[BOUQUINS] Amy K. Green – Reine De Beauté

AU MENU DU JOUR

A. K. Green - Reine de beauté

Titre : Reine De Beauté
Auteur : Amy K. Green
Éditeur : Belfond
Parution : 2020
Origine : États-Unis
416 pages

De quoi ça cause ?

Jenny Kennedy, une adolescente de 13 ans, reine des concours de beauté juniors, est retrouvée morte non loin de chez elle. Elle a été violée et poignardée.

Pour la police il ne fait aucun doute que le coupable est un jeune homme un peu simplet qui était fasciné par ces concours de beauté, et tout particulièrement par Jenny.

Pour Virginia, la demi-sœur de la victime, il est évident que le coupable est ailleurs. Même si elle n’éprouvait qu’une indifférence teintée de mépris pour sa cadette, elle va tout faire pour convaincre la police de creuser au-delà des apparences…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Un roman découvert tandis que je parcourais le catalogue Net Galley. Le pitch m’a inspiré, je l’ai sollicité, ma demande a été approuvée. Et voilà !

Ma Chronique

Je remercie les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Pour son premier roman Amy K. Green ne mise pas vraiment sur l’originalité de son intrigue (difficile de faire plus classique qu’une enquête autour d’un meurtre), de même au fil de son récit elle ne s’écartera guère des règles du genre. Il fallait plus que ce léger détail pour me dissuader de lire ce bouquin, après tout, la sagesse populaire affirme que « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ».

L’auteure nous fait découvrir son intrigue en suivant deux arcs narratifs via une alternance de chapitres passant de Jenny à Virginia. Ceux dédiés à Jenny sont écrits à la troisième personne et nous permettent de découvrir ses dernières semaines dans le monde des vivants, des semaines particulièrement mouvementées et riches en événements. Les chapitres consacrés à Virginia sont quant à eux rédigés à la première personne et nous invitent à suivre l’enquête liée à la mort de sa sœur.

Dans le coin droit nous avons donc Jenny, une adolescente que ses parents idolâtrent et voient comme une « petite fille modèle » mais ignorent (ou préfèrent ignorer) qu’elle est en pleine phase de remise en question, de doutes et de questionnements. Amy K. Green aurait pu en faire l’archétype de la gamine pourrie gâtée mais elle a (fort heureusement) travaillé la personnalité de l’adolescente plus en profondeur.

Dans le coin gauche, Virginia, le mouton noir de la famille Kennedy. Sans doute que le suicide de sa mère, alors qu’elle n’était qu’une enfant, suffit à expliquer sa volonté de prendre ses distances avec sa famille. Elle vit sa vie en électron libre, ne gardant qu’un contact de pure forme avec sa famille à l’occasion du traditionnel repas dominical. Un mépris que son père lui rend bien, quant à sa belle-mère, Linda, elle l’ignore tout simplement.

Les caractères radicalement opposés des deux sœurs servent exclusivement de toile de fond à la construction de l’intrigue. Celle-ci se tissera surtout autour des secrets et des non-dits. Ceux de la famille Kennedy d’abord, mais aussi ceux des habitants d’un patelin où tout le monde se connaît, où le voile des apparences dissimule parfois de sombres vérités.

L’auteure ne fait rien pour rendre ses personnages sympathiques, elle dépeint deux portraits relativement ordinaires. Une ado qui se rebelle contre son milieu et en vient à se convaincre que la vie serait meilleure ailleurs. Une nana trentenaire un tantinet égoïste qui vit sa vie comme elle l’entend sans se soucier du qu’en dira-t-on. Pas non plus de quoi prendre ses personnages en grippe.

Bien entendu d’autres personnages auront leur mot à dire afin de nous permettre de comprendre le déroulé des événements qui ont conduit à la mort de Jenny. Je n’en dirai pas plus sur la question afin de laisser intact le plaisir de la découverte.

Même si Amy K. Green ne révolutionne pas les règles du genre, elle n’a pas à rougir de ce premier roman. Elle nous propose en effet un thriller maîtrisé de bout en bout qui devrait réserver quelques surprises même aux lecteurs les plus aguerris (pas forcément sur l’identité du coupable, plutôt sur tout ce qui tourne autour du drame et de ses conséquences).

Pour l’anecdote, je me souviens avoir vu (il y a déjà quelques temps) un reportage télé sur ces concours de « mini miss » (interdits en France, soit dit en passant), je m’étais alors demandé si ces pauvres gamines voulaient vraiment être réduites à de vulgaires poupées / objets ou si elles ne subissaient pas plutôt une instrumentalisation à outrance de la part de leurs parents. Dommage que ledit reportage n’ait pas répondu à mon interrogation.

Dans le roman, concernant Jenny, la réponse arrive très rapidement.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Mo Malo – Diskø

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M. Malo - Disko
Titre : Diskø
Série : Qaanaaq Adriensen – Livre 2
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Parution : 2019
Origine : France
416 pages

De quoi ça cause ?

Désormais chef de la police à Nuuk, Qaanaaq Adriensen gère, avec son équipe, un quotidien plutôt tranquille. Jusqu’à ce que le corps d’un homme soit retrouvé emprisonné dans un iceberg.

Rapidement les policiers vont comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident, la victime a été déposée dans une prison de glace taillée sur mesure pour lui assurer une mort lente et douloureuse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que j’avais beaucoup aimé Qaanaaq, la première enquête de Qaanaaq Adriensen. Mais aussi parce que Nuuk, sa troisième enquête, doit sortir dans quelques jours.

Ma Chronique

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé la plume de Mo Malo pour un séjour plutôt mouvementé au Groenland en compagnie de Qaanaaq et de son équipe.

D’emblée je m’incline devant le don qu’à l’auteur pour nous plonger en totale immersion aussi bien dans son intrigue qu’au Groenland même. Je ne peux que saluer l’immense travail de documentation auquel il a dû se livrer pour nous restituer un cadre aussi réaliste.

Le décor étant planté avec le tome précédent, Qaanaaq, Mo Malo va droit au but et démarre son intrigue sur les chapeaux de roues avec une scène de crime particulièrement glaçante (OK, j’avoue, c’était facile sur ce coup, mais tellement tentant).

À peine le temps de décortiquer les premiers éléments entourant ce premier meurtre que le tueur refroidit (oui, je sais…) une seconde victime. Sauf que cette fois ladite victime est une proche de Qaanaaq, et plus encore de son assistant, Appu.

De fil en aiguille Qaanaaq va réaliser qu’il semble être la cible indirecte du ou des tueur(s), il devra dès lors non seulement tout mettre en œuvre pour identifier au plus vite le(s) coupable(s) – et donc comprendre leur(s) motivation(s) –, mais aussi protéger ses proches.

Mo Malo prend un malin plaisir à s’acharner sur son héros, le pauvre bougre va en prendre plein la gueule. D’une part l’enquête mettra ses nerfs à rude épreuve, mais elle le confrontera aussi à lui-même, et là encore bien des mauvaises surprises l’attendront au tournant.

Une intrigue menée tambour battant qui ne vous laissera que peu de temps pour souffler, l’auteur ne manquera pas de jouer avec vos nerfs et à pousser parfois l’adrénaline à son plus haut niveau. Addictif ? Vous avez dit addictif ? Oh que oui ! Une fois happé par le bouquin vous aurez bien du mal à le lâcher.

J’ai eu beaucoup de plaisir à retrouver les personnages déjà croisés dans Qaanaaq, à voir des personnages plus « secondaires » dans le premier roman, se développer et s’affirmer dans le présent roman, et bien entendu aussi à découvrir de nouveaux intervenants (mention spéciale à la légiste, Lotte Brunn). Si je voulais pinailler un brin je pourrai dire que j’aurai aimé retrouver un Appu plus présent, mais force est de reconnaître qu’il a des circonstances atténuantes justifiant son absence.

Avec Qaanaaq, Mo Malo marquait un brillant essai, essai transformé avec le même brio pour ce second opus des enquêtes de Qaanaaq Adriensen.

Franchement je ne regrette pas d’avoir lu ce bouquin si tardivement après sa sortie, il reste tant de questions sans réponses en le refermant, que j’aurai trouvé l’attente intolérable et un tantinet frustrante. Alors que là, je sais d’ores et déjà que dans quelques jours je retrouverai Qaanaaq…

Petit bémol de pure forme, autant la couverture de Qaanaaq était somptueuse, autant celle de Diskø est à chier. Bin alors, l’appareil photo était en panne ? C’est d’autant plus dommage que dans ses remerciements l’auteur nous invite à visiter des sites riches en ressources qui sont un pur régal pour les yeux (sans parler des nombreuses photos qui illustrent sa propre page Facebook).

Pour la petite histoire, depuis la parution de Qaanaaq le mystère autour l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme de Mo Malo a été levé. Je ne vous cacherai que j’ai été surpris de découvrir que, sous ce nom de plume aux accents nordiques, se dissimulait Frédéric Mars . Pour être plus juste je devrai dire qu’il s’agit en fait de Frédéric Ploton, Frédéric Mars étant son nom de plume usuel.

Ce qui me fait penser qu’il faudrait que je me trouve un créneau parmi mes futures lectures afin de découvrir son dernier roman, La Lame, publié sous le nom de Fred Mars.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sonja Delzongle – L’Homme De La Plaine Du Nord

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S. Delzongle - L'homme de la plaine du Nord
Titre : L’Homme De La Plaine Du Nord
Série : Hanah Baxter – Livre 4
Auteur : Sonja Delzongle
Éditeur : Denoël
Parution : 2020
Origine : France
400 pages

De quoi ça cause ?

À peine rentrée à New York où elle espérait passer un moment tranquille, Hanah Baxter se retrouve sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour le meurtre d’Anton Vifkin, son ancien mentor.

Extradée à Bruxelles, elle apprend de la bouche du commissaire Peeters, en charge de l’enquête, que l’accusation repose sur une simple lettre anonyme. En fait Peeters compte surtout sur l’aide de Baxter pour résoudre, une bonne fois pour toute, le mystère de la mort d’Anton Vifkin.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est l’occasion de retrouver Hanah Baxter, un retour attendu après trois longues années d’absence.

Ma Chronique

Encore un roman dont la sortie a été perturbée par la crise sanitaire liée au COVID-19, si le bouquin a pu être publié quelques jours avant le début du confinement dans sa version numérique, ce n’est qu’avec le déconfinement que la version papier a pu être découverte en librairie.

Si on pensait retrouver une Hanah Baxter apaisée après son périple breton (je fais bien sûr référence au roman Récidive, le précédent opus de la série), le répit sera de courte durée pour notre profileuse préférée. La Belgique lui réserve un nouveau rendez-vous avec son passé, via notamment la personnalité trouble d’Anton Vifkin qui fut son mentor.

Une fois de plus Hanah Baxter se retrouve personnellement impliquée dans une affaire qui n’en finira pas de lui réserver des surprises. Une affaire aux facettes multiples dont le fil rouge entre les différents éléments se met en place lentement mais sûrement, suivant le rythme de l’implacable mélodie que nous interprète Sonja Delzongle.

Si vous ne connaissez pas encore le parcours de Hanah Baxter, je ne peux que vous recommander de lire les précédents romans de la série avant de vous lancer dans cet ultime opus. D’une part parce que se sont trois thrillers haut de gamme que vous découvrirez, mais aussi et surtout parce qu’ils vous permettront de mieux appréhender le personnage d’Hanah Baxter (même si l’auteure prend soin de défricher le terrain pour ceux et celles qui commenceraient par le présent roman).

Avant d’embarquer pour ce périple belge en compagnie d’Hanah baxter je vous invite à boucler votre ceinture. Le voyage ne sera pas de tout repos ! Une fois de plus Sonja Delzongle n’hésite pas à malmener ses personnages (nombre n’en reviendront pas… et ce n’est pas dans leur sommeil qu’ils passeront de vie à trépas).

Ainsi vous croiserez un tueur à gages, travesti à ses heures, bien déterminé à finir un boulot commencé vingt ans plus tôt. Mais aussi une énigmatique jeune femme, propriétaire d’un manoir délabré dans lequel elle prend soin de son jeune frère et de sa mère… avant de se consacrer à de plus sombres occupations.

Ce que vous croiserez surtout ce sont les côtés les plus obscurs de l’âme humaine, les dérives et déviances les plus dépravées et les plus perverses.

Une intrigue riche en rebondissements qui n’en finira pas de vous faire douter de tout et de tout le monde. A chaque instant vos certitudes risquent d’être balayées par un nouveau revirement de situation. Et là encore, Sonja Delzongle sait y faire quand il s’agit de jouer avec les nerfs du lecteur !

Nul doute que le personnage d’Hanah Baxter restera pour moi une très belle découverte littéraire, un personnage atypique auquel je me suis tout de suite attaché. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre ses aventures mouvementées, et c’est avec un évident pincement au cœur que je la quitte au terme de cet ultime rendez-vous.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Didier Fossey – Affaires Internes

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D. Fossey - Affaires internes
Titre : Affaires Internes
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2020
Origine : France
208 pages

De quoi ça cause ?

Suite au braquage d’une bijouterie à Lyon, le capitaine Amandine Poirier ne tarde pas à trouver des similitudes avec d’autres affaires de vol. Mais l’équipe de braqueurs ne laisse aucun indice et semble plus que jamais insaisissable.

De son côté, Yann Rocher, major au sein de la BAC de Colombes, prépare sa vengeance contre l’homme à l’origine de l’accident qui a coûté la vie à son épouse et grièvement blessé sa fille.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et que je suis d’une fidélité sans faille à cette maison d’édition.

Parce que c’est Didier Fossey, un auteur que j’apprécie énormément. J’aurais d’ailleurs aimé retrouver Boris Le Guenn et son équipe, mais c’est quand même avec plaisir que je lirai son nouveau roman.

Ma Chronique

Un grand merci aux éditions Flamant Noir – avec une attention particulière à Nathalie – et à la plateforme Net Galley pour leur confiance renouvelée. Merci de me permettre de découvrir en avant-première le dernier roman de Didier Fossey (sortie numérique le 18 mai et sortie papier pour le 10 juin).

Évidemment si on me dit Didier Fossey je pense tout de suite à Boris Le Guenn et son groupe, personnages récurrents de ses cinq précédents romans. J’ai certes eu un petit pincement au cœur en découvrant que le présent roman ne permettait pas de retrouver Boris et son équipe (si ce n’est le temps d’un clin d’œil), mais il fallait plus que ça pour saper mon enthousiasme.

L’intrigue du présent roman démarre en août 2015, deux abrutis au volant de voitures trop puissantes pour leurs neurones défaillants et c’est l’accident. Comme (trop) souvent les abrutis en question s’en sortent plutôt bien, mais une femme y perd la vie et une fillette est très grièvement blessée. Les victimes sont l’épouse et la fille du brigadier Yann Rocher.

Le chapitre suivant nous propulse en février 2018. À Lyon d’abord où l’on assiste à un braquage exécuté avec brio par une équipe aussi lourdement armée que bien préparée. C’est l’équipe du capitaine Amandine Poirier que hérite de l’affaire. Puis à la BAC de Colombes, où le major Yann Rocher passe ses troupes en revue avant de les envoyer en rondes de nuit.

Vous l’aurez compris c’est le personnage de Yann Rocher qui sert de fil rouge entre les événements de 2015 et ceux de 2018. Celui entre la BAC de Colombes et celle de Lyon est plus ténu, mais sera révélé en temps et en heure.

Par la suite, au fil des chapitres, le roman joue avec le temps, alternant entre l’intrigue de 2018 et des flashbacks.

En fait en 2018 ce sont plusieurs intrigues qui se jouent simultanément. D’une part on suit l’équipe de braqueurs qui multiplie les coups de plus en plus audacieux sans jamais laisser le moindre indice ni commettre d’impair.

De leur côté, si le capitaine Amandine Poirier et son équipe ont bien compris que c’était une seule et même bande qui multipliait les forfaits, force est de reconnaître que leur enquête reste au point mort.

Enfin le major Yann Rocher gère les patrouilles de ses équipes tout en faisant au mieux pour consacrer du temps à sa fille lourdement handicapée suite à l’accident de 2015. Et sans jamais perdre de vue sa soif de vengeance à l’encontre de celui qui a provoqué l’accident.

Les différents voyages dans le passé concernent exclusivement la situation de Yann Rocher. Comment il remonté tant bien que mal la pente après l’accident. Comment il s’occupe de sa gamine et l’évolution de cette dernière. Et comment il franchit parfois la ligne jaune en se disant qu’il le fait pour sa fille.

Si j’ai globalement apprécié le personnage de Yann Rocher et compris sa soif de vengeance, j’avoue que ses écarts à répétition m’ont laissé un arrière-goût amer. N’ayez crainte je ne vis pas chez les Bisounours, je sais que les flics ripoux n’existent pas qu’au cinéma, mais ce n’est pas pour autant que je dois cautionner ce genre de dérive. Heureusement le lien qu’il entretient avec sa fille fait rapidement oublier ses petits travers.

Dommage que les autres personnages ne soient traités que superficiellement, un peu plus de profondeur et de personnalité auraient été appréciables.

Dans le même ordre d’idée, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre l’intrigue plutôt bien ficelée même si je l’ai trouvé parfois un peu simpliste (même si je reconnais volontiers avoir été totalement pris au dépourvu quant à une des clés de l’intrigue). Là encore je n’aurai pas craché sur un peu plus de densité et d’intensité.

Le titre du roman prend tout son sens dans la seconde partie du roman qui verra l’IGPN (la fameuse police des polices) entrer en scène. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire davantage.

Le roman est court et se lit quasiment d’une traite. Une mise en bouche fort sympathique histoire de patienter avant le retour (attendu et espéré) de Boris Le Guenn.

MON VERDICT

[BOUQUINS] R.J. Ellory – Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort

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R.J. Ellory - Le jour où Kennedy n'est pas mort
Titre : Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2019)
432 pages

De quoi ça cause ?

Novembre 1963. Le président JFK est en visite à Dallas (Texas). Une visite qui se déroule sans incident particulier à signaler.

Juillet 1964. Mitch Newman, photographe de presse free-lance, apprend que Jean Boyd, son grand amour de jeunesse, s’est donnée la mort. Même s’il ne l’avait pas revu depuis plus de 14 ans, Mitch ne peut croire à la thèse du suicide.

Jean Boyd était reporter pour le Washington Tribune. Mitch va rapidement découvrir que, peu avant sa mort, l’enquête de Jean se focalisait autour du président JFK. Une enquête qui l’a conduite à Dallas en novembre 1963.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est R.J. Ellory, un auteur qui ne m’a jamais déçu.

Parce que le pitch du bouquin me semble particulièrement audacieux, une bonne raison supplémentaire de me laisser tenter.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le roman de R.J. Ellory fait partie de ces nombreux titres dont la publication a été repoussée en raison de la crise sanitaire liée au COVID-19. C’est en totale conformité avec la charte de l’éditeur sur la plateforme Net Galley que je vous propose de découvrir ma chronique en avant-première.

Fichtre ! Diantre ! Palsambleu ! Aurai-je basculé dans la quatrième dimension à l’insu de mon plein gré ? V’là t’y pas que je découvre que JFK n’a pas été assassiné à Dallas le 22 novembre 1963. Que nenni, son escapade texane s’est déroulée sans incident majeur à signaler…

Pardon ? Aaah, OK, c’est un roman ! Sacré Stephen King, il m’a foutu une trouille bleue sur ce coup. Mais bon faudrait qu’il se renouvelle, le coup JFK il nous l’a déjà fait, et brillamment fait même, avec l’excellent 22/11/63.

Arrête… tu déconnes là ! C’est le point de départ du dernier bouquin de R.J. Ellory… Bin voyons, et moi j’suis la reine d’Angleterre ! R.J. Ellory est un auteur de polars et de thrillers, pas le genre à se lancer dans une uchronie, me prends pas pour une quiche.

Et bin si, mes ami(e)s ! Enfin pas tout à fait quand même. Si le point de départ du dernier roman de R.J. Ellory repose bel et bien sur une uchronie (tout est dit dans le titre : Le Jour Où Kennedy N’Est Pas Mort), c’est dans un registre 100% thriller que l’auteur place son intrigue.

R.J. Ellory nous propose donc de retrouver JFK et son équipe, dirigée par son frère Bob, en course vers un second mandat… sauf que les choses sont loin d’être gagnées d’avance ! Ah oui j’oubliais, non content d’épargner JFK, l’auteur va surtout s’intéresser au(x) côté(s) obscur(s) du personnage. Il va en effet fouiner sans concession au-delà de l’image d’Épinal du beau et fringant jeune homme charismatique qui sentait bon le sable chaud…

Perso c’est une approche qui ne me choque nullement, je me méfie des individus que l’on dresse sur un piédestal. D’autant que post mortem, de nombreuses enquêtes ont révélé les travers et frasques du faux-cul au sourire Colgate. Et puis franchement, de vous à moi, on a plus de chance dans une vie de croiser une licorne chevauchée par le Père Noël qu’un politicien plus blanc que blanc (compétent, honnête, intègre et tutti quanti). Depuis le temps, ça se saurait si ça existait !

Si JKF n’est pas mort, il n’en va malheureusement pas de même pour Jean Boyd, jeune reporter ambitieuse et tenace. La jeune femme se serait en effet suicidée un triste jour de juillet 1964… c’est en tout cas la version officielle. Sauf que pour Mitch Newman c’est purement et simplement impensable ; le suicide ne colle pas à la personnalité de Jean Boyd. Il le sait, il en est convaincu… même s’il ne l’a pas revu depuis presque 15 ans, suite à son départ pour la Corée qui sonna le glas de leurs fiançailles et de leur idylle.

Un JFK vivant, une Joan Boyd morte et un Mitch Newman en plein questionnement… R.J. Ellory a désormais toutes les cartes en main pour nous mitonner une intrigue aux petits oignons comme il sait si bien le faire.

Et une fois de plus le Top Master Chef Ellory ne nous déçoit pas. Avec lui pas de cauchemar en lecture, c’est que du bonheur ! Son intrigue est rondement menée et saura rapidement captiver le lecteur (malgré les introspections un tantinet répétitives et une tendance poussée à l’auto apitoiement de Mitch).

La plongée dans les coulisses du pouvoir, et notamment celles du clan Kennedy, est totalement crédible et convaincante (sans perdre de vue toutefois que l’on est dans le domaine d’un futur possible et non d’un vécu historique). Pas besoin d’être un expert en politique international pour comprendre les enjeux et la façon dont chacun va déplacer ses pions pour arriver à ses fins.

Bien qu’écrit à la troisième personne, l’essentiel du roman est le reflet de la façon dont Mitch perçoit et analyse les événements. Un détail que peut paraître insignifiant, mais soyez assurés que ce choix narratif est tout sauf anodin.

Petit bémol pour la fin qui me laisse un arrière-goût d’inachevé en bouche, même si on devine aisément les conséquences de l’ultime découverte de Mitch.

Pour finir cette chronique, je vous laisse méditer sur la question que R.J. Ellory pose dans sa postface.

Si Kennedy n’était pas mort en novembre 1963, garderait-on le même souvenir de lui, ou aurait-il rejoint les rangs des disgraciés ?

MON VERDICT

[BOUQUINS] Sebastian Fitzek – Siège 7A

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S. Fitzek - Siège 7A
Titre : Siège 7A
Auteur : Sebastian Fitzek
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2020
Origine : Allemagne (2017)
384 pages

De quoi ça cause ?

Le Dr Mats Krüger embarque à Buenos Aires sur un vol en direction de Berlin afin d’y rejoindre sa fille sur le point d’accoucher.

À peine installé il reçoit un appel anonyme l’informant qu’il doit tout faire pour que l’avion s’écrase, sans quoi sa fille et le bébé mourront.

Son arme : une ancienne patiente psychologiquement fragile, devenue chef de cabine, actuellement en service sur le même vol que lui.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sebastian Fitzek. Même si je suis loin d’avoir lu tous ses romans, je n’ai jamais été déçu par ceux qui ont croisé mon chemin.

Ma Chronique

J’ai découvert Sebastian Fitzek sur le tard puisque c’est en 2012 que j’ai lu Thérapie (publié en 2008 dans sa version française). Le coup de cœur fut immédiat, du coup j’ai récupéré tous les titres disponibles de l’auteur sans jamais avoir trouvé le temps de les lire.

Depuis je continue d’acheter ses romans au fur et à mesure de leur sortie avec la ferme intention de les lire, mais finalement nombreux sont ceux qui se retrouvent oubliés dans les méandres de mon Stock à Lire Numérique.

Siège 7A, le dernier roman de Sebastian Fitzek, fait partie des titres sauvés de l’oubli (même si je ne perds pas espoir de lire les titres qui m’ont filé entre les doigts).

Si l’intrigue du présent roman est globalement bien ficelée et très intéressante à suivre, j’avoue avoir eu du mal à être en totale immersion dans le récit. D’une part je n’ai éprouvé aucune empathie envers les personnages. D’autre part l’intrigue pèche parfois par manque de crédibilité (quand il ne s’agit pas d’invraisemblance flagrante).

Je n’ose imaginer le poids qui pèse sur vos épaules si vous devez choisir entre sauver la vie de votre enfant en sacrifiant celle de plus de 600 inconnus, ou, à l’inverse, sauver ces inconnus en sachant que cela condamnera votre enfant… Dans le genre cruel dilemme, difficile de faire pire ! Il n’en reste pas moins que je ne suis jamais parvenu à être en phase avec le personnage de Mats Krüger.

Carnivore revendiqué et totalement assumé (tout en étant un fervent défenseur de la cause animale), je suis insensible à la cause défendue par Franz Uhlandt ; d’autant que dans ses actes le gars passe plus pour un fou dangereux illuminé qu’autre chose.

Sans entrer davantage dans les détails, je referme le bouquin avec un goût d’inachevé sur toute une partie de l’intrigue ; ou plus exactement la conclusion apportée par Sebastian Fitzek ne m’a pas convaincu.

Au final j’ai pris beaucoup de plaisir à lire un thriller plutôt ficelé malgré ces quelques bémols, mais je n’ai pas été emballé outre mesure. Ce qui ne m’empêchera pas de continuer de surveiller de près les prochains romans de Sebastian Fitzek (en espérant une suite à la série consacrée au voleur de regards).

MON VERDICT

[BOUQUINS] David Joy – Ce Lien Entre Nous

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D. Joy - Ce lien entre nous
Titre : Ce Lien Entre Nous
Auteur : David Joy
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : États-Unis (2018)
304 pages

De quoi ça cause ?

Alors qu’il braconne sur une propriété voisine, Darl Moody tire sur ce qu’il pensait être un sanglier. En s’approchant de sa proie, il réalise qu’il vient de tuer un homme, et pas n’importe quel homme : Carol ‘Sissy’ Brewer, le frère cadet d’une brute épaisse que tout le monde craint dans le comté de Jackson.

Avec l’aide de son ami de toujours, Calvin Hooper, Darl enterre à la va-vite le corps. Affaire classée ? Ce serait sans compter sur le poids de la culpabilité, mais aussi et surtout sur la détermination de Dwayne Brewer à comprendre la soudaine disparition de son jeune frère.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine, et parce que le précédent roman de David Joy, Le Poids Du Monde, m’avait vrillé les tripes et touché droit au cœur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée. La crise sanitaire sans précédent (ou presque) liée à la pandémie de Covid-19, a poussé l’éditeur à décaler la sortie de ce roman au 20 mai ; le titre étant disponible via Net Galley, et après contrôle de la charte de l’éditeur sur la plateforme, je vous propose cette chronique en avant-première.

Comme dans son précédent roman, Le Poids Du Monde, c’est dans un comté rural des Appalaches que David Joy situe son action. Si la nature tient une place importante dans le récit, n’espérez pas des descriptions de paysages bucoliques et enchanteurs… ici Dame Nature aurait plutôt tendance à compliquer la vie des hommes. On serait tenté de dire qu’elle agit en état de légitime défense tant les hommes en questions s’acharnent à la transformer (défigurer ?) afin qu’elle réponde au mieux à leurs intérêts économiques.

De nouveau David Joy met en scène des personnages qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Des individus, tels Darl et Calvin, qui ont dû trimer (et triment encore) sang et eau pour essayer de s’en sortir. Quand ils n’ont pas, à l’image de Dwayne et Carol Brewer, eu à s’adapter à la violence qui les entourait, à affronter (chacun à sa façon, en baissant les yeux, ou en frappant le premier) les railleries et le mépris de leurs semblables.

Le titre ne saurait être mieux choisi tant les liens entre les personnages sont au coeur de l’intrigue. Qu’il s’agisse des liens du sang unissant les deux frères Brewer, un cadet que Dwayne s’était juré de protéger contre vents et marées. De l’amitié indéfectible unissant Darl et Calvin, une amitié qui poussera Calvin à couvrir ce qui aurait pu n’être qu’un tragique accident de chasse. De l’amour entre Calvin et sa copine, Angie, alors que cette dernière ne sait pas comment lui annoncer qu’elle est enceinte. De la rage omniprésente chez Dwayne, qui va se transformer en haine meurtrière contre ceux qui ont fait du mal à son frère, et, par extension, contre tous ceux qui se mettront à travers de son chemin.

Des personnages sur lesquels David Joy ne porte aucun jugement, et que le lecteur sera bien en peine de juger. Rien n’est tout blanc ou tout noir en ce bas monde, tout n’est que nuances de gris. L’auteur a un incroyable talent quand il s’agit de nous placer dans la peau de ses personnages, on en arrive même à comprendre (à défaut de la partager) la soif de revanche, de sang et de mort de Dwayne Brewer.

L’auteur annonce la couleur d’entrée de jeu en imposant le noir comme reading code, une noirceur à laquelle il ne renoncera quasiment jamais au fil de son récit, une noirceur qui ira crescendo, une noirceur glauque et poisseuse qui nous collera à la peau.

Une fois encore l’écriture de David Joy vous percute droit au cœur, une fois de plus son intrigue va vous passer les tripes au mixer… Et une fois de plus vous refermerez ce bouquin en pensant : « putain, quel talent il a ce mec ! ».

Un bouquin où tout est d’une incroyable justesse, un bouquin que vous aurez bien du mal à lâcher une fois qu’il vous aura happé dans son implacable mécanique, un bouquin qui vous laissera KO debout, mais que vous refermerez à regret.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Antoine Renand – Fermer Les Yeux

AU MENU DU JOUR

A. Renand - Fermer les yeux
Titre : Fermer Les Yeux
Auteur : Antoine Renand
Éditeur : Robert Laffont
Parution : 2020
Origine : France
464 pages

De quoi ça cause ?

Dominique Tassi, retraité de la gendarmerie, est de plus en plus convaincu que quinze ans plus tôt, suite au meurtre sauvage d’une enfant, il a arrêté et fait condamner un innocent. Même si tout semblait accuser Gabin Lepage.

Emma Marciano, une jeune avocate, est plus que jamais déterminée à faire innocenter Gabin Lepage. Dominique Tassi lui sera d’une aide précieuse pour arriver à rétablir la vérité.

Le duo sera rejoint par Nathan Rey, un écrivain à succès, criminologue autodidacte spécialiste des tueurs en série.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est La Bête Noire, une collection de Robert Laffont qui ne m’a jamais déçu (même si je reconnais volontiers ne pas avoir lu tous les titres de la collection).

Parce que le premier roman d’Antoine Renand, L’Empathie, m’avait bluffé à plus d’un titre, il me tardait de découvrir si l’essai serait transformé.

Ma Chronique

Je remercie les éditions Robert Laffont et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si Fermer Les Yeux est bien le second roman publié d’Antoine Renand, il a été écrit des années avant L’Empathie sous la forme d’un scénario pour le cinéma. Même si le projet n’a jamais abouti, l’auteur restait convaincu du fort potentiel de son texte ; c’est donc une version réactualisée et enrichie qu’il nous propose de découvrir.

Private joke pour ceux et celles ayant lu (et apprécié ?) L’Empathie, à plusieurs reprises, par la voix d’Emma Marciano, l’auteur mentionne l’avocate Louisa Rauch ; la mère de l’enquêteur principal de son premier roman dans lequel elle prend activement part au déroulé de l’intrigue.

Une fois de plus Antoine Renand joue sur une intrigue en trompe l’œil, son côté classique cache en réalité un scénario bien plus fouillé et complexe qu’il ne le laisse présager.

Au fil des chapitres vous aurez maintes occasions de constater à quel point le titre du roman est bien choisi. Qu’il s’agisse de la justice qui préfère fermer les yeux sur ses erreurs plutôt que d’essayer de les réparer. Ou encore des notables qui ferment les yeux sur les propres déviances, aussi abjectes qu’elles puissent être, et se protègent entre nantis. Et je ne vous parle pas de l’ultime coup de théâtre !

Comme dans L’Empathie la griffe d’Antoine Renand s’impose dans le traitement de ses personnages, des personnalités fortes, mais pas invulnérables, qui traînent leurs blessures passées et leur zone d’ombre. C’est surtout vrai pour Dominique Tassi et Nathan Rey.

De la même façon, l’auteur saura rendre certains de ses personnages méprisables (c’est le cas notamment du capitaine Delalandre qui s’obstine à refuser de voir et d’écouter ce qui s’impose de plus en plus comme une évidence) et bien entendu son tueur en série est une ordure de la pire espèce (presque cliché, tant il cumule les tares).

En découvrant le personnage de Nathan Rey, j’ai immédiatement pensé à Stéphane Bourgoin ; il y a tellement de similitudes entre les deux que ça ne peut être dû au hasard ; qui plus est Stéphane Bourgoin est cité dans les remerciements de l’auteur.

En conclusion, avec ce second roman Antoine Renand transforme haut la main l’essai et confirme qu’il faut désormais compter sur lui dans le paysage de la littérature policière francophone.

VERDICT

Morceaux choisis :

[…] Nous sommes mieux armés, néanmoins la difficulté d’un procès en révision est d’obtenir que les gardiens du temple consentent à nous accorder la victoire…
— Les « gardiens du temple » ? répéta Nathan en fronçant les sourcils.
— Oui. Les magistrats, tout en haut, qui pensent que la justice ne peut pas se tromper ; ou alors que, quand elle se trompe, il vaut mieux ne pas le dire car l’admettre aurait des conséquences bien plus fâcheuses que la révision. On trouve des
gardiens du temple dans à peu près tous les domaines : l’armée, la politique, les arts…

La gendarmerie est une vieille dame, qui n’aime pas reconnaître ses erreurs…

— Tu sais forcément des choses… Il est hors de question que je me résigne à laisser tous ces types dans la nature…
— Parce que tu crois vraiment que ceux qui sont à la tête de ça seront inquiétés ?
[…] Ce genre de sociétés secrètes a toujours existé et existera toujours.
— S’ils restent intouchables, c’est seulement parce que des personnes comme toi sont corruptibles et se taisent. Ce ne sont que des hommes, on les trouvera !

[BOUQUINS] Adrian McKinty – La Chaîne

AU MENU DU JOUR

A. McKinty - La Chaîne

Titre : La Chaîne
Auteur : Adrian McKinty
Éditeur : Fayard
Parution : 2020
Origine : Irlande (2019)
400 pages

De quoi ça cause ?

Le monde de Rachel s’écroule quand elle apprend que sa fille a été enlevée. Pour la récupérer non seulement elle va devoir payer une rançon, mais aussi à son tour kidnapper un enfant et ainsi perpétuer la Chaîne…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est juste impossible de résister à un pitch pareil.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Fayard et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Je suppose que l’un des pires cauchemars que puisse vivre un parent est le kidnapping de son enfant. Présentement Adrian McKinty repousse les limites du cauchemar en obligeant le parent déjà fortement ébranlé à devenir lui-même un kidnappeur et ainsi à faire vivre la même épreuve à un autre parent. Difficile d’imaginer un scénario plus pervers et plus sadique.

La première partie du roman est une totale réussite. On y suit le parcours de Rachel, contrainte d’enlever un enfant si elle veut sauver sa propre fille. On vit intensément le cauchemar de Rachel et tout ce qui lui passe par la tête au fur et à mesure qu’elle met son plan en application. L’auteur dose avec justesse les phases d’action et celles de réflexion.

Malheureusement l’implacable mécanique, que l’on pensait pourtant bien rodée, se grippe dans la seconde partie du récit. Vouloir anéantir la Chaîne, après ce qu’elle leur a fait subir, est en soi légitime, mais on a parfois l’impression que Adrian McKinty veut en finir au plus vite, quitte à brûler des étapes. Les choses s’enchaînent trop rapidement, avec trop de facilité et de façon trop prévisible. Bref, le capital crédibilité de l’intrigue fond comme neige au soleil.

Il serait sévère et injuste pour le coup de considérer cette seconde partie comme bâclée, elle n’est simplement pas à l a hauteur des promesses que nous faisait miroiter une première partie tout simplement géniale. Du coup il est difficile de masquer sa déception, un peu comme si on te promet du caviar, mais qu’on te sert des œufs de lump premier prix.

Impossible de ne pas s’attacher au personnage de Rachel, divorcée depuis peu, elle reste toutefois en très bon terme avec son ex-mari. Mauvais karma, alors même que sa fille est enlevée, elle apprend que son cancer récidive et va de nouveau devoir subir les affres de la chimiothérapie.

Dans l’ensemble l’auteur apporte beaucoup de soins à ses personnages, mention spéciale aux jumeaux maléfiques qui vous feront froid dans le dos plus d’une fois.

Son intrigue est aussi pour l’auteur l’occasion de pointer du doigt l’importance que les réseaux sociaux a prise dans le quotidien de chacun (et pas uniquement des ados), et comment ils peuvent se retourner contre leurs utilisateurs.

George Orwell se trompait. Dans le futur, ce ne sera pas l’État qui aura l’œil sur chaque individu avec de gros systèmes de surveillance. Les gens se chargeront de ça eux-mêmes. Ils mâcheront le travail à l’État en mettant sans cesse en ligne les lieux où ils se trouvent, leurs centres d’intérêt, leurs goûts culinaires, leurs restaurants préférés, leurs idées politiques et leurs loisirs. Tout ça sur Facebook, Twitter, Instagram et les autres réseaux sociaux. Nous sommes notre propre police politique.

Je referme ce bouquin globalement satisfait par cette découverte, et ce malgré l’impression tenace que l’intrigue aurait pu être encore plus aboutie. Là où ça aurait pu être un excellent thriller, nous n’avons « qu’un » très bon thriller.

Avant de lire La Chaîne je n’avais jamais entendu parler d’Adrian McKinty, le bonhomme n’en est pourtant pas à son coup d’essai et à déjà quelques romans policiers à son actif. Il va falloir que je me penche plus attentivement sur la question…

MON VERDICT
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[BOUQUINS] Freeric Huginn – Spirale Interdite

AU MENU DU JOUR

F. Huginn - Spirale Interdite

Titre : Spirale Interdite
Auteur : Freeric Huginn
Éditeur : Auto-édition
Parution : 2020
Origine : France
202 pages

De quoi ça cause ?

À la fin de son service au sein de la Légion et après une courte période d’activité au sein d’un abattoir, Steve ne voit aucune voie se profiler quant à son avenir.

C’est alors qu’il rencontre Lucie, une adolescente en passe de se suicider en se jetant du haut d’un pont. Le coup de foudre est immédiat, mais Lucie ne supporte plus vivre sous le joug d’un beau-père qui abuse d’elle.

Qu’à cela ne tienne, il suffit de se débarrasser du beau-père pervers. Une exécution qui va entraîner les deux « amants justiciers » dans une spirale meurtrière dont ils sont loin d’imaginer les sombres imbrications…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que Freeric Huginn, via son compte Facebook, cherchait des volontaires pour leur envoyer en SP son dernier roman. Le pitch peu dissert et ténébreux à souhait ayant titillé ma curiosité j’ai postulé.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement Freeric Huginn pour l’envoi de son roman et l’occasion de le découvrir en avant-première (sortie annoncée pour le 8 avril).

Vous le savez peut-être (ou pas), j’aime mettre en avant les romans auto-édités, surtout quand ceux-ci bénéficient d’une finition quasi-professionnelle (ce qui est le cas ici). Les journées ne faisant que 24 heures, les obligations du quotidien et le calendrier des sorties littéraires font que j’ai moins de temps que je ne le voudrais à consacrer à l’auto-édition.

En suivant le périple meurtrier de Steve et Lucie, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec un autre couple de célèbres amants criminels : Bonnie Parker & Clyde Barrow. Quitte à prendre certaines libertés avec la réalité des faits, je pense instinctivement au film d’Arthur Penn (avec Warren Beatty et Faye Dunaway dans les rôles-titres) ou encore à la chanson de Gainsbourg qu’il interprète en duo avec Brigitte Bardot. Bref une version édulcorée et idéalisée du couple maudit.

N’allez toutefois pas imaginer que je cautionne l’auto-justice en tant substitut aux lacunes du système judiciaire. Il n’en reste pas moins que, comme le disait fort justement Jean de la Fontaine (et plus tard Michel Sardou) : « Selon que vous serez puissant ou misérable Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » J’aimerai croire que ce n’est plus vrai de nos jours, mais je n’évolue pas au pays des Bisounours.

Je ne vous cacherai toutefois pas que quand Steve et Lucie dézinguent du pédophile j’ai du mal à avoir une quelconque forme de pitié pour leurs victimes. Quant aux ordures qui tabassent leurs femmes ou leurs animaux, s’ils m’inspirent le plus profond des mépris, et parfois me donnent des envies de meurtres, je reconnais volontiers que cette solution serait sans doute un tantinet disproportionnée (ce qui n’enlève rien à son efficacité et empêche toute récidive).

Mais je m’égare et digresse, car tel n’est point le propos de Freeric Huginn. Vous connaissez le refrain, que l’auteur rappelle en préambule à son roman : « Les opinions exprimées par les personnages de ce roman leur appartiennent, elles ne reflètent en rien celles de l’auteur. » Je tiens d’ailleurs à confirmer qu’à aucun moment le bouquin ne prend la forme d’un pamphlet contre le système (hormis dans l’esprit de ses personnages) ou d’un plaidoyer favorable à l’auto-justice (idem).

Tout ça pour dire que sans aller jusqu’à approuver leurs actes, j’ai trouvé que les personnages de Steve et Lucie étaient attachants. Au-delà de leurs crimes, l’auteur nous les dépeint avec beaucoup d’humanité… même s’ils n’ont plus vraiment foi en l’humain.

À l’inverse le personnage de Franck Leboeuf, ex-flic qui reprend, officieusement, du service pour traquer nos « amants justiciers », passe de prime abord pour un con fini (il n’a même pas l’excuse d’être confiné) au vu des idées qu’il exprime. Il ne faut pas se limiter à la surface visible de l’iceberg, en l’occurrence à l’image qu’il renvoie (ce qui est aussi vrai dans la vraie vie, l’image que tu donnes de toi n’est pas forcément le reflet de ta personnalité réelle mais une image volontairement biaisée par un miroir déformant, voire une armure pour te protéger des autres).

L’intrigue imaginée par Freeric Huginn est à l’image de ses personnages, vous n’allez pas simplement embarquer pour un road trip sanglant, les choses vont se densifier et se complexifier au fur et à mesure que les rouages de son implacable mécanique se révéleront.

Le roman fait un peu d’office d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), tout comme son auteur il ne se laissera pas facilement enfermer dans une catégorie trop normée ou formatée, comme aurait pu dire l’autre : « Vous n’aurez pas leur liberté de penser ! » (Florent, si tu me lis…).

J’ai passé un très agréable moment en compagnie de ce bouquin, dévoré le temps d’un week-end (c’est rare que je m’accorde le temps de lire le week-end, mais là je n’ai pas pu décrocher).

MON VERDICT