[BOUQUINS] Marc Levy – L’Horizon A L’Envers

M. Levy - L'horizon à l'enversFidèle (totalement assumé) de la première heure, il m’était impossible de ne pas me ruer sur le dernier Marc Levy, L’Horizon A L’Envers.
Hope, étudiante en neuroscience rencontre Josh et Luke, deux étudiants dans la même matière, sur le campus. Le courant passe tout de suite entre les trois jeunes gens. Tant et si bien que Josh et Luke finissent par avouer à leur nouvelle amie qu’ils travaillent, en contrepartie du financement de leur études, pour une grosse structure de recherche scientifique privée. D’abord réticente Hope se laisse convaincre de les rejoindre sur un projet particulièrement ambitieux…
A la fermeture de ce bouquin un seul mot m’est venu à la bouche : Enfin ! Pas dans le sens enfin c’est fini, ce fut un calvaire à lire. Mon enfin m’est venu pour deux raisons. D’abord dans le sens enfin Marc Levy nous revient avec un très grand cru (ces derniers titres étaient agréables mais pas transcendants), digne de figurer dans son top 5. Ensuite parce qu’enfin j’ai eu mon premier vrai coup de coeur de l’année 2016.
J’ai pourtant eu un instant de flottement. Totalement emballé par la première partie, j’ai senti que le soufflé menaçait de s’effondrer avec la seconde partie, mais rapidement l’auteur relance sa mécanique implacable et le coup de coeur revient au galop. Rien de vraiment imprévisible dans le dénouement mais c’est bien amené, du coup ça passe comme une lettre à la poste.
L’intrigue s’articule autour de thèmes chers à l’auteur, l’amitié, l’amour, les relations familiales mais elle aborde aussi des sujets plus « sérieux », voire philosophique, du genre jusqu’où peut on aller au nom du progrès scientifique ? Quelles sont les limites morales et / ou humaines à poser au progrès ?
Des thèmes portés et/ou remis en question par le personnage de Hope. C’est en effet la seule qui porte tous les thèmes sur ses épaules, d’abord via son amitié avec Luke puis et Josh, puis son histoire d’amour, passionnée et fusionnelle, avec ce dernier. Ensuite par la relation, toute aussi fusionnelle, mais dans le respect de leur indépendance réciproque, qu’elle entretient avec son père. Enfin elle est celle qui, tour à tour, tempère les ardeurs scientifiques du trio, ou s’engage à fond avec ses complices..
Durant tout le roman j’ai trouvé le personnage de Luke quelque peu ambigü, un ressenti que ne fait que confirmer et renforcer la seconde partie du roman.
Ces deux dernières années le duel littéraire opposant Marc Levy à Guillaume Musso voyait ce dernier remporter la manche haut la main ; qu’en sera-t-il en 2016 ? Réponse fin mars avec La Fille De Brooklyn, le prochain Musso. Un pitch prometteur, un bon accueil critique de ses pairs… Un duel au sommet en prévision! Et ce n’est pas nous, lecteurs, qui nous en plaindrons…

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[BOUQUINS] Fredrik Backman – Ma Grand-Mère Vous Passe Le Bonjour

F. Backman - Ma grand-mère vous passe le bonjourUn peu de légèreté pour reposer les neurones et apaiser les tensions. C’est exactement ce qu’il me faut en ce moment et je compte bien sur Fredrik Backman pour se faire, avec son dernier roman, Ma Grand-Mère Vous Passe Le Bonjour.
Elsa, 7 ans, presque 8, est une enfant solitaire qui partage une grande complicité avec sa grand-mère, prête à toutes les excentricités pour rendre sa petite fille heureuse. Juste avant que la vieille dame ne décède, vaincue par le cancer, elle propose à Elsa de participer à une chasse au trésor de son cru. A la recherche des indices éparpillés ça et là par sa grand-mère, Elsa va faire son deuil et en apprendre plus sur mamie… et ses voisins.
Avec ce second roman, Fredrik Backman ne fait que me conforter dans l’opinion que j’avais de lui : il est à la littérature suédoise ce que Gilles Legardinier est à la littérature française, un champion toute catégorie de la littérature feel good. Ses romans nous mettent du baume au coeur et jouent avec toute la gamme des émotions ; on passe du rire aux larmes. Heureusement on rit plus souvent qu’on ne verse une larmiche émue !
Bien qu’écrit à la troisième personne l’auteur nous fait vivre le récit à travers les mots et les émotions d’Elsa, je tiens à saluer le travail de Laurence Mennerich, la traductrice, l’effet est bluffant, une totale réussite !
Nul doute que cette petite Elsa restera longtemps dans votre tête, même après avoir refermé (à regrets) le bouquin. Une gamine de 7 ans, presque 8, d’une intelligence et d’une maturité remarquables pour son âge, solitaire car les enfants de son âge ne la comprennent pas (au contraire ils la prennent comme souffre douleur). Elle n’en finira pas de vous surprendre.
Puis il y a la fameuse mamie, comme on aurait aimé la connaître plus longtemps. Pour sa petite fille elle a inventé tout un univers de contes de fées… Une univers pourtant pas si fictionnel que cela comme le découvrira Elsa au cours de sa chasse au trésor ! Encore une brillante idée de l’auteur mais je n’en dirai pas plus afin de ne pas gâcher la surprise.
Les autres personnages sont les habitants de l’immeuble. Ulrica la maman d’Elsa, enceinte d’un futur petit frère ou d’une future petite soeur, la Moitié. George le beau-père que tout le monde apprécie sauf Elsa, sans être méchante avec lui elle joue la carte de l’indifférence. Chacun des voisins mériterait que j’en dise quelques mots mais là encore je préfère laisser intact le plaisir de la découverte pour les futurs lecteurs.
Un bouquin qu’il fait bon lire, qui vous redonne même foi en l’humanité. Un récit qui aborde des thèmes sérieux avec légèreté mais intelligence, sans une once de mièvrerie. Vivement que le roman suivant de l’auteur soit traduit en français ! D’autant que, au vu du titre, il n’est pas impossible que l’on retrouve un personnage déjà croisé dans ces pages.

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Une citation qui s’applique particulièrement bien à la sombre actualité du moment : « C’est comme ça qu’on tient tête aux salauds qui nous disent ce qu’on a le foutu droit de faire ou pas. En foutant ce qu’on veut. »
Vous nous avez fait tanguer mais nous ne sombrerons pas. Vous mordrez la poussière avant nous ! Vous disparaîtrez avant nous !

[BOUQUINS] Sandrone Dazieri – Tu Tueras Le Père

S. Dazieri - Tu Tueras Le PèreUne lecture inspirée par la blogosphère, à force de lire des éloges sur Tu Tueras Le Père de Sandrone Dazieri, il fallait bien que je me forge ma propre opinion.
Une femme décapitée, un petit garçon porté disparu ; pour la police il ne fait aucun doute que le coupable est le père, d’autant que des preuves l’accablent. Le commissaire Rovere demande toutefois à son bras droit, Colomba Caselli, de mener sa propre enquête parallèle bien qu’elle soit encore, officiellement, en disponibilité. Pour la seconder, Rovere l’oriente vers Dante Torre, un enquêteur privé qui fut séquestré pendant des années durant son enfance. Rapidement Dante est convaincu que l’enfant est victime du Père, l’homme qui l’a privé de son enfance. Reste à convaincre Colomba et à trouver des preuves…
Adepte de thrillers depuis de nombreuses années j’ai tendance à me la jouer blasé en matière de tueurs en série. Je ne prétendrais certes pas avoir tout lu sur le sujet, ce serait horriblement prétentieux et complètement faux ; disons plutôt que la plupart des intrigues obéissent plus au moins aux mêmes règles fondatrices et suivent un même fil rouge. La plupart oui, mais pas toutes ! Certains romans créent la surprise en revisitant totalement le genre, Tu Tueras Le Père est de ceux là ! Il fait table rase de toutes les ficelles connues pour imposer sa propre structure et son propre rythme.
Déjà l’auteur nous propose un duo d’enquêteurs pour le moins atypique. Dans le coin droit, Colomba Caselli. Commissaire à la brigade mobile (l’équivalent italien de la brigade criminelle en France), en disponibilité suite à ce qu’elle appelle le « Grand Désastre », un drame personnel qui ne l’a pas laissée indemne. Une enquêtrice brillante en proie au doute quant à son avenir professionnel… et personnel.
Dans le coin gauche, Dante Torre. Il a passé onze ans séquestré par Le Père. Aujourd’hui totalement inadapté socialement parlant et bourré de phobies. Doté d’une logique implacable, doublée d’un redoutable sens de l’observation et d’un incroyable don de déduction. Il reste persuadé que Le Père est encore en vie contrairement aux conclusions de l’enquête de police.
Au centre, face aux enquêteurs livrés à eux mêmes, Le Père. Au fil de l’intrigue on se demande s’il s’agit d’un individu unique, d’une organisation criminelle ou tout simplement le fruit de l’imagination de Dante. Par bien des aspects il me fait penser au personnage de Keyser Söze dans le film Usual Suspects.
L’intrigue est d’une efficacité sans faille, elle se densifie et se complexifie au fil des chapitres sans jamais être embrouillée. Les pistes, fausses et bonnes, se multiplient et jouent avec les nerfs du lecteur. Sandrone Dazieri, non content de jouer avec nos nerfs, nous vrille en plus les tripes.
Un roman coup de coeur, c’est certain. Coup de poing, incontestablement. Une véritable révélation littéraire de cette année 2015.

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[BOUQUINS] Didier Fossey – Tr@que Sur Le Web

D. Fossey - Tr@que sur le WebEncore un invité surprise au programme de mon Challenge retrouvailles, il faut dire que je suis tombé sur ce bouquin par le plus grand des hasards. Je parle de Tr@que Sur Le Web de Didier Fossey, la première enquête littéraire du Commissaire Le Guenn. Je savais que les éditions Flamant Noir avaient prévu de rééditer les deux premiers romans mettant en scène Boris Le Guenn, du coup je prenais mon mal en patience… jusqu’à cette trouvaille inespérée !
Boris Le Guenn, commandant au 36 Quai des Orfèvres, est appelé sur une scène de crime. Une femme a été égorgée, puis mutilée. D’autres meurtres suivant le même mode opératoire sont commis, le tueur en série ne laisse aucune trace exploitable, la police n’a pas le moindre indice. L’enquête s’annonce difficile pour Le Guenn et son équipe…
J’ai découvert Didier Fossey et Boris Le Guenn à travers l’excellentissime Burn Out, quelques rapides recherches m’ont appris que c’était en fait la troisième enquête littéraire du commandant Le Guenn. Malheureusement pas moyen de mettre la main sur les deux premières, parues aux éditions Les 2 Encres, jusqu’à cette visite inopinée chez un bouquiniste de la place (l’unique bouquiniste présent à Nouméa et en Nouvelle-Calédonie).
Immédiatement on sent que l’auteur connaît et maîtrise son sujet (et pour cause il a passé 31 ans au sein des forces de police, dont 18 à la BAC parisienne), le réalisme est aussi saisissant que séduisant. Les flics ne sont pas infaillibles, comme vous et moi (je suppose) ils sont humains et commettent des erreurs. Les enquêtes ne se résolvent pas en deux temps et trois mouvements, et surtout à coup de flingue !
J’ai apprécié de retrouver Le Guenn et son équipe, avec une émotion toute particulière pour Guillaume avant son burn out. Boris Le Guenn c’est un peu la force tranquille, le chef d’équipe paternaliste avec son groupe. Il peut compter sur Fred Belvet, son bras droit, pour le seconder, l’une des deux femmes du Groupe Homicide. Ces deux là sont complémentaires, comme chaque membre de l’équipe.
Il n’y a pas que les personnages qui sont soignés dans ce bouquin. En plus d’être rudement bien maîtrisée, l’intrigue est riche en surprises et rebondissements. Il faut dire que le tueur est particulièrement retors et ne laisse rien de côté. Vous êtes ferré dès les premières pages, et impossible de lâcher l’affaire avant de connaître le fin mot de l’histoire.
Pour un premier roman Didier Fossey place la barre très haut, ayant lu le dernier en date je peux confirmer qu’il tient bon la barre et maintient son cap… pour notre plus grand plaisir !
Je n’ai plus qu’à prendre mon mal en patience avant de pouvoir lire Ad Unum, la seconde intervention du groupe Le Guenn. Condamné à attendre la réédition chez Flamant Noir (à l’occasion j’achèterai les deux bouquins en numérique), à moins d’un nouveau méga coup de bol…

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[BOUQUINS] Henri Loevenbruck – Nous Rêvions Juste De Liberté

H. Loevenbruck - Nous rêvions juste de libertéA force de lire ou entendre des critiques toutes plus enthousiastes les unes que les autres sur ce bouquin j’ai donc décidé de changer mon programme de lectures pour le propulser en pole position de mon Stock à Lire Numérique. A mon tour de vous livrer mes impressions sur le roman Nous Rêvions Juste De Liberté, dernier titre en date de Henri Loevenbruck.
Quand Hugo, un adolescent difficile, se retrouve scolarisé au collége privé catholique de Providence il ose à peine imaginer le calvaire que ça va être pour lui de se retrouver au milieu de ces gosses de riches pourris gâtés. Et pourtant c’est là qu’il va croiser les chemins de Freddy, Oscar et Alex, des ado comme lui, des mauvais garçons déracinés, commencera alors une longue et indéfectible amitié…
Henri Loevenbruck fait partie de ses auteurs qui forcent l’admiration, le gars parvient à donner corps et vie à ses récits, quel que soit le genre abordé (fantasy, thriller, roman historique…). Je n’ai aucune hésitation à affirmer que ce mec à une plume en or. Et ce n’est pas ce roman qui me fera mentir, au contraire il ne fait que renforcer mon admiration pour ce formidable talent de conteur.
Cette fois l’auteur se met dans la peau de Hugo pour nous conter son parcours, avec ses mots à lui ; rassurez-vous même si c’est plus parlé que littéraire ce n’est pas non plus du charabia à la sauce djeun’s qui veut se la jouer racaille. On a vraiment l’impression d’être en face du narrateur, de l’écouter sans oser l’interrompre. Bravo et merci Monsieur Loevenbruck !
Merci pour ce road trip exceptionnel en compagnie de Hugo et ses potes. Un long périple à moto à travers les USA, avec des rencontres (bonnes et mauvaises) et des choix (bons et mauvais) mais surtout riche en émotions en tout genre.
Merci pour cette ode à l’amitié et à la liberté. Merci aussi pour cette belle réflexion sur la Liberté ; qu’est-ce être libre ? Faire tout et n’importe quoi au mépris de tout et de tous ? Pour moi on est davantage dans le registre de l’anarchie là, le concept est sympa aussi mais il a ses limites. Croquer la vie à pleines dents en essayant de faire le moins de tort possible aux autres ? Ca me semble pas mal comme définition, on a jamais dit que c’était facile d’être libre…
Il est temps pour moi de répondre à la question que tout le monde (personne serait sans doute plus réaliste) se pose : est-ce que j’ai versé une larmiche en lisant ce bouquin ? J’aurai pu répondre non car j’ai tenu bon mais l’épilogue m’a achevé !
Les motos et les bikers te laissent de marbre ? Tu kiffes pas les bandes de jeunes ? Moi non plus, mais ça ne m’a nullement empêché d’adorer ce bouquin. Si je n’avais pas déjà publié mon Top 10 il y a fort parier qu’il en aurait fait partie.
Pour la petite histoire ces fameux 1% existent bel et bien et désignent en effet ces gangs de motards considérés comme des organisations criminelles ; les plus célèbres représentants sont les éternels rivaux Hells Angels et Bandidos. Pas vraiment des enfants de choeur !
Le hasard a voulu que je prévoyais de lire Le Syndrome Copernic du même auteur dans le cadre d’un book club, c’est partie remise ; ce ne sera pas ma prochaine lecture mais la suivante.

Morceaux choisis… Et c’est pas évident de choisir tant il y a de belles réflexions dans ce roman.

Plus le temps passe, plus j’ai l’impression de voir nos libertés s’abîmer, comme un buisson auquel on fait rien que de couper les branches, « pour son bien ». J’ai le sentiment que, chaque jour, une nouvelle loi sort du chapeau d’un magicien drôlement sadique pour réglementer encore un peu plus nos toutes petites vies et mettre des sens interdits partout sur nos chemins.

On peut être libres à plusieurs, j’ai dit. Moi, j’ai connu des solitudes qui ressemblaient vachement à des prisons.

(…) je pensais que la vie serait plus jamais la même, que je laisserais plus jamais passer une seule minute sans déguster la liberté, que plus jamais je laisserais rien ni personne m’emmerder, que plus jamais je ferais partie des 99 % de moutons.

La liberté, il y en a partout. Il faut juste avoir le courage de la prendre.

Dans la vie, je crois qu’il vaut mieux montrer ses vrais défauts que ses fausses qualités. Vaut mieux surprendre que décevoir.

Un jour, comme ça, pour me moquer un peu, j’ai dit à la Fouine qu’il avait quand même vachement changé d’avis sur la cocaïne et tous ses beaux discours, avec le temps, et alors il m’a répondu que c’était drôlement plus intelligent d’en vendre que d’en prendre, ce qui n’était pas loin d’être vrai.

Merci aussi à ces anciens « amis » devenus de bons gros patrons bien tristes, qui m’ont appris la saveur amère de la désillusion et de la trahison.

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[BOUQUINS] Roger Smith – Blondie Et La Mort

rsbelmAu menu de cette chronique un auteur dont j’ignorais jusqu’à l’existence il y a encore quelques semaines, c’est l’enthousiasme d’un lecteur qui m’a convaincu de franchir le pas et de me lancer dans Blondie Et La Mort de Roger Smith.
Le soir où Roxy et Joe Palmer se font braquer leur voiture, Roxy y voit l’occasion rêvée de se débarrasser de son abruti de mari en faisant porter le chapeau aux petites frappes qui leur ont piqué la BM. Sauf qu’en tuant son mari elle ignore qu’elle vient de s’engager dans une spirale infernale qui ne laissera personne indemne…
Direction l’Afrique du Sud mais oubliez les plages et les quartiers chics du Cap, l’auteur vous invite à une immersion au coeur des Flats, le pire ghetto de la ville avec au programme guerre des gangs, drogue et corruption à tous les niveaux sur fond de misère et de crasse… Pas top pour le tourisme mais c’est bel et bien une autre réalité sud-africaine.
Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir… Bien vu mon petit Johnny, ça résume parfaitement l’ambiance de ce bouquin. Vous voulez de la noirceur ? Roger Smith vous en sert à la louche avec une ambiance d’une absolue noirceur, où l’espoir n’a plus sa place. On retrouve la même noirceur dans l’âme de certains personnages qui n’ont plus une once d’humanité (je pense notamment à Piper).
La peur, elle viendra un jour pour te bloquer le cœur. La peur, elle fait l’amour avec l’horreur… C’est pas faux Johnny, mais maintenant tu fermes ta gueule ! La peur, presque palpable chez de nombreux protagonistes (Roxy, Disco et même Billy) de cet opéra de sang et de mort. Une peur qui baise avec l’horreur, éparpillant les cadavres à tout va.
Alors quid de l’empathie dans cet enfer ?
J’en ai eu pour Roxy même si c’est elle qui a été lle déclencheur de tout ce bordel ; certes elle a flingué son mari, mais franchement il ne méritait pas mieux (à part peut être souffrir plus longtemps, elle aurait dû lui vider le chargeur dans le ventre).
Billy aussi a su me toucher, lui aussi au départ était motivé par de bonnes intentions, pris dans l’engrenage meurtrier, il s’est adapté et a réagi en conséquence… réaction qui a causé un max de dommages collatéraux.
Aucune sympathie par contre pour Disco et encore moins pour Piper. Les autres personnages sont des seconds couteaux, je ne m’attarderais donc pas à en faire l’inventaire.
Aucun doute c’est du lourd, du très lourd même ! Un summum de noirceur servi par une écriture crue, sans fioriture, comme si l’auteur trempait sa plume dans un mélange de sang, tripailles et vitriol. Pour une découverte c’est une sacrée découverte, âme sensible s’abstenir… Contrairement à ce que vous pourriez penser en me lisant l’auteur ne fait pas dans la surenchère gratuite ; la mort est trash au fin fond du ghetto, pire encore quand, par un effet domino savamment orchestré, les Flats menacent de s’enflammer.
Incontestablement un livre coup de poing et coup de coeur, le genre de truc qui vous prend les tripes et les vrille jusqu’à en extraire la dernière goutte de substance vitale. Un grand merci à Pausilucas pour son conseil de lecture.
Comme je l’ai dit au début de ce post je ne connaissais pas Roger Smith, j’ai appris depuis que Blondie Et La Mort était son second roman, sur cinq titres disponibles en français ; inutile de préciser que je compte bien réussir à mettre la main dessus.

(…) ces guerres de gangs avaient la fâcheuse habitude de traîner en longueur. Les flics préféraient ne pas s’en mêler et observer à distance ce qu’ils considéraient comme un processus de sélection nécessaire. Une manière de se débarrasser des ordures qui traînaient les rues. Et si quelques innocents y laissaient la peau, personne n’en avait rien à foutre.

Rien de tel que la haine féroce d’un être pour vous donner une raison de vivre.

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[BOUQUINS] Sophie Hénaff – Poulets Grillés

S. Hénaff - Poulets GrillésAu menu du jour une chronique coup de foudre (ce qui n’implique pas obligatoirement un coup de coeur), la couv’ du bouquin m’a de suite tapé dans l’oeil, le titre m’a fait sourire et le pitch a achevé le travail. Il est temps pour moi de vous livrer mes impressions sur Poulets Grillés, premier roman de Sophie Hénaff.
Six mois après sa mise à pied, la commissaire Anne Capestan est réintégrée au 36, mieux on lui confie une brigade à gérer. Forcément ça sent le coup foireux, en effet ladite brigade est composée de tous les « rebuts » de la Crim’, des indésirables que l’on veut isoler dans un placard. Mais Capestan est bien décidée à relever le défi et à prouver à sa hiérarchie que sa brigade ne va pas se la couler douce. Reste à motiver ses troupes…
L’auteure nous offre un polar plein de bonne humeur servi par une écriture fraîche et pétillante, un style auquel j’ai tout de suite adhéré. Si Sophie Hénaff mise beaucoup sur l’humour et ses personnages elle n’en néglige pas pour autant l’aspect polar ; son intrigue tient parfaitement la route et ne manque pas de surprises. Sans révolutionner le roman policier, l’auteure fait preuve d’une belle maîtrise des règles du genre.
Comme je l’ai dit plus haut le bouquin repose aussi et surtout sur sa galerie de flics atypiques à commencer par Anne Capestan, flic efficace un tantinet sanguine et retorse à toute forme d’autorité. C’est d’ailleurs son tempérament impulsif qui lui a valu une mise à pied et sa promotion/placard.
Quant au reste de l’équipe je vous laisse le plaisir de la découvrir par vous même, en guise de mise en bouche voilà comment Buron, le divisionnaire, la présente à Capestan :
« — Très bien, Capestan, je vous résume la chose : on nettoie la police pour faire briller les statistiques. Les alcoolos, les brutes, les dépressifs, les flemmards et j’en passe, tout ce qui encombre nos services mais qu’on ne peut pas virer, on le rassemble dans une brigade et on l’oublie dans un coin. Sous votre commandement. En septembre. »
Et plus loin, toujours lors de l’échange entre Buron et Capestan :
« — Agent Santi, en congé maladie depuis quatre ans, capitaine Merlot, alcoolique…
— Alcoolique ? Il va y avoir du monde dans cette brigade…
Buron referma le dossier et le lui tendit.
— Je vous le laisse, vous l’étudierez tranquillement.
Elle le soupesa, il valait bien son Bottin de Paris.
— On est combien ? C’est la moitié de la police, votre « nettoyage » ? »
Les missions de la brigade : enquêter sur les affaires non résolues qui polluent les statistiques des autres brigades. Sauf que non seulement Capestan va devoir faire avec les présumés « tocards » de la Crim’ mais en plus il faudra composer avec un manque totale de moyens et de pouvoirs… On est bien loin de Cold Case ou du Département V :
« Ça, on est moins dans Cold Case que dans Case Cons, renchérit Merlot. »
Bref au final le coup de foudre s’est bien transformé en coup de coeur, coup de coeur accordé avec l’indulgence due à un premier roman. J’espère vivement que nous retrouverons Capestan et sa brigade pour de nouvelles aventures.

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[BOUQUINS] Edgar Cantero – Le Monde Caché D’Axton House

eclmcdahCa faisait un moment que je ne vous avait pas fait une chronique d’un titre de Super 8, et pourtant je les achète systématiquement dès leur sortie (à ce jour c’est la première fois que je suis totalement accro à un éditeur). Parmi les titres en attente de lecture celui d’Edgar Cantero, Le Monde Caché D’Axton House, est de loin celui qui qui titillait le plus ma curiosité…
Suite au suicide d’un lointain cousin germain, A. hérite de son manoir en Virginie. Sans la moindre hésitation A. s’envole pour les USA en compagnie de son amie Niamh. Rapidement ils vont se rendre compte que la maison cache bien des secrets qu’ils comptent bien découvrir vaille que vaille…
Jamais un bouquin n’aura autant mérité le qualificatif d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) que celui-ci, je vous promets une expérience de lecture unique et quasiment interactive. N’espérez pas une trame narrative rigoureuse, l’auteur nous propose un bric-à-brac d’extraits de journaux intimes et de bouquins, des comptes rendus d’enregistrements audio et video et autres joyeusetés incongrues (dont un relevé téléphonique et le certificat d’adoption d’un chien pour n’en citer que deux).
De prime abord c’est un tantinet déconcertant, mais si d’apparence l’assemblage semble n’avoir ni queue ni tête, il va rapidement s’avérer que chaque élément est sciemment disposé là où il doit se trouver pour créer un tout cohérent et totalement addictif. On se prend vite au jeu et l’on cherche en même temps que les personnages à résoudre les énigmes qui leur permettront d’avancer (je me suis éclaté à jouer les apprentis cryptographes mais je ne suis indécrottablement nul dans cette discipline).
Au niveau de ses personnages principaux, A. et Niamh, l’auteur ne perd pas son temps à leur donner une quelconque profondeur ; elle viendra naturellement, au fur et à mesure à travers leurs écrits et leurs échanges (on sourit avec eux, on enquête avec eux et parfois même on flippe avec eux). Quant aux autres personnages on les découvre tels que A. les perçoit. Là encore, placé dans le contexte, ce côté minimaliste ne choque pas et s’intègre parfaitement à l’ensemble.
La couv’ fait très cartoon dans son visuel, un choix plutôt judicieux puisque je suis persuadé que Tex Avery aurait été sous le charme d’un tel scénario. A vrai dire si je devais imaginer une transposition sur grand écran je trouve que l’animation rendrait plus justice au roman qu’un vrai film… mais bon adapter ça au cinéma en respectant son esprit me semble surtout totalement impossible !
Vous l’aurez compris j’ai été totalement conquis par cette expérience de lecture unique en son genre. Je tire mon chapeau à Edgar Cantero qui a dû bien s’éclater à créer un roman d’une incontestable originalité mais aussi sacrément se creuser les méninges pour s’assurer que le lecteur le suivra jusqu’au bout de cette improbable quête. Pour un premier roman, le jeune auteur américain (mais d’origine espagnole) place la barre très haut, espérons qu’il saura encore nous surprendre avec ses prochains romans…
C’est à regrets que je referme ce bouquin, il reste quelques questions sans réponses concernant Axton House mais quoi de plus normal, si le manoir ne conservait pas quelques secrets il perdrait une partie de son charme. Si vous vous lancez dans l’expérience Axton House attendez vous a bien des surprises, de la première à la dernière page !

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[BOUQUINS] Bernard Minier – Une Putain D’Histoire

B. Minier - Une putain d'histoireEt oui comme vous pouvez le constater j’ai choisi de rester en compagnie de Bernard Minier pour ma prochaine chronique, mais exit Servaz et la France, direction les USA pour un rendez-vous avec un ado qui va vous raconter Une Putain D’Histoire. Difficile de résister à un titre pareil !
Une fois n’est pas coutume je vous balance la quatrième de couv’ en guise de pitch… parce qu’elle est juste excellente. « Au commencement est la peur. La peur de se noyer. La peur des autres, ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau. Autant vous le dire tout de suite : ce n’est pas une histoire banale. Ça non. C’est une putain d’histoire. Ouais, une putain d’histoire… »
Vous l’aurez compris exit (temporairement je suppose) la France et Servaz, direction les Etats-Unis et une île fictive en compagnie d’une bande d’ados sur qui le sort s’acharne… Faut dire aussi qu’ils font ce qu’il faut pour aller au devant des emmerdes.
Pour une putain d’histoire, c’est une putain d’histoire et une histoire sans l’ombre d’un putain de défaut ! La quatrième de couv’ est un parfait appât pour attirer les curieux, dès les premières pages Bernard Minier vous ferre, distillant les informations au compte gouttes histoire d’assurer son emprise sur le lecteur. Ce roman c’est aussi un putain de diesel, il démarre lentement mais quand il se met en branle plus rien ne l’arrête. On se laisse entraîner avec Henry dans un tourbillon d’événements, incapable de lâcher prise avant d’avoir le fin mot de l’histoire. Mais avant d’en arriver là vous emprunterez bien des chemins détournés et des fausses pistes. Une seule certitude toutefois : la fin vous laissera sur le cul !
Au niveau des personnages je n’ai eu que peu d’empathie pour Henri, mais ça ne m’a pas empêché de vivre à fond son aventure. Certes son contexte familial (il est élevé par deux lesbiennes) sort de l’ordinaire mais à part ça j’aurai tendance à dire que c’est un ado ordinaire du XXIème siècle.
Le plus difficile à cerner reste Grant Augustine, longtemps je me suis demandé quelles étaient ses véritables intentions… Il faut dire que l’auteur fait ce qu’il faut pour entretenir l’incertitude à son sujet, mais bon déjà la base, un politicien ambitieux, ne joue pas en sa faveur.
Le bouquin alterne entre le récit à la première personne, l’intrigue racontée par Henri et les autres points de vue, rédigés à la troisième personne. Comme à son habitude Bernard Minier ne s’encombre pas de fioritures de style, ce qui ne l’empêche pas de recourir à un vocabulaire riche mais sans lourdeur.
En toile de fond l’auteur s’interroge sur les conséquence du tout numérique et les portes ouvertes qu’offre internet et les réseaux sociaux à une surveillance électronique renforcée. De plus en plus la notion de vie privée n’est qu’illusion… Je ne sais pas si les possibilités de surveillance sont aussi étendues que celles déployées par WatchCorp dans le bouquin mais ça fait froid dans le dos (même si je ne suis pas du genre à étaler mon quotidien sur la fesse du bouc).
« La révolution numérique était en train de bâtir brique par brique le rêve millénaire de toutes les dictatures – des citoyens sans vie privée, qui renonçaient d’eux-mêmes à leur liberté… »
Un putain de coup de coeur !

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[BOUQUINS] M.J. Arlidge – Am Stram Gram

M.J. Arlidge - Am stram gramEncore un titre découvert grâce à Internet, le pitch étant particulièrement alléchant je me suis rué sur Am Stram Gram de M.J. Arlidge.
Amy Sanderson, une jeune fille hirsute et apeurée s’accuse du meurtre de son petit ami. Helen Grace, commandant de la Crim’ de Southampton, prend l’enquête en main. L’histoire d’Amy est invraisemblable mais tout semble indiquer que c’est la terrible réalité. Les deux jeunes ont été enlevés et séquestrés, pour gagner la liberté il fallait que l’un des deux tue l’autre. Une nouvelle double disparition est signalée ; la course contre la montre est engagée pour Helen et son équipe…
Autant vous le dire de suite ce bouquin c’est vraiment de la balle, le page-turner par excellence et un excellent thriller. Son intrigue aussi machiavélique que perverse, bourrée de rebondissements et menée à un train d’enfer mettra vos nerfs à rude épreuve.
Les personnages ont été mitonnés aux petits oignons. A commencer par Helen Grace, une vraie dure à cuire qui se donne à fond dans son boulot. Au niveau des relations humaines, elle se contente du minimum vital, même avec son équipe. Au fil des pages on se demande ce qu’elle cherche à expier ou oublier ; la réponse viendra en temps et en heure.
Les lieutenants Charlie Brooks et Mark Fuller sont les deux piliers de l’équipe de Grace. Charlie, flic discrète et efficace dont la perpétuelle bonne humeur est communicative, incontestablement l’atout charme du trio mais son coeur est déjà pris. Mark quant à lui peine à se remettre d’une rupture douloureuse, bon flic quand il reste sobre. Des personnalités qui se complètent à merveille.
Sans oublier la tueuse, et oui c’est une femme qui est aux commandes de ce plan morbide. Bien entendu la question principale est de découvrir son identité ; sur ce point j’ai été un peu plus rapide que Helen, certains indices m’avaient laissé imaginer cette possibilité mais sans aucune certitude. L’autre inconnue de l’équation étant bien entendu le mobile, une fois la tueuse identifiée et aidé par ses « confidences » il coule de source (ce qui ne signifie nullement qu’il est justifié).
Sans oublier les victimes, face à un pareil choix on peut se donner qui est le plus à plaindre, le mort ou le survivant ? Survivre avec un mort sur la conscience ne doit pas être une sinécure.
Des chapitres courts et un style sans fioritures font que vous ne pourrez plus lâcher ce bouquin une fois que vous l’aurez commencé. Hameçonné et ferré dès les premières pages je l’ai lu quasiment d’une traite.
Pour un premier roman l’auteur place la barre très haut, j’espère que les suivants sont à la hauteur de cette mise en bouche. Ah oui, cerise sur le gâteau (et quelle cerise !), en Angleterre l’auteur a déjà publié trois autres titres qui s’articulent autour d’Helen Grace. J’ai hâte de les découvrir en français !

MON VERDICT
jd5Coup de Coeur