[BOUQUINS] Kate Mosse – La Cité De Feu

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K. Mosse - La Cité de Feu

Titre : La Cité De Feu
Auteur : Kate Mosse
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2018)
608 pages

De quoi ça cause ?

France, 1562. Les tensions entre catholiques et protestants montent, le royaume se déchire.

À Carcassonne, Marguerite Joubert, une jeune libraire catholique, fait la connaissance de Piet, un protestant dont la vie est en danger. Alors que la violence commence à se déchaîner dans la région, le couple se retrouve bientôt au centre d’un vaste complot, lié à une sainte relique volée et à un testament très convoité.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine. Bien que n’étant pas forcément réceptif aux romans historiques et moins encore quand il est question de guerre de religion, j’ai une totale confiance en cette maison d’édition.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

J’avoue sans la moindre honte qu’avant de découvrir ce roman au catalogue des éditions Sonatine je n’avais jamais entendu parler de Kate Mosse. À ma décharge je ne suis pas particulièrement friand des romans historiques. Après quelques recherches sur Internet (merci Google et Wikipedia) j’ai réalisé que l’auteure était une référence du genre, certains n’hésitant pas à la définir comme étant l’équivalent féminin de Ken Follett (jamais lu non plus, mais je connais de nom).

Si vous me suivez depuis déjà quelques temps vous savez que je suis viscéralement athée et plus encore anticlérical… bref j’exècre tout ce qui a trait aux religions (oui, je les fous toutes dans le même panier).

Gros challenge pour ce roman, il doit réussir à me plonger en immersion dans un roman historique qui se déroule justement en pleine guerre de religion. Le pari n’était pas gagné d’avance.

La Cité De Feu est le premier tome d’une ambitieuse tétralogie qui promet de nous faire voyager à la fois dans l’espace et dans le temps. En compagnie de Kate Mosse et de ses personnages nous traverserons 300 ans d’Histoire, une saga qui débute en France au XVIe siècle pour s’achever en Afrique du Sud au XIXe siècle.

Le roman s’ouvre de fait sur un prologue qui nous transporte dans un trou perdu au fin fond de l’Afrique du Sud en 1862. Une femme arrive devant une tombe, elle ne le sait pas encore mais elle n’est pas seule dans ce désert. Est-ce le début de la fin ? La fin d’une histoire commencée trois siècles plus tôt en France.

Et nous voilà propulsé 300 ans plus tôt, là où tout a commencé. An de grâce 1562, Carcassonne. Quelques semaines avant le massacre de Vassy qui marquera le début de la première guerre de religion opposant catholiques et protestants.

Contre toute attente il n’aura fallu que quelques pages à Kate Mosse pour m’embarquer corps et âme. J’ai d’abord été totalement convaincu par la qualité de la reconstitution historique, même si je suis loin d’être un expert en la matière ; c’est totalement crédible, cela me suffit amplement.

J’ai aussi apprécié le traitement des personnages, l’auteure donne à chacun une véritable profondeur et une personnalité qui lui est propre. Elle sait aussi y faire pour orienter notre empathie vers certains personnages, en rendre d’autres en tout point méprisables et entretenir le doute sur d’autres encore.

Nul besoin d’avoir fait Normale Sup pour deviner, dès leur première rencontre, que Minou et Piet finiront dans les bras l’un de l’autre. De même que certaines grandes lignes de l’intrigue sautent aux yeux comme une verrue poilue sur le nez. Mais il n’en reste pas moins que l’on a envie de se laisser porter par le récit, d’en découvrir les tenants et les aboutissants et surtout de savoir comment Kate Mosse va nous y amener… et à quel prix pour ses personnages. Tant et si bien que le roman se lit véritablement comme un thriller.

À travers ses personnages féminins, l’auteur souligne la place de la femme dans la société de l’époque. Si Minou bénéficie d’une grande liberté de mouvement et d’expression, il n’en va pas de même pour sa tante, Mme Boussay, épouse effacée d’un notable à Toulouse. Mais comme le dit fort justement l’adage, il faut parfois se méfier de l’eau qui dort.

En refermant ce bouquin, non seulement il me tarde de découvrir la suite (le second tome est d’ores et déjà disponible en VO), mais en plus ça m’a donné envie de plonger plus avant dans l’univers de l’auteure, notamment via sa Trilogie du Languedoc qui semble être un must du genre.

Au fil du temps, les protestants ne furent malheureusement pas les premières (ni les dernières) victimes du puissant clergé catholique, avec ou sans le bras armé de l’Inquisition. Au XIIIe siècle les cathares ont été littéralement exterminés par les catholiques, au XIVe siècle ce sont les Templiers qui seront traqués et éliminés. Et encore, je ne vous parle pas des juifs qui seront à maintes reprises victimes de l’intégrisme catholique. Et dire que ça prêche la tolérance !

Je ne résiste pas à une ultime pique à destination des culs bénits en citant un personnage du roman qui, alors que sa future victime en appelle à sa conscience, lui répond froidement :

Je n’aurai rien sur la conscience. Je confesserai mes péchés et mon âme sera de nouveau comme neuve, tandis que toi, catin de huguenote, tu paraîtras devant Dieu sans t’être confessée, grevée de tous tes péchés.

On pourrait m’objecter qu’il faut replacer la chose dans son contexte historique, sauf que j’ai entendu grosso modo ce même genre d’argument foireux  venant d’une racaille quelconque qui venait d’être interpellée après son forfait. Comme si le simple fait de sucer son hostie à la messe du dimanche matin effaçait toutes ses conneries de la semaine.

MON VERDICT

[BOUQUINS] T.E. Grau – Je Suis Le Fleuve

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T.E. Grau - Je suis le fleuve

Titre : Je Suis Le Fleuve
Auteur : T.E. Grau
Éditeur : Sonatine
Parution : 2020
Origine : États-Unis (2018)
288 pages

De quoi ça cause ?

Israel Broussard, vétéran de la guerre du Vietnam, peine à trouver le repos et la paix depuis son arrivée à Bangkok cinq ans plus tôt. Tourmenté par ses souvenirs et de vieux démons du passé c’est dans l’alcool et la drogue qu’il cherche l’oubli.

Tout a commencé cinq ans plus tôt, au Laos. Broussard et une poignée de soldats américains ont été recrutés pour participer à une mission clandestine, l’opération Algernon. Et si la clé de sa rédemption se trouvait justement au Laos…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et que le pitch me semblait prometteur.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Le moins que l’on puisse dire c’est que mon premier contact avec ce roman a failli tourner court. Après quelques pages lues qui semblaient n’avoir ni queue ni tête et/ou écrites sous l’influence de substances illicites, j’ai hésité à l’envoyer valdinguer pour passer à autre chose.

C’est la qualité de l’écriture (et donc de la traduction), non dénuée d’une certaine poésie (à tendance psychédélique certes) qui m’a persuadé de persévérer et de lui laisser sa chance. Ça et sans doute aussi le nombre de pages relativement réduit.

Force m’est de reconnaître que j’ai été plutôt bien inspiré, même si la déception de ce premier contact gâché ne m’a jamais totalement quitté. Non seulement les choses se précisent au fil des pages, mais même les dérives / délires de Broussard finissent par faire sens (plus ou moins en tout cas).

Si aujourd’hui le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est un phénomène connu chez les vétérans, ce n’était certainement pas le cas dans les années 70 / 80. Si on situe la fameuse opération Algernon en 1971 (soit dit en passant le conflit vietnamien commençait déjà à furieusement sentir le sapin et la merde pour les USA), on peut en déduire que l’intrigue actuelle du roman se déroule en 1976.

Ajoutons à cela que le soldat Israel Broussard pourrait être un cas d’écoles pour les spécialistes du SSPT, dans le genre polytraumatisé il décroche le pompon haut la main !

Le moment me semble judicieux pour soulever un deuxième bémol relatif à ce roman. A aucun moment je n’ai réussi à éprouver une quelconque empathie pour les personnages. Qu’il s’agisse de Broussard ou des autres, j’ai instinctivement dressé une barrière entre eux et moi. Et pourtant je ne peux que reconnaître que T.E. Grau apporte beaucoup de soins à brosser ses personnages et leurs personnalités.

Les chapitres alternent entre les souvenirs de Broussard qui remontent peu à peu à la surface (principalement ceux ayant trait à l’opération Algernon) et sa dérive dans les coins les plus glauques de Bangkok… dérive qui semble le mener tout droit vers un naufrage inexorable, sauf que la mort ne semble pas vouloir de lui, comme si elle était un châtiment trop clément pour expier ses fautes.

Si vous souhaitez embarquer avec Broussard pour une croisière le long du Fleuve, sachez que ledit fleuve est du genre agité et que le voyage ne vous laissera pas indemne. L’auteur n’hésite pas à malmener son (anti)héros et ses lecteurs, et il le fait avec brio.

Malgré d’indéniables qualités, je n’ai pas été totalement embarqué ; il n’en reste pas moins que je referme ce bouquin sur un sentiment globalement positif.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Elly Griffiths – Le Journal De Claire Cassidy

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E. Griffiths - Le journal de Claire Cassidy

Titre : Le Journal De Claire Cassidy
Auteur : Elly Griffiths
Éditeur : Hugo
Parution : 2020
Origine : Angleterre (2018)
444 pages

De quoi ça cause ?

Ella Elphick, prof d’anglais au collège de Talgarth High, est retrouvée morte à son domicile. Elle a été poignardée à plusieurs reprises, son assassin a laissé un message sibyllin près du corps : « L’Enfer est vide ».

Les collègues et les élèves de la victime sont sous le choc. C’est notamment le cas de Claire Cassidy qui enseigne elle aussi l’anglais et était proche d’Ella.

L’enquête est confiée aux lieutenants Harbinder Kaur et Neil Winston. Pas d’indice exploitable sur la scène de crime, des témoins qui semblent volontairement omettre certains détails… l’affaire va rapidement s’avérer plus complexe qu’elle ne le laissait présager.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que les éditions Hugo sont désormais partenaires de la plateforme Net Galley. Un éditeur qui m’a souvent réservé de belles surprises. C’est donc tout naturellement que je me suis laissé tenter par ce roman présenté comme « le thriller de l’année ».

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Hugo et Net Galley pour leur confiance qui me permet de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 2 janvier).

Par contre quelle déception de recevoir le bouquin au format PDF ! Messieurs les éditeurs, il faut vivre avec son temps, le PDF c’était AVANT ! Vos arguments sécuritaires ne tiennent pas la route, c’est indigne de votre métier de ne pas privilégier le confort et le plaisir du lecteur.

Double peine avec ce roman, le fichier est en mode paysage, chaque page PDF présentant deux pages papier côte à côte. Une fois la structure du fichier epub construite, c’est en faisant un copier-coller page par page qui j’ai alimenté les chapitres.

Un bémol que je continuerai à signaler chaque fois que je recevrai un titre au format PDF, plus encore quand cela n’est pas indiqué sur la fiche du bouquin. Un bémol que je ne sanctionne pas (pas encore en tout cas) dans mon verdict final, même si j’avoue volontiers que parfois ça me démange de défalquer à ma note un point de malus.

Si de prime abord l’intrigue ne brille pas forcément par son originalité, le roman d’Elly Griffiths réussit toutefois à tirer son épingle du jeu et a de nombreux atouts pour séduire les lecteurs adeptes du genre.

Les chapitres, tous rédigés à la première personne, alternent entre les points de vue de Claire Cassidy, Georgia Newton, sa fille, et Harbinder Kaur, la lieutenant en charge de l’enquête. Un exercice de style intéressant qui permet de partager le vécu et le ressenti des différents personnages porteurs de l’intrigue.

Les personnages secondaires ne sont pas laissés pour compte, tous sont traités avec la même attention, quel que soit leur rôle dans le déroulé des événements.

L’auteure nous propose un récit à double entrée. En plus de l’intrigue principale, autour du meurtre d’Ella (et plus si affinités), Claire essaye de percer les secrets de R.M. Holland, un auteur de l’époque victorienne dont la nouvelle, L’Inconnu, semble étroitement liée aux événements qui agitent Talgarth High (qui fut aussi la résidence de l’auteur).

De fait, au fil de la lecture le texte de L’Inconnu vous sera peu à peu dévoilé, avant d’être repris en intégralité à la fin du roman avec sa chute.

Inutile de vous ruer sur Google pour chercher des infos sur ce R.M. Holland, c’est un auteur créé de toutes pièces par Elly Griffiths pour les besoins de son intrigue. On se prend vite au jeu, à tel point que l’on en viendrait presque à regretter de ne pas avoir toutes les réponses sur ce point.

Au final ce roman est maîtrisé de bout en bout, il vous propose une intrigue riche en rebondissements et autres revirements de situation. Vous n’en finirez pas de vous poser des questions et de remettre en cause vos certitudes avant d’être totalement pris au dépourvu par le revirement final (voire même par la double révélation finale).

MON VERDICT

[BOUQUINS] Chrystel Duchamp – L’Art Du Meurtre

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C. Duchamp - L'Art Du Meurtre
Titre : L’Art Du Meurtre
Auteur : Chrystel Dubois
Éditeur : L’Archipel
Parution : 2020
Origine : France
272 pages

De quoi ça cause ?

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !

Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur d’art – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.

Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que le titre et le pitch m’ont attiré, l’idée de mélanger la beauté de l’art et l’horreur du crime est plutôt audacieuse sur le papier… je voulais voir ce que ça donnait dans les faits.

Ma Chronique

Je remercie les éditions l’Archipel et Net Galley pour leur confiance renouvelée et l’occasion de découvrir ce roman en avant-première (sortie le 16 janvier).

Un roman reçu au format PDF que j’ai entrepris de convertir au format epub pour profiter pleinement de ma lecture. Je venais de finaliser la chose quand j’ai découvert qu’il était désormais disponible en epub via Net Galley. C’est donc cette version que j’ai lue, la mienne est passée à la corbeille sans appel.

Et si on commençait par faire les présentations avant d’entrer dans le vif du sujet. Avec les trois personnages principaux qui portent cette intrigue. Deux femmes flics au caractère bien trempé, liées par une amitié indéfectible malgré quelques divergences de point de vue. Et un marchand d’art qui passera de suspect potentiel à consultant officieux… et plus si affinités !

Audrey Durand est lieutenante à la PJ, mais aussi une passionnée d’art. Son métier est sa raison d’être, obstinée elle dissimule ses blessures passées derrière des excès en tout genre (alcool, cannabis, médocs, plans cul sans lendemain…) qui ne manquent pas d’inquiéter ses proches. Pour elle, il ne fait aucun doute que l’art est le fil rouge qui relie les différentes scènes de crime.

À commencer par Patricia Levêque, capitaine à la PJ, supérieure et amie d’Audrey. Mariée et mère de deux grands enfants, elle va devoir composer avec le retour inopiné de son cadet qui a opté pour une vie de marginal. Pas franchement convaincue par la vague théorie artistique défendue par Audrey, elle va pousser son équipe à explorer d’autres pistes.

Joël Dunière est un marchand d’art étroitement lié, de par sa profession, aux deux premières victimes. Une position qui lui vaudra de passer pour un suspect potentiel avant de se rapprocher d’Audrey et de l’aider à creuser la piste artistique.

Puis il y a le reste de l’équipe, tiraillé entre les intuitions d’Audrey et les ordres de Patricia. Chrystel Duchamp apporte beaucoup de soins à ses personnages, elle nous brosse ainsi une galerie de portraits pleine de vie et d’humanité.

Mais l’auteure de néglige pas pour autant ses scènes de crime, combinant adroitement un réel sens esthétique et la sauvagerie des meurtres.

Je ne suis pas spécialement amateur d’art et ne connais pas grand-chose aux différents courants artistiques, mais il n’en reste pas moins que j’ai trouvé cette intrigue très bien ficelée et captivante. Je suis parti curieux (voire dubitatif), je referme ce bouquin totalement convaincu.

Alors que le fin mot de l’histoire nous est révélé, je pestais intérieurement en me disant qu’elle (Chrystel Duchamp) ne pouvait pas nous faire un coup pareil. C’était sans compter sur l’ultime rebond qui vient combler les vides en laissant le lecteur en état de KO technique.

Une version epub qui aurait mérité un travail de finition un peu plus abouti, notamment au niveau des insécables qui sont pratiquement inexistants. Concrètement c’est quasiment invisible pour le lecteur (hormis quelques retours à la ligne un peu hasardeux), toutefois les insécables font partie intégrante des bonnes pratiques de la typographie numérique et contribuent de fait à optimiser le plaisir de la lecture.

MON VERDICT

[BD] Lapuss’ – Putain De Chat

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Lapuss - Putain De Chat

Titre : Putain De Chat
Auteur : Lapuss’
Éditeur : Monsieur Pop Corn (2016)
Réédition : Kennes (2019)
Origine : Belgique
64 pages

De quoi ça cause ?

Lapuss’ vous présente son chat, Moustique. Moustique est tout sauf adorable, mignon, joueur et espiègle… c’est vraiment un putain de chat !

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Ça fait déjà quelques années que je suis abonné à la page Facebook Putain de Chat et que je suis avec le même plaisir sadique les sombres desseins de Moustique.

Le premier tome de la version BD étant proposé en accès libre chez Net Galley, je me suis volontiers laissé tenter par une redécouverte.

Ma Chronique

C’est la première fois que je propose une chronique d’une BD. Je n’ai rien contre la BD, j’en ai lu beaucoup parmi les classiques (Tintin, Achille Talon, Gaston Lagaffe, Astérix, Les Tuniques Bleues, Lucky Luke…) et quand un nouvel album sort je le lis avec plaisir. Assez peu de référence en matière de BD plus modernes et plus adultes ; j’avais commencé à m’intéresser à The Walking Dead mais j’ai rapidement décroché, par contre j’ai bien aimé la série Sin City de Frank Miller. Et pas du tout attiré par l’univers des Mangas.

Revenons à nos moutons, ou plus exactement à notre chat…

Si vous suivez régulièrement la page Facebook ces quelques planches vous rappelleront de bons souvenirs, avec les premières apparitions de Moustique, quelques inédits auraient toutefois été un plus appréciable.

Si vous ne connaissez pas encore Lapuss’ et son Putain De Chat, je vous invite à vous abonner à sa page FB. Chaque planche propose une courte scène divisée en quelques vignettes (le plus souvent 4, mais ça peut être moins).

Le dessin est plutôt minimaliste mais propre et suffisant pour faire passer le message. Assez peu de dialogues mais ils font souvent mouche ; sachez toutefois que ce brave Moustique n’a pas la langue dans sa poche et a un langage plutôt fleuri.

J’aime beaucoup l’humour (noir) de Lapuss’ mais franchement je ne dépenserai pas 8€ pour m’offrir une BD qui ne propose aucune planche inédite et se lit en un petit quart d’heure (sans se presser).

S’agissant de planches de taille réduite, le format PDF n’est pas un frein à la lecture. Pour les BD plus conséquentes, le format CBR est bien plus adapté à une lecture à l’écran.

Si je ne me l’achèterai pas, il n’est toutefois pas exclu que je puisse l’offrir, dans sa version BD classique, à quelqu’un qui ne connaîtrait pas encore la série. D’autant qu’il existe des coffrets regroupant les 3 premiers tomes ou les 5 tomes parus à ce jour.

Pour mon verdict, je me place dans la position d’un lecteur qui découvrirait les planches pour la première fois. La note de 4 se justifierait pour le ton résolument décalé de la BD, mais pour le rapport qualité/prix je lui retire un demi point.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques Saussey – Du Poison Dans La Tête

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J. Saussey - Du Poison Dans La Tête

Titre : Du Poison Dans La Tête
Série : Magne & Heslin – Tome 8
Auteur : Jacques Saussey
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
592 pages

De quoi ça cause ?

Daniel Magne reçoit un paquet de la part d’un ancien camarade de classe récemment décédé. A l’intérieur se trouve un brusque rappel d’une blessure secrète jamais complètement refermée : le meurtre de la jeune Fanny Delaunay peu avant la rentrée des classes de 1975. Une affaire jamais élucidée. Fanny était alors son premier amour.

Lisa Heslin se fait du souci pour Oscar leur fils, celui-ci semble être le souffre-douleur de trois élèves du collège. Mais Oscar nie, quand il ne se mure pas dans le silence.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que ça faisait déjà quelques temps que j’avais envie de découvrir l’univers littéraire de Jacques Saussey ; c’est tout naturellement que j’ai jeté mon dévolu sur son dernier roman en date.

Ce n’est qu’après coup que j’ai vu qu’il s’agissait du huitième opus du duo policier Daniel Magne et Lisa Heslin. Tant pis, ce n’est pas la première fois que je prends le train en route (le plus dur étant de trouver la motivation pour remonter les wagons de retard si la sauce prend).

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour leur confiance.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets (cf ma chronique de Laisse Le Monde Tomber), j’ai eu la désagréable surprise de découvrir que le bouquin était au format PDF. J’ai donc dû revêtir mon uniforme d’artisan ebooker afin de me bricoler une version au format epub du roman.

Il faudrait vraiment que je prenne le temps de lire intégralement la fiche du bouquin chez Net Galley, de la sorte je pourrai éviter de solliciter des envois au format PDF (quand l’information figure en clair). Sauf que j’ai quand même vachement envie de lire ces satanés bouquins !

Difficile, pour ne pas dire impossible, de vous proposer un pitch exhaustif de ce roman tant l’intrigue part dans de multiples directions, sans qu’il existe de fil rouge entre elles sinon leurs répercussions sur la vie du couple Magne et Heslin (et encore toute une partie de l’intrigue ne les impacte pas directement).

Si comme moi vous prenez le train Magne / Heslin en route vous allez rapidement vous rendre compte que vous ne débarquez pas forcément au moment le plus opportun. Chacun est en effet très occupé ou préoccupé… et ça ne fait que commencer !

Jacques Saussey nous propose une intrigue à dimensions multiples, les différents arcs narratifs n’étant pas non plus forcément liés les uns aux autres. Ça pourrait rapidement devenir un sac de nœud inextricable mais l’auteur sait rester maître de son sujet et n’embrouille jamais le lecteur. Il mène sa barque (ou plutôt ses galères) sans jamais perdre le contrôle de l’ensemble.

À la base c’est le côté pervers narcissique de l’intrigue qui m’a attiré, l’auteur décrit avec beaucoup de réalisme et de pertinence le lent processus de destruction / soumission psychologique (d’où le titre du roman) que ces salopards déploient pour s’assurer que leur victime reste sous leur coupe. C’est incontestablement l’aspect de l’intrigue qui m’a le plus captivé, et il n’implique quasiment pas ni Daniel Magne, ni Lisa Heslin.

Le côté obsessionnel de la quête de justice (ou plus exactement de vengeance) de Daniel Magne m’a parfois perturbé. Je peux comprendre ce besoin de comprendre mais il aurait parfaitement pu mener sa mission sans négliger ses proches. Force m’est de reconnaître que j’ai trouvé qu’il jouait franchement au con au niveau de sa relation avec Lisa Heslin. Rien d’étonnant donc à ce que ça finisse par lui revenir en pleine gueule.

Ce ne sont que deux arcs narratifs de l’intrigue, il y en a bien d’autres que je vous laisse découvrir…

J’ai particulièrement apprécié la dimension humaine du récit, même si je découvrais les différents acteurs je les ai tout de suite appréciés (qu’il s’agisse du couple Magne / Heslin ou du duo d’enquêteurs Fred / Ludo). Je suppose que pour les lecteurs qui suivent ces personnages depuis le début cet attachement au côté humain est encore plus flagrant.

Pour une découverte je peux d’ores et déjà affirmer que je suis sous le charme de l’écriture de Jacques Saussey. Ce bouquin est un sans-faute, qu’il s’agisse de l’intrigue, des personnages ou du style de l’auteur. Incontestablement de quoi me donner envie de me pencher sur ses prochains romans, et, si l’occasion se présente, de découvrir ses précédents.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Jacques-Olivier Bosco – Laisse Le Monde Tomber

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JOB - Laisse le monde tomber
Titre : Laisse Le Monde Tomber
Auteur : Jacques-Olivier Bosco
Éditeur : French Pulp
Parution : 2019
Origine : France
372 pages

De quoi ça cause ?

Des corps retrouvés atrocement mutilés dans une cité de banlieue. La cité est au bord de l’explosion. Jef et Hélène, les enquêteurs en charge de cette affaire sont sur les nerfs.

Un gang de braqueurs tueurs de flic insaisissable multiplie les coups d’éclats meurtriers à travers toute l’Europe. Tracy, chef de groupe à l’ORCTIS de Nanterre, s’est jurée de mettre fin au carnage.

Deux affaires qui non a priori aucun lien entre elles mais qui vont pourtant sceller le destin des trois flics…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Jacques-Olivier Bosco, un auteur que j’ai découvert récemment via son diptyque Brutale / Coupable mettant en scène Lise Lartéguy ; un personnage pour qui j’ai eu un véritable coup de foudre littéraire.

Ma Chronique

Je remercie les éditions French Pulp et Net Galley pour leur confiance.

Dommage en revanche que le fichier transmis ait été une version non définitive au format PDF. Ce qui pour moi signifie rédhibitoire, sauf travail de conversion préalable ; et c’est ce à quoi je me suis attelé afin de pouvoir le lire au format epub et obtenir une version finalisée à archiver dans ma bibliothèque numérique.

Avec ce roman Jacques-Olivier Bosco (JOB) nous offre un thriller profondément humain en mettant en avant trois flics qui, loin d’être des machines de guerre déshumanisées façon Robocop, doivent au contraire composer avec leur vécu et leurs blessures. Trois flics à vif qui n’hésitent pas à se mouiller et à mettre les mains dans le cambouis quand la situation l’impose.

Jef est rongé par la culpabilité mais trop respectueux du cadre juridique (et sans doute aussi un tantinet trop lâche) pour mener à bien sa vengeance. Hélène, sa coéquipière est une boule de nerfs toujours prête à en découdre, quitte à se mettre parfois (souvent) en danger. Quant à Tracy, elle rêve de vengeance depuis que son frère a été assassiné sous ses yeux, victime du terrorisme islamiste, dans la nuit du 13 novembre 2015.

Les deux premiers vont être appelés sur une scène de crime particulièrement sauvage, un enfant de la cité a été démembré par un animal. Ça pourrait être un chien dressé pour tuer mais de nombreux détails morphologiques ne collent pas. Quand d’autres victimes apparaissent la cité commence à crier vengeance, d’autant que l’enquête de police piétine.

Tracy et son groupe sont sur la piste d’un gang de braqueurs qui semble prendre un plaisir pervers à tuer un maximum de flics à chaque opération. Le trio à la tête du gang est identifié mais demeure insaisissable.

Un trio pour lequel on se prendra vite d’empathie, JOB sait y faire pour que mêmes leurs défauts contribuent à rendre ses personnages plus attachants… plus humains, tout simplement.

Vous l’aurez compris, si l’auteur attache une grande importance à la psychologie de ses personnages, il n’en délaisse pas moins son intrigue (ses intrigues même, avant que les deux arcs narratifs ne se rejoignent). Une intrigue aussi musclée que rythmée qui mènera la vie dure à nos trois flics et mettra parfois vos nerfs à rude épreuves.

JOB fait mouche dès les premières pages de son roman, il impose d’entrée de jeu une ambiance aussi sombre que tendue, tension qui ne baissera pas d’un cran (au contraire) jusqu’au dénouement. Et quel dénouement !

La narration est très visuelle, à ce titre vous pouvez vous attendre à en prendre plein les mirettes. Gaffe aux giclées de sang, viscères et autres joyeusetés. Même au cœur de l’action la plus débridée, l’intrigue reste profondément ancrée dans la réalité. Une réalité que certains espèrent ne pas voir en optant pour la politique de l’autruche. Pour ma part j’espère, ne serait-ce que par respect pour l’animal, que ces chiens de combat 2.0 sont le fruit de l’imagination de l’auteur…

Une fois de plus JOB nous livre un page-turner impossible à lâcher, une fois de plus on en prend plein la gueule et on en redemande.

L’ultime chapitre nous réserve quelques surprises en forme de clins d’œil et caméos, avec notamment une brève apparition de Lise Lartéguy. De là à penser que certains personnages pourraient être de retour dans un second opus, il n’y a qu’un pas. Si ça ne tenait qu’à moi je le franchirais volontiers (il y a matière à une suite), mais c’est bien entendu JOB qui aura le dernier mot sur ce point.

MON VERDICT
Coup de poing

[BOUQUINS] Paul Cleave – Cauchemar

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P. Cleave - Cauchemar
Titre : Cauchemar
Auteur : Paul Cleave
Éditeur : Sonatine
Parution : 2019
Origine : Nouvelle-Zélande
448 pages

De quoi ça cause ?

Acacia Pine, États-Unis. Une petite fille, Alyssa Stone a mystérieusement disparu. Noah, un des flics du village fait irruption chez le principal suspect. Envahi par la colère, il le séquestre et le torture jusqu’à ce que l’homme lui révèle le lieu où Alyssa est captive. Noah file alors vers une vieille maison abandonnée, la ferme des Kelly, où il la retrouve enchaînée dans la cave, encore en vie.

Fin de l’histoire ? Non, début de l’histoire. Dévoiler davantage la suite des événements serait criminel. Sachez seulement que ceux-ci se passent douze ans plus tard. Le jour où Alyssa est à nouveau portée disparue. Et que le cauchemar recommence.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Sonatine et parce que c’est Paul Cleave. J’ai lu et apprécié un précédent roman de l’auteur, Un Père Idéal, il y a quelques années. Les aléas et le rythme de croissance de mon Stock à Lire Numérique ont fait que je n’ai pas eu l’occasion de me pencher sur ses titres suivants. Je profite de la sortie de Cauchemar, pour réparer cet impair.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Sonatine et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Cauchemar est le premier roman de l’auteur dont l’action ne se déroule pas à Christchurch (Nouvelle-Zélande) mais à Acacia Pine, une petite ville fictive située aux Etats-Unis. Un changement de décor rendu obligatoire par la nature même de l’intrigue comme nous l’explique Paul Cleave dans ses remerciements.

Un thriller qui commence là où d’autres pourraient s’arrêter puisqu’il s’ouvre sur la libération d’une petite fille, Alyssa, 7 ans, victime d’un enlèvement. Plus exactement ladite libération intervient après un interrogatoire particulièrement musclé du suspect. Méthode qui vaudra au héros du jour, Noah Harper, de se faire bannir définitivement de la ville par le père de la victime, qui est aussi le shérif de la ville et le patron de Harper.

On retrouve Noah Harper douze années plus tard, co-patron d’un bar dans une grande ville où il vit seul avec son chat. Une vie sans histoires (ou presque) jusqu’à ce que son ex-femme, Maggie, l’appelle pour lui annoncer que Alyssa est portée disparue. Les choses sérieuses peuvent (re)commencer, ni une ni deux, Noah saute dans le premier vol pour Acacia Pine.

L’auteur opte pour un récit à la première personne, nous faisant vivre l’intrigue via Noah Harper. Le moins que l’on puisse dire est que ce brave Noah est d’un tempérament plutôt sanguin, la diplomatie et la psychologie ne sont pas franchement ses principaux points forts. Il n’en reste pas moins que Paul Cleave parvient à nous le rendre attachant et le petit côté rustique du personnage n’est pas étranger à cet élan empathique.

Paul Cleave nous livre une intrigue à l’image de son héros, on est clairement plongé dans le feu de l’action, tant et si bine qu’il nous est difficile de lâcher le bouquin une fois que celui-ci nous aura happé. Le rythme imposé d’entrée de jeu est soutenu et jamais il ne faiblira.

Beaucoup d’action et peu de psychologie ne signifie pas pour autant complètement bourrin. L’enquête que va mener Noah Harper, envers et contre tous (les autorités étant convaincues que Alyssa a quitté la ville de son plein gré), va s’avérer bien plus complexe qu’il n’y parait et nous réserver quelques revirements de situations et rebondissements totalement inattendus.

Tel un pitbull enragé Noah Harper ne lâchera pas le morceau et ira au bout de ses convictions, tant pis s’il doit en prendre plein la gueule au passage. Et d’ailleurs l’auteur ne se prive pas pour malmener son héros. Comme le chantait le regretté Johnny : Les coups / Quand ils vous arrivent / Oh oui, ça fait mal ! Mais après chaque dérouillée, sans pleurer Noah se relèvera et poursuivra sa quête de vérité et de justice.

Paul Cleave signe un page-turner bourré d’action d’une redoutable efficacité. Une intrigue totalement maîtrisée où rien n’est laissé au hasard. Si je voulais pinailler je pourrais souligner le manque de profondeur des personnages mais je suis convaincu que c’est là un choix délibéré de l’auteur.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Didier Fossey – Congés Mortels

AU MENU DU JOUR

D. Fossey - Congés mortels
Titre : Congés Mortels
Série : Boris Le Guenn – Tome 5
Auteur : Didier Fossey
Éditeur : Flamant Noir
Parution : 2019
Origine : France
296 pages

De quoi ça cause ?

Le fils d’un puissant magnat de la presse et sa fiancée du moment sont retrouvés morts , assassinés et décapités, dans les bois de Corbigny (Nièvre). Le père de la victime fait jouer ses relations afin que la BAC de Paris soit associée à l’enquête en renfort à la gendarmerie locale.

C’est Boris Le Guenn et son groupe qui héritent de l’affaire. Les pistes parisiennes vont rapidement s’avérer sans issues, Boris va devoir se rendre sur place afin de mener ses propres investigations.

À Corbigny il rencontre un vieux paysan, Fernand Larue, qui lui parle de plusieurs crimes commis 70 ans plus tôt par Paul Perrin, dit Le Bredin ; le vieux semble convaincu que le tueur est revenu. Envers et contre tous, Boris va creuser cette piste…

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que c’est Flamant Noir et qu’ils m’ont accordé un accès privilège sur Net Galley (téléchargement des titres non soumis à accord préalable de l’éditeur).

Parce que c’est Didier Fossey et l’occasion de retrouver, pour la cinquième fois, Boris Le Guenn ; même si chronologiquement parlant il s’agit de sa seconde enquête.

Parce que la mention d’enquête oubliée de Boris Le Guenn ne fait qu’attiser davantage ma curiosité.

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Flamant Noir (tout particulièrement Nathalie) et Net Galley pour leur confiance. C’est avec grand plaisir que je découvre en avant-première (parution le 12 novembre) ce roman.

S’il s’agit bel et bien de la cinquième enquête de Boris Le Guenn, chronologiquement parlant c’est la seconde puisqu’elle se déroule en 2006 et vient donc s’insérer entre les romans Tr@que Sur Le Web et Ad Unum. Didier Fossey nous explique brièvement la genèse de cette enquête oubliée en préambule au roman.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé Boris Le Guenn et son équipe « d’origine » (aujourd’hui il ne reste qu’Antoine, le petit dernier est devenu le senior du groupe). Un plaisir doublé toutefois d’un petit pincement au cœur (tout particulièrement pour Guillaume… nostalgie quand tu nous tiens), même si l’équipe actuelle s’annonce des plus prometteuses (j’espère d’ailleurs bien la retrouver très vite sur le terrain).

L’intrigue s’articule autour de deux arcs narratifs. Le premier concernant l’enquête de juillet 2006 et la cohabitation / coopération pas toujours facile entre gendarmerie et police (il faut bien reconnaître que Boris est un breton pur souche : quand il a une idée en tête il ne l’a pas ailleurs ; impossible de lui faire lâcher le morceau).

Le second démarre en juillet 1936 et s’intéresse au parcours criminel de Paul Perrin, un paysan qui n’a pas peut-être pas la lumière à tous les étages, mais est loin d’être con pour autant. Il est vrai que la chance jouera en sa faveur, alors que la gendarmerie resserre progressivement son étau autour de leur suspect, celui-ci reçoit son ordre de mobilisation en septembre 1939.

Didier Fossey mène son intrigue de main de maître, qu’il s’agisse du parcours de Paul Perrin (qui ne s’achève pas avec son départ à la guerre… loin s’en faut) ou de l’enquête particulièrement retorse de Boris Le Guenn. Dans les deux cas, vous pouvez vous attendre à de sacrées surprises ! Quant au dénouement, j’avoue très humblement n’avoir rien vu venir…

Fidèle à son habitude, l’auteur accorde beaucoup de soins à ses personnages, le côté humain reste un élément prépondérant de ses romans.

Si vous ne connaissez pas encore Boris Le Guenn et que vous souhaitez découvrir cette série, je vous serai tenté de vous suggérer de les lire dans l’ordre chronologique (celui-ci après Tr@que Sur Le Web avant d’enchaîner sur les trois suivants). Si, comme moi, vous êtes déjà un inconditionnel de Boris Le Guenn, ce retour en arrière ne vous empêchera pas d’apprécier pleinement le récit.

J’ai découvert Didier Fossey et Boris Le Guenn avec le roman Burn-Out qui fut un véritable coup de foudre (et une monumentale claque dans la gueule), chacun des tomes lus par la suite a su faire vibrer les bonnes cordes chez moi, le coup de cœur a toujours été au rendez-vous. Et ce n’est pas ce roman, dévoré d’une traite, qui dérogera à la règle.

MON VERDICT

[BOUQUINS] Fabrice Papillon – Régression

AU MENU DU JOUR

F. Papillon - Régression
Titre : Régression
Auteur : Fabrice Papillon
Éditeur : Belfond
Parution : 2019
Origine : France
480 pages

De quoi ça cause ?

Une scène de crime particulièrement sordide est découverte dans une crique de Bonifacio. L’enquête est naturellement confiée à la gendarmerie, c’est le lieutenant Vannina Aquaviva qui est désignée à la tête du groupe d’investigation.

À peine arrivée sur les lieux, Vannina apprend que la police a été co-saisie sur ordre du procureur. A son grand désarroi, elle va devoir faire équipe avec le commandant Marc Brunier, récemment muté (placardisé) en Corse.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Parce que je suis passé à côté du précédent roman de Fabrice Papillon, Le Dernier Hyver, totalement rebuté par la couv’. Au vu des nombreuses critiques élogieuses que j’ai lues par la suite je me suis dit que j’étais sans doute passé à côté de quelque chose… pas question de rater le coche une seconde fois !

Ma Chronique

Je remercie chaleureusement les éditions Belfond et Net Galley pour leur confiance renouvelée.

Si vous pensez avoir tout lu, tout vu en matière de thriller et que vous vous sentez blasé, je vous invite à vous plonger dans Régressions. Vous aurez entre les mains un roman qui ne ressemble à nul autre, un cocktail aussi efficace que détonnant entre thriller scientifique, thriller historique et thriller fantastique, le tout mâtiné d’une pointe de thriller psychologique.

Au vu du titre et la couverture je craignais une intrigue proche du roman Erectus de Xavier Müller, non que ce dernier m’ait déçu, bien au contraire, mais j’espérais vraiment une intrigue totalement nouvelle. Et j’ai été plus que servi, les deux romans sont totalement différents, tant par leur intrigue que par leur approche.

Si le personnage de Marc Brunier était déjà au centre du précédent roman de l’auteur, celui-ci peut parfaitement se lire indépendamment du Dernier Hyver. Sachez toutefois que si vous optez pour ce choix (qui a été le mien), vous aurez quelques spoilers majeurs quant au dénouement de l’intrigue du Dernier Hyver.

Dans le présent roman le personnage de Marc Brunier, bien qu’essentiel au déroulé de l’intrigue, est plutôt relégué au second plan au profit de Vannina Aquaviva (si, si vous avez bien lu, Vannina… comme la Vanina chantée par Dave, mais avec deux n), une jeune gendarme corse tout aussi tourmentée que son aîné… quoique… peut-être pas quand même !

Mais elle était seule, et ne pouvait compter que sur Brunier, ce qui achevait de la déprimer. Car ces deux-là formaient un duo improbable. Il était aussi grand qu’elle était petite. Il était flic, elle était gendarme. Il était continental, elle était corse. Il était un père déchiré par la mort de sa fille ; elle était une fille perdue en quête de l’image du père. Bien sûr, ils tentaient de surnager dans une affaire qui les dépassait tous les deux. Ils n’avaient d’autre choix que de se reposer l’un sur l’autre ; deux béquilles plantées dans des sables mouvants.

Une enquête conjointe menée à la fois par la police et la gendarmerie, avec toujours un zeste de méfiance (voire de défiance) de part et d’autre. Une enquête corse (impossible de ne pas placer ce clin d’œil à la BD de Pétillon, adaptée au cinéma par Alain Berbérian) qui va rapidement s’internationaliser avec l’apparition de nouvelles scènes de crimes…

L’auteur nous concocte une galerie de personnages particulièrement soignée, ne serait-ce qu’au travers du groupe d’enquête (gendarmes, policiers et consultants). Chaque personnage bénéficie d’une personnalité qui lui est propre.

Je reconnais avoir un faible pour le major Carlier, un gendarme que ses collègues surnomment affectueusement Pierre Richard. Personnellement j’aurai plutôt opté pour François Pignon, l’archétype du gaffeur, maladroit ou distrait (voire les trois à la fois), cher à Francis Veber (incarné notamment par Pierre Richard dans Les Compères et Les Fugitifs mais immortalisé par Jacques Villeret dans Le Dîner De Cons).

Le plus mystérieux restant incontestablement Laurent Marceau ou Zim (pour Zero Impact Man), un anthropologue qui semble en savoir bien plus qu’il ne veut bien le montrer.

Au fil des chapitres on replonge dans le passé de l’humanité, de – 36000 av. J.C. (au cas où il serait utile de le préciser il s’agit de Jésus Christ et non de Jacques Chirac) à 1975, l’occasion de croiser de nombreux personnages historiques, tels que Homère, Socrate, Jésus, Michel-Ange, Rabelais, Lamarck ou encore Himmler, et de les mettre en scène dans des situations fictives permettant de faire évoluer l’intrigue dans le sens voulu par Fabrice Papillon.

Un choix certes audacieux, mais totalement maîtrisé par l’auteur qui parvient à nous convaincre de la véracité des faits exposés (à condition bien sûr de vouloir se laisser convaincre… un esprit réfractaire et très bien documenté aurait sûrement maintes objections à opposer).

L’intrigue contemporaine, et donc l’enquête de police, se déroule dans un futur proche puisqu’elle débute en février 2020. Malgré une situation des plus improbables, l’auteur réussit à nous tenir en haleine avec une intrigue riche en rebondissements. Une fois encore le résultat est d’une redoutable efficacité, on a du mal à lâcher prise tant on veut connaître la suite.

Une intrigue fortement teintée d’écologie, mais au sens noble du terme, à l’opposé de sa forme pervertie par les affres de la politique et les ambitions personnelles des uns et des autres (sauf peut-être dans certains propos discutables tenus par Zim).

Nous, les hommes modernes, responsables de la destruction de quatre-vingts pour cent de la biodiversité, avons aussi exterminé les loups. L’homme a perdu la tête, il nuit à tout ce qui l’entoure. À tout ce qui vit, à toute la planète. Il faudra bien qu’il paie, un jour, vous ne croyez pas ?

Un (tout) petit bémol personnel concernant les (trop) nombreuses références à la foi chrétienne, pour l’indécrottable athée que je suis ça devenait parfois irritant. Heureusement une phrase prononcée par Nietzsche (dans le roman), vient contrebalancer le propos :

Jésus était l’homme le plus noble que la Terre eût jamais porté ! Il était aussi le seul vrai chrétien. Tous les autres n’ont fait que dénaturer son message. Les Évangiles sont une falsification de sa parole ! Le christianisme n’est qu’une énorme mystification, un mensonge éhonté !

Je pourrai aussi citer Zim à propos des rituels druidiques qui sont toujours célébrés à Stonehenge :

Il n’y a pas que des prêtres, des rabbins ou des imams sur Terre. Chacun ses croyances. Les religions monothéistes n’ont pas tout balayé. Par exemple, il existe encore des chamanes, un peu partout.

J’ai été touché par le discret et émouvant hommage rendu à Arnaud Beltrame, le lieutenant-colonel de la gendarmerie qui, en mars 2018, s’est substitué à une otage avant d’être lâchement assassiné par un terroriste (qui ne mérite même pas d’être nommé) se réclamant de l’État Islamiste.

Un roman passionnant et palpitant de bout en bout et, cerise sur le gâteau, très bien écrit. Fabrice Papillon a su tirer le meilleur de l’impressionnant travail de recherche et de documentation auquel il a dû se livrer pour nous offrir un roman unique en son genre. Pour vous dire, j’ai même trouvé les démonstrations scientifiques intéressantes alors que généralement c’est le genre de truc qui me fait bailler d’ennui.

Cinq étoiles amplement méritées, mais pas de bonus (coup de cœur ou coup de poing), je ne peux définitivement pas adhérer à l’idée d’une race d’or qui viendrait faire un grand nettoyage par le vide afin de repartir sur des bases plus saines (c’est nauséabond comme propos, même si la race de fer visée mériterait amplement de se faire éradiquer). Je tiens à préciser qu’en aucun cas je n’accuse Fabrice Papillon de véhiculer ce genre d’idée, son roman reste une oeuvre de fiction (et une fiction foutrement bien menée qui plus est).

Qui plus est je vous avouerai que me raser tous les deux jours est déjà une corvée pour moi, je me vois mal évoluer (régresser ?) en clone de Chewbacca ! Non merci.

MON VERDICT