[BOUQUINS] Chuck Palahniuk – Fight Club

C. Palahniuk - Fight ClubJ’avoue avoir été plutôt surpris de découvrir Fight Club de Chuck Palahniuk classé dans une collection SF, j’ai vu le film de David Fincher (excellent film soit dit en passant) et j’en retiens d’avantage un thriller qu’un film de science-fiction. Ma curiosité me donne une raison de plus d’inscrire ce bouquin comme invité surprise de mon challenge 100% SF.
Le narrateur, jeune cadre dans l’industrie automobile, passe des journées ordinaires et des nuits d’insomnie. Jusqu’au jour où il rencontre Tyler Durden et décident ensemble, après avoir fait plus ample connaissance, de créer le Fight Club, un club de combats clandestins. Le succès est immédiat comme exutoire à la monotonie du quotidien. Mais qui est vraiment Tyler Durden ? Quels sont ses véritables intentions ?
On peut en effet imaginer, dès les premières pages, que nous sommes bien dans un futur indéterminé (certains passages le laisse supposer), et donc que l’étiquette SF, tendance uchronie, n’est pas complètement usurpée, mais le roman pourrait tout aussi bien se dérouler de nos jours.
Le style de l’auteur est très décousu, il faut quelques chapitres pour s’y accoutumer et apprécier ; surtout au niveau des dialogues qui ne sont pas forcément signalés ni par un tiret, ni par des guillemets, du coup on se demande si le narrateur s’exprime effectivement ou non.
Concernant l’intrigue à proprement parler, les choses prennent leur temps pour se mettre en place, mais ça vaut tout de même le coup de s’accrocher. Malheureusement ayant vu le film (de David Fincher avec Brad Pitt et Edward Norton) avant de lire le roman l’on connait la réponse à la véritable question : qui est Tyler Durden (même sans ça je pense que je l’aurai fortement soupçonné) ? Explosera ou pas ? Tirera ou pas ? Ce sont des questions annexes (aucun spoiler là-dedans, le roman commence par la presque fin avant de partir en flashback).
Concernant les personnages on suit bien entendu l’évolution du narrateur (il n’est jamais nommé), personnalité effacée et peu charismatique qui s’affirme au contact de Tyler Durden qu’il considère comme son mentor (presque gourou). Le plus énigmatique étant bien entendu Tyler Durden, charismatique, provocateur, anarchiste et surtout manipulateur ; révolutionnaire du dimanche ou terroriste potentiel ?
Je sais que beaucoup considèrent ce roman comme étant culte mais pour ma part je serai nettement plus modéré dans mon jugement : agréable mais non exempt de défauts et qui plus est pas forcément facile à aborder. D’aucuns y voient une vive critique contre la société de consommation, si cet aspect est indéniable je dirai que ce n’est pas ce qui en ressort de prime abord ; l’on vit les choses à travers les yeux du narrateur, un personnage fasciné par Tyler Durden au point d’être incapable de penser par lui même… Pas vraiment ce que je qualifierai de critique objective.
Une fois encore ces quelques lignes n’engagent que moi, peut être que si je n’avais pas vu le film j’aurai eu un jugement moins sévère… Qui plus est, une fois n’est pas coutume, j’ai préféré le film au roman. Certes il se dégage du bouquin quelque chose de plus dérangeant, il plus violent aussi mais globalement j’ai trouvé le film plus rythmé et plus fluide.
Je ne vais pas dire que je me suis emmerdé étant donné que j’ai dévoré le bouquin (moins de 300 pages, OK c’est pas un exploit) en deux jours ; j’ai même beaucoup apprécié la fin, à partir du moment où le narrateur découvre la vérité sur Tyler Durden.

[TV News] Hatfields & McCoys

Hatfields & McCoysHistoire de changer un peu offrons nous une mini-série (3 épisodes de 90 minutes) sur fond de western, merci à Canal+ pour m’avoir permis de découvrir la série de Ted Mann, Hatfields & McCoys, avec Kevin Reynolds à la réalisation et un casting haut de gamme.
Compagnons d’armes dans l’armée confédérée, Anse Hatfield (Kevin Costner) et Randall McCoy (Bill Paxton) deviennent ennemis lorsque Anse déserte avant la fin de la Guerre de Sécession. Une fois la paix revenue et le retour de Randall l’animosité entre les deux hommes est plus forte que jamais, leur rivalité entraînera leurs familles et leurs amis dans une spirale infernale et mortelle…
La série est inspirée d’une histoire vraie, qui prouve une fois la « supériorité » de la race humaine, capable de s’entre-déchirer pour des conneries et incapables de faire marche à arrière et encore moins un pas vers l’autre. La série restitue parfaitement cette ambiance de plus en plus électrique.
Outre les deux acteurs principaux, excellents et fort justement récompensés pour leur interprétation, on remarquera aussi la présence au casting de Tom Berenger (dans le rôle de Jim Vance, l’oncle de Anse, un alcoolo incontrôlable), de Andrew Howard (qui joue Frank Phillips un chasseur de primes impitoyable) et de Ronan Vibert (dans le rôle de Perry A. Cline, avocat et conseiller de Randall et surtout spécialiste pour jeter de l’huile sur le feu). Il y en aurait bien d’autres à citer car tous sont convaincants.
Pour la petite histoire c’est la quatrième fois que Kevin Reynolds dirige Kevin Costner, bilan personnel de ces 3 précédentes collaborations : un excellent film (Danse Avec Les Loups), un film réussi et divertissant (Robin Des Bois, Prince Des Voleurs) et un navet (Waterworld). Cette première expérience pour la télévision (pour la chaîne Histoy) est une totale réussite.
Difficile de prendre position pour l’une ou l’autre des parties, si au départ Anse Hatfield apparaît vraiment comme une ordure finie, j’aurai toutefois tendance à dire que c’est l’obstination de Randall McCoy qui a fait glisser le conflit jusqu’à un point de non retour. Il est tout aussi vrai que les Hatfield ont « tiré les premiers » et que la famille McCoy a quasiment été anéantie mais tous n’étaient pas blanc comme neige. Le plus simple est encore d’apprécier le show sans se poser de questions.
Le plus fort du conflit opposant les deux clans correspond à la période présentée par la série TV (1863-1891) mais il faudra attendre 2003 pour qu’une trêve officielle soit signée entre les deux familles, bien qu’il n’y ait plus eu de morts directement liées au conflit à déplorer depuis 1891.

[BOUQUINS] Daniel Keyes – Algernon, Charlie Et Moi

C’est la première fois que je consacre deux posts à un même bouquin, ou presque, ayant reçu la version enrichie Des Fleurs Pour Algernon de Daniel Keyes, je n’ai pu résister à l’envie de me plonger dans la lecture des « bonus », à savoir l’essai Algernon, Charlie & Moi et la nouvelle originale. A livre exceptionnel, chronique exceptionnelle, logique non ? Et puis il peut presque faire office d’invité surprise dans mon challenge 100% SF.
Pour info la couverture qui illustre ce post est celle d’une précédente édition regroupant l’essai et la nouvelle proposée par J’Ai Lu.

D. Keyes - Algernon, Charlie Et MoiAlgernon, Charlie Et Moi
Dans cet essai autobiographique l’auteur revient sur son parcours personnel et professionnel (de la marine marchande à l’enseignement universitaire en passant par divers boulots) mais surtout sur tout le processus qui a conduit à la nouvelle, puis au roman, qui lui vaudront une reconnaissance internationale. S’il a écrit cet essai plus de quarante ans après la sortie du roman c’est dire si le personnage de Charlie Gordon l’a marqué.
Le moins que l’on puisse dire c’est que ça ne s’est pas fait en un jour, il y a d’abord eu un nom qui a retenu son attention (Algernon), puis une idée (qu’est-ce que ça ferait de devenir plus intelligent ?) qu’il a fallu étoffer (notamment avec l’idée de la régression) et mettre en forme et enfin le nom de son personnage principal (Charlie Gordon) ; une fois que tout s’est mis en place (ça a quand même pris pas loin d’une quinzaine d’années), Daniel Keyes a dû lutter becs et ongles contre les éditeurs qui demandaient des coupes franches ou, pire encore, un happy end.
Une fois la nouvelle parue et saluée unanimement, l’auteur a rapidement eu envie d’en faire un roman, certains passages ont été retouchés, d’autres ajoutés, mais tout à été fait (même si ça peut paraître bizarre de à imaginer) dans « l’intérêt de Charlie Gordon » ; m’est d’avis que rarement un auteur s’est autant identifié à son personnage pour créer l’univers qui l’entoure. Après de nouvelles prises de bec avec les éditeurs, le roman voit le jour et est salué presque unanimement (une seule critique négative).
L’auteur mentionne diverses adaptation Des Fleurs Pour Algernon : un téléfilm (1967, avec Cliff Robertson dans le rôle de Charlie) suivi d’un film (Charly, 1968 avec de nouveau Cliff Robertson, oscarisé pour son interprétation) et même une comédie musicale. En 2000 l’auteur donnera son accord pour un nouveau téléfilm, le rôle de Charlie sera tenu par Matthew Modine. Depuis il y en eu d’autres (plus ou moins réussies il semblerait) : un téléfilm franco-suisse (2006, avec Julien Boisselier) et une pièce de théâtre (2012, avec Grégory Gadebois). En 2009/2010 il était même question d’une nouvelle adaptation menée par Will Smith (comme producteur et acteur) et Gabriele Muccino (à la réalisation) ; mais depuis je ne saurai vous dire si l’idée poursuit son chemin ou a été abandonnée.
Le fait que Daniel Keyes ait ressenti le besoin d’écrire cet essai 40 ans après la parution de la nouvelle en dit long sur la place qu’occupent Charlie Gordon et Algernon dans sa vie.

Des Fleurs Pour Algernon (nouvelle)
La lecture de la nouvelle après avoir lu le roman n’apporte strictement rien, sinon de se rendre compte des changements et évolutions apportées par le roman, par définition ce dernier est beaucoup plus riche. Toutefois j’ai apprécié de découvrir le texte original, en quelques pages il distille une charge émotionnelle impressionnante.

Cette lecture n’a fait que confirmer mon engouement pour ce roman exceptionnel, je pense prochainement me pencher sur deux autres titres de l’auteur consacrés à Billy Milligan, un criminel des années 70 qui présente la particularité d’abriter plusieurs personnalités (pas moins de 24) dans un même corps.

[BOUQUINS] Penny Hancock – Désordre

P. Hancock - DésordreCa faisait longtemps (tout est relatif) que je ne m’étais pas offert un bouquin issu du catalogue des éditions Sonatine, généralement je suis assuré d’avoir un bon, voire un excellent, thriller quand je pioche dans leur collection. Tant qu’à faire autant se pencher sur les nouveaux auteurs, même si je risque fort de l’ajouter à la liste des écrivains à suivre à la fin de ma lecture, L’heureuse élue a donc été Penny Hancock avec son premier roman, Désordre.
Sonia habite une somptueuse villa sur les rives de la Tamise, mais entre son mari en perpétuel voyage d’affaire et sa fille, partie à la fac, elle se sent désespèrément seule. Aussi lorsque Jez, 15 ans, de passage chez sa tante et amie de Sonia, Helen, frappe à sa porte pour lui emprunter un CD, Sonia le fait boire jusqu’au KO technique, puis le séquestre. Après deux nuits sans nouvelle la police prend enfin au sérieux les inquiétudes d’Helen et son de mari…
Une trame qui n’est pas sans rappeler Misery de Stephen King (en plus soft quand même) mais le ressemblance s’arrête là. Le bouquin est écrit à « deux voix », à la première personne quand il se concentre sur Sonia et à la troisième personne quand il bascule chez Helen. Bien entendu ce sont les chapitres consacrés à Sonia qui sont les plus nombreux, on assiste à une montée en puissance de son délire tandis que le passé et le présent fusionnent dans son esprit, la dimension psychologique est donc une composante essentielle de ce thriller. L’auteure maîtrise son intrigue de A à Z, elle distille la tension et l’angoisse au compte goutte, ça monte lentement mais inéluctablement avec très peu de violence physique. Plus la situation s’enfonce vers un point de non retour plus on s’impatiente de connaître le dénouement, tout ce que je peux vous dire c’est que ce bouquin vous réserve bien des surprises.
Les personnages sont travaillés et parfaitement crédibles. On plonge dans l’esprit embrouillé de Sonia qui est encore hantée par des événements passés tragiques et qui voit en Jez une possible « seconde chance » ; indéniablement givrée mais on ne parvient toutefois pas à la haïr ou à la mépriser, c’est encore un tour de force réussi par l’auteure. La seconde femme de l’intrigue, Helen, est sans doute un peu plus stable sur le plan psychologique mais elle traverse une phase de remise en question et de doute, du coup son comportement apparaît souvent déplacé. Enfin le troisième acteur incontournable du roman est la Tamise, omniprésente, elle joue un rôle capital dans l’intrigue ; on en viendrait presque à considérer le fleuve comme une entité à part entière.
Bref, une fois encore Sonatine nous fait découvrir un thriller très haut de gamme et une auteure britanique à suivre de près ; son second roman devrait sortir prochainement au Royaume Uni, nul doute que l’éditeur nous proposera une version française.

[BOUQUINS] Karin Slaughter – Broken

K. Slaughter - BrokenA défaut d’avoir trouvé le temps de me plonger dans les « anciens » titres de Karin Slaughter je poursuis mon exploration de son univers avec son nouveau roman, Broken, qui réunit, pour la seconde fois, les personnages de Sara Linton et Will Trent.
Sara Linton revient à Grant County pour passer thanksgiving en famille mais elle est rapidement contactée par le chef de la police qui l’informe qu’un prisonnier, inculpé pour le meurtre d’une adolescente, veut lui parler. Quand elle arrive au commissariat, l’homme, un ancien patient de Sara, attardé léger, s’est suicidé. Il a eu le temps d’écrire « Pas moi » avec son sang sur le mur de sa cellule. En lisant le compte rendu d’interrogatoire Sara est convaincue que la police a bâclé son enquête, elle fait alors appel à Will Trent du GBI…
Heureusement pour les gens qui, comme moi, n’ont pas encore lu la série Grant County, les faits relatifs à la mort de Jeffrey Tolliver (le mari de Sara) sont repris ici. On se doute bien que le retour de Sara ne va pas se faire sans heurts, surtout quand elle va découvrir que Lena Adams, qu’elle considère comme en partie responsable de la mort de son mari, est à l’origine de cette enquête bouclée à la va-vite. De même on peut supposer que la police locale, qui ne semble pas franchement du genre irréprochable, ne va pas apprécier qu’un agent fédéral vienne piétiner leur plates bandes… Pour nous lecteur le climat s’annonce propice à un thriller tendu à souhait. Et en effet on est servi en matière de tension, trois jours durant Sara et Will vont tout mettre en oeuvre pour faire éclater la vérité au grand jour, loin de les décourager l’hostilité de la police locale ne fera que les motiver d’avantage.
Au niveau des personnages on voit évoluer la relation entre Sara et Will, vers d’avantage de complicité (et peut être d’avantage). Par contre Sara manque totalement d’objectivité quand il est question de Lena Adams, ça frôle la mauvaise foi par moments. Les deux autres personnages impliqués sont justement Lena Adams et Frank Wallace, le chef de la police, difficile d’éprouver la moindre sympathie envers ces deux oiseaux.
L’intrigue est double et complémentaire, d’une part découvrir la vérité sur les circonstances de l’arrestation et de la mort de Tommy Braham, d’autre part démasquer le tueur. A ce titre attendez vous à quelques surprises de taille mais je ne vous en dirai pas plus par crainte de dévoiler des indices. Pas forcément un thriller 100% adrénaline mais suffisamment addictif pour que l’on ait aucune envie de le lâcher avant de connaître la vérité.
Je ne désespère pas d’inclure au programme de mes prochaines lectures les précédents titres de l’auteure, le truc c’est d’envisager une échéance raisonnable. Pour être totalement honnête il est plus que probable que je lise les suivants (il y a encore trois titres après Broken, non encore traduits en français) avant de revenir à Grant County…

[TV News] Hemlock Grove

Hemlock GroveNotre pause TV du weekend sera placée sous le signe de la série Hemlock Grove, créée par Brian McGreevy (qui est aussi l’auteur du roman dont la série s’inspire) et Lee Shipman pour Netflix.
Le cadavre mutilé d’une adolescente plonge la paisible ville d’Hemlock Grove dans la peur, les spéculations vont bon train afin de découvrir si c’est l’oeuvre d’un animal, d’un homme ou d’autre chose… Deux ados que tout oppose découvrent c’est l’oeuvre du loup-garou solitaire, qui tue pour le seul plaisir de tuer, ils vont tout faire pour l’identifier et le neutraliser. Peter Rumacek (Landon Liboiron) est un gitan un brin marginal, doublé d’un loup garou ; Romain Godfrey (Bill Skarsgard) est l’héritier de l’empire Godfrey, actuellement dirigé par sa mère Olivia (Famke Janssen), mais c’est aussi un ulpir même s’il l’ignore encore…
Même si la série se revendique clairement du genre fantastique / horreur, on assiste finalement à assez peu de scènes faisant intervenir ces créatures surnaturelles ; et encore on ne voit que des loups garous, il faut attendre le dernier épisode pour découvrir ce qu’est un ulpir. C’est d’autant plus dommage que les métamorphoses en loup garou sont vraiment originales et réussies, qui plus est avec Eli Roth à la production le genre était en de bonnes mains même s’il signe là sa première véritable participation pour la TV (on lui doit notamment les deux films Hostel, le premier est une totale réussite, le second ne bénéficie plus de l’effet de surprise mais reste réussi). Globalement la série se construit d’avantage sur les relations entre Peter et Romain et leur enquête pour découvrir la vérité. Hormis ce petit bémol l’ensemble tient plutôt bien la route, on se laisse facilement prendre au jeu.
La série m’a été proposée par Abra qui en avait entendu parler via un chat avec un de ses contacts, la suite c’est la routine habituelle, on fouine un peu sur le web et on ne tarde pas à dénicher l’objet tant convoité, reste à patienter le temps du téléchargement… Si vous souhaitez passer par les voies légales je vous souhaite bien du courage, la série est encore inédite en France (hors plates-formes de VoD) et non disponible en DVD ; pour info le bouquin semble tout aussi introuvable en version française.
Cette première saison s’est déclinée en 13 épisodes de 52 minutes, comme il se doit le final introduit un bon nombre de retournements de situation et de nouveautés, du coup ont attend avec impatience de découvrir l’orientation de la saison deux (10 épisodes, annoncés pour 2014).