Petite entorse à mon challenge retrouvailles (quoique quelque part ce sont mes retrouvailles avec un éditeur) mais les éditions Flamant Noir m’ont fait une proposition (même pas indécente) que je ne pouvais refuser. Je suis bien incapable de dire non quand on propose de m’offrir un livre, en l’occurrence il s’agit du dernier titre ajouté à leur cataloguer, Burn-Out de Didier Fossey. N’ayant jamais été déçu par cet éditeur vous comprendrez mon enthousiasme.
Paris. Avril 2014. Lors d’une planque un flic est tué, pas de témoin et quasiment pas d’indices. C’est Boris Le Guenn, chef de groupe à la BAC du 36 qui se voit chargé de l’enquête. Un emploi du temps surchargé, pas assez d’effectif, une enquête qui s’annonce pour le moins difficile et un de ses hommes aux abonnés absents. Boris Le Guenn et son équipe vont devoir se battre sur plusieurs fronts en même temps…
Avant de commencer je voudrais remercier du fond du coeur Nathalie et les Editions Flamant Noir pour leur confiance et ce cadeau surprise (d’autant que je cherchais à l’acheter mais ne le trouvais sur aucune plateforme de vente). Sachez toutefois que cela n’influencera en rien la totale impartialité de ma chronique.
2014. Année noire pour la Police Nationale en France. 51 policiers se sont donnés la mort, soit dix de plus qu’en 2013 et un chiffre inégalé depuis 2000 (la moyenne annuelle depuis les années 2000 se situe autour de 42 suicides). De plus en 2014 un grand nombre de policiers ont rendu leur arme pour ne pas céder à la tentation de mettre fin à leurs jours.
La grande originalité de ce roman est aussi sa principale force, on suit une intrigue à deux niveaux, d’un côté l’aspect polar pur et dur avec une enquête de police, et de l’autre un très important aspect psychologique et humain via les dérives de Guillaume, un flic à l’avenir prometteur qui part en vrille. Sans nouvelles de leur collègue on partage l’anxièté de ses coéquipiers et notamment celle de Boris qui va chercher à le couvrir autant que faire se peut. C’est de loin le polar le plus humain qu’il m’ait été donné de lire, cette approche lui donne un petit côté polar nordique (mais non pas ch’ti ! Plus haut, du côté de la Scandinavie).
Un polar profondément ancré dans une réalité parfois franchement glauque. Le flic est avant tout un être humain avec ses forces et ses faiblesses, sauf qu’on attend de lui qu’il fasse abstraction de ces dernières pour ne mettre en avant que la force et l’assurance de la fonction qu’il occupe. Outre la réalité du burn-out qui peut parfois conduire au suicide, l’auteur nous présente la dure réalité, conséquence des restrictions budgétaires à répétition, le boulot augmente mais les effectifs diminuent et les moyens ne répondent plus aux besoins. Enfin il nous fait vivre intensément la douleur de ceux qui perdent un collègue, tué dans l’exercice de ses fonctions, des drames qui sont malheureusement bien souvent eux aussi la conséquence des coupes financières. Un état des lieux déplorable qui ne devrait pas vous laisser indifférent, pas un réquisitoire contre X ou Y pour autant, un constat juste et froid.
Mais rassurez-vous, l’intrigue policière n’est pas pour autant laissée pour compte. Elle vous prendra aux tripes au fur et à mesure de son avancée et devrait vous réserver quelques surprises de taille.
Je ne le savais pas avant de lire la bio de l’auteur à la fin du bouquin mais Didier Fossey a été flic à la BAC de Paris. Ce qui explique le même réalisme que celui ressenti en lisant Olivier Norek. Ils savent de quoi ils parlent et en parlent avec le coeur et les tripes.
Vous trouverez d’autres similitudes entre le « Groupe Coste » et le « Groupe Le Guenn« , une complicité qui va bien au-delà de la simple relation professionnelle et des individualités qui se complètent. La fin laisse supposer que l’auteur compte faire revenir le « Groupe Le Guenn » sur les devants de la scène dans un prochain roman, je l’espère de tout coeur.
Pour le moment le catalogue Flamant Noir affiche un sans faute remarquable. Encore merci à Nathalie B. pour cette sublime découverte et sa confiance. Au risque de me répéter cette chronique des plus élogieuses a été rédigée en toute impartialité. Ce n’est pas de ma faute si ce polar est tout bonnement excellent !
Je profite aussi de l’occasion de féliciter à nouveau ChrisEbouquin pour son travail de numérisation ; comme dans Kind of Black vous aurez le droit à un petit bonus sonore avec la version epub du roman.
Je concluerai cette (longue) chronique en citant Franck Evrard, un des personnages du roman, flic à la BAC depuis vingt cinq ans et surtout supérieur et ami de la victime, qui dresse un portrait sans concession de sa vie de flic : « On a un métier à la con, on s’y donne à fond. Les gonzesses, elles comprennent pas. On se blinde, on devient comme tu dis « insensibles », car nos fantômes nous poursuivent. On n’a plus d’amis en dehors de la boîte, nos femmes nous quittent parce qu’on ne les fait plus rêver, et quand sonne l’heure de la retraite, on se retrouve tout seuls. (…) Regarde ma gueule… je suis gris. T’as vu mes yeux ? C’est pas des valises, c’est des malles qu’il y a en-dessous. Il paraît que dedans y’a toute la tristesse du monde, et pourtant je ne suis pas triste. Non… Ce sont simplement toutes les horreurs que j’ai vues en vingt-cinq ans, mon pote. Toutes les misères que j’ai côtoyées, tous les désespoirs que j’ai rencontrés qui se sont imprimés-là. »
Suivi quelques chapitres plus loin par ce constat : « “Tous les flics ont des cauchemars, ça fait partie du paquetage”, avait dit un jour Olivier Marchal, ancien policier devenu réalisateur de films à succès. Le problème, c’est qu’au départ le flic n’est pas prévenu que le paquetage s’alourdira au fil des ans, et rien n’est prévu pour les ranger, ces foutus cauchemars. Alors certains, comme Franck, mettent une carapace, s’endurcissent et le payent dans leur vie privée. D’autres se laissent déborder, et à défaut de sac pour y mettre leurs peurs, leurs angoisses et les problèmes personnels qui en découlent, se servent de leur arme pour en terminer, à raison d’une quarantaine par an, toutes forces de police confondues. »
Étiquette : Littérature française
[BOUQUINS] Olivier Norek – Territoires
Comme annoncé précédemment je reste en compagnie du SDPJ 93 avec Territoires, le second roman d’Olivier Norek mettant en scène Victor Coste et son équipe.
Trois gros dealers notoires sont éliminés à Malceny, plaque tournante de la drogue dans le 9-3. Le Boss, nouveau caïd des lieux, est bien décidé à imposer sa mainmise sur ses nouveaux territoires, quitte à mettre le département à feu et à sang. Face à la menace d’embrasement, Coste et son équipe savent qu’ils doivent agir vite…
Si par le plus grand des hasard Code 93 vous avait donné envie de déménager dans le 93 (qui sait peut-être que mon lectorat compte quelques dépressifs suicidaires) je suis convaincu que Territoires fera renoncer même les plus motivés (et les plus suicidaires). Dans son premier roman Olivier Norek nous offre un portrait peu ragoûtant de la Seine-Saint-Denis mais ce n’était que la partie visible de l’iceberg, ici il nous plonge le nez au coeur des cités, des trafics en tout genre, de la corruption à tous les niveaux… Et ce avec un réalisme saisissant mais, espérons-le (sans trop y croire), dans une version empirique pour les besoins de son intrigue.
On retrouve une intrigue totalement maîtrisée et toujours aussi ancrée dans la réalité du milieu policier et judiciaire. Une ambiance beaucoup plus tendue que dans Code 93, mais heureusement Coste et son équipe ne manquent jamais d’un bon mot pour faire retomber la tension.
Rien à redire au niveau des personnages, l’équipe est toujours aussi complémentaire et efficace. Des personnages profondément humains, loin des super-flics made in Hollywood. Quant au méchant de service (le vrai pas les raclures dévouées aux basses oeuvres), le fameux Boss, bien malin si vous découvrez son identité avant qu’elle ne soit révélée. Pour ma part un gros coup de coeur pour le personnage de Jacques mais je n’en dirai pas plus (oui je sais, c’est frustrant).
Comme dans la vraie vie rien n’est jamais complètement blanc ou complètement noir, on navigue plutôt entre différentes nuances de gris (avec parfois tout de même du gris très foncé). De fait les fins d’enquêtes ne sont pas toujours aussi idéales que ce que l’on pourrait souhaiter, il faut savoir faire des concessions et composer avec la réalité du terrain.
Ce second roman confirme, voire même amplifie, mon appréciation plus que positive sur les talents de narrateur d’Olivier Norek et mon attachement au personnage de Victor Coste. Vivement le prochain !
S’il est une chose que je ne supporte pas et pour laquelle je prône la Loi du Talion (si, si, je sais exactement de quoi il s’agit) c’est bien la maltraitance sur les animaux. Donc si dans un roman je croise un personnage qui torture un animal vous pouvez être assuré que je le prendrai définitivement en grippe ; ma seule hâte sera d’arriver à la mise à mort du tortionnaire avec le fol espoir qu’elle sera au moins aussi violente que celle infligée à l’innocente bestiole. Si vous ajoutez à cela que ledit personnage est de toutes façons une ordure finie totalement irrécupérable vous comprendrez que ma hâte n’en est que décuplée. Mes attentes furent-elles satisfaites ? J’ai la réponse mais je ne peux la partager avec vous (rien à voir avec le politiquement correct ou une quelconque forme d’hypocrisie, c’est juste pour garder intacte la surprise).
[BOUQUINS] Olivier Norek – Code 93
Je reste dans le polar Made in France mais cette fois je passe du journaliste-écrivain au flic-écrivain avec Olivier Norek et son premier roman Code 93.
Coup sur coup Victor Coste, capitaine à la PJ de Seine-Saint-Denis, est confronté à deux scènes de crimes hors normes. Pour couronner le tout il reçoit des lettres anonymes l’orientant vers des affaires mystérieusement classées…
Un polar écrit par un flic on peut s’attendre à du lourd, et surtout à de l’ultra-réaliste, mais un scénario en béton ne fait pas tout, il faut aussi savoir le garnir, lui donner des formes et lui insuffler du rythme pour accrocher le lecteur. Olivier Norek a-t-il relevé le défi avec succès ? Réponse dans les lignes qui suivent…
L’auteur nous livre une intrigue en béton, sans le moindre temps mort et avec son lot de surprises (même si j’avais de sérieux soupçons sur le coupable et ses motivations avant que l’on ne l’apprenne par l’auteur). Ajoutez à cela une parfaite maîtrise de son sujet et un style parfaitement adapté au genre (pas de fioritures inutiles, direct mais travaillé) et vous aurez un premier défi relevé haut la main.
Victor Coste est un personnage hautement attachant, un homme blessé qui se donne à fond dans son boulot et prêt à tout pour son équipe. Et quelle équipe ! Sam, Ronan et même la nouvelle recrue, Johanna, se complètent à merveille et font front solidaires, qu’importe les circonstances. leur boss les couvre, ils couvrent leur boss. Sans oublier bien sûr Léa Marquand, la jolie légiste qui ne laisse pas Coste indifférent même s’il s’efforce de rester de marbre en sa présence.
Quid du titre ? Impossible de répondre à la question sans en dire trop, je vous laisse découvrir la chose par vous même. Si la chose existe effectivement ça a de quoi faire froid dans le dos… le pire étant sans doute que ça ne m’étonnerait pas outre mesure !
Après Mallock et son commissaire homonyme, je crois bien que Olivier Norek a réussi à faire entre un deuxième flic dans mes coups de coeur. Je crois ? Non c’est une certitude puisque je compte bien enchaîner avec Territoires, son second roman.
Que Olivier Norek soit apte à se mettre dans la peau d’un flic est plutôt rassurant vu qu’il a passé quinze ans à la PJ du sulfureux 9-3 ; mais ce n’est pas son seul talent, il est aussi très doué pour se mettre dans la peau d’un chat, jugez plutôt : « L’effet conjoint de la porte qui explose, frappant violemment contre le mur, et de la luminosité aveuglante qui envahit l’entrée de la maison, fit sursauter le chat à la limite de l’attaque cardiaque. Il entreprit un sprint sur place, ses pattes glissant sur le sol sans pour autant avancer, puis finit par se prendre le mur en pleine gueule avant de regrimper les escaliers en deux sauts successifs. » (Chapitre 16)
[BOUQUINS] Jacques Expert – Deux Gouttes D’Eau
Retour au polar made in France pour ma prochaine escapade littéraire, en compagnie de Jacques Expert et son dernier roman, Deux Gouttes D’Eau.
Elodie Favereau, 27 ans, est sauvagement assassinée à coups de hache. La vidéo-surveillance permet d’identifier rapidement son assassin : Antoine Deloye, son fiancé. Sauf que celui-ci accuse son frère jumeau, Franck. Pour les commissaires Laforge et Brunet, en charge de l’affaire, une enquête qui s’annonçait simple va se transformer en un inextricable sac de noeuds…
Je suis Jacques Expert depuis qu’il est publié chez Sonatine, c’est donc ma troisième incursion dans son univers littéraire et, autant vous le dire franco, c’est sans la moindre hésitation que je me suis jeté sur ce bouquin (les deux précédents m’ayant fait forte impression).
L’intrigue se découpe selon trois axes, un huis-clos particulièrement tendu au sein du commissariat tandis que les deux frères et les témoins sont entendus par les enquêteurs, l’enquête de terrain pour tenter d’y voir plus clair et enfin de nombreux flashbacks qui nous font découvrir l’enfance et l’adolescence des jumeaux Deloye.
Une intrigue qui repose sur cinq personnages. Franck et Antoine Deloye d’abord, des jumeaux qui sont tout sauf attendrissants, et ceux dès leur plus jeune âge. Des personnalités complexes, impossibles à déchiffrer. Qui dit la vérité ? Qui ment ? Qui est coupable ? Qui est innocent ? Et pour finir : y-a-t-il vraiment un innocent et un coupable ? Une fois l’un, une fois l’autre puis ni l’un ni l’autre… Quoi qu’il en soit les frères Deloye devraient vous faire froid dans le dos.
Du côté des enquêteurs on retrouve les deux commissaires en charge de l’enquête, Robert Laforge et Etienne Brunet. Le second évolue volontairement dans l’ombre du premier mais il est aussi le seul capable de contenir les élans du boss. Parce que le Laforge est un sanguin ! En proie à de fréquentes crises de colère, mais redoutablement efficace, il est à la fois craint et respecté par son équipe. Autant dire que ses confrontations avec les jumeaux ne vont pas arranger son doux caractère.
Et puis il y a Hervé Pauchon, jeune lieutenant ambitieux, le petit nouveau de l’équipe Laforge mais pas de bol le boss l’a d’ores et déjà pris en grippe. C’est lui qui va se démener sur le terrain pour essayer de prouver sa valeur, au risque de se brûler les ailes.
Avec une base relativement minimaliste (un macchab et deux suspects), Jacques Expert, réussit à nous tenir en haleine et à nous amener à maints questionnements et remises en question ; dès qu’une hypothèse germe on se voit contraint de la rejeter quelques pages plus tard ; il maîtrise son intrigue d’une main de maître et nous mène par le bout du nez. Un polar à la limite du thriller psychologique tant il jouera avec vos nerfs.
La fin est conforme au reste de l’intrigue : machiavélique à souhait. En ouvrant ce bouquin j’attendais du polar de haut de gamme, mes attentes ont été comblées… et plus encore !
Je signalerai juste un défaut récurrent dans les versions numériques proposées par Sonatine : l’absence de table des matières. C’est quand même vachement pratique quand on cherche un passage de pouvoir filer directement au chapitre où il se trouve (plus ou moins) plutôt que de faire défiler les pages avec un curseur. Pour certains ça restera un détail insignifiant, pour les e-lecteurs maniaques c’est un manque de respect (et du boulot en plus puisque dans ce cas je l’ajoute manuellement).
[BOUQUINS] Marc Levy – Elle & Lui
Changement radical de registre puisque j’ai jeté mon dévolu sur le dernier Marc Levy, Elle & Lui. Un peu de douceur dans ce monde de brutes…
Paul et Mia se sont rencontrés via un site de rencontre, mais question de s’amouracher l’un de l’autre, ils vont soigner leur solitude en nouant une véritable amitié…
Elle & Lui marque le retour de Marc Levy au genre qui l’a fait connaître, la comédie romantique. Afin de rester dans la continuité il reprend les personnages de Lauren, Arthur et Paul, déjà croisés dans Et Si C’Etait Vrai (2000) et Vous Revoir (2005). Vous l’aurez compris cette fois c’est Paul qui est mis à l’honneur.
De fait le levyphobe primaire objectera d’entrée de jeu que l’auteur use et abuse des mêmes recettes éculées. Ah oui je précise que le levyphobe primaire n’a jamais lu, et ne lira jamais, un roman de Marc Levy. Pour les autres et notamment les fans assumés, dont je suis, je ne vois pas pourquoi Marc Levy changerait une recette qui a déjà fait ses preuves… Et c’est exactement ce qu’il nous offre dans ce nouveau roman, tous les ingrédients de la comédie romantique sont mis en avant, pour notre plus grand plaisir. On y trouve donc un parfait dosage d’humour, d’amitié et d’émotions.
Arthur et Lauren, bien que présents tout au long du récit, sont volontairement maintenus au second plan. C’est Paul qui tient la vedette, mais un Paul qui a pris un nouveau départ aussi iben personnel que professionnel. On s’attache rapidement à ses doutes et maladresses. Puis il y a Mia, impossible de ne pas succomber à son humour ravageur… On se doute bien de comment tout ça va finir mais on s’en fout, ce n’est pas la fin qui importe mais le cheminement pour y parvenir.
Ce n’est pas avec ce roman que l’auteur séduira un public plus large, voire nouveau, mais les fans apprécieront ce retour aux sources.
En réponse aux levyphobes primaires mentionnés plus haut, je citerai cette phrase de Mia : « Mais on leur dit merde, à ceux qui n’aiment pas les histoires heureuses, qu’ils aillent patauger dans leur sinistrose, lis nous font déjà assez suer comme ça, on ne va pas en plus leur laisser le mot de la fin. »
Elle poursuit un peu plus loin sur le manque de reconnaissance de la comédie dans le cinéma : « Vous savez ce qu’il faut pour décrocher un Oscar de nos jours ? Avoir perdu ses bras ou ses jambes, son père ou sa mère, les quatre serait encore mieux. Une bonne dose de misère, de sordide, de bassesses à vous arracher des larmes et on crie au génie, mais faire rire et rêver n’est pas considéré. J’en ai assez de l’hégémonie culturelle du marasme. »
J’attends maintenant le cru 2015 de Guillaume Musso, bizarrement il n’y a ni titre, ni date annoncés…
[BOUQUINS] Samuel Sutra – Kind Of Black
Je poursuis mon incursion dans le catalogue des éditions Flamant Noir avec Kind Of Black de Samuel Sutra, un polar noir sur fond de jazz… tout pour me plaire ! Encore faut-il que le résultat soit à la hauteur de mes attentes.
Sarah Davis, étoile montante du jazz, est assassinée dans la loge d’un club parisien, quelques minutes avant le début du concert qu’elle devait y donner. Jacques, lieutenant à la PJ et grand fan de jazz, va se donner à fond dans cette enquête…
Une fois de plus Flamant Noir nous offre une véritable perle rare, une perle noire. Un polar noir qui se veut aussi un hommage au Jazz, la musique mais aussi l’univers du jazz, un monde à part… De prime abord le cocktail peut sembler curieux mais l’auteur maîtrise parfaitement sa partition, du coup le lecteur, avisé ou non, ne peut qu’être sous le charme.
La clé d’un polar réussi reste son intrigue, en l’occurrence un meurtre à huis-clos et de fait un nombre réduit de suspects clairement identifiés dès le départ. Facile me direz vous ? Et bien non, Samuel Sutra sait s’y prendre pour brouiller les pistes, bien malin celui ou celle qui démasquera le coupable avant Jacques.
Second atout majeur de ce Kind Of Black, ses personnages. Au centre du plateau, Sarah Davis, omniprésente malgrè sa mort dans les premières pages du roman. Pour élucider son meurtre, Jacquers va devoir apprendre à la découvrir, sans fard, ni paillettes. Jacques, justement, notre cher enquêteur que l’auteur a privé de nom de famille. Un flic qui aurait vu être pianiste de jazz, mais un flic obstiné qui sera amené, plus d’une fois, à gratter sous la surface des apparences. N’oublions pas Stan Meursault, un pianiste que Jacques admire mais qui n’a jamais connu la gloire qu’il aurait mérité. Un gars qui n’a jamais vraiment réussi à panser ses blessures du passé et condamné à court terme par une maladie qui le bouffe lentement mais sûrement. Et les autres, nul n’est laissé pour compte, tous contribuent à l’ambiance si particulière de ce roman.
Pas besoin d’aimer le jazz pour apprécier le bouquin, si vous ne connaissez pas le genre ayez juste la curiosité de chercher sur Youtube les titres cités ; qui sait peut être qu’une révélation vous attend au détour d’un clic.
Cerise sur le gâteau, la version numérique, concoctée par ChrisEBouquin, propose justement deux liens Youtube vers des titres d’artistes cités dans le roman. Ce genre de bonus, qui exploite certaines exclusivités du numérique sur une version papier restent trop rares.
Bien que mon père ait été un grand amateur de jazz c’est une musique que j’ai appris à apprécier tardivement, je suppose qu’il faut une certaine maturité pour en saisir toutes les subtilités. Il faut surtout se donner le temps de l’écouter attentivement et non comme un simple bruit de fond, écouter et s’en imprégner. Si vous souhaitez une immersion en douceur dans le jazz je vous suggère la compilation Je n’aime pas le Jazz mais ça j’aime bien (en version double ou quadruple CD), laissez vous simplement porter par la musique et les chants. Parce que le Jazz, plus que tout autre genre musical, c’est aussi la parfaite fusion entre la voix et les instruments. Essayez et je suis convaincu que vous serez sous le charme… Oui je sais je radote, mais quand c’est bon…
[BOUQUINS] Maxime Chattam – Que Ta Volonté Soit Faite
Lentement mais sûrement je vais tenter de retrouver mon rythme de lecture après une longue pause due d’abord aux fêtes de fin d’année, puis à l’actualité. Le fait de ne pas lire ne m’a nullement empêché de suivre les sorties littéraires et de gonfler mon Stock à Lire Numérique, il m’a semblé évident de retrouver mon rythme de croisière avec Que Ta Volonté Soit Faite de Maxime Chattam.
Depuis qu’il est enfant Jon Petersen doit vivre avec des pulsions malsaines, quand il va laisser libre cours à son instinct bestial pour la première fois ça va être pour lui le début d’une plongée dans le vice et la violence. Une plongée qui ne laissera personne indemne dans son entourage…
J’ai lu suffisamment de romans de Maxime Chattam pour savoir qu’une escapade littéraire en sa compagnie ne serait pas un voyage au pays des Bisounours. Pour son nouveau roman l’auteur délaisse le thriller pur et dur pour s’essayer au roman noir. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’essai est transformé !
Déjà le style narratif choisi est plutôt original, pas tout à fait un récit à la troisième personne puisque l’auteur se place dans la peau du narrateur qui nous raconterait l’histoire de sa ville et plus particulièrement des événements qui gravitent autour de Jon Petersen ; avec parfois des interventions directes du narrateur en question. Un récit qui s’étend des années 60 aux années 80 sans qu’il ne soit jamais fait état d’une date précise. Un récit qui prend racine dans un patelin du Midwest américain.
L’auteur a coutume de décortiquer le Mal sous toutes ses formes, dans ce roman il ne déroge pas à son habitude, seule l’approche change et c’est toujours aussi foutrement efficace. Moins trash que certains autres titres de l’auteur (et moins épais) ce récit baigne du début à la fin dans une ambiance glauque à souhait avec un personnage central détestable à tout point de vue, aucune empathie possible envers un tel fumier.
Si Jon Petersen reste le centre de gravité du récit, les autres intervenants ne sont pas pour autant laissés pour compte, ils bénéficient d’une réelle profondeur. Je pense notamment à Riley, le fils de Jon et au sherif Jarvis Jefferson qui jouent un rôle essentiel dans l’intrigue. Et bien entendu il y a le narrateur, dont vous devriez deviner l’identité à la toute fin du roman.
La transition est idéale pour aborder la fin, ou plutôt devrai-je dire les fins (vous comprendrez pourquoi après avoir lu le bouquin), Maxime Chattam réussit une fois de plus à nous surprendre avec un final éblouissant… A tel point que c’en devient presque frustrant de ne pouvoir s’épancher sur la question. C’est avec l’ultime révélation de l’intrigue que le titre du roman prend toute sa signification…
Pour sa première incursion dans le roman noir l’auteur rend hommage, en les citant à plusieurs reprises, à quelques grands noms du genre. Au vu de l’excellence du résultat j’espère sincèrement que Maxime Chattam ne se contentera pas de cet essai superbement transformé.
[BOUQUINS] David S. Khara – Une Nuit Eternelle
Comme annoncé précédemment c’est sans la moindre hésitation et même avec une certaine fébrilité (faute à l’épilogue des Vestiges De L’Aube) que je me suis plongé dans Une Nuit Eternelle de David S. Khara.
Alors que Barry et Werner consolident leur amitié, un pasteur et son fils sont brutalement assassinés. Le tueur a lui même appelé la police mais ne se souvient de rien. Les deux amis sont encore loin de se douter de la terrible menace qui plane sur eux…
Le décor et les personnages étant plantés l’auteur peut nous plonger directement au coeur de son intrigue. Une intrigue nettement plus ancrée dans le fantastique que la précédente mais tout aussi parfaitement maîtrisée (voire encore mieux même).
C’est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux personnages, et pas seulement chez les méchants, le chef du NYPD, Stanton, a un rôle plus important et Barry va devoir faire équipe avec de nouveaux partenaires.
Vous aurez sans doute remarqué sur la couverture la fameuse croix de l’Ordre du Temple, et peut être vous demandez vous ce que viennent foutre des Templiers à New-York de nos jours. L’auteur répondra à toutes vos interrogations, en revisitant largement au passage la légende qui entoure cet ordre mystique. Et tout s’imbrique avec une aisance déconcertante pour nous accrocher encore plus au récit.
Ce second opus est aussi pour l’auteur de travailler plus en profondeur ses personnages, surtout Werner qui découvre en même temps que nous une partie de son histoire. Peu de passages purement historiques, David S. Khara privilégie l’action et le rythme. Et il nous gâte !
L’auteur a prévu de consacrer une trilogie à Werner Von Lowinsky, je suis curieux de savoir ce qu’il nous réserve pour cet ultime opus (cette fois pas d’épilogue en guise de transition vers la suite), la surprise sera entière. Mais je fais totalement confiance à l’auteur pour nous surprendre et nous régaler.
En attendant je pourrai toujours me plonger dans sa trilogie des Projets, des thrillers historiques qui, d’après ce que j’ai pu lire çà et là, méritent vraiment le détour… Mais comme toujours cela dépendra de ce qui sortira des profondeurs insondables de mon Stock à Lire Numérique.
PS : une chronique un peu tardive, non que j’aie un besoin de méditer longuement sur ce que j’avais à raconter (ce n’est pas le genre de la maison), simplement que les fêtes m’ont pas mal occupé ces derniers temps (comme bon nombre d’entre vous je suppose).
PPS : notez qu’en passant chez Fleuve l’auteur perd son S. comme initiale d’un hypothétique second prénom. Serait-ce le boulet des initiales DSK qui a motivé ce choix ? Notez que j’ai fais le choix de continuer à utiliser son pseudo complet : David S. Khara.
[BOUQUINS] David S. Khara – Les Vestiges De L’Aube
Une petite plongée dans les tréfonds du Stock à Lire Numérique histoire de remonter à la surface un des nombreux titres injustement oubliés. Au programme du moment, Les Vestiges De L’Aube de David S. Khara.
Barry Donovan, flic au NYPD, n’est plus que l’ombre de lui même depuis qu’il a perdu sa femme et sa fille dans les attentats du 11 septembre 2001. Pour couronner le tout il se voit confier une enquête qui s’annonce aussi complexe que délicate. Seules ses conversations virtuelles avec Werner Von Lowinsky, un mystérieux aristocrate, semblent à même de lui apporter un apaisement bienvenu…
Depuis le départ l’auteur avait annoncé son intention de faire une trilogie autour du personnage de Werner Von Lowinsky, et c’est justement la sortie récente du second opus, Une Nuit Eternelle, qui m’a motivé à me lancer dans ce roman.
Avant d’entrer dans le vif du sujet j’aimerai faire une petite parenthèse sur le parcours de ce bouquin. Il s’agit du premier roman de David S. Khara, bien qu’écrit en 2001 il lui faudra attendre 2010 avant d’être publié (chez Rivière Blanche). Une nouvelle version sortira en 2011 chez Michel Lafon avec six chapitres inédits et cinq complètement remaniés. Pour un bouquin de 246 pages et 34 chapitres (dans sa version 2011), ça représente un sacré boulot de réécriture.
L’auteur nous offre un thriller fantastique, et ce à plus d’un titre. D’une part parce que Werner est un vampire (ce n’est pas un scoop, il nous l’apprend dans les premières pages du roman), ce qui donne à David S. Khara tout loisir de revisiter le mythe tout en lui restant fidèle dans les grandes lignes (bien que pas foncièrement mauvais, Werner ne donne pas dans la guimauve non plus). D’autre part parce que l’intrigue est en béton armé, construite autour de l’enquête de Barry mais aussi autour de l’amitié entre les deux hommes. Je pourrai ajouter la construction même du roman qui alterne les passages écrits à la troisième personne lorsque Barry est au centre de l’intrigue et ceux rédigés à la première personne, qui nous font vivre les faits à travers le regard (et les pensées) de Werner.
Pour un auteur français, vivant en France, David S. Khara parvient à rendre parfaitement crédible sa vision de Manhattan post 11 septembre ; une ville et ses habitants encore blessés, qui cicatrisent lentement mais sûrement. Et ce n’est pas là le seul aspect historique du roman, par le biais de Werner la Guerre de Sécession est largement abordée. On devine un important travail de documentation parfaitement imbriqué dans l’intrigue.
Enfin, en si peu de pages, l’auteur aborde un nombre impressionnants de thèmes qu’ils soient humains (la solitude, le deuil, l’amitié) ou sociétaux (le plus important étant certainement la dualité entre la Loi et la Justice).
Il ne me reste plus qu’à enchaîner avec Une Nuit Eternelle, ce que je compte faire sans tarder. Mais avant cela je vous offre en bonus la couv’ de la version 2010 des Vestiges De L’Aube.
[BOUQUINS] Karine Giebel – Satan Etait Un Ange
Retour à des romans plus consistants (en terme d’épaisseur) même si le dernier opus de Karine Giebel, Satan Etait Un Ange, est loin d’être un pavé.
Une fois n’est pas coutume je vais vous proposer un extrait de la quatrième de couv’. Dans la même voiture, sur une même route, deux hommes que tout semble opposer et qui pourtant fuient ensemble leurs destins différents. Rouler droit devant, admirer la mer. Faire ce qu’ils n’ont jamais fait. Vivre des choses insensées. Vivre surtout…
C’est le troisième roman de Karine Giebel que je lis et, pour le moment, non seulement je n’ai jamais été déçu mais elle a su à chaque fois me surprendre en jouant sur différents registres du thriller. En l’occurrence l’intrigue est presque secondaire dans ce roman, c’est le côté intimiste qui prime sur l’action, la relation improbable, voire impossible, dans un autre contexte entre deux individus que tout oppose (l’auteure parle fort justement d’un « couple insolite, formé par l’errance, la douleur« ).
Comme le roman repose sur les épaules de ses deux héros qui sont tout sauf héroïques, lui donner une véritable profondeur psychologique était primordial pour en assurer la crédibilité. Karine Giebel relève haut la main le challenge, elle parvient à rendre ses personnages crédibles au point d’en devenir presque palpables.
D’un côté on a François, à l’aube de la cinquantaine il a la vie dont il toujours rêvé, jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il souffre d’une tumeur au cerveau inopérable. Condamné à court terme, il décide de tout quitter le temps de faire le point, résigné, effrayé. Fuir un funeste destin qu’il sait inéluctable.
De l’autre Paul, à peine 20 ans, peut être un peu plus. Lui aussi fuit mais l’auteure distille des infos sur son compte au compte gouttes. Parfois on a enviez de lui foutre des baffes (à Paul pas à Karine Giebel) mais à la lumière de son parcours on comprend mieux.
Mais ce roman n’est pas que psychologique, on a bel et bien une intrigue digne d’un thriller en toile de fond. Une intrigue dont on découvre toute la mesure au fil des chapitres. Une intrigue noire à souhait qui, presque malgré nous, nous tiendra en haleine jusqu’au clap de fin.
Le style de l’auteure fait de ce roman un vrai régal à lire, sans doute pas un thriller qui mettra vos nerfs à rude épreuve mais une belle histoire d’amitié qui fait du bien là où elle passe. On prend un véritable plaisir à partager tour à tour les pensées de François et de Paul.
Sans être clairement situé dans le temps on peut, sans se méprendre, situer l’intrigue vers la fin des années 90, début du vingt et unième siècle. Le franc est encore de rigueur et ça clope à tout va…


