autoproclamer détective privé, mais en plus il n’en a strictement aucune compétence (tout ce qu’il sait du métier lui vient de sa passion pour les romans policiers).

Notre sympathique détective débutant va donc se lancer corps et âme dans sa première affaire. Une enquête pas franchement palpitante qui permet de planter le décor et de poser les personnages. L’intrigue ne démarrant réellement que quand le chemin de Wu Ch’eng va croiser la route d’un tueur en série.

Une enquête ponctuée de nombreuses digressions de notre héros sur des sujets divers et variés, du plus sérieux au plus futile ; digressions non dénuées d’humour et d’une touche de cynisme. Un improbable fourre-tout qui pourrait devenir lassant pour le lecteur, mais il n’en est rien. L’auteur revient au cœur de son intrigue avant que le lecteur n’atteigne le point de rupture.

Une enquête qui, presque contre toute attente, tient plutôt bien la route d’un point de vue strictement policier sans non plus être menée à un train d’enfer. L’ensemble est plutôt bien dosé et correctement amené, juste ce qu’il faut pour nous donner l’envie de découvrir le fin mot de l’histoire.

La principale force du roman tient dans ses personnages, à commencer bien entendu par Wu Ch’eng, mais l’auteur apporte aussi beaucoup de soin à ses personnages secondaires. Difficile de ne pas céder aux charmes de tout ce petit monde.

Je ne serai pas surpris d’apprendre que Wu Ch’eng et ses amis sont appelés à revenir dans d’autres aventures littéraires ; en tout cas c’est l’impression que me laisse la fin du présent roman. Si tel devait être le cas, c’est avec plaisir que je serai fidèle au rendez-vous.

Avec ce premier roman, Chi Wei-jan a su séduire un large public, mais aussi la critique ; ce bouquin a en effet raflé plusieurs prix littéraires à Taiwan. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, une adaptation pour le cinéma serait d’ores et déjà en chantier.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Anders Roslund & Börge Hellström – 3 Secondes

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Roslund & Hellström - 3 Secondes
Titre : 3 Secondes
Auteurs : Ander Roslund & Börge Hellström
Éditeur : Mazarine / Fayard
Parution : 2019
Origine : Suède (2009)
592 pages

De quoi ça cause ?

Piet Hoffmann mène une double vie. Le bon mari et bon père de famille est aussi un infiltré au sein d’une puissante organisation criminelle polonaise qui souhaite étendre son activité en Suède en prenant le contrôle du trafic de drogue en milieu pénitentiaire.

Lorsqu’une opération de routine se solde par une exécution dans un appartement au cœur de Stocklom, le détective Ewert Grens est bien déterminé à résoudre cette affaire. Au risque de faire voler en éclat la couverture de Piet Hoffmann alors qu’il prépare une ultime opération potentiellement décisive dans la lutte contre le crime organisé…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le duo Roslung et Hellström est souvent présenté comme la relève de Stieg Larsson, l’auteur de la trilogie Millénium. Qui plus est il semblerait que cette trilogie, 3 Secondes, 3 Minutes , 3 Heures ait connu un énorme succès en Scandinavie et au-delà.

Les éditions Fayard et Net Galley ayant donné une suite favorable à ma demande, je vais pouvoir me faire ma propre idée sur la chose…

Ma Chronique

Je remercie les éditions Fayard et la plate-forme Net Galley qui ont répondu favorablement à ma sollicitation.

Et on va commencer par crever l’abcès en pointant tout de suite le plus gros défaut de ce roman, à savoir sa quatrième de couverture qui est beaucoup trop bavarde. En quelques lignes on nous dévoile plus de la moitié du bouquin ! Un tel amateurisme (sans parler du manque de respect pour les lecteurs) est indigne d’un éditeur comme Fayard.

C’est d’autant plus regrettable que, à l’instar de Stieg Larsson avec son premier tome de la trilogie Millénium, les auteurs prennent leur temps pour mettre en place le contexte et ses enjeux. Et vlan, tout l’effet recherché est balayé en l’espace de quelques lignes mal pensées (pour rester poli).

Anders Roslund et Börge Hellström apportent effectivement beaucoup de soin à la mise en place de leur intrigue, une lenteur assumée qui aurait pu nuire au plaisir du lecteur, mais il n’en est rien ; au fil des chapitres on a pleinement conscience de l’importance des enjeux et donc de la nécessité de déplacer ses pions avec prudence, sans précipitation.

La montée en puissance se fait progressivement jusqu’au changement radical de rythme à partir du moment où Piet Hoffmann est incarcéré (incarcération qui donne le coup d’envoi de l’opération qu’il a monté avec son agent de liaison) ; il faut dire que la mécanique, d’apparence parfaitement huilée, va rapidement s’enrayer et échapper à tout contrôle. Et Piet Hoffmann se retrouver seul contre tous…

Le lecteur, qui jusqu’alors parcourait tranquillement ce roman, page après page, se retrouve totalement happé par ce changement de rythme, partagé entre l’envie de tourner frénétiquement les pages afin de savoir comment tout ça va se terminer, et celle de profiter pleinement de chaque passage, faisant fi, tant bien que mal, des brusques montées d’adrénaline qui ne manqueront pas de l’assaillir !

Il leur était déjà arrivé de griller des informateurs. Nous ne savons pas qui il est. De laisser tomber des infiltrés, lorsque les questions commençaient à pleuvoir. On ne travaille pas avec des criminels. De regarder ailleurs quand la chasse était lancée et que l’organisation criminelle infiltrée réglait les choses à sa manière.
Mais jamais dans une prison, jamais dans un lieu clos et sans issue.

Ce premier opus a été publié en 2009 en Suède, et, fort de son succès, traduit en plusieurs langues. Il aura quand même fallu attendre 10 ans pour que le public francophone puisse enfin bénéficier d’une traduction. C’est long, mais franchement ça valait le coup d’attendre !

D’un autre côté cette attente ne présente pas que des inconvénients, les deux prochains opus, 3 Minutes et 3 Heures sont en effet respectivement annoncés pour mars et mai 2019. Le public suédois aura dû attendre 2016 (Tre Minuter), puis 2018 (Tre Timmar écrit sans Börge Hellström, décédé en 2017), pour avoir le fin mot de l’histoire…

J’ai découvert le duo Roslund & Hellström avec ce roman, mais ils sont loin d’être des novices du genre ; ils ont notamment à leur actif quatre romans faisant intervenir Ewert Grens et son équipe. Si leur enquêteur fétiche n’est pas le personnage central de 3 Secondes, il n’en reste pas moins un intervenant majeur (parfois presque à l’insu de son plein gré) dans le déroulé de l’intrigue.

Quel étrange spécimen ce Ewert Grens… Certes il doit composer avec les fantômes de son passé, mais c’est un peu facile de se planquer derrière eux pour justifier ses brusques poussées de colère et un comportement qui flirte parfois avec l’irrationnel. Le gars n’a pas que des défauts, c’est notamment un enquêteur tenace qui ne lâche pas le morceau avant d’être certain de n’avoir négligé aucune piste (et dans la présente enquête, il a largement de quoi se triturer les neurones). Il n’en reste pas moins que je n’ai pas du tout accroché au personnage (sauf peut-être en ce qui concerne son côté asocial, allez savoir pourquoi).

Ce n’est toutefois le plus méprisable des individus que vous croiserez dans ce roman. Que les criminels soient des ordures n’étonnera personne, après tout ils sont payés pour ça, difficile de leur reprocher de faire leur job dans ces conditions. Les pires spécimens en l’occurrence sont plutôt les ronds de cuir qui retournent leur veste selon le sens du vent, n’hésitant pas à sacrifier les autres du moment que cela serve ou protège leurs intérêts.

Heureusement en face de tout ce beau monde Piet Hoffmann ne manque pas de ressources quand il s’agit d’assurer ses arrières ou d’évoluer en terrain hostile. Et Dieu sait que les auteurs ne manqueront pas de lui en faire voir de toutes les couleurs.

Malgré un démarrage un peu poussif, j’ai été plus que convaincu par ce bouquin. Un thriller aussi haletant que captivant, mené de mains de maître. Une mise en bouche plus que prometteuse, il me tarde découvrir la suite…

Fort du succès du roman, une adaptation pour le cinéma devrait voir le jour en août 2019 ; la chose s’appellera The Informer et sera réalisée par Andrea Di Stefano. C’est Joel Kinnaman qui interprétera le rôle de Piet Hoffmann… rebaptisé pour l’occasion Pete Koslow, américanisation du scénario oblige. Pas sûr que ce soit du meilleur augure quand on voit ce que Hollywood a fait de Millénium.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Antoine Renand – L’Empathie

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A. Renand - L'Empathie
Titre : L’Empathie
Auteur : Antoine Renand
Éditeur : Robert Laffont
Parution : France
Origine : 2019
464 pages

De quoi ça cause ?

Anthony et Marion sont enquêteurs au sein du 2ème district de la police judiciaire de Paris, plus communément appelé « Brigade du viol », en charge des affaires de crimes sexuels et viols en série.

Et justement un violeur en série sévit actuellement dans les rues de Paris. Le lézard, comme l’ont surnommé les policiers, pénètre la nuit chez ses victimes avant de les agresser. Des agressions d’une extrême violence que rien ni personne ne semble pouvoir arrêter…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est la Bête Noire et que je n’ai jamais été déçu par les titres de cette collection proposée par Robert Laffont. Même si je reconnais volontiers avoir accumulé beaucoup de retard dans l’exploration de leur catalogue.

Ma Chronique

Un titre sollicité depuis le 11 janvier auprès de l’éditeur via Net Galley ; faute de retour de leur part, j’ai décidé de prendre les devants et de me lancer dans la lecture de ce roman qui me faisait vraiment envie.

Une fois n’est pas coutume, commençons par parler de statistiques (déformation professionnelle ?), avec des chiffres qui font froid dans le dos :

(…) en France, 75 000 viols avaient lieu chaque année, soit 206 par jour ; 1 femme sur 6 serait victime d’un viol au cours de sa vie, ou d’une tentative de viol ; 80 % des victimes étaient bien entendu des femmes.
La moitié de ces victimes l’était de façon répétée avec, dans 8 cas sur 10, un agresseur qu’elles connaissaient bien : un ami, ami de la famille, membre de la famille… Et tous les milieux étaient touchés, prolos comme bourgeois, anonymes comme grands de ce monde….
Enfin et surtout, 90 % des femmes violées ne portaient pas plainte.

Et un constat tout aussi glaçant :

Si tous les agressés ne deviennent pas agresseurs, il est extrêmement rare qu’un tueur ou un violeur en série n’ait pas été lui-même victime de sévices pendant son enfance. Le Mal se copie, se reproduit.

Sans avoir la prétention d’être représentatif de quoi que ce soit, j’avoue avoir lu relativement peu de thrillers ayant pour thème le viol. C’est peut être uniquement dû à un manque d’opportunités (je n’en ai croisé que quelques-uns qui m’aient donné envie de les lire) ou alors parce que je considère le violeur comme un être profondément abject ne méritant ni respect ni clémence. Non que j’éprouve une quelconque empathie pour les assassins, disons que ce que je ressens à l’encontre des violeurs est plus viscéral.

L’accroche en couverture promet qu’après avoir lu le bouquin nous ne dormirons plus jamais la fenêtre ouverte… OK, mais quand ton appart n’est pas climatisé et qu’il fait plus de 30° la nuit, tu fais comment pour éviter de mariner dans ta sueur toute la nuit ? J’ai bien l’intention de continuer à dormir la fenêtre ouverte et à poil qui plus est (voilà vous savez tout sur mes habitudes nocturnes).

Au fil des chapitres vous ne croiserez pas un violeur, mais deux ; et tous les deux ont un sinistre palmarès de plusieurs victimes. Le premier est rapidement arrêté, une ordure de moins en circulation, mais à côté du second, le fameux lézard (ou plutôt alpha comme il se surnomme lui-même), il ferait presque office de petit joueur. Alpha ne s’exprime que dans la violence et l’humiliation, chaque scène de crime repoussant toujours plus loin les limites de l’horreur.

Vous l’aurez compris ce roman nous réserve quelques scènes avec une forte dose de violence et de perversité, mais l’auteur ne donne pas pour autant dans la surenchère gratuite ; cette violence qui se déchaîne est mise au service de l’intrigue.

Une intrigue qui pourrait passer pour relativement classique avec une enquête de police qui piétine et un criminel qui se joue aussi bien de ses victimes que des policiers qui le traquent. Mais ce côté classique de l’intrigue n’est qu’un trompe-l’œil ; c’est quand le voile des apparences se dissipe que le roman exprime pleinement sa force et son originalité.

Une force qui repose pour beaucoup sur ses personnages et leurs secrets, des secrets qui nous seront révélés au compte-goutte via quelques flashbacks. Un roman presque intégralement porté par le personnage d’Anthony Rauch, un flic efficace, mais plutôt discret qui cache bien des secrets. Un personnage atypique pour lequel vous ne pourrez que ressentir une sincère empathie.

Mais l’auteur ne néglige pas pour autant ses autres personnages, tous bénéficient d’une attention particulière et sont traités avec beaucoup de soin. Certains vous apparaîtront sympathiques (je pense notamment à Marion, la collègue d’Anthony), d’autres plus mitigés (le personnage le plus complexe étant sans nul doute Louisa, la mère d’Anthony) et enfin il y aura ceux que vous ne pourrez que détester (à ce titre alpha occupe sans partage la plus haute marche du podium).

Pour un premier roman, Antoine Renand réussit un véritable coup de maître avec un thriller qui n’hésite pas à bousculer les règles du genre et qui, tout en assumant un côté résolument noir, brille l’humanité qui s’en dégage. Un thriller psychologique qui flirte avec l’excellence.

La Bête Noire ouvre le bal de l’année 2019 avec un titre parfaitement maîtrisé qui n’a pas à rougir face aux ténors du genre.

MON VERDICT
Coup de poing

– Edit du 12 février 2019 –

Merci aux éditions Robert Laffont et à la plate-forme Net Galley qui viennent de répondre favorablement à ma demande.

[BOUQUINS] Lou Berney – November Road

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L. Berney - November Road
Titre : November Road
Auteur : Lou Berney
Éditeur : Harper Collins
Parution : 2019
Origine : USA (2018)
384 pages

De quoi ça cause ?

22 novembre 1963, John F. Kennedy, le président des États-Unis, est abattu à Dallas.

Frank Guidry, fidèle lieutenant d’un caïd de la pègre de la Nouvelle-Orléans, sait que la version officielle est un leurre. Peut-être même en sait-il un peu trop, au risque de devenir gênant pour son patron. Dans le doute, Frank préfère prendre les devants et fuir.

Charlotte Roy est elle aussi en cavale. Accompagnée de ses deux filles elle a décidé de tout plaquer pour échapper à une vie toute tracée dans laquelle elle ne se reconnaît pas et à laquelle elle ne souhaite pas condamner ses filles.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Par curiosité, le ptich m’a plu alors pourquoi ne pas m’offrir une petite escapade dans les sixties ?

Harper Collins et Net Galley ayant répondu favorablement à ma demande, j’ai pu découvrir ce roman en avant-première (sortie le 6 février).

Ma Chronique

Je remercie les éditions Harper Collins et Net Galley d’avoir accepté de donner suite à ma sollicitation.

Avant d’attaquer ce roman, je n’avais jamais entendu parler de Lou Berney, il faut dire que November Road, son cinquième roman (le dernier en date), est le premier titre traduit en français. Outre Atlantique, l’auteur est considéré comme l’une des étoiles montantes de la littérature policière.

L’assassinat de JFK est très certainement considéré par beaucoup d’Américains comme l’une des pires tragédies de l’histoire contemporaine des USA (avec les attentats du 11 septembre 2001). Pour donner corps à son roman, l’auteur s’écarte de la thèse officielle et impute clairement l’assassinat au crime organisé. Toutefois November Road n’est pas un énième roman consacré à l’assassinat de JFK, disons que c’est juste l’élément déclencheur de l’intrigue…

Le bouquin s’articule autour de trois personnages principaux.

D’abord il y a Frank Guidry, qui en l’espace de quelques jours va passer de chouchou du parrain local à homme à abattre. Quand on fait connaissance du bonhomme, il n’inspire pas vraiment confiance ; un égoïste ambitieux prêt à vendre père et mère pour rester dans les petits papiers de son boss et préserver sa position. Rapidement on finira malgré tout (et presque malgré soi) par s’attacher au personnage.

Puis il y a Charlotte Roy, une jeune femme qui décide, du jour ou lendemain, de tout plaquer dans l’espoir d’un avenir plus radieux pour elle même et pour ses filles. Une nana qui s’avérera bien plus forte qu’elle n’en donne l’impression.

Notre troisième larron est Paul Barone, le bras armé de Carlos (le big boss de la pègre de la Nouvelle-Orléans) ; un tueur implacable lancé sur la piste de Frank Guidry.

L’ami Frank entend bien se servir de Charlotte et ses filles afin de brouiller les pistes dans l’espoir de se débarrasser de Barone. Sauf que rien ne se passera comme prévu, pour le meilleur et pour le pire… Au fil des chapitres on alterne entre les points de vue de nos trois gugusses.

Lou Berney apporte un soin tout particulier à ses trois héros, sans pour autant négliger les autres personnages de son récit ; c’est incontestablement une des grandes forces de ce roman.

Avec eux on embarque pour un road trip entre la Nouvelle-Orléans et Las Vegas. Un voyage qui sera ponctué de nombreuses étapes et de quelques détours malgré l’urgence de la situation…

A l’heure où la plupart des polars et thrillers sont construits autour d’un rythme effréné, Lou Berney prend le temps de flâner le long des chemins de traverse plutôt que de foncer comme un dératé. Et le pire (façon de parler) c’est que sa recette fonctionne à merveille, son bouquin est à tout point captivant, non seulement on ne s’ennuie pas une minute alors que les chapitres défilent, mais en plus on ne lâche le roman qu’à regret.

C’est à la Nouvelle-Orléans que le jazz est né, et donc forcément ce genre musical tient une place à part dans le cœur des personnages. Ainsi Frank est un grand fan d’Art Pepper, quant à Barone, il est littéralement obsédé par le morceau ‘Round Midnight et ses multiples interprétations.

Quant à Charlotte, elle serait plutôt attirée par un petit jeune à la voix nasillarde qui essaye de s’imposer avec le titre Don’t Think Twice, It’s Alright (vous aurez, j’en suis sûr, reconnu Bob Dylan).

C’est la curiosité qui m’a poussé à ouvrir ce bouquin, je le referme totalement convaincu. J’espère que Harper Collins n’entend pas s’arrêter en si bon chemin avec cet auteur et qu’ils nous donneront l’occasion de découvrir ses précédents romans.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Gabriel Tallent – My Absolute Darling

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G. Tallent - My Absolute Darling
Titre : My Absolute Darling
Auteur : Gabriel Tallent
Éditeur : Gallmeister
Parution : 2018
Origine : USA (2017)
453 pages

De quoi ça cause ?

Julia – Turtle – Alveston, 14 ans, vit seule avec son père Martin. Un père abusif qui ne sait ni l’aimer ni l’élever, comme devrait l’être une adolescente. Mais Turtle n’a connu que cette vie, et surtout elle n’a que lui à qui se rattacher…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Encore un oublié de la rentrée littéraire 2018… Ce bouquin semble tellement déchaîner les passions qu’il fallait bien que je me fasse ma propre idée sur la chose.

Ma Chronique

À en croire tout le battage autour de ce bouquin, il a été LE roman de l’année 2018, celui qu’il fallait avoir lu pour ne pas mourir idiot (j’exagère à peine). Je ne l’ai pas lu, je n’en suis pas mort (je ne me prononcerai pas sur mon niveau potentiel ou avéré d’idiotie) et pourtant j’ai voulu le faire maintes et maintes fois… avant de choisir un autre bouquin.

Forcément tout ce foin autour d’un bouquin ça intrigue, d’autant que globalement les retours de lecture sont très positifs ; alors voilà, à mon tour je me lance… et je partage mon ressenti.

Pour être tout à fait franc cette chronique a bien failli ne jamais voir le jour, en effet, en parcourant les premiers chapitres le bouquin me tombait presque des mains tant le style était lourd et indigeste ; même en se mettant (difficilement) dans la peau d’une gamine de 14 ans socialement inadaptée… J’ai résisté à l’envie d’envoyer valdinguer le truc (je tiens trop à ma liseuse) et j’ai persévéré… et j’ai eu foutrement raison !

Je ne saurai dire si le style évolue au fil des pages ou si on finit par l’accepter et le trouver raccord au récit, le fait est que finalement la sauce prend et par la même occase nous en fout plein la gueule. Pour être tout à fait franc, le bouquin finit même par devenir totalement addictif.

Un bouquin noir de chez noir qui aborde des thèmes difficiles (pour ne pas dire tabou rapport à la relation incestueuse entre le père et sa fille) et qui place au centre de son intrigue un personnage pour le moins atypique.

Face à l’attitude de Turtle, qui ne semble porter qu’un regard méprisant, voire indifférent, sur les autres, et surtout trouve toujours des excuses à son père, on serait tenté de se détourner d’elle et de fermer la porte à toute forme d’empathie ; « Puisque c’est ce que tu veux, bouffe ta merde et démerde-toi ». Mais l’auteur sait y faire pour que cette gamine nous soit malgré tout sympathique, et surtout il ne faut pas perdre de vue qu’elle n’a que 14 ans et se trouve confrontée à des situations extrêmes.

Il faut bien reconnaître que son père, Martin, est un sinistre con chez qui il n’y a strictement rien à récupérer, tout est à jeter et à brûler. Non qu’il soit un crétin congénital ou simplement un idiot, loin s’en faut, il serait même plutôt intelligent et cultivé. Sauf qu’il est incapable d’utiliser son savoir à bon escient, il use de sa culture pour inculquer à sa fille des préceptes déformés par sa propre vision des choses. Alors qu’un père devrait tirer son enfant vers le haut, Martin Alveston, prend un malin plaisir à rabaisser encore et encore sa fille. Et je ne vous parle pas des outrages divers et variés qu’il lui fait subir.

Le récit est dur, parfois à la limite du supportable, mais dans son écriture Gabriel Tallent ne fait preuve d’aucune complaisance envers cette noirceur qu’il distille, rien n’est gratuit, rien n’est laissé au hasard ; chaque mot, chaque phrase, est mis au service de son intrigue et de ses personnages.

On a envie que Turtle se sorte de cet enfer, à chaque fois qu’elle baisse les bras ou pardonne à son père on a envie de lui venir en aide et de lui ouvrir les yeux (voire parfois de lui gueuler dessus). Ce n’est pas le lecteur qui fournira à Turtle l’électrochoc dont elle avait besoin, mais plutôt une succession d’événements, dont la rencontre avec deux ados un peu barrés mais fort sympathiques, qui lui ouvrira les yeux et lui laissera entrevoir la possibilité d’un ailleurs et surtout d’un autrement…

Au risque de me laisser aller à la facilité et surtout de reprendre une phrase tant de fois répétée qu’elle en devient éculée, je ne peux que rejoindre les rangs des lecteurs convaincus et affirmer que Gabriel Tallent a bel et bien un incroyable talent. Pour un premier roman, l’auteur a choisi de s’engager directement sur la piste noire, un pari osé, mais remporté haut la main.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Jonathan Theroude – Terminus

AU MENU DU JOUR

J. Theroude - Terminus
Titre : Terminus
Auteur : Jonathan Theroude
Éditeur : Éditions Nouvelle Bibliothèque
Parution : 2018
Origine : France
221 pages

De quoi ça cause ?

Vincent Kaplan avait tout pour être heureux… puis il a tout foutu en l’air, bêtement.

Une erreur et ses conséquences qu’il a voulu noyer dans l’alcool, encore et encore… Mais aujourd’hui, après quinze années d’errance, il est déterminé à se reprendre en main…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Au risque de vous paraître bizarre, je dirai que je n’en sais rien… J’ai choisi ce bouquin à l’instinct, sans vraiment savoir de quoi il parlait.

La couv’ m’a tapé dans l’œil (aïe, ça fait mal) avec son gars qui pénètre dans un tunnel dont on ne voit pas l’issue. Faut il y voir une métaphore avec la mort et sa fameuse lumière blanche si l’on en croit les témoignages post EMI (Expériences de Mort Imminente) ?

Ma Chronique

Je remercie les éditions Nouvelle Bibliothèque et Net Galley qui ont donné une suite favorable à ma demande.

Le bouquin reçu étant au format PDF j’ai d’abord été tenté de ne pas le lire. Finalement j’ai remonté mes manches, pris mon courage à deux mains et… créé une version epub maison. Du coup plus rien ne s’opposait à ce que je lise ce bouquin sollicité sur un coup de tête.

Un bouquin classé dans la catégorie thriller, mais je serai plutôt tenté de dire que c’est un roman noir qui décrit le parcours tristement ordinaire d’un homme tout aussi ordinaire. Un gars qui avait tout pour être heureux (vu de l’extérieur en tout cas), qui fout tout en l’air sur une connerie (une erreur certes banale, mais ça n’en reste pas moins une grosse connerie) et pense trouver refuge dans l’alcool ; la spirale infernale de l’alcoolisme fera le reste (sur ce point il n’a pas encore complètement touché le fond, il a encore un job et un appart).

Sans forcément éprouver une quelconque empathie pour le personnage de Vincent Kaplan (qui reste un concentré d’égocentrisme pendant la quasi-totalité du roman), je n’ai pas pour autant eu envie de le clouer au pilori. Comme dirait l’autre (le punaisé sur sa croix) : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! ».

Les chapitres alternent entre le présent (Vincent Kaplan trouve une planche de salut au sein d’une cellule des Alcooliques Anonymes) et les flashbacks qui nous font revivre son ascension et sa dégringolade. Il est alors facile de se dire « bien fait pour sa gueule » (nul besoin de sortir de Normale Sup’ pour deviner la nature de son erreur), pour ma part j’ai préféré m’attacher à ses efforts pour s’en sortir.

Mon terme « parcours ordinaire » ne s’adresse heureusement pas à tout le monde, je cible plutôt ceux et celles (mesdames vous n’êtes pas à l’abri d’une connerie) qui ratent le coche à un instant T et espèrent que l’alcool leur fera oublier leur erreur et ses conséquences. Il n’en reste pas moins que les derniers chapitres vont brutalement extraire Vincent Kaplan de cette « normalité ». Je ne saurai dire exactement pourquoi et comment, mais j’ai senti venir ce choc final (sans doute au nom de la fameuse Loi de l’Emmerdement Maximum qui affirme que tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal).

Soit dit en passant j’ai trouvé le personnage de Marie, la fille de Vincent, pas forcément très bien lotie dans son traitement. La nana est tout de même un tantinet parano au niveau de sa relation à autrui, et pas franchement futée (quelle idée de s’endormir lors d’un trajet si tu ne descends pas au terminus). J’dis ça, j’dis rien…

Un coup de tête qui se solde par une agréable surprise, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce bouquin ; la preuve, je l’ai dévoré quasiment d’une traite.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Adeline Dieudonné – La Vraie Vie

AU MENU DU JOUR

A. Dieudonné - La vraie vie
Titre : La Vraie Vie
Auteur : Adeline Dieudonné
Éditeur : L’Iconoclaste
Parution : 2018
Origine : Belgique
265 pages

De quoi ça cause ?

Une adolescente (la narratrice) et son petit frère, Gilles, vivent une vie insouciante entre une mère qui semble avoir renoncé à tout et un père colérique et violent.

La vie des enfants va basculer suite à un tragique accident. Profondément marqué, Gilles se renferme sur lui même, renonçant ainsi à l’innocence et l’insouciance de l’enfance. Sa sœur va remuer ciel et terre pour sortir son petit frère des ténèbres dans lesquels il semble s’enfoncer chaque jour davantage…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce qu’il fait partie de ces titres injustement oubliés de la rentrée littéraire 2018 que je m’étais promis de lire… Dans les semaines à venir, il va y en avoir d’autres dans la même situation.

Ma Chronique

Au départ c’est la couv’ qui m’a attiré, non qu’elle soit particulièrement belle (ni particulièrement moche) ; elle m’a intrigué plus qu’autre chose. Il ne faut pas grand-chose pour déclencher l’envie d’ouvrir un bouquin…

Mais un visuel alléchant ne fait tout… Malgré les réactions quasi unanimement enthousiastes sur le web (Babelio et blog litt’), j’ai maintes fois remisé ce bouquin dans mon Stock à Lire Numérique avant d’en choisir un autre. Pourquoi donc me demanderez-vous (à moins que vous ne vous foutiez comme de l’an mil de ce que je vous raconte) ? Disons que le pitch ne m’attirait pas outre mesure et que j’ai tendance à me méfier des trucs qui font l’unanimité (en bien comme en mal) ; grosso modo je craignais un bouquin très bien écrit, mais dans lequel il ne se passe pas grand-chose…

Monumentale erreur comme dirait l’autre ; je vous parle d’un temps, que les moins de 20 ans, ne peuvent pas connaître… cherchez pas, Aznavour n’a jamais chanté Monumentale erreur ! C’est la réplique favorite de Jack Slater, incarné par Arnold Schwarzenegger, dans le film Last Action Hero (John McTiernan – 1993).

Mais revenons à nos moutonsse (référence cette fois à la pièce Topaze de Marcel Pagnol) et cessons sur le champ ces futiles digressions…

Les premières pages nous décrivent en effet le quotidien des enfants, une vie d’enfants dans un monde d’enfants, une vie normale quoi (pas facile à instaurer quand on doit subir des parents tels que les leurs). Et v’là t’y pas qu’un jour comme un autre, le frère et la sœur sont témoins d’un accident bête, tragique, explosif, sanglant… Réfléchissez bien la prochaine que vous commanderez une glace, un geste innocent et banal peut être lourd de conséquences ! J’dis ça, j’dis rien ; mais quand même…

Le pivot du roman est cette famille pas vraiment comme les autres (heureusement), deux enfants quasiment livrés à eux-mêmes ; entre une mère qui vit et subit dans son monde à elle sans jamais protester (une amibe comme se plait à la décrire la jeune narratrice), et un père froid, autoritaire, colérique et violent (et accessoirement chasseur/tueur et collectionneur de trophées de chasse).

Ah ce père… Comme j’ai adoré le détester, de la première à la dernière page du roman, ça a été littéralement viscéral, à chacune de ses apparitions j’ai eu des envies de meurtre ! Et de préférence avec une mise à mort lente et douloureuse ! Une pourriture abjecte et amorale, un pur concentré de jus de merde, avec la pulpe !

Pas vraiment de haine contre la mère, plutôt une colère sourde à l’encontre de ses renonciations et de sa résignation ; une méchante envie de la secouer et de lui gueuler de se sortir les doigts du cul !

J’avoue sans honte que parfois j’ai aussi eu envie de botter le cul du frangin. J’y peux rien, mais quand on touche aux animaux mes instincts les plus primaires remontent à la surface ; présentement le coup de pied au cul serait plutôt une entrée à la matière, juste avant de lui raclée qu’il ne sera pas prêt d’oublier.

Et puis il y a la fille ; qui ne s’appelle pas Frida, n’en déplaise à Jacques Brel… d’ailleurs on ne sait pas comment elle s’appelle et on s’en fout. Une gamine obligée de grandir trop vite pour survivre dans cette famille, une gamine qui ne renoncera jamais à sauver son frère. Une véritable force de la nature et un rayon de soleil au milieu des ténèbres et du désespoir. Et il lui en faudra de la volonté et de la force pour surmonter les nombreux obstacles qui se dresseront sur son chemin.

Bin oui, on en prend plein la gueule avec ce bouquin ! La faute à une narration parfaitement maîtrisée qui saura vibrer les bonnes cordes émotionnelles chez le lecteur et le prendra même parfois aux tripes. Je ne m’attendais pas à un tel tourbillon d’émotions, quelle claque !

Pour un premier roman, on ne peut que s’incliner devant le talent d’Adeline Dieudonné. Impossible de rester indifférent face à ce bouquin, impossible de ne pas craquer pour cette jeune narratrice ! Décidément cette jeune auteure belge vous laissera sur le cul, un sourire béat aux lèvres (oui je sais, on a l’air con dans cette position… mais c’est pour la bonne cause).

De là à qualifier cette lecture d’indispensable il n’y a qu’un pas… et je serai tenté de le faire. Vous avez des doutes ? Lisez-le et on en reparlera.

MON VERDICT
Coup double

[BOUQUINS] Alexandria Marzano-Lesnevich – L’Empreinte

AU MENU DU JOUR

A. Marzano-Lesnevich - L'Empreinte
Titre : L’Empreinte
Auteur : Alexandria Marzano-Lesnevich
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : USA (2017)
480 pages

De quoi ça cause ?

En 2003 Alexandria Marzano est une étudiante en droit farouchement opposée à la peine de mort. Lors d’un stage en Louisiane, elle découvre le dossier Langley, une affaire qui va profondément l’ébranler et la faire douter de ses propres convictions.

En 1992, Ricky Langley, 26 ans, tue Jeremy Guillory, un enfant de six ans venu jouer avec ses petits voisins. Déjà condamné pour des affaires de pédophilie, Langley sera condamné à mort. En 2003, son procès sera révisé.

Pour Alexandria cette affaire a une résonance bien particulière, elle fait remonter à la surface ses propres souvenirs d’enfance, ces années durant lesquelles son grand-père a abusé d’elle et de sa sœur cadette…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine. Et même si ce titre s’écarte de leur ligne éditoriale habituelle, il m’intriguait et titillait ma curiosité.

Sonatine et Net Galley ayant donné une suite favorable à ma demande, je profite de l’occasion pour découvrir ce titre en avant-première (parution le 24 janvier).

Ma Chronique

Avant toute chose je tiens à remercier chaleureusement les éditions Sonatine et la plate-forme Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si ce titre m’intriguait tout particulièrement c’est parce qu’il est un cocktail étonnant entre la reconstitution façon True Crime (l’affaire Langley demeure le thème central du récit) et des éléments autobiographiques (principalement les abuse subis par l’auteure et leurs conséquences). Afin de combler les blancs laissés par les diverses (et nombreuses) sources consultées, Alexandria Marzano-Lesnevich a dû faire jouer son imagination afin de consolider son récit.

Ce bouquin est le fruit de dix années de labeur et plus de 30 000 pages (plus les innombrables photos et vidéos) relatives à l’affaire Langley consultées. Un bouquin qui a bien failli ne jamais voir le jour, au vu de la réaction de l’auteure quand elle a pris connaissance de l’affaire Langley :

Je suis venue ici pour aider à sauver l’homme à l’écran. Je suis venue pour contribuer à sauver des hommes tels que lui. Je suis venue parce que mes idéaux et mon identité existent indépendamment de ce qui s’est produit dans le passé. Il le faut. Sinon, que me réserve la vie ?
Mais je regarde l’homme à l’écran, je sens les mains de mon grand-père sur moi, et je sais. Malgré la formation que j’ai suivie, malgré le but que je poursuivais en venant travailler ici, malgré mes convictions.
Je veux que Ricky meure.

On sent à la lecture du bouquin, et tout particulièrement quand Alexandria Marzano-Lesnevich évoque son propre parcours, qu’elle a dû effectuer un énorme travail sur elle-même pour exprimer tout ce qu’elle avait sur le cœur et la conscience. À ce titre l’exercice apparaît comme une forme d’exutoire (voire d’exorcisme) face à ce passé qui l’empoisonne par ses non-dits accumulés.

En lisant tout ce qui a trait à l’affaire Langley, on ne peut que s’incliner devant le formidable travail de documentation et de synthèse réalisé par l’auteure. On en viendrait presque à oublier que l’on est cœur d’une affaire aussi sordide que réelle, tant on a l’impression d’être plongé dans un très bon polar.

Alexandria Marzano-Lesnevich s’efforce de retranscrire les faits bruts (et ce n’est pas évident au vu des nombreuses déclarations contradictoires de Ricky Langley), évitant toute interprétation personnelle et surtout ne prenant pas parti. De même elle évite toute impression de voyeurisme malsain, ne s’attardant pas inutilement sur les détails les plus glauques de l’affaire.

En refermant ce bouquin, j’en viendrai presque à ressentir un plaisir coupable à avoir trouvé cette lecture captivante (même si par moments ce fut oppressant) de bout en bout.

Reconnu coupable de meurtre au premier degré (avec préméditation), Ricky Langley sera condamné à mort. Un second procès commuera sa peine en prison à perpétuité, le meurtre au second degré (sans préméditation) étant retenu comme chef d’accusation. En 2018, un cinquième jugement remet en question l’intention même de donner la mort… Un verdict qui pourrait valoir à Ricky Langley de sortir de prison après 26 années de détention. Le verdict final devrait être connu dans les prochaines semaines.

Je sais que bon nombre de bien-pensants doivent se dire que justice a été rendue, que Langley a payé sa dette à la société et autres conneries du genre… Pour ma part j’espère bien qu’il crèvera en prison sans jamais avoir revu la lumière du jour. À 52 ans il peut encore nuire aux enfants qui auraient le malheur de croiser sa route. Cette opinion n’engage que moi, mais je l’assume totalement.

MON VERDICT