[BOUQUINS] Ludovic Lancien – Les Oubliés De Dieu

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L. Lancien - Les oubliés de Dieu

Titre : Les Oubliés De Dieu
Auteur : Ludovic Lancien
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : France
494 pages

De quoi ça cause ?

Un médecin généraliste est retrouvé mort à son cabinet ; le(s) meurtrier(s) se sont acharnés sur leur victime pour le massacrer et le mutiler.

Rapidement les policiers chargés de l’enquête découvrent que sous une respectabilité de façade, la victime cachait de sombres secrets. Des secrets qui pourraient bien les mener sur la piste du (ou des) coupable(s)… une piste jalonnée de cadavres.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Le pitch me semblait prometteur. Et ça faisait déjà un moment que l’envie de découvrir cet auteur me titillait.

J’ai laissé passer le coche avec son premier roman, Le Singe D’Harlow, qui a rapidement rejoint mon Stock à Lire Numérique… avant de s’y perdre, noyé dans la masse. Après m’être assuré auprès de Ludovic Lancien que ce roman pouvait être lu indépendamment du précédent, je me suis lancé.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

À l’origine c’est Ludovic Lancien qui m’a contacté via Facebook afin de me proposer de découvrir son roman. Offre que j’ai accepté, après m’être assuré qu’il pouvait être lu indépendamment de son précédent (et premier) roman. La maison d’édition devait me faire parvenir le fichier epub mais ça a cafouillé quelque part… C’est pourquoi j’ai proposé à l’auteur de faire une demande en bonne et due forme via Net Galley.

Comme souvent dans un thriller, le roman s’ouvre sur une scène de crime (passé un prologue pour le moins énigmatique… qui prendra tout son sens bien plus tard), une scène crime qui plonge directement le lecteur dans le grand bain ! La victime, un médecin généraliste sans histoire, a été littéralement déchiquetée par son ou ses assassins. Qu’est-ce qui bien justifier un tel acharnement ? Une telle haine ?

C’est une des nombreuses questions qui se poseront à l’équipe chargée de l’enquête, et tout particulièrement au capitaine Gabriel Darui. Et si je vous disais qu’une partie de la réponse réside dans la tératologie. Ça vous fait de belles jambes ? J’avoue que moi aussi j’ai découvert ce terme à la lecture du roman.

Étymologiquement parlant la tératologie est l’étude des monstres (du grec ancien tératos, signifiant monstres). La définition du Larousse apporte un éclairage plus scientifique au terme : « Science qui traite des anomalies et des malformations liées à une perturbation du développement embryonnaire ou fœtal. »

Entre de mauvaises mains, ce genre de centre d’intérêt peut aboutir aux pires dérives (je pense notamment aux idées nauséabondes du régime nazi). Notre brave Docteur Mievel, la victime, n’est certes pas un adepte du Dr Mengele, mais ses intentions ne sont pas pour autant louables. L’apparente respectabilité du toubib commence à se fissurer… et ce n’est que le début !

Le titre du roman est une référence directe à la tératologie, les « oubliés » en question désignant ces fameux « monstres ». Comme vous pourrez le constater à la lecture du bouquin, la tératologie n’est pas que prétexte aux plus sombres dérives de l’âme humaine ; elle peut aussi donner lieu à des initiatives pleines d’humanité et d’empathie.

Ludovic Lancien nous offre une intrigue aussi intelligente que captivante, le lecteur est tenu en haleine quasiment non-stop au vu des nombreux rebondissements et retournements de situation.

L’autre force du roman réside dans ses personnages. À commencer par Gabriel, en plus d’être confronté à une enquête particulièrement éprouvante, il doit faire face à une situation personnelle douloureuse. Pauline, son épouse, est en phase terminale d’un cancer qu’elle affronte la tête haute, malgré la douleur qui l’accable, Gabriel n’a pas le droit de flancher.

Le reste de l’équipe est composé d’Éric ‘Le Bélier’ Blasco, chef de groupe bourru, mais au grand cœur, Noémie Egawa, lieutenant au tempérament sanguin et Jérémy Perrin, jeune lieutenant qui vient d’intégrer le Bastion.

Les autres personnages du roman ne sont pas pour autant laissés pour compte, c’est volontairement que je fais l’impasse sur eux afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Avec ce thriller fortement teinté de noir (pour l’ambiance générale) et de rouge (pour l’hémoglobine), Ludovic Lancien signe quasiment un sans-faute. J’ai été bluffé de bout en bout.

Si le roman peut effectivement être lu et apprécié indépendamment du Singe D’Harlow, il m’a en tout cas donné envie de découvrir ce premier roman. Ne serait-ce que pour en apprendre plus sur ce mystérieux Lucas, le prédécesseur du Bélier.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Eoin Colfer – Le Dernier Dragon Sur Terre

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E. Colfer - Le dernier dragon sur terre

Titre : Le Dernier Dragon Sur Terre
Auteur : Eoin Colfer
Éditeur : Pygmalion
Parution : 2020
Origine : Grande-Bretagne
400 pages

De quoi ça cause ?

Quand Everett ‘Squib’ Moreau, un jeune débrouillard, un peu fainéant et roublard, qui connaît les marais comme sa poche, est le témoin d’une scène à laquelle il n’aurait jamais dû assister, il sait que sa survie ne tient qu’à un fil… et à sa fuite !

Sauf que ladite fuite le mène tout droit à la planque de Vern, un ancien seigneur dragon qui vit aujourd’hui planqué au fin fond des marais.

Pour Vern il ne fait aucun doute que ce visiteur imprévu doit être éliminé… à moins que le dragon et l’adolescent ne scellent un accord gagnant-gagnant.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Une envie de fantasy qui sorte de l’ordinaire.

Ma Chronique

Eoin Colfer est surtout connu en tant qu’auteur de littérature jeunesse, notamment avec sa saga Artemis Fowl, mais il est plutôt du genre touche-à-tout. Il a ainsi signé l’ultime volet de la série du Guide Du Voyageur Galactique (les cinq précédents volumes ayant été écrits par Douglas Adams), et deux romans policiers publiés dans la collection Série Noire de Gallimard. Le Dernier Dragon Sur Terre est sa première incursion en fantasy adulte.

De son propre aveu, l’auteur aime prendre un genre littéraire et le tordre en revisitant ses règles ; et c’est exactement ce qu’il fait avec le présent roman. S’il y a bien un dragon au cœur de l’intrigue, celui-ci ne ressemble en rien à ceux que l’on a l’habitude dans le monde de la fantasy. D’autre part son intrigue se déroule en Louisiane de nos jours.

Ce curieux mélange donne au final en roman qui tire plus vers le thriller que vers la fantasy pure et dure. Un thriller au second degré improbable totalement assumé.

Hormis la présence du dragon et d’une autre créature fantastique, l’intrigue demeure relativement classique. Le ton léger et les nombreuses touches d’humour viennent contrebalancer une ambiance qui aurait rapidement pu virer au noir tendance glauque.

Une lecture agréable, mais qui ne restera pas dans les annales du genre (ou plutôt devrai-je dire, des genres). C’est bien écrit, c’est léger, c’est décalé, ça ne manquera pas de vous faire sourire, mais ça reste très superficiel.

L’aspect atypique de Vern nous rend le dragon sympathique même s’il a parfois un foutu caractère et n’est pas un modèle de sociabilité (c’est marrant j’ai l’impression de parler de moi). Dans la même veine, mais pour d’autres raisons, on s’attache facilement au personnage de Squib.

C’est Regence Hooke, représentant de la loi corrompu, pourri jusqu’à la moelle, vicieux et magouilleur qui incarne le méchant de l’histoire. Et méchant il l’est incontestablement, surtout avec ceux qui auraient la mauvaise idée de venir piétiner ses plates-bandes ou contrecarrer ses ambitions. Sauf qu’en l’occurrence le trait est tellement poussé à l’extrême qu’il en deviendrait presque risible.

Étrangement ces bémols ne gâchent pas le plaisir, sans doute parce qu’on sent à la lecture qu’ils sont voulus et assumés par Eoin Colfer.

Une lecture sympathique pour commencer cette nouvelle année avec un peu de légèreté.

Le Dernier Dragon Sur Terre (Highfire en VO) va être prochainement adapté au format série animée pour la chaine Amazon Prime, c’est Nicolas ‘Moumoute’ Cage qui prêtera sa voix à Vern.

MON VERDICT

Bilan livresque 2020

Bilan livresque

2020 s’achève avec 91 livres lus, c’est mieux que ces deux dernières années (86 ivres lus en 2019 et 79 en 2018) mais je n’ai toujours pas franchi le cap des 100 bouquins lus.

Il n’en reste pas moins que le bilan est plus que positif avec 6 coups doubles attribués, 8 coups de cœur et 9 coups de poing.

Mes notes se répartissent comme suit :

    • 15 livres ont obtenu 5 Jack
    • 24 livres, 4.5 Jack
    • 33 livres, 4 Jack
    • 12 livres, 3.5 Jack
    • 5 livres, 3 Jack
    • 1 livre, 2.5 Jack
    • 1 livre, 2 Jack

Soit une honorable moyenne de 4,1 sur 5.

Janvier
7 livres lus
Que Tombe Le Silence de Christophe Guillaumot

Février
8 livres lus
L’Institut de Stephen King

Mars
10 livres lus
Dracula de Bram Stoker et Georges Bess

Avril
6 livres lus
Ce Lien Entre Nous de David Joy

Mai
7 livres lus
L’Homme De La Plaine Du Nord de Sonja Delzongle

Juin
8 livres lus
Il Était Deux Fois de Franck Thilliez

Juillet
7 Livres lus
Holiday de T.M. Logan

Août
8 livres lus
L’Ami Imaginaire de Stephen Chbosky

Septembre
8 livres lus
La Peine Du Bourreau d’Estelle Tharreau

Octobre
6 livres lus
Les Monstres de Maud Mayeras

Novembre
6 livres lus
Némésis de Xavier Massé

Décembre
10 livres lus
La Mort D’Une Sirène de Rydahl & Kazinski

And THE ONE 2020 is…

M. Mayeras - Les Monstres

[BOUQUINS] Nicolas Beuglet – Ça N’Arrivera Pas

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N. Beuglet - Ca n'arrivera pas
Titre : Ça N’Arrivera Pas
Auteur : Nicolas Beuglet
Éditeur : XO
Parution : 2020
Origine : France
28 pages

De quoi ça cause ?

Et si on se projetait en 2022 ? Qu’en sera-t-il de la pandémie, du vaccin, des restrictions de liberté ? Dans cette fiction, Nicolas Beuglet déroule le scénario qu’il redoute.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Par curiosité, pour voir à quoi pourrait ressembler le monde de demain si l’on doit continuer de vivre avec cette saloperie de Covid-19.

Ma Chronique

Je remercie les éditions XO et Net Galley pour la mise à disposition, en accès libre, de cette nouvelle de Nicolas Beuglet.

Cette nouvelle est disponible gratuitement sur le site de l’éditeur (format PDF) et toutes les plateformes de vente en ligne (format epub).

Clairement Nicolas Beuglet opte pour une vision dystopique de l’avenir sous la menace du Covid-19… sauf qu’en l’occurrence ce n’est pas le virus qui semble le plus menaçant dans cette affaire.

Jean Cassini et sa fille, Maïa, font partie de cette minorité qui a refusé de se faire vacciner, ils ont de fait été marginalisés suite à une série de mesures prises « par précaution ». Jean n’est pas anti-vaccin, c’est le principe de cette vaccination quasi obligatoire qu’il entend  contester en ne s’y pliant pas.

Le monde de demain tel que décrit par Nicolas Beuglet est réellement glaçant tant il apparaît comme liberticide, mais je crois que le pire est surtout de savoir que certaines mesures décrites sont déjà plus ou moins en vigueur (pas forcément en France… pour le moment).  De fait le pire du pire (pas très français ce truc, mais je ne trouve pas de superlatif qui sonne juste) est justement de ne pas pouvoir se dire avec certitude que ça n’arrivera pas ! À l’heure où l’idée d’un passeport sanitaire est évoquée (du bout des lèvres) par certains, on est en droit de se poser des questions.

Et si cette première campagne de vaccination ne portait pas les fruits attendus (espérés ?) ; quelle sera la suite pour venir à bout de cette pandémie ? En ce sens le texte de Nicolas Beuglet pourrait quasiment être considéré comme d’intérêt public, le but avoué étant d’éveiller les consciences avant qu’il ne soit trop tard.

Et ben moi je pense au contraire qu’on a fait une grosse connerie de ne pas se réveiller avant. Il y avait forcément une autre façon de faire sans renoncer à notre liberté. On nous a juste présenté les choses en nous disant que c’était ça ou rien et on n’a pas réfléchi. On nous a dit : « C’est obligatoire, c’est pour votre sécurité, c’est pour relancer l’économie », et on n’a vu que ça… Alors qu’aujourd’hui j’ai encore peur tout le temps et je n’ai même plus ma vraie liberté.

Il est rare que je consacre une chronique à une nouvelle isolée, pour celle-ci, cela m’a paru indispensable. Outre le fait de poser les bonnes questions, le texte est de très bonne qualité et l’histoire très bien ficelée.

Pour votre gouverne je ne suis ni complotiste paranoïde, ni antivax (la menace Covid étant – à ce jour – inexistante en Nouvelle-Calédonie, je ne vais pas non plus me ruer à la pharmacie pour me faire vacciner), cela ne m’empêche pas de me demander jusqu’où on peut aller pour le bien de tous.

J’aurai pu clore cette année 2020 sur une note un peu plus optimiste, disons que cette ultime chronique est à l’image de l’année écoulée. À l’année prochaine…

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Karine Giebel – Chambres Noires

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K. Giebel - Chambres noires
Titre : Chambres Noires
Auteur : Karine Giebel
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Quatre nouvelles inédites dont les héros, ou anti-héros, incarnent et dénoncent tour à tour les manquements de notre société. Quatre histoires pour lesquelles Karine Giebel emprunte les titres de grands films qui l’ont marquée.

Trois nouvelles déjà parues dans Treize à table ! (éditions 2017, 2018 et 2019) au profit des Restos du Cœur, plus une nouvelle écrite en plein confinement et publiée dans Des mots par la fenêtre au profit de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Karine Giebel, même si je ne suis pas forcément un grand fan du format nouvelle, je sais que l’auteure excelle dans le genre.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Visuellement la couv’ donne le ton en associant littérature et cinéma, un choix plus que judicieux compte tenu de la situation sanitaire et ses conséquences sur le monde de la culture (tout particulièrement le cinéma et les cinémas, lourdement impactés par les diverses mesures de distanciation sociale).

Les quatre premières nouvelles du présent recueil sont des inédits portant chacune le titre d’un film qui compte aux yeux de l’auteure ; soit dit en passant les titres choisis collent parfaitement au contenu de leur nouvelle.

C’est pour Karine Giebel l’occasion de confronter ses personnages aux dysfonctionnements de notre société, qu’il s’agisse du laxisme (avéré, présumé ou ressenti… telle est la question) de la justice,  des inégalités et injustices sociales qui frappent de plus en plus de monde ou encore la situation des personnes âgées en EHPAD avant et pendant la crise sanitaire liée au COVID-19.

Ces quatre nouvelles sont de loin les plus intéressantes et les plus intenses du présent recueil ; les plus longues aussi, à elles seules elles représentent pas loin de 75% du bouquin.

Voici mes notes (sur 5) pour ces quatre nouvelles :

Le Vieux Fusil (Robert Enrico – 1975) : 5
L’Armée Des Ombres (Jean-Pierre Melville – 1969) : 4
Un Monde Parfait (Clint Eastwood – 1993) : 4
Au Revoir Les Enfants (Louis Malle – 1987) : 5 (voire 6)

Les quatre nouvelles suivantes sont des rééditions parues précédemment dans des recueils caritatifs ; une dans le recueil Des Mots Par La Fenêtre au profit de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, les trois autres dans les éditions 2017, 2018 et 2019 du recueil 13 À Table ! au profit des Restos du Cœur.

Des nouvelles que je découvre n’ayant pas eu l’occasion de lire les recueils en question. Des textes courts, mais percutants.

Des nouvelles qui collent parfaitement à l’actualité du moment, la crise sanitaire ayant eu de lourdes conséquences économiques, les Restos du Cœur sont plus que jamais sollicités. Le rêve de Coluche, que son initiative solidaire ne dure qu’un ou deux ans avant un retour à une situation plus acceptable, apparaît malheureusement plus que jamais comme une utopie.

Mon verdict pour ces quatre nouvelles :

Sentence (Des Mots Par La Fenêtre – 2020) : 5
Dans Les Bras Des Etoiles (13 À Table ! – 2018) : 4
Les Hommes Du Soir (13 À Table ! – 2019) : 4
L’Escalier (13 À Table ! – 2017) : 4

Un recueil qui regroupe des nouvelles très différentes les unes des autres, mais l’on reconnaît sans mal la griffe de Karine Giebel, que l’approche soit événementielle ou sociétale, elle reste fortement teintée de noir. Une approche qui n’empêche pas l’auteure d’accorder une grande place à la dimension humaine de ses récits en mettant en avant les sentiments (bons ou mauvais) des uns et des autres ; sur ce dernier point, mention spéciale à la nouvelle Au Revoir Les Enfants qui ne devrait laisser personne indifférent tant elle sonne juste et vrai.

Avec ces huit nouvelles Karine Giebel confirme qu’elle maîtrise à la perfection les règles de cet exercice délicat, en quelques pages elle vise juste et fait passer son message droit au cœur et aux tripes. Indéniablement elle compte parmi les grands noms du genre, et pas seulement parmi les auteurs francophones, je n’hésite pas à la mettre quasiment au même niveau que Stephen King, un autre cador (sinon LE cador) en matière de nouvelle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Heine Bakkeid – Tu Me Manqueras Demain

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H. Bakkeid - Tu me manqueras demain
Titre : Tu Me Manqueras Demain
Auteur : Heine Bakkeid
Éditeur : Les Arènes
Parution : 2020
Origine : Norvège (2016)
461 pages

De quoi ça cause ?

Thorkild Aske était enquêteur à l’Inspection Générale de la Police. À sa sortie de prison, suite à un accident de la route ayant causé la mort de sa passagère, il souffre de nombreux soucis de santé, est rongé par la culpabilité, accro aux médocs et n’a guère de perspectives d’avenir.

Son psychiatre lui parle alors d’un jeune Danois qui a disparu dans le nord du pays et lui recommande de se rendre sur place afin d’enquêter, au nom des parents, sur cette disparition. D’abord réticent, Thorkild accepte dans l’espoir d’un premier pas vers une hypothétique rédemption…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis un grand fan du polar nordique. Dans le genre Jo Nesbo fait partie de mes auteurs préférés, du coup quand je vois l’accroche qui annonce « Après Jo Nesbo. Le nouveau maître du thriller norvégien »,  – tout en étant parfaitement conscient que c’est du baratin 100% marketing – ça n’en titille pas moins ma curiosité.

Ma Chronique

« Après Jo Nesbo. Le nouveau maître du thriller norvégien. » D’une façon générale, ce genre d’argument me laisse de marbre, d’autant que je trouve cette accroche un tantinet présomptueuse (pour rester poli). « Après Jo Nesbo. » Pourquoi après ? Jo Nesbo ne suce pas encore les pissenlits par la racine et n’a, à ma connaissance, pas renoncé à sa carrière d’écrivain… je suis convaincu qu’il a encore plus d’un atout dans sa manche pour surprendre et séduire ses lecteurs, avec ou sans Harry Hole (je ne vous cache pas que j’adorerai retrouver, encore et encore, Harry Hole).

Heine Bakkeid serait donc le « nouveau maître du thriller norvégien », pas facile de se prononcer pour le public français qui découvre ici son premier roman. Cependant il est vrai qu’en Norvège sa trilogie autour du personnage de Thorkild Aske a été très bien accueillie, aussi bien par le public que par la critique. C’est pourquoi j’ai décidé de me forger ma propre opinion sur cet auteur et son roman.

D’ores et déjà si vous vous attendez à un thriller qui mise tout sur l’action et un rythme effréné, je vous invite à passer votre tour ou à attendre d’être dans d’autres dispositions avant de vous lancer dans ce roman. Tu Me Manqueras Demain est un roman presque exclusivement porté par son héros, l’accent est mis sur le personnage de Thorkild Aske, ses pensées et sa psyché (et Dieu sait qu’il y a du boulot pour faire le tour de la question). C’est avant tout la dimension psychologique qui est mise en avant dans ce bouquin.

Thorkild Aske est l’antihéros par excellence. Ancien enquêteur à la police des polices (un service qui n’a pas toujours le bon rôle dans la littérature policière), on le découvre à sa sortie de prison, après avoir purgé une peine pour avoir causé la mort de sa passagère lors d’un accident de la route alors qu’il était sous l’emprise de psychotropes. Peine durant laquelle il tentera de se mettre fin à ses jours… sans succès (c’est pourquoi on appelle ça une tentative de suicide).

On découvre donc un type un peu paumé qui sort de taule avec de sérieuses séquelles physiques et psychologiques et une addiction aux médocs qu’il gobe comme des friandises. Inutile de vous dire qu’avec un CV pareil, ses perspectives d’avenir professionnel ne sont guère reluisantes. Sauf que son psy va lui proposer d’enquêter sur une disparition mystérieuse survenue au nord du pays.

Au fil des chapitres vous plongerez dans l’esprit tourmenté de Thorkild Aske, un esprit rongé par la culpabilité, les questions restées sans réponse, le doute… c’est justement ce qui confère à ce roman une ambiance unique ; une ambiance qui pèse sur le récit presque autant que son héros.

Du coup on se retrouve confronté à une enquête qui progresse au rythme imposé par la condition physique et psychologique de Thorkild… pas franchement de quoi vous donner de brusques poussées d’adrénaline, à part dans le dernier tiers du bouquin où les choses s’accélèrent.

Il est vrai que j’aurai aimé que l’enquête stricto sensu soit un tantinet plus développée (je tiens à préciser qu’à aucun moment l’intrigue ne donne l’impression d’être expédiée à la va-vite), cependant force est de reconnaître que j’ai dévoré le bouquin sans jamais ressentir le moindre ennui.

Je ne hisserai pas tout de suite Heine Bakkeid au niveau de Jo Nesbo mais je lui reconnais bien volontiers un fort potentiel narratif ; pour un premier roman il place même d’emblée la barre haut. Je retrouverai avec plaisir Thorkild Aske pour ses prochaines enquêtes.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Roz Nay – La Sentinelle

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R. Nay - La sentinelle
Titre : La Sentinelle
Auteur : Roz Nay
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Canada
313 pages

De quoi ça cause ?

Lorsque sa sœur Ruth s’invite chez elle, dans cette station du Colorado devenue son refuge et le point d’ancrage de sa nouvelle vie, Alex Van Ness comprend très vite que le monde qu’elle s’est construit à grand-peine est menacé.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le pitch, bien que d’apparence classique, a su titiller ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Il est des bouquins qui, malgré une quatrième de couv’ proposant un pitch plutôt classique, me font quand même envie. La Sentinelle fait partie de ceux-là.

La Sentinelle est le second roman de Roz Nay, mais pour moi ce sera une découverte (même si son premier roman, Notre Petit Secret, a rejoint mon Stock à Lire Numérique depuis un temps plus que certain).

De prime abord donc on serait tenté de croire que l’on a entre les mains un énième thriller psychologique, mais dans les faits le bouquin est bien plus complexe que cela. C’est avant tout l’histoire d’une famille – et tout particulièrement de deux sœurs – brisée par un dramatique accident qui sera le prélude à une inexorable érosion du tissu familial.

Les chapitres alternent donc entre les points de vue des deux sœurs, Ruth, l’aînée qui refait surface dans la vie de sa sœur après avoir disparu durant de longues années, et Alex, la cadette qui s’est construit une nouvelle vie en tirant définitivement un trait sur son passé.

Force est de reconnaître qu’au départ les apparences ne jouent pas franchement en faveur de Ruth ; on a clairement l’impression qu’elle est le mouton noir de la famille Van Ness et la cause de tous leurs déboires. Malgré tout, certains indices (notamment des remarques de Ruth) viennent planter les graines du doute dans l’esprit du lecteur.

Au fil des chapitres on est confronté à deux versions radicalement différentes de l’histoire de la famille Van Ness ; difficile de trancher en faveur de l’une ou de l’autre tant elles nous sont présentées avec la même conviction.

Si le passé de sœurs Van Ness est un élément essentiel du récit (surtout afin de cerner leur personnalité respective), le cœur même de l’intrigue se déroule bel et bien aujourd’hui. Alors que se démêle l’écheveau d’un passé lourd de non-dits et de mensonges, il se tisse conjointement, au présent, un piège implacable.

Roz Nay apporte beaucoup de soins à ses personnages, à l’image de l’intrigue ils nous démontreront que les apparences peuvent être trompeuses et dévoileront des facettes inattendues de leur personnalité.

L’auteure prouve avec brio qu’il est encore possible de surprendre avec une idée de base relativement classique ; c’est sa construction de l’intrigue et l’intensité de ses personnages qui donnent à ce roman une réelle touche d’originalité.

Je ne regrette pas d’avoir voulu aller au-delà des apparences, ce bouquin a été une belle découverte riche en surprises… même si j’avais quand même découvert (ou soupçonné) quelques ficelles de l’intrigue.

MON VERDICT

[BOUQUINS] John Wainwright – Les Aveux

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J. Wainwright - Les aveux

Titre : Les Aveux
Auteur : John Wainwright
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Angleterre (1986)
208 pages

De quoi ça cause ?

Herbert Grantley est un pharmacien respecté et respectable établi à Rogate-on-Sands, une paisible station balnéaire anglaise. Il débarque un beau matin au commissariat et s’accuse du meurtre de son épouse, qu’il aurait empoisonnée un an plus tôt.

L’inspecteur-chef Lyle écoute attentivement les aveux du pharmacien, mais il n’en croit pas un mot ; c’est un tout autre scénario qui se profile dans son esprit…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est John Wainwright, j’avais beaucoup aimé son précédent roman, Une Confession.

Ma Chronique

Il faut bien avouer que jusqu’à l’an dernier et la publication du roman Une Confession, John Wainwright était plutôt – injustement – méconnu du public français, à part peut-être chez les vieux briscards de la collection Série Noire (Gallimard).

Et pourtant il est l’auteur du roman À Table ! qui a inspiré Claude Miller pour son cultissime film Garde À Vue. Oui, je sais, je l’ai déjà mentionné lors de ma chronique d’Une Confession… patience, tout vient à point à qui sait attendre.

Un grand merci aux éditions Sonatine qui nous permettent de (re)découvrir un grand nom de la littérature policière. Des intrigues fortement teintées de noir avec cette inimitable touche so british et une intensité psychologique parfaitement maîtrisée.

D’un point de vue purement esthétique, j’aime beaucoup la couv’ du bouquin, elle donne vraiment l’impression que l’on a la lampe dans la tronche.

Ce n’est pas pour rien que j’ai mentionné le roman À Table !, ce dernier mettait en effet en scène l’inspecteur-chef Lyle dans le rôle de l’accusateur convaincu que son suspect était le coupable. Dans Les Aveux John Wainwright inverse les rôles, cette fois c’est au « suspect » (plus exactement à celui qui vient avouer son crime) de convaincre l’inspecteur-chef qu’il est bien coupable du crime dont il s’accuse.

Vous me direz sans doute qu’il faut vraiment être très con pour s’accuser d’un crime que l’on n’a pas commis (qui plus est d’un meurtre). Instinctivement je ne vois qu’une raison susceptible de motiver un tel mensonge : la volonté de protéger le coupable (un père pourrait s’accuser d’un crime commis par son fils).

Sur un peu plus de 200 pages, nous assistons à un face à face entre l’inspecteur-chef Lyle et Herbert Grantley, l’homme qui s’accuse du meurtre de son épouse. Les chapitres alternent entre la confession de Grantley (c’est l’occasion de découvrir le quotidien du couple Grantley et de leur fille, Jenny) et l’interrogatoire conduit par Lyle.

Pour qu’un tel huis clos en tête à tête fonctionne, il est primordial que les personnages et les faits soient crédibles ; un défi relevé haut la main par John Wainwright. On se laisse embarquer par la confession de Grantley ; à vrai dire seule l’antipathie du bonhomme (un connard coincé du cul, arrogant et prétentieux) m’a donné envie de creuser au-delà des apparences. Et si j’avais vu plus ou moins juste sur certains aspects du récit, j’étais très loin d’imaginer l’ampleur du truc.

C’est quand Lyle va abattre implacablement ses cartes, une à une, que la réalité des faits va s’imposer au lecteur dans toute sa noirceur. Et le pire c’est que l’on pourra simplement se dire – rétrospectivement – « Bon sang, mais c’est bien sûr ! »

Un polar qui repose à 100% sur le côté psychologique de l’intrigue et de ses personnages, un jeu dont John Wainwright maîtrise les règles. Il parvient à captiver et à duper le lecteur sur avec un simple face à face, quasiment sans que jamais le ton ne monte entre Grantley et Lyle.

J’espère que Sonatine continuera à nous faire découvrir les pépites inédites de cet auteur et pourquoi pas de nouvelles traductions de titres déjà disponibles en français (je n’ose pas lire À Table ! dans sa version Série Noire au vu de la triste réputation de cette collection en matière de traduction).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Rydahl & Kazinski – La Mort D’Une Sirène

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Rydahl & Kazinski - La Mort d'une Sirène
Titre : La Mort D’Une Sirène
Auteur : Thomas Rydahl & A.J. Kazinski
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : Danemark (2019)
560 pages

De quoi ça cause ?

Septembre 1834. Copenhague.

Anna, une jeune prostituée, est retrouvée morte, atrocement mutilée. La sœur de la victime, Molly, accuse Hans Christian Andersen, un jeune auteur et client régulier de Anna. Ni une ni deux, la police arrête ce coupable tout désigné et l’emprisonne dans l’attente de son exécution.

Faisant jouer ses relations Hans Christian Andersen obtient un sursis de trois jours. Trois jours pendant lesquels il sera libre (avec interdiction de quitter la ville). Trois jours pour identifier le(s) vrai(s) coupable(s) et le(s) livrer à la police.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire et que le pitch avait tout pour titiller ma curiosité. Plutôt audacieux de faire de Hans Christian Andersen, essentiellement connu pour ses contes, le héros d’un thriller historique qui s’annonce glauque à souhait.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Un peu d’Histoire pour commencer. Avant d’écrire des contes pour enfants, H.C. Andersen s’est essayé à la dramaturgie, sans toutefois obtenir la reconnaissance du public et de ses pairs ; au mieux ses pièces étaient descendues en flèche, au pire elles étaient moquées. Ses autres écrits, notamment ses récits de voyage, connaissent un succès relatif. C’est à son retour d’Italie, en 1834, que Andersen va se résoudre (résigner ?) à écrire des contes pour enfants. Contes qui aujourd’hui encore sont racontés aux enfants d’ici et d’ailleurs, tout le monde connaît La Petite Sirène, La Petite Fille Aux Allumettes ou encore Le Vilain Petit Canard (il nous ferait pas une fixette sur tout ce qui est petit le gars ? On ne lui a jamais expliqué que la taille ne compte pas.).

De 1825 à 1875 H.C. Andersen a tenu régulièrement un journal intime, hormis sur une période 18 mois qui démarre à son retour d’Italie. Et c’est précisément parce qu’on ne sait rien de la vie privée d’Andersen au cours de cette période que les auteurs Thomas Rydahl et A.J. Kazinski vont en faire le personnage central de leur roman et l’impliquer dans une affaire glauque à souhait qui démarre par le meurtre sauvage d’une prostituée.

Un roman écrit à quatre mains ? Contrairement aux apparences ce n’est pas le cas, il s’agirait plutôt d’un roman écrit à six mains, A.J. Kazinski étant déjà un nom de plume utilisé par les auteurs Anders R. Klarlund et Jacob Weinreich pour publier leurs romans (un diptyque autour des personnages de Niels Bentzon et Hannah Lund). Pour info, le duo publie aussi sous le nom de plume d’Anna Ekberg.

Bon bin après toutes ces digressions, il serait peut-être temps d’entrer dans le vif du sujet et vous parler de La Mort D’Une Sirène.

Comme le disait fort justement ce brave Willy : « Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark » (Hamlet – W. Shakespeare). C’est en tout une triste réalité en 1834, alors que la population doit se battre contre la misère, la faim et la maladie, la noblesse se vautre dans le luxe et multiplie les frasques en tout genre. La colère gronde, mais sous le manteau uniquement, critiquer la famille royale vous mènera tout droit en prison… ou à la mort.

La première chose qui frappe dans ce roman est la qualité des descriptions de la Copenhague du XIXe siècle, c’est vrai pour la ville elle-même mais aussi et surtout pour les conditions de vie. On est en totale immersion dans une ville où règne la crasse et la puanteur, non seulement on visualise parfaitement les scènes décrites mais on a aussi l’impression de les sentir. S’en est saisissant au point d’avoir envie de se laver à chaque fois que l’on referme le bouquin ; il faut dire aussi que les auteurs ne ménagent pas ce brave Andersen, question odeurs ils vont le plonger dans le grand bain !

Vous vous doutez bien que les auteurs n’ont pas transformé le célèbre conteur en un super-enquêteur sans peurs et sans reproches. Le gars serait plutôt du genre à douter de tout (à commencer de lui-même) et un tantinet maladroit (aussi bien en paroles qu’en actions).

Heureusement il pourra compter sur l’aide de Molly, la sœur de la victime, elle aussi prostituée. Du fait du milieu dans lequel elle évolue elle a appris à faire face à toutes les situations (ou presque), c’est pour elle une question de survie.

Les auteurs brossent des portraits réalistes et crédibles de leurs personnages, rien n’est laissé au hasard pour leur donner une réelle personnalité. Et ça fonctionne à la perfection.

L’intrigue est elle aussi totalement maîtrisée, les multiples rebondissements sauront tenir le lecteur en haleine. Rydahl et Kazinski savent incontestablement y faire quand il s’agit de jouer avec les nerfs et l’adrénaline du lecteur. Sa principale force réside toutefois dans son originalité et sa crédibilité.

Les auteurs vont même jusqu’à imaginer que c’est précisément de cet épisode de la vie d’Andersen qu’est né le conte La petite Sirène. Ça peut paraître un peu fou mais si vous le relisez (oubliez la version Disney qui, comme souvent, propose une relecture aseptisée et optimiste du conte original) vous constaterez que finalement ça se tient.

Un roman noir et glauque qui ne dépareille pas dans la collection La Bête Noire, une collection riche en pépites qui n’en finit pas de surprendre (et donc de combler) ses lecteurs.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Bernard Werber – La Planète Des Chats

AU MENU DU JOUR

B. Werber - La Planète Des Chats
Titre : La Planète Des Chats
Série : Les Chats – Livre 3
Auteur : Bernard Werber
Éditeur : Albin Michel
Parution : 2020
Origine : France
432 pages

De quoi ça cause ?

Affronter des hordes de rats impitoyables.
Faire alliance avec de stupides humains.
Circuler sur un fil entre les buildings de New York.
Désamorcer une bombe atomique…

Franchement, si j’avais su, parole de CHAT, je n’aurais pas traversé l’océan.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est le troisième et dernier tome de la trilogie féline de Bernard Werber. Vu la situation dans laquelle nous avions laissé Bastet et son équipage à la fin de Sa Majesté Des Chats, il me tardait de découvrir comment ils allaient surmonter ce(s) nouveau(x) défi(s).

Ma Chronique

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Bastet, Pythagore et leurs amis pour l’ultime volet de leurs aventures.

D’entrée de jeu le rêve américain vire au cauchemar quand ils découvrent que l’île de Manhattan est envahie par les rats. Des rats plus nombreux, plus gros et plus teigneux que leurs cousins français. Une première confrontation qui va causer des pertes énormes parmi l’équipage du Dernier Espoir.

De prime abord on serait tenté de penser que le roman aurait dû s’appeler La Planète Des Rats tant ils semblent avoir pris l’ascendant sur les autres espèces.

Dès les premiers chapitres on assiste à la mise à mort de personnages auxquels on avait fini par s’attacher… et ce n’est qu’un début ! Bernard Werber ne ménage pas Bastet et ses amis confrontés à une menace ratière qui paraît plus insurmontable que jamais.

Comme si ça ne suffisait pas niveau des émotions fortes, Bastet va découvrir que pour les humains Américains elle n’est qu’un chat parmi d’autres chats. Pas de quoi toutefois lui faire remettre en question la (très) haute opinion qu’elle a d’elle-même, à elle de prouver sa valeur face au scepticisme des Américains. Plus facile à dire qu’à faire quand, en face, les rats semblent plus nombreux que jamais, en perpétuelle évolution quand il s’agit de développer de nouvelles stratégies offensives pour faire céder les dernières poches de résistance.

Si on retrouve des personnages (animaux et humains) déjà présents dans les précédents opus, c’est aussi l’occasion de faire connaissance avec de nouveaux intervenants. Surtout du côté humain (dont une certaine Hillary Clinton devenue enfin présidente de ce qu’il reste des Etats-Unis). Pas de nouveaux acteurs majeurs chez les animaux, à part peut-être le chat Bukowski.

Face à la menace grandissante que font peser les rats sur les autres espèces, il apparait plus que jamais important de faire front commun… mais c’était sans compter sur l’incapacité chronique des humains à s’entendre. Clairement nous n’avons pas le bon rôle dans le roman de Bernard Werber, même les rats semblent adopter un comportement plus rationnel et plus cohérent que les humains.

L’intrigue de ce troisième tome mise davantage que les précédents sur le rythme et l’action, un choix parfaitement adapté afin de renforcer le sentiment d’urgence. Un choix qui impose aussi des références moins nombreuses à l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu (ESRA) d’Edmond Wells.

Les extraits de l’ESRA sont toujours aussi pertinents, rédigés dans un langage et un style des plus accessibles, ils sont la parfaite alliance du didactique et du ludique.

Une trilogie féline qui ne clouera certainement pas le bec des détracteurs systématiques de Bernard Werber, mais qui devrait combler les autres ; ces « autres » regroupant aussi bien les lecteurs qui apprécient l’auteur que les amoureux des chats.

MON VERDICT