[BOUQUINS] Nathalie Hug – L’Enfant-Rien

N. Hug - L'Enfant-RienJe reste dans le roman court mais avec un total changement de registre. Avec L’Enfant-Rien, Nathalie Hug se lance dans l’écriture en solo dans un genre bien loin des thrillers qu’elle signe à quatre mains avec son mari, Jérôme Camut. Il n’en fallait pas plus pour titiller ma curiosité…
Adrien guette chaque semaine l’arrivée du père de sa demi-sœur, dans l’espoir de recueillir un regard, une parole ou un geste tendre mais sans jamais rien obtenir de cet homme qui l’ignore. Le jour où sa mère se fait renverser par une voiture et tombe dans le coma, la possibilité d’une vie nouvelle s’ouvre à lui. Mais Adrien peut-il vraiment trouver sa place dans une famille qui n’est pas la sienne ?
D’entrée de jeu vous pouvez constater, si vous me suivez depuis déjà quelque temps, que ce n’est pas franchement dans mes habitudes de lecture. Non que j’éprouve un quelconque rejet pour ce genre de récit, c’est juste qu’on ne peut pas tout lire et qu’il faut savoir faire des choix. Sans la signature de Nathalie Hug je serai passé à côté de ce bouquin. A tort ou à raison ? Je vous laisse décider à la lecture des lignes qui vont suivre.
Nathalie Hug a fait le choix d’une écriture à la première personne afin de nous faire partager les pensées et la vision des choses d’Adrien ; le résultat est bluffant, vraiment criant de vérité et forcément plein d’émotions.
EmotionS, et j’insiste sur le S final, est bien le maître mot de ce roman, court mais intense, on en prend la gueule avec Adrien. Un brave gamin de 10 ans à la santé fragile (une néphropathie visiblement) qui n’a jamais connu son père et vit avec une mère qui n’est que l’ombre d’elle même (avant l’accident déjà). Arrivé dans cette nouvelle famille (celle du père de sa demi-soeur, Isabelle, son aînée) il ne demande qu’à être accepté et aimé mais ne rencontre qu’une froide indifférence. Adrien, l’Enfant-Rien comme il se qualifie lui même, nous offre un cri où se mêlent amour et désespoir, un cri qui ne manquera de nous prendre aux tripes.
« Le mo­ment d’ac­cep­ter l’in­évi­table était ar­rivé. Notre mère n’exis­tait pas. Isa­belle avait la sienne, belle et gaie, éprise d’un homme, et moi, j’avais la mienne, bri­sée et vide, mon fan­tôme triste et so­li­taire. » C’est en ses termes que Adrien définit sa mère après avoir vu des photos de sa vie d’avant.
Adrien confronté à un homme qui ne veut rien savoir de lui (on devine rapidement le pourquoi du comment de la chose ; à défaut de l’excuser on peut le comprendre) mais surtout à une tante qui est une vraie vipère, une langue de pute dans toute sa médiocrité. A travers ces quelques pages vous partagerez avec Adrien des moments forts qui ne devraient pas vous laisser indifférent et nul doute que la fin vous laissera sur le cul.
« Je m’ap­pelle Adrien. Dans Adrien, il y a rien.« 
En lisant les remerciements j’ai été surpris d’y trouver les prénoms de Clara et Louis, les deux enfants de la tétralogie Les Voies De L’Ombre ; seraient-ce « eux » qui lui ont donné l’envie de se lancer en solo ?

[BOUQUINS] Hervé Commère – Imagine Le Reste

H. Commère - Imagine Le ResteDepuis le temps que je lis les éloges de ce bouquin il fallait bien que je me lance, une fois de plus c’est Gruz qui a tiré le premier ! C’est donc totalement confiant, à la limite de l’inconscience même, que je me suis plongé dans Imagine Le Reste de Hervè Commère.
Karl et Fred sont deux zonards qui survivent à coup de petits boulots et autres combines plus ou moins ambitieuses/foireuses. Quand Fred débarque un matin avec un sac bourré de billets ils savent que c’est le moment ou jamais de changer de vie. Sauf que le fric a été volé à un caïd « brutal et subtil« . Et, cerise sur le gâteau, nos deux couillons se font piquer leur caisse avec la thune dedans…
En général j’essaye dans mes présentations de bloquer entre les 10 ou 20 premiers pour-cents du bouquin histoire d’en dire le moins possible tout en posant le décor. Ca ne marche pas à tous les coups, parfois je dois aller au-delà de cette limite imposée sinon mon pitch ne voudrait rien dire, je l’ai fait cette fois sans regrets.
Le premier coup de coeur est visuel avec cette couv’ d’une route lambda qui se fond dans l’horizon, et au-dessus ce titre qui est en soi une invitation au rêve. De suite l’imagination se met en branle, on donne une vie et une histoire à cette portion de route. Après cet interlude imaginatif il est temps de découvrir dans quoi l’auteur souhaite nous embarquer.
Avant même d’entrer dans le coeur de l’intrigue on tombe sous le charme de la plume de l’auteur, c’est foutrement bien écrit, plein de poésie même dans les moments les plus désespérés. Juste ce qu’il faut de figure de style pour que les mots viennent nous susurrer leur mélodie des oreilles au coeur sans escale et sans jamais sombrer dans le surjoué balourd.
Le bouquin est divisé en quatre parties, chacune suivant les pérégrinations du magot. Dès que l’on pose le bouquin, le temps de souffler, l’imaginaire se remet en branle, on invente la suite des événements et les connexions. A peine replongé dans l’intrigue que l’on oublie nos hypothèses bancales, on se laisse balader avec plaisir par l’auteur un sourire béat aux lèvres, bercé par les mots et la musique…
ACTE 1. On ouvre le bal avec Karl et Fred, nos deux zonards qui sont bien loin d’avoir inventé le fil à couper le beurre. Mais ils sont sympas malgré tout, pour eux ce blé c’est avant tout l’occasion de prendre un nouveau départ et de vivre leurs rêves. Une solide amitié les lie, on partage leurs galères et leur insouciance. Puis c’est la douche froide, que dis-je glacée ! Ca va pas Monsieur Commère ! C’est un truc à choper une hydrocution.
ACTE 2. On fait la connaissance de Nino, un chanteur à la voix d’or qui doute de son talent. Il se retrouve embringué dans une histoire qui le dépasse mais pour lui ce pactole est un tremplin vers la reconnaissance, une opportunité unique de se lancer dans la musique et d’en vivre. Mais vous pouvez compter sur l’auteur pour venir perturber les plans de notre artiste en herbe.
ACTE 3. Finis les petits joueurs. Place à Serge, le propriétaire initial du sac et son précieux butin. Inutile de préciser qu’il est un tantinet en rogne de s’être fait voler comme un bleu. Pour lui ce sac et ce fric c’est son bien le plus précieux, la prunelle de ses yeux. Quand j’vous dis que le Serge est en rogne le mot est faible. Il bout, il écume, c’est la rage personnifiée.
ACTE 4. Baisser de rideau. Pas une vraiment fin en apothéose mais encore quelques surprises à la clé et surtout aucune déception à la clôture du bouquin, que du plaisir, un immense plaisir. Mais je n’en dirai pas plus…
Un bouquin inclassable, un thriller par bien des aspects mais bien plus que ça, j’aime le terme OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) et je trouve particulièrement bien adapté à ce roman.
Incontestablement un bouquin qui restera longtemps gravé dans mon coeur et mon esprit. Si je devais résumer mon ressenti en une phrase je m’en tiendrai à celle-ci, extraite du bouquin : « Ima­gi­ner le reste était une chose merveilleuse. Faire tout ce que l’on peut pour voir en face son des­tin s’ac­com­plir était une chose plus belle en­core. » Rien de ce que vous pourrez imaginer sera aussi fort que ce que vous lirez.
J’ai découvert l’univers littéraire de l’auteur avec ce titre (son quatrième roman), nul doute que, si l’occasion se présente, je me plongerai avec plaisir dans ses titres précédents. A défaut je guetterai les suivants…

[BOUQUINS] Eric Maravélias – La Faux Soyeuse

E. Maravélias - La Faux SoyeuseLe noir me colle à la peau en ce moment, ne dérogeons pas à nos bonnes habitudes et continuons sur la lancée avec La Faux Soyeuse, un premier roman pour le moins percutant signé Eric Maravélias.
Franck est un toxico en fin de course, il crèche dans un taudis merdique de la banlieue parisienne et ne survit que pour ses fix, rongé par le SIDA et la dope. Entre deux shoots, il se souvient comment il en est arrivé là…
En lisant ce bouquin je n’ai pu m’empêcher de penser à Trainspotting, le film de Danny Boyle (n’ayant pas encore lu le bouquin d’Irvine Welsh dont il est l’adaptation), tous deux nous offrent un portrait sans concession de la toxicomanie vue, vécue et subie par les toxicos. Un livre à offrir à quiconque vous dirait que goûter à cette poudreuse le tenterait bien, « juste pour essayer« …
Une fois de plus on retrouve un auteur sait de quoi il parle pour avoir tâté ce milieu (« Franck n’est pas moi et je ne suis pas lui. Mais ce qu’il a vécu, je l’ai vécu, moi aussi. En grande partie.« ) et pour en parler il ne prend pas de gants, il vous balance tout à la gueule franco. Et ça marche ! On a le droit à un récit dur et noir (saupoudré de poudre blanche ou parfois marron) criant de vérité, mais aussi, quelque part, sous la surface, plein d’humanité (à défaut d’espoir).
Ecrit à la première personne le récit vous plonge dans la peau de Franck, un toxico en sursis (je ne révèle rien en disant ça, on le comprend dès les premières pages). Il a brûlé la chandelle par les deux bouts et maintenant il attend l’inévitable retour de manivelle tout en s’accrochant à ce qu’il reste de sa vie.
L’auteur nous invite donc à suivre le parcours chaotique qui a conduit Franck là où il est aujourd’hui (en 1999 pour être exact). Du minot de banlieue qui se la joue rebelle aux coups plus ambitieux, parfois juteux, souvent foireux. Puis c’est l’arrivée (et la banalisation) de l’héroïne au début des années 80 avec ses promesses de bonheur artificiel et toutes les combines pour se procurer un nouveau fix… encore et encore… se shooter toujours plus et dégringoler toujours plus bas.
Oui les mots sont durs et crus, mais il sont vrais. De cette réalité que tout le monde connait mais que personne (ou presque) n’a vraiment envie de voir ; une réalité tristement ordinaire qui ne semble pas avoir de solution. Paradoxalement ces mots sont aussi mélodieux à l’oreille, avec un usage brillant de ce bon vieil argot français (et non le baragouin banlieusard de la racaille d’aujourd’hui).
Je ne pense pas manquer d’empathie mais je n’ai ressenti aucune sympathie pour le personnage de Franck, pas de haine non plus, juste de l’indifférence teintée d’une pointe de mépris. Je ne juge pas, personne n’est à l’abri d’un mauvais choix, en l’occurrence d’une succession de mauvais choix (Franck le dit lui même : « mon his­toire n’est qu’une suite d’exemples de mon in­com­pa­rable connerie« ), mais ce n’est pas pour autant que je compatis. Ceci dit ça ne m’a nullement empêché d’apprécier pleinement ce bouquin.
Non en fait je n’ai pas aimé La Faux Soyeuse… J’ai adoré ! Une totale réussite qui vous laisse un arrière goût de bile dans la gorge. Encore un bouquin qui vous broie le coeur et les tripes et vous abandonne KO debout. Game Over ! Merci Monsieur Maravélias, j’ai hâte de retrouver votre plume dans un prochain roman.
Je vais quand même me faire un petit break plus léger, sans aller jusqu’à me ruer sur la collection Harlequin, mais m’évader dans un monde un peu moins noir… Mine de rien c’est éprouvant tout ça.

[BOUQUINS] Michaël Mention – Adieu Demain

M. Mention - Adieu DemainUn bouquin sur lequel j’ai jeté mon dévolu suite aux chroniques ô combien élogieuses de Gruz et Belette (et oui encore eux !) ; d’un autre côté j’ai la quasi certitude de passer un bon moment avec cet Adieu Demain de Michaël Mention. Alors info ou intox ?
1995-2001, Comté du Yorkshire (Angleterre). Un tueur en série semble s’inspirer des crimes commis par l’Eventreur du Yorkshire 20 ans plus tôt. Mark Burstyn, superintendant à Scotland Yard, et son assistant, l’inspecteur Clarence Cooper, savent qu’ils n’ont pas le droit à l’erreur dans cette enquête. Mais le tueur demeure insaisissable…
Si je ne devais retenir qu’une chose de ce bouquin c’est qu’il suffit d’une petite bestiole pleine de pattes et de poils pour faire disjoncter une grande bestiole montée sur deux pattes jusque là sans histoire (ou presque)… Je reconnais volontiers ne pas raffoler des araignées mais pas au point de péter une durite. Non je déconne, dans ce bouquin il y a bien plus qu’une simple question d’arachnophobie. Même si la peur tient une place essentielle dans l’intrigue, et pas seulement chez Peter et sa phobie.
Pour son tueur, l’auteur s’inspire « très librement » du parcours de Stephen Griffiths, un tueur qui sévît dans le Yorkshire entre 2009 et 2010 (3 victimes, le minimum syndical pour devenir tueur en série). La réalité des faits est déjà bien glauque, mais Michäel Mention a pris le parti d’aller encore plus loin.
Bien qu’écrit à la troisième personne le bouquin réussit à nous plonger dans les méandres de l’esprit dérangé (phobique) de Peter, et croyez moi c’est une expérience pour le moins troublante. En fait l’auteur nous balade avec la même efficacité dans les têtes de Mark et de Clarence, certes le séjour est moins dérangeant (quoique… vous le découvrirez par vous même) mais on reste en totale immersion. Et ce n’est pas le seul tour de force de l’auteur, on vit littéralement son récit tant il est criant de vérité ; c’est presque comme s’il nous collait à la peau, visqueux et gluant à souhait (comme une toile d’araignée).
Michael Mention ne nous plonge pas directement dans le feu de l’action, il remonte d’abord à l’enfance puis à l’adolescence de Peter (de jeunes années qui ne furent pas un long fleuve tranquille) ; le personnage prend corps dans notre esprit, la graine est plantée. Et vous pouvez compter sur l’auteur pour la faire germer, lentement mais sûrement, insidieusement même. L’essentiel du bouquin et surtout de l’enquête du Yard se déroule entre mai et septembre 2001.
Entre Peter, Mark et Clarence on a le droit à trois fortes personnalités, trois personnages que l’auteur nous mitonne aux petits oignons, trois individus qui ont un trait de caractère en commun : ils sont tous obsessionnels. Je ne m’étendrai pas d’avantage sur les personnages (beerk… ça va pas non !), en dire plus serait trop en dire.
Non seulement l’auteur nous tient en haleine par son intrigue, parfaitement maîtrisée, parsemée d’indices et de fausses pistes, mais aussi par son écriture et la construction même du roman. Difficile à expliquer mais l’ensemble s’imbrique à la perfection, le bouquin vous prend aux tripes dès les premières pages pour ne plus vous lâcher avant la fin. Etripé, essoré, vidé…
Petit plus, pas indispensable mais bien agréable tout de même, au fil des pages l’auteur nous fait revivre quelques pages du passé, entre actualités internationales, faits divers anglais, sorties (et rétrospectives) musicales et cinématographiques. Pour ne rien gâcher dans ces derniers domaines l’auteur fait preuve d’un bon goût évident.
Adieu Demain est le second opus d’une trilogie anglaise (après Sale Temps Pour Le Pays, roman qui tourne autour de l’Eventreur du Yorkshire) ; d’une part il m’a donné envie de découvrir ce premier opus, et d’autre part j’attends déjà avec impatience le suivant.
Comme vous pouvez le constater je fais dans le roman noir (quoique présentement on a le droit à un mix subtil entre le roman noir, le polar et le thriller psychologique) ces derniers temps, n’allez pas croire que mon humeur est à l’image de mes lectures. Je (re)découvre un genre que je n’ai pas abordé depuis un moment, un genre qui s’est considérablement enrichi… pour notre plus grand plaisir.

[BOUQUINS] René Manzor – Celui Dont Le Nom N’Est Plus

R. Manzor - Celui Dont Le Nom N'Est PlusEncore un titre qui fait un peu office d’invité surprise dans mon programme fluctuant des prochaines lectures ; la couv’ m’a fait de l’oeil et le ptich a achevé le travail de séduction. Le contenu fut-il à la hauteur de l’emballage ? Vous le saurez en lisant ma chronique de Celui Dont Le Nom N’Est Plus de René Manzor.
Deux meurtres en deux jours, le même mode opératoire sacrificiel mais deux coupables différents, chacun était un proche de sa victime et ne se souvient de rien. Le détective McKenna de Scotland Yard se voit contraint de faire équipe avec Dahlia Rhymes, criminologue au FBI, afin de démêler cette embrouille…
Le nom de René Manzor me disait bien quelque chose tout en ayant la certitude de n’avoir jamais rien lu de lui (il n’a écrit que deux romans  à ce jour). Une petite googlelisation m’a de suite rafraîchit la mémoire, monsieur est scénariste et réalisateur pour le cinéma et la télévision. On lui doit (scénario et réalisation) notamment l’excellent film Le Passage (1986) avec Alain Delon et Alain Musy (le fils de René Manzor). Il est aussi à l’origine du clip de la chanson du film, On se retrouvera, écrite par Jean-Félix Lalanne et interprétée par Francis Lalanne (les frères de René Manzor, René Lalanne de son vrai nom)… Une affaire de famille en quelque sorte.
Mais revenons à nos moutons et au roman. Comme je l’ai dit plus haut l’univers littéraire de l’auteur est pour moi une découverte, et je peux d’ores et déjà affirmer qu’il s’agit d’une découverte que je ne suis pas prêt d’oublier. René Manzor nous offre un thriller qui peut se targuer d’être du très haut de gamme, on flirte avec l’excellence même.
Une intrigue qui vous prend aux tripes (c’est le cas de le dire vu le mode opératoire des « éventreurs ») dès les premières pages et ne vous lâche plus avant que vous n’ayez terminé le bouquin (et quelle fin ! Grandiose !). Soit dit en passant une fois que vous aurez commencé à le lire vous aurez du mal à le lâcher, plus les chapitres défilent, jouant avec nos nerfs, plus on a envie d’en savoir plus.
Ici les coupables sont aussi des victimes, des pantins manipulés par un marionnettiste et c’est après lui que les enquêteurs vont devoir courir, l’identifier et comprendre ses motivations. La traque sera tout sauf un long fleuve tranquille et nous réserve bien des surprises. Certains éléments se sont avérés relativement prévisibles mais ça n’a en rien gâché le plaisir que j’ai eu à savourer ce roman.
On croise trois personnages principaux, en effet outre McKenna et Dahlia, l’avocat des « pantins », Nils Blake, joue aussi un rôle primordial dans l’intrigue. L’auteur donne à ses héros une incroyable justesse, avec leurs forces et leurs faiblesses, ils sont quasiment réels à nos yeux.
Enfin le style de l’auteur contribue aussi à l’efficacité de son roman. Il faut que la lecture soit aussi fluide et rythmée que l’enquête, pas de fioritures inutiles, pas de complaisance non plus dans le trash (l’essentiel est dit, notre imagination fait le reste). Pari réussi monsieur Manzor !
Bref un sans faute et encore un gros coup de coeur littéraire de 2014.

[BOUQUINS] Henri Loevenbruck & Fabrice Mazza – Sérum : Saison 1

H. Loevenbruck & F. Mazza - Sérum S1Ca fait un moment que les six épisodes de la première saison de Sérum, roman-feuilleton/série TV signé Henri Loevenbruck et Fabrice Mazza, squattent mon Stock à Lire Numérique. Il aura fallu profiter d’une escapade à France Loisirs pour que je m’offre l’intégrale de la saison 1 en en seul volume, et que je me lance dans sa lecture.
Le détective Lola Gallagher enquête sur une tentative de meurtre mais la victime est totalement amnésique suite aux blessures reçues. Lola va alors faire appel aux services du Dr Arthur Draken, un psychologue et hypnothérapeute qui a mis au point un plan de traitement très personnel et non approuvé par la profession, toutefois il garantit à Lola d’obtenir des résultats grâce à son fameux sérum…
Les auteurs ont fait le pari de proposer un feuilleton numérique diffusé au rythme d’un épisode par mois sur une période de six mois par saison (l’ensemble devant compter six saisons). Au niveau de l’écriture le challenge est largement remporté, c’est rythmé à souhait, plein der rebondissements et autres cliffhangers ; on se croirait devant un épisode de 24 Heures Chrono.
L’intrigue se densifie au fil des pages et avec l’apparition de nouveaux personnages, la banale tentative d’assassinat cachant un commplot d’envergure international. On n’en finit pas de se demander quelle est la finalité du fameux complot et surtout qui en est à l’origine. Franchement je ne regrette pas d’avoir attendu l’intégrale de cette première saison avant de m’y plonger, ça évite la frustration liée à l’attente.
Histoire de renforcer la ressemblance avec une série TV les auteurs vous invitent à écouter la bande son du roman (composée par Henri Loevenbruck), il suffit de scanner un flashcode via son smartphone ou sa tablette pour être redirigé vers le morceau concerné. Vous pouvez aussi écouter la bande son et partager d’autres interactivités en vous connectant au site Serum Online. Dommage toutefois d’avoir fait le choix d’un site en flash sachant que ce support n’est plus compatible avec les tablettes Androïd.
Les personnages sont suffisamment soignés pour être crédibles et offrir au lecteur des personnalités diverses. Qu’il s’agisse de Lola, excellente détective quoique un peu tête brûlée ou de Draken, le psy cynique qui n’hésite pas à franchir la ligne blanche pour faire avancer les choses. Les personnages plus secondaires sont nombreux mais tout aussi bien travaillés (je pense notamment à Philip Detroit, le collègue fouineur, et accessoirement amant, de Lola mais aussi à Sam Loomis, un agent du FBI pour le moins atypique). Bref je ne vous ferai pas le tour du casting, il y a un paquet de monde et tous mérite le détour.
Henri Loevenbruck a commencé par la fantasy jeunesse (avec La Moïra et Gallica) avant de se lancer dans le thriller (j’ai été bluffé par L’Apothicaire et la trilogie Arie Mackenzie squatte mon Stock à Lire Numérique depuis un bail). Fabrice Mazza quant à lui est tombé dans la marmite des énigmes quand il était petit, depuis il propose à ses lecteurs de se triturer les méninges pour résoudre des énigmes en tout genre (Le Grand Livre Des Enigmes ou encore Pas De Panique C’Est Logique).
Vous vous demandez peut être si toutes les questions que vous serez amenés à vous poser trouveront leur réponse dans cette première saison ; sur ce point je veux bien lever le voile vu que la réponse s’impose d’elle même : c’est NON (sinon quel intérêt de prévoir cinq saisons de plus ?) ; au contraire vous refermez le bouquin avec encore plus de questions ! Par contre là où le bât blesse c’est que depuis novembre 2012, date de sortie du dernier épisode de la première saison, c’est le silence radio absolu. Ca peut refroidir les futurs lecteurs, moi même si je m’étais penché sur la question avant de me lancer j’aurai sans doute été moins enthousiaste.

[BOUQUINS] Maxime Chattam – La Patience Du Diable

M. Chattam - La Patience Du DiableIl est des auteurs pour lesquels je n’hésite pas à bousculer les priorités de mon Stock à Lire Numérique, Maxime Chattam fait partie de ces privilégiés. C’est donc tout naturellement que son dernier opus, La Patience Du Diable, s’est retrouvé en tête de peloton, le temps de boucler la lecture en cours et hop.
Un go-fast intercepté dans lequel la drogue a été remplacée par des fragments de chair humaine soigneusement découpés. Deux ados sans histoire qui font un carnage dans un TGV avant de se donner la mort. Et si un fil reliait ces deux affaires ; et si ce n’était que le début d’une nouvelle déferlante criminelle. Ludivine Vancker, lieutenant à la SR de Paris, et son équipe vont de nouveau se retrouver en première ligne face au Mal…
On retrouve donc le personnage de Ludivine Vancker et quelques autres croisés dans La Conjuration Primitive, sans être à proprement parler une suite, la présente intrigue se déroule 18 mois après l’affaire *e. Si vous n’accrochez pas au personnage il faudra bien vous faire une raison, Maxime Chattam a d’ores et déjà fait savoir que Ludivine serait au centre de plusieurs romans, il n’exclut d’ailleurs pas que sa route puisse de nouveau croiser celle de Joshua Brolin (ça s’est déjà fait à la fin du précédent opus). Pour ma part, ça me fait d’avantage baver d’impatience que fuir la queue entre les pattes…
Une fois de plus l’auteur nous invite à visiter les ténèbres de l’âme humaine, et qui de mieux pour nous guider dans ce dédale obscur que le maître des lieux, Satan ? Mais non rassurez vous Maxime Chattam ne nous offre pas un délire mystico-religieux mettant en scène le Diable (si Dieu a le droit à une majuscule il me semble légitime que son alter ego malfaisant bénéficie du même privilège). Il nous plonge dans le satanisme avec son lot d’illuminés persuadés de servir leur Maître ; sauf que dans le cas présent les illuminés en question sont de dangereux psychopathes. Et si le fameux Maître existait vraiment (je parle là d’une existence physique comme vous et moi, et non d’un concept spirituel) ? Au fil des pages on en vient à se poser la question.
Le fait que Maxime Chattam maîtrise les ficelles du genre n’est pas un scoop. Il le prouve encore une fois avec une intrigue parfaitement maitrisée, rythmée, glauque, macabre (très fort le coup du boucher) et pleine de rebondissements. Une intrigue parsemée de nombreuses morts brutales. Je suis sidéré par l’imagination de l’auteur quand il s’agit d’exécuter ses personnages, simple quidam ou élément clé, nul n’est à l’abri de la plume faucheuse du maître du jeu, pervers à souhait. Bref on est ferré dès les premières pages, tendu comme un string jusqu’au dénouement.
Depuis La Conjuration Primitive le personnage de Ludivine s’est endurci mais aussi renfermé, désormais profileuse (formée par Mikelis), elle est littéralement obsédée par son travail. Malgré tout elle reste un personnage plutôt attachant, sans doute parce que sa cuirasse cache une grande sensibilité et une âme tourmentée. Quoi qu’il en soit j’aurai plaisir à la retrouver aussi longtemps que l’auteur nous le proposera.
Comme souvent dans les séries ayant un même personnage central les romans peuvent se lire indépendamment mais je conseille toutefois de respecter l’ordre de parution afin de conserver intact le plaisir de la découverte (certains épisodes de La Conjuration Primitive sont remis sur le tapis). Pas vraiment une suite mais ce roman s’inscrit bel et bien dans la continuité du précédent, Maxime Chattam poursuit son décryptage du Mal, un Mal amplifié par l’effet de masse et plus accessible dans le monde d’aujourd’hui.

[BOUQUINS] Bernard Minier – Glacé

B. Minier - GlacéIl aura fallu un Book Club pour que je me lance enfin dans un roman de Bernard Minier, ses trois titres tournant autour du personnage de Martin Servaz autant commencer par le début. Place donc à ma chronique de Glacé.
Le commandant Martin Servaz de la SRPJ de Toulouse est appelé sur une scène de crime peu ordinaire. En effet la « victime » est un jeune pur-sang appartenant à un influent homme d’affaire de la région. Le cheval a été décapité, sa carcasse dépecée exhibée, à 2000 mètres d’altitude, sur le portique du téléphérique d’une centrale hydroélectrique appartenant au propriétaire…
Avant d’aller plus loin je tiens à préciser que ma présentation n’aborde qu’un aspect de l’intrigue. En parallèle à l’enquête de Servaz, on suit l’arrivée de Diane Berg, nouvellement embauchée comme psychologue au centre psychiatrique pénitentiaire du Dr Wargnier, un établissement proche de la scène de crime. Du coup forcément on peut supposer que tôt ou tard ces deux intrigues vont se télescoper.
Je vous rassure l’intrigue ne va pas tourner uniquement autour d’un canasson mort, l’auteur s’en sert comme d’une mise en bouche annonciatrice d’une affaire bien plus complexe que l’on pourrait le supposer. Bernard Minier sait y faire pour nous tenir en haleine, son arme n’est pas l’action mais plutôt l’ambiance et la tension psychologique. Il mène sa barque à son rythme, brouille parfois les pistes et ménage les imprévus.
L’autre force de l’auteur réside dans ses personnages, à commencer par Martin Servaz. La quarantaine, un brin hypocondriaque, empâté, maladroit et très mauvais tireur ; ce n’est pas vraiment un clone de l’inspecteur Harry, du coup on s’identifie plus facilement à lui et ses faiblesses nous le rendent encore plus sympathique. Le personnage le plus intrigant et le plus difficile à cerner est incontestablement Julian Hirtmann.
Le cadre, les Pyrénées au coeur de l’hiver, neige et brume, blanc et glacé, joue aussi beaucoup dans l’ambiance que l’auteur nous impose.
Ce qui m’a le plus frappé dans ce bouquin est le portrait sans concession, et visiblement bien documenté, de la prise en charge psychiatrique en France. Ca fait froid dans le dos.
Pour un premier roman l’auteur réussi un coup de maître, j’aurai beaucoup de plaisir à retrouver ses personnages dans les romans suivants, surtout s’ils sont du même gabarit que celui ci.
Petit bémol qui n’est peut être pas du fait de l’auteur, l’usage abusif des tirets demi-cadratins, notamment dans les dialogues, alors que de simples virgules auraient été plus adaptées d’un point de vue typographique. Idem avec une multiplication pas forcément souhaitable des mots en majuscules, là encore c’est surtout dans les dialogues que le bât blesse.

[BOUQUINS] Marc Levy – Une Autre Idée Du Bonheur

M. Levy - Une Autre Idée Du BonheurPas encore eu l’occasion d’aller piocher dans ma PàL papier, mais d’un autre côté je ne me voyais pas faire l’impasse sur le dernier Marc Levy, Une Autre Idée Du Bonheur. Un écart qui ne devrait pas me retenir trop longtemps vu l’épaisseur de la chose.
Après trente années de détention et alors qu’il ne lui restait « que » cinq ans à tirer, Agatha prend la poudre d’escampette. Dans sa cavale elle entraîne, bon an mal an, Milly, une jeune femme à la vie apparemment bien rangée. Les deux femmes vont apprendre à se connaître et se comprendre tandis qu’elles traversent les USA…
Avant d’aller plus avant dans cette chronique je tiens à dire un grand NON ! Non Marc Levy ne nous livre pas un remake de Thelma et Louise, le film de Ridley Scott sorti en 1991. Oui on assiste à la cavale de deux nanas mais la ressemblance s’arrête là, ça fait un peu léger pour parler de remake, voire de plagiat.
Ceci étant dit il n’en reste pas moins que l’auteur nous invite à partager un road trip dans l’espace et dans le temps. Chaque étape du voyage entre Philadelphie (Pennsylvanie) et San Franciso (Californie) est l’occasion d’une nouvelle rencontre avec le passé d’Agatha. Les confidences (confessions ?) d’Agatha nous ramènent aux heures sombres de l’Amérique de la ségrégation et de la guerre du Vietnam. Mais la véritable question est surtout de savoir pourquoi Agatha s’est évadée et quelle vérité elle souhaite rétablir. D’un autre côté on se demande aussi ce qui motive vraiment le marshal Bradley lancé à la poursuite de la fugitive.
En France on ne connait cette partie de l’histoire des Etats-Unis de façon quasi anecdotique ou via le cinéma (en tout cas ça vaut pour moi), en lisant ce bouquin et en vérifiant les faits (dans la mesure du possible), la chose prend une toute autre ampleur, j’étais loin d’imaginer une répression policière aussi violente (et surtout de façon quasi généralisée et avec la bénédiction de l’exécutif).
Une fois de plus l’auteur prouve que, contrairement à ce que pensent ses détracteurs,  il sait se diversifier (même s’il aborde encore des thèmes qui lui sont chers, tels que l’amitié et l’amour) en restant efficace. Ce bouquin ne devrait pas séduire lesdits détracteurs, les inconditionnels devraient, quant à eux, y trouver leur bonheur même si ce n’est sans doute pas le meilleur de l’auteur.
Quid du duel Musso vs Levy cuvée 2014 ? J’ai apprécié ce bouquin mais je n’ai pas été bluffé comme m’avait laissé sur le cul la lecture de Central Park. Je donne donc, pour la seconde année consécutive, l’avantage à Guillaume Musso, sans la moindre hésitation cette fois.

[BOUQUINS] Mallock – Les Visages De Dieu

Mallock - Les Visages De DieuJe ferai mon deuil d’une intégrale Mallock dans ma bibliothèque numérique, mais pas question par contre de faire l’impasse sur les débuts littéraires des Mallock. J’ai donc commandé cette réédition chez Pocket de la première enquête littéraire de celui qui est en passe de devenir mon commissaire préféré, Les Visages De Dieu et je n’ai pu résister à l’envie de me plonger dans sa lecture à peine la chose réceptionnée.
Un tueur en série particulièrement barbare sévit dans Paris, l’enquête piétine tandis que les crimes s’enchaînent. Le dossier est confié au commissaire Mallock et à son équipe. Ils vont tout reprendre à zéro afin de mettre fin aux agissement du tueur, mais celui-ci a l’art de brouiller les pistes…
Je m’attendais à découvrir le premier coup d’éclat du grand Mallock mais en fait au début du roman il est déjà quasiment une légende du 36. Une légende déjà blessée par ses drames personnels. Bref on retrouve l’ours Mallock tel qu’on le connait déjà. Ma foi ce n’est pas pour me déplaire, c’est une valeur sure !
Du coup si on retrouve notre Mallock tel qu’on l’a quitté (ou presque), rien d’étonnant  ce que les habitués soient aussi de la partie, qu’il s’agisse de son équipe du Fort (impliquée dès le départ dans l’affaire du Maquilleur) ou de ses amis, Mordome, le légiste, Léon, le libraire et bien entendu Margot, sa dame de coeur.
Sans surprise on retrouve aussi la plume affutée et fleurie de Mallock, l’auteur. C’est toujours un régal de le lire, d’autant que, une fois de plus, il nous offre une intrigue pas piquée des hannetons avec un tueur en série particulièrement retors. Et cette fois pas de coupable désigné, au contraire l’objectif premier de la Mallock Team est d’identifier leur adversaire.
Une fois de plus Mallock  nous offre un thriller haut de gamme, peut être pas aussi immersif que les deux derniers mais ça reste du lourd. Je ne epux pas vraiment expliquer ce ressenti alors je dirai simplement que notre ami Mallock est comme un grand cru classé, il se bonifie avec le temps.
Pour l’anecdote cette édition, parue chez Pocket en février 2014, est la troisième édition du roman, une version finale remaniée et complétée (plus du double de page par rapport à la première édition parue en 1999). Initialement il s’agissait de la seconde Chronique Barbare de Mallock mais visiblement l’auteur a décidé de modifier le cours des choses à l’occasion de cette réédition. La première Chronique Barbare, Le Massacre Des Innocents, se retrouvera donc chronologiquement décalée en seconde position (sortie prévue chez Pocket en octobre 2014 ; j’y serai !). Compliqué n’est-il point ? J’ai totale confiance en l’auteur pour que ce remaniement (non ministériel) passe comme une lettre à la poste (dans le cas contraire je ne manquerai pas de râler).
Dites m’sieur Mallock, est-ce-qu’un jour vous nous ferez partager les permiers pas de Mallock au 36 ? Ou au moins la ou les affaires qui lui ont permis d’atteindre la norotiété qu’on lui connait ? Notamment cette fameuse affaire du NAP qui a expédié notre ours préféré de l’autre côté de l’Atlantique…